Napoléon stratège

Napoléon a indirectement enseigné l’art de la guerre à ceux qu’il a affrontés et battus, favorisant ainsi leurs propres victoires ultérieures avec des conséquences politiques. La capitulation de Paris en 1814 a entraîné sa première abdication et la défaite de Waterloo, en 1815 après les Cent-Jours, la seconde.

L’archiduc autrichien Charles (1771-1847) combat, sans succès, le jeune général Bonaparte pendant la campagne d’Italie (1797). Président du Conseil de guerre en 1801, il propose un plan détaillé de la réorganisation globale de l’armée. Nommé ministre de la Guerre et de la Marine, il procède à de nombreuses réformes, inspirées de celles mises en œuvre en France depuis la Révolution. Généralissime, il est vaincu par Napoléon à Eckmühl (1809), puis remporte la victoire d’Essling un mois plus tard. Cette première grande défaite de l’armée napoléonienne est compensée, après quelques jours, par la victoire de Wagram. L’archiduc prend alors une retraite anticipée (à 38 ans !) et rédige ses réflexions dans un ouvrage sur la stratégie, dont Napoléon entendra parler lors de son exil à Sainte-Hélène. Bien qu’il ait effectué l’essentiel de sa carrière contre l’Empire ottoman, le général russe Koutouzov (1745-1813) est rappelé en 1805 à la tête d’une avant-garde pour soutenir les troupes autrichiennes. Malgré une infériorité numérique, Napoléon remporte alors la grande victoire d’Austerlitz le 2 décembre, jour anniversaire de son sacre. En juin 1812 lors de la campagne de Russie, Koutouzov, nommé commandant en chef des forces russes, affronte la Grande Armée à Borodino en septembre. Cette bataille, connue en France sous le nom de la Moscowa, est gagnée par Napoléon au prix de lourdes pertes. Elle lui ouvre les portes de Moscou, désertée par ses habitants. L’incendie de leur capitale par les Russes contraint l’armée impériale à la retraite. La rigueur de l’hiver et la tactique de harcèlement par les cosaques et les partisans, choisie par Koutouzov, achèvent de la décimer. Le général anglais Wellington (1769-1852) a séjourné neuf ans en Inde britannique, où il a compris l’étroite imbrication entre buts militaires et ambitions politiques. Pendant la guerre d’Espagne (1808-1814), les nations européennes coalisées contre la France lancent une contre-offensive à partir du Portugal. Nommé à la tête du corps expéditionnaire britannique en 1809, Wellington sait exploiter les erreurs des généraux et maréchaux français en l’absence de Napoléon, reconnaissant qu’il aurait été battu dans le cas contraire. Il l’affronte directement à Waterloo, rassuré par l’arrivée imminente de renforts prussiens. Sa réputation de vainqueur de l’Empereur servira la carrière diplomatique et politique de Wellington, qui deviendra Premier ministre (1828 à 1830). Le général prussien Blücher (1742-1819) contribue, en 1813, à transformer un simple conflit entre la Prusse et la France en une guerre de libération de l’Allemagne entière de l’hégémonie française. La victoire des Coalisés à Leipzig à l’issue de la « Bataille des Nations », la même année, brise le contrôle de Napoléon sur l’Europe centrale. Comme lui, Blücher avait compris qu’une bataille, susceptible d’emporter la décision, ne doit être livrée que dans de bonnes conditions. Pendant ses campagnes de 1813-1815, ses manœuvres audacieuses et inattendues déconcertent l’Empereur, obligé de réagir au lieu de prendre l’initiative. Il ressemble au général Bonaparte de la campagne d’Italie !

Loïc Salmon

Exposition « Napoléon stratège » aux Invalides

Napoléon à Sainte-Hélène, la conquête de la mémoire

« Napoléon stratège », ouvrage collectif. Éditions Lienart/Musée de l’Armée, 304 pages, 29 €




Churchill De Gaulle

De leur rencontre en 1940 à leurs héritages, de leur « mésentente cordiale » à leur admiration réciproque, le catalogue de l’exposition « Churchill-De Gaulle » retrace le parcours de ces personnages historiques.

Leur heure de gloire sonne le 9 juin 1940, quand Winston Churchill (65 ans), qualifié dans ses mémoires de « romantique » par Charles De Gaulle (49 ans), rencontre celui qu’il appellera plus tard « l’Homme du Destin ». Dans son enfance, Winston souffre du manque d’affection de ses parents. Son père, grand aristocrate, ne pense qu’à sa carrière politique, et sa mère, riche héritière américaine, est accaparée par ses amants. Charles naît dans une famille bourgeoise de Lille. Son père, professeur, lui fait découvrir l’Histoire  et sa mère voue à la patrie une passion égale à sa piété religieuse. Élève exemplaire, Charles se transforme en  intellectuel doté d’une solide formation classique, alors que Winston, « cancre » aux lectures éclectiques et hétéroclites, devient un autodidacte brillant. Nantis d’une mémoire phénoménale, tous deux partagent la même passion pour le métier des armes et l’histoire militaire de leurs pays respectifs et entament une carrière militaire. Pour Churchill, ce ne sera qu’un tremplin pour réussir très jeune en politique, où De Gaulle, soldat par vocation, n’entrera que par défaut et sur le tard. Ce dernier portera des jugements mitigés sur Napoléon, que le premier admirera profondément toute sa vie. Leur formation initiale d’officier les prépare à servir l’État avec passion. La première guerre mondiale est leur première expérience commune. Premier Lord de l’Amirauté dès 1911, Churchill  a modernisé la flotte, amélioré les conditions de vie des marins et créé une aviation navale, mais porte, en 1915, la responsabilité de l’échec de l’expédition des Dardanelles. Il rejoint alors le front en Flandre, de novembre 1915 à mai 1916. Le lieutenant De Gaulle, trois fois blessé et fait prisonnier en 1916, ne sera libéré que le 11 novembre 1918. Une vingtaine d’années plus tard, l’accès aux responsabilités suprêmes les transforme en chefs de guerre, où le pouvoir civil décide en dernier ressort en matière militaire. Tout en reconnaissant en De Gaulle « la France en lutte »,  le gouvernement britannique maintient des contacts avec celui de Vichy en 1940 et 1941. La méfiance entre le général et le Premier ministre s’installe après l’échec du débarquement à Dakar en 1940 et les conquêtes, réalisées uniquement sous commandement britannique, de la Syrie (sous tutelle française) en 1941 et de Madagascar (colonie française) en 1942. Elle sera exacerbée après l’entrée en guerre des États-Unis en 1941, dont le président, Franklin Roosevelt, ignore De Gaulle. Comme pour le débarquement en Afrique du Nord en 1942, Roosevelt refuse de l’associer aux préparatifs de celui du 6 juin 1944 en Normandie. Toutefois, l’accueil enthousiaste des Français réservé au général le 14 juin incite Roosevelt à reconnaître le chef du gouvernement provisoire de la République française en octobre. Le 11 novembre suivant, Churchill et De Gaulle descendent ensemble les Champs-Élysées (photo) et s’inclinent devant la statue de Clemenceau, la tombe du maréchal Foch et le tombeau de Napoléon. A son retour au pouvoir en 1958, De Gaulle exprimera sa reconnaissance à Churchill en lui décernant la croix de la Libération. Ce dernier aurait déclaré un jour que la croix de Lorraine…aurait été « la plus lourde » des croix qu’il ait eu à porter !

Loïc Salmon

Exposition « Churchill-De Gaulle » aux Invalides

Les généraux français de 1940

Maréchaux du Reich

« CHURCHILL DE GAULLE », ouvrage collectif de 35 auteurs. Fondation Charles De Gaulle, Musée de l’Armée et Éditions de La Martinière, 288 pages, 28 €




Opération Serval, notes de guerre, Mali 2013

Véritable immersion dans l’opération « Serval », ce livre lève le voile sur les multiples préoccupations, et les émotions, du général qui doit suivre les événements, être joint à tout moment et prendre les bonnes décisions à temps.

Bernard Barrera l’a rédigé à partir de ses lectures, de son expérience et de ses notes quotidiennes du 12 janvier, quand il reçoit un appel du Centre de planification et de conduite des opérations à Paris, au 7 mai à son retour en France. Il vient de tourner une des pages les plus intenses de sa vie d’officier. Il a dû mener des combats aéroterrestres, en liaison avec les contingents africains, et s’occuper des affaires civilo-militaires. Après les brèves interventions des forces spéciales, il s’agit de reprendre les villes de Tombouctou, Tessalit et Gao aux djihadistes, de les pourchasser et de les neutraliser, en vue d’une normalisation politique du Mali. La manœuvre retenue ressemble aux exercices de l’École de guerre et l’itinéraire à celui de l’expédition française de Bamako à Tombouctou …en 1894 ! Dans une précédente affectation au cabinet militaire du Premier ministre, le colonel Barrera a étudié les données opérationnelles de la région. Devenu général, il fait présenter la situation, par son PC, au ministre de la Défense venu à Gao le 26 avril, avec les moyens de renseignement (écoutes électromagnétiques tactiques, drones et échanges avec la population), le repérage d’un groupe adverse et sa destruction par un tir d’artillerie. Il présente régulièrement aux médias les missions en cours et les possibilités de reportage au sein des unités, en fonction des contraintes opérationnelles et des consignes reçues. La brigade « Serval » doit aussi tenter de libérer les otages français, détenus à l’époque dans la région, et éviter que les journalistes présents sur place ne le soient à leur tour. Depuis le début de l’opération, s’y ajoute la pression des autorités politiques pour accélérer l’opération et aller plus loin et plus vite. Après la reconquête des villes, l’adversaire fuit le combat. Pour garder l’initiative sur lui, l’état-major doit déterminer zones et actions successives. Grâce à la méthode de raisonnement tactique, les options sont identifiées à partir de l’étude des djihadistes, du terrain, du cadre espace-temps et de la mission. Chaque mouvement est pensé selon les moyens logistiques et d’évacuation sanitaire. Dans les situations d’urgence en zone urbaine, il s’agit de bien se coordonner avec les alliés, afin d’éviter les tirs fratricides et les pertes collatérales parmi la population omniprésente. Avec sa conseillère juridique, le général élabore les règles d’ouverture du feu, variables selon les cas de figure, et les conduites à tenir vis-à-vis des prisonniers et des enfants-soldats. La découverte de ces derniers par les militaires français, qui ont des enfants du même âge, provoque chez eux un choc comparable aux pertes, subies et assumées, dans leurs rangs. Outre la chaleur, la gastro-entérite à répétition et l’usure précoce des matériels, ils font face aux attaques « asymétriques » : pistes minées, assassinats et attentats-suicides de djihadistes drogués à la kétamine, qui inhibe la peur et anesthésie la douleur des blessures. Les soldats de la brigade « Serval » ont réussi leurs missions grâce à leur courage et leur professionnalisme, souligne le général Barrera. Jeune lieutenant, il avait d’abord commandé des appelés en Allemagne, face à la menace soviétique.

Loïc Salmon

Armée de Terre : retour d’expérience de l’opération « Serval » au Mali

Armée de Terre : l’arme blindée cavalerie de demain après l’intervention au Mali

Lieutenants en Afghanistan, retour d’expérience

« Opération Serval notes de guerre Mali 2013 » par le général Bernard Barrera. Éditions du Seuil, 448 pages, 21,50 €




Femmes en guerre 1940-1946

Cet ouvrage, réalisé par cinq personnes, présente les femmes qui ont participé, sous l’uniforme, à la seconde guerre mondiale du côté des Alliés. Abondamment illustré de photos et documents, sans oublier les détails vestimentaires et insignes,  il souligne leur engagement et leurs difficultés à se faire admettre par leurs collègues masculins. « Bien des combattants d’hier tiennent pour inadmissible la présence de femmes dans leurs rangs. Nous ternissons la pureté de leur légende, mettons de la sauce majorette dans leur gloire », explique Suzanne Torrès, qui épousera le futur général Massu. Elle fait partie des Françaises vivant à New York que la riche Américaine Florence Conrad, soutenue par les puissantes ligues féministes, recrute en 1943 pour créer le groupe de conductrices ambulancières « Rochambeau », du nom du commandant des troupes françaises pendant la guerre d’Indépendance américaine. Les « Rochambelles » accompagnent la 2ème Division blindée du général Leclerc jusqu’en Allemagne. En décembre 1940, au Caire, le général Catroux crée le Bureau central d’assistance pour les Forces françaises libres au Moyen-Orient et en confie la direction à sa femme Marguerite, infirmière principale de 1ère classe. Une autre infirmière, la comtesse Gali-Leila du Luart, met sur pied la Formation chirurgicale mobile (FCM) N°1, franco-américaine de statut civil, pour secourir les grands blessés pendant la campagne de France. Elle reçoit la croix de Guerre et la Légion d’Honneur. Après divers avatars, la FCM reprend du service en Tunisie en 1942, suit tous les combats en Italie, rejoint la France le 31 mai 1945 et défile à Paris le 14 juillet. L’armée de l’Air crée le Corps auxiliaire féminin en 1943 à Alger. Parmi ces « filles de l’air » figurent la chanteuse américaine Joséphine Baker (croix de guerre avec palme et chevalier de la Légion d’Honneur) et l’aviatrice Maryse Bastié (croix de Guerre avec palme et commandeur de la Légion d’honneur). Outre ces grandes dames, nombreuses furent les femmes de métropole et des colonies à contribuer à la libération de la France. En Afrique du Nord, les volontaires doivent avoir entre 18 et 45 ans mais, les effectifs ne suffisant pas, un appel individuel sous les drapeaux est institué pour les Françaises de 21 à 40 ans, célibataires, veuves, divorcées et mariées sans enfants. Seules celles ayant souscrit un engagement peuvent servir aux armées. De tous les corps féminins, celui des transmissions, créé par le général Merlin, est le plus connu. Les « Merlinettes » participent à la libération de la Corse en 1943 et au débarquement de Provence en 1944. Parmi les 30 d’entre elles recrutées par le 2ème Bureau (renseignement), 7 seront parachutées en France occupée, capturées par les Allemands et exécutées. La Marine constitue les Services féminins de la flotte (SFF), dont les cadres sont recrutés en fonction des diplômes, des états de service ou des services rendus. Deux groupes d’ambulancières SFF se distinguent au 1er Régiment de fusiliers marins et au Régiment blindé de fusiliers marins. Les premières, engagées en Italie en juillet 1944, seront considérées comme membres à part entière de l’unité, malgré la méfiance du début, pour leur courage, leur endurance et leur calme en toutes circonstances. Les secondes seront présentes à la prise de Berchtesgaden (« nid d’aigle » d’Hitler) les 4 et 5 mai 1945. Pourtant, l’unique monument aux ambulancières mortes pour la France, situé à Réchésy (Territoire de Belfort), ne sera inauguré… qu’en 1991 !

Loïc Salmon

Exposition photographique itinérante « Femmes de la défense »

 

« Femmes en guerre 1940-1946 » (2013).

Éditions E-T-A-I/176 pages/36 €




Soldats de Napoléon

Malgré ses dysfonctionnements, la Grande Armée a connu peu de réfractaires et de désertions, grâce à la solidarité de village de ses soldats et la discipline militaire.

Abondamment illustré, ce livre la fait revivre à travers des extraits de lettres de grognards, écrites à leur famille lors de haltes et…guère soumises à la censure ! Dans la Grande Armée, héritière des armées révolutionnaires, le métier des armes repose sur l’honneur et l’excellence de ses membres. La conscription de 1798 concerne tous les Français de 20 à 25 ans, car les volontaires de l’an II ne suffisent plus. Ils seront plus de 2 millions sous les drapeaux d’avril 1792 à juin 1815. L’embrigadement de jeunes hommes du même village garantit en effet la cohérence de la troupe. L’infanterie de la Garde Impériale, créée en 1800 et réorganisée en 1804, constitue la réserve d’élite, composée de sous-officiers et de soldats s’étant distingués sur les plans moral et militaire et ayant participé à au moins deux campagnes. L’aigle, symbole de la victoire au combat, devient l’emblème de l’Empire en 1804 et orne drapeaux, étendards, shakos, gibernes et sabretaches. Malgré une solde irrégulière et le coût élevé de la vie, le statut d’officier est attractif et magnifié par le régime impérial. A partir de 1811, les officiers révolutionnaires, qui avaient appris leur métier sur le tas, sont surtout remplacés par des jeunes gens issus des écoles militaires. Mais le sentiment patriotique et politique du soldat révolutionnaire perdure chez le soldat impérial. En outre, l’Empereur exerce une réelle fascination sur lui. Voir physiquement Napoléon exerce un impact moral immense sur le soldat. L’aura des chefs importe beaucoup, car combattre sous leurs ordres c’est partager leur gloire. La motivation se trouve renforcée par l’espoir de promotion et surtout les récompenses pour intelligence, bonne conduite, bravoure et zèle. Créée en 1802, la Légion d’Honneur est attribuée pour services rendus dans des fonctions législatives, diplomatiques, judiciaires, scientifiques, militaires ou administratives. Toutefois, Napoléon ne l’accordera jamais aux comédiens, qui risquent d’être sifflés par le public, ni aux agents de renseignement, qui peuvent trahir, ni aux financiers qui peuvent être véreux, précise Jérôme Groyet. Malgré sa violence, la guerre est considérée comme une succession d’opérations militaires, où les combattants respectent une forme de code d’honneur. Ce n’est pas le cas avec les guérilleros espagnols. De 1800 à 1815, le nombre de soldats décédés au combat ou des suites de leurs blessures est estimé à 427.000, auxquels s’ajoutent les 550.000 morts de maladie et prisonniers jamais rentrés en France. Malgré le dévouement des médecins et infirmiers, les blessés manquent souvent de soins et les plus gravement atteints sont abandonnés sur le champ de bataille. Mais l’État paie la dot des filles pauvres qui épousent des anciens combattants. Après 1815, les soldats sont licenciés et les officiers mis en demi-solde, soit environ 1,5 million d’hommes. Les soldats, issus du monde rural y retournent. Les sous-officiers et officiers subalternes parviennent à se reconvertir dans la fonction publique, mais au prix d’un déclassement. Il faudra attendre la Monarchie de Juillet (1830-1848) pour que les combattants de l’épopée impériale passent du rejet social à la considération. Enfin, la Grande Armée a réalisé le rêve républicain…où la valeur et l’excellence l’emportent sur la naissance !

Loïc Salmon

Des Aigles et des Hommes : sur les traces de la Grande Armée

Exposition « Napoléon et l’Europe » aux Invalides

« Soldats de Napoléon» par Jérôme Groyet. Éditions Gaussen, 144 pages, 29 €




Jour-J

Cette bande dessinée, composée d’histoires complémentaires, fait revivre le grand débarquement du 6 juin 1944 en Normandie, avant, pendant et après, vu surtout par des soldats ou sous-officiers britanniques.

Il s’agit de la traduction de 12 numéros petit format de 64 pages d’une même série, publiée chaque semaine depuis juillet 1961 et intitulée « Commando ». Ce terme mythique, qui remonte à la guerre des Boers en Afrique du Sud (1899-1902), désigne les actions de guérilla et de raids des Afrikaners contre l’armée britannique. Les titres de ces récits, captivants et émouvants, parlent d’eux-mêmes : « Embuscade à l’aube », une opération spéciale avec la Résistance française ; « La batterie », autre opération spéciale mettant en lumière la psychologie de conscrits de divers horizons ; « Saut sur la Normandie » de parachutistes américains, qui seront aidés par des soldats russes enrôlés de force dans la Wehrmacht ; « Au mauvais moment, au mauvais endroit », quand un accident dû à de mauvaises conditions météorologiques met en péril l’opération « Overlord » (nom de code du débarquement) 2 jours avant le Jour J ; « Big Joe », le champion de boxe qui n’oublie pas sa spécialité, même au combat ; « Le sang des héros » ou la témérité de fils trop jeunes pour se battre comme leurs pères ; « Les diables rouges », ces parachutistes britanniques au béret rouge qui sèment la terreur chez l’ennemi ; « Opération bulldog », une histoire de chiens comme son nom l’indique ; « La meute des loups », commandos qui traversent la Manche à bord d’une péniche de débarquement le 6 juin ; « L’homme de fer » ou le combattant solitaire ; « le caporal du roi », qui se croit tout permis ; « Les pousse-cailloux », fantassins de la longue bataille de Normandie. Les récits sont émaillés d’utiles fiches techniques : pistolet-mitrailleur britannique Sten et son équivalent allemand Schmeisser ; « Pluto », oléoduc flexible pour acheminer le carburant à travers la Manche ; planeur de transport de troupes ; camion militaire à tout faire ; chasseurs-bombardiers britannique « Mosquito » et américain « Mustang » ; parachutiste britannique avec scooter ou vélo pliant largable avec lui ; homme-grenouille britannique ; torpille chevauchée par 2 hommes et sous-marin de poche britanniques ; char à fascines de branchages pour franchir les fossés et mortier de 290 mm pour percer le béton ; avion britannique d’attaque au sol « Typhoon », pendant du « Stuka » allemand ; le soldat britannique, capable de combattre de façon collective ou seul, face à l’Allemand, très entraîné et discipliné. Ces 12 récits de guerre, rédigés pour la plupart par des anciens combattants qui n’hésitent pas, parfois, à forcer le trait, donnent un aperçu du contexte guerrier de 1944. Ainsi, ils mettent en valeur l’héroïque soldat « anglais », par rapport à l’Écossais toléré, l’Irlandais incapable d’assurer correctement l’intendance et l’Américain condescendant. En face, les soldats allemands sont des brutes épaisses, sauf celui qui sait parler aux chiens, et leurs officiers fanatiques et fourbes, sauf un… qui admire l’esprit chevaleresque d‘un homologue anglais ! Ces récits témoignent aussi de la société militaire britannique des années 1940. Les officiers subalternes sont arrogants ou à peine compétents, sauf ceux sortis du rang bien entendu ! Seuls les officiers supérieurs, plus éloignés de la troupe, apparaissent responsables et expérimentés.

Loïc Salmon

Provence 1944

JU 87 « Stuka »

« Jour-J » bande dessinée britannique Commando. Éditions Pierre du Taillac, 780 pages.19,90 €




Maréchaux du Reich

De 1936 à 1945, 27 officiers généraux allemands ont été élevés à la dignité de maréchal pour leur action militaire et 1 à titre honorifique. Seuls quelques uns, dont Rommel (armée de Terre), Göring (armée de l’Air) et Dönitz (Marine), sont restés dans l’Histoire.

L’historien François de Lannoy retrace en détail la carrière de ces grands chefs militaires, nés entre 1875 et 1895. Aucun d’eux n’est issu d’une classe populaire, mais la bourgeoisie cultivée a investi les hautes sphères militaires au détriment des vieilles familles prussiennes depuis le milieu du XIXème siècle. La noblesse est surtout présente dans l’armée de Terre (11 maréchaux sur 19), peu dans celle de l’Air (1 sur 6) et absente dans la Marine. Avant 1914, tous les futurs maréchaux ont alterné les postes de commandement dans la troupe et en état-major. Au moins 12 ont suivi les cours de la « Kriegsakademie » (École supérieure de guerre) de Berlin. Tous ont terminé la première guerre mondiale avec la croix de Fer et 7 ont obtenu la croix « Pour le Mérite », plus haute distinction militaire prussienne. La majorité d’entre eux ont vu leur carrière s’accélérer avec l’arrivée d’Hitler au pouvoir en 1933 et ont atteint le sommet de la hiérarchie et du commandement avant 1939. Si quelques uns sont nazis, la plupart ne se mêlent pas de politique. Pourtant, tous approuvent la remilitarisation décidée par Hitler, pour des motifs de carrière et de revanche territoriale (Pologne). Sur les 24 maréchaux promus pendant la deuxième guerre mondiale, 12 l’ont été sur le front de l’Ouest (1940) et 11 sur celui de l’Est (1941-1945). Seul Rommel l’a été pour son action en Afrique du Nord. Ensuite, leur longévité varie. Rares sont ceux qui ont osé tenir tête au Führer sur les questions militaires ou stratégiques. Beaucoup ont fermé les yeux sur la réalité de la « guerre totale ». Erwin Rommel (1891-1944) se distingue pendant la première guerre mondiale, où il est blessé deux fois. Son succès triomphal à la tête de « l’Afrikakorps » en Libye en 1942, contre les Britanniques, en fait un héros national. Convaincu d’avoir été informé de la préparation de l’attentat contre Hitler en 1944, il est contraint au suicide par absorption de poison. Hermann Göring (1893-1946), pilote, termine la guerre de 1914-1918 comme commandant de la 1ère escadre de chasse, celle du « baron rouge » Manfred von Richthofen décédé. Adhérent au parti nazi dès 1922 et député en 1931, il préside le Reichstag quand Hitler est nommé chancelier. En 1935, il crée et commande la « Luftwaffe », dont la capacité est testée pendant la guerre d’Espagne (1936-1939). Mais celle-ci accumule les échecs pendant l’offensive contre l’URSS. Göring est démis de toutes ses fonctions en 1945, car partisan de négociations avec les Américains à qui il finira par se rendre. Condamné à mort par le tribunal de Nuremberg, il s’empoisonne au cyanure la veille de son exécution. Karl Dönitz (1891-1980), commandant de sous-marin en 1918, organise la flotte sous-marine du Reich en 1935 et lance les attaques « en meute » contre les convois alliés en Atlantique dès 1941. Chef de la « Kriegsmarine » en 1943 puis désigné dauphin par Hitler avant son suicide le 30 avril 1945, il tente de négocier séparément avec les Alliés. Condamné par le tribunal de Nuremberg, il est libéré en 1956. Après la guerre, les 15 maréchaux du Reich survivants tombent dans l’obscurité à l’issue de leurs peines de prison. Pourtant, l’un d’eux, Manstein, deviendra « conseiller »… lors de la mise sur pied de l’armée ouest-allemande !

Loïc Salmon

Les généraux français de 1940

JU 87 « Stuka »

« Maréchaux du Reich » par  François de Lannoy. Éditions E-T-A-I, plus de 300 images et photos d’archives, 192 pages.




Nom de code Geronimo

Ce documentaire-fiction présente la puissance américaine en termes de moyens techniques et humains de renseignement et de suivi d’une opération spéciale sur le terrain. Il relate l’opération américaine « Trident de Neptune », conduite le 2 mai 2011 pour neutraliser Oussama ben Laden, chef de l’organisation terroriste Al Quaïda dont les attentats aux Etats-Unis avaient tué 2.973 personnes le 11 septembre 2001.

La mort de Ben Laden a été annoncée par le président Barack Obama, qui avait suivi en direct ce raid d’une quarantaine de minutes. En effet, les membres de l’unité des forces spéciales engagées (« Navy Seal Team 6 ») portaient une micro-caméra sur leur casque. L’intérêt de ce documentaire-fiction réside dans la préparation de cette opération, lancée depuis la base militaire de la Force internationale d’assistance à la sécurité (FIAS) à Bagram en Afghanistan. Elle commence par la longue enquête de la CIA et se poursuit par l’entraînement de la Navy Seal Team 6. Ben Laden est désigné sous le nom de « Geronimo » (1829-1909), célèbre chef des Apaches qui avaient longtemps lutté contre les Etats-Unis pendant la conquête de l’Ouest. Quoique l’issue de l’opération Trident de Neptune soit connue, le « suspense » sur son succès ou son échec est savamment entretenu par les doutes des agents de la CIA, la recherche de preuves suffisantes pour obtenir le feu vert du président américain dans un contexte pré-électoral, les options envisagées et les états d’âme de quelques membres de la Navy Seal Team 6 avant son déclenchement. Une opération similaire, dénommée « Serre d’aigle », avait été montée en 1980  pour libérer les 444 otages de l’ambassade américaine détenus à Téhéran. Son échec, les 24 et 25 avril, avait entraîné celui de la réélection du président Jimmy Carter. Les otages avaient été libérés par l’Iran le 20 janvier 1981, jour de l’intronisation du président Ronald Reagan. Par la suite, les forces spéciales américaines ont été profondément remaniées. Cette fois-ci,  la Navy Seal Team 6, chargée exclusivement de la lutte antiterroriste, reçoit l’ordre du Pentagone de capturer ou tuer, s’il le faut, la cible Geronimo cachée au Pakistan, pays officiellement allié des Etats-Unis. Une fois formellement identifiée, la dépouille de Ben Laden sera immergée en haute mer. Sa mort sera reconnue par Al Qaïda. La Navy Seal Team 6, dont aucun membre n’a été tué ou blessé dans cette opération, sera décorée de la « Presidential Unit Citation », plus haute distinction décernée à une unité militaire pour sa bravoure. Trois mois plus tard, dans la nuit du 5 au 6 août 2011, un hélicoptère Chinook est abattu en représailles en Afghanistan avec 20 membres de la Navy Seal Team 6 à bord. Aucun d’eux n’avait participé à l’opération Trident de Neptune.

Loïc Salmon

Code name Geronimo.  Seven7Sept. 1h 36 mn/19,99 €. Boutique : http///www.sevensept.com/search/node/code%20name

 




Napoléon à Sainte-Hélène, la conquête de la mémoire

« C’est un tombeau, une tombe, une pyramide, un cimetière, un sépulcre, une catacombe, un sarcophage, un minaret et un mausolée » ! Sainte-Hélène, ainsi décrite en 1839 par le naturaliste anglais Charles Darwin, est une île volcanique de 122 km2, située à 2.000 km du Sud de l’Angola et découverte par les Portugais en 1502. Cette « maison à mi-chemin au beau milieu du grand océan » sur la route commerciale des Indes, sera annexée par l’English East India Company en 1659. Inhabitée, elle sera colonisée par des civils britanniques, des esclaves africains et une population chinoise. A partir de 1815, Napoléon vient y vivre ses dernières années. Sous la pression des autres capitales européennes, Londres ne pouvait lui accorder en Angleterre l’asile politique qu’il espérait, car sa présence risquait d’attirer la curiosité et même la sympathie de l’opinion publique britannique. Il fallait le couper du monde dans un endroit isolé, où les nouvelles de son activité ne pourraient filtrer jusqu’en France. Choisie pour prévenir toute possibilité d’évasion, l’île de Sainte-Hélène voit la défense de ses côtes renforcée. Chaleureusement accueilli dans le domaine des Briars le 16 octobre, l’Empereur doit emménager le 10 décembre dans une ferme bâtie sur le plateau de Longwood, l’endroit le moins ensoleillé et le plus humide de l’île où le brouillard et le vent dominent, même l’été. Cette résidence (150 m2 pour lui-même), dénommée « Old » House, sera remplacée par une demeure plus vaste, en éléments préfabriqués en provenance d’Angleterre, et connue sous le nom de « New » House. Celle-ci ne sera achevée qu’en décembre 1820, mais Napoléon, malade, ne sera plus en état de déménager. Au début, les dépenses de Longwood étaient à la charge exclusive du gouvernement britannique, notamment l’entretien des 40 à 50 personnes qui y vivent ou y travaillent. Mais à l’automne 1816, le nouveau gouverneur Hudson Lowe exige que l’Empereur contribue à ses dépenses, jugées excessives. La destruction ostentatoire d’une partie de l’orfèvrerie, dont les aigles sont ôtées et les armes martelées, puis la fonte d’une partie de l’argenterie donnent une publicité éclatante à la mesquinerie du gouverneur, qui réduit également la domesticité. Il n’aura rencontré son illustre prisonnier que les 17 avril, 30 avril, 15 mai, 20 juin, 16 juillet et 18 août 1816 en tout…et toujours de façon orageuse ! Par la suite, Napoléon refusera de le recevoir. « A la postérité de juger », finira-t-il par dire. Celle-ci n’épargnera pas le « geôlier de l’Empereur ». Les mémorialistes Las Cases, Gourgaud, O’Meara, Montholon, Marchand et Saint-Denis, dit le « mamelouk Ali », tireront sur lui à boulets rouges. Même le duc de Wellington, le vainqueur de Waterloo (1815), dira de lui avec mépris : « Lowe n’était pas un gentleman ». Puis, de mois en mois, l’ennui et la promiscuité conduisent les compagnons de l’Empereur à quitter Sainte-Hélène les uns après les autres. La réclusion, même volontaire, le temps qui s’écoule lentement et la moiteur du lieu aggravent la situation. Pourtant, malgré leurs incessantes disputes, ceux qui restent, neuf à la mort de l’Empereur le 5 mai 1821, l’auront protégé des atteintes à son rang et à sa mémoire. En 1868, Napoléon III rachète la maison de Longwood et la vallée du Géranium, où avait été enterré son oncle. En mai 2016, l’ouverture d’un aéroport à Sainte-Hélène devrait y favoriser le tourisme… surtout à Longwood !

Loïc Salmon

Exposition « Napoléon à Sainte-Hélène » aux Invalides

« Napoléon à Sainte-Hélène », ouvrage collectif. Éditions Gallimard/Musée de l’Armée, 304 pages, 35 €




JU 87 « Stuka »

A travers les carrières et les témoignages de ses pilotes, c’est l’histoire de l’avion Ju 87 (Junkers) « Stuka » d’appui aux troupes au sol que relate Jean-Louis Roba, qui a puisé aux sources françaises, britanniques, italiennes et surtout allemandes.

Il s’est aussi entretenu avec huit de ces « As », dont le plus célèbre, le colonel Hans-Ulrich Rudel, l’homme aux 2.530 missions de combat et 2.000 cibles terrestres, navales et aériennes détruites, record mondial ! Récipiendaire des plus hautes décorations du IIIème Reich et dont la tête est mise à prix pour 100.000 roubles par Staline, Rudel préfère se rendre à l’armée américaine le 8 mai 1945, aux commandes de son Stuka dernier modèle. Ses exploits ont servi au développement de l’avion américain à turboréacteurs A-10 « Thunderbolt II », actuellement en service et spécialisé dans l’attaque des blindés. La robustesse du Stuka, sa remarquable maniabilité due à la configuration de ses ailes en « W » et sa grande précision consécutive à la tactique du bombardement « en piqué » le feront surnommer « tueur de chars » dans sa version finale. Lors du « Blitzkrieg » (guerre éclair) de 1940, il forme un tandem avec les « panzer » (blindés) dans les grandes offensives en Europe du Nord. En fait, la conception du bombardier en piqué, plus efficace contre des cibles mobiles que le bombardier attaquant horizontalement ou dispersant ses projectiles, est… d’origine américaine ! Ernst Udet, As allemand de la première guerre mondiale, la découvre en 1931 lors d’un meeting aérien aux Etats-Unis. L’adjonction d’une sirène pour terroriser l’ennemi au sol sera abandonnée après le Blitzkrieg. Constituée d’une petite hélice fixée sur une jambe du train d’atterrissage, elle ralentissait un avion déjà lent. Remplacée par un sifflet sur la bombe larguée, elle la déviait et nuisait à son efficacité. Pendant la Bataille d’Angleterre, les autorités britanniques connaissent les faiblesses de la Luftwaffe et de la Wehrmacht, grâce au déchiffrement des renseignements d’origine électromagnétique (nom de code « Ultra »). Le Stuka, utilisé avec succès contre des navires dans la Manche, est trop vulnérable pour les raids contre la terre. L’immensité du front russe augmente l’activité des Stuka et donc leurs pertes, surtout pendant la bataille de Stalingrad en 1942. En outre, l’offensive de l’Afrika Korps en Libye mobilise de nombreux Stuka, jusqu’au coup d’arrêt à El Alamein et au débarquement des Alliés en Afrique du Nord la même année. En Tunisie, les Stuka causent tellement de dommages aux troupes américaines que le général Patton demande d’agir « contre les attaques constantes de ces Stuka allemands soi-disant obsolètes » ! La dernière version du Stuka, dénommée « Gustav » et encore plus précise, peut détruire au canon 5 ou 6 chars au cours d’un seul vol. En 1943 en mer Egée, la Royal Navy domine la mer, mais la Luftwaffe domine les airs : les Stuka contribuent à la dernière grande victoire de la Wehrmacht en Grèce, où une armée britannique, général en tête, capitule en rase campagne. Tout au long de la guerre, cet avion mythique aura été utilisé par les propagandes des deux bords : symbole d’invincibilité et de terreur pour pousser l’adversaire à la capitulation pour l’une, « robot maléfique et inhumain » pour justifier l’effondrement brutal des armées franco-britanniques en mai et juin 1940 pour l’autre.

Loïc Salmon

« Les As du Junkers JU 87 Stuka » (2013).  Éditions E-T-A-I/ 192 pages/38 €