Conflits et armements : tendance à la stabilisation

Malgré les tensions dans le monde, le nombre de victimes de conflits armés reste bas et les dépenses militaires diminuent légèrement, selon le rapport 2013 de l’Institut international de recherche sur la paix de  Stockholm (SIPRI), rendu public le 7 mars 2014. Le contrôle des flux d’armes et des articles à double usage civil et militaire s’avère difficile. La décennie 2002-2011 compte 296 conflits : 73 conflits étatiques, dont 37 encore actifs en 2011, et 223 conflits non-étatiques (38). En 2012, le Mali, la Syrie et le Yémen ont été ravagés par les conflits armés, consécutifs au « printemps arabe ». La même année a connu 53 opérations de maintien de la paix avec 233.642 personnels engagés (baisse des effectifs de 10 % en un an). Certains États ont réduit leurs budgets sur ces missions. Le Conseil de sécurité de l’ONU a durci les critères d’évaluation de leur efficacité avant le renouvellement des mandats, après les échecs en Côte d’Ivoire, République démocratique du Congo et Sud-Soudan. Par suite des niveaux élevés de violence sur place, 4 missions ont été  clôturées : 3 de l’ONU (Bosnie-Herzégovine, Timor-Leste et Syrie) et 1 de la Ligue des États arabes. A elle seule, l’Afrique a nécessité 17 opérations, dont 9 sous commandement de l’ONU. Les dépenses militaires sont estimées à 1.756 Md$ en 2012, soit une baisse de 0,4 % en un an. Celles de la Russie ont augmenté de 16 % et celles des Etats-Unis ont diminué de 5,6 %. Les 10 plus grandes entreprises d’armement sont implantées aux États-Unis. En 2012, les révélations sur les virus informatiques Flame et Stuxnet ont attiré l’attention sur la cybermenace. Malgré l’absence de preuves fiables, la Chine, l’Iran, Israël, la Russie et les États-Unis ont été soupçonnés de mener des cyberattaques, soulignant la montée en puissance de l’arme informatique. Les dépenses de cybersécurité dans le monde ont atteint 60 Md$ en 2011, soit 3,5 % des dépenses militaires totales. Pendant la période 2008-2012, les ventes d’armes dans le monde ont augmenté de 17 % et 5 pays ont totalisé 75 % des exportations : les États-Unis, la Russie, l’Allemagne, la France et … la Chine, qui a dépassé la Grande-Bretagne ! Début 2013, 8 États disposent de 12.270 armes nucléaires, dont 2.000 en alerte opérationnelle élevée : États-Unis, Russie, Grande-Bretagne, France, Chine, Inde, Pakistan et Israël. Ce dernier est à nouveau soupçonné d’avoir développé des missiles de croisière à capacité nucléaire lancés depuis un sous-marin. En 2012, la Chine a mené une série complète d’essais de missiles pour consolider sa force de dissuasion nucléaire montée sur camions et sous-marins. Tous les États dotés d’une industrie nucléaire civile ont une certaine capacité de production de matières fissiles. Selon le SIPRI, les stocks mondiaux s’élèvent à 1.285 t d’uranium hautement enrichi et 488 t de plutonium (224 t de stocks militaires et 264 t de stocks civils). Quant aux armes chimiques, les États-Unis et la Russie n’ont pu respecter l’ultime échéance d’avril 2012 pour achever la destruction de leurs stocks déclarés au titre de la Convention de 1993. Au 31 décembre 2012, 188 États avaient ratifié ou adhéré à cette convention. Enfin, le contrôle des ventes d’armes conventionnelles et des composants civils et militaires implique la réglementation des exportations et du courtage, le transit, le transbordement et le financement. Fin 2012, l’ONU a décrété 13 embargos sur les armes, l’Union européenne 19 et la Ligue des États arabes 1. Le Conseil de sécurité de l’ONU n’a pas réussi à imposer un embargo contre la Syrie, qui reçoit des armes de la Russie et de l’Iran.

Loïc Salmon

 




Armement : exportations françaises, + 42,7 % en 2013

Les prises de commandes d’armements français ont totalisé 6,87 Md€ en 2013, soit une hausse de 42,7 % en un an. Le 2 avril 2014, la France a ratifié le Traité sur le commerce des armes, adopté par l’Assemblée générale de l’ONU en 2013.

Les exportations d’armement de la France font l’objet d’un rapport au Parlement, présenté par le ministre de la Défense, Jean-Yves Le Drian, à l’occasion de l’Université d’été de la défense tenue à Bordeaux les 8 et 9 septembre 2014.

Résultats et tendances. La progression constatée en 2013 résulte de l’entrée en vigueur de 8 contrats d’un montant supérieur à 200 M€ et qui totalisent 2,82 Md€ (+ 81 % en un an). En outre, ceux d’un montant inférieur à 200 M€ ont atteint 4,05 Md€ (+ 24 %). Les pays du Proche et Moyen-Orient représentent près de la moitié des prises de commandes. L’Arabie Saoudite est le premier client de la France avec plus de 1,9 Md€ de contrats entrés en vigueur en 2013. D’après la Direction générale de l’armement (DGA), les principaux clients de la France entre 2004 et 2013 ont été : l’Arabie Saoudite avec près de 9 Md€ ; l’Inde et le Brésil (environ 6 Md€) ; les Émirats arabes unis (3,5 Md€) ; les États-Unis (3 Md€) ; le Maroc, la Grande-Bretagne, la Malaisie et Singapour (autour de 2 Md€) ; la Russie (1,5 Md€). De son côté, la Fondation pour la recherche stratégique a calculé que le marché mondial de l’armement, entre 2008 et 2012, s’établit en moyenne à 73,5 Md€, ainsi répartis : États-Unis, 49 % ; Europe, 29,8 % ; Russie, 10,7 % ; autres pays, 10,5 %. Ce marché subit les baisses des dépenses militaires poursuivies en 2013. Par rapport au produit intérieur brut, celles de l’Union européenne sont passées de 1,68 % en 2009 à 1,5 % en 2012. Aux États-Unis, la baisse du budget militaire a été limitée à 0,5 % en 2013. Par suite du ralentissement de leur croissance économique, les pays importateurs d’Amérique latine ont reporté ou annulé plusieurs programmes d’équipements militaires. En revanche, ceux d’Asie et du Moyen-Orient ont représenté plus de la moitié des commandes mondiales, en raison de la persistance des tensions sécuritaires et du besoin de renouvellement d’équipements devenus obsolètes. Par ailleurs, la concurrence s’accroit entre pays exportateurs d’armement. Pour compenser la baisse des commandes intérieures, les États-Unis veulent renforcer leurs parts de marché au Moyen-Orient et se tournent vers l’Asie par le biais de contrats intergouvernementaux dénommés « Foreign Military Sales ». La Russie promeut ses matériels par la coopération de défense et de sécurité, accompagnée d’offres de financement dédié qui lui permettent de remporter des contrats dans les pays en développement. Au sein de l’Union européenne, les entreprises françaises exportatrices d’armement affrontent la concurrence de celles de Grande-Bretagne, d’Italie, d’Allemagne, d’Espagne, de Suède et même des Pays-Bas qui cherchent de nouveaux marchés et ciblent les plus porteurs.

Contrôles étatiques. Pour respecter ses engagements internationaux en matière de lutte contre la prolifération des armes de destruction massive et de prévention de la dissémination des armes conventionnelles, la France encadre les exportations d’armement et de matières « sensibles » (nucléaires et chimiques). Les licences d’exportation ou de transfert sont accordées par le Premier ministre, après examen par la Commission interministérielle pour l’étude des exportations et matériels de guerre (CIEEMG). Ces licences sont conditionnées par l’obligation de l’industriel d’obtenir de son client (État, société ou particulier) des engagements sur : la destination finale ; la non-réexportation de matériels livrés, qui ne peuvent être cédés à des tiers sans autorisation préalable des autorités françaises. En outre, depuis juin 2012, un contrôle, dit « a posteriori », vérifie les ventes ou transferts réalisés. Des agents de la DGA effectuent des contrôles sur pièces (documents) ou sur place (dans les locaux des titulaires des autorisations). De plus, les entreprises sont tenues de faire parvenir à la DGA des comptes rendus semestriels de leurs commandes et expéditions de matériels. Des restrictions particulières s’appliquent à l’exportation, à l’importation ou au transfert de certaines marchandises en lien plus ou moins direct avec la défense. Ainsi, tout équipement contenant des produits explosifs doit recevoir une autorisation préalable du ministre chargé des douanes, à l’issue d’une procédure pouvant impliquer les ministères des Affaires étrangères, de l’Intérieur, de l’Économie ou de la Défense. La Direction générale des douanes et droits indirects (DGDDI) délivre plus de 5.000 autorisations par an. En outre, depuis 2005, l’Union européenne a instauré un régime de prohibition stricte à l’importation et à l’exportation de biens servant uniquement à infliger la peine capitale, la torture ou un traitement cruel, inhumain ou dégradant. La DGDDI exerce aussi un contrôle lors du dédouanement, après ciblage de déclarations suspectes, et un autre dans les 3 ans suivant l’exportation.

Critères européens. En 2013, la CIEEMG a notifié des refus d’exportation ou de transferts d’armement, conformément aux 8 critères de la directive européenne 2008/944 de politique étrangère et de sécurité commune. Le 1er concerne le respect des engagements internationaux (15 % du total des refus). Le 2ème porte sur le respect des droits de l’Homme dans le pays de destination finale (0 %). Le 3ème concerne la situation intérieure dans le pays de destination finale (26 %). Le 4ème porte sur la préservation de la paix, de la sécurité et de la stabilité régionales (4 %). Le 5ème concerne la sécurité nationale des États membres et celle de pays amis et alliés (11 %). Le 6ème porte sur le comportement du pays acheteur à l’égard de la communauté internationale et notamment son attitude envers le terrorisme, la nature de ses alliances et le respect du droit international (0 %). Le 7ème concerne l’existence d’un risque de détournement de l’équipement à l’intérieur du pays acheteur ou de réexportation dans des conditions non souhaitées (29 %). Le 8ème porte sur la compatibilité des exportations d’armement avec la capacité technique et économique du pays destinataire (15 %). Ont été ainsi pénalisés : l’Afrique sub-saharienne avec 41 % des refus ; l’Europe centrale et orientale (18 %) ; les Proche et Moyen-Orient (14 %) ; l’Asie du Sud (14 %) ; l’Afrique du Nord (9 %) ; l’Asie centrale (4 %).

Loïc Salmon

 

Le ministère de la Défense et le Conseil des industries de défense ont réalisé une étude d’impact social, économique et technologique avec l’aide du cabinet conseil McKinsey & Company, publiée en septembre 2014. Les exportations d’armement ont réduit le déficit commercial de la France de 5-8% entre 2008 et 2013. Elles génèrent 27.500 emplois directs et indirects et 11.000 à 13.000 emplois induits. Elles permettent de dynamiser principalement 7 grands bassins d’emploi régionaux : Ile-de-France ; Provence-Alpes-Côte-d’Azur ; Bretagne ; Aquitaine ; Midi-Pyrénées ; Centre ; Rhône-Alpes. En 2013, 669 entreprises françaises, dont plus de la moitié petites et moyennes, ont exporté des matériels militaires.




La simulation au cœur de tout engagement aérien

Véritable laboratoire des opérations aériennes, la simulation a pour but de préparer les forces présentes et futures à agir vite, en toute sécurité et à être capable de durer, grâce aux ravitaillements en vol, dans un environnement interallié et interarmées.

La préparation, la conduite et l’engagement en mode virtuel des opérations aériennes ont été traités lors d’un séminaire organisé, le 13 juin 2012 en région parisienne, par le Commissariat général au salon d’armements terrestres Eurosatory 2012.

La préparation aux opérations commence au centre de Lyon-Mont-Verdun (voir encadré). Selon le lieutenant-colonel Cyrille Testu du CASPOA, une trentaine de stagiaires, dont un tiers de ressortissants de pays membres de l’OTAN, suivent une formation théorique et pratique, puis une mise en situation et une préparation individuelle. Enfin, ils sont maintenus en condition opérationnelle par des scénarios complexes. De la guerre du golfe (1991) à l’engagement en Libye (2011), les principes du commandement et de la conduite des opérations aériennes sur l’ensemble d’un théâtre restent identiques : organiser, protéger et agir. La formation et l’entraînement reposent sur une doctrine d’emploi et le retour d’expérience, en vue d’une expérimentation pour valider des choix. En raison du continuum (passage continu entre éléments homogènes d’un ensemble) entre les milieux aérien et spatial et l’interaction avec la surface de la terre due à la précision du GPS, il est indispensable de cacher ses moyens pour ne pas être repéré par les satellites d’observation. Pour s’adapter aux demandes des autorités politiques, seule une organisation centralisée peut utiliser la puissance aérienne de façon souple face à l’environnement adverse (structure, organisation et opérations). Le système C2 Air (commandement et conduite des opérations aériennes) de l’OTAN vise à mutualiser ses moyens, afin de disposer d’outils modulables contre les missiles balistiques et la défense aérienne classique.

L’entraînement au combat aérien par simulation consiste à échanger des informations tactiques en trois dimensions par le réseau dit « liaison 16 » (L 16) de l’OTAN. Il concerne les équipages en l’air et les contrôleurs de défense aérienne au sol. Tous voient les mêmes choses : paysage, frontières et systèmes de défense air/sol. Selon le commandant Denis Daligault, chef de l’équipe de marque de liaisons de données tactiques de l’armée de l’Air, les menaces injectées par L 16 apparaissent sur les écrans des équipages et tout intervenant abattu est prévenu. Cela permet d’analyser les réactions des équipages, par exemple lors de missions de bombardement d’un port ou de destruction d’un convoi. Le retour d’expérience d’Afghanistan sert à entraîner les contrôleurs avancés qui assignent des objectifs aux équipages en l’air dans des situations et selon des procédures identiques. Une situation réelle peut être virtuellement enrichie pour concevoir une défense aérienne plus complexe au niveau du chef de patrouille. Le système d’entraînement L 16 « Solstice » comporte plusieurs consoles. L’une (simulation) reproduit des déroulements d’exercices prédéfinis et une situation dense et réaliste avec des tirs sol/air. Une autre (contrôle) diffuse la surveillance (plots radar), identifie les pistes et assigne les missions. La troisième (coordination des opérations) valide les tirs air/air simulés et anime les combats aériens (identification des aéronefs abattus, régénération de ces derniers et émergence de nouvelles détections). Lors d’un entraînement avec des munitions réelles, l’avion est mis en position de tir, mais hors situation tactique. Des exercices majeurs OTAN sont régulièrement organisés. En mai 2011 sur la base de Cambrai, celui dénommé «Tiger Meet » a inclu la participation, temporaire, d’un avion d’alerte avancée AWACS, parti ensuite intervenir au dessus de la Libye. Le deuxième, « Serpentex » (mars-avril 2012, Solenzara – Corse),  a utilisé les procédures en vigueur en Afghanistan. Le troisième, « Tactical Leadership Programme » (mai 2012, Albacete – Espagne), a mis en œuvre une situation tactique au sol complexe : animation en temps réel de sites missiles sol/air, convois et objectifs au sol. Dans la salle de  « débriefing », les équipages à terre ont pu voir ce qui s’est passé en l’air, y compris les erreurs des uns et des autres. Tout est enregistré.

La simulation de l’engagement complète l’entraînement du pilote, mais ne peut constituer un substitut au vol. La simulation est un exercice purement mental, alors que l’entraînement physique permet au pilote de supporter 9 G (neuf fois son propre poids) en vol tournoyant et de maintenir son sens de l’équilibre. Pour remplir une mission en tout temps, un pilote doit gérer le stress, la fatigue et les conditions des environnements naturel et aéronautique. Toutefois, l’entraînement en vol est limité par les pannes particulières, la portée autorisée des armements, la réduction par deux des espaces aériens au profit des vols commerciaux, la gêne sonore, la discrétion sur l’utilisation du spectre électromagnétique et surtout le coût exponentiel de l’heure de vol et du maintien en condition opérationnelle. Selon le colonel Pierre-Jean Dupont de l’état-major de l’armée de l’Air, l’outil de simulation sur Rafale au standard F3 est un véritable laboratoire de vol, en raison de sa polyvalence … qui exige davantage de formation, une acquisition étendue des savoir-faire et l’entretien de compétences très diverses. Les contraintes de pilotage du Rafale nécessitent trois mois d’adaptation, dont 50 % en simulation. Le « Centre de simulation Rafale » permet une grande souplesse de configuration, des gains d’heures de vol et un accès aisé à des espaces de manœuvres réalistes infinis. Les nouvelles technologies sont intégrées au fur et à mesure. La préparation spécifique à la posture permanente de sûreté concerne la dissuasion nucléaire (densité des scénarios et travail en équipage de guerre) et la défense aérienne du territoire (beaucoup d’alertes, sens de l’initiative mais sans improvisation). En Afghanistan, l’appui aérien des forces terrestres en combat asymétrique nécessite une large palette d’effets, en coordination avec le sol. Lors de l’intervention en Libye, baptême du feu pour beaucoup de personnels, l’armée de l’Air a utilisé toute sa panoplie (voir « Archives », Retex armée de l’Air 28-3-2012).

Loïc Salmon

Le Centre d’analyse et de simulation pour la préparation aux opérations aériennes (CASPOA), installé à la base de Lyon-Mont-Verdun, est accrédité « Centre d’excellence » de l’OTAN depuis 2008. Parmi les 16 centres de ce type, il est le seul français et unique expert en matière de C2 Air (commandement et conduite des opérations). Rattaché au Commandement de la défense aérienne et des opérations aériennes, le CASPOA forme environ 1.000 militaires par an, dont 150 étrangers venus de 35 pays différents Enfin, il participe aux travaux de doctrine ou de concepts d’emplois français et de l’OTAN à partir d’analyse d’opérations réelles et d’exercices.




IHEDN : vision présidentielle de la défense et de ses moyens

Le président de la République, François Hollande, a réaffirmé, le 24 mai 2013 à Paris, la nécessité d’une défense forte pour la sécurité de la France et répondre aux attentes de ses alliés, en vue de préserver la paix dans le monde.

Son intervention s’est déroulée devant l’Institut des hautes études de défense nationale (IHEDN), en présence du gouvernement, des Commissions parlementaires de la défense et des affaires étrangères et du corps diplomatique. François Hollande  a commencé par rendre hommage au professionnalisme, à l’efficacité et au dévouement des personnels militaires et civils de la défense. Il a rappelé la responsabilité de la France, en tant que membre permanent du Conseil de sécurité de l’ONU, et son idéal de paix comme pays fondateur de l’Union européenne. La France, dit-il, est dépositaire, par son histoire, d’une capacité militaire et diplomatique qu’elle met au service de ses propres intérêts, « et nous devons les revendiquer », du droit international et de la légitimité. « Chef de l’Etat, chef des armées, il me revient de définir les orientations d’une politique de défense qui réponde à ces questions. Cette charge, je l’assume depuis le premier jour où j’ai pris mes fonctions ».  Cette charge l’a conduit  à décider le retrait, effectif depuis le 15 décembre 2012, des troupes combattantes en Afghanistan et l’engagement de forces armées au Mali en 2013, en raison du risque pour le Sahel et la sécurité de la France. Les troupes françaises resteront au Mali et autour du Mali, « car nous n’en avons pas fini avec le terrorisme », a déclaré le président. « Le combat contre le terrorisme, est un combat où tous les pays doivent être parties prenantes. Nous devons apporter tout notre soutien à ces pays d’Afrique de l’Ouest qui sont confrontés à ce fléau ».

Contexte géopolitique. Les Etats-Unis se désengagent des théâtres où ils s’étaient impliqués ces dernières années. Face à la récession économique, plusieurs pays européens réduisent leur effort de défense. En revanche, les pays émergents d’Asie-Pacifique, dont le poids économique se renforce, dépensent plus dans le domaine militaire que ceux de l’Union européenne. Les révolutions arabes, qui avaient suscité de grands espoirs, soulèvent désormais de lourdes inquiétudes. L’instabilité de la Libye menace ses voisins et l’Europe toute proche. Le conflit interne syrien a pris une telle ampleur, que la France et ses alliés sont obligés de chercher une solution politique, indique le président, et qu’aucune option n’est écartée « si l’usage des armes chimiques était bien établi ». Malgré son développement incontestable, l’Afrique se trouve confrontée à une insécurité grandissante. Enfin, la prolifération des armes de destruction massive et leurs vecteurs menace l’équilibre de régions entières, «comme nous le constatons avec l’Iran et la Corée du Nord ». S’y ajoutent le terrorisme, les trafics de drogue et d’armes et les cyberattaques.

Protection, projection et dissuasion. Le Livre blanc sur la défense et la sécurité nationale, rendu public le 29 avril, sera prolongé par une loi de programmation militaire qui fixera les moyens à consacrer. La protection du territoire et de la population, en métropole et dans les départements et territoires d’outre-mer, qui exige permanence, vigilance et réaction, implique la disponibilité des forces terrestres, aériennes et maritimes ainsi que celles de sécurité intérieure et de sécurité civile. Les forces projetables, à l’initiative de la France ou en coalition, compteront 66.000 soldats, le groupe aéronaval autour du porte-avions Charles-De-Gaulle et des capacités amphibies et sous-marines. Les moyens aériens assureront l’appréciation de situation et la frappe dans la profondeur. Les personnels engagés bénéficieront d’une protection juridique élargie. « Les ministères de la Défense et de la Justice y travaillent, pour que nul ne puisse être inquiété par une participation à une opération extérieure ». La dissuasion nucléaire, dont la crédibilité doit être assurée, protège de toute agression ou de tout chantage menaçant les intérêts vitaux de la France. Gage de souveraineté, « elle donne au président une liberté d’action ».  Elle convainc tout adversaire de ne pas s’en prendre à la France au risque de dommages considérables pour son territoire. Fondée sur la stricte suffisance, cette doctrine « permet à la France d’être à l’initiative en matière de désarmement nucléaire, sans mettre en péril notre propre dissuasion ». L’innovation et la recherche ont permis de réaliser des économies substantielles sur les programmes de la dissuasion, qui représentent 11 % du budget annuel de la défense. Ce pourcentage, n’est pas jugé excessif par le chef des armées : « J’ai donc pris la décision de conserver les deux composantes, océanique et aéroportée ».

Equipements. A l’horizon 2025-2030, les forces armées seront dotées de matériels adéquats pour remplir leurs missions : drones de surveillance et de combat, avions de transport A400M et de ravitaillement en vol MRTT, missiles antinavires légers, frégates multirôles FREMM et véhicules blindés VBMR. Les programmes en cours seront poursuivis : avions Rafale, hélicoptères d’attaque Tigre et de transport NH90, sous-marins d’attaque Barracuda et système Félin pour les fantassins. La politique spatiale sera renforcée. Les crédits consacrés au renseignement, à la police et à la justice seront accrus. L’industrie de défense nationale sera préservée et l’effort de recherche et développement maintenu à un haut niveau. L’Europe de la défense sera relancée avec la Grande-Bretagne et l’Allemagne, mais aussi la Belgique, l’Italie, l’Espagne et l’Europe de l’Est.

Financement. Quoique la défense reste un investissement lourd, l’intérêt national exige de préparer le pays à relever les défis qu’il peut rencontrer dans les dix prochaines années, souligne le chef de l’Etat. « Le budget sera fixé en 2014  à 31,4 Md€, c’est-à-dire exactement le même montant qu’en 2012 et 2013. Pour l’ensemble de la période 2014-2025, nos forces disposeront de 365 Md€, dont 179,2 Md€ pour la période 2014-2019. Le « virgule 2 milliard » donne une forme d’engagement ». Au terme de la loi de programmation militaire 2014-2019, les effectifs du ministère de la Défense seront réduits de 24.000 hommes supplémentaires pour atteindre  de l’ordre de 250.000 personnels précise François Hollande. La France disposera  pourtant des effectifs les plus élevés d’Europe, combinés à sa dissuasion et sa capacité d’intervention et d’action. « C’est un pays qui a de l’influence. C’est un pays qui peut parler, car il a  les moyens de se faire respecter ».

Loïc Salmon

Présidentielle 2012 : l’enjeu de la défense

L’Institut des hautes études de défense nationale (IHEDN) a pour missions de développer l’esprit de défense et sensibiliser aux questions internationales. Les sessions nationales (cursus long) réunissent les responsables de haut niveau de la fonction publique civile et militaire ainsi que différentes catégories socioprofessionnelles, français et étrangers, en vue d’approfondir en commun leurs connaissances des questions de défense, de politique étrangère, d’armement et d’économie de défense.




Opérations aériennes : la cohérence, clé du succès

Dans une opération interarmées et en interalliés, la composante aérienne réagit la première. Sa cohérence, à savoir la capacité d’agréger des moyens (personnels et matériels) extérieurs, est un avantage de l’armée de l’Air française à préserver.

Son chef d’état-major, le général d’armée aérienne Denis Mercier, l’a expliqué au cours d’une rencontre organisée, le 19 juin 2013 au Bourget, par l’Association des journalistes de défense lors du 50ème Salon de l’aéronautique et de l’espace.

Réactivité. L’opération « Serval » au Mali souligne l’importance des réseaux informatiques gérés en temps réel et différé : centre de commandement, liaison tactique 16 complète, drones, fusion des renseignements des Rafale, planification et conduite des opérations. La capacité de combat repose d’abord sur le Rafale, avion polyvalent unique en Europe (renseignement, bombardement et sûreté aérienne) et capable d’effectuer des missions très longues. Même si un Rafale perd l’usage de son radar, il peut utiliser celui d’un autre Rafale pour tirer son missile. En outre, les avions de chasse opèrent en coordination avec les forces terrestres. En matière de transport, il a fallu regrouper à Abidjan (Côte d’Ivoire), en deux semaines, 15 avions de transport tactique et monter des opérations de parachutage de personnels (le plus massif depuis Kolwezi au Zaïre en 1978) et de largage de matériel (dont un bulldozer de 8 t) à différentes altitudes et de poser d’assaut de nuit sur des pistes de moins de 900 m. La prise des aéroports de Gao et Tombouctou a été planifiée en deux jours à Paris et exécutée immédiatement, au lieu de la période habituelle d’une quinzaine de jours d’entraînement en Corse. Selon le général Mercier, la formation de base des parachutistes peut s’externaliser, mais pas la capacité des équipages à travailler avec les troupes au sol. Il précise qu’aucun autre pays n’est capable de le faire avec ce niveau de réactivité, sauf les Etats-Unis. La coopération franco-britannique doit notamment déboucher sur une force d’intervention commune. Déjà, les avions des deux pays opèrent ensemble selon le concept OTAN. « On souhaite que la Grande-Bretagne ait le même niveau de réactivité pour partager le renseignement et les structures de commandement et monter rapidement des systèmes de communication protégés ». Sont déjà en cours : l’échange de pilotes sur avions de transport tactique et de ravitaillement en vol ; l’interopérabilité des matériels avec des normes communes et des stocks de pièces de rechange.

Entraînement et formation. Depuis 2008, les avions en service ont diminué en nombre mais, devenus polyvalents, peuvent effectuer plusieurs missions en même temps. L’activité des pilotes a baissé. Un pilote de Rafale, censé voler 250 h/an, n’effectue plus que 180 h/an avec la simulation. Celui d’un avion de transport ne vole que 250 h/an au lieu des 400 h/an et celui d’un hélicoptère est passé de 250 h/an à 150 h/an. Depuis l’opération « Harmattan » (Libye 2011), l’interopérabilité des avions de chasse Air et Marine augmente : des pilotes de l’armée de l’Air vont s’entraîner dans la Marine et réciproquement. « Je suis prêt à diminuer le format de l’armée de l’Air, déclare le général Mercier, mais pour remonter le niveau d’activité des gens de première ligne ».  Des négociations sont en cours avec les industriels pour faire baisser le coût de maintenance en coordination avec la Simmad (Structure intégrée de maintien en condition opérationnelle des matériels aéronautiques de la défense) à Bordeaux. « On doit apprendre à se former différemment et maintenir des mécaniciens plus longtemps que prévu sur le terrain ». En outre, l’entraînement va se différencier. Les pilotes du premier cercle recevront l’entraînement le plus complet possible. Tous les pilotes de Rafale ont participé à l’opération « Serval » avec des relèves mensuelles, car la fatigue s’accumule avec les longues missions de 9 heures. Les 50 meilleurs deviendront instructeurs au futur centre de formation des chasseurs à Cognac, qui sera ouvert après 2016. Ils ne voleront que 40 h/an sur Rafale, mais formeront des pilotes du deuxième cercle sur un avion moins cher (pas encore acheté) et configuré Rafale avec gestion des plots radar en place avant.  Le nombre d’avions de combat en ligne devant diminuer, il s’agit de constituer un réservoir de pilotes opérationnels pour d’autres missions, afin de pouvoir durer en opérations. Comme la formation directe sur avion de combat coûte cher, un projet d’avion de formation devrait voir le jour à l’horizon 2020-2025.

L’avenir. D’ici à l’entrée en service du futur avion multi-rôles de ravitaillement en vol et de transport (MRTT), le Rafale n’utilise pas encore toute sa capacité. En conséquence, indique le général Mercier, la prochaine loi de programmation militaire (LPM) va prévoir la prolongation des Mirage 2000D et le maintien des Mirage 2000-5 pour la défense aérienne jusqu’en 2025, date de leur obsolescence. Parallèlement, le Rafale va monter en puissance. En effet, le prochain escadron nucléaire Rafale sera opérationnel en 2018 et le prochain escadron de combat Rafale en 2020. Ensuite, la mise au format de 225 avions de combat (armée de l’Air et Marine) implique un ralentissement de la cadence de production des Rafale après 2020. La LPM fixera à 50 le nombre d’avions de transport tactique. En attendant l’entrée en service des A-400M, une flotte de 14 C-160 Transall et C-130 Hercules sera gardée plus longtemps que prévu avec des visites d’entretien simples à coût « raisonnable », en vue de permettre le maintien d’équipages opérationnels. D’ici à 2025-2030, les drones armés seront probablement en service. Mais, aujourd’hui, aucun pays n’a encore de conception très claire de leur emploi.  Selon le général Mercier, il faut construire des démonstrateurs technologiques pour aboutir à une réflexion conceptuelle. Une flotte de drones permet une plus grande furtivité. Mais, la composante aérienne pilotée laisse une capacité de jugement de dernière minute pour éviter des dommages collatéraux.  Pour gérer leur complémentarité, il faudra intégrer la logique des engins non pilotés à celle des aéronefs pilotés. Des travaux sont déjà en cours sur la composante drone, qui devra pouvoir faire autre chose qu’un avion piloté, à la furtivité accrue. Enfin, la préoccupation majeure reste le missile sol/air qui deviendra toujours plus performant.

Loïc Salmon

Armée de l’Air : anticiper et avoir un coup d’avance

Un nouveau chef d’état-major pour l’armée de l’Air

Le concept d’emploi de l’armée de l’Air est défini dans le Livre Blanc 2013 sur la défense et la sécurité nationale.  Ainsi, la sûreté aérienne assure le respect de la souveraineté de la France dans son espace aérien et la défense du territoire contre toute menace aérienne. L ‘accomplissement de cette mission requiert de disposer de capacités nationales permettant d’évaluer la menace et de la contrer avec des moyens adaptés et mieux proportionnés. Elle nécessite également une profondeur stratégique permettant d’établir, avec un préavis suffisant, la situation de la menace aérienne, grâce aux accords transfrontaliers et l’arrivée du nouveau système de commandement et de conduite Air Command and Control System de l’OTAN.




Priorités stratégiques de la France en matière de défense

Face à une menace mettant en cause la survie de la Nation, les armées apportent une réponse de puissance en vue de faire plier la volonté de combattre de l’adversaire. Malgré leur profonde réforme interne en cours depuis 2009, elles déploient en moyenne 12.000 militaires sur au moins neuf théâtres différents. C’est ce qu’a expliqué leur chef d’Etat-major, l’amiral Edouard Guillaud, le 7 octobre 2011 à Paris, lors du séminaire d’ouverture des sessions nationales de l’Institut des hautes études de défense nationale et de l’Institut des hautes études de la sécurité et de la justice.

« Le monde réarme, l’Europe désarme», dit-il en citant les statistiques de l’Institut international de Stockholm de recherche sur la paix. Ainsi, entre 2001 et 2010, les dépenses militaires mondiales ont augmenté de 50 %, celles de l’Amérique du Nord de 80 %, celles de l’Asie de l’Est principalement tirée par la Chine de 70% et celles de l’Europe de l’Ouest… de 4 % ! Dans le même temps, la part des dépenses militaires de l’Europe de l’Ouest est passée de 29 % du total mondial à 20 %. La France a décidé de consacrer 377 Md€ à son outil de défense sur la période 2009-2020 et de supprimer 54.000 postes avant 2015 (17 % des effectifs). En octobre 2011, 10.000 militaires sont engagés dans 27 opérations nationales ou multinationales (ONU, OTAN et Union européenne). Depuis le début de l’année, 23 sont morts en opérations et une centaine d’autres ont été blessés. En outre, 9.000 personnels constituent les forces de souveraineté (Antilles, Guyane, Nouvelle Calédonie et Polynésie) et 5.500 les forces de présence (Emirats arabes unis, Gabon, Djibouti et Sénégal). S’y ajoutent ceux chargés de la protection des villes, gares et aéroports (plan Vigipirate) ou, ponctuellement, du soutien du service de l’Etat (catastrophes naturelles). Interrogé sur l’Europe de la défense, l’amiral Guillaud estime qu’elle est « en hibernation » et que « seule la lutte contre la piraterie fonctionne bien ». A titre de comparaison, il a indiqué que les dépenses liées à la défense de la Grande-Bretagne sont supérieures de 40 % à celles de la France et que l’engagement opérationnel des forces françaises en Libye est supérieur d’environ 20 % à celui des forces britanniques. Aujourd’hui, une opération militaire combine les moyens aéroterrestres et aéromaritimes, l’espace et le cyberespace. A titre d’exemple, l’amiral présente la complexité et la cohérence des composantes du raid sur la ville pétrolière de Bréga (Libye) : « des rebelles à terre avec lesquels nous sommes en liaison, un SNA (sous-marin nucléaire d’attaque) qui fait de l’interception, un avion de commandement qui fait aussi de l’interception, des chasseurs en patrouille prêts à intervenir, des ravitailleurs en vol, des navires en appui feu naval, un BPC (bâtiment de projection et de commandement) avec des hélicoptères de l’armée de l’Air pour la mission SAR (recherche et sauvetage), des hélicoptères de combat de l’ALAT (aviation légère de l’armée de Terre) avec un PC volant, le tout commandé par un état-major interarmées… dans un espace limité pour une durée maîtrisée !» Il ajoute : « Nous sommes les seuls en Europe à savoir encore le faire ! »

Fonctions des armées

Dans la politique de défense et de sécurité de la France, les armées mettent en œuvre cinq fonctions stratégiques : connaissance/anticipation ; dissuasion ; protection ; prévention ; intervention. L’autonomie de décision est garantie par la connaissance et l’anticipation au moyen d’observations spatiales, d’écoutes électromagnétiques et du renseignement, comme l’a démontré l’opération Harmattan au large de la Libye. L’ultime garantie de la sécurité et de l’indépendance de la France est assurée par la dissuasion nucléaire avec les quatre sous-marins nucléaires lanceurs d’engins M51 et les avions Rafale ou Mirage 2000 équipés du missile air-sol moyenne portée améliorée. La sauvegarde maritime, la sûreté aérienne et l’adaptation aux nouvelles menaces terroristes, informatiques et technologiques visent à protéger la population et le territoire. Enfin, les capacités militaires sont concentrées là où les intérêts stratégiques de la France sont les plus vulnérables et où il s’agit de prévenir des conflits potentiels ou éventuellement d’intervenir. Depuis 2008, cette zone qualifiée « d’arc de crise » s’étend du Maghreb à l’Iran et inclut le Sahel en Afrique subsaharienne.

Par ailleurs, le chef d’état-major des armées a regretté le peu d’intérêt du grand public et des élites, aujourd’hui aux affaires, pour les questions de défense, en raison de l’absence d’ennemi visible et intelligible, l’éloignement des interventions, « l’illusion persistante des dividendes de la paix et du tout technologique » et la « croyance erronée en l’imperméabilité géographique des frontières ». En outre, il a déploré l’absence d’universalité puis la suspension de la conscription : « quand le service national a été suspendu (en 2002), seul un étudiant sur cinq le faisait » ! S’y ajoute la réduction de l’empreinte militaire sur le territoire par suite de la diminution des implantations et des formats des armées. Tout cela crée une distance entre les mondes militaire et civil qui érode l’esprit de défense. Or, souligne l’amiral Guillaud, « l’esprit de défense est la garantie de la résilience (capacité à rebondir après une attaque) de notre nation ».

Loïc Salmon

Depuis le 25 février 2010, l’amiral Edouard Guillaud (biographie à la rubrique « archives » 03/08/2011) est chef d’état-major des armées (CEMA), à savoir conseiller militaire du gouvernement et chef opérationnel sous l’autorité directe du président de la République, qui fixe les objectifs. « Le CEMA, précise l’amiral Guillaud, commande des opérations pour lesquelles il conseille le décideur politique, avant et pendant la crise, avec des forces qu’il a très directement contribué à constituer ». Da  ns la gestion de crise, le président de la République dispose d’une large capacité d’action sous le contrôle parlementaire des engagements extérieurs de la France. En outre, le CEMA, responsable de la diplomatie de défense, entretient un réseau d’influence auprès des 92 missions militaires étrangères en poste à Paris et, à l’étranger, grâce aux représentations militaires françaises dans les ambassades et auprès des grandes organisations internationales. Enfin, il est responsable de la planification et de la programmation des moyens des forces armées pour préparer la défense de demain.




DCNS : défense aérienne pour sous-marins et FREMM-ER

Le groupe DCNS a mis au point un système d’armes antiaérien pour sous-marins et conçoit une frégate multimissions améliorée (FREMM-ER) avec un centre d’information et de commandement plus performant. A l’occasion du salon Euronaval 2012, son directeur général délégué, Bernard Planchais, a présenté ces nouveautés au cours d’une conférence de presse le 24 octobre 2012 au Bourget.

Aide aérienne aux sous-marins. Aujourd’hui, les sous-marins affrontent deux menaces principales : l’hélicoptère, porteur d’un sonar qu’il immerge en mer, et l’avion de patrouille maritime, capable de surveiller électroniquement une vaste surface océanique. Tous deux, même détectés, peuvent continuer à chasser, sans risques, les submersibles et les détruire par largage de torpilles. Pour leur échapper, ceux-ci n’ont d’autre solution que de tenter des manœuvres de diversion, combinées à l’emploi de contremesures (lancement de torpilles leurres). Pour leur auto-défense, DCNS et le missilier MBDA proposent un système d’armes décliné en deux versions avec les missiles antiaériens « Mica » et « Mistral ». Le Mica, d’une longueur de 3,1 m et d’un poids de 112 kg, a une portée de 20 km. Installé dans un véhicule sous-marin développé pour le missile antinavire « Exocet SM39 », il est lancé en plongée à partir d’un tube lance-torpilles à l’avant du sous-marin. Le système antiaérien en mât, qui s’intègre dans le massif du sous-marin, se compose d’un mât hissable avec une tourelle contenant le missile Mistral (2 m, 20 kg, 6,5 km), tiré à la profondeur périscopique. La tourelle emporte trois missiles, afin de frapper plusieurs cibles. Cette capacité permet de sélectionner une nouvelle cible en très peu de temps. Une caméra spécifique, placée à l’intérieur de la tourelle, permet de confirmer la position de la cible avec une précision élevée. Le Mica et le Mistral sont supersoniques et équipés d’un auto-directeur infrarouge. Leurs systèmes d’armes sont intégrés au système de combat « Subtics » de désignation d’objectifs (hélicoptères et avions de patrouille maritime) et de «tir et oubli » du missile jusqu’à l’atteinte de la cible, permettant ainsi au sous-marin d’effectuer des manœuvres de diversion.

La frégate du futur. DCNS met au point la FREMM-ER, aux capacités supérieures à celles de la frégate multimissions de type Aquitaine, qui effectue actuellement ses essais à la mer pour entrer en service dans la Marine nationale en avril 2013. La FREMM-ER, antiaérienne, sera équipée du radar multifonctions « Sea Fire 500 » de Thales à quatre panneaux fixes autour du mât central, pour identifier les missiles de la prochaine génération. Comme l’Aquitaine, la FREMM-ER disposera d’un sonar à profondeur variable pour la lutte sous la mer et du missile de croisière naval (portée supérieure à 250 km) pour atteindre des cibles à l’intérieur des terres. Son centre d’information et de commandement, qui devrait voir le jour dans 5 à 10 ans, assurera une couverture complète de l’espace aérien pour la surveillance et la conduite des opérations. Capable de détecter les missiles balistiques, il inclura matériels, logiciels et modes d’action.

Les services à l’export. DCNS propose également des services : suivi des équipements tout au long de leur vie opérationnelle, transfert de technologies, formation du personnel et réalisation d’infrastructures navales en partenariat avec des entreprises civiles. Ainsi, à Singapour, il transfère des technologies au chantier militaire local. En Malaisie, il participe à la conception et à la construction de la base de Sapangar. En Inde, il est partie prenante dans la modernisation des bases de Karwar et Mumbaï. Au Pakistan, il assure le soutien du chantier militaire Pakistan Naval Dockyard, dédié à la construction de sous-marins. En Arabie saoudite, il apporte son savoir-faire pour la définition et la construction des installations d’une base navale. Enfin au Brésil, DCNS est associé au groupe local Odebrecht pour la conception et la construction de la base de Sepetiba, située dans la ville d’Itaguai (Etat de Rio de Janeiro).

Loïc Salmon

Le groupe DCNS est la propriété de l’Etat français (64 %), du groupe privé Thales et de son propre personnel (1 %). Il emploie 12.800 personnes et a réalisé un résultat net de 186,4 M€ sur un chiffre d’affaires de 2,624 Md€ en 2011. Il conçoit, construit et entretient des bâtiments de surface (frégates et porte-avions), des sous-marins lanceurs d’engins, des sous-marins d’attaque à propulsion nucléaire pour la Marine nationale et à propulsion diesel-électrique pour l’exportation (type Scorpène). Il produit des systèmes d’armes embarqués et assure des services aux forces navales.

 




DGA : bilan 2014 conforme à la loi de programmation

La Direction générale de l’armement (DGA) a notifié des contrats (programmes) pour 11,5 Md€ et investi 782 M€ dans la recherche (études amont) en 2014, afin d’équiper les forces à temps, de préparer la défense de demain et d’augmenter les exportations. Son délégué général, Laurent Collet-Billon, en a présenté les résultats et projets au cours d’une conférence de presse, tenue le 9 février 2015 à Paris. Parmi les industriels concernés, DCNS arrive en tête en matière de programmes, devant Airbus Group, le Commissariat à l’énergie atomique, Thalès, Safran, Dassault, le Centre national d’études spatiales, Nexter, MBDA et Renault Trucks. En 2014, la DGA a livré aux forces armées françaises : 4 avions de transport tactique A400M, d’un volume unitaire d’emport équivalent à 3 Transall et capables d’atteindre l’Afrique sans ravitaillement en vol ; 11 avions de chasse Rafale ; 3 hélicoptères de combat Tigre appui destruction (HAD) ;  9 hélicoptères NH90 ; 212 systèmes d’armement air/sol modulaire (AASM) ; 77 véhicules blindés du combat d’infanterie ; 4.036 équipements du fantassin Félin ; 13 lance-roquettes unitaires ; les 20 premiers équipements de communication par satellite Comcept, associés au satellite Athena Fidus. Elle a commandé : les premiers blindés du programme Scorpion ; les avions ravitailleurs MRTT ; le 4ème sous-marin nucléaire d’attaque (SNA) de type Barracuda ; la version M51. 3 du missile destiné aux sous-marins nucléaires lanceurs d’engins. Par ailleurs, la DGA a consacré 6,4 millions d’heures aux essais et expertises en 2014 : tirs au rail des premières charges du missile moyenne portée ; tir de 2 munitions AASM laser contre une cible remorquée par une embarcation rapide ; campagne d’essais de largage lourd et de parachutage de l’A400M ; campagne OTAN d’essais de guerre électronique, exercice aérien Embow XIV ; tir de qualification du système de missile de croisière naval en configuration frégate multimissions (FREMM) ; essais de manœuvrabilité sur maquette du Barracuda ; tir de démonstration d’une roquette guidée laser 68 mm depuis un tigre HAD ; pour les FREMM, campagne d’essais, mesures signatures surface équivalente radar et acoustique, guerre électronique, liaisons données tactiques ; participation d’experts de la DGA à la campagne d’essais de guerre électronique OTAN MACE ; essais d’embarquement de la torpille lourde F21 sur SNA ; qualification finale du Tigre en version HAD (photo) ; campagne de mesure de discrétion en vol du drone moyenne altitude longue endurance nEUROn face à divers capteurs. L’actualisation de la Loi de programmation militaire nécessitera le recours à des ressources exceptionnelles (2,3 Md€) hors budget, provenant notamment de « sociétés de projets ». Ces dernières, à capitaux publics et privés, achèteront des équipements (FREMM et A400M) qu’elles reloueront aux armées, avec une clause de rachat par l’État à tout moment. Les programmes en coopération se poursuivent. Avec la Grande-Bretagne, les études de faisabilité du futur drone de combat FCAS DP ont été lancées et le programme de missile antinavire léger (ANL) a été notifié à MBDA. Avec l’Allemagne, le programme d’observation spatiale a été lancé. Enfin, pour faciliter les ventes à l’export, une licence unique remplace l’agrément préalable et l’autorisation d’exportation de matériel de guerre depuis le 4 juin 2014. Des négociations sont en cours sur la vente du Rafale à l’Égypte, au Qatar et à l’Inde.

Loïc Salmon

DGA, bilan 2013 : investir, innover, coopérer et exporter

DGA : l’expertise technologique, avenir de l’outil de défense

DGA : bons retours sur investissements en 2011

 




Cyberdéfense : placer l’excellence militaire au service de la nation

Monde à part entière, le cyberespace a pris une dimension stratégique, où interviennent souveraineté nationale, espionnage, aspects juridiques, relations internationales et accélération technologique.

Officier général « cyberdéfense » à l’État-major des armées, le contre-amiral Arnaud Coustillière, a fait le tour de la question au cours d’une conférence-débat organisée, le 11 mars 2014 à Paris, par l’Association région IHEDN Paris Ile-de-France.

Domaine militaire. Coordinateur des mesures pour développer la cybersécurité au sein du ministère de la Défense, l’amiral est responsable de la conduite des opérations en cas de crise cybernétique. A ce titre, il fait partie de l’équipe dirigeante du Centre de planification et de conduite des opérations (CPCO) de l’État-major des armées. Le CPCO a une vision transverse de tous les moyens et organisations militaires. Il assure la planification opérationnelle des effets des frappes dans la profondeur ou du ciblage et collecte des renseignements d’intérêt civil et militaire. Il établit la cartographie des points forts et des faiblesses de la France en matière de cyberdéfense. Tous les organismes sont visés par la « cyberpollution » et les « cyberdivisions » frappent les sites du ministère de la Défense. En 10 jours, 6.000 sites français ont fait l’objet d’attaques venues de l’Algérie : un drapeau algérien apparaissait sur l’écran ! Acte technique contre un objectif stratégique, la cyberattaque est modulable selon l’effet recherché. En France, un cadre juridique garantit aux autorités politiques la possibilité de capacité offensive, après identification de l’origine de l’acte et en limitant autant que possible les effets collatéraux, comme pour le lancement d’un missile. « On ne dira pas comment on fait », précise l’amiral. Le ministère de la Défense va installer un pôle de cybersécurité en Bretagne (Rennes), où se trouve déjà le centre d’expertise de la Délégation générale pour l’armement (DGA). Il s’agit de former des opérationnels d’un niveau Master « bac + 6 » et non plus « bac + 4 ». Quelque 400 postes seront créés pour la formation à des actes techniques. Un centre de formation à la gestion de crises cybernétiques sera ouvert à l’École spéciale militaire de Coëtquidan et accessible aux étudiants civils. Pour disposer de ressources humaines conséquentes, une filière sera instaurée pour garantir un plan de carrière aux militaires spécialisés. L’armée américaine a déjà créé un corps de cyberdéfense au sein de l’artillerie. « Plus ça avance, plus on se rapproche du cœur des opérations, afin de déterminer qui fait quoi et quelles sont les zones dangereuses », explique l’amiral Coustillière. Il s’agit de constituer un réseau de partenaires de confiance dans le cadre de coopérations bilatérales et de relations internationales (diplomatie d’influence). Le Livre Blanc 2013 de la défense et de la sécurité nationale ainsi que la Loi de programmation militaire 2014-2019 prévoient un budget de 1 Md€ et la création de 550 postes pour les armées et la DGA. Des centres de formation seront également établis à Grenoble et Limoges.

Monde civil. La cybersécurité, enjeu de souveraineté, protège les infrastructures vitales (banques et transports) et les données industrielles. Ce secteur crée des emplois de proximité dans une zone de confiance et qui ne sont pas délocalisables en Inde ou en Chine. L’État français est peu présent dans la conduite de l’internet, indique l’amiral Coustillière. Mais depuis 2014, des textes législatifs l’engagent au niveau des ministères de l’Intérieur (gendarmerie et police) et de la Défense pour la réorganisation de l’action interministérielle. Le plan de cybersécurité inclut des recommandations pour les petites et moyennes entreprises (PME) et les grands groupes qui, comme le franco-allemand EADS et l’américain Boeing, ont des sous-traitants communs. En 2014, les investissements dans les projets de recherche et développement sont multipliés par trois par rapport à 2012, dont 15-20 % du financement peut être pris en charge par la DGA dans la cadre du dispositif RAPID (Régime d’appui PME pour l’innovation duale civile et militaire). La Loi de programmation militaire (LPM) 2014-2019 encadre les rapports entre l’État et 200 organismes d’intérêt national avec notamment la déclaration des incidents, la certification d’audits et la validation des matériels de télécommunications par l’Agence nationale de la sécurité des systèmes d’information (ANSSI). Faute de capacité technique, les PME sont souvent mal défendues. L’attaquant recherche le maillon faible : frapper l’administration du réseau pour atteindre le niveau financier en envoyant une pièce jointe dangereuse qui, par réaction en chaîne, téléchargera des données. La protection commence par l’éducation du personnel : 90 % des attaques sont contrées par des mesures simples, comme le changement fréquent de mot de passe. Opérationnelle depuis 2011, l’ANSSI comptera 1.500 personnes en 2015. Le plan de cybersécurité sera mis à jour en 2017.

Relations internationales. « Il n’y a ni allié ni ami dans la guerre économique », rappelle l’amiral. Il s’agit de protéger les secrets industriels nationaux face à la multiplication des services de renseignement (SR). Contrairement au droit anglo-saxon, flou en la matière, le cadre juridique français sépare les entreprises qui travaillent dans le cyberespace et les organismes qui les protègent. Les entreprises françaises ont tendance à donner facilement leurs données, enjeux pourtant majeurs qui nécessitent une démarche européenne lors des négociations de libre-échange avec les États-Unis. Alors que la Chine et les États-Unis s’affrontaient depuis longtemps en matière d’espionnage, ces derniers se sont retrouvés en position d’accusés après les révélations, en mai 2013, de l’informaticien américain Edward Snowden sur les programmes britanniques et américains, dont ceux de la NSA, de surveillance et d’écoute de masse. Comme lors du conflit russo-géorgien en 2008, des éléments pro-russes ont perpétré des cyberattaques en Ukraine en février et mars 2014, pour déstabiliser la société et prendre le contrôle des installations cybernétiques du pays. La guerre de l’information et des signaux s’est poursuivie par des cyberattaques pro-ukrainiennes contre des installations pro-russes. Enfin, selon l’amiral Coustillière, les mafias ukrainiennes sont redoutables en matière de cybercriminalité.

Loïc Salmon

Cyberespace : nouveau terrain d’affrontement international

Nouvelles armes informatiques pour des attaques mieux ciblées

La doctrine française de cyberdéfense repose sur deux volets complémentaires. Le premier porte sur la mise en place d’une posture robuste et résiliente de protection des systèmes d’information de l’État, des opérateurs d’importance vitale et des industries stratégiques, couplée à une organisation opérationnelle de défense de ces systèmes, coordonnée sous l’autorité du Premier ministre. Le second consiste en une capacité de réponse gouvernementale globale et ajustée, face à des agressions de nature et d’ampleur variées, faisant en premier lieu appel à l’ensemble des moyens diplomatiques, juridiques ou policiers, sans s’interdire l’emploi gradué de moyens relevant du ministère de la Défense, si les intérêts stratégiques nationaux sont menacés.




Marine : obligation permanente d’innover pour rester performante

Les bâtiments de combat doivent allier fiabilité, polyvalence, autonomie et durée dans un environnement difficile. Capacité d’inventions et aptitude à les transformer en innovations assurent la puissance d’une nation maritime.

L’innovation permanente a fait l’objet d’un colloque organisé, le 27 juin 2013 à Paris, par le Centre d’études supérieures de la marine. Y ont notamment participé : l’ingénieur en chef Christian Dugué, responsable du pôle « Architecture et techniques des systèmes navals » à la Direction générale de l’armement (DGA) ; l’ingénieur en chef de l’armement Frédéric Petit, officier correspondant d’état-major pour les études, état-major de la Marine.

Les technologies clés. Pour construire des « plates-formes » (navires de surface et sous-marins), les chantiers navals doivent d’abord maîtriser la métallurgie, la soudure et la peinture, rappelle l’ingénieur en chef Dugué. La durée des plates-formes s’allonge : la frégate De-Grasse a parcouru un million de milles marins (1,8 Mkm) en 37 ans de service et le porte-avions à propulsion nucléaire américain Enterprise a vécu 55 ans ! Les innovations ne créent pas de nouvelles capacités mais remplacent des solutions existantes, notamment dans la propulsion et le stockage d’énergie. Environ 500 personnes, identifiées une par une, travaillent sur 11 plates-formes à propulsion nucléaire (10 sous-marins et 1 porte-avions). Cette innovation dans la propulsion, essentielle pour la dissuasion, a modifié les performances d’un porte-avions. Le retour d’expérience (retex) du Charles-de-Gaulle sur 12 ans permet d’estimer qu’il aura parcouru dans sa vie une distance trois à quatre fois supérieure à celle d’un porte-avions classique et en envoyant plus d’avions en l’air. Il n’a pas besoin de pétrolier-ravitailleur et ravitaille lui-même son escorte. Sa vitesse sert au catapultage des avions et à son déploiement opérationnel. En général, un bâtiment de surface utilise relativement peu ses armes, mais beaucoup ses senseurs et moyens de communications. Le retex de l’opération « Harmattan » en Libye (2011) a identifié le besoin d’optimiser l’exploitation des données multimédias dans la conduite des opérations. Le démonstrateur Evitac (Exploitation des vidéos tactiques), en cours d’expérimentation par la DGA, reçoit, sur une table tactile, des vidéos de plusieurs drones, des forces spéciales et des caméras de conduite de tir. Il permet de partager en temps réel une vision tactique commune avec le centre de commandement opérationnel, qui reçoit également des informations du Rifan (Réseau intranet des forces aéronavales). La prise de décision par le chef opérationnel au cours de l’action en est facilitée.  Déjà, l’équipage de la nouvelle frégate mutimissions (FREMM) a été limité à 94 personnes au lieu de 153 sur une frégate de type La Fayette. L’équipe de plate-forme a été considérablement réduite, grâce à une intégration poussée des équipements. Mais, elle reste en charge de la sécurité (accidents et incendie) et de la sûreté (actes de malveillance). Les informations sur l’état du navire remontent vers elle, afin qu’elle ne se déplace qu’en cas de problème avéré. En revanche, l’équipe du système de combat reste stable et même s’accroît en raison de l’augmentation du nombre d’armes, de systèmes et de missions.

« L’évolutivité ». Comment se produit l’innovation ? Au départ, « quelqu’un a eu une vision et des gens ont pris des risques », explique Christian Dugué. Il y a eu « un contexte un peu particulier et un peu de chance peut-être ». Certaines conditions favorisent l’innovation de technologies clés. Or, ces équipements deviendront obsolètes avant la fin de vie de la plate-forme. Il faudra donc intégrer les innovations « sans casser et refaire la moitié du bateau ». Cela implique d’éviter toute impasse, de ne pas fermer des possibilités, de traiter les interfaces entre équipements dès l’origine et de prévoir quelques marges, car la charge utile de demain est mal connue aujourd’hui. Selon l’ingénieur en chef Dugué, les systèmes de combat deviennent plus complexes avec davantage de communications, de radars et de guerre électronique. Lors des opérations amphibies, la robotique du système de lutte anti-mines futur (SLAMF) évitera de pénétrer dans les zones dangereuses. La DGA a déjà notifié un contrat à DCNS, Thales et ECA pour développer un démonstrateur du SLMAF, qui succédera aux actuels chasseurs de mines. Il s’agit d’un drone de surface autonome en forme de catamaran (USV), de 17 m de long. Un « navire mère » (1.000-2.000 t de déplacement et 100 m de long) pourra en transporter 2 ou 3. Chaque USV remorquera des sonars et une drague et emportera des véhicules sous-marins téléguidés pour la détection, la classification, l’identification et la neutralisation de la menace mine. Dans l’ensemble, les réflexions en cours portent sur l’amélioration de la fonction « tenue de situation » et la réduction de la charge des opérateurs (pas de double saisie d’informations et automatisation des processus simples), en vue d’une « évolutivité » accrue et de l’uniformisation de la solution pour l’ensemble des bâtiments. « Il y a des possibilités informatiques formidables, mais il faut maîtriser le génie logiciel ».

La Marine de 2030. Par suite des contraintes budgétaires, les matériels en service seront prolongés et les programmes étalés. L’innovation technologique se mettra au service de la robustesse des bâtiments, qui disposeront de moins en moins de points d’appui stratégiques, indique l’ingénieur en chef de l’armement Frédéric Petit. Les axes d’effort porteront sur : les capacités de veille, détection et poursuite en surface ; les moyens de guerre électronique ; la protection des systèmes de combat contre la cybermenace ; la détection sous-marine et la discrétion des bâtiments ; la lutte contre les menaces asymétriques ; les missiles à longue portée ; les armements de précision à létalité contrôlée (laser, micro-ondes à forte puissance et artillerie électrique) ; les drones de combat et missiles supersoniques antinavires pour la haute intensité. Les équipements, performants même en conditions dégradées, résulteront d’un double compromis : complexité et intégration à l’ensemble de la plate-forme ; rusticité et simplicité d’apprentissage et d’utilisation par l’opérateur.

Loïc Salmon

Marine : des capacités à la hauteur des enjeux stratégiques

Euronaval 2012 : défis maritime et industriel

Le sous-marin nucléaire d’attaque : aller loin et durer

La puissance accrue des ordinateurs permet de calculer l’adaptation des coques et de les rendre opérationnelles dans les environnements marins les plus sévères, d’améliorer la survie au combat, de placer au mieux à bord les éléments du système de combat et de perfectionner les modes de propulsion. En outre, le bâtiment de combat concentre de multiples liaisons de communications sur une plate-forme exigüe. Parmi les 15 premières nations maritimes du monde, les Etats-Unis arrivent en tête avec un tonnage de 2,9 Mt, devant la Russie (1,1 Mt), la Chine (788.870 t), la Grande-Bretagne (470.000 t), le Japon  (432.000 t), la France (307.000 t), l’Inde (240.000 t), l’Italie (143.000 t), l’Allemagne (133.450 t), la Turquie (108.730 t), Taïwan (105.200 t), le Brésil (101.300 t), la Corée du Sud (89.000 t), le Canada (80.000 t) et la Grèce (79.800 t).