Service de santé des armées : garantir aux blessés les meilleures chances de survie

Toutes les catégories de soignants sont projetées au plus près des opérations. L’expertise acquise donne aux forces armées françaises la capacité de s’engager en premier sur un théâtre.

Cette action du Service de santé des armées (SSA) a été présentée à la presse, le 15 juin 2017 à Paris, par les médecins-chefs Chantal Roche et Thibaut Provost-Fleury.

Retour d’expérience. L’équipe médicale, intégrée à l’unité de combat et composée d’un médecin, d’un infirmier, d’auxiliaires sanitaires, est formée au secours d’urgence et vit avec le danger. Le stress devient un gage de la rapidité de la prise en chaerge du blessé grave. Afin de faire venir un hélicoptère, le médecin décrit par radio le bilan qu’il vient d’établir : blessure physique, brûlure et/ou « blast » (effet de souffle). L’aéronef devant rester le moins de temps possible au sol, il sait que quelqu’un va appliquer les mêmes procédures d’urgence que lui pendant le transfert et que, 24-35 heures plus tard, le grand blessé arrivera en métropole à l’hôpital Percy par avion médicalisé. La chaîne de soutien médical s’échelonne sur quatre « rôles » : survie du blessé dans les zones de contact par les soins d’urgence et de réanimation ; traitement au groupement médico-chirurgical du théâtre, pour limiter les séquelles et stabiliser le blessé ; hospitalisation puis, le cas échéant, évacuation sanitaire ; soins dans un hôpital d’instruction des armées. Chaque combattant, formé au sauvetage de combat, dispose d’une trousse individuelle : un garrot tourniquet, des pansements compressifs pour arrêter l’hémorragie, une syrette de morphine, un kit de perfusion et une poche de soluté. Les trois quarts des décès au combat sont dus à une hémorragie non compressible et non garrotable, que seul un chirurgien aurait pu traiter dans la première heure. Le concept français place l’équipe médicale au plus près de la victime, alors que le concept anglo-saxon privilégie la rapidité de l’évacuation médicalisée vers les structures hospitalières. Aujourd’hui, les soldats sont surtout atteints aux membres et moins au thorax et à la tête, mieux protégés que lors des conflits précédents. L’évolution des techniques et matériels médicaux résulte d’une connaissance plus fine des blessures. Dans le cadre de l’opération « Barkhane » en cours, 200 militaires du SSA sont déployés dans la bande sahélo-saharienne, avec une capacité logistique autonome, des services hospitaliers de pointe et une recherche de l’innovation, comme le plasma lyophilisé pour s’affranchir des contraintes du froid. Le SSA prend aussi en compte les retours d’expérience des armées étrangères. Rien que pour l’armée de Terre, il suit 11.500 blessés en opération extérieure, en service commandé, pendant une formation ou par accident.

Parcours de la réinsertion. Ensuite, le Secrétariat général pour l’administration du ministère des Armées met en œuvre un accompagnement social et juridique, des indemnisations et une aide à la reconversion professionnelle. Plus de 2.000 blessés en opérations bénéficient d’une pension militaire d’invalidité. Outre la prise en charge des blessés psychiques post-traumatiques, un « congé du blessé » a été instauré, en vue de son maintien en activité jusqu’à 18 mois au-delà des congés maladie. Puis, des associations et l’Office national de anciens combattants et victimes de guerre interviennent. Enfin, la première « journée nationale des blessés de l’armée de Terre » a eu lieu le 23 juin 2017 aux Invalides.

Loïc Salmon

Sauvetage de combat : l’apprentissage des médecins

Opex : la chaîne de santé, une course contre le temps

Blessés psychiques : agir vite, au plus près et de façon continue




L’ONAC-VG : 100 ans au service du monde combattant

L’Office national des anciens combattants et victimes de guerre (ONAC-VG) a célébré son centième anniversaire, le 6 mai 2016, dans le grand salon de l’Hôtel de Ville de Paris. L’événement s’est terminé en musique avec le « Chant des partisans », entonné par le chœur Hugues Reiner (photo) devant une assistance debout !

Mémoire et solidarité. Paris sait ce qu’il doit aux anciens combattants et à ceux d’aujourd’hui avec l’opération « Sentinelle », a rappelé Catherine Vieu-Charier, adjointe à la maire de Paris, chargée de la mémoire et du monde combattant, correspondant défense. « L’actualité récente, avec les attentats odieux qui ont frappé Paris en 2015, mais je veux penser aussi à Bruxelles, Madrid, Londres, Copenhague, Bamako, Tunis et tant d’autres lieux, montre bien, hélas, que le monde n’a tiré aucune leçon du passé », ajoute-t-elle. La Ville de Paris apporte diverses formes de soutien à l’action de solidarité de l’ONAC-VG ainsi qu’à celle de la mémoire. La capitale et sa proche banlieue comptent trois hauts lieux de mémoire : celui de la France combattante au Mont-Valérien ; celui de  la guerre d’Algérie et des combats de Tunisie et du Maroc au quai Branly ; celui des martyrs de la déportation sur l’île Saint-Louis. En outre, la construction en 2018 d’un monument des Parisiens morts pendant la Grande Guerre sera financée par souscription. L’ONAC-VG, qui relève du ministère de la Défense, est géré par les représentants des associations et ceux de l’État à parité. En 2016, il assure 105 services de proximité (un par département de métropole et d’outre-mer) et entretient 9 hauts lieux de mémoire et 256 nécropoles nationales. Il gère 9 écoles de reconversion professionnelle, 1 centre de pré-orientation et 8 établissements d’hébergement pour personnes âgées dépendantes. Il suit trois millions de personnes, hommes, femmes et enfants, qui bénéficient de l’aide sociale et d’appuis divers. Les nouveaux « anciens combattants » existent, rappelle sa directrice générale, Rose-Marie Antoine. « Ce sont, dit-elle, les nouvelles générations du feu, ceux qui ont participé aux opérations extérieures, le Liban, la guerre du Golfe, l’ex-Yougoslavie, l’Afghanistan, la Côte d’Ivoire, la Centrafrique, le Mali. Ils sont parfois très jeunes. Tous sont engagés volontaires, puisque le service militaire n’existe plus ».

Témoignages. Divers bénéficiaires des prestations de l’ONAC-VG se sont confiés au cours d’une « table ronde ». Une Résistante de 96 ans continue de parler de ce que qu’elle a vécu : « On voit l’intérêt des jeunes qui croient en ce qu’on pouvait faire ». Un rescapé du camp de la mort de Dachau explique que pour « survivre là-bas, il fallait avoir de la chance » et que « les jeunes écoutent ». Un appelé du contingent, âgé de 20 ans pendant la guerre Algérie, déclare : A l’époque, on était mineur (la majorité était fixée à 21 ans), il m’a fallu un an pour m’en remettre ». Un harki avoue qu’il « est très difficile d’en parler à des jeunes, car on risque un mauvais accueil. Les harkis sont mal vus ». La veuve d’un combattant en opération extérieure indique que ses cinq enfants ont été adoptés par l’État, statut unique au monde ! Un pupille de la nation, qui termine ses études d’ingénieur, ajoute : « A l’école, on est quelqu’un à part entière, dont le passé est reconnu. En parler permet de mieux se relever ». Un survivant de l’attentat terroriste de l’hyper cacher (Paris, 13 novembre 2015) reconnaît que s’exprimer sur le sujet constitue une thérapie : « Il faut en parler dans les écoles pour qu’il n’y ait plus jamais ça ». Par la qualité de son accueil et sa disponibilité, l’ONAC-VG reste pour eux…une famille.

Loïc Salmon

11 novembre 2015 : la croix de Guerre à l’Arc de Triomphe

Lieutenants en Afghanistan, retour d’expérience




Blessés psychiques : l’opération « Omega » de réinsertion professionnelle civile

Le bilan des compétences de blessés psychiques en opérations extérieures (Opex) permet de déceler leurs talents dans une nouvelle profession, que 80 % d’entre eux souhaitent civile. Le 7 janvier 2016 à Paris, le colonel Thierry Maloux, chef de la Cellule d’aide aux blessés de l’armée de terre (CABAT), a présenté à la presse l’opération « Omega », soutenue par l’armée de Terre, le gouverneur militaire de Paris et l’association Terre Fraternité (photo). Lancée en avril 2015, « Omega » a déjà débouché sur 13 contrats à durée indéterminée chez Nexter, Conforama, Michelin, Décathlon et Auchan ainsi que des promesses d’embauche chez Thales et Aéroports de Paris.

Évaluation et soutien. Au 1er octobre 2015, plus de 500 blessés psychiques de l’armée de Terre se trouvaient en congé maladie de longue durée et souffraient de syndromes post-traumatiques consécutifs aux Opex des cinq dernières années. Souvent, ces blessés ne peuvent plus servir en situation opérationnelle et font l’objet d’un processus de réadaptations sociale et professionnelle. Le blessé, homme ou femme, rassemble des savoir-faire et des « savoir-être » militaires transposables dans le milieu civil, explique le colonel Maloux. A l’issue d’un parcours de soins en vue de regagner progressivement son autonomie, il parvient à valoriser ses qualités de résilience, d’audace, d’endurance, de travail en équipe et de loyauté. Le processus d’accompagnement de l’opération « Omega » se fonde sur l’acquisition, par les blessés, des outils de la reconversion, et, pour la CABAT, sur la fidélisation des entreprises susceptibles de les embaucher. D’ici à la fin de 2016, la CABAT estime pouvoir définir un processus ayant prouvé son efficacité, en vue de le transposer à une échelle ministérielle, et adossé à un vivier pérenne d’employeurs potentiels. Elle recherche stages professionnels et formations de l’Agence de reconversion de la défense, de l’Office national des anciens combattants et victimes de guerre ou des Maisons départementales pour les personnes handicapées.

Compagnonnage progressif. Les « acteurs ressources », visés par la CABAT, sont constitués par les grands groupes, petites et moyennes entreprises et relais professionnels, en mesure de proposer des offres d’emplois adaptés aux blessés psychiques et ce dans le cadre d’une relation privilégiée avec l’armée de Terre. Chaque blessé peut faire l’objet d’une période d’immersion d’un mois à un an dans l’entreprise, afin d’adapter au mieux le poste envisagé et d’acquérir une confiance mutuelle et une confiance partagée. La CABAT et le Service de santé des armées garantissent un suivi médical et social pendant la période d’immersion. Elle signe avec l’acteur ressources une « charte éthique », précisant les conditions du tutorat en entreprise, et une convention d’immersion. Le blessé est protégé par le code de la défense et le certificat médical de réadaptation professionnelle. Maintenu sous contrat militaire, il est rémunéré par le ministère de la Défense. L’association Terre Fraternité finance les frais éventuels liés à l’immersion, notamment l’hébergement. Cette immersion doit normalement se conclure par la signature d’un contrat à durée indéterminée, dans le cadre de l’obligation d’emploi de personnes en situation de handicap. En outre, la loi N°2005-102 du 11 février 2005 accorde des avantages aux entreprises, qui doivent réserver jusqu’à 6 % de leurs ressources humaines aux travailleurs handicapés qualifiés.

Loïc Salmon

Blessés psychiques : agir vite, au plus près et de façon continue

Service de santé : traumatismes psychiques dans les armées, problème de santé publique




Opex : protéger juridiquement le combattant et garantir son droit à réparations

Devant la complexité croissante des opérations extérieures (Opex), l’action de combat, qui amène à donner la mort, implique de protéger le combattant contre toute « judiciarisation » excessive et déstabilisante. En outre, le soldat et ses ayants droit bénéficient de réparations consécutives à des blessures morales et/ou psychiques.

Ces aspects des Opex ont fait l’objet d’un colloque organisé, les 2 et 3 novembre 2015 à Paris, par le ministère de la Défense. Y sont notamment intervenus : Jean-Yves Le Drian, ministre de la Défense ; le général Didier Castres, sous-chef « Opérations » à l’État-major des armées ; François Molins, procureur de la République auprès du Tribunal de grande instance de Paris ; Jacques Feytis, directeur des ressources humaines du ministère de la Défense.

Combattre en « zones grises ». Aujourd’hui, l’insécurité est omnidirectionnelle et l’adversaire peut se trouver partout, explique le général Castres. Dans ce type de conflit asymétrique, la destruction du potentiel militaire de l’adversaire doit s’accompagner de l’affaiblissement et de la désorganisation de ses réseaux et de ses flux financier, logistique, de commandement, de recrutement, de formation et de propagande. A titre indicatif, les 2.760 sites francophones pro-Daech ne représentent que 25 % du total, où des milliers de « tweets » sont échangés chaque jour. Il s’agit dès lors d’identifier les points de fragilité de l’État islamique et de les mettre hors d’état de fonctionner. Il en est de même pour les individus y jouant un rôle majeur, quelle que soit leur nationalité, mais jamais en raison de leur seule nationalité, précise le général. Pour contourner l’avance technologique d’une armée régulière sur un théâtre d’opérations, cet adversaire asymétrique recourt aux armes chimiques de fortune, engins explosifs improvisés, tireurs d’élite, zones urbanisées, foules et combattants-suicides. Les actions militaires doivent donc s’adapter pour conserver l’ascendant. Dans ce but, le sous-chef « Opérations » préconise de : prendre l’initiative par la surprise, l’intensité et la fréquence des opérations ; développer l’ubiquité pour pouvoir agir en tout point de la zone d’opération, parfois très étendue ; d’accentuer la précision et la fulgurance des actions afin de contourner les mesures de sécurité de l’adversaire ; d’offrir une liberté de destin aux populations. Affronter un adversaire aussi déterminé que Daech impose une part de risque qui suppose de sortir du dogme de « zéro mort », souligne le général. Les conditions d’engagement et d’emploi de la force dans des pays différents varient, car ils sont rarement englobés dans la même logique en matière de droit international. De plus, la très courte durée d’une action militaire, entreprise avec des effectifs restreints, rend difficilement conciliables temps judiciaire et temps opérationnel. Enfin, le volet sécuritaire d’une crise doit être mené en continuité, cohérence et coordination avec les actions de nature politique, économique ou diplomatique, souligne le général.

Responsabilité pénale. L’intervention de la France en Syrie est licite, en raison de la menace permanente de terrorisme par Daech sur son territoire, rappelle François Molins. Par sa résolution 2170, le Conseil de sécurité de l’ONU qualifie Daech d’organisation terroriste et lie ses actions en Irak et en Syrie. Sa résolution 2178 fait de même envers les combattants rejoignant Daech et qui peuvent être poursuivis judiciairement et « ciblés » militairement. La légitimité des interventions armées est incontestable dans la bande sahélo-saharienne et dans la zone irako-syrienne, où les situations doivent être appréhendées comme des actions de combat asymétrique, souligne le procureur. Quand des personnes sont tuées au combat en Opex, les prévôts établissent les circonstances de la mort, procède à l’examen des corps et fournissent les renseignements judiciaires au Tribunal de grande instance de Paris, qui en informe éventuellement les familles à leur demande (encadré). Seul le procureur de la République peut engager des poursuites judiciaires en cas de délits et crimes commis par des militaires en Opex, y compris pour la libération d’otages ou l’évacuation de ressortissants. Il n’agit que sur dépôt de plainte ou dénonciation. Dans un contexte opérationnel, les homicides involontaires, comme les tirs fratricides ou les accidents aériens ou de convoi, sont classés sans suite. La responsabilité pénale d’un militaire n’est pas engagée quand l’usage de la force se justifie dans le cadre du droit international, par exemple quand un civil a été tué ou blessé pour n’avoir pas obtempéré aux sommations, indique le procureur.

Réparations et indemnisations. Le régime de pension militaire d’invalidité a pour missions d’exprimer une reconnaissance et de réparer le préjudice subi par un combattant blessé, explique Jacques Feytis. Les infirmités relatives aux Opex résultent surtout de : traumatismes par balles ou éclats ; « blast », variation de pression par explosion dans un environnement confiné ; mines, brûlures et accidents de véhicules ; stress post-traumatique, en hausse ; maladies exotiques (paludisme, tuberculose et parasitose) ; séquelles de la guerre du Golfe (1991, exposition à l’uranium appauvri). L’infirmité, dont le taux détermine l’accessibilité à pension, doit relever d’un fait précis et d’une relation directe avec une Opex. Sur les quelque 10.000 dossiers traités par an, 20 % sont rejetés. Enfin, l’État prend directement en charge les appareillages.

Éviter le doute. L’intervention militaire avec usage de la force létale doit se situer dans un cadre politique et juridique, clair et robuste, avec des conditions d’engagement (ouverture du feu) et une articulation entre objectifs et moyens, souligne Jean-Yves Le Drian. En raison de l’importance croissante de la dimension judiciaire, nationale ou internationale, dans la résolution des crises, il convient de tenir compte de la spécificité du métier des armes et de l’action de combat. En outre, la création d’un droit pénal du conflit armé, intermédiaire entre les temps de paix et celui de guerre, s’avère nécessaire, estime le ministre. Selon lui, la Loi de programmation militaire 2013-2019 a permis d’équilibrer la protection du combattant, agissant pour le succès de la mission confiée aux armées, avec les nécessités de la manifestation de la vérité et de la poursuite des infractions.

Loïc Salmon

Opex : difficultés à caractériser l’ennemi et à circonscrire le cadre d’opérations

Moyen-Orient : crises, Daech et flux de migrants en Europe

OPEX : prise en charge et suivi des grands blessés

La Gendarmerie prévôtale a pour mission principale la police judiciaire militaire auprès des forces armées françaises stationnées hors du territoire national. En leur qualité d’officier de police judiciaire, les prévôts sont chargés de constater les infractions commises par ou contre les forces armées françaises ou contre leurs établissements ou matériels, d’en rassembler les preuves et d’en rechercher les auteurs sous la direction exclusive des magistrats du Tribunal de grande instance de Paris. Spécialisé dans les affaires militaires, ce dernier est notamment compétent pour le terrorisme et les crimes de guerre et crimes contre l’humanité. Les prévôts sont détachés de façon permanente auprès des forces stationnées à l’étranger ou constituent des détachements de circonstance auprès des forces en opérations extérieures.




Service de santé : « Maison des blessés et des familles » à Percy

Désormais, les grands blessés au combat peuvent vivre avec leur famille sur le site de l’hôpital d’instruction des armées (HIA) Percy pendant leur prise en charge déambulatoire (6 mois à 1 an). Cette « Maison des blessés et des familles » (MBF), inaugurée officiellement le 7 avril 2015, a été présentée à la presse, le 2 avril à Paris, par le médecin général inspecteur Christian Plotton, directeur de l’HIA Percy. Dans un petit film vidéo, un blessé (photo) témoigne : « On ne peut se reconstruire seul pendant un an » ! La MBF répond à l’objectif de parcours global de soins : présence des proches du blessé pendant la phase aigüe, au-delà des droits réglementaires, et meilleures conditions d’hébergement lors des réhospitalisations. Seul le praticien ou le chirurgien juge de la pertinence d’une prise en charge déambulatoire. Lors d’un engagement armé, il s’écoule en moyenne 35 heures entre le moment où un soldat est gravement blessé, son rapatriement par avion médicalisé et son arrivée à l’HIA Percy. Après la phase de réanimation et de chirurgie, le blessé entreprend une rééducation de 2 à 6 mois, puis une réadaptation (prise en charge déambulatoire) de 6 mois à 1 an et enfin une réinsertion de 2 ans environ par le travail et le sport. Le besoin d‘une MBF s’est fait sentir en 2011 avec le grand nombre de grands blessés de l’armée de Terre rapatriés d’Afghanistan, la saturation des capacités d’accueil des familles à proximité de l’HIA, la dispersion des origines géographiques des militaires hospitalisés (métropole et départements d’outre-mer) et les longues durées d’hospitalisation. Centre de polytraumatologie et structure d’accueil des grands blessés des théâtres d’opérations, l’HIA Percy a été retenu pour la future MBF en raison de sa capacité de prise en charge globale et permanente, grâce à la présence de l’ensemble des disciplines médico-chirurgicales et de réanimation. Également centre de rééducation et de réhabilitation, il  peut soigner les blessures physiques et psychiques. Disposant d’une réserve foncière de 2.700 m2, il a consacré 1.000 m2 à l’aménagement de 11 logements au standard « handicap », pour le déplacement du blessé en fauteuil roulant, et d’une crèche pour les enfants en bas âge : 6 studios de 23 m2 ; 4 logements de 75 m2 ; 1 appartement de 87 m2. Ces logements, bâtis en rez-de-chaussée, sont contigus pour permettre les échanges entre les familles. Le séjour, est pris en charge par le ministère de la Défense. La MBF a coûté 4 M€, dont 80.000€ payés par des associations. En effet, elle a vu le jour grâce à l’appui de divers services du ministère de la Défense et à la réactivité et l’action déterminante de la communauté associative, estime le médecin général. La réussite de la MBF explique-t-il, est due au personnel hospitalier (soignants, ergothérapeutes et kinésithérapeutes), aux cellules d’aide aux blessés et aux associations Terre Fraternité, Solidarité Défense, ANFEM (Association nationale des femmes de militaires) et Bleuet de France. De son côté, le général de division Bernard Barrera, porte-parole adjoint du ministère de la Défense et ancien commandant de la brigade « Serval » au Mali (2013), rappelle que les blessés au combat connaissent la réactivité du Service de santé sur le terrain et savent que ni eux, ni leur famille, ne seront abandonnés à leur sort après. Enfin, indique le médecin général Plotton, les blessés des récentes opérations extérieures dans la bande sahélo-saharienne le sont moins gravement que pendant l’engagement en Afghanistan.

Loïc Salmon

Opex : la chaîne de santé, une course contre le temps

Blessés psychiques : agir vite, au plus près et de façon continue

Le « Bleuet de France » fête ses 80 ans




Armée de l’Air : 9 morts, mais la vie de soldat continue après la « malchance technologique »

« Notre vie opérationnelle continue et n’est en rien affectée par ce dramatique accident, exceptionnel dans sa violence », a déclaré à la presse, le 29 janvier 2015 à Paris, le général d’armée aérienne Denis Mercier, chef d’état-major de l’armée de l’Air. Deux jours auparavant, il avait accompagné le ministre de la Défense, Jean-Yves Le Drian et deux parlementaires de Nancy sur la base aérienne de l’OTAN à Albacete (Espagne), où s’est produit un grave accident faisant plusieurs morts et blessés de différentes nationalités. Le 26 janvier, un avion de combat F-16 grec connaît une panne peu après son décollage, dévie de sa trajectoire et percute des avions de chasse français (Rafale et Mirage 2000 et 2005) et italiens (F-16) alignés sur un parking. Son équipage a tenté, sans succès, de s’éjecter. L’armée de l’Air française déplore 9 morts (photo) : 2 capitaines (pilotes) ;  2 lieutenants (navigatrice et mécanicien) ;  2 adjudants (chargé de maintenance et mécanicien) ; 1 sergent-chef (mécanicien) ; 2 sergents (armurier et électronicien). Leurs corps ont été rapatriés le 29 janvier à la base aérienne 133 de Nancy-Ochey pour y recevoir les honneurs militaires, avant un hommage national aux Invalides à Paris (3 février). Tous participaient au stage multinational « Tactical Leadership Program » de l’OTAN. Il s’agit d’exercices de perfectionnement pour évaluer la capacité opérationnelle et comparer des équipages expérimentés, en vue d’opérer en coalition avec de nombreux appareils. La base d’Albacete est adaptée à la conduite de ces exercices opérationnels grâce à son infrastructure et ses conditions de sécurité, souligne le général Mercier. Une enquête technique et juridique, menée par les Bureaux espagnol, français, italien et grec d’enquêtes et d’analyses pour l’aviation, est en cours pour déterminer, en toute transparence, les raisons de la panne du F-16. Ses boîtes d’enregistrement ayant été retrouvées, les paramètres permettront de comprendre ce qui s’est passé. Parmi les 9 blessés français, 3 sont gravement brûlés : 2 ont déjà été rapatriés en France et le 3ème suivra, quand l’amélioration de son état le permettra. Lors de l’accident, ce n’était pas chacun pour soi mais chacun pour les autres, explique le général Mercier. Ainsi, un mécanicien, les vêtements en feu, a été gravement brûlé en voulant sauver un camarade, couché sous un avion. Le Service de santé des armées a envoyé sur place deux femmes psychologues, qui connaissent bien le monde de l’aviation militaire, pour porter assistance aux témoins de l’accident. Enfin, l’armée de l’Air poursuit ses activités. « Plus de 20 missions d’appareils français ont déjà eu lieu au-dessus de l’Irak et du Sahel », a indiqué son chef d’état-major.

Loïc Salmon

Armée de l’Air : engagement opérationnel intense et réforme en profondeur

Sauvetage de combat : l’apprentissage des médecins

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Le « Bleuet de France » fête ses 80 ans

A l’occasion de son 80ème anniversaire, le « Bleuet de France », symbole de de la mémoire combattante, a été redessiné en 2014 et un timbre lui est consacré (photo). Il correspond au coquelicot britannique porté à la boutonnière. Présenté le 28 octobre à Creuzier-le-Neuf (Allier) par Kader Arif, secrétaire d’État auprès du ministre de la Défense chargé des Anciens Combattants et de la Mémoire, il n’est désormais plus fabriqué en Chine, mais en France dans les établissements réservés aux personnes handicapées. A l’occasion du 11 novembre, 300.000 bleuets ont été fabriqués par 350 personnes réparties dans 4 établissements. Le « Bleuet » est aussi une œuvre caritative destinée aux milliers de ressortissants de l’Office national des anciens combattants et victimes de guerre. Les fonds, collectés entre le 2 et le 11 novembre, contribuent au maintien à domicile des anciens combattants et de leurs veuves, au financement des études des pupilles de la nation, au soutien des militaires gravement blessés en opérations extérieures et à l’accompagnement des familles de ceux morts pour la France. La campagne de 2013 a permis de récolter 1,12 M€ pour 13.205 bénéficiaires. Une partie de cette somme a été ainsi répartie : 161.849 € pour les ressortissants les plus nécessiteux ; 127.339 € en aides aux pupilles de la nation pour leurs études supérieures et leur vie quotidienne ; 101.962 €  pour les blessés en opérations, notamment pour l’acquisition de prothèses bioniques et la participation aux 2èmes « Rencontres militaires blessures et sport » ; 42.677 € pour le maintien à domicile des ressortissants les plus âgés en situation de dépendance ; 12.817 € pour l’amélioration des conditions de séjour dans les maisons de retraite labellisées « Bleuet de France ».

Loïc Salmon

Blessures et sports adaptés : reconstruction physique et psychique

OPEX : prise en charge et suivi des grands blessés

La Légion étrangère : combats pendant, solidarité après




Blessures et sports adaptés : reconstruction physique et psychique

Le Centre de ressources, d’expertise et de performances sportives de Bourges, pôle national « sport et handicap », et le Centre régional jeunesse et sports d’Aubigny-sur-Nère accueillent les 3èmes « Rencontres militaires blessures et sports » (RMBS) du 16 juin au 4 juillet 2014. Celles-ci ont été présentées à la presse, le 12 juin à Paris, par le colonel Thierry Maloux, chef de la Cellule d’aide aux blessés de l’armée de terre (CABAT). Elles réunissent 53 militaires blessés en service ou en opérations et en cours de rééducation ou de réadaptation ou réintégrés sur des postes civils et militaires : 43 de l’armée de Terre, 1 de la Marine nationale, 3 de l’armée de l’Air, 2 de la Gendarmerie et, pour la première fois, 4 Britanniques.

Présent le 12 juin dans son fauteuil roulant, le capitaine Stéphane Caron, handicapé, témoigne : « Après la rééducation à (l’hôpital des armées) Percy puis la réinsertion socioprofessionnelle, le fait d’y aller, c’est accepter qu’on est blessé. C’est un moment important que de se retrouver entre blessés pour se parler. On découvre le sport adapté et le « handisport ». Le militaire blessé reste un militaire, donc un compétiteur quel que soit son handicap. Les blessés physiques et psychiques post-traumatiques vont reprendre confiance en soi et redécouvrir leur corps. C’est important pour se reconstruire. Il suffit de s’adapter par des découvertes simples. On se dit : « oui je peux le faire », si on a les moyens de s’adapter. Le sport est un vecteur pour se rendre compte que tout n’est pas fini et qu’on peut encore faire des choses. Le sport et la reconnaissance de la nation, c’est gratifiant et réconfortant et, aussi, c’est rassurant d’évoluer dans ce milieu de camarades ». Les 3èmes RMBS  comportent trois stages multisports. Deux (16-25 juin puis 25 juin-4 juillet) concernent les handicaps moyens avec notamment : tir à l’arc, escalade, hockey-luge, activités aquatiques, sport d’opposition, basket-fauteuil, escrime, activités nautiques, VTT, équitation, biathlon, tir et golf. Le stage « grands blessés » (21-25 juin) inclut notamment : tir à l’arc, tennis de table, activités aquatiques, sarbacane, foot-fauteuil, tir à la carabine et biathlon. Le stage multisports poursuit deux objectifs : faire découvrir aux militaires blessés la pratique d’activités sportives, adaptées au handicap, et les perspectives possibles, en vue d’un éventuel parcours en compétition ; favoriser les échanges entre blessés, acteurs de l’accompagnement et partenaires de la réadaptation médicale, professionnelle, sociale et psychologique.

En général, pendant leurs parcours les blessés sont accompagnés par des cellules d’aide présentes quasiment partout : armées de Terre et de l’Air, Marine nationale, Service de santé des armées, Institution nationale des Invalides, Secrétariat général pour l’administration, Sécurité sociale, Office national des anciens combattants et des victimes de guerre et diverses associations. Depuis 1978, sont encore suivis aujourd’hui quelque 9.000 militaires blessés au cours des opérations au Liban, au Koweït, dans les Balkans, en Côte d’Ivoire, en Afghanistan, au Mali et en République Centrafricaine. Enfin, la CABAT va développer une communication via les réseaux sociaux, lien direct avec la reconnaissance de la nation.

Loïc Salmon

Opex : la chaîne de santé, une course contre le temps

Service de santé : traumatismes psychiques dans les armées, problème de santé publique




Service de santé : traumatismes psychiques dans les armées, problème de santé publique

Le traumatisme psychique, qui résulte d’une confrontation à la mort dans la surprise et l’effroi, peut toucher les militaires en opérations, avec des conséquences potentiellement graves pour leurs proches et la population civile de leur lieu de résidence.

Le Service de santé des armées (SSA) a organisé un colloque sur ce sujet le 4 décembre 2013 à Paris, à l’Hôpital d’instruction des armées du Val-de-Grâce avec la participation de plusieurs psychiatres et psychologues militaires.

« Serval » et le soutien psychique. Au cours de l’opération « Serval » au Mali en 2013, un dispositif « psy » est mis en place, indiquent le médecin en chef psychiatre Lionel Caillet et la capitaine psychologue Maryse Devaux. Des cellules psychologiques de deux personnels (un psychiatre et un psychologue) sont projetées sur le théâtre lors de la phase « exploitation en profondeur » dans le Nord. Parties de Bamako, elles se rendent à Tessalit (17-20 mars et 22-30 mars), Gao (18-21 mars et 16-22 avril), Tombouctou (3-17 avril) et Ouagadougou au Burkina Faso (5-14 mai). Cette phase de « Serval » est particulièrement meurtrière. Les forces françaises perdent 5 hommes, en raison des combats rapprochés, des zones piégées et de la détermination suicidaire des groupes armés djihadistes. Le personnel en poste fixe à Bamako assure permanence et précocité d’un recours aux soins spécialisés, évalue et prend en charge tous les rapatriés sanitaires. Le personnel mobile suit les groupes les plus exposés. En veille constante, il actualise le renseignement et l’information sur les situations d’expositions potentiellement traumatiques. Il établit un ordre de priorité sur les actions à mener et intervient en fonction de la disponibilité opérationnelle des unités et des moyens de transport. En tout, l’équipe médicopsychologique a procédé à 27 rapatriements sanitaires à la suite de 509 entretiens auprès de 350 militaires : 199 « débriefings » après un stress potentiellement traumatique ; 209 consultations auprès de 70 militaires pris en charge ; 101 « entretiens de liaisons » avec 81 militaires hospitalisés.  Lors d’un combat violent ou du déclenchement d’un engin explosif improvisé, tout se passe de façon détaillée et comme au ralenti pour le militaire exposé qui vit un moment d’éternité, malgré la brièveté du choc traumatique. La perception d’une menace externe temporaire se transforme après en perception interne, douloureuse psychiquement, d’une menace permanente. Il s’agit alors de restaurer un sentiment de sécurité interne chez le blessé psychique.

Soins psychiques pendant « Pamir ». Lors de l’opération « Pamir » en Afghanistan, un dispositif de soins des « états de stress post-traumatique » (ESPT) a été mis en place auprès d’une unité parachutiste particulièrement éprouvée, relatent les médecins en chef Jean Houel et Gilles Tourinel. Sur 531 parachutistes projetés dans la vallée de la Kapisa de mai à novembre 2011, 11,3 % ont été en ESPT et 10,5 % ont présenté d’autres troubles psychologiques. L ‘équipe médicopsychologique de proximité a surtout interrogé les blessés, car les parachutistes consultent difficilement pour de tels troubles. Afin de consolider leur réinsertion, le Service de santé des armées a notamment recommandé une reprise du travail précoce, une adaptation des emplois, la reconnaissance de la blessure psychique et surtout d’éviter les congés de longue durée pour maladie… qui aggravent la « désocialisation » !

Plans d’action. Selon le SSA, en 2009, l’armée de Terre a mis en place à Chypre un « sas de décompression » pour les militaires en opération en Afghanistan et qui a fonctionné pendant les premiers mois de l’opération « Serval » au Mali. En 2011, a été établi un dispositif interarmées externalisé pour les familles et proches de militaires projetés en Afghanistan : numéro d’appel « vert » (voir encadré) et séances d’informations pour les familles avant le départ et le retour des unités en opérations extérieures. Le plan d’action 2013-2015 du SSA vise à : mieux sensibiliser les militaires sur la gestion du stress opérationnel et en prévenir les effets potentiellement délétères ; sensibiliser l’entourage du blessé psychique et coordonner les actions de soutien à ses proches ; coordonner les soins du service public de santé ; garantir une juste réparation des ESPT ; développer le soutien psychologique des forces spéciales, compte tenu de la confidentialité et des spécificités de leurs missions ; profiter de l’expérience des pays alliés et partenaires. Tous les personnels en opérations se trouvent soumis à un stress opérationnel résultant de facteurs complexes, nécessitant des adaptations permanentes et dont l’intensité varie selon les théâtres, le type de mission conduite, la durée et les risques associés. La tension nerveuse continuelle, le manque de sommeil, la fatigue et la rupture avec les repères sociaux et familiaux habituels peuvent affecter rapidement le potentiel opérationnel des militaires. En outre, à la suite d’un traumatisme psychique, des réactions psychopathologiques, observables après quelques heures ou quelques jours, durent souvent de 2 jours à 4 semaines. Ces symptômes peuvent persister et évoluer vers l’ESPT, véritable souffrance chronique. Les manifestations cliniques peuvent se révéler des mois ou même des années après l’événement traumatisant. La qualité du pronostic dépend d’une prise en charge thérapeutique précoce et de la qualité du soutien psychosocial, explique le psychiatre Patrick Devillières, chef du Service médico-psychologique des armées. Or, certains facteurs limitent l’accès aux soins des blessés psychiques : méconnaissance des symptômes, honte, culpabilité, crainte de la stigmatisation et peur de perdre son aptitude. Briser ces tabous nécessite d’écouter, d’informer et d’orienter les blessés psychiques vers les réseaux de soins. Le médecin présent dans les forces détectera les symptômes : cauchemars, irritabilité, insomnies, repli sur soi, changement de comportement, angoisse et sentiment d’oppression. Le parcours de soins du blessé psychique se termine par sa réinsertion dans la société. Enfin, les blessés psychiques sont désormais éligibles pour la médaille des Blessés (physiques).

Loïc Salmon

Blessés psychiques : agir vite, au plus près et de façon continue

Le plan d’action 2013-2015 du Service de santé des armées vise à garantir un soutien médical et psychosocial à tout militaire ou ancien militaire, victime de blessures psychiques du fait du service, ainsi qu’à son entourage. Entre le 20 janvier et le 3 décembre 2013, le numéro vert (appel gratuit et anonyme) 08 08 800 321 a reçu 308 appels dont  72 % correspondaient à une souffrance psychologique et 54 % à un état de stress post-traumatique (ESPT). Parmi les gens appelant pour un ESPT, 58 % étaient des militaires et 5% des appels concernaient des opérations datant de plus de 20 ans. Les 42 % des appels restants venaient de proches de militaires en ESPT, dont la moitié de conjoints et un quart de parents. Une absence de suivi médical au moment de l’appel a été constatée parmi 77 % des sujets en souffrance psychologique et 75 % de ceux en ESPT.

 




Opex : la chaîne de santé, une course contre le temps

Soigner les blessés au combat nécessite d’agir très en amont même sur des accrochages en petits effectifs. La chaîne de santé relie, de façon indissociable, formation du personnel, hôpitaux, soutien des forces, ravitaillement sanitaire et recherche.

L’action du Service de santé des armées (SSA) en opérations extérieures (Opex) a fait l’objet d’un séminaire organisé, le 26 juin 2013 à Paris, à l’Ecole du Val-de-Grâce.

Soutien sanitaire. En juin, les forces françaises disposent d’un soutien médical dans dix Opex : « Serval » au Mali ; « Licorne » en Côte d’Ivoire ; « Epervier » au Tchad ; « Boali » en Centrafrique ; « Atalante » en océan Indien dans le cadre de l’Union européenne ; « Pamir » en Afghanistan (OTAN) ; « Tamour » en Jordanie ; « Daman » au Liban (ONU) ; « Trident » au Kosovo (OTAN) ; « Eulex » (police et justice) au Kosovo (Union européenne). « Toute mission exige une capacité à durer et un lien fort entre action militaire et action médicale », souligne le médecin en chef Angot de l’Etat-major opérationnel santé. Le soutien sanitaire repose sur deux principes fondamentaux. D’abord, la médicalisation et la réanimation-chirurgicalisation de l’avant impliquent de porter au plus près des combattants le maximum de moyens mobiles, performants et adaptés aux conditions de l’engagement. Ensuite, les évacuations sanitaires précoces sont systématiques vers les hôpitaux de traitement définitif, de préférence par voie aérienne mais pas uniquement. La prise en charge des blessés s’effectue selon quatre niveaux ou « role » en anglais (voir illustration). La médicalisation de l’avant (niveau 1) correspond aux premiers secours et au conditionnement médical primaire au sein des unités de combat. Le triage médico-chirurgical et la réanimation-chirurgicalisation de l’avant (niveau 2) sont mis en œuvre au sein des forces. Le traitement des blessés sur le théâtre (niveau 3) précède les évacuations sanitaires tactiques. Les évacuations sanitaires stratégiques (niveau 4) concernent le traitement définitif sur le territoire national.

Intégration aux opérations. « Le Service de santé des armées fait partie de la communauté des opérations. Il n’y a pas d’opération sans le Service de santé », déclare le général de corps d’armée Castres, sous-chef d’état-major opérations de l’Etat-major des armées. La protection et la « survivabilité » des combattants sont devenues impératives. Le cadre global politico-militaire évolue, constate le général : la moindre inhibition du pouvoir politique à recourir à la force va de pair avec une plus grande inhibition des forces militaires à utiliser l’éventail complet des armes. La solidarité de l’opinion publique diminue au fur et à mesure des pertes au combat. La capacité de sûreté des troupes engagées, par la surveillance, la robotisation et le tir à distance, doit l’emporter sur celle de l’adversaire. Le maintien de la motivation du soldat repose sur la présence du SSA. Définir la durée devient un objectif politique et conduit à des opérations plus offensives sous court préavis. Les forces doivent donc chercher l’adversaire et ne plus le lâcher, avant qu’il ne disparaisse du champ de bataille. La « culture expéditionnaire » du SSA fait la différence pour mener à bien des opérations aussi diverses que celles d’Afghanistan, de Côte d’Ivoire, de Libye et du Mali. Aujourd’hui, le SSA va vers les blessés et non plus l’inverse. Compte tenu de l’agilité tactique des unités, les équipes médicales engagées au plus près doivent procéder à la mise en condition des blessés dans l’environnement nécessaire, selon une chaîne très robuste. Leur présence en amont au Mali a facilité la conduite des opérations. L’efficacité opérationnelle interarmées sur un théâtre dépend de la capacité du chef militaire à reconfigurer l’intervention au niveau de la section, des forces spéciales, du groupement d’hélicoptères et de la patrouille d’avions de chasse. Le SSA doit alors modifier son dispositif jusqu’à une équipe médicale par unité de combat, notamment les « modules de chirurgie vitale » auprès des forces spéciales, en général les plus touchées.

Agir vite et bien. Le médecin chef Planchet a vécu le tir fratricide dans le poste de combat avancé franco-afghan de Gwan, le 20 janvier 2012. A 9 h 27, un soldat de l’Armée nationale afghane tire à l’arme automatique sur 23 personnels en séance de sport : 4 sont décédés immédiatement et 14 blessés. Le docteur Planchet, dont l’infirmier accompagnateur a été blessé, rejoint la zone française 8 minutes plus tard avec 3 blessés pour demander du renfort, car le niveau de la menace n’est pas encore connu. Le plan « Mascal » pour les victimes nombreuses est déclenché. Chacun connaît son rôle et celui des autres pour agir au mieux le jour où il se passe quelque chose. A 9 h 37, le « PECC » (Centre de coordination d’évacuation des patients) alerte la chaîne médicale, qui achemine tous les blessés vers la zone française en 8 minutes. Un bilan rapide de la gravité des blessures détermine 8 évacuations prioritaires dites « Alpha » (dans les 90 minutes) et 6 dites « Bravo » (dans les 24 heures) par 7 rotations d’hélicoptères français et américains. En fait, le dernier blessé est évacué à 11 h 27, soit 2 heures après le tir. Grâce à des exercices fréquents, les sauveteurs de combat prodiguent, en toute autonomie, les bons soins à trois niveaux : soldat, infirmier et médecin. Ce dernier n’effectue que des gestes ponctuels, car il doit assurer la coordination de l’ensemble. Quelque 80 % des décès se produisent dans les 10 minutes après l’accrochage sur le champ de bataille, par suite d’hémorragies ou de lésions neurologiques ou respiratoires. Les décès tardifs, soit plusieurs jours après, sont dus à une défaillance multiviscérale ou des infections.

Evacuations aériennes. La voie aérienne militaire sous commandement opérationnel français est privilégiée pour les évacuations d’urgence, précise le capitaine Helleringer, convoyeur de l’air. Il y en a eu 97 en 2011, 74 en 2012 et 32 jusqu’au 21 juin 2013. Pour celles pouvant attendre plus de 24 heures, il est fait appel au Commandement du transport européen (EATC) qui compte 11 avions médicalisés (France, 5 ; Belgique, 2 ; Allemagne, 2 ; Pays-Bas, 2) : 487 en 2011, 476 en 2012 et 376 au 21 juin 2013. La voie aérienne civile suffit pour les blessés capables de voyager seuls : 226 en 2011, 165 en 2012 et 84 au 21 juin 2013. Enfin, le SSA pourra utiliser des avions tactiques A400 M en 2014 et des avions multi-rôles MRTT en 2016.

Loïc Salmon

OPEX : prise en charge et suivi des grands blessés

Sauvetage de combat : l’apprentissage des médecins

Blessés psychiques : agir vite, au plus près et de façon continue

Au 1er mai 2013, le Service de santé des armées (SSA) compte 16.076 personnels (68 % de militaires), dont 1.825 médecins (plus 1.129 élèves et internes), 176 pharmaciens, 70 vétérinaires, 46 chirurgiens-dentistes, 4.718 personnels militaires paramédicaux et 3.344 réservistes. S’y ajoutent 55 centres médicaux des armées, 14 centres médicaux interarmées (outre-mer) et 9 hôpitaux d’instruction des armées. En juin 2013, le SSA déploie 1.120 personnels en posture opérationnelle : 470 dans les forces prépositionnées hors métropole, 460 en opérations et 190 dans le réservoir de forces en alerte.