Maréchaux du Reich

De 1936 à 1945, 27 officiers généraux allemands ont été élevés à la dignité de maréchal pour leur action militaire et 1 à titre honorifique. Seuls quelques uns, dont Rommel (armée de Terre), Göring (armée de l’Air) et Dönitz (Marine), sont restés dans l’Histoire.

L’historien François de Lannoy retrace en détail la carrière de ces grands chefs militaires, nés entre 1875 et 1895. Aucun d’eux n’est issu d’une classe populaire, mais la bourgeoisie cultivée a investi les hautes sphères militaires au détriment des vieilles familles prussiennes depuis le milieu du XIXème siècle. La noblesse est surtout présente dans l’armée de Terre (11 maréchaux sur 19), peu dans celle de l’Air (1 sur 6) et absente dans la Marine. Avant 1914, tous les futurs maréchaux ont alterné les postes de commandement dans la troupe et en état-major. Au moins 12 ont suivi les cours de la « Kriegsakademie » (École supérieure de guerre) de Berlin. Tous ont terminé la première guerre mondiale avec la croix de Fer et 7 ont obtenu la croix « Pour le Mérite », plus haute distinction militaire prussienne. La majorité d’entre eux ont vu leur carrière s’accélérer avec l’arrivée d’Hitler au pouvoir en 1933 et ont atteint le sommet de la hiérarchie et du commandement avant 1939. Si quelques uns sont nazis, la plupart ne se mêlent pas de politique. Pourtant, tous approuvent la remilitarisation décidée par Hitler, pour des motifs de carrière et de revanche territoriale (Pologne). Sur les 24 maréchaux promus pendant la deuxième guerre mondiale, 12 l’ont été sur le front de l’Ouest (1940) et 11 sur celui de l’Est (1941-1945). Seul Rommel l’a été pour son action en Afrique du Nord. Ensuite, leur longévité varie. Rares sont ceux qui ont osé tenir tête au Führer sur les questions militaires ou stratégiques. Beaucoup ont fermé les yeux sur la réalité de la « guerre totale ». Erwin Rommel (1891-1944) se distingue pendant la première guerre mondiale, où il est blessé deux fois. Son succès triomphal à la tête de « l’Afrikakorps » en Libye en 1942, contre les Britanniques, en fait un héros national. Convaincu d’avoir été informé de la préparation de l’attentat contre Hitler en 1944, il est contraint au suicide par absorption de poison. Hermann Göring (1893-1946), pilote, termine la guerre de 1914-1918 comme commandant de la 1ère escadre de chasse, celle du « baron rouge » Manfred von Richthofen décédé. Adhérent au parti nazi dès 1922 et député en 1931, il préside le Reichstag quand Hitler est nommé chancelier. En 1935, il crée et commande la « Luftwaffe », dont la capacité est testée pendant la guerre d’Espagne (1936-1939). Mais celle-ci accumule les échecs pendant l’offensive contre l’URSS. Göring est démis de toutes ses fonctions en 1945, car partisan de négociations avec les Américains à qui il finira par se rendre. Condamné à mort par le tribunal de Nuremberg, il s’empoisonne au cyanure la veille de son exécution. Karl Dönitz (1891-1980), commandant de sous-marin en 1918, organise la flotte sous-marine du Reich en 1935 et lance les attaques « en meute » contre les convois alliés en Atlantique dès 1941. Chef de la « Kriegsmarine » en 1943 puis désigné dauphin par Hitler avant son suicide le 30 avril 1945, il tente de négocier séparément avec les Alliés. Condamné par le tribunal de Nuremberg, il est libéré en 1956. Après la guerre, les 15 maréchaux du Reich survivants tombent dans l’obscurité à l’issue de leurs peines de prison. Pourtant, l’un d’eux, Manstein, deviendra « conseiller »… lors de la mise sur pied de l’armée ouest-allemande !

Loïc Salmon

Les généraux français de 1940

JU 87 « Stuka »

« Maréchaux du Reich » par  François de Lannoy. Éditions E-T-A-I, plus de 300 images et photos d’archives, 192 pages.




Les généraux français de 1940

Cet ouvrage présente les biographies de 24 généraux ayant exercé les plus hautes responsabilités en 1939-1940. Les auteurs tentent de comprendre pourquoi l’élite de l’armée française a été dépassée par les événements, qui ont conduit à la défaite.

Le corps des généraux de l’époque est assez homogène : sur les 24 officiers étudiés, 17 sont issus de l’École spéciale militaire de Saint-Cyr et 6 de l’École polytechnique pour 1 de l’École militaire d’infanterie. Grâce à leur valeur intrinsèque et la guerre de 1914-1918, 19 ont commandé un régiment et 5 ont exercé des responsabilités analogues. Très bien notés, 22 ont réussi le concours d’entrée à l’École supérieure de guerre (ESG), créée après la défaite de 1870 contre la Prusse. Les 13 meilleurs colonels ont été envoyés au Centre des hautes études militaires (CHEM). Par la suite, la double qualification « ESG plus CHEM » sera la règle au début des années 1930. Pourtant, ces généraux, très intelligents et cultivés, ont échoué dans leur mission. Les auteurs avancent plusieurs raisons : mauvaise forme physique et/ou séquelles de maladies contractées dans les colonies ; certitudes héritées de la victoire de 1918, acquise  chèrement (départements du Nord dévastés et centaines de milliers de mutilés) ; perte de repères due à la rapidité des événements. Encouragés à se montrer dociles, les membres du haut commandement sont devenus excessivement conformistes et prudents. Ils manquent d’imagination et de capacité à comprendre la réalité du terrain. Enfermés dans des schémas stratégiques d’école, ils oublient que les lois de la guerre sont aussi soumises au progrès technique. Par ailleurs, l’organisation et la doctrine militaires diluent les responsabilités, mal définies et non déléguées. Les exécutants disposent de peu de marge d’initiative dans une bataille conduite depuis les états-majors trop centralisés. Faute d’équipements en nombre suffisant, les généraux  ne croient plus vraiment à la valeur de l’armée française. Enfin, il n’y a guère de confiance réciproque entre le haut commandement et les responsables politiques, incapables d’avoir une politique, sérieuse et constante, et de donner des directives cohérentes. En 1940, le haut commandement français perd rapidement l’initiative et sa liberté d’action. Parmi les grands chefs militaires, figurent les généraux Gamelin, Giraud, Huntziger et Weygand. Membre du cabinet de Joffre à la bataille de la Marne, Gamelin devient commandant en chef des forces terrestres et des armées alliées en France en 1939. Déchu en septembre 1940 et  emprisonné dans le Tyrol, il sera libéré en 1945. Giraud s’évade d’une prison allemande en 1942, rejoint l’Afrique du Nord et y remplace l’amiral Darlan, assassiné, comme commandant en chef civil et militaire. Il réussit la libération de la Corse en 1943, mais sera évincé de la présidence du Comité français de libération nationale par De Gaulle. Huntziger, dont la famille a quitté l’Alsace après son annexion par la Prusse en 1871, se retrouve face à Hitler le 21 juin 1940, dans le wagon de Rethondes où a été signé l’armistice du 11 novembre 1918. Chef d’état-major de Foch en 1914 et présent à Rethondes en 1918, Weygand est nommé délégué général du gouvernement en Afrique du Nord en 1940. Il y reconstitue l’armée d’Afrique, qui contribuera à la victoire de la France, et négocie en secret avec les Etats-Unis. Relevé de son poste et interné en Allemagne puis en Autriche, il sera libéré en 1945.

Loïc Salmon

Enseignement militaire supérieur : former les chefs d’aujourd’hui et de demain

Les généraux français de la Grande Guerre

Maréchaux du Reich

« Les généraux de 1940 » par François de Lannoy et Max Schiavon. Éditions E-T-A-I, près de 300 photos, 192 pages. 38 €




Mousquetaires !

D’Alexandre Dumas, historien militaire, au Paris de D’Artagnan, le catalogue de l’exposition « Mousquetaires ! » raconte en détail et avec beaucoup d’illustrations ce XVIIème siècle mouvementé… qui fait encore rêver !

Peu de traces matérielles subsistent de l’époque des mousquetaires, devenus personnages mythiques. Les estampes les représentent souvent de dos, comme des officiers observant le champ de bataille et des « gentilshommes » par excellence, modèles d’élégance et de société. Ces bretteurs portent des habits luxueux, une grande cape et une épée au côté. Le duel, quoiqu’interdit, se pratique dans la clandestinité. Il exprime la tension entre les aspirations héroïques, l’idéal de la noblesse, et les exigences du service du Roi, à savoir la soumission à la discipline et à la hiérarchie militaires. Cet univers est décrit par Gatien Courtilz de Sandras, mousquetaire quelques années au cours de sa carrière militaire de 1660 à 1679 et auteur des « Mémoires de Mr. D’Artagnan », à l’authenticité douteuse. Dumas s’en est inspiré, mais a aussi puisé à d’autres sources pour intégrer ses héros à l’Histoire en train de se faire. Dans la vie, D’Artagnan a arrêté le surintendant Nicolas Fouquet (1661) et le marquis de Lauzun (1671) et les a conduits à la forteresse de Pignerol (Piémont), où fut emprisonné à la même époque l’homme au masque de fer. L’Anglaise Lucie Haye, comtesse de Carlisle, fut mêlée à des affaires d’espionnage, emprisonnée et probablement torturée pendant la révolution anglaise (1641-1649). Dumas la transforme en la sulfureuse Milady de Winter, qui sera exécutée par le bourreau de Béthune en présence des fameux mousquetaires. Les ferrets, bijoux de la Reine Anne d’Autriche et au cœur de l’intrigue du roman « Les Trois Mousquetaires », font aujourd’hui partie d’ornements militaires. Ce sont les pièces de métal qui terminent la fourragère et les aiguillettes. Les autres mousquetaires, mentionnés par Courtiltz de Sandras, sont des personnages réels. Jean-Arnaud du Peyrer, comte de Tréville, s’engage dans les « Gardes françaises » (1616) puis est nommé sous-lieutenant d’une compagnie de mousquetaires (1625). Il en deviendra le capitaine-lieutenant (1634) après s’être illustré au siège de La Rochelle (1627-1628). Son cousin Henry d’Aramitz (l’Aramis du roman) entre aux mousquetaires à 20 ans en 1640. Autre cousin éloigné, Armand de Sillègue d’Athos d’Autevielle rejoint les mousquetaires en 1640 et meurt au cours d’un duel trois ans plus tard. Isaac de Portau (Porthos), né en 1617, commence comme cadet dans une compagnie des Gardes françaises commandée par le beau-frère du comte de Tréville. Il participe au siège de Perpignan en 1642, aux côtés de D’Artagnan, et entrera par la suite dans la compagnie des mousquetaires. Tous sont des cadets de familles nobles du Sud-Ouest de la France, pour qui les armées royales constituent un débouché professionnel. La bravoure jusqu’à la témérité forge la légende des Gascons. En outre, si elle est remarquée par les autorités, elle peut leur valoir un emploi public. En dehors de leurs incursions en Flandre, Val de Loire, Bretagne et même Angleterre, les mousquetaires de Dumas résident à Paris, chez l’habitant au faubourg Saint-Germain, afin d’être près du Louvre pour assurer notamment l’escorte du Roi en temps de paix. Le catalogue de l’exposition inclut un plan de Paris de l’époque…qui permet de suivre leurs traces !

Loïc Salmon

Exposition « Mousquetaires » au musée de l’Armée

« Mousquetaires ! », ouvrage collectif de 23 auteurs sous la direction d’Olivier Renaudeau. Éditions Gallimard Musée de l’Armée 272 pages 35 €




Les généraux français de la Grande Guerre

Malgré les effectifs considérables qu’ils ont commandés, les généraux de la première guerre mondiale ne pouvaient prétendre qu’aux grades de brigadier et divisionnaire. Ceux de général de corps d’armée et d’armée ne seront introduits qu’en 1921.

Certains officiers ont connu un avancement rapide, de lieutenant-colonel au début de la guerre à général de division commandant une armée à la fin. Jeune brigadier en 1914, Mangin occupe cette haute fonction 2 ans et demi plus tard. Pétain, colonel ancien, y parvient en…quelques mois ! Ce brusque rajeunissement des cadres, qui exerceront longtemps de hautes responsabilités, aura de graves conséquences. Pétain demeure vice-président du Conseil  supérieur de la guerre jusqu’en 1931… à 75 ans ! Son disciple Debeney commande l’École de guerre, où s’élabore la doctrine de l’armée, avant de devenir chef d’état-major. Gouraud, commandant de la IVème armée en 1918, reste gouverneur militaire de Paris et membre du Conseil supérieur de la guerre jusqu’en 1937. L’enseignement militaire supérieur sera marqué jusque dans les années 1930 par un « magistère bleu horizon » (couleur de l’uniforme de la Grande Guerre). En 1977, le général Beaufre, juge ainsi son propre passage à l’École de guerre (1927-1929) : « La guerre de 1914-1918, codifiée par Pétain et Debeney, avait conduit à tout placer sous le signe de barèmes, d’effectifs, de munitions, de tonnes, de délais, de pertes, le tout ramené au kilomètre courant. C’était technique et commode, voire rassurant, mais foncièrement faux ; on le vit bien en 1940 ». L’ouvrage « Les généraux français de la Grande Guerre » présente notamment la carrière de 6 commandants en chef, 6 commandants de groupes d’armées et 13 commandants d’armées. L’apolitisme militant est la règle. Malgré l’affaire Dreyfus et celle des fiches, les influences politiques directes sont quasiment absentes des critères de choix des commandeurs. Parmi eux, figurent trois maréchaux entrés vainqueurs dans l’Histoire : Foch pour la guerre elle-même (1918), Joffre pour la bataille de la Marne (1914) et Pétain pour celle de Verdun (1916). Ferdinand Foch (1851-1929) choisit l’artillerie à sa sortie de l’École Polytechnique. Professeur 6 ans à l’École de guerre où il enseigne la théorie de « la bataille pour vaincre », il adaptera la doctrine aux possibilités et contraintes du moment et appliquera dans son commandement le concept « des batailles pour user ». Jacques Joffre (1852-1931), issu lui aussi de Polytechnique, préfère le génie et commence sa carrière en Extrême-Orient, au Soudan et à Madagascar. Promu général de brigade à 49 ans mais non breveté de l’École de guerre, il s’entoure de jeunes officiers brevetés… qui appliqueront les idées en vogue sans discernement quant à leur niveau d’exécution, lorsqu’il commandera en chef. Au début de la guerre, il « limoge » 160 généraux qu’il juge incompétents face à l’offensive allemande. Philippe Pétain (1856-1951) sort de Saint-Cyr fortement marqué, comme sa génération, par l’idée de « revanche » après la défaite de 1870. Il fixera l’armée allemande à Verdun par des évacuations, relèves et ravitaillements permanents des troupes françaises le long de la « voie sacrée », partant de Bar-le-Duc. Enfin, en 1917, il rétablit la discipline dans l’armée avec doigté et fermeté… sans que les Allemands s’en aperçoivent !

Loïc Salmon

Enseignement militaire supérieur : former les chefs d’aujourd’hui et de demain

« Les généraux français de la Grande Guerre » par Claude Franc. Éditions E-T-A-I, près de 300 photos, 192 pages. 39 €




Think Tanks

Révolution des affaires militaires, guerre de l’information et cyberstratégie résultent des travaux de « Think Tanks » (TT), organisations d’experts dont les idées suscitent un large consentement dans l’opinion par le relais des médias.

La révolution dans les affaires militaires inclut le recours à la guerre psychologique, la maîtrise du champ de bataille par l’imagerie et la prise de décision en réseau. La guerre de l’information porte sur l’acquisition d’information (données et renseignements) stratégique sur l’adversaire, la dégradation de ses systèmes d’acquisition d’information et de communication et enfin la manipulation et l’influence de son opinion publique. En outre, aujourd’hui, la puissance d’un État est intimement associée à son influence. François-Bernard Huyghe analyse ces « laboratoires d’idées » que sont les TT, anglo-saxons à l’origine. Pour fonctionner, un TT exige : capacité de financement et d’organisation ; recrutement de qualité ; visibilité médiatique conséquente ; puissance éditoriale notable ; réseaux dans l’administration publique, les entreprises, la classe politique et le monde universitaire. Dès la fin de la première guerre mondiale, les négociateurs britanniques et américains du Traité de Versailles ressentent le besoin d’un centre indépendant pour analyser les affaires internationales et conseiller les gouvernements, débordés par la gestion d’affaires quotidiennes de plus en plus complexes. L’Institute of International Affairs voit ainsi le jour en1920 à Londres. Il se fait connaître par la « règle de Chatham House » du nom… de son local de réunion !  Celle-ci stipule : « Quand une réunion, ou l’une de ses parties, se déroule sous la règle de Chatham House, les participants sont libres d’utiliser les informations collectées à cette occasion, mais ils ne doivent révéler ni l’identité, ni l’affiliation des personnes à l’origine de ces informations, de même qu’ils ne doivent pas révéler l’identité des autres participants ». Cette règle, largement répandue, permet à de hauts responsables de communiquer des messages entre personnes de confiance, sans impliquer leur institution. Les TT américains prennent de l’ampleur après la seconde guerre mondiale. Ainsi la « Research and Development », entrée dans le langage courant sous le nom de « Rand », joue un rôle majeur aux États-Unis depuis plus de 50 ans. Elle a édité plus de 10.000 livres et publications et emploie actuellement plus de 15.000 chercheurs dans une douzaine de domaines de compétences. Elle a son siège à Santa Monica (Californie) et dispose de son centre de formation (Rand Graduate School) et de bureaux à Washington (en face du Pentagone) et aux Pays-Bas (Rand Europe). Selon François-Bernard Huyghe, les décideurs politiques américains et européens attendent des TT : des informations indépendantes que ne fournissent pas toujours les fonctionnaires ; une vision alternative ; la synthèse de données surabondantes ; des solutions bien accueillies par les médias ; le label d’une expertise ; la capacité de prendre du recul et d’anticiper. Mais en France même, les TT suscitent un rejet (gadget pour admirateurs béats de l’Amérique) ou un effet de mode, pour tout groupe de réflexion cherchant à se parer d’un label prestigieux et souvent inspirateur et soutien des positions d’une personnalité politique. Enfin, alors que les organisations non gouvernementales cherchent à réaliser un idéal et que les « lobbies » souhaitent obtenir des décisions législatives ou réglementaires, les TT proposent… des solutions !

Loïc Salmon

« Think Tanks » : de l’expertise des questions internationales aux réseaux d’influence

Cyberespace : nouveau terrain d’affrontement international

« Think Tanks » par François-Bernard Huyghe. Éditions Vuibert.




13ème Bataillon de chasseurs alpins

Connus aujourd’hui pour leur large béret à l’insigne de cor de chasse, les unités de chasseurs, dont le 13ème bataillon de chasseurs alpins (BCA), ont été engagées dans toutes les guerres et opérations extérieures de la France depuis la Révolution.

Officiellement créé le 17 octobre 1791, le 13ème bataillon de chasseurs prend part à la bataille de Valmy (20 septembre 1792). Il devient 13ème bataillon de chasseurs « à pied » (BCP) par le décret du 22 novembre 1853 de l’empereur Napoléon III. Il participe à la conquête de l’Algérie, où il reste jusqu’en 1860. Deux ans auparavant, un « ministère de l’Algérie et des Colonies » est institué sous la direction du prince Jérôme Bonaparte, oncle de Napoléon III. Par la suite, une princesse Napoléon, (ex-Bonaparte) deviendra traditionnellement la marraine du 13ème BCA. La dernière en date, Alix, également marraine du 13ème Régiment de dragons parachutistes, assume cette fonction pour le 13ème BCA depuis 1955. Ce dernier porte le blason de la Savoie, rattachée à la France après la guerre d’indépendance italienne (1859) à laquelle la France a contribuée, et dont la ville de Chambéry accueille le bataillon en 1882. Après la guerre franco-prussienne de 1870, le 13ème BCP a été transformé en « alpin » face à la menace des 45.000 soldats « Alpini » de l’Italie, devenue l’alliée de l’Allemagne. Le bataillon, appuyé par une batterie d’artillerie et un détachement du génie, recrute en priorité tous les guides, porteurs et chasseurs (au sens propre) de la région. Pendant les manœuvres adaptées à la configuration du terrain, les chasseurs ne couchent jamais dans un lit. Il s’ensuit une véritable camaraderie entre la troupe et ses chefs. Le mulet devient le compagnon nécessaire pour affronter pentes et rochers et porter des charges de 150 kg. En hiver, la ration alimentaire augmente considérablement et le vin et l’alcool sont considérés comme indispensables pour lutter contre le froid. Depuis, les missions se sont diversifiées. Ainsi, les éclaireurs-skieurs d’hier se sont transformés en sections de renseignement, puis en unités de recherche humaine, avec infiltration sous voile de parapente de nuit, et enfin en groupes commando montagne, présents dans chaque bataillon de la 27ème Brigade d’infanterie de montagne. Au cours de son existence, le 13ème BCP puis BCA s’est illustré sur tous les fronts comme l’indique son drapeau : Isly, 1844 ; Sidi-Brahim, 1845 ; Sébastopol 1854-1855 ; Solférino, 1859 ; Extrême-Orient, 1855-1888 ; Madagascar, 1895 ; Maroc, 1912-1914 ; Grande Guerre, 1914-1918 ; Norvège, 1940 ; Blarégnies, 1940 ; Les Glières, 1944 ; Indochine, 1950-1952 ; AFN, 1952-1962. Parallèlement aux missions de souveraineté nationale (métropole et DOM-TOM), se succèdent celles en opérations extérieures sans déclaration de guerre : Liban, Sénégal, Côte d’Ivoire, Bosnie-Herzégovine, Kosovo, Tchad, Afghanistan, République Centrafricaine, Gabon et Djibouti. Le monument aux morts du 13ème BCA rappelle le lourd tribut qu’il a déjà payé : 1.473 morts pendant la première guerre mondiale, 167 tués ou disparus pendant la seconde et 3 en Afghanistan, sans oublier les morts en montagne et en service. Fier de sa devise « Sans peur et sans reproche », empruntée au chevalier Bayard (1476-1524), le 13ème BCA porte les fourragères de la croix de Guerre 1914-1918, de la Médaille militaire et de la croix de la Valeur militaire.

Loïc Salmon

Renseignement militaire : clé de l’autonomie stratégique et de l’efficacité opérationnelle

« Les chasseurs alpins du 13ème BCA » par le colonel Cyrille Becker. Éditions Pierre de Taillac, 240 pages, plus de 250 documents rares ou inédits, 35 €.




L’Or des manuscrits

Cet ouvrage recense, avec érudition, les 100 manuscrits originaux ou des copies anciennes retraçant 40 siècles de l’Histoire de l’humanité, conservés dans des musées et bibliothèques publiques. Certains ont même été considérés comme prises de guerre.

En regard d’une reproduction de chaque manuscrit, un texte relate les circonstances de sa découverte, ses tribulations, ce qu’il révèle sur les plans religieux, littéraire et historique ainsi que les interprétations qui en sont données. Cette longue histoire commence par un papyrus égyptien sur la sagesse écrit 1.800 ans avant Jésus-Christ. Des manuscrits sur soie et bambous, datant du IIIème siècle avant J.-C., constituent une référence de la médecine chinoise. Ceux de Qumran (mer Morte), restés cachés 2.000 ans, donnent un éclairage nouveau au judaïsme et au christianisme. Le « Codex Vaticanus » (IIIème siècle), bible secrète des papes, est emporté à Paris par Napoléon en 1809… et restitué par Louis XVIII en 1815. En revanche, une copie des « Serments de Strasbourg » (842), rédigés en roman (ancêtre du français) et en tudesque (futur allemand) par les petits-fils de Charlemagne pour se faire comprendre de leurs troupes, récupérée en 1797 par le général Bonaparte, restera trésor national à la chute de l’Empire en 1815. La saga, écrite en anglais au Xème siècle, du guerrier goth Beowulf, vivant 400 ans plus tôt, inspire le philologue Tolkien qui, en 1937, publie le conte de fées « Le Seigneur des anneaux », qui sera vendu à plus de 50 millions d’exemplaires dans le monde !  « Le serment d’Hippocrate », connu par un manuscrit byzantin du XIIème siècle, sert encore d’éthique médicale dans certains pays, dont la France. « La chanson de Roland », première épopée de la littérature française, composée de 4.002 vers rédigés en français anglo-normand entre 1140 et 1170, se trouve… en Grande-Bretagne. Lors du procès des Templiers (1307-1312), 231 témoignages de ces moines soldats ont été consignés dans un rouleau de parchemin de 60 m, conservé aux Archives vaticanes. « Le Livre des merveilles du monde », qu’a dicté Marco Polo en prison (1297) à Rusticien de Pise et célèbre pour ses riches illustrations, a été rédigé en français, dont une copie appartient à la Bibliothèque nationale de France. Jeanne d’Arc, chef de guerre soi-disant analphabète, était capable de signer de son nom, comme l’attestent des lettres adressées en1429 aux habitants de Riom. L’unique document sur la découverte de l’Amérique, rédigé de la main de Christophe Colomb en 1493, reste la référence de ce périple. Le premier tour du monde de Magellan (1520-1523) a été décrit au jour le jour et probablement en français par l’Italien Pigafetta, l’un des 18 rescapés sur les 240 hommes partis sur 5 navires. Le 4 juillet 1776, le Congrès de Philadelphie a adopté sa « Déclaration unanime des treize États-Unis d’Amérique », scellant leur indépendance sur un document de 63,5 cm x 190,5 cm ! Le « Chant de guerre pour l’armée du Rhin », écrit par Rouget de Lisle en 1792 à Strasbourg (!), deviendra « La Marseillaise », mondialement connue. Une lettre codée de Napoléon datée du 20 octobre 1812, lendemain du début de la retraite de Russie, indique sa décision de faire sauter le Kremlin. Par une lettre du 8 novembre 1943, adressée à son rival, le général Giraud, le général De Gaulle assoit son autorité sur la France Libre.

Loïc Salmon

« L’Or des manuscrits » par Christel Pigeon, Gérard Lhéritier, Pascal Matéo et Jean-Noël Mouret. Éditions Gallimard et Musée des lettres et manuscrits, 240 pages, 100 illustrations, 29 €.




Le basculement océanique mondial

Le trafic maritime marchand mondial est passé de 550 Mt de marchandises en 1995 à 8 Mdt en 2008. La plaque arabique, longue de 2.000 km et large de 500 km, recèle près des trois quarts des réserves mondiales d’hydrocarbures et 40 % de la production mondiale de pétrole transitent par le détroit d’Ormuz.

Placé entre le golfe Persique et la mer Caspienne qu’il relie par des oléoducs, l’Iran se retrouve au centre géopolitique du monde, dont il est le 4ème producteur de pétrole et dépositaire de la 2ème réserve de gaz après la Russie. Par le détroit de Malacca, 50.000 navires transportent chaque année 30 % du commerce mondial et 80 % des importations pétrolières de la Chine et du Japon. A l’importance stratégique des canaux de Suez et de Panama, pourrait s’ajouter, à terme, celle du passage de l’Atlantique au Pacifique par le Nord-Est par suite du réchauffement climatique. La montée en puissance des marines de commerce s’est accompagnée de l’essor des flottes de guerre pour sécuriser ces axes maritimes, menacés par les trafics illicites et la piraterie. A la suite d’analyses géographiques, historiques et statistiques, les auteurs constatent que les anciennes puissances océaniques (Europe, États-Unis et Japon) ont réduit leur présence sur les mers, alors que les pays émergents (Chine, Inde et Brésil) augmentent la leur. A partir des années 1990 et afin de maîtriser la route maritime la reliant au golfe Persique, la Chine lance sa stratégie du « collier de perles » par la construction de bases navales en Birmanie, au Bangladesh, au Pakistan et au Sri-Lanka. Pour la contrer, les Etats-Unis ont renforcé leur base de Diego Garcia, dans l’archipel des Chagos au milieu de l’océan Indien, pour surveiller les zones sensibles et lutter contre le terrorisme. Ils considèrent en effet que l’Asie-Pacifique présente un risque d’embrasement  pour diverses raisons : poursuite du programme nucléaire nord-coréen ; non règlement du contentieux Chine/Taïwan ; montée de l’islamisme en Indonésie ; instabilité politique des Philippines ; brigandage maritime en mer de Chine méridionale. Le Japon modernise sa Marine pour contrôler les routes maritimes indispensables à sa sécurité et pallier la montée en puissance chinoise. Dans l’océan qui porte son nom, l’Inde développe sa Marine pour : bloquer les trafics d’armes et de stupéfiants ; protéger ses voies de navigation pour ses approvisionnements énergétiques et son commerce extérieur ; patrouiller dans sa zone économique exclusive de 2,3 Mkm2. Par ailleurs, la Russie cherche à monopoliser l’écoulement des exportations pétrolières des pays riverains de la mer Caspienne par son propre réseau d’oléoducs continentaux. Pour cela, elle a reconduit ses accords militaires avec l’Ouzbékistan, le Tadjikistan et le Kazakhstan et renforcé sa flotte en mer Caspienne. Les États-Unis ont alors lancé une coopération avec l’Azerbaïdjan, fourni une aide militaire à la Géorgie et un soutien financier à l’Arménie. De son côté, la Chine a conclu un accord de coopération avec le Kazakhstan. En Amérique latine, le Brésil développe sa Marine avec notamment l’aide de la France. Celle-ci, déjà présente à Djibouti, a construit une base navale à Abou Dhabi face à l’Iran, exemple qu’envisage de suivre la Grande-Bretagne dans le sultanat d’Oman !

Loïc Salmon

Chine, Iran, Russie : un nouvel empire mongol ?

Marine nationale : permanence, Opex et police en mer

Marine et Diplomatie

« Le basculement océanique mondial » par Olivier Chantriaux et Thomas Flichy de La Neuville. Éditions Lavauzelle, 150 pages.




Chine, Iran, Russie : un nouvel empire mongol ?

Le concept de « nouvel empire mongol », élaboré par les trois auteurs de ce livre, se veut une allusion à la grande aventure eurasiatique du Moyen-Age et non pas une vision hypothétique de son renouveau.

Or, la Chine, l’Iran, la Russie se trouvent au cœur de l’équation géopolitique mondiale d’aujourd’hui … avec la Turquie ! Partant d’une approche historique, puis contemporaine, trois auteurs tentent d’en dégager les convergences et les perspectives futures. Nomades, les Mongols du XIIème siècle forment un ensemble de tribus, dont le mode de vie semble incompatible avec la notion de frontière. Pourtant, à la mort de Gengis Khan en 1227, l’empire qu’il a créé s’étend sur toute l’Asie centrale. Ses petits-fils conquièrent l’Iran, l’Irak et la Chine. La « Horde d’Or » déferle ensuite sur la Russie, la Pologne et la Hongrie. Au XIVème siècle, un chef mongol se convertit à l’islam pour se rallier les élites turques. Après une période de déprédations, la Horde d’Or restaure les villes ruinées et construit Kazan et Astrakan. Ouverte sur le monde extérieur, elle accueille missionnaires et marchands de toute la Méditerranée, facilite l’ouverture de comptoirs génois et vénitiens en Crimée et fait de la mer Noire une plaque tournante du commerce international. Aujourd’hui, pour de multiples raisons, la Chine, l’Iran et la Russie ne risquent guère de reconstituer l’empire mongol qui les avait fédérés. Ils encerclent en effet la civilisation turque, qui les rassemblait autrefois. De plus, la Russie et la Chine peinent à contrôler leurs minorités turcophones (Caucase et Xinjiang) et l’Iran voit en la Turquie une puissance régionale rivale. Cependant, une alliance pragmatique entre ces trois puissances inquiète les États-Unis, dont le jeu consiste à les maintenir divisées. En effet, malgré leurs relations tumultueuses antérieures, la Chine et la Russie fondent en 2001, avec le Tadjikistan, l’organisation de coopération de Shanghai, dont l’un des principaux objectifs est de contrer l’influence américaine en Asie centrale. L’Iran y adhère en 2005 et l’Afghanistan en 2012. Cette organisation rassemble 1,5 milliard d’habitants sur 26 Mkm2, où se trouvent 50 % de l’uranium et 40 % du charbon du monde. Dans son cadre, sont menées des manœuvres militaires communes et des échanges dans les domaines de la médecine et des nanotechnologies. La collusion entre la Russie, l’Iran et la Chine, discrète pour des raisons propres à leurs cultures, transparaît au détour de conflits périphériques ouvert (Syrie) et larvé (Corée du Nord). Formant une véritable communauté d’intérêts, ils diffusent sur internet une vision du monde différente des stéréotypes occidentaux. Toutefois, ils connaissent une faiblesse structurelle due à la démographie : baisse de la natalité et hausse de la mortalité en Russie ; limitation des naissances en Chine entraînant un vieillissement de la population, qui menace la croissance économique à terme ; chute du taux de fécondité des femmes en Iran. En outre, ces trois puissances continentales souffrent d’un déficit naval. La Marine russe est concentrée sur le Sud (mer Caspienne et mer Noire), où se trouvent de considérables ressources alimentaires et énergétiques. L’Iran hésite entre les puissances maritime et nucléaire. Enfin, la Chine a longtemps tourné le dos à l’océan.

Loïc Salmon

Chine : l’espace au cœur du complexe militaro-industriel

« Chine, Iran, Russie : un nouvel empire mongol ? » par Thomas Flichy, Jean-Marie Holtzinger, Jérôme Pâris et Antoine-Louis de Prémonville. Éditions Lavauzelle, 90 pages.




Le 61ème Régiment d’artillerie (drones et imagerie)

Unique régiment d’artillerie à porter la fourragère de la Légion d’Honneur avec le ruban de la croix de Guerre 1914-1918, le 61ème Régiment d’artillerie (RA) de Chaumont s’est spécialisé dans le renseignement pour l’armée de Terre au moyen des drones et de l’imagerie, après avoir utilisé tous les types de canons de 1910 à 1999.

L’action des drones combinée au renseignement permet d’anticiper départs de crises, préparations de conflit et déplacements de population. Dans la conduite des missions, l’imagerie fournit une aide à la navigation et identifie l’objectif à l’aide de points de recalage. Pour la frappe, elle positionne la cible dans son environnement, l’acquiert à vue, la désigne et guide l’arme jusqu’au point d’impact. Enfin, elle contribue à la restitution des missions et l’évaluation des dommages, grâce aux capteurs ayant servi à la frappe ou par l’envoi d’une mission spécifique sur des objectifs déjà traités. Par ailleurs, les images constituent des preuves dans le domaine politico-stratégique : prévention ou gestion des crises ; contrôle du désarmement ; suivi de la prolifération ; contrôle de l’application des traités internationaux ; aide à l’engagement des forces ; prévention et évaluation des dégâts causés par une catastrophe naturelle ; participation aux efforts d’aide humanitaire. La planification d’une opération repose sur la cartographie, les bases de données sur les sites d’intérêt stratégique et un processus de ciblage qui dépendent du renseignement d’origine image. Ce dernier interagit avec les renseignements d’origines humaine et électromagnétique. En synergie avec l’analyse géographique, tous les renseignements participent au « renseignement multicapteurs », spécificité de la Brigade du renseignement. Fondée le 1er juillet 2011, celle-ci, forte de plus de 4.000 personnels, compte un état-major et 5 unités : le 2ème Régiment de hussards pour la recherche de renseignement dans la profondeur et le recueil de l’information d’origine humaine ; le  54ème Régiment de transmissions pour le renseignement électromagnétique de proximité et au contact ; le 28ème Groupe géographique ; le 44ème Régiment de transmissions pour le renseignement d’origine électromagnétique dans la profondeur ; le 61ème RA. Afin de produire du renseignement directement utilisable par les échelons supérieurs, 3 de ces régiments, dont le 61ème RA, ont constitué une unité d’analyse et de diffusion. Celle-ci arme le poste de commandement d’un bataillon de renseignement multicapteurs : orientation et coordination de la recherche des différents capteurs, récupération de l’information brute, son exploitation par recoupement et enfin sa diffusion. Les interprètes images préparent les missions du « combat camera » au moyen de caméscopes et d’appareils photos avec localisation par GPS embarqués sur des hélicoptères. En outre, le 61ème RA dispose d’un groupe d’exploitation d’images de satellites militaires, civils et interalliés. En 4 ans de séjour en Afghanistan, ce régiment a réalisé environ 800 missions de reconnaissance ou de surveillance et des centaines de dossiers d’objectifs pour la Force internationale d’assistance à la sécurité. Mélanie Bénard-Crozat présente en détail le 61ème RA avec de nombreuses illustrations et descriptions de matériels ainsi que des témoignages des « Diables Noirs » qui les servent.

Loïc Salmon

Opex : enjeux et perspectives des drones militaires

Renseignement aérospatial : complémentarité entre drones et aéronefs légers ISR

« 61ème Régiment d’artillerie » par Mélanie Bénard-Crozat. Éditions Crépin-Leblond, 192 page.s 27€