Sommet franco-britannique : communauté de vues sur la Défense

Le président de la République française Nicolas Sarkozy et le Premier ministre britannique David Cameron ont réaffirmé, le 17 février 2012 à Paris, la coopération bilatérale en matière de défense, notamment pour les opérations et les équipements.

Opérations : les enseignements tirés de l’intervention commune en Libye, un an auparavant, concernent le développement des systèmes d’information, le renseignement, la surveillance, le ciblage, la reconnaissance et les munitions de précision. La force expéditionnaire commune, ainsi testée, devra, en 2016, pouvoir entrer en premier sur un théâtre, faire face à des menaces multiples jusqu’au niveau maximal d’intensité et être disponible pour des interventions bilatérales ou relevant de l’OTAN, de l’ONU, de l’Union européenne ou d’autres instances. Un grand exercice commun interarmées, dénommé « Corsica Lion », est prévu cette année en Méditerranée. Un état-major déployable de forces interarmées sera mis en place d’ici à 2016. Enfin, un groupe aéronaval franco-britannique intégré devrait être opérationnel après 2020.

Equipements : la France s’intéresse au drone de reconnaissance tactique non armé Watchkeeper, construit par Thales UK et déjà commandé par l’armée de Terre britannique. Ensuite, une équipe de programme conjointe Dassault Aviation (France) et BAE Systems (Grande-Bretagne) a été établie en 2011 pour étudier les risques techniques relatifs aux drones armés de reconnaissance MALE (moyenne altitude longue endurance). Enfin, un programme de démonstrateur technologique du futur système de combat aérien sera lancé en 2013, en vue de la mise au point d’un drone de combat armé utilisable dans des opérations de haute intensité. Ce démonstrateur, dont les caractéristiques seront définies ultérieurement, sera réalisé par Dassault Aviation et BAE Systems. Par ailleurs, un groupe bilatéral d’utilisateurs a été formé pour optimiser les coopérations en matière d’entraînement sur l’avion de transport tactique A400 M (techniques et procédures opérationnelles de formation sur simulateur et en vol). Un contrat de soutien intégré de l’A400 M sera négocié avec Airbus Military, pour la mise en service du premier A400 M français en 2013. En matière de technologies sous-marines, un mémoire d’entente bilatéral a été signé en juin 2011 sur l’étude de faisabilité d’un nouveau sonar. Les feuilles de route des deux Marines ont été harmonisées pour mettre au point, à partir de 2013, un démonstrateur/prototype de système autonome, fondé sur les technologies de drone sous-marin. En outre, un canon de 40 mm pour véhicule blindé, qualifié OTAN d’ici à 2013, fera l’objet d’une promotion à l’exportation. Un plan d’action conjoint de lutte contre les engins explosifs improvisés sera élaboré en 2012. Enfin, en matière de futurs missiles, le groupe européen (France, Grande-Bretagne et Italie) MBDA va étudier un missile de croisière, à partir d’une évaluation conjointe des améliorations du Storm Shadow britannique et du Scalp français, et un missile anti-navire dénommé « future anti ship guided weapon/anti-navire léger ».

Loïc Salmon




Milipol 2011 : une technologie de la sécurité de plus en plus innovante

« Nous devons faire face, en France comme chez tous nos partenaires, à des menaces et des phénomènes nouveaux. Je pense notamment aux menaces terroristes, à la criminalité organisée, à la cybercriminalité ou aux violences urbaines », a déclaré Claude Guéant, ministre de l’Intérieur, de l’Outre-mer, des Collectivités territoriales et de l’Immigration, lors de l’inauguration de Milipol 2011. Ce salon biennal des professionnels de la sécurité a accueilli 27.243 visiteurs (151 pays), 110 délégations officielles (53 pays) et 888 exposants (47 pays) à l’occasion de sa 17ème édition, qui s’est tenue du 18 au 21 octobre 2011 à Paris.

Les matériels présentés constituent un kaléidoscope de tout ce qui se fait en la matière : véhicules blindés tout terrain armés d’une mitrailleuse, véhicules blindés amphibies avec une hélice à l’arrière pour le franchissement de cours d’eau, fusils d’assaut et de précision pour les unités spéciales, armes de poing en tous genres, munitions létales ou non, tenues de combat et de maintien de l’ordre, boucliers en plexiglas munis de lampes éblouissantes avec caméra incorporée, poubelles anti-bombes (en service au musée du Louvre et au Trocadéro à Paris), crypto-systèmes, appareils biométriques (morphologie de la main, empreinte digitale et réseau veineux) pour remplacer les badges, équipements de vidéosurveillance, appareils d’interception électronique, portiques de détection d’armes avec vision intégrale du corps (en service à l’aéroport d’Amsterdam), robots avec pinces de manipulation, kit électro-hydraulique avec cutter et pied de biche pour forcer verrous, portes, portails et barreaux de fenêtre et enfin minidrones divers (photo).

Coopération internationale

Depuis le 1er septembre 2010, la Direction de la coopération internationale (DCI) regroupe les services similaires de la police et de la gendarmerie. Elle couvre 156 pays à partir de 90 implantations à l’étranger. Cette coopération technique effectue 2.000 actions par an (stages, missions d’experts, visites de délégations étrangères et séminaires) sur les thèmes suivants : criminalité organisée (22 %) ; terrorisme (17 %) ; ordre public (17%) ; immigration (11 %) ; sécurité civile (8%) ; stupéfiants (7 %) ; formation (6%) ; divers (12 %).

A Paris, l’échelon central de la DCI regroupe 230 policiers, gendarmes et personnels administratifs, qui assurent une veille opérationnelle permanente et la coordination du réseau. Le ministère des Affaires étrangères et européennes fait appel à 430 personnels pour la sécurité des ambassades. A l’étranger également, les services de sécurité intérieure (SSI) de la DCI emploient 260 policiers ou gendarmes, sous l’autorité des attachés de sécurité intérieure (ASI). Les SSI maintiennent en permanence une plate-forme d’échanges d’informations entre les services de police et de gendarmerie étrangers et français. De leur côté, les ASI coopèrent avec les services de sécurité locaux pour détecter en amont les risques et menaces, échanger les renseignements à caractères judiciaire, accompagner les enquêteurs dans l’exécution de commissions rogatoires internationales. En outre, ils assurent la sécurité des Français expatriés ou de passage, en liaison avec les consulats. Au niveau international, la DCI assure le suivi avec Interpol, Europol, l’ONU et l’Organisation pour la coopération et la sécurité en Europe (OSCE). Elle anime des réseaux : le Collège européen de police, le groupe Fontanot (Afrique de l’Ouest), Francopol (réseau francophone de coopération en formation policière) et Resopolis (réseau des attachés policiers étrangers en poste en France). Elle assure aussi les financements européens et multilatéraux d’actions de coopération.

Enfin, avec 80 entreprises partenaires, la DCI concourt à la promotion des technologies françaises dans le domaine des équipements de sécurité.

Loïc Salmon

Le drone Scancopter X4, à décollage et atterrissage vertical, est utilisable pour le renseignement, la surveillance et la reconnaissance (photos et vidéos aériennes). Voici ses principales caractéristiques : dimensions hors rotors, 51 cm x 51cm x 35cm ; masse maximale au décollage, 1,6 kg ; autonomie, 20 minutes ; vitesse opérationnelle, jusqu’à 15 m/s ; vitesse limite de vent, 30 km/h avec des rafales jusqu’à 50 km/h ; altitude maximale, 1.500 m ; caméra, haute définition avec des cartes SD de 32 GB.




Priorités stratégiques de la France en matière de défense

Face à une menace mettant en cause la survie de la Nation, les armées apportent une réponse de puissance en vue de faire plier la volonté de combattre de l’adversaire. Malgré leur profonde réforme interne en cours depuis 2009, elles déploient en moyenne 12.000 militaires sur au moins neuf théâtres différents. C’est ce qu’a expliqué leur chef d’Etat-major, l’amiral Edouard Guillaud, le 7 octobre 2011 à Paris, lors du séminaire d’ouverture des sessions nationales de l’Institut des hautes études de défense nationale et de l’Institut des hautes études de la sécurité et de la justice.

« Le monde réarme, l’Europe désarme», dit-il en citant les statistiques de l’Institut international de Stockholm de recherche sur la paix. Ainsi, entre 2001 et 2010, les dépenses militaires mondiales ont augmenté de 50 %, celles de l’Amérique du Nord de 80 %, celles de l’Asie de l’Est principalement tirée par la Chine de 70% et celles de l’Europe de l’Ouest… de 4 % ! Dans le même temps, la part des dépenses militaires de l’Europe de l’Ouest est passée de 29 % du total mondial à 20 %. La France a décidé de consacrer 377 Md€ à son outil de défense sur la période 2009-2020 et de supprimer 54.000 postes avant 2015 (17 % des effectifs). En octobre 2011, 10.000 militaires sont engagés dans 27 opérations nationales ou multinationales (ONU, OTAN et Union européenne). Depuis le début de l’année, 23 sont morts en opérations et une centaine d’autres ont été blessés. En outre, 9.000 personnels constituent les forces de souveraineté (Antilles, Guyane, Nouvelle Calédonie et Polynésie) et 5.500 les forces de présence (Emirats arabes unis, Gabon, Djibouti et Sénégal). S’y ajoutent ceux chargés de la protection des villes, gares et aéroports (plan Vigipirate) ou, ponctuellement, du soutien du service de l’Etat (catastrophes naturelles). Interrogé sur l’Europe de la défense, l’amiral Guillaud estime qu’elle est « en hibernation » et que « seule la lutte contre la piraterie fonctionne bien ». A titre de comparaison, il a indiqué que les dépenses liées à la défense de la Grande-Bretagne sont supérieures de 40 % à celles de la France et que l’engagement opérationnel des forces françaises en Libye est supérieur d’environ 20 % à celui des forces britanniques. Aujourd’hui, une opération militaire combine les moyens aéroterrestres et aéromaritimes, l’espace et le cyberespace. A titre d’exemple, l’amiral présente la complexité et la cohérence des composantes du raid sur la ville pétrolière de Bréga (Libye) : « des rebelles à terre avec lesquels nous sommes en liaison, un SNA (sous-marin nucléaire d’attaque) qui fait de l’interception, un avion de commandement qui fait aussi de l’interception, des chasseurs en patrouille prêts à intervenir, des ravitailleurs en vol, des navires en appui feu naval, un BPC (bâtiment de projection et de commandement) avec des hélicoptères de l’armée de l’Air pour la mission SAR (recherche et sauvetage), des hélicoptères de combat de l’ALAT (aviation légère de l’armée de Terre) avec un PC volant, le tout commandé par un état-major interarmées… dans un espace limité pour une durée maîtrisée !» Il ajoute : « Nous sommes les seuls en Europe à savoir encore le faire ! »

Fonctions des armées

Dans la politique de défense et de sécurité de la France, les armées mettent en œuvre cinq fonctions stratégiques : connaissance/anticipation ; dissuasion ; protection ; prévention ; intervention. L’autonomie de décision est garantie par la connaissance et l’anticipation au moyen d’observations spatiales, d’écoutes électromagnétiques et du renseignement, comme l’a démontré l’opération Harmattan au large de la Libye. L’ultime garantie de la sécurité et de l’indépendance de la France est assurée par la dissuasion nucléaire avec les quatre sous-marins nucléaires lanceurs d’engins M51 et les avions Rafale ou Mirage 2000 équipés du missile air-sol moyenne portée améliorée. La sauvegarde maritime, la sûreté aérienne et l’adaptation aux nouvelles menaces terroristes, informatiques et technologiques visent à protéger la population et le territoire. Enfin, les capacités militaires sont concentrées là où les intérêts stratégiques de la France sont les plus vulnérables et où il s’agit de prévenir des conflits potentiels ou éventuellement d’intervenir. Depuis 2008, cette zone qualifiée « d’arc de crise » s’étend du Maghreb à l’Iran et inclut le Sahel en Afrique subsaharienne.

Par ailleurs, le chef d’état-major des armées a regretté le peu d’intérêt du grand public et des élites, aujourd’hui aux affaires, pour les questions de défense, en raison de l’absence d’ennemi visible et intelligible, l’éloignement des interventions, « l’illusion persistante des dividendes de la paix et du tout technologique » et la « croyance erronée en l’imperméabilité géographique des frontières ». En outre, il a déploré l’absence d’universalité puis la suspension de la conscription : « quand le service national a été suspendu (en 2002), seul un étudiant sur cinq le faisait » ! S’y ajoute la réduction de l’empreinte militaire sur le territoire par suite de la diminution des implantations et des formats des armées. Tout cela crée une distance entre les mondes militaire et civil qui érode l’esprit de défense. Or, souligne l’amiral Guillaud, « l’esprit de défense est la garantie de la résilience (capacité à rebondir après une attaque) de notre nation ».

Loïc Salmon

Depuis le 25 février 2010, l’amiral Edouard Guillaud (biographie à la rubrique « archives » 03/08/2011) est chef d’état-major des armées (CEMA), à savoir conseiller militaire du gouvernement et chef opérationnel sous l’autorité directe du président de la République, qui fixe les objectifs. « Le CEMA, précise l’amiral Guillaud, commande des opérations pour lesquelles il conseille le décideur politique, avant et pendant la crise, avec des forces qu’il a très directement contribué à constituer ». Da  ns la gestion de crise, le président de la République dispose d’une large capacité d’action sous le contrôle parlementaire des engagements extérieurs de la France. En outre, le CEMA, responsable de la diplomatie de défense, entretient un réseau d’influence auprès des 92 missions militaires étrangères en poste à Paris et, à l’étranger, grâce aux représentations militaires françaises dans les ambassades et auprès des grandes organisations internationales. Enfin, il est responsable de la planification et de la programmation des moyens des forces armées pour préparer la défense de demain.




DGA : commandes de LRU, PVP, DRAC, SNA et MALE

La Délégation général de l’armement (DGA) a commandé divers équipements pour les armées au cours des six derniers mois (avril-septembre 2011).

Armée de Terre : le consortium franco-allemand (Thales, Cassidian, Sagem et Krauss Maffei Wegmann) a reçu notification d’un contrat portant sur 13 lance-roquettes unitaires (LRU) livrables en 2014. Le LRU permet d’effectuer, par tous temps, des frappes terrestres de précision métrique jusqu’à 70 km contre des objectifs ponctuels avec le minimum d’effets collatéraux. Il utilisera la roquette à charge explosive unitaire M31, dont 264 exemplaires seront livrés à partir de 2013. En outre, la société Panhard General Defense va livrer 200 petits véhicules protégés (PVP) supplémentaires, matériels déployés au Liban depuis fin 2009 et en Afghanistan depuis début 2010. Le PVP est un véhicule 4×4 aérotransportable blindé pour quatre passagers. Il est équipé d’une mitrailleuse de 7,62 mm, installée sur un tourelleau téléopéré de l’intérieur. Enfin, la société Cassidian va livrer, d’ici à 2013, des  petits « drones de renseignement au contact » (DRAC) supplémentaires (photo). La commande se compose de stations sol et de véhicules aériens. Le DRAC a une envergure de 3,60 m, une longueur de fuselage de 1,40 m et une masse maximale de 7,5 kg. Lancé à la main, il vole 90 minutes sur 10 km, de jour comme de nuit. Déployé en Afghanistan depuis octobre 2010, il transmet en temps réel les images et informations collectées.

Marine : la DGA a commandé, le 28 juin aux entreprises DCNS et Areva-Ta, le troisième sous-marin nucléaire d’attaque (SNA) du programme Barracuda. Ce dernier compte six bâtiments, livrables entre 2017 et 2028 et qui remplaceront ceux de la classe Rubis actuellement en service. Capables d’embarquer des forces spéciales et leurs équipements, ils seront armés de la future torpille lourde Artemis, du missile antinavire Exocet et du futur missile de croisière naval.

Armée de l’Air : le ministre de la Défense Gérard Longuet a décidé, lors du comité ministériel d’investissements du 20 juillet, l’entrée en négociations avec la société Dassault Aviation en vue de fournir un nouveau système de drones de moyenne altitude et longue endurance (MALE) d’ici à 2014. Il s’agit d’une version francisée et évolutive du drone Heron TP, qui sera construit en coopération avec la société israélienne IAI. D’autres entreprises françaises seront impliquées en vue de structurer une filière industrielle destinée au futur système de drones MALE franco-britannique.

Loïc Salmon