Marine : Patmar et Forfusco, de l’action de l’Etat en mer au combat

Le succès de certaines opérations aéromaritimes et aéroterrestres repose parfois sur la complémentarité de deux cultures de marins accomplis dans leur métier : celle de la Patrouille maritime (Patmar) et celle de la Force maritime des fusiliers et commandos (Forfusco).

Cette impression ressort de deux conférences prononcées lors d’une visite organisée, les 5 et 6 octobre 2022 dans deux sites de la Marine nationale en Bretagne, par l’Association nationale des croix de guerre et de la valeur militaire. Sur la base aéronavale (BAN) de Lann-Bihoué, le capitaine de frégate commandant la flottille 23 F a présenté la Patmar et, à Lanester, le capitaine de frégate féminin, chef de cabinet de l’amiral commandant la Forfusco, a présenté cette dernière.

Patmar, vite, loin et en autonomie. La Patmar comprend deux flottilles (21 F et 23 F) totalisant chacune 240 marins et 10 à 14 avions Atlantique 2 (ATL2, photo). Un équipage se constitue en plusieurs années par la formation élémentaire, les qualifications avancées et la vie opérationnelle. Les missions varient de 5 heures à 1.000 milles marins (1.852 km) à 8 heures à 500 milles (926 km). Chaque ATL2 embarque un équipage de 14 personnes réparties entre le cockpit et la tranche tactique. Trois fonctions sont assurées par 4 marins dans le cockpit : le commandant de bord (officier), chef de mission ; le pilote (officier) ; les deux mécaniciens de bord conseillers techniques chargés de la conduite machine et de la préparation de l’avion et du chargement. La tranche tactique est occupée par 10 personnes : le coordonnateur tactique (officier) ; 3 techniciens responsables de la radio, de la guerre électronique et des transmissions satellitaires ; 3 navigateurs et radaristes ; 1 acousticien ; 1 photographe ; 1 opérateur de prises de vues vidéos. Le plus jeunes acquièrent de l’expérience, grâce au compagnonnage des anciens. Devenus officiers mariniers (sous-officiers), ils se répartissent en spécialités : les mécaniciens pour l’entretien des moteurs, de la cellule, des trains d’atterrissage, des systèmes hydrauliques et autres ; les électroniciens pour l’entretien des radios, du radar, des consoles et des systèmes d’armes et de navigation ; les armuriers pour le chargement des bouées acoustiques, des artifices pour signaux et de l’armement de l’avion. L’ATL2 emporte, en soute, 2 missiles air-mer AM39 Exocet, 6 torpilles MU90 et 4 bombes guidées laser de 125 ou 250 kg. Depuis 2014, la Patmar a déjà tiré 54 de ces bombes au cours des opérations « Chammal » au Levant et « Barkhane » en bande sahélo-saharienne. Dans la lutte anti-sous-marine, l’ATL 2 peut larguer jusqu’à 150 bouées acoustiques, actives ou passives, par mission. A terme, la Patmar disposera de 18 ATL2 rénovés et aux performances améliorées. Fin 2020, 3 avions et 5 équipages ont atteint une première capacité opérationnelle. Un an plus tard, 5 avions et 8 équipages ont été mis en service opérationnel.

Forfusco, capacité multi-milieux. Commandée par un contre-amiral, la Forfusco compte 18 unités et 2.600 marins, dont un état-major de 100 personnes. Par l’interdiction maritime au large et sur le littoral, les 1.800 fusiliers marins protègent notamment les ports de Cherbourg, Brest (y compris les BAN de Lanvéoc et Landivisiau et la base sous-marine de l’Ile Longue), Lorient (BAN de Lann-Bihoué et les Commandos Marine) et Toulon. Les 700 commandos Marine se répartissent en 6 unités à Lorient et 1 à Toulon pour les actions spéciales à terre et en mer. Leur cycle opérationnel de deux ans correspond au temps de commandement d’une unité : 4 mois de remise en condition opérationnelle, 4 mois de déploiement à Djibouti, 4 mois de disponibilité opérationnelle, 4 mois en opérations et 8 mois de disponibilité opérationnelle et de « régénération ». Embarquant sur les frégates, porte-hélicoptères amphibie, hélicoptères et sous-marins, ils disposent d’armements et équipements spéciaux.

Loïc Salmon

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Marine nationale : la TF 50 américaine sous commandement français

Pendant sa présence dans le golfe Arabo-Persique dans le cadre de la mission « Clemenceau 2021 », le Groupe aéronaval (GAN) assure le commandement de la Force opérationnelle américaine 50 (TF 50) depuis le 31 mars 2021.

Le contre-amiral Marc Aussedat, commandant le GAN, a présenté la situation le 15 avril 2021, au cours d’une visioconférence avec la presse à Paris.

Confiance et interopérabilité. Le golfe Arabo-Persique constitue une vaste zone d’opérations (voir encadré). Les contacts fréquents avec les Marines des pays riverains restent professionnels, même avec les forces navales iraniennes, pour éviter toute escalade, souligne l’amiral Aussedat. Dans le cadre de l’opération « Inherent Resolve », la TF 50 a pour missions d’accompagner les forces de sécurité irakiennes, pour empêcher Daech de se reconstituer, et de maîtriser l’espace aéromaritime de la zone. La TF 50 opère sous les ordres de l’état-major naval américain, basé à Bahreïn. Le centre des opérations aériennes de la coalition (83 pays), sous commandement américain, se trouve au Qatar. Signe de la confiance établie au cours de dizaines d’années entre les Marines américaine et française, le commandement français de la TF 50 met en exergue l’interopérabilité entre les porte-avions Charles-de-Gaulle et Eisenhower, tous deux à propulsion nucléaire et équipés de catapultes et de brins d’arrêt. Ce tandem permet une vision plus large de la situation et augmente l’intensité de l’effort dans les cas d’intervention armée. Ainsi, les deux avions de guet aérien E-2C Hawkeye du Charles-de-Gaulle, véritables postes de commandement volants, assurent le relais radio et l’alerte avancée dans l’environnement tactique. Les avions de chasse Rafale F3-R et les missiles de croisière navals de la frégate multi-missions Provence donnent une capacité de frappe dans la profondeur. Les Rafale effectuent 6 à 8 sorties par jour pour des vols de reconnaissance ou des frappes sur des objectifs identifiés ou pour des engagements d’opportunité au profit des troupes irakiennes au sol.

Composante américaine. L’amiral Aussedat s’entretient tous les deux jours avec le vice-amiral commandant la Vème Flotte américaine, dont dépend la TF 50 chargée aussi d’assurer la liberté de navigation dans le détroit d’Ormuz. Le porte-avions Eisenhower présente les caractéristiques suivantes : déplacement, 100.000 t ; longueur, 322, 8 m ; largeur du pont d’envol, 76 m ; vitesse, 30 nœuds (55 km/h). Il peut embarquer 90 aéronefs, dont : 4 « squadrons » (« flottilles » dans la Marine française) d’avions d’attaque et d’assaut F/18 Hornet ; 1 squadron d’avions de guerre électronique EA-6 Prowler ; 1 squadron d’avions de guet aérien E-2 Hawkeye ; 1 squadron d’hélicoptères de lutte anti-sous-marine Seahawk ; 1 flotte de soutien logistique Grumman C-2 Greyhound. La Marine américaine compte 11 porte-avions en service et devrait prendre livraison de 3 autres en 2022, 2027 et 2030.

Loïc Salmon

L’océan Indien est accessible par trois détroits d’importance stratégique, à savoir Bab-el-Mandeb (vers la mer Rouge et le canal de Suez), Ormuz et Malacca (vers l’océan Pacifique). Le détroit d’Ormuz relie la mer d’Arabie au golfe Arabo-Persique. Ce dernier s’étend sur 251.000 km2 avec une longueur de près de 1.000 km, une largeur variant de 200 km à 300 km et une profondeur de 50 m à 90 m. Il est bordé par : l’Iran au Nord-Est ; l’Irak, le Koweït et l’Arabie saoudite à l’Ouest ; Bahreïn, le Qatar et les Emirats arabes unis au Sud et à l’Est ; Oman à l’Est par l’enclave de Moussandan.

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DGA : 80 Rafale F4 et 12 Caracal pour les Emirats arabes unis

Les Emirats arabes unis (EAU) vont acquérir 80 avions de chasse Rafale au standard F4 (en développement), dans le cadre d’un partenariat stratégique qui inclut l’achat de 12 hélicoptères de sauvetage H225M Caracal. Il n’y aura aucun transfert de technologie.

Les contrats ont été signés le 3 décembre 2021 à Dubaï, lors de la visite du président de la République Emmanuel Macron. Le 9 novembre à Paris, l’ingénieur général Thierry Carlier, directeur du développement international de la Direction générale de l’armement (DGA), a présenté le rôle du ministère des Armées dans ce plus grand contrat aéronautique à l’export.

Partenariat stratégique ancien. Les EAU abritent des forces militaires françaises terrestres, navales et aériennes. Ils ont apporté une aide décisive lors des évacuations de ressortissants français, européens et afghans depuis Kaboul en août 2021, lors de l’arrivée des talibans. Depuis plus de 50 ans, les EAU achètent des avions de chasse français. Leur flotte compte 60 Mirage 2000 et 60 Mirage 2000-9, qui seront remplacés par les 80 Rafale F4 entre 2025 et 2031, indique l’ingénieur général Carlier. Leur contrat, qui fait suite à un accord intergouvernemental de 2009, se monte à près de 17 Mds€ : 14 Mds€ pour les Rafale F4 ; 2 Mds€ pour leur armement ; 700 M€ pour les Caracal. Il inclut la formation des pilotes et des mécaniciens par l’armée de l’Air et de l’Espace (AAE), qui recevra des F4 en 2024. Le choix du Rafale par les EAU repose sur ses performances sur divers théâtres d’opérations récents et aussi sa rapidité de disponibilité. Le F4, qui bénéficiera des retours d’expérience sur les versions précédentes, allie connectivité (spot laser et cyber) et interopérabilité. Il sera adapté à l’ensemble du spectre du combat aérien à l’horizon 2025-2035. La transaction commerciale a été précédée d’une période de négociations, de novembre 2020 à juin 2021, entre le ministère des Affaires étrangères, celui de l’Economie et des Finances, les industriels et la DGA (expertise). Sa direction internationale compte 200 personnes, dont 80 à Paris spécialisées dans les différents produits, et 20 attachés d’armement dans les ambassades pour faire connaître les produits et prospecter les clients. La chaîne de production du Rafale mobilise 7.000 personnes. La cadence de fabrication, actuellement d’un par mois, devrait connaître des pointes à deux ou trois pour satisfaire les commandes de l’AAE et de six pays clients (Egypte, Inde, Qatar, Grèce, Croatie et EAU).

Rafale F4 et hélicoptère Caracal. Du 26 au 29 avril 2021 à Istres, la DGA a procédé aux premiers essais en vol du Rafale F4 en huit missions complexes de 50 sorties de 2 Rafale Marine et 6 Rafale, 2 Mirage 2000 et 2 Alphajet de l’AAE avec des experts de Dassault Aviation, Thales (équipements électroniques) et MBDA (missiles). Cette campagne de « revue d’aptitude à l’utilisation » a porté sur la capacité du viseur de casque Scorpion pour le combat collaboratif, dont notamment la localisation précise d’autres aéronefs par des moyens passifs au sein d’une patrouille. La prochaine campagne évaluera les capacités du F4 pour les missions air-surface dans le cadre d’opérations interarmées ou interalliées. Le F4 sera doté du missile air-air Mica-NG et emportera la bombe AASM (armement air-sol modulaire) de 1.000 kg. Ravitaillable en vol, l’hélicoptère H225M Caracal dispose d’armements de sabord, d’équipements de vision nocturne et d’une capacité « d’aérocordage », permettant la dépose de commandos dans des lieux très difficiles d’accès.

Loïc Salmon

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Marine nationale : « Clemenceau 22 », la TF 473 en Méditerranée

Le déploiement de la Task Force (TF) 473 en Méditerranée (1er février-avril 2022) vise à appuyer l’effort de défense européen et renforcer l’interopérabilité avec les Marines alliées et partenaires.

Le vice-amiral d’escadre Gilles Boidevezi, préfet maritime et commandant de la zone maritime Méditerranée, l’a présenté à la presse le 20 janvier 2022 à Paris.

Outil politique et militaire. La TF (force d’intervention) 473, constituée autour de Groupe aéronaval (GAN), comprend : le porte-avions Charles-de-Gaulle et son groupe aérien embarqué ; les frégates multi-missions Alsace et Normandie ; la frégate de défense aérienne Forbin ; un sous-marin nucléaire d’attaque ; le pétrolier-ravitailleur Marne et son hélicoptère Alouette III (34F). Un avion de patrouille maritime Atlantique 2, basé en Crète ou à Chypre, renforce le dispositif. En outre, plusieurs unités étrangères s’intègrent, totalement ou en partie, au GAN : le destroyer américain Ross ; la frégate espagnole anti-aérienne Juan-de-Borbon ; une frégate et un sous-marin grecs ; un hélicoptère belge de manœuvre et d’assaut NH90. L’état-major du GAN compte aussi trois officiers étrangers (allemand, canadien et italien). Acteur de la crédibilité militaire et stratégique de la France vis-à-vis de ses partenaires et de ses adversaires éventuels, le GAN contribue à sa souveraineté par l’emport, jamais précisé, de la force aéronavale nucléaire. Intégré au dispositif « Chammal », volet français de l’opération américaine « Inherent Resolve » au large de la Syrie, il doit contribuer à la lutte contre Daech en soutien des forces irakiennes au sol. En complément de la participation de l’armée de l’Air et de l’Espace, les missions du GAN portent sur le renseignement, le contrôle aérien, la défense aérienne, l’appui-feu et les frappes contre la terre. La TF 473 doit participer aux opérations européennes « Irini » (respect de l’embargo sur les armes destinées à la Libye) et « Althea » (Adriatique, stabilisation de la Bosnie-Herzégovine) en partenariat avec l’OTAN. Le GAN doit s’entraîner avec les porte-avions américain Harry-Truman et le porte-aéronefs italien Cavour. En outre, ses avions et une frégate française participeront à des exercices communs avec la Marine roumaine en mer Noire, zone de tension entre l’Ukraine et la Russie. Enfin, le Charles-de-Gaulle et l’état-major du GAN répondent aux critères d’interopérabilité avec la Force de réaction rapide de l’OTAN, déployable en cinq jours n’importe où dans le monde pendant trente jours.

Zone sous tensions. Pour l’Union européenne, la Méditerranée constitue un carrefour économique avec 25 % du trafic mondial de fret et 65 % de ses flux énergétiques via, notamment, les gazoducs actifs avec l’Afrique du Nord et en projet avec la Russie et les Proche et Moyen-Orient. Chaque jour, 310 navires franchissent le détroit de Gibraltar et 50 celui du Bosphore. Fréquenté par 60 navires/jour, le canal de Suez assure 12 % du commerce mondial et 30 % du trafic mondial de porte-conteneurs. Outre le conflit israélo-palestinien et les tensions entre l’Algérie et le Maroc, la zone est le théâtre des ambitions des Etats-Unis et de la Russie ainsi que des contentieux entre Etats riverains et puissances régionales, consécutifs aux découvertes gazières en Méditerranée orientale. Une frégate française patrouille près du canal de Suez pour une appréciation autonome de la situation. L’Agence européenne de garde-frontières et de garde-côtes Frontex surveille les trafics de stupéfiants du Maroc et de migrants vers l’Espagne, l’Italie et la Grèce.

Loïc Salmon

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Industrie de défense : 42 Rafale et 2 Scorpène pour l’Indonésie

Les ministres français et indonésien des Armées ont signé, le 10 février 2022 à Djakarta, deux lettres d’intention, l’une pour une commande ferme de 42 avions Rafale F3-R par l’Indonésie et l’autre sur 2 sous-marins Scorpène.

Les commandes. Selon Hervé Grandjean, porte-parole du ministère des Armées, ces commandes font suite à une lettre d’intention sur la coopération en matière d’équipement signée en août 2020, puis un accord de partenariat stratégique conclu le 28 juin 2020 et enfin aux travaux de la Direction générale de l’armement, du ministère de l’Economie et des Finances et des industriels. La commande des Rafale se monte à 8,1 Mds$ et porte sur 30 avions monoplaces et 12 biplaces. La première tranche compte 6 appareils et la seconde 36. La production de la première commencera en 2025, trois ans après l’entrée en vigueur du contrat par le versement du premier acompte par l’Indonésie courant 2022. Pour honorer cette nouvelle commande qui garantit une chaîne de production jusqu’en 2031, le constructeur Dassault Aviation et ses sous-traitants vont augmenter la cadence de construction pour ne pas retarder les commandes de Rafale destinés à l’armée de l’Air et de l’Espace. Le contrat, qui bénéficiera d’un accompagnement de la Banque publique d’investissement, va inclure des retours industriels pour l’Indonésie, qui seront quantifiées par les groupes Dassault Aviation, Thales et Safran. Suivront des contrats de formation et d’entraînement des pilotes indonésiens. Cela porte à 284 le nombre de Rafale vendus à l’exportation, dont 200 depuis 2017, à savoir au Qatar, à l’Egypte, à l’Inde, à la Grèce, à la Croatie, aux Emirats arabes unis et à l’Indonésie. Le Rafale a démontré ses performances au combat lors des opérations extérieures en Libye, en République Centrafricaine et au Sahel. Quant aux deux sous-marins Scorpène à propulsion diesel-électrique, la lettre d’intention porte sur des études de recherche et de développement, notamment leurs performances, en vue d’une commande ferme. Un engagement couplé Rafale-Scorpène avait été précédemment conclu avec l’Inde.

Un partenaire-clé. Avec les commandes indonésiennes, la France renforce sa présence dans la zone Indo-Pacifique, où se trouvent 2 millions de ses ressortissants et une zone économique exclusive de 9 Mkm2. L’Indonésie devient ainsi son deuxième partenaire après l’Inde et le premier en Asie du Sud-Est devant Singapour. L’Indonésie, peuplée de 265 millions d’habitants et que longent les détroits stratégiques de Malacca et de Singapour reliant les océans Indien et Pacifique, réalise le plus important produit intérieur brut (PIB) de l’Asie du Sud-Est. Son budget de Défense a atteint 7,7 Mds$ en 2020, soit 0,8 % de son PIB. Il devrait passer à 1,5 % du PIB en 2024 pour moderniser les forces armées. Sur la période 2011-2020 l’Indonésie a acheté à la France des équipements militaires totalisant 167 M€ avec un pic de 480 M€ en 2013. Il s’agit d’hélicoptères, à savoir 14 H225 Caracal, 12 Puma et 11 Panther, ainsi que des navires et des radars.

Loïc Salmon

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Asie-Pacifique : présence militaire française accrue




Armée de l’Air et de l’Espace : missions « Heifara » et « Wakea » dans le Pacifique

Du 20 juin au 9 juillet 2021, l’armée de l’Air et de l’Espace effectue une mission de projection de puissance, jusqu’en Polynésie française, puis une autre de coopération opérationnelle, à Hawaï, avec son homologue américaine.

Ces deux missions sur longue distance, dénommées respectivement « Heifara » et « Wakea », ont été présentées à la presse le 9 juin 2021 à Paris.

La mission « Heifara » (20-26 juin). Ce mot tahitien signifie « couronne de pandanus », plante très répandue en Polynésie française. Parti de métropole le 20 juin, un détachement aérien y est arrivé le 22 juin, après avoir parcouru 16.850 km avec une escale technique à la base aérienne de Travis (côte Ouest des Etats-Unis). Armé par 170 militaires, il compte : 3 avions de chasse Rafale F3-R d’une vitesse de Mach 1,8 (2.222 km/h) ; 2 avions de ravitaillement en vol et de transport stratégique A330 Phénix, chacun capable d’emporter 110 t de carburant ou le kit médical Morphée (Module de réanimation pour patients à haute élongation d’évacuation) ; 2 avions de transport d’assaut A 400 M Atlas à soute modulaire, chargés de 30 t et 200 m3 de fret et lot technique. « Heifara » démontre la capacité de protection des ressortissants et territoires français dans la zone indopacifique. A l’arrivée en Polynésie, les Rafale conduisent un raid « Scalp », simulant l’entrée dans un espace aérien contesté, puis réalisent des missions de préparation opérationnelle de haute intensité pendant 24 heures.

La mission « Wakea » (27 juin-9 juillet). Le même détachement, mais avec un seul A330 Phénix, vole 4.445 km jusqu’à l’archipel d’Hawaï pour la mission « Wakea », nom de la divinité hawaïenne du ciel. Il s’agit de renforcer l’interopérabilité des Rafale et des chasseurs F22 de l’armée de l’Air américaine par des manœuvres de préparation opérationnelle. Outre les entraînements interalliés de haut niveau et les opérations conjointes au Levant et au Sahel, les deux armées de l’Air utilisent une chaîne de commandement des opérations, interconnectée entre les milieux terre, mer, air et espace, pour défendre les intérêts nationaux et prendre l’avantage face aux menaces hybrides et globalisées (cyber, lutte informationnelle et déni d’accès). Après un vol de 7.780 km et une escale à la base aérienne de Nellis (côte Ouest), le détachement français se pose à Langley (côte Est) le 7 juillet, pour commémorer le 240ème anniversaire de la victoire de Yorktown (28 septembre-17 octobre 1781) des forces franco-américaines sur les troupes britanniques, bataille décisive pour l’indépendance des futurs Etats-Unis. Au retour vers la France, une étape de 6.110 km clôt un périple de 19 jours et de plus de 35.000 km.

Le CAPCO. Les missions « Heifara » et « Wakea » sont suivies par le nouveau Centre air de planification et de conduite des opérations (CAPCO), installé à Lyon-Mont Verdun. Il est placé sous la responsabilité du Commandement de la défense aérienne et des opérations aériennes, qui exerce la police du ciel sur le territoire métropolitain et conduit la partie aérienne des opérations extérieures, partout dans le monde. Le CAPCO synchronise les actions aériennes et coordonne aussi interarmées et interalliées sous très court préavis. Il développe la résilience et l’agilité de la chaîne opérationnelle de l’armée de l’Air et de l’Espace. Il devra synchroniser les effets des volets espace, cyber et guerre électronique pour les opérations multi-milieux et multi-champs. Enfin, il prépare l’intégration du SCAF (système de combat aérien futur) dans les chaînes de commandement.

Loïc Salmon

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Histoire mondiale des porte-avions

Symbole de compétences techniques, le porte-avions est devenu un outil de projection de puissance, conventionnelle ou nucléaire, depuis la mer vers la terre, grâce à sa capacité de frappe sur les franges littorales où se concentre l’essentiel de l’activité humaine.

La dimension aérienne commence à jouer un rôle dans un affrontement naval pendant la guerre de Sécession américaine (1860-1865), quand les deux belligérants mettent en œuvre des ballons captifs depuis un navire à vapeur ou une barge pour observer les positions adverses. Pendant la guerre russo-japonaise (1904-1905), l’armée de Terre japonaise déploie des ballons pour diriger les tirs des batteries, débarquées par la Marine, contre des navires russes bloqués dans la rade de Port-Arthur. Durant la première guerre mondiale, l’hydravion puis l’avion remplacent l’aérostation pour éclairer une flotte et améliorer la précision des tirs des croiseurs et cuirassés. Plus puissant, plus rapide, l’avion repousse l’horizon, chasse les moyens aériens ennemis et bombarde les infrastructures côtières. Pour l’employer en mer, un bâtiment dédié est mis au point avec une plateforme pour l’appontage et le décollage. Destiné au début à accompagner une flotte, ce « porte-avions » devient, en 1919, un bâtiment d’escadre qui peut l’emporter sur un cuirassé dans une bataille décisive. Son groupe aérien découvre l’ennemi, règle le tir de l’artillerie navale, endommage la flotte adverse et repère les sous-marins. La Grande-Bretagne partage alors l’expérience acquise avec ses alliés de l’époque, les États-Unis, la France et le Japon. Ce dernier construit la première flotte de petits porte-avions rapides de moins de 10.000 t. Les États-Unis optent pour des unités de 15.000-20.000 t. Pour la France, l’Italie, l’Espagne et l’Australie, les porte-avions ou transports d’hydravions constituent des auxiliaires d’escadre, dont les performances des appareils restent insuffisantes face aux chasseurs ennemis. En novembre 1940 à Tarente, des bombardiers britanniques embarqués coulent deux cuirassés italiens à la torpille et en endommagent un troisième. La Marine japonaise s’en inspire ainsi que des grands exercices navals américains à Hawaï pour lancer, en décembre 1941, des vagues aériennes d’assaut qui réalisent le même score à Pearl Harbor et anéantit l’aviation américaine à terre. Grâce à ses porte-avions, au radar, au renseignement et à la chance, les États-Unis passent à l’offensive en 1942. Dans le Pacifique, les groupes de porte-avions soutiennent les opérations amphibies, frappent des objectifs navals ou terrestres et soumettent le Japon à des raids dévastateurs. En Atlantique, ils défendent les convois contre les sous-marins et les bombardiers terrestres allemands. Après 1945, les inventions de la piste oblique, de la catapulte à vapeur et du miroir d’appontage permettent le déploiement d’appareils à réaction, pour augmenter l’allonge, et d’avions de guet aérien pour accroître la visibilité au large. Entre 2005 et 2022, douze Marines lancent ou mettent en service 29 plateformes : 2 porte-avions à catapultes et brins d’arrêt (États-Unis et Chine) ; 3 porte-aéronefs à tremplin et brins d’arrêt (Inde et Chine) ; 9 porte-aéronefs pour décollage et atterrissage court et vertical (États-Unis, Grande-Bretagne, Italie et Espagne) ; 15 porte-hélicoptères (France, Japon, Corée du Sud, Égypte, Australie, Chine et Brésil). Depuis, la Chine a annoncé la construction de deux porte-avions à catapultes électromagnétiques, la Russie celle de deux porte-hélicoptères amphibies et d’un porte-avions à catapultes électromagnétiques et la France l’étude d’un porte-avions de 75.000 t à catapultes électromagnétiques et doté du système combat aérien futur avec drones. La Turquie va aligner deux plateformes d’emport d’hélicoptères et de drones.

Loïc Salmon

« Histoire mondiale des porte-avions » par Alexandre Sheldon-Duplaix. Éditions E-T-A-I, 240 p., nombreuses photos, 49 €.

Marines : le porte-avions, outil militaire et diplomatique pour agir loin

Défense : démonstrateur SCAF, missile ANL et futur site du Commandement de l’espace

Marine nationale : le porte-avions et la mer dans les relations internationales

 




14 juillet 2025 : montrer la crédibilité opérationnelle

De retour sur les Champs-Élysées, le défilé militaire du 14 juillet 2025 invite l’Indonésie et met à l’honneur la Force binationale franco-finlandaise, la Flottille de lutte contre les mines, la Base aérienne à vocation spatiale, le Régiment du service militaire adapté de Nouvelle-Calédonie et le Service militaire volontaire.

Le général de corps d’armée Loïc Mizon, gouverneur militaire de Paris, l’a présenté à la presse le 10 juin aux Invalides. Le défilé compte 7.005 participants, dont 5.618 à pied, 63 avions, 33 hélicoptères et 200 chevaux de la Garde républicaine.

Commémorations. L’édition 2025 souligne le centenaire du « Bleuet de France », symbole de la mémoire et de la solidarité envers les anciens combattants, victimes, veuves et orphelins de guerre. Il marque aussi les 100 ans de l’association « La Flamme sous l’Arc de Triomphe » et les 80 ans de la Défense aérienne.

Défilé aérien. La Patrouille de France arrive en tête avec 8 Alphajet. La Défense aérienne est représentée par 1 avion de détection et de commandement aéroporté E-3 F de l’armée de l’Air et de l’Espace (AAE), 2 chasseurs Rafale C, 1 Rafale B, 1 chasseur F18 suisse, 1 chasseur Typhoon allemand, 2 Mirage 2000-5, 1 Typhoon espagnol et 1 Typhoon britannique. La Dissuasion nucléaire aéroportée est représentée par 1 ravitailleur KC-135 et 4 Rafale B. La supériorité aérienne est représentée par 1 avion de transport et de ravitaillement A330 Phénix, 2 Mirage 2000 D, 1 Rafale C et 1 Rafale B et l’innovation aérienne militaire par 1 avion de transport tactique A400M Atlas, 1 Mirage 2000 D et 2 Rafale B. La Formation de l’aviation de chasse présente 2 avions d’entraînement militaire avancé Pilatus PC-21, 2 Alphajet, 2 Mirage 2000 B et 2 Rafale B. Le Groupe aérien embarqué est représenté par 5 Rafale Marine, 1 avion de guet aérien E2C Hawkeye et 1 avion biréacteur Falcon 10. La Patrouille de surveillance maritime est représentée par avion triréacteur Falcon 50 et 1 avion de lutte anti-sous-marine ATL2. Le Soutien aux populations comprend : la projection de force représentée par 3 A400M Altas de l’AAE et 1 A400M espagnol ; l’assaut et l’appui outre-mer représentés par 1 triréacteur Falcon 900, 1 avion de transport tactique C-130J Super Hercules et 2 avions tactiques CN-235 Casa. Le Transport aérien est représenté par 1 bimoteur Xingu, 2 monomoteurs TBM 700 et 2 monomoteurs légers SR22 Cirrus. La Reconnaissance et le Renseignement sont représentés par 1 drone de combat Reaper et 2 avions légers de surveillance et de reconnaissance Vador. La lutte contre les incendies est représentée par 1 bombardier d’eau Dash 8 de la Sécurité civile (SC). Le défilé d’hélicoptères présente des appareils de l’AAE, de la Marine nationale (1Caïman italien inclus), de l’armée de Terre, de la Gendarmerie, de la SC et de la Douane.

Troupes à pied. Les 17 écoles militaires défilent en tête, suivies d’unités de la Gendarmerie nationale, de l’armée de Terre (incluant la compagnie belgo-luxembourgeoise), de la Marine nationale, de l’AAE, de la Direction générale de l’armement et des Services de santé, du commissariat des armées, d’Infrastructures de la défense et de l’Énergie opérationnelle. Puis arrivent des unités des ministères civils (Intérieur et Outre-mer, Justice et Économie). La Légion étrangère ferme la marche de son pas lent.

Troupes motorisées. Absentes du défilé en 2024, les unités motorisées reviennent en force. L’armée de Terre déploie les éléments suivants : 7ème Brigade blindée, représentée par six régiments (tirailleurs, infanterie, chasseurs, artillerie d’Afrique et génie) ; 13ème Demi-Brigade de légion étrangère ; 1er Régiment de chasseurs parachutistes ; 1er Régiment de spahis ; Brigade d’appui numérique et du cyber ; Brigade de renseignement et cyber électronique ; Brigade logistique ; Brigade maintenance. Suivent des unités de l’AAE, de la Gendarmerie nationale, de la Police nationale, de la Douane et de la Brigade des sapeurs-pompiers de Paris.

Loïc Salmon

14 juillet 2024, un défilé avenue Foch et sans véhicules modernes

14 juillet 2023, un défilé sur l’engagement international

14 juillet 2022, un défilé sur fond de guerre en Ukraine




Armée de l’Air et de l’Espace : l’innovation pour gagner le combat aérospatial

L’innovation dans le domaine aérien militaire vise à moderniser les capacités, préparer le combat futur et valoriser le personnel, en tenant compte de l’évolution du contexte stratégique et des menaces.

Le colonel Arnaud Déné, commandant en second du Centre d’expertise aérienne militaire (CEAM), et le colonel Alexandre Ribot, directeur « technique et innovation » du CEAM, l’ont expliqué à la presse le 7 novembre 2025 à Paris.

Le Centre d’expertise aérienne militaire. Le CEAM doit remplir trois grandes missions, indique le colonel Déné. D’abord, il expérimente chaque nouvel équipement livré à l’arme de l’Air et de l’Espace (AAE) pour augmenter un peu son rendement opérationnel. Ensuite, il développe les expertises opérationnelles et les tactiques pour améliorer la préparation des forces. Enfin, il pilote l’innovation dans le domaine opérationnel et l’entraînement. L’innovation planifiée, expression d’un besoin, est prise en compte dans un programme d’armement, une étude technico-opérationnelle ou un programme technologique de défense. En liaison avec les industriels et les mondes académique et de la recherche, le CEAM (750 personnes et 70 métiers) développe des laboratoires dans la lutte anti-drones (Battle Lab Drone), les outils de commandement et de conduite (C2 Factory), la guerre électronique (exercice « Black Crow ») et le facteur humain (médecine aéronautique et recherche biomédicale des armées). L’innovation ouverte se présente sous la forme participative par la captation d’initiatives au sein de l’AAE dans huit domaines : opérations et entraînement ; maintien en condition opérationnelle ; commandement et conduite, ressources humaines ; simplification et organisation du travail ; transition écologique ; spatial ; protection des forces. Elle fournit aux industriels et chercheurs des espaces sur les bases aériennes pour mettre en œuvre sans risque leurs outils de conception et de fabrication. Cela permet de comprendre les limitations d’une nouvelle technologie et ainsi d’améliorer la définition d’un besoin.

Le développement capacitaire. L’AAE occupe le terrain de l’innovation, du numérique et de l’intelligence artificielle, souligne le colonel Ribot. Parmi les nombreux projets élaborés en interne, quatre, apparemment simplistes, présentent une véritable plus-value opérationnelle. « Hélibox » permet des livraisons par air de colis de vivres et de matériels jusqu’à 20 kg. Son conditionnement particulier le fait enter en rotation pour assurer un profil aérodynamique, sans utiliser de parachutes réservés pour d’autres matériels plus lourds. A bord de l’avion de transport tactique A 400 M, la tablette numérique « Cargo Ready » effectue les calculs de centrage des chargements, intégralement, sans erreur et rapidement, à la place de deux opérateurs. Pour la sûreté aérienne, le « Bras Strike Hélicoptère » stabilise le tireur d’élite embarqué à la place d’un opérateur. Le retrait du poids de ce dernier permet d’emporter plus de carburant et d’améliorer l’autonome de vol. Sur un théâtre d’opérations, « FR Ace », constitué d’adaptateurs techniques (quelques kg) aux groupes électrogènes et systèmes de traçage d’un pays allié, permet d’éviter d’emporter les siens (plusieurs tonnes) et ainsi de réduire l’empreinte logistique. Dans le cloud de combat du CEAM, « ISR Box », connecté au Centre de commandement et de conduite des opérations aérospatiales de Lyon-Mont Verdun, permet de partager la situation tactique au sein de l’équipage d’un drone Reaper (pilotage et recueil de données géographiques très précises). L’intelligence artificielle est en cours d’expérimentation. Pour l’aviation de combat, un Mirage 2000 D au cockpit rénové embarque un calculateur capable d’agréger des applications numériques diverses. L’unité de développeurs informatiques du CEAM code le besoin opérationnel et met à jour ces applications tous les neuf mois.

Loïc Salmon

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Marine nationale : le PA-Ng, programmer sa construction et la formation de l’équipage

Le porte-avions nucléaire de nouvelle génération (PA-Ng), en service de 2038 à 2080, devra opérer dans un contexte stratégique considérablement « durci ».

Son programme a été présenté à la presse, le 8 avril 2021 à Paris, par ses deux principaux responsables, à savoir un capitaine de frégate sur le plan opérationnel et un ingénieur en chef de de l’armement pour la partie technique.

La propulsion nucléaire, annoncée par le président de la République en décembre 2020, garantit l’autonomie stratégique et la pérennité de la filière nucléaire embarquée. Le porte-avions caractérise les puissances maritimes de premier rang. Déjà, la Marine chinoise, qui disposera bientôt de trois porte-avions, dépasse en tonnage celle des Etats-Unis, qui se dote d’un nouveau porte-avions tous les sept ans.

Besoins militaires. La perte de la suprématie occidentale implique de remettre le combat aéromaritime au centre des capacités du groupe aéronaval, afin d’acquérir la liberté d’action nécessaire aux opérations d’entrée en premier, souligne le capitaine de frégate. Outre une partie de la composante aérienne de la dissuasion nucléaire, le PA-Ng garantira une mobilité stratégique de 1.000 km/jour et une agilité tactique avec 60 sorties aériennes/jour dans toutes les conditions. Ses missions incluent la projection de puissance, l’appui aux opérations à terre ou en mer, le recueil et l’analyse de renseignements ainsi que le commandement d’une composante maritime d’une opération de l’OTAN ou d’une coalition ad-hoc. Déjà, à la demande des Etats-Unis, en décembre 2015 et depuis le 31 mars 2021 pendant son transit dans la région du golfe Arabo-Persique, le porte-avions Charles-de-Gaulle a pris le commandement de la force opérationnelle 50 au sein de la coalition internationale « Inherent Resolve » de lutte contre Daech. Le PA-Ng, au tonnage double de celui du Charles-de-Gaulle, embarquera le même effectif, soit 2.000 marins (600 pour le groupe aérien). La constitution de cet équipage de haut niveau demande du temps pour la formation et l’acquisition d’expérience (15 ans en moyenne). Le recrutement de 300 experts a commencé à Indret et se poursuivra à Saint-Nazaire et Toulon d’ici à 2034. Les futurs commandants (capitaines de vaisseau) auront auparavant exercé cette fonction deux fois à la mer.

Caractéristiques techniques. Le PA-Ng aura un tonnage 75.000 t, une vitesse de 27 nœuds (50 km/h), une longueur de 300 m et une largeur de 80 m au niveau du pont d’envol. Ses dimensions seront cohérentes avec les infrastructures du port base ou d’entretien. Selon l’ingénieur en chef, la longueur de son pont d’envol détermine ses principales performances. Son aviation, qui comptera 30 chasseurs de nouvelle génération, 3 avions de guet aérien et de commandement et 5 à 6 hélicoptères, mettra en œuvre le SCAF (système de combat aérien du futur). Comme ses homologues américains, le PA-Ng sera équipé de brins d’arrêt de nouvelle génération et de 2 catapultes électromagnétiques avec la possibilité d’en ajouter une 3ème. Navire tout électrique, il sera équipé de 2 chaufferies nucléaires K22, plus grosses que les K15 du Charles-de-Gaulle et des sous-marins nucléaires lanceurs d’engins. Il emportera le futur missile air-sol N4g, porteur de l’arme nucléaire, et assez de munitions pour tenir une semaine en combat de haute intensité. Le développement et la réalisation du PA-Ng coûteront 1 Md€. Les travaux de construction commenceront en 2025 et les essais à la mer en 2036.

Loïc Salmon

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