ALAT : retour d’expérience opérationnelle

En cinq ans d’engagements en Afghanistan, en Libye, en Côte d’Ivoire, en République Centrafricaine et au Mali, l’Aviation légère de l’armée de terre (ALAT) a développé son savoir-faire et sa doctrine de l’aérocombat : vol tactique ou de combat, de nuit et au plus près du sol.

Un colloque sur ce sujet a été organisé, le 17 juin 2014 à Villepinte (banlieue parisienne), dans le cadre du salon des armements terrestres Eurosatory. Parmi les intervenants figurent : le général de brigade Laurent Kolodziej, à l’époque chef interarmes de l’opération « Serval » au Mali ; le général de brigade Michel Grintchenko, chef de l’état-major aéromobile au sein du Commandement des forces terrestres ; le général Sancho, commandant de l’ALAT espagnole.

Opération interarmes. Outil de guerre souple et réactif, l’hélicoptère de combat démultiplie la liberté d’action du chef, explique le général Kolodziej. L’aérocombat s’inscrit dans la manœuvre tactique, décidée par le chef interarmes, au contact de l’adversaire et à dominante arme blindée cavalerie ou infanterie mécanisée. Il permet de s’affranchir des distances, rend son emploi réversible et assure la surprise. Au Mali, intégré à un groupement tactique interarmes (GTIA) déployé sur une zone grande comme une fois et demi la Belgique, le groupe aéromobile apporte la plus-value de la combinaison des composantes de combat, la souplesse de l’articulation et une complémentarité des capacités (appui feu et logistique). Il permet l’acquisition du renseignement et l’agression dans la 3ème dimension. Il assure des actions d’opportunité : prendre pied sur un objectif lointain et difficile d’accès ; combiner le feu et la reconnaissance ; accélérer les approvisionnements en alimentation, eau et munitions. En outre, les mesures de coordination dans la 3ème dimension, qui excluent l’improvisation, sont acquises par la préparation opérationnelle de personnels certifiés et entraînés dans les régiments. La planification interarmées intègre les contraintes logistiques de l’avant : points d’appui sécurisés de la « plateforme opérationnelle désert » pour ne pas user trop vite hommes et machines ; maillage de points de ravitaillement et de maintenance des hélicoptères. Plus exposé que les troupes au sol en cas de crash, l’hélicoptère doit être rapidement sécurisé, avec la prise en compte de blessés parmi l’équipage et par une température extérieure pouvant monter à 55° C. Le déploiement de 3.000 hommes sur un vaste territoire exige l’intégration permanente d’un détachement ALAT au PC du GTIA, en vue d’agir vite, fort et loin : opération héliportée, raid dans la profondeur ou force de réaction rapide comme l’héliportage d’une compagnie (140 hommes) à une distance de 100 km en moins d’une heure. Il s’agit de pré-établir un dispositif cohérent, sans dévoiler sa manœuvre. Un groupe aéromobile permet souplesse et réactivité. Il peut se réarticuler au cas où la mission est reconfigurée en vol. Par exemple, quand l’adversaire n’est pas celui qu’on croyait ou n’est pas là où on le croyait. Capacité majeure du combat de haute intensité grâce à son ubiquité, l’aérocombat montre aussi à la population locale que la force « Serval » peut agir partout.

Fulgurance et continuité. Les récents engagements de l’ALAT ont mis en avant ses diverses facettes tactiques, indique le général Grintchenko : Afghanistan, puissance de feu de petits modules dans un espace restreint; Côte d’Ivoire, combat en zone urbaine et déstructuration d’une armée hostile et à rechercher ; Libye, briser un front et détruire 2 brigades ; Mali, immensité des zones d’action et grosse masse de manœuvre. Préparée en 3 jours avec des actions offensives de 3 mois, l’opération « Serval » dure depuis janvier 2013. Elle a engagé 20 hélicoptères, 1 avion, 50 véhicules et 300 personnels. L’hostilité de l’environnement atteint la limite du possible technique et humain : température, altitude, nuit noire et sable abrasif. L’entrée en premier, pour sécuriser les autorités maliennes, signifie pour les équipages : délai inconnu de l’arrivée des munitions, absence de PC et ignorance du lieu de logement. Ce combat semi itinérant exige de se déplacer toujours avec sa logistique et d’installer une « plateforme désert », permanente ou temporaire, à partir de rien et qui permettra de durer. La combinaison avec les troupes au sol prend en effet du temps… pendant lequel les réservoirs des hélicoptères se vident ! Le combat devient de haute intensité face à un adversaire fanatisé, initialement mobile puis en position de défense ferme dans son réduit. Les attaques en « meute » nécessitent de nombreux appareils, qui brûlent beaucoup de potentiel (heures de vol). Elles exigent aussi de l’intelligence collective pour déterminer les configurations multiples, afin de couvrir l’ensemble du spectre des missions. Le Tigre, très bien protégé, dispose d’une redoutable puissance de feu, terreur des djihadistes. La boucle décisionnelle, très courte, du commandement des hélicoptères, facilite une forte réactivité pour exploiter l’occasion. Par exemple, la découverte d’une préparation d’embuscade entraîne le déroutement d’un hélicoptère, qui ira tirer sur la  colonne djihadiste concernée avant qu’elle ne se mette en position. Les actions d’éclat alternent avec celles, plus humbles et constantes, pour assurer la continuité de l’action : rechercher un camion qui s’est perdu, secourir un véhicule en panne ou même un canon Caesar destiné à appuyer une unité. Les hélicoptères de nouvelle génération (Tigre et NH90) ont permis de gagner les batailles, souligne le général Grintchenko. Mais, dit-il, la guerre a été gagnée par ceux de l’ancienne génération (Puma et Gazelle), quoique plus vulnérables, qui ont apporté volume, rusticité et disponibilité avec un coût d’emploi acceptable.

Fiabilité du matériel. La Famet (ALAT espagnole) a mis 3 hélicoptères Tigre au service de la Force internationale d’assistance à la sécurité en Afghanistan entre mars et décembre 2013. Le général Sancho en a présenté un retour d’expérience, qu’il juge très satisfaisant avec un taux de disponibilité de 91% sur 8 mois. La Famet a couvert une zone de 450 km de large sur 550 km de long. Ses missions ont consisté notamment en escorte de convois (31 %), protection aérienne (23 %), reconnaissance et surveillance (8 %), renseignement (5 %) et opérations spéciales (5 %). La menace venait surtout des armes de petit calibre, et des lance-roquettes individuels utilisés comme armes anti-aéronefs et, dans une moindre mesure mais dont il fallait tenir compte, des missiles sol/air portatifs. Enfin, la Famet devrait disposer de 28 Tigre en 2025 et de 47 en 2040.

Loïc Salmon

« Serval » : manœuvre aéroterrestre en profondeur et durcissement de l’engagement

Libye : bilan du Groupe aéromobile dans l’opération Harmattan

L’histoire de l’Aviation légère de l’armée de terre 1794-2014

L’Aviation légère de l’armée de terre entretient des liens traditionnels et tactiques avec les troupes au sol, qui peuvent compter sur elle pour un appui feu ou une évacuation sanitaire. L’expérience acquise lui permet de réduire la prise de risques au strict nécessaire. Arme de mêlée, d’appui et de soutien, elle change le rapport de forces sur le terrain. Son appui feu démultiplie l’effet combiné air/sol. Enfin, le tir à vue évite les dégâts collatéraux, qui pourraient remettre la décision en cause.




14 juillet 2014 : 80 nations invitées pour les 100 ans de la Grande Guerre

« Ce défilé marque la filiation entre les « poilus » de 1914 et nos soldats qui montrent tous les jours les mêmes qualités de courage et d’abnégation », a déclaré le général de corps d’armée Hervé Charpentier, gouverneur militaire de Paris, lors de sa présentation à la presse le 3 juillet 2014. Tel est le thème retenu pour le défilé des armées, le 14 juillet, avenue des Champs-Élysées à Paris : 3.752 militaires à pied, 82 motos, 285 véhicules, 54 avions, 36 hélicoptères, 281 chevaux de la Garde républicaine et…1 lâcher de colombes en souvenir des pigeons voyageurs qui transmettaient le courrier dans les tranchées. 2014 marque en effet le centenaire de la première guerre mondiale, à laquelle ont participé 80 nations. Leurs ressortissants ont, soit combattu d’un côté ou de l’autre, soit travaillé, surtout dans les champs, pour remplacer les soldats partis au front. Ceux-ci sont évoqués par 2 groupes en tenue « bleu horizon » de l’époque, alignés Place de la Concorde, face à la tribune présidentielle. Face à elle, la parade sur 180 m des emblèmes (drapeaux nationaux) des nations effectivement présentes, répartis en 3 chevrons, constitue l’animation initiale de 14 minutes avec 2 chants des « poilus » de 1914 et la « Marseillaise », entonnés par le Chœur de l’armée française. A cette occasion, une « sonnerie aux emblèmes » a été composée par un réserviste, conseiller culturel du gouverneur militaire de Paris et ancien chef de la musique de la Garde républicaine. Au centre et en tête devant le drapeau de l’Union européenne, se tient la garde au drapeau du Régiment d’infanterie de chars de marine (RICM, crée en juin 1915), le plus décoré de France avec 19 citations : Légion d’Honneur ; Médaille militaire ; croix de Guerre 1914-1918 (10 palmes), 1939-1945 (2 palmes) et théâtres d’opérations extérieurs (5 palmes) ; croix de la Valeur militaire (2 palmes). Le défilé proprement dit des troupes et des matériels sur les 1.910 m des Champs-Élysées célèbre des anniversaires des forces françaises. Outre ses 80 ans, l’armée de l’Air fête les 100 ans de la première mission de reconnaissance, du premier bombardement, de la première victoire aérienne et de la première mission d’extraction d’un pilote ainsi que les 50 ans de la dissuasion nucléaire. En octobre 1914, la Brigade des fusiliers marins a participé à la bataille de Dixmude, dont un bâtiment de projection et de commandement porte aujourd’hui le nom. Enfin, l’Aviation légère de l’armée de terre existe depuis 60 ans. Les opérations extérieures sont représentées par le Service de santé des armées, de retour d’Afghanistan, et le  8ème Régiment de parachutistes d’infanterie de marine, engagé en République Centrafricaine. Un tableau final met notamment en scène 4 jeunes gens majeurs (2 garçons et 2 filles) pour symboliser la paix, la jeunesse, l’espoir et le renouveau. En tout, quelque 200 militaires et 250 jeunes gens venus du monde entier, par leur présence, rendent hommage à la mémoire des disparus de la Grande Guerre et célèbrent la réconciliation du continent européen.

Loïc Salmon

14 juillet 2013 : une armée d’avant-garde fière de ses traditions




Cyberdéfense : placer l’excellence militaire au service de la nation

Monde à part entière, le cyberespace a pris une dimension stratégique, où interviennent souveraineté nationale, espionnage, aspects juridiques, relations internationales et accélération technologique.

Officier général « cyberdéfense » à l’État-major des armées, le contre-amiral Arnaud Coustillière, a fait le tour de la question au cours d’une conférence-débat organisée, le 11 mars 2014 à Paris, par l’Association région IHEDN Paris Ile-de-France.

Domaine militaire. Coordinateur des mesures pour développer la cybersécurité au sein du ministère de la Défense, l’amiral est responsable de la conduite des opérations en cas de crise cybernétique. A ce titre, il fait partie de l’équipe dirigeante du Centre de planification et de conduite des opérations (CPCO) de l’État-major des armées. Le CPCO a une vision transverse de tous les moyens et organisations militaires. Il assure la planification opérationnelle des effets des frappes dans la profondeur ou du ciblage et collecte des renseignements d’intérêt civil et militaire. Il établit la cartographie des points forts et des faiblesses de la France en matière de cyberdéfense. Tous les organismes sont visés par la « cyberpollution » et les « cyberdivisions » frappent les sites du ministère de la Défense. En 10 jours, 6.000 sites français ont fait l’objet d’attaques venues de l’Algérie : un drapeau algérien apparaissait sur l’écran ! Acte technique contre un objectif stratégique, la cyberattaque est modulable selon l’effet recherché. En France, un cadre juridique garantit aux autorités politiques la possibilité de capacité offensive, après identification de l’origine de l’acte et en limitant autant que possible les effets collatéraux, comme pour le lancement d’un missile. « On ne dira pas comment on fait », précise l’amiral. Le ministère de la Défense va installer un pôle de cybersécurité en Bretagne (Rennes), où se trouve déjà le centre d’expertise de la Délégation générale pour l’armement (DGA). Il s’agit de former des opérationnels d’un niveau Master « bac + 6 » et non plus « bac + 4 ». Quelque 400 postes seront créés pour la formation à des actes techniques. Un centre de formation à la gestion de crises cybernétiques sera ouvert à l’École spéciale militaire de Coëtquidan et accessible aux étudiants civils. Pour disposer de ressources humaines conséquentes, une filière sera instaurée pour garantir un plan de carrière aux militaires spécialisés. L’armée américaine a déjà créé un corps de cyberdéfense au sein de l’artillerie. « Plus ça avance, plus on se rapproche du cœur des opérations, afin de déterminer qui fait quoi et quelles sont les zones dangereuses », explique l’amiral Coustillière. Il s’agit de constituer un réseau de partenaires de confiance dans le cadre de coopérations bilatérales et de relations internationales (diplomatie d’influence). Le Livre Blanc 2013 de la défense et de la sécurité nationale ainsi que la Loi de programmation militaire 2014-2019 prévoient un budget de 1 Md€ et la création de 550 postes pour les armées et la DGA. Des centres de formation seront également établis à Grenoble et Limoges.

Monde civil. La cybersécurité, enjeu de souveraineté, protège les infrastructures vitales (banques et transports) et les données industrielles. Ce secteur crée des emplois de proximité dans une zone de confiance et qui ne sont pas délocalisables en Inde ou en Chine. L’État français est peu présent dans la conduite de l’internet, indique l’amiral Coustillière. Mais depuis 2014, des textes législatifs l’engagent au niveau des ministères de l’Intérieur (gendarmerie et police) et de la Défense pour la réorganisation de l’action interministérielle. Le plan de cybersécurité inclut des recommandations pour les petites et moyennes entreprises (PME) et les grands groupes qui, comme le franco-allemand EADS et l’américain Boeing, ont des sous-traitants communs. En 2014, les investissements dans les projets de recherche et développement sont multipliés par trois par rapport à 2012, dont 15-20 % du financement peut être pris en charge par la DGA dans la cadre du dispositif RAPID (Régime d’appui PME pour l’innovation duale civile et militaire). La Loi de programmation militaire (LPM) 2014-2019 encadre les rapports entre l’État et 200 organismes d’intérêt national avec notamment la déclaration des incidents, la certification d’audits et la validation des matériels de télécommunications par l’Agence nationale de la sécurité des systèmes d’information (ANSSI). Faute de capacité technique, les PME sont souvent mal défendues. L’attaquant recherche le maillon faible : frapper l’administration du réseau pour atteindre le niveau financier en envoyant une pièce jointe dangereuse qui, par réaction en chaîne, téléchargera des données. La protection commence par l’éducation du personnel : 90 % des attaques sont contrées par des mesures simples, comme le changement fréquent de mot de passe. Opérationnelle depuis 2011, l’ANSSI comptera 1.500 personnes en 2015. Le plan de cybersécurité sera mis à jour en 2017.

Relations internationales. « Il n’y a ni allié ni ami dans la guerre économique », rappelle l’amiral. Il s’agit de protéger les secrets industriels nationaux face à la multiplication des services de renseignement (SR). Contrairement au droit anglo-saxon, flou en la matière, le cadre juridique français sépare les entreprises qui travaillent dans le cyberespace et les organismes qui les protègent. Les entreprises françaises ont tendance à donner facilement leurs données, enjeux pourtant majeurs qui nécessitent une démarche européenne lors des négociations de libre-échange avec les États-Unis. Alors que la Chine et les États-Unis s’affrontaient depuis longtemps en matière d’espionnage, ces derniers se sont retrouvés en position d’accusés après les révélations, en mai 2013, de l’informaticien américain Edward Snowden sur les programmes britanniques et américains, dont ceux de la NSA, de surveillance et d’écoute de masse. Comme lors du conflit russo-géorgien en 2008, des éléments pro-russes ont perpétré des cyberattaques en Ukraine en février et mars 2014, pour déstabiliser la société et prendre le contrôle des installations cybernétiques du pays. La guerre de l’information et des signaux s’est poursuivie par des cyberattaques pro-ukrainiennes contre des installations pro-russes. Enfin, selon l’amiral Coustillière, les mafias ukrainiennes sont redoutables en matière de cybercriminalité.

Loïc Salmon

Cyberespace : nouveau terrain d’affrontement international

Nouvelles armes informatiques pour des attaques mieux ciblées

La doctrine française de cyberdéfense repose sur deux volets complémentaires. Le premier porte sur la mise en place d’une posture robuste et résiliente de protection des systèmes d’information de l’État, des opérateurs d’importance vitale et des industries stratégiques, couplée à une organisation opérationnelle de défense de ces systèmes, coordonnée sous l’autorité du Premier ministre. Le second consiste en une capacité de réponse gouvernementale globale et ajustée, face à des agressions de nature et d’ampleur variées, faisant en premier lieu appel à l’ensemble des moyens diplomatiques, juridiques ou policiers, sans s’interdire l’emploi gradué de moyens relevant du ministère de la Défense, si les intérêts stratégiques nationaux sont menacés.




Armements : maintien des exportateurs traditionnels et émergence de nouveaux

Parmi les pays exportateurs d’armement, l’Allemagne, la France et la Grande-Bretagne arrivent loin derrière les États-Unis et la Russie. La Chine et le Brésil se positionnent.

L’IRSEM et le SIPRI ont organisé, le 17 mars 2014 à Paris, une table ronde sur le marché mondial des armements. Y sont notamment intervenus : Aude-Emmanuelle Fleurant de l’IRSEM ; Louis-Marie Clouet de l’ISIT (École d’interprétariat) ; Emmanuel Puig du Centre Asia ; Yannick Quéau du GRIP (Groupe de recherche et d’infirmation sur la paix et la sécurité).

Prédominance des États-Unis. Les ventes d’armes sont mises au service de la politique étrangère des États-Unis… difficile à distinguer de leurs politiques économique et commerciale, explique Aude-Emmanuelle Fleurant. Après la crise économique de 2008, le gouvernement américain a révisé sa politique de défense : restrictions budgétaires ; nouvelle approche stratégique par un rééquilibrage vers l’Asie ; maintien de son avance technologique par des armements de nouvelle génération. Les entreprises américaines d’armement veulent conquérir 30 % du marché mondial et visent les pays du Moyen-Orient et de l’Asie/Océanie, en forte croissance. Entre 2007 et 2012, les achats des Émirats arabes unis ont représenté 26,7 % des exportations américaines d’armement au Moyen-Orient, celles de l’Irak 14,3 % et celles d’Israël 13 %. Pendant la même période, les acquisitions de la Corée du Sud ont atteint 27,3 % des ventes américaines en Asie/Océanie, celles de l’Australie 25 % et celles de Singapour 11,3 %. En outre, les États-Unis recherchent des partenaires privilégiés par des accords bilatéraux de recherche et développement. Le Canada est le premier partenaire depuis 25 ans, devant la Grande-Bretagne, dont les achats représentent 22,5 % du total des ventes américaines en Europe. Grâce au traité américano-australien de coopération commerciale de défense, les entreprises des deux pays peuvent échanger des données techniques sans licences et les compagnies australiennes ont davantage de facilités pour obtenir des contrats aux États-Unis. Afin de « contrôler moins pour contrôler mieux », les États-Unis accélèrent les processus d’exportation vers les pays dont les méthodes sont les plus semblables aux leurs. Enfin, ils vont doter leurs alliées les plus proches d’équipements les plus performants : missiles mer-sol balistiques Trident de nouvelle génération pour la Grande-Bretagne et drones pour l’Australie.

Stabilité de la Russie. La Russie conserve sa 2ème place mondiale grâce à son industrie aéronautique (avions, hélicoptères et moteurs), qui a représenté 51 % de ses exportations d’armement entre 2004 et 2013. Pour faciliter les exportations, indique Louis-Marie Clouet, le consortium OAK a regroupé en 2006 les constructeurs civils et militaires Sukhoï, Mig, Tupolev Illiouchine, Yakovlev, Beriev et Irkut. OAK développe certains projets civils avec des participations de pays occidentaux. Pendant la période 2004-2013, les principaux clients de la Russie ont été, avec des hauts et des bas, l’Inde, la Chine, le Viêt Nam, le Venezuela et l’Algérie. La Russie vend aussi des matériels sophistiqués à des pays africains qui n’ont pas la possibilité d’en acquérir en Occident, comme l’avion de chasse Sukhoï-30 à l’Ouganda. Avec près de 80 % de ses achats militaires dont un porte-avions et un sous-marin nucléaire d’attaque, l’Inde est le premier client de la Russie, dont elle finance une partie des projets de recherche et développement. Leur partenariat se maintient, car tous deux ont la même vision géostratégique et développent une nouvelle version de l’avion civil Sukhoï-A1. La Russie a beaucoup investi pour moderniser son industrie aéronautique et poursuivre ses ventes à la Chine, lesquelles ont chuté à partir de 2005. La Chine a en effet développé une copie du chasseur russe Sukhoï-27… qu’elle exporte ! Quoique concurrente de la Russie en Afrique, Amérique latine et Asie, elle continue de lui acheter des composants d’avion et des moteurs. Au Moyen-Orient, la Russie vend à la Syrie, mais ne parvient pas à percer dans les pays du Golfe. Enfin, au Brésil, le Sukhoï-30 n’a pu s’imposer devant le Gripen suédois, qui a remporté le marché.

La Chine en progression. Les exportations chinoises d’armement ont crû de 212 % entre 2004 et 2013, selon le SIPRI, et près de 75 % d’entre elles sont allées vers le Pakistan, le Bengladesh et la Birmanie. Elles correspondent d’abord à une logique diplomatique pour pérenniser des clients (Pakistan et pays africains) et les utiliser comme « démonstrateurs » des équipements chinois. La dimension politique entre en jeu pour l’approvisionnement en matières premières, notamment énergétiques, souligne Emmanuel Puig. Depuis la chute de Kadhafi, le gouvernement chinois craint que les systèmes antiaériens livrés à la Libye tombent entre les mains de séparatistes Ouïgours (musulmans). Les négociations commerciales incluent des compensations, comme la construction d’infrastructures publiques dans le pays client. Les matériels militaires n’entrant que pour 5-6 % dans leur chiffre d’affaires, les grandes entreprises d’État chinoises peuvent les exporter à perte, comme pour les systèmes anti-aériens à la Turquie (membre de l’OTAN). Elles rétablissent l’équilibre par des négociations bilatérales dans un autre domaine, comme l’exploitation d’une mine en Birmanie ou pour éviter une procédure d’appel d’offres. Une majorité des matériels est à finalité sécuritaire afin, notamment, de pénétrer le marché d’Asie centrale, monopole de la Russie, et celui de l’Amérique du Sud pour nouer des partenariats.

Le Brésil et l’Amérique du Sud. Entre 2004 et 2013, le Brésil a exporté des armements, surtout des avions Embraer et du matériel de surveillance du territoire, vers l’Angola, la Malaisie, l’Indonésie, le Chili, le Mexique et l’Équateur. Selon Yannick Quéau, les importations d’armes du continent sud-américain entre 2009 et 2013 sont venues surtout de l’Union européenne, puis de Russie, des États-Unis, d’Israël et de Chine. Les acquisitions sont destinées à développer les industries locales d’armement, qui coopèrent dans le cadre du Marché commun du Sud (Mercosur). A part une présence sur des « niches » porteuses à l’export, les industries d’armement demeurent orientées vers les besoins nationaux.

Loïc Salmon

L’Institut de recherche stratégique de l’École militaire (IRSEM) travaille notamment sur les politiques de défense, les industries d’armement et l’économie de défense. L’Institut international de recherche sur la paix de Stockholm (SIPRI) analyse les flux d’armements de et vers des pays ou régions, l’importance relative des pays exportateurs ou importateurs et celle des catégories de systèmes d’armes transférés. Selon le SIPRI, les dépenses militaires mondiales ont progressé de 34,7 % à 1.756 Md$ entre 2003 et 2012. Celles de l’Afrique ont augmenté de 85 %, celles de l’Asie et de l’Océanie de 62,9 %, celles du Moyen-Orient de 56,5 %, celles du continent américain de 34,4 % et celles du continent européen de 10,3 %.

Conflits et armements : tendance à la stabilisation

DGA, bilan 2013 : investir, innover, coopérer et exporter




Conflits et armements : tendance à la stabilisation

Malgré les tensions dans le monde, le nombre de victimes de conflits armés reste bas et les dépenses militaires diminuent légèrement, selon le rapport 2013 de l’Institut international de recherche sur la paix de  Stockholm (SIPRI), rendu public le 7 mars 2014. Le contrôle des flux d’armes et des articles à double usage civil et militaire s’avère difficile. La décennie 2002-2011 compte 296 conflits : 73 conflits étatiques, dont 37 encore actifs en 2011, et 223 conflits non-étatiques (38). En 2012, le Mali, la Syrie et le Yémen ont été ravagés par les conflits armés, consécutifs au « printemps arabe ». La même année a connu 53 opérations de maintien de la paix avec 233.642 personnels engagés (baisse des effectifs de 10 % en un an). Certains États ont réduit leurs budgets sur ces missions. Le Conseil de sécurité de l’ONU a durci les critères d’évaluation de leur efficacité avant le renouvellement des mandats, après les échecs en Côte d’Ivoire, République démocratique du Congo et Sud-Soudan. Par suite des niveaux élevés de violence sur place, 4 missions ont été  clôturées : 3 de l’ONU (Bosnie-Herzégovine, Timor-Leste et Syrie) et 1 de la Ligue des États arabes. A elle seule, l’Afrique a nécessité 17 opérations, dont 9 sous commandement de l’ONU. Les dépenses militaires sont estimées à 1.756 Md$ en 2012, soit une baisse de 0,4 % en un an. Celles de la Russie ont augmenté de 16 % et celles des Etats-Unis ont diminué de 5,6 %. Les 10 plus grandes entreprises d’armement sont implantées aux États-Unis. En 2012, les révélations sur les virus informatiques Flame et Stuxnet ont attiré l’attention sur la cybermenace. Malgré l’absence de preuves fiables, la Chine, l’Iran, Israël, la Russie et les États-Unis ont été soupçonnés de mener des cyberattaques, soulignant la montée en puissance de l’arme informatique. Les dépenses de cybersécurité dans le monde ont atteint 60 Md$ en 2011, soit 3,5 % des dépenses militaires totales. Pendant la période 2008-2012, les ventes d’armes dans le monde ont augmenté de 17 % et 5 pays ont totalisé 75 % des exportations : les États-Unis, la Russie, l’Allemagne, la France et … la Chine, qui a dépassé la Grande-Bretagne ! Début 2013, 8 États disposent de 12.270 armes nucléaires, dont 2.000 en alerte opérationnelle élevée : États-Unis, Russie, Grande-Bretagne, France, Chine, Inde, Pakistan et Israël. Ce dernier est à nouveau soupçonné d’avoir développé des missiles de croisière à capacité nucléaire lancés depuis un sous-marin. En 2012, la Chine a mené une série complète d’essais de missiles pour consolider sa force de dissuasion nucléaire montée sur camions et sous-marins. Tous les États dotés d’une industrie nucléaire civile ont une certaine capacité de production de matières fissiles. Selon le SIPRI, les stocks mondiaux s’élèvent à 1.285 t d’uranium hautement enrichi et 488 t de plutonium (224 t de stocks militaires et 264 t de stocks civils). Quant aux armes chimiques, les États-Unis et la Russie n’ont pu respecter l’ultime échéance d’avril 2012 pour achever la destruction de leurs stocks déclarés au titre de la Convention de 1993. Au 31 décembre 2012, 188 États avaient ratifié ou adhéré à cette convention. Enfin, le contrôle des ventes d’armes conventionnelles et des composants civils et militaires implique la réglementation des exportations et du courtage, le transit, le transbordement et le financement. Fin 2012, l’ONU a décrété 13 embargos sur les armes, l’Union européenne 19 et la Ligue des États arabes 1. Le Conseil de sécurité de l’ONU n’a pas réussi à imposer un embargo contre la Syrie, qui reçoit des armes de la Russie et de l’Iran.

Loïc Salmon

 




DGA, bilan 2013 : investir, innover, coopérer et exporter

Le Livre Blanc 2013 sur la défense et la sécurité nationale ainsi que la loi de programmation militaire (LPM) 2014-2019 ont pris en compte les impératifs industriel et d’innovation pour préserver la souveraineté et l’avantage opérationnel. Cela concerne au premier chef la Direction générale de l’armement (DGA), dont le délégué général, Laurent Collet-Billon, a présenté le bilan 2013 au cours d’une conférence de presse tenue le 18 février 2014 à Paris.

Équipements et innovation. Le développement des compétences clés de l’industrie de défense se traduira par un budget de recherche supérieur à 4,4 Md€ pendant la LPM, confortant la première place européenne de la France dans ce domaine. En 2013, la DGA a investi dans l’industrie 10,835 Md€ (10,984 Md€ en 2012) pour équiper les forces armées. Elle a notifié le nouveau standard F3-R du Rafale, la rénovation des avions de patrouille maritime Atlantique 2 et le remplacement du missile antichar Milan par le missile à moyenne portée. Les premiers véhicules blindés du combat d’infanterie équipés du système Félin ont été livrés ainsi que 2 avions de transport tactique A400M. L’un d’eux a déjà acheminé au Mali 22 t de fret et 40 personnes en moins de 7 heures, soit l’équivalent de 3 avions Hercules C130, précise le délégué général. De grands programmes seront lancés en 2014 : Scorpion pour le renouvellement des véhicules blindés ; avion ravitailleur MRTT ; commande du 4ème sous-marin d’attaque Barracuda ; phase de faisabilité du système de combat aérien du futur (SCAF) ; système de guerre des mines navales du futur (MMCM). En 2013, la DGA a consacré 776 M€ en études amont pour préparer l’avenir : lancement des travaux de rénovation du missile de croisière aérien SCALP EG ; essais à la mer de drones navals pour la localisation, l’identification et la neutralisation des mines ; qualification de la charge utile des satellites ELISA.

Coopération internationale. La DGA emploie 10.100 personnes, dont 5.000 ingénieurs, qui ont effectué 6,5 millions d’heures d’essais en 2013 pour tester, qualifier et certifier les équipements. « Cette expertise indépendante, unique en Europe, permet des visions de synthèse en matière de coopération », souligne Laurent Collet-Billon. La coopération avec la Grande-Bretagne porte sur le futur système MMCM, la finalisation du programme de développement du missile anti navire léger (ANL) et la mutualisation des efforts de recherche et technologie. Celle avec l’Allemagne concerne l’observation spatiale et les drones moyenne altitude longue endurance. Avec l’Italie, la coopération devrait porter sur la surveillance maritime, la numérisation du champ de bataille et les véhicules terrestres. Avec la Pologne, deux lettres d’intention ont été signées dans les domaines naval et aéroterrestre. Sur le plan multilatéral notamment, la France, l’Allemagne, la Belgique, l’Espagne, le Luxembourg, la Grande-Bretagne et la Turquie sont parvenus à un accord sur le soutien commun de l’A400M. En 2013, la France a présidé le groupe informel G 5 au sein de l’OTAN (France, Allemagne, États-Unis, Italie et Grande-Bretagne). La DGA a contribué aux travaux relatifs à la défense antimissile balistique de territoire, à la future architecture ISR (renseignement, surveillance et reconnaissance) et à l’interopérabilité des forces.

Exportations. Les ventes françaises d’armement à l’export sont estimées à 6,3 Md€ en 2013, soit une hausse annuelle de 31 %, avec 40 % des prises de commandes dans la zone Proche et Moyen Orient.

Loïc Salmon

DGA : l’expertise technologique, avenir de l’outil de défense




DGA : tir de qualification LRU, programme MMP et commande « Écume »

Fin 2013, la Délégation générale de l’armement (DGA) a procédé au tir de qualification du « lance-roquettes unitaire » (LRU), notifié le programme du « missile moyenne portée » (MMP) et commandé 9 « embarcations commandos à usage multiple embarquables » (Ecume). Le 28 novembre, un tir de 5 roquettes de LRU (photo) a eu lieu à l’Ile du Levant (Sud de la France) sur des cibles en mer, dans une zone dégagée de toute présence humaine, pour : valider la conduite de tir et le comportement de la roquette en vol ; déterminer les effets au sol autour du lanceur. Co-développée par les États-Unis, la Grande-Bretagne, l’Italie, l’Allemagne et la France, la roquette M31 dispose d’un guidage inertiel GPS pour réduire les dégâts collatéraux sur des objectifs situés entre 15 et 95 km. Réalisé en partenariat entre la France, l’Allemagne et l’Italie pour la conduite de tir et le système de pointage, le lanceur M270 a été modernisé : ergonomie ; pointage électrique ; communication radio ; échange avec le système de coordination des feux Atlas ; amélioration de la sécurité et des conditions de mise en œuvre. Le programme LRU porte sur la modernisation de 13 lanceurs et l’acquisition de 252 roquettes M31. Le 3 décembre, la DGA a notifié à la société MBDA France un contrat de développement et de production du missile MMP totalisant 400 postes de tir et 2.850 missiles, dont 175 postes et 450 missiles livrables entre 2014 et 2019. Destiné à remplacer le missile antichar Milan, le MMP équipera les unités d’infanterie de l’armée de Terre et les forces spéciales à partir de 2017. Polyvalent et basé sur le concept « tire et oublie » avec la capacité de « l’homme dans la boucle », le MMP permet de neutraliser les différents types de cibles rencontrées sur l’ensemble des théâtres d’opérations avec une grande précision. Le 9 décembre, la DGA a commandé à Zodiac Milpro International 9 embarcations « Écume », livrables au premier semestre 2015. Capable d’embarquer 12 commandos Marine armés, l’Écume présente les caractéristiques suivantes : déplacement, 7 t à pleine charge ; longueur, 9,3 m ; largeur, 3 m ; vitesse, plus de 40 nœuds (75km/h) ; autonomie, 200 milles nautiques environ (370 km). Polyvalente, modulable et très manœuvrable même par mauvais temps, l’Écume permet d’effectuer des raids nautiques sur longues distances à partir d’un bâtiment porteur et de rattraper un navire pour le prendre d’assaut. Grâce à son système de largage aérien, elle est déployable au loin, en urgence et directement en mer par avion militaire de type C-130 Hercules ou A400M Atlas.

Loïc Salmon 




Forces nucléaires : l’enjeu stratégique de la prolifération des missiles balistiques

Le missile balistique impose le respect s’il est capable de décoller et d’arriver à sa phase terminale avec une charge nucléaire. Sans elle, il devient une arme d’affrontement « psychologique » sur un théâtre par la persistance dans l’action à tout prix.

Ces sujets ont été traités au cours d’une conférence-débat organisée, le 24 octobre 2013 à Paris, par l’Association nationale des auditeurs jeunes de l’Institut des hautes études de défense nationale. Y sont intervenus Philippe Wodka-Gallien, membre de l’Institut français d’analyse stratégique, et Valéry Rousset, consultant sur les relations entre stratégie et technologie.

Un cadre juridique international. Le traité de non prolifération des armes nucléaires (TNP, 1968) précise que 5 États peuvent en disposer (États-Unis, Russie, Chine, Grande-Bretagne et France), mais que tous les autres ont accès à la technologie nucléaire civile. L’Iran l’a signé et n’a donc pas le droit de fabriquer des armes nucléaires. En revanche, la Corée du Nord l’a théoriquement, car elle a dénoncé le TNP qu’elle avait auparavant signé. La Suisse y a renoncé par referendum. L’Irak se l’est vu refuser par la force. La Libye y a renoncé pour rejoindre la communauté internationale. Lors de sa réunification, l’Allemagne, pourtant signataire du TNP, a dû signer un engagement supplémentaire à ne pas acquérir d’armement nucléaire. Le 8 juillet 1986, la Cour internationale de justice considère que l’emploi de la bombe atomique est conforme à l’article 51 de la Charte des Nations unies et peut être utilisée en situation de légitime défense. L’espace, le fond des océans et certaines zones géographiques sont dénucléarisés. La résolution 1540 de l’ONU du 28 avril 2004 porte sur la prévention de la diffusion des armes de destruction massive en direction des organisations terroristes. Vu la difficulté à employer une arme nucléaire, rappelle Philippe Wodka-Gallien, un État serait certainement derrière cette organisation et le réseau d’alerte existant permettrait d’identifier l’agresseur. En effet, 24 États  ont tissé une toile de suivi et de détection de la prolifération, conformément aux directives du Régime de l’ONU de contrôle de la technologie des missiles. Ces directives concernent les vecteurs capables d’emporter des armes de destruction massive comme les missiles balistiques, lanceurs spatiaux, fusées-sondes, véhicules aériens non pilotés, missiles de croisière, drones et véhicules téléguidés.

Des missiles à double usage. En 1945, les États-Unis, l’URSS, la Grande-Bretagne et la France se sont partagés les savants allemands et la technologie des V2. Ceux-ci connaissent deux destins différents : vecteurs de l’arme nucléaire pour les pays qui la possèdent et vecteurs d’attaque pour les autres. La précision du missile balistique est passée du km en 1943 à quelques centaines de mètres aujourd’hui. Les missiles balistiques stratégiques sont des vecteurs à changement de milieux (mer si tirés de sous-marins, atmosphère et espace), quasi-orbitaux (plus de 1.000 km d’altitude) et hypersoniques (plusieurs centaines de km par seconde) avec une portée allant jusqu’à 10.000 km. Les missiles balistiques de théâtre (États-Unis, Russie, Inde, Chine, Corée du Nord, Iran et Israël) ont une portée de 300 km à 3.000 km. Depuis 70 ans, ils se trouvent au cœur de toutes les crises. Sur le plan tactique, ils créent une zone d’interdiction ou de saturation (Afghanistan et Caucase) et, sur le plan stratégique, inspirent la terreur ou la crainte de représailles (guerre du Golfe en 1991 et Asie). Le missile balistique mobile de type « Scud » est un système complexe, repérable et vulnérable car composé de véhicules de soutien, du lanceur (camion de lancement et de tir), du vecteur contenant le carburant (propergol solide ou liquide) et de la tête militaire. Celle-ci peut contenir des armes conventionnelles (TNT, sous-munitions ou explosif par aérosol), des produits chimiques (gaz sarin) ou une ogive nucléaire miniaturisée. L’ogive biologique se révèle très difficile à maîtriser et mal adaptée au profil de vol. Le missile anti-missile « Patriot » crée des débris autour du « Scud » sans pouvoir en atteindre la tête militaire, car ce dernier effectue une trajectoire torsadée pour lui échapper. Mais les « gesticulations géopolitiques » alimentent les « cercles de la peur » en Iran et en Syrie. Le missile russe SS 26 « Iskander » se pilote sur toute sa trajectoire. Le missile chinois DF-21, équipé d’ogives à têtes multiples, est dédié à la destruction d’un porte-avions pour interdire l’accès d’une force aéronavale en mer de Chine.

Une prolifération à réduire. De 1960 à 1990, Moscou a exporté ses missiles « Scud » et SS-21 vers ses alliés et Washington ses « Lance » vers les siens. Ensuite et jusqu’en 2010, la Russie a été remplacée par la Chine avec ses M-11 et la Corée du Nord avec ses « Hwasong ». Depuis, l’indépendance en matière de missiles balistiques entraîne des coûts, délais et risques croissants pour les pays désireux d’en disposer, souligne Valéry Rousset. D’abord, l’acquisition de missiles « sur étagères », pratiquée par l’Algérie, l’Afghanistan, l’Égypte, la Syrie, le Yémen, l’Irak et l’Iran, n’inclut pas leur maintien en condition opérationnelle. Ensuite, l’évolution locale, à savoir l’achat de missiles qui seront modifiés, exige d’aplanir les difficultés de conversion ou d’adaptation (Corée du Nord, Chine, Irak, Iran et Libye). Enfin, le développement local ou en coopération, en vigueur au Pakistan et en Afrique du Sud, Argentine, Égypte, Inde et Israël, nécessite de résoudre les problèmes de production ou d’intégration et de pouvoir réaliser les essais et l’entraînement. Pour endiguer cette prolifération, l’ONU dispose de mesures politiques, juridiques et économiques coordonnées pour prévenir ou dissuader la diffusion des systèmes et des technologies permettant de développer des missiles balistiques. Elle élabore des directives distinguant les technologies spécifiques et à usage dual et procède à des inspections sur site (Irak de 1991 à 2003). Enfin, certains États peuvent décider de neutraliser la production et l’emploi de missiles balistiques par des actions militaires, comme les systèmes de défense anti-missiles ou la destruction à distance (laser) ou sur site (bombardement).

Loïc Salmon

Forces nucléaires : autonomie de décision et liberté d’action

La sûreté nucléaire des installations de défense

Dès 1942, l’Allemagne met au point les missiles V2 qui seront tirés sur Londres, Anvers et le Nord de la France. En 1957, la Russie développe son premier missile intercontinental à charge nucléaire « R7/SS6 ». En 1973, l’Égypte tire des missiles « Scud » contre Israël à la fin de la guerre du Kippour. En 1986, la Libye tire 2 « Scud » vers la station de l’agence de renseignement américaine NSA, située sur l’île de Lampedusa (Italie). En 1988, pendant la guerre Iran-Irak, 190 missiles tirés sur des villes tuent 2.000 personnes. Pendant la guerre du Golfe en 1991, 88 « Scud » sont tirés sur Israël et l’Arabie Saoudite, malgré 2.700 sorties aériennes dédiées. En 1996, la Chine tire 4 « CSS-6 » au-dessus de Taïwan à la veille des élections présidentielles. En 1998, la Corée du Nord lance son premier missile balistique intercontinental « Tae-Po-Dong ». En 2013, des tirs d’essais de missiles israéliens ont lieu en Méditerranée et l’Inde lance son premier missile balistique « Agni V ».

 




Marine nationale : permanence, Opex et police en mer

Interopérable avec les armées de Terre et de l’Air, la Marine française doit aussi assurer permanence de l’action, polyvalence des moyens, prévision et complémentarité avec les Marines alliées (Union européenne et OTAN).

Son chef d’état-major, l’amiral Bernard Rogel, l’a présentée au cours d’une rencontre organisée, le 10 juillet 2013 à Paris, par l’Association des journalistes de défense.

Un théâtre dense. La Marine doit conserver sa cohérence dans un environnement mondial avec des moyens budgétaires restreints. Le trafic commercial maritime mondial a progressé de 40 % en 10 ans, induisant des mesures accrues de sécurité, sauvegarde et protection. En outre, les navires deviennent de plus en plus grands : les derniers porte-conteneurs atteignent 18.000 EVP (400 m de long, 59 m de large et 73 m de haut). Les hydroliennes, qui récupèrent l’énergie des courants marins, constituent autant d’écueils artificiels. L’exploitation des ressources minières en mer augmente : plus de 100 projets de plates-formes ont été lancés en 2012. Enfin, la « territorialisation » de la mer a fait son apparition : certains pays côtiers augmentent la surface de leur plateau continental pour protéger leur accès aux ressources naturelles, créant de fait de nouvelles frontières maritimes. La France s’intéresse aussi à l’océan Arctique : sa Marine s’y entraîne avec les Marines canadienne et norvégienne pour conserver son savoir-faire en zone polaire.

Des missions multiples. La dissuasion, avec dorénavant un seul sous-marin nucléaire lanceur d’engins à la mer, reste la principale mission permanente de la Marine. Par ailleurs, les crises sont imprévisibles et rapides, rappelle l’amiral Rogel. La présence de bâtiments en Méditerranée orientale, dans le golfe de Guinée et en océan Indien (zones prioritaires) permet de récolter, à la mer, sur la côte et même au-delà, les renseignements indispensables à la connaissance et l’anticipation. Elle permet aussi de lutter contre la piraterie et les trafics illicites. En océan Indien, l’opération « Atalante » de lutte contre la piraterie, sous l’égide de l’Union européenne, est dirigée du Centre de Northwood (banlieue de Londres) par un amiral britannique, secondé par un amiral français. Elle porte ses fruits : le nombre d’attaques réussies est passé de 22 en 2011 à 3 au premier semestre 2013. En outre, 15 équipes de protection (5 à 10 hommes) embarquent sur des navires civils sous pavillon français, après autorisation du Premier ministre. Il s’agit de navires lents, bas sur l’eau et remorquant quelque chose : thoniers, câbliers et navires de recherche sismiques. La Marine assure 80 % des demandes. En revanche, la piraterie augmente dans le golfe de Guinée et change de forme. Ce n’est plus la prise d’un équipage en otage pour en obtenir une rançon comme en océan Indien, mais du brigandage à grande échelle. Au début, les pirates attaquaient les navires de servitude des plates-formes pétrolières offshore. Aujourd’hui, ils capturent les pétroliers eux-mêmes et les vident de leur cargaison pour la revendre. Par ailleurs, la Marine intervient également dans des opérations à l’intérieur des terres. Pendant l’opération « Serval » au Mali (2013), elle a déployé des commandos dans les forces spéciales pour l’intervention au sol et un avion radar de patrouille maritime ATL2 à long rayon d’action pour le renseignement électromagnétique et optique. En mer, l’ATL2 participe à la lutte anti-sous-marine et à la recherche et au sauvetage d’équipages. L’opération « Harmattan » en Libye (2011) a mobilisé 27 bâtiments : sous-marins nucléaires d’attaque (SNA), frégates, porte-avions, bâtiments de projection et de commandement et chasseurs de mines. L’opération « Baliste » au Liban (2006-2008) avait porté sur l’évacuation de 13.000 ressortissants français et européens. Depuis 2013, des chasseurs de mines sécurisent les routes du pétrole en océan Indien. En outre, la Marine assure l’action de l’Etat en mer. En 2012, elle a contrôlé 9.500 navires civils dont 43 ont été déroutés, dressé 333 procès-verbaux, arrêté 135 passeurs d’immigrants illégaux, sauvé 200 personnes en mer et procédé à 2000 déminages (bombes, torpilles et munitions de la deuxième guerre mondiale). La protection des pêches dans les zones économiques exclusives nécessite une surveillance régulière. La lutte contre le narcotrafic (13 t de drogues saisies en 2 ans, surtout dans les Caraïbes) devient une véritable opération militaire avec un ATL2, une frégate et des commandos.

Un futur complexe. Selon l’amiral Rogel, la conception de la Marine de demain prend en compte deux impératifs : les missions et le temps. Il faudra défendre les frontières pour garantir la souveraineté de l’Etat, alors que des flux croissants de biens, de personnes et de données (cyberdéfense) traversent les frontières en toute liberté. Or, le temps se comprime de plus en plus. A l’époque de la « blogosphère » et des réseaux sociaux, l’information va vite, la réaction politique aussi et le préavis de l’intervention militaire raccourcit : la montée en puissance n’a pris que quelques heures pour les interventions en Libye et au Mali. Il faut donc se prépositionner au plus près et assurer une préparation opérationnelle permanente. Compte tenu du resserrement de son budget, la Marine devra pouvoir se maintenir sur 1 ou 2 théâtres extérieurs, au lieu de 3 auparavant, avec 15 ATL2 modernisés et 40 avions de la chasse embarquée. La coopération avec la Grande-Bretagne  prévoit une force expéditionnaire commune avec 1 porte-avions (français ou britannique), 1 bâtiment amphibie, 1 escorte binationale et 1 état-major binational vers 2020. Les drones à voilure tournante, qui élargissent le périmètre de connaissance autour du bâtiment sans risque de pertes humaines, équiperont les frégates de haute mer dépourvues de plate-forme pour hélicoptère. L’amiral Rogel exclut l’externalisation du sauvetage en mer, qui nécessite des hélicoptères lourds (type Caïman) capables d’intervenir loin, de nuit et par mauvais temps et de rester longtemps en « stationnaire ». Enfin, l’arrivée des missiles de croisière navals à bord des frégates multi-missions (FREMM) et des SNA permettra des frappes dans la profondeur. « On peut les déployer dans une zone de crise, sans augmenter le niveau de crise », conclut l’amiral.

Loïc Salmon

La sécurisation des océans : un impératif mondial

L’appropriation des mers

Marine et Diplomatie

 

La Marine déploie 5.000-7.000 personnels à la mer sur un effectif d’environ 30.000 hommes et femmes. La Loi de programmation militaire en cours (2009-2014) lui a supprimé 6.000 postes. Le Livre Blanc 2013 sur la défense et la sécurité nationale prévoit une enveloppe globale, toutes armées confondues, de 24.000 suppressions d’emplois supplémentaires. La Marine devra donc procéder à une nouvelle déflation d’effectifs, encore à déterminer, tout en fidélisant ses spécialistes de haut niveau (aéronautique et nucléaire).

 




Marine : obligation permanente d’innover pour rester performante

Les bâtiments de combat doivent allier fiabilité, polyvalence, autonomie et durée dans un environnement difficile. Capacité d’inventions et aptitude à les transformer en innovations assurent la puissance d’une nation maritime.

L’innovation permanente a fait l’objet d’un colloque organisé, le 27 juin 2013 à Paris, par le Centre d’études supérieures de la marine. Y ont notamment participé : l’ingénieur en chef Christian Dugué, responsable du pôle « Architecture et techniques des systèmes navals » à la Direction générale de l’armement (DGA) ; l’ingénieur en chef de l’armement Frédéric Petit, officier correspondant d’état-major pour les études, état-major de la Marine.

Les technologies clés. Pour construire des « plates-formes » (navires de surface et sous-marins), les chantiers navals doivent d’abord maîtriser la métallurgie, la soudure et la peinture, rappelle l’ingénieur en chef Dugué. La durée des plates-formes s’allonge : la frégate De-Grasse a parcouru un million de milles marins (1,8 Mkm) en 37 ans de service et le porte-avions à propulsion nucléaire américain Enterprise a vécu 55 ans ! Les innovations ne créent pas de nouvelles capacités mais remplacent des solutions existantes, notamment dans la propulsion et le stockage d’énergie. Environ 500 personnes, identifiées une par une, travaillent sur 11 plates-formes à propulsion nucléaire (10 sous-marins et 1 porte-avions). Cette innovation dans la propulsion, essentielle pour la dissuasion, a modifié les performances d’un porte-avions. Le retour d’expérience (retex) du Charles-de-Gaulle sur 12 ans permet d’estimer qu’il aura parcouru dans sa vie une distance trois à quatre fois supérieure à celle d’un porte-avions classique et en envoyant plus d’avions en l’air. Il n’a pas besoin de pétrolier-ravitailleur et ravitaille lui-même son escorte. Sa vitesse sert au catapultage des avions et à son déploiement opérationnel. En général, un bâtiment de surface utilise relativement peu ses armes, mais beaucoup ses senseurs et moyens de communications. Le retex de l’opération « Harmattan » en Libye (2011) a identifié le besoin d’optimiser l’exploitation des données multimédias dans la conduite des opérations. Le démonstrateur Evitac (Exploitation des vidéos tactiques), en cours d’expérimentation par la DGA, reçoit, sur une table tactile, des vidéos de plusieurs drones, des forces spéciales et des caméras de conduite de tir. Il permet de partager en temps réel une vision tactique commune avec le centre de commandement opérationnel, qui reçoit également des informations du Rifan (Réseau intranet des forces aéronavales). La prise de décision par le chef opérationnel au cours de l’action en est facilitée.  Déjà, l’équipage de la nouvelle frégate mutimissions (FREMM) a été limité à 94 personnes au lieu de 153 sur une frégate de type La Fayette. L’équipe de plate-forme a été considérablement réduite, grâce à une intégration poussée des équipements. Mais, elle reste en charge de la sécurité (accidents et incendie) et de la sûreté (actes de malveillance). Les informations sur l’état du navire remontent vers elle, afin qu’elle ne se déplace qu’en cas de problème avéré. En revanche, l’équipe du système de combat reste stable et même s’accroît en raison de l’augmentation du nombre d’armes, de systèmes et de missions.

« L’évolutivité ». Comment se produit l’innovation ? Au départ, « quelqu’un a eu une vision et des gens ont pris des risques », explique Christian Dugué. Il y a eu « un contexte un peu particulier et un peu de chance peut-être ». Certaines conditions favorisent l’innovation de technologies clés. Or, ces équipements deviendront obsolètes avant la fin de vie de la plate-forme. Il faudra donc intégrer les innovations « sans casser et refaire la moitié du bateau ». Cela implique d’éviter toute impasse, de ne pas fermer des possibilités, de traiter les interfaces entre équipements dès l’origine et de prévoir quelques marges, car la charge utile de demain est mal connue aujourd’hui. Selon l’ingénieur en chef Dugué, les systèmes de combat deviennent plus complexes avec davantage de communications, de radars et de guerre électronique. Lors des opérations amphibies, la robotique du système de lutte anti-mines futur (SLAMF) évitera de pénétrer dans les zones dangereuses. La DGA a déjà notifié un contrat à DCNS, Thales et ECA pour développer un démonstrateur du SLMAF, qui succédera aux actuels chasseurs de mines. Il s’agit d’un drone de surface autonome en forme de catamaran (USV), de 17 m de long. Un « navire mère » (1.000-2.000 t de déplacement et 100 m de long) pourra en transporter 2 ou 3. Chaque USV remorquera des sonars et une drague et emportera des véhicules sous-marins téléguidés pour la détection, la classification, l’identification et la neutralisation de la menace mine. Dans l’ensemble, les réflexions en cours portent sur l’amélioration de la fonction « tenue de situation » et la réduction de la charge des opérateurs (pas de double saisie d’informations et automatisation des processus simples), en vue d’une « évolutivité » accrue et de l’uniformisation de la solution pour l’ensemble des bâtiments. « Il y a des possibilités informatiques formidables, mais il faut maîtriser le génie logiciel ».

La Marine de 2030. Par suite des contraintes budgétaires, les matériels en service seront prolongés et les programmes étalés. L’innovation technologique se mettra au service de la robustesse des bâtiments, qui disposeront de moins en moins de points d’appui stratégiques, indique l’ingénieur en chef de l’armement Frédéric Petit. Les axes d’effort porteront sur : les capacités de veille, détection et poursuite en surface ; les moyens de guerre électronique ; la protection des systèmes de combat contre la cybermenace ; la détection sous-marine et la discrétion des bâtiments ; la lutte contre les menaces asymétriques ; les missiles à longue portée ; les armements de précision à létalité contrôlée (laser, micro-ondes à forte puissance et artillerie électrique) ; les drones de combat et missiles supersoniques antinavires pour la haute intensité. Les équipements, performants même en conditions dégradées, résulteront d’un double compromis : complexité et intégration à l’ensemble de la plate-forme ; rusticité et simplicité d’apprentissage et d’utilisation par l’opérateur.

Loïc Salmon

Marine : des capacités à la hauteur des enjeux stratégiques

Euronaval 2012 : défis maritime et industriel

Le sous-marin nucléaire d’attaque : aller loin et durer

La puissance accrue des ordinateurs permet de calculer l’adaptation des coques et de les rendre opérationnelles dans les environnements marins les plus sévères, d’améliorer la survie au combat, de placer au mieux à bord les éléments du système de combat et de perfectionner les modes de propulsion. En outre, le bâtiment de combat concentre de multiples liaisons de communications sur une plate-forme exigüe. Parmi les 15 premières nations maritimes du monde, les Etats-Unis arrivent en tête avec un tonnage de 2,9 Mt, devant la Russie (1,1 Mt), la Chine (788.870 t), la Grande-Bretagne (470.000 t), le Japon  (432.000 t), la France (307.000 t), l’Inde (240.000 t), l’Italie (143.000 t), l’Allemagne (133.450 t), la Turquie (108.730 t), Taïwan (105.200 t), le Brésil (101.300 t), la Corée du Sud (89.000 t), le Canada (80.000 t) et la Grèce (79.800 t).