Secret Défense

Cet ouvrage, abondamment illustré, raconte les heurs et malheurs du renseignement militaire et lève le voile sur certains épisodes de l’histoire de la France. Cryptographie (« chiffre »), clé de la sécurité des transmissions, et actions subversives sont allées de pair.

Ainsi, le chiffre de Jules César (100-44 avant J.C.) sera « cassé » seulement au milieu du IXème siècle, celui de Blaise de Vigenère (1523-1596) en 1854 et celui d’Antoine Rossignol (1600-1682) à la fin du XIXème siècle. L’organisation des services de renseignement (SR) incluant la collecte d’information (stratégiques et tactiques) et les « actions » (infiltration, provocation, manipulation ou interrogatoire « musclé »), mise au point par la Rome impériale, durera en France jusqu’à la fin de la seconde guerre mondiale. Au Moyen-Age, le contexte des guerres extérieures et des tentatives de déstabilisation du pouvoir monarchique, incite Louis XI à créer un système de relais de postes dans tout le royaume pour faire remonter rapidement le renseignement. Les guerres de religion aux XVIème et XVIIIème siècles favorise l’éclosion massive de l’espionnage. Environ un tiers des agents sont d’anciens officiers nobles, traîtres par idéologie ou nécessité. Un autre tiers comprend les secrétaires ou juristes ayant accès aux documents des princes. Le reste est constitué d’ecclésiastiques, fins psychologues et parfois proches du pouvoir. S’y ajoutent les marchands, financiers et aventuriers de tout poil. Dans les armées, l’espion, qui n’est pas protégé par les lois de la guerre, risque l’exécution sommaire après la torture pour en obtenir aveux et dénonciations. La recherche du renseignement, même tactique, est prise de haut par les officiers, qui estiment déshonorantes les activités des SR. A part les campagnes de Crimée (1854-1856), d’Italie (1859) et les expéditions coloniales en Afrique et en Extrême-Orient, ce dédain perdure en France jusqu’en 1870, alors que les officiers anglais, russes, américains et prussiens n’ont aucun scrupule à se déguiser et prendre une fausse identité pour pénétrer les desseins de l’ennemi. L’attitude des princes envers les SR fluctue au cours des siècles. Le père Joseph, éminence grise du cardinal de Richelieu, met sur pied un vaste réseau d’agents professionnels, de l’Angleterre au Levant en passant par le Canada et la Russie, et crée une académie de cryptographie. Ainsi, grâce au déchiffrement de messages des protestants de La Rochelle, le cardinal parvient à les faire capituler. Pendant la guerre contre l’Espagne, son service de contre-espionnage arrête des agents ennemis, dont les peintres de renom Rubens, Velasquez et Van Dick ! Son successeur, Mazarin, envoie en missions secrètes le plus fameux des cadets de Gascogne, D’Artagnan. Les SR de Louis XIV, réorganisés par Louvois, recourent aussi aux petits groupes de partisans pour effectuer des reconnaissances dans la profondeur des territoires ennemis. Louis XV, qui se méfie des SR de l’État, crée le « Secret du Roi », qui ne dépend que de lui. Son agent le plus célèbre, le chevalier d’Éon, s’habillait parfois en femme. Louis XVI enverra discrètement armes et munitions aux « insurgents » américains, avant les expéditions officielles de l’amiral De Grasse et du général Rochambeau. Napoléon multiplie les SR pour mieux les contrôler : gendarmerie, armées, diplomatie, police politique et police des Tuileries pour sa protection rapprochée. Pendant la Grande Guerre, l’agent double Mata Hari deviendra l’archétype de la femme fatale.

Loïc Salmon

« Secret Défense » par Constantin Parvulesco. Éditions E-T-A-I, 144 pages, 37,50 €.

Mousquetaires !

Des Aigles et des Hommes : sur les traces de la Grande Armée

Armée de Terre : nécessité du renseignement au « bon endroit » et au « bon moment »

 




Blocus du Qatar : l’offensive manquée

Quatre Etats arabes ont tenté, sans succès, de déstabiliser un cinquième, petit mais très riche, par la diffusion de fausses informations dans les médias et les réseaux sociaux, les cyberattaques, l’action de lobbyistes aux Etats-Unis et en Europe, les pressions diplomatiques et les sanctions économiques.

Ce quartet, composé de l’Arabie saoudite, des Emirats arabes unis (EAU), de Bahreïn et de l’Egypte, a donc employé tous les moyens, sauf militaires, pour réduire le Qatar, qui a riposté et est parvenu à obtenir l’aide de l’Iran, de la Turquie et surtout… des Etats-Unis qui y stationnent 10.000 soldats sur leur base d’Al Udeid. Cette crise a été suivie attentivement par Israël, qui reproche au Qatar son soutien économique au mouvement islamiste palestinien Hamas, très implanté dans la Bande de Gaza (entre Israël et l’Egypte). Israël entretient des relations étroites avec la Russie (présente en Syrie), pour lutter contre le terrorisme islamiste, et des liens officieux avec les EAU. Comme le quartet anti-Qatar, il veut contrer l’influence régionale de l’Iran. Tout commence le 23 mai 2017 par le piratage de l’agence de presse du Qatar (QNA). Celle-ci diffuse des extraits d’un prétendu discours de l’émir faisant l’éloge de la puissance de l’Iran chiite, avec des critiques à peine voilées de l’administration américaine, et présente le Hamas comme le « représentant légitime du peuple palestinien ». Ensuite, les médias du quartet dénoncent « l’aventurisme et la traîtrise du perfide Qatar ». Or ces extraits, entièrement faux, et le piratage de QNA ont été réalisés par les EAU, comme le prouvera une enquête du FBI quelques semaines plus tard. Malgré le démenti du gouvernement qatari, la crise atteint son paroxysme le 5 juin avec la rupture des relations diplomatiques du quartet avec le Qatar, qui se voit aussi interdire le franchissement de leurs frontières terrestres et l’accès à leurs espaces aériens, avec de graves conséquences économiques. L’Iran propose alors son aide au Qatar pour contourner l’embargo. Washington appelle le quartet à la retenue, car la plus grande partie des raids aériens de la coalition internationale contre Daech, en Syrie et en Irak, s’effectue à partir de la base d’Al Udeid. Conformément à l’accord bilatéral de défense, Ankara active sa base au Qatar en y envoyant 1.000 soldats et des véhicules blindés. Le quartet n’ose prendre le risque d’un affrontement militaire direct. Mais la confrontation se poursuit. Au piratage de QNA, le Qatar répond par celui de la boîte mail du très influent ambassadeur des EAU à Washington et divulgue ses manœuvres. Par ailleurs, le Qatar pratique une diplomatie relativement indépendante, avec des rapports directs avec les grandes puissances, et une stratégie d’influence dans le monde musulman, grâce à son assise financière. Plus grand exportateur mondial de gaz naturel, il l’exporte par ses 60 méthaniers directement à partir du port Hamad, inauguré le 5 septembre 2017. Le blocus l’a incité à développer l’économie locale et un commerce maritime vers Oman, la Turquie, le Pakistan, Koweït et l’Inde. Sa réputation de soutien au terrorisme remonte à la guerre d’Afghanistan (2001-2014), quand il avait autorisé les talibans à disposer d’une représentation à Doha…à la demande de Washington ! Ensuite, des financiers, privés, du terrorisme s’y sont installés jusqu’en 2015. Toutefois, le 11 juillet 2017, le Qatar a signé, avec les Etats-Unis, un accord sur la lutte contre le financement du terrorisme.

Loïc Salmon

« Blocus du Qatar : l’offensive manquée » par le général François Chauvancy. Éditions Hermann, 330 pages. 18 €

Qatar, vérités interdites

Arabie Saoudite, de l’influence à la décadence

Iran : acteur incontournable au Moyen-Orient et au-delà

L‘Égypte en révolutions




Les plus grandes batailles en montagne

Connaissance du terrain, préparation opérationnelle de la troupe, raids et embuscades caractérisent la victoire dans la guerre en montagne.

Celle-ci vise surtout le contrôle d’une zone ou une action sur l’ennemi ou, accessoirement, à créer une diversion, une couverture ou un appui dans le cadre d’une manœuvre globale. La conception et la réalisation de la manœuvre, alliant audace, surprise et cohésion des troupes, restent toujours du ressort d’un chef déterminé. Toutefois, l’héroïsme ne suffit pas. Ainsi, quoique solidement retranché aux Thermopyles (- 480 avant JC) avec 300 Spartiates, Léonidas n’a pas imaginé que l’armée perse puisse le contourner, par surprise, à travers un sentier de montagne. Par contre, un coup d’audace et des techniques alpines ont permis à Alexandre le Grand de s’emparer du camp de la Roche sogdienne (Asie centrale, – 328 avant JC), place forte réputée imprenable. Malgré le terrain escarpé, la multiplicité des combats, la sévérité du climat, les accidents et les délais d’approvisionnements, Hannibal fait franchir les Alpes (- 218 avant JC) en 15 jours à une armée réduite à 26.000 fantassins et 6.000 cavaliers à son arrivée en Italie. L’année suivante, dans une embuscade montée sur les flancs des collines le long du lac Trasimène, il écrase l’armée romaine en l’empêchant de manœuvrer. De son côté, Vercingétorix réussit une manœuvre rapide d’infanterie en terrain montagneux à Gergovie (- 52 avant JC) et inflige à Jules César un important revers militaire. En 1675 et après un minutieux travail de réflexion et malgré un rapport de force défavorable, Turenne traverse les Vosges en plein hiver et remporte la bataille de Turkheim en disloquant par surprise le dispositif de l’armée austro-brandebourgeoise. En 1709, Berwick, Anglais au service de la France, protège 300 km de frontière alpine, grâce à une connaissance approfondie du terrain en toutes saisons et un raisonnement tactique fondé sur le renseignement et la mobilité. En 1808, face à une armée espagnole de 9.000 hommes et 16 canons installés sur le col de Somosierra, assez large pour quatre cavaliers de front, Napoléon ordonne une charge de chevau-légers, dans la brume, qui dure sept minutes et provoque la déroute de l’ennemi, ouvrant la route vers Madrid. Lors de la guerre d’indépendance du Chili en 1817, l’armée du général San Martin traverse la cordillère des Andes en 19 jours, soit 585 km à 4.800-5.000 m d’altitude avec des températures variant de 30° C le jour à – 10° C la nuit. L’allure de 28 km/jour ne laisse pas le temps aux renforts espagnols d’arriver et permet à San Martin de remporter par surprise la victoire de Chacabuco. En 1877 à la tête d’un détachement d’avant-garde russe composé majoritairement de cavalerie, le général Gourko traverse le Balkan d’Etropol du 25 au 31 décembre et défait l’armée turque à Baba-Konak. Le traité russo-turc de San Stephano (3 mars 1878) reconnaît la suprématie russe dans les Balkans à dominante slave et orthodoxe. En 1918, après un raid de plus de 500 km en 6 semaines dans la montagne, le général Jouinot-Gambetta et la cavalerie française remportent la victoire du Dobro Poljé, entraînant la capitulation de la Bulgarie. En 1944, le Corps expéditionnaire français du général Juin franchit les Monts Aurunci et gagnent la bataille du Garigliano au pied du Mont-Cassin, ouvrant aux Alliés la voie vers Rome.

Loïc Salmon

« Les plus grandes batailles en montagne », Colonel Cyrille Becker. Editions Pierre de Taillac, 240 pages, illustrations, 26,90 €.

Conduite de la bataille, planification et initiative

Défaites militaires, ce qu’il faut éviter

L’ultime champ de bataille

 




Picasso et la guerre

Du camouflage de la première guerre mondiale au massacre pendant celle de Corée, en passant par celle d’Espagne, Picasso a vécu les conflits à distance.

Arlequin. Le 7 février 1915, Pablo Picasso suggère à son ami le poète et écrivain Guillaume Apollinaire, affecté au 38ème Régiment d’artillerie de Nîmes, de barbouiller les canons avec des couleurs vives et par morceaux rouges, jaunes, verts et blancs pour les dissimuler aux « aéroplanes » ennemis. Cette composition rappelle le vêtement d’Arlequin, personnage facétieux de la Commedia dell’arte (théâtre populaire italien du XVIème siècle). L’idée du camouflage Arlequin sera reprise du côté allemand mais…pour dissimuler les bombardiers lourds qui mèneront les premières attaques contre des civils. Le 12 février, le ministère français de la Guerre crée une équipe de camouflage, composée d’artistes et d’artisans pour décorer le théâtre de la guerre. Il s’agit de déstructurer les formes par la couleur pour les faire disparaître. En fait, le « caméléon » est préféré à l’Arlequin, trop visible, pour le camouflage de certains navires militaires, afin de gêner la vision de l’artilleur ennemi et ainsi perturber le calcul du tir. Cette innovation a été associée au « cubisme », qui apparaît dans la peinture de Picasso et Braque.

Guernica. Le 18 juillet 1936, au début de la guerre civile espagnole, le général Francisco Franco demande un appui militaire à ses alliés, le Führer allemand Adolf Hitler et le Duce italien Benito Mussolini. Hitler lui envoie la légion Condor, unité spéciale de la Luftwaffe chargée de prouver sa capacité de destruction aérienne et d’expérimenter bombardements, techniques nouvelles et plans d’attaque, en vue de la future guerre en Europe. En avril 1937, les troupes nationalistes espagnoles ne parviennent pas à prendre Madrid ni Bilbao. La ville basque de Guernica, sur la route de Bilbao, doit servir d’exemple de terreur pour briser le moral des troupes républicaines. Le 26 avril, 24 bombardiers et 19 chasseurs allemands ainsi que 3 bombardiers et 13 chasseurs italiens larguent entre 31 t et 41 t de bombes explosives et incendiaires sur Guernica de 16h20 à 19h40. Les chasseurs mitraillent les survivants des premières vagues de bombardement. Ceux qui ont réussi à échapper au pilonnage meurent asphyxiés ou brûlés par l’incendie. Le bilan s’établit à 271 bâtiments entièrement détruits (85,22 % de la ville) et plusieurs milliers de morts et blessés. Franco ordonne de nier l’attaque aérienne et d’annoncer que la ville a été incendiée par les « Rouges », version officielle jusqu’à la fin du régime franquiste en 1975. Pendant les deux mois suivants, Picasso peint son œuvre monumentale Guernica (3,49 m x 7,77 m), devenue l’icône universelle du pacifisme et à l’origine de son engagement ultérieur pour la paix, mais davantage comme compagnon de route du mouvement que militant actif. Pour lui, le message de Guernica remplaçait tous les discours qu’il aurait pu tenir.

La Corée. Le 25 juin 1950, en pleine guerre froide, un conflit éclate entre la République de Corée (Sud), soutenue par les Nations unies, et la République populaire démocratique de Corée (Nord), aidée par la République populaire de Chine et l’Union soviétique. En janvier 1951, Picasso peint Massacre en Corée, inspiré du Massacre des Innocents de Nicolas Poussin (1625-1632), du 3 mai 1808 à Madrid ou « les fusillés » (1814) de Francisco de Goya et de L’Exécution de Maximilien (1868-1869) d’Edouard Manet.

Loïc Salmon

 « Picasso et la guerre », ouvrage collectif. Éditions Gallimard/Musée de l’Armée, 352 pages, nombreuses illustrations, 35 €

Exposition « Picasso et la guerre » aux Invalides

Deux légionnaires dans la Grande Guerre, Zinoview et Cendrars




Quand le lys terrassait la rose

Pendant sept siècles d’hostilités (1066-1815), la France a gagné plus des deux tiers des quelque 200 batailles livrées au cours de 20 guerres contre l’Angleterre, mais elle a souvent perdu…la paix !

Tout commence à la bataille d’Hasting (1066), seule invasion réussie de l’Angleterre, qui entraîne l’usage du français à la cour et le remplacement des élites locales. Vingt ans plus tard, le sentiment national britannique naîtra d’une cérémonie de réconciliation. Pour la France, il faudra la victoire de Bouvines (1214) contre la première coalition européenne de son histoire. La guerre de Cent Ans, querelle dynastique, débute par une victoire navale française à Arnemuiden (1338), qui fera prendre conscience à l’Angleterre de la nécessité d’une Marine puissante et permanente. Deux ans plus tard, son souverain se proclame roi de France et arbore sur ses armoiries les léopards anglais et les lys français. La disparition de ces derniers et l’abandon du titre ne se produiront qu’en…1802 ! La durée de la guerre de Cent Ans s’explique notamment par le traité de Brétigny (1360), où une partie de la souveraineté de la France a été aliénée à l’Angleterre et que les plus capables de ses rois voudront récupérer par la force. Sur le plan militaire, la compétence du chef l’emportera sur la haute naissance nobiliaire et l’infanterie mobile, aidée par l’artillerie, sur la cavalerie surexposée. Entretemps, la guerre civile en France, entre Armagnacs et Bourguignons, va inciter l’Angleterre à tenter de reconquérir ses territoires perdus sur le continent. A Azincourt (1415), la chevalerie française est décimée par les flèches anglaises, qui deviendront obsolètes face à la puissante et précise artillerie française à Castillon (1453), victoire qui met fin au conflit. Le Traité de Troyes (1420) avait offert, à terme, la couronne de France au souverain anglais. Celui qui l’a effectivement portée affronte à son tour une guerre civile (1455-1486), dite des « Deux Roses », l’une blanche pour la maison d’York et l’autre rouge pour celle de Lancastre et qui, une fois réunies, deviendront l’emblème de la monarchie anglaise. Calais, l’unique place anglaise en France, tombe en 1558, mettant un point final aux ambitions territoriales de l’Angleterre sur le sol français. Dorénavant, pour se protéger, celle-ci cherche à diviser ses ennemis potentiels sur le continent et à agir diplomatiquement pour obtenir ou préserver la paix. Après la capitulation de La Rochelle (1628), place protestante soutenue par l’Angleterre, aucune ville de France ne sollicitera un concours étranger. Par contre, la révocation de l’édit de Nantes (1685) provoque l’émigration de nombreux protestants français vers l’Angleterre. Désormais et jusqu’en 1815, se déroule une « seconde guerre de Cent Ans » entre les deux nations, d’à peu près la même durée, en Europe, en Amérique et aux Indes orientales (Asie du Sud et du Sud-Est), alternant affrontements intenses et collectifs, conflits larvés, longues trêves et paix armées. A partir de 1760, à Londres, le pouvoir passe du roi au gouvernement impliquant un regard froid, rationnel et comptable des intérêts des milieux d’affaires. A Versailles, la politique étrangère et la guerre sont considérées comme occupations de gentilshommes pour la réputation, l’honneur et les titres avec…une certaine indifférence pour le résultat final ! Pourtant, après la défaite de la France à Waterloo (1815), le Traité de Paris lui restitue la Martinique, la Guadeloupe et La Réunion, soit aujourd’hui le 2ème domaine maritime du monde derrière celui des Etats-Unis.

Loïc Salmon

« Quand le lys terrassait la rose », par Daniel de Montplaisir. Mareuil Éditions, 350 pages. 19,90 €

Conduite de la bataille, planification et initiative

Défaites militaires, ce qu’il faut éviter




La seconde guerre mondiale en six batailles

Engagements interarmées, modularité, décentralisation du combat et initiatives caractérisent le second conflit mondial.

Les progrès en matière d’armement entraînent des révolutions tactique et stratégique qui transforment la conduite de la guerre. Les bases industrielles, l’accès aux ressources et le contrôle des populations deviennent des enjeux majeurs dans la conception, puis la mise en œuvre des opérations. Les idéologies totalitaires effacent les limites entre les domaines politique et militaire, pour aboutir à la destruction de l’adversaire. Ainsi, le taux de pertes civiles est passé de 5 % lors de la première guerre mondiale à 67 % pendant la seconde. La mécanisation amène à repenser l’art de la guerre dans une logique de mouvement et de concentration des efforts. L’action du couple char-avion, réalisée grâce aux transmissions, assure le succès de la « guerre éclair » allemande par la percée du dispositif ennemi, suivie d’une exploitation rapide de l’infanterie motorisée, planifiée dès le commencement de l’action. L’emploi de commandos ou de troupes parachutistes garantit la surprise. Toutefois, la logistique constitue la principale vulnérabilité des armées, en raison de la croissance des effectifs, du nombre et des performances des systèmes d’armes, de la consommation de munitions et de carburant, mais aussi des élongations des théâtres d’opérations. Par ailleurs, en cas de rapport de forces défavorable, le succès militaire repose de plus en plus sur la force morale des soldats, à savoir l’esprit de corps et un entraînement réaliste développant le sens de l’initiative. La présentation de la situation générale, des intentions des forces en présence et du déroulement de six batailles et leurs enseignements tactiques expliquent ces transformations de l’art de la guerre. Entre le 30 novembre 1939 et le 13 mars 1940, la guerre engage 800.000 hommes de l’Union soviétique contre 250.000 hommes de la Finlande. Amputée de 10 % de son territoire, celle-ci compte 25.000 soldats morts et 40.000 blessés, mais l’URSS reconnaîtra plus tard la perte de 270.000 morts et blessés, 1.500 chars et 700 avions. Lors de la bataille de Sedan (10-13 mai 1940), les forces allemandes déploient 60.000 hommes et 800 blindés contre les 112.000 hommes des forces françaises en défense. La Wehrmacht remporte la victoire, surtout grâce à sa « Panzerdivision », grande unité blindée interarmes disposant d’une grande autonomie. En Tunisie, pendant la bataille de Kasserine (19-25 février 1943), le savoir-faire allemand des forces de l’Axe (80.000 Allemands et 110.000 Italiens) anéantit une division américaine, peu aguerrie, des forces alliées (130.000 Britanniques, 95.000 Américains et 75.000 Français). La victoire finale de la bataille de Monte-Cassino (17 janvier-19 mai 1944), qui ouvre les portes de Rome, se solde quand même par 55.000 tués et blessés chez les Alliés, contre 20.000 pour les Allemands. En Russie, la bataille de Koursk (5 juillet-23 août 1943) oppose la Wehrmacht (800.000 hommes, 2.700 chars, 10.000 canons et 2.000 avions) à l’Armée rouge (1,3 million d’hommes, 3.300 chars, 19.000 mortiers ou canons et 2.400 avions). La défense soviétique s’est appuyée sur deux dispositifs successifs, coûteux en vies humaines, pour harceler l’ennemi. Lors des combats de Falaise en Normandie (12-21 août 1944), 90.000 soldats allemands échappent à l’encerclement des Alliés, supérieurs de plus de 2 fois en effectifs et de 14 fois en nombre de chars.

Loïc Salmon

« La seconde guerre mondiale en six batailles », Gilles Haberey & Hughes Pérot. Editions Pierre de Taillac, 106 pages, 180 illustrations, 24,90€. 

Les généraux français de 1940

Maréchaux du Reich

Les généraux français de la victoire 1942-1945

Femmes en guerre 1940-1946




Histoires d’armes

Le musée de l’Armée et le Château royal de Blois ont publié un ouvrage à l’occasion de l’exposition « Histoires d’armes »  (23 juillet-3 novembre 2013). A elle seule, la couverture souligne la valeur symbolique de l’arme au cours de son histoire. L’épée d’apparat du roi François 1er est encastrée dans le fusil d’assaut Kalashnikov : l’exaltation  de l’idéal chevaleresque et celle de la libération des peuples réunies !

A l’origine, l’arme vise à accroître le pouvoir de destruction de l’homme et sa capacité à se défendre de plus en plus loin. Le combat commence en effet de près : l’affrontement direct reste le révélateur ultime de la valeur des combattants de l’Antiquité à la première guerre mondiale. Le poignard de bronze se transforme en épée de fer, plus ou moins longue, jusqu’à la baïonnette ou la dague emmanchée au canon du fusil d’assaut d’aujourd’hui. Son complément, la cuirasse, indispensable au début, perd son efficacité protectrice devant l’arme à feu, qui va changer l’art de la guerre et même l’environnement humain. La valeur guerrière des chevaliers et la société féodale, qui l’a engendrée, cèdent devant la froide efficacité et la réalité économique inhérentes à la production de cette nouvelle arme, de plus en plus meurtrière avec le progrès technique. Pourtant, la tactique peut parfois l’emporter sur la technique. Ainsi, pendant la guerre de Cent Ans, les chevaliers français sont décimés par les nuées de flèches lancées par les archers anglais, plus rapides que les arbalétriers français, au cours des batailles rangées de Crécy, Poitiers et Azincourt. Ensuite, l’invention de la poudre noire et les canons embrasent les champs de bataille, mettent fin à l’invulnérabilité des châteaux forts et précipitent l’effondrement de la société féodale. Le pouvoir royal se trouve en effet renforcé par l’artillerie au coût élevé. Par la suite, la fabrication de fusils pour l’infanterie de ligne fait figure de pionnière : l’artisan armurier disparaît devant la fabrication industrielle, lorsque sont établies des normes techniques pour remplir le cahier des charges de l’armement des troupes royales au XVIIIème siècle. La mitrailleuse, introduite aux Etats-Unis pendant la guerre de Sécession (1860-1865), fait des ravages pendant la première guerre mondiale et démontre l’inutilité de la charge de lanciers à cheval et de l’assaut de fantassins à la baïonnette. La tactique de l’offensive à outrance se transforme en enlisement dans les tranchées. L’ouvrage « Histoires d’armes » raconte tout cela avec de nombreuses illustrations et explications. Il donne aussi  une intéressante chronologie de l’histoire des armes, des guerres, de leurs techniques et usages, en parallèle avec celle, plus large, des sciences, techniques et inventions en général.

Loïc Salmon

Exposition « Histoires d’armes » : guerre constante entre épée et cuirasse

Histoires d’armes. Editions Gourcuff Gradenigo. 96 pages/12 €.

 




100 ans de photographie aux armées

Créé en 1915, l’Établissement de communication et de production audiovisuelle de la défense (ECPAD) raconte dans un album l’épopée des photographes militaires, ces « soldats de l’image », en noir et blanc puis, progrès oblige, en couleur.

Son centenaire a fait l’objet d’une exposition (10 février-6 avril 2015) au musée de l’Armée, inauguré… en 1905 ! L’ECPAD, qui aura changé plusieurs fois d’appellation en un siècle, dispose d’un fonds de plus de 10 millions d’images sur la vie militaire et les conflits auxquels la France a participé. L’album présente, en français et en anglais, les thèmes abordés dans l’exposition, en vue de témoigner ou de mettre en valeur quelques photographes engagés dans les forces françaises. Ainsi, la période de 1915 à 1917 est rappelée par « Photographier la mort et la blessure pendant la première guerre mondiale » (Pierre Machard), « La Grande Guerre à Paris » et « Un pionnier du cinéma dans la guerre » (Albert Samama-Chikli). Celle de 1944-1945 apparaît avec des images de France, d’Allemagne et d’Italie : « Photographier les libérations » (Louis Viguier) ; « Un regard humaniste sur la guerre » (Germaine Kanova, qui sera décorée de la croix de Guerre pour son courage) ; « Photographe de l’armée d’Afrique » (Jacques Belin). Entre 1951 et 1957, André Branlard montre la reconstruction de l’armée de l’Air et de la Marine nationale, grâce aux États-Unis, et aussi la renaissance d’une industrie militaire autonome. La guerre d’Indochine (1946-1954) est présentée notamment par Pierre Ferrari, avec le 3ème Bataillon de parachutistes vietnamiens contre le Viêt Minh et la diversité des soldats du Corps expéditionnaire français d’Extrême-Orient (ultramarins, vietnamiens, marocains et métropolitains). La façon de procéder de Ferrari, au plus près de l’action, sera reprise par de nombreux photographes presse lors de la « guerre américaine » du Viêt Nam (1955-1975). Un autre reporter, Paul Corcuff, parachuté avec le 6ème Bataillon de parachutistes coloniaux du commandant Bigeard, en partage les conditions de vie et l’épuisement. Ses photos de la réalité du terrain seront soumises à la censure militaire, en raison du contexte international tendu. Il sera pourtant cité à l’ordre de l’armée pour un reportage « aussi précieux au Haut Commandement qu’à l’information internationale ». Jean Péraud et Daniel Camus, qui couvrent la bataille de Dien Bien Phu, pourront envoyer à temps leurs pellicules au Service Presse Information, avant d’être fait prisonniers. Pendant la guerre d’Algérie (1954-1962), les photos servent à alimenter les journaux de l’armée, la presse internationale et… les documents de propagande édités par les autorités  françaises. Il s’agit de légitimer la présence française avec les résultats des opérations et l’imbrication du civil et du militaire (instituteur et médecin militaire). Marc Flament, affecté à la 10ème Division parachutiste, prend 30.000 clichés du conflit. Certains, largement exploités et diffusés localement, montrent la dureté des combats. Les photos de Joël Brun, prises après l’attentat de l’immeuble Drakkar à Beyrouth le 23 octobre 1983, constituent un hommage posthume aux 58 parachutistes tués. Suivent les opérations militaires en Irak (1990-1991), dans les Balkans (1993-2003), en Afghanistan (2007-2009) et au Mali (2013), sans oublier les secours après le tremblement de terre à Haïti (2010).

Loïc Salmon

« 100 ans de photographie aux armées »  ECPAD, agence d’images de la défense, 14 €.

Boutique : <http://www.boutique.ecpad.fr>




L’Inde face à son destin

Cliente traditionnelle de l’Union soviétique pour ses avions de combat, l’Inde a finalement choisi de renouveler sa flotte par l’acquisition de 36 Rafale français en 2015. Toutefois, elle a dû renoncer à un transfert de technologie, malgré son essor économique et ses capacités scientifique et industrielle.

L’Inde possède en effet des pôles d’excellence reconnue dans les biotechnologies, l’industrie pharmaceutique, la production de logiciels et l’industrie spatiale. Plus de trois millions de diplômés sortent chaque année des universités et des grandes écoles, dont 300.000 ingénieurs et informaticiens. Beaucoup de jeunes partent se former aux États-Unis et en Grande-Bretagne. La diaspora indienne, estimée à 25 millions de personnes, donne à New Delhi une ouverture sur le monde, surtout au Moyen-Orient, en Europe et aux États-Unis, mais aussi autour de l’océan Indien et dans l’océan Pacifique. Elle est à l’origine de 9 % des investissements directs en Inde et de 3 % du produit national brut par les 26 Md$ envoyés chaque année par les expatriés à leur famille. Un ministère a été spécialement créé pour les Indiens résidant à l’étranger, dont l’importance est désormais reconnue par New Delhi. Une chaîne de télévision, diffusée sur internet, leur est dédiée pour leur permettre de rester connectés avec leur pays d’origine et y attirer leurs investissements. Depuis l’indépendance de la tutelle britannique en 1947, l’Inde a fait passer sa politique étrangère du non alignement entre les deux blocs de la guerre froide (1947-1989) à la puissance nucléaire… et n’a pas encore signé le traité de non-prolifération nucléaire ! En 2014, elle a conclu un accord d’achat d’uranium à l’Australie, qui détient 40 % des réserves mondiales. Les relations avec le Pakistan restent tendues, en raison du partage territorial du Cachemire après l’indépendance et où l’Inde a une frontière commune avec la Chine. Toutefois, depuis 1991, Islamabad et New Delhi se communiquent chaque année la liste de leurs installations nucléaires qu’elles s’engagent à ne pas attaquer et s’informent avant tout essai de missiles balistiques… à l’exception des missiles de croisière ! Un mécanisme de lutte commune contre le terrorisme a été défini. Pour contrer les velléités d’expansion territoriale de la Chine au Cachemire, l’Inde cherche à signer des accords commerciaux, énergétiques et militaires avec d’autres pays d’Asie. Son inquiétude est notamment partagée par le Japon, quoique tous deux entretiennent d’importantes relations commerciales avec elle. Les essais nucléaires de l’Inde avaient eu pour effet l’imposition de sanctions économiques par les États-Unis et le japon, qui furent toutefois allégées par la suite en raison de la puissance militaire croissante de la Chine dans la région. Effritées avec l’effondrement de l’URSS, les relations de l’Inde avec la Russie se sont améliorées depuis 2000. Dans le cadre d’un partenariat stratégique, les deux pays se sont engagés à utiliser l’énergie nucléaire à des fins pacifiques et à lutter contre le terrorisme international (Cachemire pour l’Inde et Tchétchénie pour la Russie). Sur l’Afghanistan, ils partagent les mêmes inquiétudes quant au terrorisme, au trafic de drogue et à l’instabilité qui menace l’Asie centrale. Quant à la crise avec l’Ukraine, l’Inde a déclaré, en 2014, que la Russie y a des « intérêts légitimes », allant ainsi beaucoup plus loin que la Chine et l’Iran, qui ont exprimé leur « préoccupation ». Mais pour l’Inde, la Russie a perdu son statut de superpuissance et apparaît comme un pays pauvre.

Loïc Salmon

Inde : industrie spatiale civile, mais de plus en plus militaire

L’océan Indien : espace sous tension

Les Compagnies des Indes

« L’Inde face à son destin » par Olivier d’Auzon. Éditions Lavauzelle156 pages.




De l’Asie à la France libre

Joseph Hackin entre en 1924 à la Délégation archéologique française en Afghanistan (DAFA), dont il devient le directeur en 1934 jusqu’à son départ pour Londres en 1940. D’autres archéologues, en mission à l’étranger, rejoindront aussi la France libre.

La DAFA a été créée en 1922 à l’initiative d’Amanullah, roi d’un Afghanistan à peine sorti de l’emprise de l’Empire britannique (1880-1919). Un accord entre l’Afghanistan et la France accorde à cette dernière le monopole des fouilles pour trente ans, avec un partage égal des découvertes à l’exception de l’or et des bijoux. Ce partenariat a pour mission d’étudier, de valoriser et de protéger le patrimoine archéologique afghan. Le premier directeur (1922-1925) de la DAFA, l’orientaliste Alfred Foucher, tente de retrouver les traces de l’expédition du roi de Macédoine Alexandre le Grand (356-323 avant J.C.) lors de sa conquête de l’Empire perse. Joseph Hackin effectue quatre campagnes de fouilles entre 1929 et 1940 et en expose les résultats pendant ses séjours en France. L’un de ses adjoints se nomme Ahmad Ali Kohzad, futur conservateur du musée de Kaboul. Malgré la fin du monopole de la France sur les fouilles, les archéologues français poursuivent leurs travaux après la seconde guerre mondiale. La DAFA, dont les autorités afghanes reconnaissent l’expertise, forme des jeunes chercheurs. La révolution de 1978 met un terme à ses fouilles sur le terrain. Son bureau à Kaboul est fermé de 1982 à 2003, pendant la longue période de guerres, d’affrontements armés et de destructions de vestiges archéologiques par les talibans iconoclastes. Dans le cadre du traité d’amitié entre la France et l’Afghanistan en 2012, la DAFA redevient la seule institution archéologique étrangère permanente dans le pays. Par ailleurs, en France occupée, des réseaux de résistance s’organisent pour sauvegarder le patrimoine français par l’évacuation en province de 4.000 trésors nationaux dans des dépôts secrets. D’autres recueillent des renseignements sur la destination des œuvres saisies par les Allemands et qui seront récupérées après la guerre. Enfin, certains suivent l’exemple de Joseph Hackin et de son épouse et adjointe Marie. Ainsi, jacques Soustelle, vice-président du musée de l’Homme en mission de recherche au Mexique, rejoint le général de Gaulle. Ce dernier lui confie une mission similaire à celle de Hackin, à savoir coordonner l’action des comités de la France libre en Amérique du Sud. Au Proche-Orient, Henri Seyrig, directeur des Antiquités de Syrie et du Liban de 1929 à 1941, est connu pour ses fouilles menées à Baalbek et à Palmyre. Il démissionne et devient attaché culturel de la délégation de la France libre aux Etats-Unis. L’archéologue et historien de l’Afghanistan, Daniel Schlumberger, qui succèdera à Hackin à la tête de la DAFA en 1945, rallie la France libre en Syrie dès l’été 1941. Il commence par commenter l’actualité politique à Radio-Brazzaville puis dirige le Service d’information de la France libre au Levant. Jean Starcky, curé de Palmyre, s’engage dans les Forces françaises libres puis devient aumônier au sein de de la 1ère Division française libre, depuis la Libye jusqu’aux derniers combats dans le massif de l’Authon (Préalpes de Nice) où il sera blessé. Compagnon de la Libération, Jean Starcky participe au déchiffrement des manuscrits de la mer Morte en tant que membre de l’Institut d’archéologie de Beyrouth. Puis, il deviendra directeur de l’Institut français d’archéologie.

Loïc Salmon

Exposition « De l’Asie à la France libre » aux Invalides

Angkor, naissance d’un mythe

« De l’Asie à la France libre », ouvrage collectif. Éditions Lienart, 144 pages, 25 €