Balard 2015

Le ministre de la Défense et des Anciens Combattants, Gérard Longuet, a présenté le projet, dénommé « Balard 2015 », de son futur ministère au cours d’une conférence de presse, tenue le 31 mai 2011 à l’Ecole nationale supérieure des techniques avancées de Paris.

Il a souligné que ce nouveau ministère regroupera en un seul lieu les centres d’autorité, d’opérations interarmées, d’équipements et de services, actuellement éparpillés sur une douzaine de sites parisiens. L’emménagement du nouveau ministère se fera de septembre à décembre 2014. Ce dernier regroupera 9.250 personnes ainsi réparties sur 420.000 m2 : 3.515 pour l’Etat major des armées et les états-majors Terre, Air et Marine ; 2.664 pour la Direction générale de l’armement ; 1.358 pour le Secrétariat général pour l’administration ; 1.005 pour les services du cabinet du ministre, le Bureau des officiers généraux, le Contrôle général des armées, les inspections générales des armées, la Délégation à l’information et à la communication de la défense, la Délégation aux affaires stratégiques, la Direction générale des systèmes d’information et de communication et la Direction de la protection et de la sécurité de la défense ; 679 pour le Centre interarmées des réseaux d’infrastructures des systèmes d’information (soutien informatique), l’Institution de gestion sociale des armées, des crèches, un pôle médical, des soutiens divers et chancelleries et enfin les services de sécurité (gendarmes de l’Air, pompiers du site et Brigade des sapeurs pompiers de Paris).

Les travaux dureront de janvier 2012 à juin 2014. Ils seront réalisés dans le cadre d’un partenariat public/privé par le groupe Opale Défense, composé des entreprises suivantes : Axa Real Estate, Bouygues Construction, Dalkia France, Icade, Iosis, SIEF, Sodéarif, Sodexo et Thales. L’Etat est représenté par la Caisse des dépôts et consignations qui assure 34 % des fonds propres d’Opale Défense et conserve une minorité de blocage au sein de son capital. De cette opération qui inclut la vente d’une partie de son patrimoine immobilier, le ministère de la Défense devrait dégager une recette nette de 600M€, qui seront réinvestis dans les achats d’équipements prévus dans la loi de programmation militaire 2009-2014. En outre, il économisera 1.370 emplois de soutien. Enfin, il versera à Opale Défense une redevance annuelle de 130 M€ hors taxes entre 2014 et 2041, avant de devenir propriétaire du site.

Celui-ci, qui aura la forme d’un hexagone, a été conçu par trois cabinets d’architectes : Nicolas Michelin, Jean-Michel Vilmotte et l’Atelier 2/3/4. Dix mois par an, le ministère de la Défense assurera de manière « naturelle » près de 80 % de ses besoins de chaud (géothermie et récupération de l’énergie dispersée), de froid (utilisation de la fraicheur de la nappe phréatique) et enfin de ventilation par un dispositif tirant parti des vents dominants et des différences de températures dans ses espaces verts. Des équipements photovoltaïques seront installés sur 7.000 m2 de toits pour produire de l’électricité. Toutefois, les parties hautement sécurisées seront ventilées de manière mécanique. Enfin, la façade du côté du boulevard périphérique de Paris sera durcie contre toute agression extérieure.

Loïc Salmon




Les drones dans les forces terrestres

L’armée de Terre utilise des drones en Afghanistan pour mieux évaluer la situation sur le terrain, en vue de protéger les combattants de la Force internationale d’assistance à la sécurité (FIAS). Dans une opération, même réussie, l’opinion publique ne retiendra que le nombre de morts. Le colonel Stéphane Morelli a présenté l’emploi opérationnel des drones par les forces terrestres au cours de la 5e Rencontre aviation civile aviation militaire, tenue à Paris le 19 mai 2011.

Les drones réalisent des missions de protection et d’appui renseignement au sein de modules multicapteurs, qui incluent radars, ballons et systèmes de détection acoustique. Si le ballon ou le radar détecte quelque chose de suspect, un petit drone de renseignement au contact (DRAC) va reconnaître l’endroit dans les 15 minutes pour confirmer ou non le risque. Cela va de la détection d’individus armés suspects se préparant à harceler un détachement de la coalition à celle de repères de l’emplacement de mortiers. Les détections d’indices difficilement décelables au sol sont essentielles pour prévoir les intentions des insurgés, adapter sa propre manœuvre et disperser les adversaires en minimisant l’effet de leurs tirs. En Afghanistan, les DRAC ont effectué 558 missions et 445 heures de vol entre le 23 octobre 2010 et le 19 mai 2011. Mais, les opérations extérieures ne représentent que 22 % de leur utilisation, contre 37 % pour l’entraînement et 22 % pour l’instruction. L’emploi des drones et leur évolution dans l’espace aérien varient en fonction de leur poids. Un microdrone de moins de 2 kg et volant à 50 m d’altitude aide une section dans un rayon de 2 km. Un mini-drone (8-10 kg, 150 m) appuie un sous-groupement  ou un groupement tactique jusqu’à 10 km. Enfin, un drone tactique (180-500 kg, 1.500 m) protège un groupement tactique, une brigade ou une division dans une profondeur de 80 km. « L’homme reste toujours dans la boucle pour contrôler le système, sa route et une altitude bien déterminée », souligne le colonel Morelli. En cas d’urgence, le drone tactique Harfang, équipé d’un GPS, peut revenir automatiquement à sa base de départ et se poser avec une précision de 50 m. Le SDTi, autre drone déployé en Afghanistan depuis novembre 2009, y a effectué 525 missions pour la FIAS et 1.400 heures de vol jusqu’au 19 mai 2011. Ses missions ont consisté à protéger une force (78 %), faire du renseignement (20 %) et protéger un convoi attaqué (2 %). Le SDTi apporte un appui à une force terrestre lors du désengagement d’une opération, quand les accrochages sont les plus nombreux. Il réalise des dossiers images en préparation d’une opération. Il confirme une identification dans le cadre du renseignement multicapteurs. Il assure la reconnaissance d’un axe terrestre en termes de fluidité et de sécurité. Il confirme ou infirme un objectif potentiel avant son traitement par l’artillerie ou les hélicoptères. Enfin, il évalue les dommages. Les personnels de mise en œuvre, très expérimentés, sont tous d’anciens techniciens et pilotes de l’aviation légère de l’armée de Terre, indique le colonel Morelli. Les retours d’expérience permettent de déterminer les améliorations des performances à apporter et qui varient selon les types de drones. L’endurance des mini-drones et des drones tactiques doit être accrue pour appuyer une opération avant, pendant et après.  Enfin, les besoins logistiques doivent être réduits pour que le coût de l’heure de vol d’un drone tactique ne dépasse pas 1.000 € lors de son déploiement au sein d’une force terrestre.

Loïc Salmon

Le drone SDTi (système de drone tactique intérimaire) de l’armée de Terre.




Armée de Terre, capacité opérationnelle et technicité

« Compétence technique et conviction personnelle à s’engager dans une opération », tels sont les impératifs de l’armée de Terre aujourd’hui, a déclaré son chef d’état-major, le général Elrick Irastorza, devant l’Association des journalistes de défense le 15 juin 2011 à Paris.

Il joue un rôle de conseiller auprès du chef d’Etat-major des armées, l’amiral Edouard Guillaud, qui conduit les opérations. En Afghanistan, les affrontements directs avec les insurgés ont diminué de moitié en un an (un par jour en 2010), mais les attaques par engins explosifs improvisés sont en recrudescence (deux à trois par mois en 2010).  Leur détection n’est guère facile. Malgré les caméras et les détecteurs, rien ne remplace l’homme sur le terrain. « La menace se fait plus insidieuse », indique le général, qui précise que 476 blessés avec une indisponibilité de 15 jours ont été recensés depuis le début de l’engagement français. En 2010, l’armée de Terre a déploré en tout 147 tués, dont 98 hors service et 49 en service (14 au combat). En Afrique, le dispositif est en cours de restructuration. La force « Licorne » de Côte d’Ivoire, actuellement de 900 hommes, sera réduite à 300 pour reconstruire l’armée ivoirienne et protéger les ressortissants étrangers. Les forces françaises stationnées au Sénégal doivent être transférées au Gabon cet été. Par aillleurs, le déploiement au large de la Libye du bâtiment de projection et de commandement Tonnerre, avec ses hélicoptères, constitue la première opération de grande ampleur pour la Marine et l’aviation légère de l’armée de Terre, estime le général Irastorza. L’hélicoptère est un système d’arme « d’opportunité » plus ciblé que l’avion, dont l’emploi est « planifié ». Il s’agit de monter des opérations de nuit avec le stress du combat. La durée d’un engagement repose sur son potentiel, qui se régénère en heures de travail et pièces de rechange, poursuit le général. Par ailleurs, en cas de combat majeur dans le cadre de la politique commune de défense et de sécurité européenne, l’armée de Terre française doit également pouvoir déployer 5.000 hommes en dehors du territoire national. Des unités sont donc maintenues en alerte entre 12 heures (combat) et 9 jours (soutien logistique).

« Le soldat de métier est d’abord un volontaire », souligne le général Irastorza, qui ajoute : « Sur le théâtre, le temps épargne le sang ». En conséquence, les durées des missions sont passées de quatre mois à six. Pour l’Afghanistan, l’engagement dure quasiment 18 mois : 6 mois de préparation opérationnelle, 6 mois sur place et 6 mois de retour d’expérience, récupération en famille et remise à niveau individuelle. L’armée de Terre recrute 72 % de contractuels, nécessairement des jeunes. « On recrute bien et on recrute de bons soldats », souligne le général. Environ 50 % d’entre eux deviennent sous-officiers, le reste venant de l’Ecole nationale des sous-officiers d’active de Saint-Maixent. De ce vivier, sortent 70 % des officiers d’aujourd’hui. Enfin, que pense la société française de ses soldats ? « C’est une logique contradictoire, constate le général, la perception des armées est bonne, mais les militaires ont le sentiment d’une certaine indifférence ». Les gens réagissent différemment selon les liens qu’ils entretiennent avec leurs régiments. Enfin, un conflit en Afghanistan ne donne pas le même sentiment d’immédiateté du danger qu’une guerre sur la frontière du Rhin, estime le général Irastorza.

Loïc Salmon

Le général d’armée Elrick Irastorza choisit l’infanterie de marine à sa sortie de l’Ecole spéciale militaire de Saint-Cyr en 1972. Titulaire d’un diplôme d’études approfondies de défense et de relations internationales, il est breveté de l’Ecole supérieure de guerre. Il a été notamment chef de corps du 8e Régiment de parachutistes d’infanterie de marine, commandant du 1er Bataillon français de l’Autorité provisoire des Nations unies au Cambodge (1992) et commandant des forces françaises engagées dans l’opération « Licorne » en Côte d’Ivoire (2005-2006). Sous-directeur chargé du recrutement à la Direction du personnel militaire de l’armée de terre (2000), il est nommé  major général de l’armée de Terre en 2006, puis promu chef d’état-major le 2 juillet 2008. Le général Irastorza est grand officier de la Légion d’Honneur, commandeur de l’Ordre national du Mérite et titulaire de la croix de la Valeur militaire avec quatre citations.




Marine nationale, Opex et permanence à la mer

Même pendant les opérations extérieures (Opex), la Marine française déploie en permanence des avions et des bâtiments sur toutes les mers du monde, a déclaré son chef d’état-major, l’amiral Pierre-François Forissier, devant l’Association des journalistes de défense le 10 juin 2011 à Paris.

Son programme annuel d’entraînement est de cent jours de mer, hors Opex. A propos de celles-ci, l’amiral précise « Nos marins sont au combat, ce que nous faisons est extrêmement grave ». Il ajoute : « On se bat en Libye et en Afghanistan pour qu’il n’y ait pas d’attentats en France ».  Actuellement, entre sept et huit bâtiments se trouvent entre Toulon et le golfe de Syrte (Libye), un pétrolier-ravitailleur assurant la navette. Alors que le chef d’Etat-major des armées, l’amiral Edouard Guillaud, gère les opérations en temps réel, l’amiral Forissier vérifie les consommations en combustibles, les munitions, les pièces de rechange et… la fatigue des personnels ! Ses problèmes ne sont ni financiers, ni d’armement, mais de ressources humaines. Pour le matériel, il suffit, selon lui, d’anticiper les besoins par une bonne administration et des commandes adaptées. Quand le budget des Opex est dépassé, il est fait appel au collectif budgétaire en fin d’exercice fiscal. En revanche, les marins ne sont pas tous relevables. Ainsi, le commandant du porte-avions  Charles-de-Gaulle, actuellement déployé au large de la Libye, a entamé son huitième mois de mer au cours des douze derniers mois. « Nous consommons, de façon intense, un potentiel qui aurait dû l’être tout au long de l’année, indique l’amiral Forissier, on ne sait pas combien de temps ça va durer et dans quelle intention ». Il ajoute « « On est toujours dans le politico-militaire, avec du concret sur le terrain et de la posture dans le débat international ». Sur un plan plus technique, l’amiral précise que, le 10 juin, la frégate de défense aérienne Chevalier-Paul a été admise au service actif. Ce bâtiment remplit, à lui tout seul, des missions qui nécessitaient 15 navires 40 ans auparavant. En outre, les bâtiments de projection et de commandement Mistral et Tonnerre, avec leurs hélicoptères, sont les premières unités conçues pour les besoins du client, à savoir l’armée de Terre. Ils ont en effet été dimensionnés selon le concept amphibie français de la mer vers la terre. Par ailleurs, en tant que responsable de la préparation des forces navales, le chef d’état-major de la Marine gère deux programmes prioritaires : celui des frégates multimissions (FREMM) et celui des sous-marins nucléaires d’attaque (SNA) de type Barracuda. Le programme initial de 17 FREMM a été réduit à 11 par le Livre Blanc de la défense et de la sécurité nationale, « minimum de cohérence de l’ensemble », estime l’amiral.  Il ajoute qu’il ne peut y avoir de dissuasion nucléaire sans six Barracuda, à bord desquels sont formés les équipages des quatre sous-marins nucléaires lanceurs d’engins. Enfin, le Charles-de-Gaulle est complètement interopérable avec les porte-avions américains grâce à l’embarquement d’avions de guet E-2C Hawkeye, nœuds d’interconnexions des systèmes d’informations et de communications. L’interopérabilité nécessite une qualification de tout le système, dont le pilote est le sommet, car un porte-avions est prêt à tirer sur tout appareil non identifié. Or, aujourd’hui, les avions français peuvent se poser sur un porte-avions américain. « L’interopérabilité est une marque de confiance de la part du partenaire », souligne l’amiral Forissier.

Loïc Salmon

L’amiral Pierre-François Forissier, entré à l’Ecole Navale en 1971, intègre les forces sous-marines en 1975. Ingénieur en génie atomique et breveté de l’Enseignement militaire supérieur, il est auditeur de l’Institut des hautes études de défense nationale et du Centre des hautes études militaires. Il a notamment commandé le sous-marin nucléaire d’attaque Rubis et le sous-marin nucléaire lanceur d’engins Le-Tonnant. Il a aussi exercé les fonctions d’officier en second du dragueur Glycine et de la 20e Division de dragueurs ainsi que celles d’officier de manœuvre du porte-avions Foch. A l’état-major de la Marine à Paris, il a été adjoint du bureau Etudes et plans généraux puis chef du bureau Finances. Après avoir été commandant en second du Centre d’instruction naval de Brest, il est promu contre-amiral en 2001 et nommé adjoint territorial au commandant de la région maritime Atlantique. Commandant des forces sous-marines et de la Force océanique stratégique, il devient en 2005 major général de la Marine, puis chef d’état-major le 4 février 2008. L’amiral Forissier est grand officier de la Légion d’Honneur et commandeur du Mérite maritime.

 

 




Marine et Diplomatie

La Marine, outil militaire dans un conflit de haute intensité et chargée de l’action de l’Etat en mer, participe aussi à la stratégie d’influence visant à peser sur la scène internationale. Le concept de diplomatie navale est né de l’Histoire … et de l’expérience ! Tel a été le thème du colloque organisé, le 20 mai 2011 à l’Ecole militaire à Paris, par le Centre d’études supérieures de la Marine dans le cadre du Forum Bleu Marine. « La mer est un espace de liberté, la liberté, c’est la négociation, la négociation, c’est la diplomatie », a déclaré Gérard Longuet, ministre de la Défense et des Anciens Combattants. La France dispose du deuxième espace maritime du monde, après les Etats-Unis, avec une zone économique exclusive de 11 Mkm2. Le déploiement des bâtiments de projection et de commandement, avec leurs hélicoptères et chalands de débarquement, ou du porte-avions Charles-De-Gaulle, avec son aviation embarquée, exprime des intentions avec toute la gamme des interventions possibles dans un milieu changeant, ouvert ou confiné. « Les escales ont une valeur symbolique forte », souligne le ministre. Les bâtiments français en ont effectué 130 en 2010. Dans le passé, ils ont pratiqué la diplomatie « humanitaire » (boat people, années 1980), celle de « puissance » (golfe Persique, 1986) et celle de « protection » (Liban, 2006). « La permanence à la mer d’un sous-marin nucléaire lanceur d’engins (SNLE) est un facteur considérable d’équilibre », précise Gérard Longuet. Opérant de la mer vers la terre, les bâtiments de surface et les sous-marins d’attaque peuvent intervenir près des côtes et en profondeur dans 150 pays. Ils peuvent aussi pratiquer une diplomatie « réactive », c’est-à-dire réversible dans un délai de quelques heures. En outre, les bâtiments interceptent les communications et recueillent des renseignements, inaccessibles par d’autres moyens, « enjeu considérable », a souligné le ministre. Selon lui, 400 sous-marins de 46 pays sont en service et l’Inde et la Chine veulent se doter de porte-avions opérationnels.  Cette dernière utilise sa Marine, devenue la quatrième du monde en 2000, à des fins diplomatiques, estime le vice-amiral d’escadre (2e S) Alain Dumontet. Elle multiplie se dépenses militaires par deux tous les trois ans pour rattraper son retard technologique. La Chine importe 80 % de son pétrole par le détroit de Malacca et 90 % de ses échanges commerciaux se font par la mer. En conséquence, elle sécurise des « point d’appui » en océan Indien : Pakistan, Sri Lanka, Bangladesh et Malaisie. Son Livre Blanc 2011 sur la défense prévoit tous les moyens d’une Marine de haute mer : 60 frégates équipées de missiles antinavires à longue portée, 40 bâtiments amphibies, 30 sous-marins et 20 en construction. Le SNLE de nouvelle génération emportera des missiles nucléaires de 8.000 km de portée. Le porte-avions Varyag, acheté à la Russie, est en cours de modernisation avec des avions embarqués Sukhoï 30.

Enfin, l’amiral Pierre-François Forissier, chef d’état-major de la Marine, a rappelé que « le centre du monde aujourd’hui, c’est le Pacifique et non plus l’Europe » et que la France est une nation du Pacifique, reconnue comme partenaire par les autres pays riverains. Pour lui, la Marine nationale est avant tout un « outil stratégique », la « contribution navale à la diplomatie globale ». Ses navires polyvalents et fortement armés doivent être servis par des équipages déterminés, courageux et combatifs, pour passer de la simple présence au combat de haute intensité.

Loïc Salmon

 




Les drones vus par le CEMAA

Les drones, réellement pilotés à distance par faisceaux d’électrons intégrés, ont fait preuve de leurs complémentarité et plus-value sur certains théâtres d’opérations.

Tel est l’avis du chef d’état-major de l’armée de l’Air, le général Jean-Paul Paloméros, exprimé lors de la 5ème Rencontre avion civile aviation militaire, tenue le 19 mai 2011 à Paris.

Depuis 15 ans, dit-il, les drones ont démontré un apport de capacités nouvelles et exceptionnelles, d’où leur intérêt militaire, civil, étatique et privé pour la surveillance, la recherche et le sauvetage et enfin le relevé de données scientifiques et atmosphériques. Mais, ils ne remplaceront pas le transport de passagers dans un avenir immédiat. Ils permettent le partage des missions et de la technologie avec les aéronefs habités. Ces plates-formes constituent une spécificité à exploiter, en vue de rechercher des améliorations qualitatives dans la propulsion et l’aérodynamisme. Elles nécessitent aussi un partage de l’éventail des fréquences et donc la maîtrise du spectre électromagnétique pour le pilotage et la transmission de données, en vue de permettre la surveillance en temps réel avec des vidéos en couleurs. Les drones devront aussi atteindre le même niveau de sécurité que les avions. En un siècle,

l’aviation est devenue le mode de transport le plus sûr au monde, malgré quelques accidents,  avec aujourd’hui plus de deux milliards de passagers par an. L’armée de l’Air utilise les drones pour améliorer l’efficacité des missions militaires. Depuis la fin des années 1990, elle en a acquis quatre, qui ont servi notamment pour la sécurité aérienne du voyage du pape Jean-Paul II à Lourdes en 1998, puis les a envoyés en Afghanistan en 2009 pour la surveillance des opérations en temps réel. En deux ans, précise le général Paloméros, les drones Harfang (moyenne altitude et longue portée) ont effectué 4.000 heures de vol et 440 missions opérationnelles pour l’ensemble des troupes de la Force internationale d’assistance à la sécurité. Il s’agit maintenant de chercher un successeur à ce système expérimental, afin de pouvoir différencier les pick up (camionnettes à plateau découvert) civils des pick up armés. L’espace aérien afghan, très complexe, est fréquenté par des avions de chasse et de soutien, des hélicoptères et des appareils de transport civil, sans que le système de contrôle en soit perturbé. Les drones ont été intégrés à ce dispositif confiné, avec des tirs d’artillerie qui montent jusqu’à plusieurs milliers de mètres. La base aérienne de Bagram est comparable à l’aéroport d’Orly avec 150.000 mouvements annuels, soit 400 par jour, et des procédures à respecter. « Les drones ne sont pas des robots, souligne le général Paloméros, mais  des avions à part entière ». Leurs automatismes servent à rentrer à la base en cas de perte de contact, ce qui ne s’est pas encore produit en Afghanistan. Avec 1.500 heures de vol, le Harfang a démontré sa pertinence en opérations : précision micrométrique, système anticollision, liaison satellite et respect des exigences du contrôle aérien. Il peut apporter une contribution appréciable en cas de catastrophe naturelle.

Toutefois, indique le général Paloméros, son intégration dans la circulation aérienne civile nécessite une certification de navigabilité, une qualification du personnel et un dispositif « voir et être vu » (détecter et éviter) pour la sécurité des aéronefs avec des pilotes à bord.

Loïc Salmon

Drone Harfang de l’Armée de l’Air.




Armée de l’Air, deux mois d’opérations en Libye

Dans les opérations aériennes en Libye, la France contribue en tout, sauf les drones, alors que les Etats-Unis en fournissent deux par jour pendant 12 heures, a déclaré le chef d’état-major de l’armée de l’Air, le général Jean-Paul Paloméros, devant l’Association des journalistes de défense le 26 mai 2011 à Paris. Mais, elle pallie cette absence par le pod (nacelle) Damoclès de désignation de cible et d’imagerie infrarouge, qu’emporte le Rafale standard F3 et qui donne une très grande précision. Ainsi un Rafale a pu localiser, à des dizaines de km, 15 avions au sol des forces pro-Kadhafi, tirer et revenir vérifier les dégâts. Les tirs de bombes de 250 kg se font à distance de sécurité avec une précision métrique. Début juillet, sera déployé le Rafale biplace équipé du missile air/sol moyenne portée. Son équipage, composé du pilote et d’un officier système d’armes, est un atout. « Pour différencier un pick up (camionnette avec espace ouvert) armé d’un pick up civil, il vaut mieux être deux à bord », précise le général Paloméros.  Les forces pro-Kadhafi  arment en effet des pick up civils pour frapper la population et chargent leurs ambulances d’armes. Elles essaient aussi de s’infiltrer dans les rangs des troupes d’opposition. « L’apport de l’arme aérienne peut faire basculer le rapport de puissance pour que la population libyenne puisse s’exprimer », souligne le général Paloméros. Les frappes visent des objectifs statiques (centres de commandement, dépôts de munitions) et dynamiques (blindés, pick up armés), en limitant au maximum les dommages collatéraux. Les pistes d’envol sont épargnées, afin de servir après les hostilités. Les poches de résistance disposent d’armes de petit calibre et de missiles sol/air transportés à dos d’homme. De 15 à 20 frappes de combat ont lieu chaque jour. « Sans capacité de renseignement électromagnétique, on ne peut mener une opération », précise le général. L’avion de renseignement électromagnétique Sarigue NG, déclassé en 2004, pourrait être remplacé, par exemple, par des drones et des avions d’origine civile. L’observation par satellite permet d’alimenter une banque de données en permanence et d’acquérir une capacité d’indépendance. Pour effectuer les échanges de renseignements entre alliés selon des procédures complexes, il faut utiliser les mêmes clés de décryptage, accessibles à la suite d’accords de confidentialité qu’ont déjà conclus les Etats-Unis et la Grande-Bretagne. « Le souci est de durer, indique le général Paloméros, et donc de régénérer le potentiel ». Pour cela, tous les types d’avions de l’armée de l’Air sont déployés en Libye, même le Mirage 2000N en raison de sa polyvalence et son armement modulaire. Par ailleurs, des commandos parachutistes de l’air et deux hélicoptères Caracal sont embarqués sur le porte-avions Charles-de-Gaulle, pour le sauvetage éventuel de pilotes. Ainsi, le 24 mai en Afghanistan, les deux membres de l’équipage d’un Mirage 2000D français, en appui d’une unité italienne au contact des insurgés, ont dû s éjecter à la suite d’une panne de réacteur. Ils ont été récupérés en 75 minutes par une équipe américaine aidée d’une patrouille italienne au sol. La surveillance aérienne a été assurée par un drone et une patrouille d’avions américains A10. Enfin, le retour d’expérience des opérations aériennes en Libye, notamment sur l’emploi d’avions monoplaces et biplaces, servira à la préparation de la prochaine loi de programmation militaire.

Loïc Salmon

Le général d’armée aérienne Jean-Paul Paloméros, entré à l’Ecole de l’Air en 1973, est breveté pilote de chasse en 1976. Il a 3.500 heures de vol à son actif. Affecté  au Royal Air Force College (Grande-Bretagne) en 1992, il a notamment commandé la 30e escadre de chasse à Reims (1988) et la base aérienne 120 à Cazaux (1996). En outre, il a été : sous-chef d’état-major opérations (1993), puis sous-chef plans (1994) au commandement de la défense aérienne à Taverny ; adjoint au général commandant les éléments français de l’opération « Crécerelle » en Italie, puis chef du bureau air et adjoint air au commandant de la FORPRONU à Sarajevo (1995) ; chef du bureau études et plans généraux à l’état-major de l’armée de l’Air à Paris (1998) ; secrétaire général des officiers de cohérence opérationnelle (2001), puis chef de la division plans programmes évaluation (2002) à l’Etat-major des armées à Paris. Nommé major général de l’armée de l’Air en 2005, il a été promu chef d’état-major le 25 août 2009. Le général Paloméros est grand officier de la Légion d’Honneur, officier de l’Ordre national du Mérite et titulaire de la Médaille de l’aéronautique.