La seconde guerre mondiale en six batailles

Engagements interarmées, modularité, décentralisation du combat et initiatives caractérisent le second conflit mondial.

Les progrès en matière d’armement entraînent des révolutions tactique et stratégique qui transforment la conduite de la guerre. Les bases industrielles, l’accès aux ressources et le contrôle des populations deviennent des enjeux majeurs dans la conception, puis la mise en œuvre des opérations. Les idéologies totalitaires effacent les limites entre les domaines politique et militaire, pour aboutir à la destruction de l’adversaire. Ainsi, le taux de pertes civiles est passé de 5 % lors de la première guerre mondiale à 67 % pendant la seconde. La mécanisation amène à repenser l’art de la guerre dans une logique de mouvement et de concentration des efforts. L’action du couple char-avion, réalisée grâce aux transmissions, assure le succès de la « guerre éclair » allemande par la percée du dispositif ennemi, suivie d’une exploitation rapide de l’infanterie motorisée, planifiée dès le commencement de l’action. L’emploi de commandos ou de troupes parachutistes garantit la surprise. Toutefois, la logistique constitue la principale vulnérabilité des armées, en raison de la croissance des effectifs, du nombre et des performances des systèmes d’armes, de la consommation de munitions et de carburant, mais aussi des élongations des théâtres d’opérations. Par ailleurs, en cas de rapport de forces défavorable, le succès militaire repose de plus en plus sur la force morale des soldats, à savoir l’esprit de corps et un entraînement réaliste développant le sens de l’initiative. La présentation de la situation générale, des intentions des forces en présence et du déroulement de six batailles et leurs enseignements tactiques expliquent ces transformations de l’art de la guerre. Entre le 30 novembre 1939 et le 13 mars 1940, la guerre engage 800.000 hommes de l’Union soviétique contre 250.000 hommes de la Finlande. Amputée de 10 % de son territoire, celle-ci compte 25.000 soldats morts et 40.000 blessés, mais l’URSS reconnaîtra plus tard la perte de 270.000 morts et blessés, 1.500 chars et 700 avions. Lors de la bataille de Sedan (10-13 mai 1940), les forces allemandes déploient 60.000 hommes et 800 blindés contre les 112.000 hommes des forces françaises en défense. La Wehrmacht remporte la victoire, surtout grâce à sa « Panzerdivision », grande unité blindée interarmes disposant d’une grande autonomie. En Tunisie, pendant la bataille de Kasserine (19-25 février 1943), le savoir-faire allemand des forces de l’Axe (80.000 Allemands et 110.000 Italiens) anéantit une division américaine, peu aguerrie, des forces alliées (130.000 Britanniques, 95.000 Américains et 75.000 Français). La victoire finale de la bataille de Monte-Cassino (17 janvier-19 mai 1944), qui ouvre les portes de Rome, se solde quand même par 55.000 tués et blessés chez les Alliés, contre 20.000 pour les Allemands. En Russie, la bataille de Koursk (5 juillet-23 août 1943) oppose la Wehrmacht (800.000 hommes, 2.700 chars, 10.000 canons et 2.000 avions) à l’Armée rouge (1,3 million d’hommes, 3.300 chars, 19.000 mortiers ou canons et 2.400 avions). La défense soviétique s’est appuyée sur deux dispositifs successifs, coûteux en vies humaines, pour harceler l’ennemi. Lors des combats de Falaise en Normandie (12-21 août 1944), 90.000 soldats allemands échappent à l’encerclement des Alliés, supérieurs de plus de 2 fois en effectifs et de 14 fois en nombre de chars.

Loïc Salmon

« La seconde guerre mondiale en six batailles », Gilles Haberey & Hughes Pérot. Editions Pierre de Taillac, 106 pages, 180 illustrations, 24,90€. 

Les généraux français de 1940

Maréchaux du Reich

Les généraux français de la victoire 1942-1945

Femmes en guerre 1940-1946




L’Inde face à son destin

Cliente traditionnelle de l’Union soviétique pour ses avions de combat, l’Inde a finalement choisi de renouveler sa flotte par l’acquisition de 36 Rafale français en 2015. Toutefois, elle a dû renoncer à un transfert de technologie, malgré son essor économique et ses capacités scientifique et industrielle.

L’Inde possède en effet des pôles d’excellence reconnue dans les biotechnologies, l’industrie pharmaceutique, la production de logiciels et l’industrie spatiale. Plus de trois millions de diplômés sortent chaque année des universités et des grandes écoles, dont 300.000 ingénieurs et informaticiens. Beaucoup de jeunes partent se former aux États-Unis et en Grande-Bretagne. La diaspora indienne, estimée à 25 millions de personnes, donne à New Delhi une ouverture sur le monde, surtout au Moyen-Orient, en Europe et aux États-Unis, mais aussi autour de l’océan Indien et dans l’océan Pacifique. Elle est à l’origine de 9 % des investissements directs en Inde et de 3 % du produit national brut par les 26 Md$ envoyés chaque année par les expatriés à leur famille. Un ministère a été spécialement créé pour les Indiens résidant à l’étranger, dont l’importance est désormais reconnue par New Delhi. Une chaîne de télévision, diffusée sur internet, leur est dédiée pour leur permettre de rester connectés avec leur pays d’origine et y attirer leurs investissements. Depuis l’indépendance de la tutelle britannique en 1947, l’Inde a fait passer sa politique étrangère du non alignement entre les deux blocs de la guerre froide (1947-1989) à la puissance nucléaire… et n’a pas encore signé le traité de non-prolifération nucléaire ! En 2014, elle a conclu un accord d’achat d’uranium à l’Australie, qui détient 40 % des réserves mondiales. Les relations avec le Pakistan restent tendues, en raison du partage territorial du Cachemire après l’indépendance et où l’Inde a une frontière commune avec la Chine. Toutefois, depuis 1991, Islamabad et New Delhi se communiquent chaque année la liste de leurs installations nucléaires qu’elles s’engagent à ne pas attaquer et s’informent avant tout essai de missiles balistiques… à l’exception des missiles de croisière ! Un mécanisme de lutte commune contre le terrorisme a été défini. Pour contrer les velléités d’expansion territoriale de la Chine au Cachemire, l’Inde cherche à signer des accords commerciaux, énergétiques et militaires avec d’autres pays d’Asie. Son inquiétude est notamment partagée par le Japon, quoique tous deux entretiennent d’importantes relations commerciales avec elle. Les essais nucléaires de l’Inde avaient eu pour effet l’imposition de sanctions économiques par les États-Unis et le japon, qui furent toutefois allégées par la suite en raison de la puissance militaire croissante de la Chine dans la région. Effritées avec l’effondrement de l’URSS, les relations de l’Inde avec la Russie se sont améliorées depuis 2000. Dans le cadre d’un partenariat stratégique, les deux pays se sont engagés à utiliser l’énergie nucléaire à des fins pacifiques et à lutter contre le terrorisme international (Cachemire pour l’Inde et Tchétchénie pour la Russie). Sur l’Afghanistan, ils partagent les mêmes inquiétudes quant au terrorisme, au trafic de drogue et à l’instabilité qui menace l’Asie centrale. Quant à la crise avec l’Ukraine, l’Inde a déclaré, en 2014, que la Russie y a des « intérêts légitimes », allant ainsi beaucoup plus loin que la Chine et l’Iran, qui ont exprimé leur « préoccupation ». Mais pour l’Inde, la Russie a perdu son statut de superpuissance et apparaît comme un pays pauvre.

Loïc Salmon

Inde : industrie spatiale civile, mais de plus en plus militaire

L’océan Indien : espace sous tension

Les Compagnies des Indes

« L’Inde face à son destin » par Olivier d’Auzon. Éditions Lavauzelle156 pages.




Exposition « 1918, armistice(s) » aux Invalides

Alors que la Grande Guerre a connu sept armistices entre le 5 décembre 1917 et le 13 novembre 1918, seul celui du 11 novembre est resté dans les mémoires.

Une exposition (24 juillet-30 septembre 2018), labellisée par la Mission Centenaire 14-18 et organisée par le musée de l’Armée et Arquus (ex-Renault Truck Defense), en retrace les péripéties en une vingtaine de panneaux. Arquus a notamment financé la restauration d’un char Renault FT, à nouveau exposé dans la cour d’honneur des Invalides à Paris. La période, entre l’avant et l’après 11 novembre 1918, marque en particulier l’étonnement du passage de l’état de guerre à une situation normale, la communion entre le front et l’arrière, la démobilisation et les conséquences politiques dans plusieurs pays.

Les tentatives de paix. La fin du premier conflit mondial est envisagée dès 1916 au cours de plusieurs tractations, plus ou moins secrètes, par différents camps. Elles échouent, car chacun campe sur ses positions. Le 1er février 1917, l’Allemagne déclenche la guerre sous-marine à outrance, qui entraîne la rupture de ses relations diplomatiques avec les Etats-Unis le 3 février et leur entrée en guerre le 6 avril aux côtés des Alliés (France, Empire russe et Grande-Bretagne). Le 17 juillet, le Reichtag (Parlement allemand) vote à une très forte majorité une résolution de paix. Des négociations similaires ont lieu de la part de l’Empire austro-hongrois. Mais elles achoppent en avril 1918 sur la question de la restitution de l’Alsace-Lorraine à la France, car l’Allemagne a lancé de grandes offensives en mars. Parvenir à la paix nécessite l’établissement d’une convention, entre deux ou plusieurs parties, qui se déroule en plusieurs phases : négociations par des plénipotentiaires représentant les Etats ; adoption d’un texte ; son authentification par les Etats ; sa signature par un ministre ; sa ratification par le Parlement, qui confirme les engagements pris par le chef de l’Etat, le chef du gouvernement ou une personne officielle dûment autorisée et après accord du Parlement.

Les armistices. La suspension des combats se matérialise par un cessez-le-feu communiqué aux combattants par la sonnerie d’un clairon. L’armistice, signé par des plénipotentiaires (militaires et civils), correspond à une période donnée et renouvelable, pour engager des négociations en vue de la paix. Le premier armistice de la Grande Guerre, qui débouchera sur le traité de paix de Brest-Litovsk, est signé le 5 décembre 1917 entre la Russie soviétique et les Puissances centrales (Royaume de Bulgarie et Empires allemand, austro-hongrois et ottoman). Le 2ème armistice, conclu le 9 décembre 1917 entre la Roumanie et les Puissances centrales, aboutit au traité de Bucarest, non ratifié. Le 3ème est signé le 29 septembre 1918 à Salonique (Grèce), par le général français Louis Franchet d’Espérey, entre les Alliés et la Bulgarie. La capitulation de cette dernière entraîne la chute de l’Empire ottoman, qui signe le 4ème armistice le 31 octobre à bord d’un cuirassé britannique. Cela aboutit aux traités de Sèvres et de Lausanne. Le 3 novembre, le 5ème armistice, entre l’Empire austro-hongrois et les Alliés rejoints par l’Italie en 1915, est signé uniquement par des généraux à Villa-Giusti (Italie). Le 6ème armistice, entre la France et l’Allemagne, est conclu le 11 novembre 1918 à Compiègne, dans un wagon de la clairière de Rethondes, et débouche sur le traité de Versailles. Le 7ème est signé le 13 novembre, à Belgrade et à nouveau par le général Franchet d’Esperey, entre les Alliés et la Hongrie, qui devient une République trois jours plus tard.

Loïc Salmon

Exposition « Le nouveau visage de la guerre » à Verdun

« La Nuit aux Invalides », spectacle du centenaire de 1918




Les Compagnies des Indes

La Compagnie des Indes orientales fonctionne, sous plusieurs statuts, de Louis XIV à la Révolution française.

Sa création marque l’irruption des ports de la façade atlantique dans les circuits traditionnellement réservés à ceux de la Méditerranée vers le Levant et la mer Noire. Les échanges commerciaux avec l’Asie s’accélèrent aux XIIIème et XIVème siècles avec l’unification des « routes de la soie » par l’Empire mongol. Le Portugais Vasco de Gama franchit le Cap de Bonne-Espérance en 1498 et arrive en Inde. La politique de l’Empire portugais qui, en 1515 s’étend jusqu’aux Moluques, consiste «  à faire du commerce là où c’était possible et à faire la guerre là où c’était nécessaire ». En 1580 quand il reçoit la couronne du Portugal, le roi d’Espagne Philippe II interdit l’accès de ses ports aux navires des Provinces-Unies. La Compagnie hollandaise des Indes orientales, plus connue sous le sigle « VOC », voit alors le jour et établit des agences commerciales en Asie. Elle devient le modèle des autres nations marchandes de l’Occident, qui copient sa puissance financière avec le recours à de nombreux actionnaires privés et l’organisation d’un monopole commercial protégé par l’État. Après 1608, des armateurs de Londres s’associent à la haute noblesse anglaise pour développer l’East India Company (EIC). En France en 1664, Louis XIV et Colbert instituent la Compagnie des Indes orientales, qui obtient le monopole des relations maritimes et commerciales de la Perse à la Chine et au Japon. Elle fait construire ses navires dans ce qui deviendra le port de Lorient, à proximité de Port-Louis, auparavant dévolu à la Marine royale qui installera ses arsenaux à Brest, Rochefort et Toulon. Au fil des années, la Compagnie des Indes orientales forme ses propres officiers responsables de l’itinéraire d’une campagne, du respect de la discipline à bord, de l’encadrement des marins, de la surveillance des opérations commerciales et du transport des passagers. Le recrutement des équipages est une préoccupation permanente dans un contexte de fréquente pénurie. Les navires sont armés de canons pour leur protection. Outre des marchandises et des esclaves africains, ils transportent aussi des passagers, dont plus de 50 % sont des soldats du roi et des troupes de la compagnie. Les gouverneurs des comptoirs français de l’Inde engagent aussi ponctuellement des mercenaires indiens armés à l’européenne, les « cipayes », dont la valeur sera démontrée pendant les guerres franco-anglaises. Malgré la chute du comptoir français de Pondichéry en 1761, l’EIC ne triomphe pas complètement. En effet, des officiers et ingénieurs français se mettent au service d’États indiens pour contribuer à la modernisation de leurs armées. Cette influence sera entretenue jusqu’en 1840 par de discrets envois français et plusieurs générations d’arrivants. Au cours du premier tiers du XIXème siècle, l’EIC exerce une véritable souveraineté sur toute la péninsule. Toutefois, après la révolte des cipayes en 1857, elle est reléguée au commerce et perd ses attributions politiques. En 1874, la reine Victoria devient impératrice des Indes et l’EIC disparaît. De 1815 à 1962, la France conservera 5 comptoirs en Inde : Pondichéry, Karikal, Yanaon, Mahé et Chandernagor.

Loïc Salmon

« Les Compagnies des Indes », ouvrage collectif sous la direction de René Estienne. Éditions Gallimard/Ministère de la Défense-DMPA, 288 pages, plus de 350 illustrations. 49 €




Femmes en guerre 1940-1946

Cet ouvrage, réalisé par cinq personnes, présente les femmes qui ont participé, sous l’uniforme, à la seconde guerre mondiale du côté des Alliés. Abondamment illustré de photos et documents, sans oublier les détails vestimentaires et insignes,  il souligne leur engagement et leurs difficultés à se faire admettre par leurs collègues masculins. « Bien des combattants d’hier tiennent pour inadmissible la présence de femmes dans leurs rangs. Nous ternissons la pureté de leur légende, mettons de la sauce majorette dans leur gloire », explique Suzanne Torrès, qui épousera le futur général Massu. Elle fait partie des Françaises vivant à New York que la riche Américaine Florence Conrad, soutenue par les puissantes ligues féministes, recrute en 1943 pour créer le groupe de conductrices ambulancières « Rochambeau », du nom du commandant des troupes françaises pendant la guerre d’Indépendance américaine. Les « Rochambelles » accompagnent la 2ème Division blindée du général Leclerc jusqu’en Allemagne. En décembre 1940, au Caire, le général Catroux crée le Bureau central d’assistance pour les Forces françaises libres au Moyen-Orient et en confie la direction à sa femme Marguerite, infirmière principale de 1ère classe. Une autre infirmière, la comtesse Gali-Leila du Luart, met sur pied la Formation chirurgicale mobile (FCM) N°1, franco-américaine de statut civil, pour secourir les grands blessés pendant la campagne de France. Elle reçoit la croix de Guerre et la Légion d’Honneur. Après divers avatars, la FCM reprend du service en Tunisie en 1942, suit tous les combats en Italie, rejoint la France le 31 mai 1945 et défile à Paris le 14 juillet. L’armée de l’Air crée le Corps auxiliaire féminin en 1943 à Alger. Parmi ces « filles de l’air » figurent la chanteuse américaine Joséphine Baker (croix de guerre avec palme et chevalier de la Légion d’Honneur) et l’aviatrice Maryse Bastié (croix de Guerre avec palme et commandeur de la Légion d’honneur). Outre ces grandes dames, nombreuses furent les femmes de métropole et des colonies à contribuer à la libération de la France. En Afrique du Nord, les volontaires doivent avoir entre 18 et 45 ans mais, les effectifs ne suffisant pas, un appel individuel sous les drapeaux est institué pour les Françaises de 21 à 40 ans, célibataires, veuves, divorcées et mariées sans enfants. Seules celles ayant souscrit un engagement peuvent servir aux armées. De tous les corps féminins, celui des transmissions, créé par le général Merlin, est le plus connu. Les « Merlinettes » participent à la libération de la Corse en 1943 et au débarquement de Provence en 1944. Parmi les 30 d’entre elles recrutées par le 2ème Bureau (renseignement), 7 seront parachutées en France occupée, capturées par les Allemands et exécutées. La Marine constitue les Services féminins de la flotte (SFF), dont les cadres sont recrutés en fonction des diplômes, des états de service ou des services rendus. Deux groupes d’ambulancières SFF se distinguent au 1er Régiment de fusiliers marins et au Régiment blindé de fusiliers marins. Les premières, engagées en Italie en juillet 1944, seront considérées comme membres à part entière de l’unité, malgré la méfiance du début, pour leur courage, leur endurance et leur calme en toutes circonstances. Les secondes seront présentes à la prise de Berchtesgaden (« nid d’aigle » d’Hitler) les 4 et 5 mai 1945. Pourtant, l’unique monument aux ambulancières mortes pour la France, situé à Réchésy (Territoire de Belfort), ne sera inauguré… qu’en 1991 !

Loïc Salmon

Exposition photographique itinérante « Femmes de la défense »

 

« Femmes en guerre 1940-1946 » (2013).

Éditions E-T-A-I/176 pages/36 €




Le nouveau visage de la guerre

En-1918, toutes les armes de mêlée, d’appui et de soutien coopèrent en vue d’atteindre une efficacité maximale, en tirant partie de l’expérience acquise depuis 1914 et en expérimentant l’avion et le char, armes nouvelles.

L’armée allemande crée des « Sturmtruppen » (troupes d’assaut) chargées de désorganiser le dispositif ennemi. Précédées par un tir d’obus fumigènes et à gaz, elles s’enfoncent le plus profondément possible dans le réseau de tranchées adverse, en contournant les nids de résistance pour atteindre très vite la ligne des postes de commandement et celle des batteries d’artillerie. Elles sont équipées de grenades, carabines, mitrailleuses d’accompagnement, lance-flammes ou mortiers légers. Toutefois en 1918, l’armée allemande manque d’hommes et surtout de chars de combat, faute de matière première. Son état-major a même douté de son utilité jusqu’en 1917. La mobilité de son artillerie est freinée par l’insuffisance de chevaux et aussi d’essence et de caoutchouc pour la motorisation. Son aviation, passée de 200 avions en 1914 à 2.500 en 1918, acquiert des suprématies aériennes ponctuelles, en concentrant ses actions sur les points les plus menacés du front. Malgré des progrès techniques considérables, le manque de carburant devient son principal handicap à partir de mai 1918. De son côté, l’armée française mise sur l’artillerie lourde pour démanteler complètement les défenses de l’ennemi. Elle améliore sa mobilité, grâce aux camions et à la voie ferrée, et sa discrétion par des réglages sans tirs préliminaires qui alertaient l’ennemi au début de la guerre. Les chars, considérés d’abord comme des canons mobiles, appartiennent à « l’artillerie d’assaut », qui démarre en 1916. Utilisés massivement l’année suivante, ils deviennent l’élément-clé des offensives de 1918. La cavalerie, inadaptée à la guerre de tranchées, entame sa motorisation et retrouve son rôle dans la reprise de la guerre de mouvement en 1918 avec deux groupes d’automitrailleuses autocanon. A la fin de la guerre, le fantassin s’est spécialisé pour remplir une mission correspondant à son arme : fusil, pistolet, grenades, fusil-mitrailleur, mitrailleuse ou mortier. Avec l’instauration de la conscription aux Etats-Unis, l’armée américaine passe de 300.000 hommes en mai 2017 à 4 millions en novembre 1918. Les fantassins n’ont guère connu de grand conflit. Après une formation sommaire aux Etats-Unis, ils rejoignent des camps d’instruction en France. Quoiqu’en grande partie équipés par les Français et les Britanniques, ils seront engagés au combat comme « armée américaine », hors de tout amalgame avec les troupes françaises et britanniques, malgré les injonctions répétées des Alliées. Faute d’une formation complète et adaptée, cette armée perd au combat plus de la moitié de ses fantassins et 80 % de ses officiers. Les artilleurs américains, dotés de nombreux canons français, sont formés par des instructeurs français aux Etats-Unis puis dans des camps dispersés en France. L’observation des premiers engagements des chars français en 1917 incite l’état-major américain à créer un service de « tanks » en janvier 1918. Des chars américains participent aux offensives aux côtés d’unités françaises. Les équipages reçoivent des formations dans des centres aux Etats-Unis, en France et en Grande-Bretagne. L’aviation passe de 220 avions et 1.185 hommes en avril 1917 à 1.025 appareils, surtout français, et 200.000 hommes en novembre 1918.

Loïc Salmon

« Le nouveau visage de la guerre », ouvrage collectif. DAGRES Éditions, 88 pages, 18 €

Exposition « Le nouveau visage de la guerre » à Verdun

Grande Guerre : l’action des « Sammies » en Meuse-Argonne

Entendre la guerre




Henri Gouraud, photographies d’Afrique et d’Orient

Le général d’armée Henri Gouraud (1867-1946), qui finira gouverneur militaire de Paris avec la grand-croix de la Légion d’Honneur, s’est passionné toute sa vie pour la photo. Archétype de l’officier colonial qui construit des routes plutôt que de rechercher des actions d’éclat (théorie du maréchal Hubert Lyautey), sa carrière l’a amené en Afrique sub-saharienne et au Levant. Il en a rapporté 10.000 clichés et 200 cartons d’archives, témoignages de ses peuples, de leur histoire, de leur culture et de leurs combats. Utilisées précédemment à des fins personnelles ou scientifiques, les photos vont trouver des applications militaires et justifieront les opérations coloniales aux yeux du public français et des autres puissances européennes. Soucieux de « montrer sa force sans avoir à s’en servir », Lyautey, résident général au Maroc, utilise la presse, les correspondants de guerre et la photo comme outils de gouvernement au début du premier conflit mondial. Suivant son exemple, Gouraud apprend à se servir de l’image à des fins politiques : magnifier le rôle des troupes, conserver celui d’intercesseur avec la famille, former les soldats et employer le pittoresque pour incarner la « pacification ». La photo de presse participe à l’essor de l’usage du document photographique par les officiers, qui voyagent facilement partout dans le monde. Lors de son mandat de haut-commissaire en Syrie et au Liban et de commandant en chef des troupes du Levant, Gouraud lance un programme archéologique et envoie ses équipes photographier la région. Les prises de vues, parfois destinées aux élèves des écoles des Beaux-Arts, servent aussi aux opérations de propagande de la « vulgarisation coloniale » au développement du tourisme. Dès sa formation à Saint-Cyr (1888-1890), Gouraud a été atteint par le « virus » de l’Afrique, mais commence par intégrer…le 21ème bataillon de Chasseurs à pied de Montbéliard. Faute d’une affectation à la Légion étrangère en 1893, il obtient un poste d’état-major au Soudan l’année suivante. Il se donne pour objectif de devenir un bon « broussard » au contact d’officiers et de soldats qui se qualifient tous « d’Africains ». En 1898, à la tête d’une colonne de 271 hommes (9 Européens, 212 tirailleurs et 50 porteurs), le capitaine Gouraud recherche Samory, un chef de tribu qui dispose d’une armée de 100.000 personnes et sème la terreur dans la bande sahélo-saharienne. Il parvient à le capturer… sans tirer un seul coup de feu ! En 1907, le colonel Gouraud doit empêcher les rezzous des populations maures, qui descendent régulièrement vers le Sénégal. En outre, l’Adrar, au cœur de la Mauritanie, est devenu la plaque tournante d’un vaste trafic d’armes à travers le Sahara. Gouraud pratique alors une guerre de partisans face à la guérilla incessante. Ses clichés sur l’Adrar lui permettront de soutenir les propositions de décorations pour ses officiers et soldats. Après la signature du traité de protectorat par le sultan du Maroc en 1912, Gouraud réprime avec succès une révolte des tabors de Fès et obtient ses étoiles de général de brigade. De retour en France pendant la première guerre mondiale, il est blessé à deux reprises et doit être amputé du bras droit en 1915. Commandant de la IVème Armée en Champagne, il remporte, le 15 juillet 1918, une bataille décisive qui lui vaut l’honneur d’entrer le premier à Strasbourg le 22 novembre.

Loïc Salmon

Armée de Terre : retour d’expérience de l’opération « Serval » au Mali

Evolution et continuité de la gestion des crises en Afrique

Afrique : les armées, leur construction et leur rôle dans la formation de l’État

« Henri Gouraud, photographies d’Afrique et d’Orient » par Julie d’Andurain. Éditions Pierre de Taillac et Archives diplomatiques, 240 pages, nombreuses illustrations, 35 €.




L’histoire de l’Aviation légère de l’armée de terre 1794-2014

Par son adaptabilité, l’hélicoptère de combat de l’Aviation légère de l’armée de terre (ALAT) peut s’utiliser du conflit de haute intensité à l’action humanitaire. Sa rapidité d’emploi lui confère une dimension politico-militaire dans la gestion des crises.

Il aura quand même fallu 60 ans pour y arriver, comme le présente en détail ce livre, tiré de la thèse de doctorat d’histoire contemporaine du général (2S) André Martini, soutenue en 2004 puis enrichie pendant la décennie suivante. L’ALAT justifie sa double appartenance au monde rustique de l’armée de Terre et à celui de la technique aéronautique. Son esprit pionnier, caractéristique de la saga de l’aviation tout court, se heurtera souvent aux dures réalités administratives et financières, sans oublier les rivalités entre armées de Terre et de l’Air. Aux États-Unis, les expériences de ballons d’observation aériennes et de réglage de tirs d’artillerie débutent à la guerre de Sécession (1860-1865). La Grande-Bretagne met sur pied une unité de ballons au Beschuanaland (Afrique australe) en 1884. Mais la France les a précédées lors de la bataille de Fleurus…en 1794 ! Cette innovation est ensuite décriée comme une « tricherie » dans la conduite de la guerre. Elle ne réapparaît qu’au siège de Paris en 1870. Après les essais de « l’avion » de Clément Ader (1897) et surtout la traversée de la Manche par Louis Blériot en 1909, les militaires s’y intéressent. L’aéronautique désigne alors la science de la navigation aérienne, l’aérostation « les plus légers que l’air » et l’aviation « les plus lourds que l’air ». L’hélicoptère apparaît dans les années 1920, mais il faut attendre les guerres de Corée puis d’Indochine et surtout d’Algérie pour qu’il démontre son utilité. Le 8 mars 1956, le colonel Marcel Bigeard réussit la première opération héliportée en utilisant des hélicoptères comme engins d’assaut. Par ailleurs, fin 1960, plus de 1.500 blessés ont été évacués de nuit en plus de 750 missions extrêmement risquées. Vulnérable, l’hélicoptère sera rapidement doté de mitrailleuses, lance-roquettes et enfin missiles. Le besoin de deux niveaux d’action aérienne se manifeste : appui mené par des moyens concentrés sur quelques bases opérationnelles, du ressort de l’armée de l’Air ; action aérienne immédiate et intégrée à la manœuvre terrestre qui relève de l’ALAT. La formation des pilotes d’hélicoptères se fait dans les deux armées. Dans l’armée de l’Air, elle attire les pilotes devenus inaptes au métier de chasseur ou de transporteur. En revanche, dans l’armée de Terre, les jeunes officiers se tournent vers l’hélicoptère, comme leurs anciens vers la cavalerie légère. Les progrès techniques transforment le combat dans la 3ème dimension. Le radar « Spartiate » permet de guider vers l’arrière les hélicoptères possédant l’aptitude au vol ans visibilité, garantissant du secours aux équipages par tous les temps. Viennent ensuite les jumelles intensifiant la lumière résiduelle, pour le vol de nuit, et la caméra thermique pour l’identification des cibles. Les combats de demain, intenses et de courte durée seront soumis à la surveillance constante des moyens de renseignement et à la menace permanente d’armes précises à temps de réaction très bref. Le rythme des interventions de l’ALAT sera accru en conséquence. Devant la complexité des équipements destinés à maîtriser ces risques, le facteur humain restera toujours primordial.

Loïc Salmon

ALAT : retour d’expérience opérationnelle

Armée de Terre : l’ALAT, indispensable à l’engagement terrestre

« L’histoire de l’Aviation légère de l’armée de terre » 1794-2014, par le général André Martini. Éditions Lavauzelle, 448 pages.




Provence 1944

Le 15 août 1944, les troupes alliées débarquent en Provence et parcourent 750 km vers le Nord pour réaliser la jonction, le 12 septembre, avec celles venues de Normandie (6 juin). L’armée française d’Afrique participe à cette opération dénommée « Dragoon ».

Décidé lors de la Conférence de Québec en août 1943 par Roosevelt et Churchill, ce projet est vite approuvé par Staline, qui y voit le moyen de soulager le front soviétique, et De Gaulle celui de démontrer la puissance retrouvée de la France, qui pourra ainsi siéger aux côtés des vainqueurs. Le plan définitif prévoit 600 bateaux de transport et 1.270 péniches de débarquement protégés par 250 bâtiments de guerre et 2.000 avions. La partie aéroportée implique 535 avions et 465 planeurs de transport de troupes. En face, malgré les ponctions au profit du front de Normandie, la Wehrmacht aligne 250.000 hommes, qui considèrent le Midi de la France comme un lieu de détente après les épreuves du front de l’Est. Jérôme Croyet, docteur en Histoire, relate avec force photos, documents et témoignages, cette épopée moins connue que celle du « Jour- J », mais autant mouvementée. Contrairement à celles de Normandie qui comptent beaucoup de jeunes recrues, les troupes du débarquement de Provence ont l’expérience du combat en Afrique du Nord (1942) et en Italie (1943). De l’hiver 1943 au 15 août 1944, les raids alliés déversent 12.500 t de bombes sur les lignes de communications, ports, usines et terrains d’aviation de Provence. A partir du printemps 1944 et avec l’aide de la Milice collaborationniste, les troupes allemandes pourchassent, le long de la vallée du Rhône, les maquis de la Résistance réfugiés dans les massifs des Glières et du Vercors. Ces maquisards, surtout des jeunes gens réfractaires au Service du travail obligatoire en Allemagne, ont rallié les Forces françaises de l’intérieur (FFI), regroupant notamment l’Armée secrète (gaulliste) et les francs-tireurs et partisans (communistes). Le 15 août, après un parachutage de 300 poupées utilisées comme leurres comme lors du « Jour-J », 5.607 parachutistes américains, anglais et français (1er Régiment de chasseurs parachutistes) sautent dans de mauvaises conditions météo, essuient les tirs antiaériens allemands et s’éparpillent au sol. Les maquisards les aideront à se regrouper. Le soir, 100.000 hommes ont pu débarquer entre Cavalaire et Saint-Raphaël. Malgré l’effet de surprise initial, ils livrent de durs combats contre la 19ème Armée allemande, qui se replie vers l’Est. Au cours de leur progression vers l’intérieur, les GI’s sont accueillis en libérateurs en raison de leur image de vainqueurs, contrairement aux soldats français qui incarnent la défaite de 1940, notamment les prisonniers de guerre. Cet enthousiasme suscite l’amertume des Français Libres : « On n’intéressait personne, les Amerlos, eux, vendaient cigarettes et chocolat ». De leur côté, les soldats allemands préfèrent se rendre aux unités régulières américaines, respectueuses du droit de la guerre, plutôt qu’aux FFI, dont ils redoutent la vengeance. Toutefois, grâce à l’aide des FFI (renseignement et harcèlement des troupes allemandes), les divisions américaines atteignent Grenoble en 7 jours au lieu de 90 comme initialement prévu. « Le débarquement en Provence est une réussite militaire, mais aussi publicitaire », conclut Jérôme Croyet. En effet, les cinéastes professionnels, intégrés dans les unités américaines, et les personnels de l’ECPA français captent l’instant pour alimenter les actualités ou les films de propagande.

Loïc Salmon

Femmes en guerre 1940-1946

« Provence 1944 » par Jérôme Croyet. Éditions Gaussen, 144 pages. 24,50 €




James Bond dans le spectre géopolitique

Le succès international, continu depuis un demi-siècle, du personnage de James Bond, champion de la lutte antiterroriste en tous genres du début de la guerre froide à aujourd’hui, tient au fait que la fiction « colle » à la réalité des affaires du monde et parfois l’anticipe.

Ce livre l’explique par une analyse poussée des 12 romans de Ian Fleming (1908-1964) et des 24 films (1962-2015) consacrés à cet agent secret hors normes, enfin pas tout à fait. En effet, l’enquête effectue au passage un survol historique des principaux services de renseignements britanniques, américains, français et soviétiques. Sur le plan personnel, Bond et Fleming présentent, naturellement, certaines ressemblances : le premier est orphelin  à 11 ans et le second perd son père dans un bombardement en Picardie en 1917. Tous deux sont entrés au collège aristocratique d’Eton, dont ils seront renvoyés… pour une histoire de fille ! Ils partagent les mêmes goûts pour la belle vie, les voitures de rêve et les jolies femmes. Capitaines de frégate dans la Marine britannique, ils s’intéressent aux nouveautés techniques et pas seulement en matière de renseignement. Mais Bond n’est pas la copie conforme de son « père ». Outre sa propre expérience pendant la seconde guerre mondiale, Fleming s’inspire d’agents bien réels et hauts en couleur, qu’il a rencontrés ou dont il a entendu parler à cette époque. Il admire William Sommerset Maugham (1874-1965), médecin et membre du British Secret Service pendant la première guerre mondiale puis reconverti dans la littérature d’espionnage. Arrivent ensuite : Sydney Reilly d’origine polonaise né en 1874 et disparu mystérieusement en Union soviétique dans les années 1930 ;  William Stephenson (1897-1989), as de la Royal Air Force et passionné de cryptographie ; l’Américain William Donovan (1883-1969), fondateur de l’Office of Strategic Services qui deviendra la Central Intelligence Agency (CIA) ; le Serbe Dusco Popov (1912-1981), agent double au service des Allemands et des Britanniques ; le capitaine de corvette Patrick Dalzel-Job (1913-2003), membre du NID30AU (unité navale de renseignement commando) ; l’Américain Allen Dulles (1893-1969), premier directeur civil de la CIA de1953 à 1961. Du point de vue américain, l’agent idéal doit être capable de foncer tête baissée dans une mission difficile et dangereuse, afin de calmer sa colère et donner un sens à une vie futile. En revanche, pour les Britanniques, il doit avoir un niveau intellectuel supérieur et toujours maîtriser son énergie exubérante. Par ailleurs, les relations entre les « cousins » de chaque côté de l’Atlantique n’ont pas toujours été au beau fixe. Ainsi, l’infiltration de « taupes » soviétiques jusqu’au sommet de l’État, dès le début de la guerre froide, inspire également la saga de Bond. Il s’agit des « Cinq de Cambridge » (Kim Philby, Guy Burgess, Donald Maclean, Anthony Blunt et John Cairncross) et surtout de George Blake. Pendant la seconde guerre mondiale, ce dernier a servi sous les ordres de Fleming… qui lui aurait conseillé de poser sa candidature au service de renseignement extérieur MI6 ! Selon Fleming, Bond est un personnage ordinaire, à qui il arrive des histoires extraordinaires, et aussi le « miroir de son temps ». Après l’adaptation cinématographique de tous ses romans, les scénaristes respecteront ces principes pour propulser l’homme d’action 007 dans un univers technologique toujours plus pointu.

Loïc Salmon

Renseignement et littérature : un filon pour les écrivains

Renseignement et cinéma : des logiques difficilement compatibles

Armes secrètes de l’Allemagne nazie

« James Bond dans le spectre géopolitique » par Jean-Antoine Duprat. Éditions L’esprit du temps, 272 pages, prix 21 €.