Aviation militaire : la DMAé pour le soutien et l’expertise technique

La maintenance préventive allonge la disponibilité opérationnelle des avions, hélicoptères, drones et planeurs des ministères des Armées, de l’Intérieur et de l’Économie et des Finances.

L’ingénieur général hors classe de l’armement Marc Howyan, directeur de la DMAé (Direction de la maintenance aéronautique, créée en 2018), en a présenté les missions lors d’un point de presse tenu le 20 avril 2023 à Paris.

Une performance accrue. La maintenance opérationnelle permet de garantir la disponibilité des forces en maîtrisant la performance du soutien en termes de qualité, de coûts et de délais. Ainsi entre 2018 et 2022 et malgré la crise du Covid-19, le taux de disponibilité de l’avion de chasse Rafale est passé de 53 % à 60 %, celui de l’avion de patrouille maritime ATL2 de 24 % à 31 %, celui de l’avion de transport militaire polyvalent A400M Atlas de 27 % à 36 %, celui de l’avion de transport militaire C130 Hercules de 19 % à 23 %, celui de l’hélicoptère d’attaque Tigre de 29 % à 40 %, celui de l’hélicoptère polyvalent Dauphin/Panther de 40 % à 47 %, celui de l’hélicoptère d’observation radar et d’intervention sur zone Cougar de 24 % à 35 %, celui de l’hélicoptère de manœuvre et d’assaut NH90 Caïman de 32 % à 34 % et celui de l’hélicoptère léger polyvalent Fennec Terre de 2.500 heures de vol à 4.742 heures. La DMAé intervient sur toute la vie des matériels, de l’utilisation dans un milieu dégradé aux rétrofit (remplacement des pièces obsolètes en maintenant la configuration de l’appareil), démantèlement et recyclage.

Une nouvelle relation avec l’industrie. La DMAé a établi une nouvelle approche avec les services partenaires et les industriels. La « verticalisation » des contrats consiste à regrouper plusieurs marchés et prestations sous la responsabilité d’un industriel unique, couvrant un périmètre global sur une longue durée pour une flotte donnée. En 2022, 260 marchés étaient en cours et 22 contrats « verticalisés ». Une coordination plus étroite entre l’État et l’industrie, au plus près des forces, permet de conduire le soutien au quotidien. L’industriel engage sa responsabilité sur la satisfaction des besoins logistiques, notamment par le déploiement des guichets. Le retour d’expérience sur cinq ans (2018-2022) et la loi de programmation militaire 2024-2030 donnent une vision stratégique pour prolonger la transformation de la DMAé. Une hausse de 40 % du budget permettra la mise en œuvre de contrats et améliorera la performance du maintien en condition opérationnelle (navigabilité des aéronefs). Le soutien va s’adapter au contexte de l’économie de guerre par l’amélioration de la résilience en interne du ministère des Armées et dans l’industrie. Enfin, il faudra anticiper de nouveaux métiers, notamment ceux relatifs à l’intelligence artificielle, pour développer les compétences futures au sein des 500 entreprises de défense.

Loïc Salmon

Implantée dans 17 sites en France métropolitaine, la Direction de la maintenance aéronautique (DMAé) a employé 1.150 personnes en 2022, dont 60 % de militaires et 40 % de civils : personnels des armées de Terre et de l’Air, de la Marine nationale et de la Gendarmerie ; ingénieurs militaires et civils de la Direction générale de l’armement ; commissaires des armées ; personnels civils de la Défense ; personnels de la Sécurité civile et des douanes. Elle a traité les matériels de surveillance aérienne, les équipements aéronautiques et 1.240 aéronefs de 40 types différents sur plus de 50 plateformes aéronautiques militaires (7 en Outre-mer). En 2022, elle a disposé d’un budget de 3,8 Mds et d’un patrimoine de 64 millions d’articles d’une valeur de 59 Mds€. Elle a établi 5.823 faits techniques et émis 3.413 directives techniques. Elle entretient des relations surtout avec les partenaires et industriels suivants : Airbus, Babcock, Dassault Aviation, HeliDax (Groupe Défense Conseil International), Héli Union (centre d’entraînement), le Service industriel de l’aéronautique, Safran, Sabena, Sopra Steria, Jet Aviation, NHindustrie et Thales.

Aviation militaire : le BEA-É pour la sécurité aérienne

Aviation militaire : MCO, assurer la disponibilité entre flottes, Opex et métropole

Marine : MCO, de la conception du navire à sa déconstruction




Armée de l’Air et de l’Espace : protection et lutte anti-drones

Le maintien de la souveraineté sur l’espace aérien national exige une vigilance accrue, une capacité constante d’anticipation et une grande réactivité aux menaces.

Le général de brigade aérienne Olivier Poncet, chef d’état-major du Commandement de la défense aérienne et des opérations aériennes (CDAOA), en a présenté le fonctionnement à la presse le 2 octobre 2025 à Paris.

Posture de sûreté aérienne. La défense aérienne de la France mobilise 450 aviateurs 24 heures sur 24, 365 jours par an. Elle s’appuie sur du renseignement en amont obtenu par un maillage de 70 radars répartis sur le territoire national et connectés aux centres de détection et de contrôle. S’y ajoutent les renseignements provenant de la Direction générale de l’aviation civile, de la Direction générale de douanes et droits indirects et de la Direction générale de la sécurité intérieure, afin d’évaluer la situation par rapport à un aéronef particulier. En cas de comportement anormal, 4 plots de chasseurs et 3 plots d’hélicoptères, en alerte permanente, peuvent intervenir en quelques minutes. Des avions ravitailleurs peuvent être déployés pour soutenir les chasseurs dans la durée et des avions E-3F AWACS (systèmes aéroportés de détection et de commandement aéroporté) permettent d’allonger la surveillance radar. Tout est coordonné à la base aérienne de Lyon-Mont Verdun, centre du CDAOA connecté aux radars de l’OTAN pour anticiper et orienter les actions. En temps de paix, celles-ci peuvent débuter en vol avec la poursuite de l’aéronef pour le contraindre à se poser, afin que le pilote soit appréhendé par la Gendarmerie. Le dispositif inclut la participation des radars des bâtiments de la Marine nationale et la défense sol-air de l’armée de Terre. Des protocoles d’accord bilatéraux avec les pays voisins de la France permettent d’échanger des données et d’engager des poursuites au-delà des frontières. La chaîne d’engagement permanente relève de la Haute autorité de défense aérienne et du Premier ministre. Lors d’événements majeurs comme le Salon de l’aéronautique et de l’espace du Bourget ou les Jeux Olympiques de Paris 2024, un « dispositif particulier de sûreté aérienne » est mis en place avec des zones de vol réglementées et d’interdiction temporaires.

Lutte anti-drones. Plusieurs milliers de drones, enregistrés dans des banques de données et mis en œuvre par des opérateurs privés ou étatiques (SNCF, pompiers, Douanes et prisons), survolent la France dans des couloirs spécifiques. La posture de sûreté aérienne s’applique aux drones selon le triptyque détection, classification et intervention, mais avec des particularités. Rarement métallique, un drone évolue souvent à basse altitude, de jour comme de nuit et souvent en milieu urbain. La détection associe radars, goniométrie, acoustique et caméras. Signalements électroniques et systèmes d’intelligence artificielle détectent les comportements erratiques. La classification « ami » ou « ennemi » permet de lever un doute. En cas d’engagement, les drones seront neutralisés par des moyens moins coûteux que les missiles. Cela va du brouillage, du sol ou d’un hélicoptère, à la capture électronique de la télécommande du drone, pour le renvoyer à son point de départ et appréhender le pilote, ou à la destruction par de l’artillerie ou un fusil de chasse. La Marine et les armées de Terre et de l’Air et de l’Espace développent leurs propres systèmes de protection et s’entraînent à la lutte anti-drones. Pendant les Jeux Olympiques, environ 400 drones contrevenants n’ont pas respecté la réglementation, entraînant brouillages, saisies et interpellations des télépilotes. L’arme à énergie dirigée (laser), capable de griller les composants électroniques d’un drone en quelques secondes, a été mise en œuvre. Ensuite, le CDAOA a monté l’exercice interarmées et interministériel XLAD (17-28 mars 2025) avec la société civile en mobilisant 230 participants et selon 40 scénarios de menaces multiples.

Loïc Salmon

Armée de l’Air et e l’Espace : défendre la souveraineté de la surface à la très haute altitude

Drones : retour d’expérience de la guerre en Ukraine

Armée de l’Air et de l’Espace : sûreté aérienne, la sécurisation du Salon aéronautique du Bourget

 




DGA : 80 Rafale F4 et 12 Caracal pour les Emirats arabes unis

Les Emirats arabes unis (EAU) vont acquérir 80 avions de chasse Rafale au standard F4 (en développement), dans le cadre d’un partenariat stratégique qui inclut l’achat de 12 hélicoptères de sauvetage H225M Caracal. Il n’y aura aucun transfert de technologie.

Les contrats ont été signés le 3 décembre 2021 à Dubaï, lors de la visite du président de la République Emmanuel Macron. Le 9 novembre à Paris, l’ingénieur général Thierry Carlier, directeur du développement international de la Direction générale de l’armement (DGA), a présenté le rôle du ministère des Armées dans ce plus grand contrat aéronautique à l’export.

Partenariat stratégique ancien. Les EAU abritent des forces militaires françaises terrestres, navales et aériennes. Ils ont apporté une aide décisive lors des évacuations de ressortissants français, européens et afghans depuis Kaboul en août 2021, lors de l’arrivée des talibans. Depuis plus de 50 ans, les EAU achètent des avions de chasse français. Leur flotte compte 60 Mirage 2000 et 60 Mirage 2000-9, qui seront remplacés par les 80 Rafale F4 entre 2025 et 2031, indique l’ingénieur général Carlier. Leur contrat, qui fait suite à un accord intergouvernemental de 2009, se monte à près de 17 Mds€ : 14 Mds€ pour les Rafale F4 ; 2 Mds€ pour leur armement ; 700 M€ pour les Caracal. Il inclut la formation des pilotes et des mécaniciens par l’armée de l’Air et de l’Espace (AAE), qui recevra des F4 en 2024. Le choix du Rafale par les EAU repose sur ses performances sur divers théâtres d’opérations récents et aussi sa rapidité de disponibilité. Le F4, qui bénéficiera des retours d’expérience sur les versions précédentes, allie connectivité (spot laser et cyber) et interopérabilité. Il sera adapté à l’ensemble du spectre du combat aérien à l’horizon 2025-2035. La transaction commerciale a été précédée d’une période de négociations, de novembre 2020 à juin 2021, entre le ministère des Affaires étrangères, celui de l’Economie et des Finances, les industriels et la DGA (expertise). Sa direction internationale compte 200 personnes, dont 80 à Paris spécialisées dans les différents produits, et 20 attachés d’armement dans les ambassades pour faire connaître les produits et prospecter les clients. La chaîne de production du Rafale mobilise 7.000 personnes. La cadence de fabrication, actuellement d’un par mois, devrait connaître des pointes à deux ou trois pour satisfaire les commandes de l’AAE et de six pays clients (Egypte, Inde, Qatar, Grèce, Croatie et EAU).

Rafale F4 et hélicoptère Caracal. Du 26 au 29 avril 2021 à Istres, la DGA a procédé aux premiers essais en vol du Rafale F4 en huit missions complexes de 50 sorties de 2 Rafale Marine et 6 Rafale, 2 Mirage 2000 et 2 Alphajet de l’AAE avec des experts de Dassault Aviation, Thales (équipements électroniques) et MBDA (missiles). Cette campagne de « revue d’aptitude à l’utilisation » a porté sur la capacité du viseur de casque Scorpion pour le combat collaboratif, dont notamment la localisation précise d’autres aéronefs par des moyens passifs au sein d’une patrouille. La prochaine campagne évaluera les capacités du F4 pour les missions air-surface dans le cadre d’opérations interarmées ou interalliées. Le F4 sera doté du missile air-air Mica-NG et emportera la bombe AASM (armement air-sol modulaire) de 1.000 kg. Ravitaillable en vol, l’hélicoptère H225M Caracal dispose d’armements de sabord, d’équipements de vision nocturne et d’une capacité « d’aérocordage », permettant la dépose de commandos dans des lieux très difficiles d’accès.

Loïc Salmon

Aviation militaire : les Rafale F3-R en service opérationnel

Armée de l’Air et de l’Espace : voir plus haut et décider plus vite que l’adversaire

Aéronautique militaire : technologie, stratégie et concurrence accrue




Armée de l’Air et de l’Espace : sûreté aérienne, la sécurisation du Salon aéronautique du Bourget

La sûreté aérienne met en œuvre des radars de surveillance et des centres de détection et de contrôle ainsi que des avions de chasse, des hélicoptères et d’autres moyens. Elle a été renforcée lors du Salon international de l’aéronautique et de l’espace, tenu du 19 au 25 juin 2023 au Bourget (région parisienne).

Le général Étienne Faury, commandant de la brigade aérienne de la posture permanente de sûreté-Air (PPS-Air, police du ciel), a présenté, le 15 juin 2023 à Paris, le dispositif de sécurisation aérienne.

Le dispositif particulier de sûreté. Lors de la visite d’un chef d’État ou d’un grand évènement, un dispositif particulier de sûreté aérienne est déployé. Il consiste à renforcer, de façon ponctuelle et localisée, les moyens de défense aérienne sans dégrader la PPS-Air, L’armée de l’Air et de l’Espace crée alors une zone interdite à tous les aéronefs à certains horaires pour éviter toute perturbation de l’événement. Ce dispositif particulier inclut des interactions interarmées et interministérielles avec la Direction générale de l’aviation civile, les différentes préfectures et la Direction générale de la sécurité intérieure plusieurs mois à l’avance. La sécurité commence dès le décollage d’un aéronef et implique une coordination entre différents aérodromes. Les moyens d’alerte en vol s’interposent, identifient et, si besoin, détournent ou arraisonnent tout appareil intrus. Puis, les forces de sécurité intérieures interviennent pour les suites judiciaires.

La protection du salon du Bourget. Le Salon du Bourget, qui accueille 2.400 exposants et plus de 300.000 visiteurs, inclut des démonstrations en vol. Le dispositif PPS-Air intègre alors les participations du groupe ADP (Aéroports de Paris) et des organisateurs. Le Commandement de la défense aérienne et des opérations aériennes évalue les menaces : détournement d’un avion de ligne, très peu probable en raison des mesures de sécurité au sol et dans les aéroports ; avions légers égarés, protestant contre l’événement ou ayant l’intention de nuire ; drones envoyés par des gens curieux ou contestataires. Le nombre de survols des zones interdites est alors limité pour protéger les démonstrations en vol et éviter les accidents. Les moyens aériens en alerte varient selon les besoins : avion E-3F AWACS (système de détection et de commandement aéroporté) pour la surveillance de zone ; drone de combat Reaper ; Rafale ou Pilatus PC21 pour lever le doute, s’interposer et contraindre un appareil intrus à se poser ; hélicoptère Fennec. Au sol, la protection inclut des moyens complémentaires en fonction des conditions météorologiques et du nombre d’appareils pouvant arriver : missile ASMP-T de moyenne portée ; système de missile sol-air Crotale de courte portée ; lutte anti-drones ; guet à vue ; détachement de liaison sur chaque aéroport de Paris pour coordonner les démonstrations en vol du salon avec les décollages, sous certaines conditions, des avions usagers.

La lutte anti-drones. La brigade PPS-Air travaille avec la Gendarmerie des transports aériens et la Préfecture de police de Paris pour protéger le site, les spectateurs et les démonstrations aériennes de drones, dont la menace évolue avec la technologie. Les systèmes Bassalt (radars et caméras) fonctionnent jour et nuit. La Gendarmerie déploie des véhicules pour compléter la détection. Des systèmes « aéroscopes » voient 95 % des trafics. Les systèmes de brouillage Dedrone et ceux montés sur des fusils s’insèrent dans les bandes de fréquences et immobilisent les drones. Règlements et procédures les complètent. Une base aérienne a été projetée sur le site du Bourget pour loger 400 personnels pour la défense sol-air, la protection au sol des aéronefs, la lutte anti-drone, le poste de commandement dans la préfecture et celui pour la lutte anti-drones, le tout en liaison avec le Centre national des opérations aériennes à Lyon-Mont Verdun.

Loïc Salmon

Aviation militaire : le BEA-É pour la sécurité aérienne

Drones : menaces aériennes à très basses altitudes

Sécurité : détection, identification et neutralisation des drones malveillants

 




DSAÉ : s’adapter pour répondre aux besoins opérationnels

La Direction de la sécurité aéronautique d’État (DSAÉ) permet la réussite des opérations aériennes militaires et assure la sécurité des aéronefs civils et étatiques, face aux drones et jusqu’à la très haute altitude, nouvel espace de confrontation.

Son directeur, le général de division aérienne Cyrille Duvivier, en a présenté les missions à la presse, le 17 octobre 2025 à Paris. Ce service interministériel concerne les trois armées, la Direction générale de l’armement, la Gendarmerie nationale, la Direction générale des douanes et droits indirects, celle de la Sécurité civile et de la Gestion de crises et la Police nationale.

La sécurité aéronautique. Bien commun, l’espace aérien jusqu’à 20 km d’altitude est réglementé par le Code des transports (1924) et la Convention de Chicago (1944) à l’origine de l’Organisation internationale de l’aviation civile, qui en formule les règles. L’encombrement du ciel européen par des avions de plus en plus rapides a conduit à l’initiative « Ciel unique européen » (2004) et à la création de l’EASA (Agence de l’Union européenne pour la sécurité aérienne) qui élabore des règles de circulation pour les diverses Directions générales de l’aviation civile, qui les appliquent au niveau national sur les compagnies aériennes desservant l’Europe. Du fait de leur souveraineté, les États sont exonérés des règles commerciales ou civiles pour leur aéronefs militaires et étatiques, c’est-à-dire qu’ils les suivent mais n’y sont pas tenus lors de leurs missions opérationnelles. En France, la DSAÉ conseille, en matière de risques, les huit autorités d’emploi, citées plus haut, pour l’Aviation légère de l’armée de Terre, les aéronefs des Douanes et les chasseurs de la Marine nationale et de l’Armée de l’Air et de l’Espace. Elle élabore, avec elles, des règles spécifiques pour l’accomplissement des missions, les représente au sein de l’OTAN et de l’Union européenne et coordonne la surveillance de l’espace aérien. La Délégation générale pour l’armement apporte aux ministères des Armées, de l’Intérieur, des Transports et de l’Économie l’expertise technique dans la conception ou l’usage d’un aéronef exploité par une autorité d’emploi, afin de garantir un cadre de sécurité maîtrisée.

Les principaux enjeux. En 1945, le général de Gaulle institue par décret le Commandement de la défense aérienne pour assurer la souveraineté du ciel français. Le Directoire de l’espace aérien met en œuvre l’accord cadre entre les ministères des Armées et des Transports pour élargir les zones d’entraînement des aéronefs des huit autorités d’emploi, notamment pour les distances de tirs de missiles Meteor (air-air longue portée). Une trentaine de plateformes aéronautiques assurent les contrôles aériens militaire et civil. La DSAÉ intervient dans le domaine de la navigabilité, à savoir l’ensemble des conditions techniques pour qu’un aéronef ne constitue pas un danger pour lui-même ou pour des tiers. En ce qui concerne l’exploitation des aéronefs civils et étatiques, elle aide les autorités d’emploi dans l’évolution des règles pour remplir de nouvelles missions ou celles de demain. La sécurité aéronautique se trouve souvent imbriquée avec la sûreté aéronautique, qui relève du Secrétariat général de la défense et de la sécurité nationale (Premier ministre). Par ailleurs, les flux aériens devraient doubler dans une dizaine d’années, réduisant d’autant l’espace de circulation disponible. A basse altitude l’accroissement du parc éolien constitue un triple risque pour l’État : pollution de la détection des radars, sûreté et sécurité aéronautiques. S’y ajoute l’émergence des services civils de drones nécessitant des espaces de vol. En outre, les armées devront pouvoir créer leurs propres services de drones. En haute altitude, la règlementation pourrait s’étendre à 50 km. Enfin, la préparation à un conflit de haute intensité implique une coordination interministérielle pour le contrôle de l’espace aérien civil au profit des aéronefs étatiques, pour garantir leur navigabilité et leur maintenance en temps de guerre.

Loïc Salmon

Armée de l’Air et e l’Espace : défendre la souveraineté de la surface à la très haute altitude

Aviation militaire : la DMAé pour le soutien et l’expertise technique

Armée de l’Air et de l’Espace : protection et lutte anti-drones




Aviation militaire : MCO, assurer la disponibilité entre flottes, Opex et métropole

Le soutien de sa base industrielle et technologique de défense, qui permet à la France de conserver sa liberté d’action, a notamment nécessité une réforme structurelle du maintien en condition opérationnelle (MCO) des moyens aériens des trois armées.

L’ingénieur général hors classe Monique Legrand-Larroche, à la tête de la Direction de la maintenance aéronautique (DMAé), l’a présentée à la presse, le 6 janvier 2022 à Paris.

En 2017, la disponibilité technique des aéronefs militaires était inférieure à 50 % avec des disparités, à savoir « excellente » en opérations extérieures (Opex) mais « faible » en métropole, au détriment de l’entraînement. La DMAé, résulte de la transformation de l’ancienne SIMMAD (Structure intégrée de maintien en condition opérationnelle des matériels aéronautiques du ministère de la Défense). La Loi de programmation militaire 2019-2025 prévoit 5,8 Mds/an pour le MCO, dont 3 Mds€/an pour l’aéronautique.

La réforme. La DMAé, placée directement sous l’autorité du chef d’Etat-major des armées, assure la maîtrise d’ouvrage étatique, comme cliente des industriels qui réalisent les travaux de bout en bout (maîtrise d’œuvre). Elle gère 1.150 aéronefs de 41 types différents tout au long de leur vie, de leur conception à leur retrait du service. Ainsi en 19 mois, 220 aéronefs et 350 moteurs ont été démantelés avec valorisation des matériaux recyclables. A l’été 2022, les flottes d’avions ravitailleurs C-135 et de transport tactique C-160 Transall feront l’objet de contrats de cession ou de démantèlement. Alors que le MCO d’un aéronef impliquait jusqu’à 30 contrats différents en 2017, un seul industriel gère la chaîne de sous-traitants pour la maintenance de chaque flotte avec un guichet unique pour la logistique. La durée du contrat a été portée à 10 ans. La DMAé a élaboré un fonctionnement en « plateau », qui regroupe industriels et utilisateurs opérationnels (pilotes et mécaniciens). L’industriel peut alors planifier, investir, recruter, innover et anticiper les obsolescences techniques. Sa rémunération dépend du nombre d’heures de vol des forces armées. Par ailleurs, le nouveau système « Brasidas » d’information numérique traite la navigabilité de flotte, l’exécution de la maintenance et la gestion du personnel.

Ses effets. Les disponibilités réalisées s’établissent ainsi : avion de chasse Rafale Marine, de 53 % en 2018 à 61 % en 2021 ; avion de patrouille maritime ATL2, de 24 % à 31 % ; Rafale Air, de 53 % à 55 % ; avion de transport stratégique et tactique A400M, de 27 % à 35 % ; hélicoptère d’attaque Tigre, de 29 % à 35 % ; hélicoptère polyvalent Dauphin/Panther, de 40 % à 46 % ; hélicoptère de manœuvre Cougar, de 24 % à 31 % ; hélicoptère de défense aérienne et de recherche et sauvetage Fennec, de 2.500 heures de vol à 5.100 ; pods, de 47 % à 54 %. La directrice de la DMAé a aussi annoncé la notification, le 29 décembre 2021, de deux importants contrats aéronautiques. Ainsi, la société Dassault a obtenu le marché « Balzac » des MCO des Mirage 2000 de l’armée de l’Air et de l’Espace pour garantir leur pérennité jusqu’en 2035. De même, Thalès va assurer, jusqu’en 2031, le soutien du Système de commandement et de contrôle des opérations aérospatiales. Ce dernier effectue la surveillance de l’espace aérien, la coordination de la défense sol-air, la planification, la programmation et la conduite des opérations sur le territoire national et en Opex. Thales va aussi mettre en place des guichets logistiques industriels sur des sites étatiques.

Loïc Salmon

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Histoire mondiale des porte-avions

Symbole de compétences techniques, le porte-avions est devenu un outil de projection de puissance, conventionnelle ou nucléaire, depuis la mer vers la terre, grâce à sa capacité de frappe sur les franges littorales où se concentre l’essentiel de l’activité humaine.

La dimension aérienne commence à jouer un rôle dans un affrontement naval pendant la guerre de Sécession américaine (1860-1865), quand les deux belligérants mettent en œuvre des ballons captifs depuis un navire à vapeur ou une barge pour observer les positions adverses. Pendant la guerre russo-japonaise (1904-1905), l’armée de Terre japonaise déploie des ballons pour diriger les tirs des batteries, débarquées par la Marine, contre des navires russes bloqués dans la rade de Port-Arthur. Durant la première guerre mondiale, l’hydravion puis l’avion remplacent l’aérostation pour éclairer une flotte et améliorer la précision des tirs des croiseurs et cuirassés. Plus puissant, plus rapide, l’avion repousse l’horizon, chasse les moyens aériens ennemis et bombarde les infrastructures côtières. Pour l’employer en mer, un bâtiment dédié est mis au point avec une plateforme pour l’appontage et le décollage. Destiné au début à accompagner une flotte, ce « porte-avions » devient, en 1919, un bâtiment d’escadre qui peut l’emporter sur un cuirassé dans une bataille décisive. Son groupe aérien découvre l’ennemi, règle le tir de l’artillerie navale, endommage la flotte adverse et repère les sous-marins. La Grande-Bretagne partage alors l’expérience acquise avec ses alliés de l’époque, les États-Unis, la France et le Japon. Ce dernier construit la première flotte de petits porte-avions rapides de moins de 10.000 t. Les États-Unis optent pour des unités de 15.000-20.000 t. Pour la France, l’Italie, l’Espagne et l’Australie, les porte-avions ou transports d’hydravions constituent des auxiliaires d’escadre, dont les performances des appareils restent insuffisantes face aux chasseurs ennemis. En novembre 1940 à Tarente, des bombardiers britanniques embarqués coulent deux cuirassés italiens à la torpille et en endommagent un troisième. La Marine japonaise s’en inspire ainsi que des grands exercices navals américains à Hawaï pour lancer, en décembre 1941, des vagues aériennes d’assaut qui réalisent le même score à Pearl Harbor et anéantit l’aviation américaine à terre. Grâce à ses porte-avions, au radar, au renseignement et à la chance, les États-Unis passent à l’offensive en 1942. Dans le Pacifique, les groupes de porte-avions soutiennent les opérations amphibies, frappent des objectifs navals ou terrestres et soumettent le Japon à des raids dévastateurs. En Atlantique, ils défendent les convois contre les sous-marins et les bombardiers terrestres allemands. Après 1945, les inventions de la piste oblique, de la catapulte à vapeur et du miroir d’appontage permettent le déploiement d’appareils à réaction, pour augmenter l’allonge, et d’avions de guet aérien pour accroître la visibilité au large. Entre 2005 et 2022, douze Marines lancent ou mettent en service 29 plateformes : 2 porte-avions à catapultes et brins d’arrêt (États-Unis et Chine) ; 3 porte-aéronefs à tremplin et brins d’arrêt (Inde et Chine) ; 9 porte-aéronefs pour décollage et atterrissage court et vertical (États-Unis, Grande-Bretagne, Italie et Espagne) ; 15 porte-hélicoptères (France, Japon, Corée du Sud, Égypte, Australie, Chine et Brésil). Depuis, la Chine a annoncé la construction de deux porte-avions à catapultes électromagnétiques, la Russie celle de deux porte-hélicoptères amphibies et d’un porte-avions à catapultes électromagnétiques et la France l’étude d’un porte-avions de 75.000 t à catapultes électromagnétiques et doté du système combat aérien futur avec drones. La Turquie va aligner deux plateformes d’emport d’hélicoptères et de drones.

Loïc Salmon

« Histoire mondiale des porte-avions » par Alexandre Sheldon-Duplaix. Éditions E-T-A-I, 240 p., nombreuses photos, 49 €.

Marines : le porte-avions, outil militaire et diplomatique pour agir loin

Défense : démonstrateur SCAF, missile ANL et futur site du Commandement de l’espace

Marine nationale : le porte-avions et la mer dans les relations internationales

 




Armée de l’Air et de l’Espace : l’innovation pour gagner le combat aérospatial

L’innovation dans le domaine aérien militaire vise à moderniser les capacités, préparer le combat futur et valoriser le personnel, en tenant compte de l’évolution du contexte stratégique et des menaces.

Le colonel Arnaud Déné, commandant en second du Centre d’expertise aérienne militaire (CEAM), et le colonel Alexandre Ribot, directeur « technique et innovation » du CEAM, l’ont expliqué à la presse le 7 novembre 2025 à Paris.

Le Centre d’expertise aérienne militaire. Le CEAM doit remplir trois grandes missions, indique le colonel Déné. D’abord, il expérimente chaque nouvel équipement livré à l’arme de l’Air et de l’Espace (AAE) pour augmenter un peu son rendement opérationnel. Ensuite, il développe les expertises opérationnelles et les tactiques pour améliorer la préparation des forces. Enfin, il pilote l’innovation dans le domaine opérationnel et l’entraînement. L’innovation planifiée, expression d’un besoin, est prise en compte dans un programme d’armement, une étude technico-opérationnelle ou un programme technologique de défense. En liaison avec les industriels et les mondes académique et de la recherche, le CEAM (750 personnes et 70 métiers) développe des laboratoires dans la lutte anti-drones (Battle Lab Drone), les outils de commandement et de conduite (C2 Factory), la guerre électronique (exercice « Black Crow ») et le facteur humain (médecine aéronautique et recherche biomédicale des armées). L’innovation ouverte se présente sous la forme participative par la captation d’initiatives au sein de l’AAE dans huit domaines : opérations et entraînement ; maintien en condition opérationnelle ; commandement et conduite, ressources humaines ; simplification et organisation du travail ; transition écologique ; spatial ; protection des forces. Elle fournit aux industriels et chercheurs des espaces sur les bases aériennes pour mettre en œuvre sans risque leurs outils de conception et de fabrication. Cela permet de comprendre les limitations d’une nouvelle technologie et ainsi d’améliorer la définition d’un besoin.

Le développement capacitaire. L’AAE occupe le terrain de l’innovation, du numérique et de l’intelligence artificielle, souligne le colonel Ribot. Parmi les nombreux projets élaborés en interne, quatre, apparemment simplistes, présentent une véritable plus-value opérationnelle. « Hélibox » permet des livraisons par air de colis de vivres et de matériels jusqu’à 20 kg. Son conditionnement particulier le fait enter en rotation pour assurer un profil aérodynamique, sans utiliser de parachutes réservés pour d’autres matériels plus lourds. A bord de l’avion de transport tactique A 400 M, la tablette numérique « Cargo Ready » effectue les calculs de centrage des chargements, intégralement, sans erreur et rapidement, à la place de deux opérateurs. Pour la sûreté aérienne, le « Bras Strike Hélicoptère » stabilise le tireur d’élite embarqué à la place d’un opérateur. Le retrait du poids de ce dernier permet d’emporter plus de carburant et d’améliorer l’autonome de vol. Sur un théâtre d’opérations, « FR Ace », constitué d’adaptateurs techniques (quelques kg) aux groupes électrogènes et systèmes de traçage d’un pays allié, permet d’éviter d’emporter les siens (plusieurs tonnes) et ainsi de réduire l’empreinte logistique. Dans le cloud de combat du CEAM, « ISR Box », connecté au Centre de commandement et de conduite des opérations aérospatiales de Lyon-Mont Verdun, permet de partager la situation tactique au sein de l’équipage d’un drone Reaper (pilotage et recueil de données géographiques très précises). L’intelligence artificielle est en cours d’expérimentation. Pour l’aviation de combat, un Mirage 2000 D au cockpit rénové embarque un calculateur capable d’agréger des applications numériques diverses. L’unité de développeurs informatiques du CEAM code le besoin opérationnel et met à jour ces applications tous les neuf mois.

Loïc Salmon

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Aviation militaire : le futur hélicoptère interarmées léger

A partir de 2027-2030, les trois armées vont utiliser un seul type d’hélicoptère polyvalent. Dénommé « hélicoptère interarmées léger (HIL) Guépard », ce dernier est dérivé de l’appareil civil H160, prévu en service en 2022.

Le 22 décembre 2021, le ministère des Armées a notifié à Airbus Helicopters la commande de 169 HIL, capables d’effectuer des évacuations sanitaires, des transports de matériels et de fret ainsi que des missions spécifiques. Le Guépard remplacera les Gazelle, Alouette III, Dauphin, Panther et Fennec.

Les caractéristiques. D’une vitesse maximale de 260 km/h, le Guépard dispose d’une autonomie de 4 heures et d’un rayon d’action de 700 km. Outre ses deux pilotes, il embarque cinq soldats équipés ou une civière avec une équipe sanitaire. A terme, il pourra être ravitaillé en vol par un avion de KC-160J. L’armée de Terre va recevoir 80 Guépard utilisés aussi pour la reconnaissance armée, l’appui-feu, l’infiltration de forces spéciales et comme poste de commandement embarqué. La Marine nationale prendra livraison de 49 appareils pour le combat aéromaritime, la protection et le soutien d’une force navale, une action spéciale navale et l’action de l’Etat en mer. L’armée de l’Air et de l’Espace va réceptionner 40 Guépard pour la surveillance et la défense de l’espace aérien national, la recherche et le sauvetage, l’appui-feu et le renseignement. Le HIL embarquera des équipements spécialisés : missile ANL pour le combat aéromaritime ; radar tactique AESA 2 D (radar à balayage électronique à antenne active) pour les missions navales et aériennes de surveillance ; pod mitrailleuse axiale pour la reconnaissance terrestre et l’appui-feu air-sol. Le Guépard sera doté du système électro-optique (EOS), mis au point par Safran et qui regroupe plusieurs capteurs pour l’observation à longue distance, de jour comme de nuit. Ses capacités de ciblage très précis permettent d’identifier navires, groupes armés ou véhicules à plusieurs kilomètres et assurent le suivi automatique d’une cible. Son interconnexion au casque TopOwl permet à l’équipage de disposer, sur la visière du casque, de la projection de l’image recueillie par l’EOS ainsi que du ralliement de la ligne de visée de l’EOS sur un objectif visé au casque par le pilote. Ce dernier dispose d’un assistant de mission. Il s’agit d’un calculateur qui contrôle différents systèmes militaires et réalise la fusion des données pour enrichir la situation tactique.

Les contrats. Prévu par la loi de programmation militaire 2019-2025, la commande des 169 Guépard totalise 10 Mds€ et inclut : le développement ; la fourniture du système de soutien et de formation ; le maintien en condition opérationnelle pendant dix ans. Le concept de « flotte unique » permet de mutualiser les coûts de développement entre les trois armées et d’optimiser le soutien grâce aux effets d’échelle, notamment sur les stocks de pièces de rechange. Les travaux de développement dureront jusqu’en 2029. La production, qui commencera en 2024, va s’échelonner sur dix ans. Les livraisons débuteront en 2027 pour l’armée de Terre, en 2029 pour la Marine nationale et en 2030 pour l’armée de l’Air et de l’Espace. En outre, 10 hélicoptères civils H160, destinés à la Gendarmerie nationale, ont été commandés pour un montant supérieur à 200 M€ dans le cadre du plan de soutien à l’industrie aéronautique. Enfin, le centre d’expertise DGA Essais en vol va recevoir un H160 pour la mise au point et la qualification des équipements et des futurs systèmes d’armes.

Loïc Salmon

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Armée de l’Air et de l’Espace : 90 ans d’innovations en continu

L’innovation, processus évolutif plus ou moins long, cumule la prise de risques, pour ne pas subir celle de l’adversaire, et l’agilité intellectuelle pour déroger aux normes sclérosantes. Son succès dépend d’un contexte institutionnel facilitant le dialogue continu entre ses acteurs.

L’innovation, ainsi définie par le général Stéphane Mille, chef d’état-major de l’armée de l’Air et de l’Espace (AAE), a fait l’objet d’un colloque organisé, le 18 janvier 2024 à Paris, par le Centre d’études stratégiques aérospatiales (CESA). Y sont notamment intervenus : le général d’armée aérienne Luc de Roncourt, inspecteur général des armées Air et Espace ; le général de brigade aérienne Emmanuel Boiteau, directeur du CESA ; le colonel Fabrice Imbo, chef du Centre d’analyses pour les opérations aériennes.

Travail d’équipe. Depuis l’Antiquité, l’innovation militaire a joué un rôle dans la conduite de la guerre, dans l’amélioration des tactiques et des armes, rappelle le général de Roncourt. Elle découle d’un processus technique, social ou opérationnel et souvent les trois en même temps. Les partenariats académiques dans les sciences économiques, sociales et « dures » (physique, mathématiques, astronomie, géologie et géographie) favorisent les capacités à apprendre les uns des autres. S’y ajoutent les partenariats industriels et opérationnels ainsi que les échanges internationaux. Toutes ces initiatives permettent de mettre en réseau les laboratoires des équipes chargées de l‘innovation. Une idée lumineuse ne suffit pas. Il s’agit de la faire adopter et la voir transformer la réalité pour qu’elle réussisse. L’innovation demande beaucoup de persévérance et d’audace, pour surmonter les préjugés, et d’intelligence pour se différencier sans s’aliéner le cadre institutionnel existant. Favoriser la créativité au sein de l’AAE consiste à imaginer des processus, la récompenser et, surtout, accepter le risque de l’échec, malgré une culture qui pousse à le limiter. Dans l’univers de l’AAE, fondé sur la science et la technologie, l’innovation s’impose dans la façon dont elle est utilisée pour créer un avantage. L’intelligence artificielle ajoute à la complexité et à l’incertitude du monde actuel, souligne le général de Roncourt. Son potentiel de rupture et de transformation nourrira la majeure partie de l’innovation. Facteur clé de la sécurité à très court terme, elle pourrait aboutir à un changement de nature de la guerre, dont elle transforme déjà la conduite. Il convient de se donner les moyens d’identifier les tendances émergentes, les besoins futurs, les nouveaux acteurs et les scénarios possibles d’un environnement sous tensions. L’innovation permet de concrétiser les visions futures, identifiées par la prospective, en proposant des solutions pour préparer l’avenir.

« Morane » et « Rapace ». Depuis la fin de la guerre froide (1991), indique le général Boiteau, le nombre d’avions de chasse a été divisé par 4 en Europe et par 2 aux États-Unis, alors que ceux des pays de l’Est et du Sud-Est ont été multipliés. Malgré la protection des systèmes sol-air longue portée, la sécurité des base aériennes se trouve contestée par la prolifération des drones. En outre, il s’agit de repenser la projection de force aérienne à l’heure de la contestation militaire de haute intensité. L’adaptation aux nouvelles menaces implique une rupture culturelle. Pendant trente ans, les moyens ont été regroupés dans une logique d’efficience (rapport entre ressources utilisées et résultats obtenus), entraînant la fermeture de bases. Des expérimentations, entreprises dès 2001, ont porté sur les ressources humaines, les munitions, le commandement et les moyens de communications pour aboutir au concept opérationnel « Morane » de base aérienne élargie. Ce dernier a été expérimenté en octobre 2023 avec le déploiement, sous très faible préavis, de trois chasseurs Rafale et d’un avion de transport tactique A400 M Atlas en Roumanie avec du matériel de maintenance, des équipements relatifs aux systèmes d’information et de communication, du matériel pour le Commando parachutiste de l’air N°10 et des équipements de protection individuelle contre les risques nucléaire, radiologique, biologique et chimique. Grâce aux avions ravitailleurs MRTT, les différentes missions de projection « Pégase » vers la zone Indopacifique ont permis de dynamiser le réseau « Rapace » (Réseau aérien de points d’appui, de coopération et d’engagement), partagé avec d’autres nations, à Djibouti, aux Émirats arabes unis, à La Réunion, à Singapour, en Nouvelle-Calédonie, en Polynésie française et en Guyane. L’innovation a aussi porté sur la formation des mécaniciens et la navigabilité pour améliorer la sécurité aérienne en encadrant la traçabilité et les conditions de maintenance. Dans une mission, une patrouille aérienne conserve l’initiative si, dans un conflit de haute intensité, les satellites sont attaqués et les liaisons de communications brouillées. Depuis vingt ans, l’AAE a mis en place la gestion du risque opérationnel selon des normes particulières et exceptionnelles, définies à l’avance, afin de prendre la bonne décision au bon niveau de responsabilité.

Environnement du commandement. Dans un conflit, le cyber, le spectre électromagnétique et le champ informationnel se sont ajoutés aux milieux physiques, à savoir la terre, la mer et les airs, rappelle le colonel Imbo. Il s’agit donc d’en synchroniser les effets. Par exemple, des forces spéciales sont envoyées pour reconnaître une batterie de défense sol-air mobile, qui menace les Rafale arrivant sur une base aérienne. Une cyberattaque va la rendre inopérante et assurer une plus grande discrétion à l’action des forces spéciales. D’autres menaces consisteraient en des drones électromagnétiques, à la recherche de drones encore au sol, ou en un aveuglement de satellites dans l’espace. Malgré sa prolifération, le drone n’est plus un élément essentiel après deux ans de guerre entre la Russie et l’Ukraine, car l’utilisation du spectre électromagnétique permet d’en réduire l’utilisation. Dans le cyberespace, la temporalité entre en jeu. Une cyberattaque se prépare très en amont, afin d’exécuter uniquement les décisions politiques. Après l’attaque elle-même, l’adversaire va développer les moyens de s’en protéger, d’où l’importance de la temporalité et du niveau de décision. Le chef de guerre va affronter la démultiplication de tous les capteurs générant un accroissement exponentiel de données disponibles en sources ouvertes. Au début d’un conflit, il ne sera plus en mesure d’arriver à distinguer le vrai du faux et la pertinence avérée ou non d’un fait. La question se pose de l’apport de l’innovation dans l’évolution du rôle du commandeur. Plutôt que de faire de l’innovation, les simulations massives en réseaux permettent de s’entraîner avec un niveau élevé de qualité. Les nouveaux systèmes de collecte d’informations sur internet permettent de les valoriser par des canaux, des correspondances ou des corrélations. L’extraction d’une information particulière facilite l’aide à la décision. Pour les aviateurs, elle permet d’accélérer la boucle « observation, orientation, décision action ». Il s’agit de s’insérer dans celle de l’adversaire pour aller plus vite que lui en automatisant la boucle. Mais, pour atteindre la vitesse maximale, il faudrait…automatiser la décision ! Or, l’innovation doit seulement aider le commandeur à décider. Choisir entre aller plus vite ou décider constituera un dilemme pour le chef de guerre. Une autre difficulté porte sur la transparence du champ de bataille dans la conduite d’une opération. Même avec une supériorité aérienne localisée, l’invisibilité complète vis-à-vis de l’adversaire n’est plus garantie. La transparence du champ de bataille et les moyens de communications modernes irriguent d’informations toutes les strates décisionnelles, du niveau tactique à l’opératif puis au politique, comme le suivi de la neutralisation de Ben Laden (2011). Certaines autorités politiques auront tendance à décider à la place de l’opérateur sur le terrain.

Loïc Salmon

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