Eurosatory 2012: armements terrestres, enjeux et perspectives

L’usage de la force par la France dans des opérations extérieures, destiné à s’opposer à la violence au nom d’une cause, passe désormais par l’emploi d’armements sophistiqués et chers.

Cette question a fait l’objet d’une table ronde organisée, le 6 juin 2012 à Paris, par l’Institut des hautes études de défense nationale et la Fondation pour la recherche stratégique (FRS).

L’évolution des armements terrestres prend en compte le retour d’expérience, l’environnement industriel et le choix des pays partenaires, explique Camille Grand, directeur de la FRS. L’intensité des engagements opérationnels en 2011 (Afghanistan, Côte d’Ivoire et Libye) s’est ajoutée au maintien des précédents (Kosovo, Liban et Tchad), consommateurs de moyens et d’effectifs. Aucun de ces engagements, dont les risques sont plus importants qu’anticipé, n’a été une guerre déclarée publiquement. Ils se sont imposés dans un climat d’insécurité et dans le cadre d’une coalition. L’élément budgétaire reste important : aucune économie n’est à espérer car un désengagement a un coût. Les opérations extérieures (Opex) représentent le trentième du budget de l’Etat. L’armée de Terre y consacre 20 % de ses crédits. Or, les Opex constituent un dispositif sous tension durable et ciblé sur des urgences opérationnelles. Sans remettre en cause sa valeur individuelle, l’engagement d’un combattant nécessite des technologies en matière de protection et de renseignement. Le débat entre l’homme et la technique débouche sur une critique du « « tout technologique », qui entraîne une contrainte budgétaire et une préférence pour une plus grande rusticité. S’y ajoute un environnement industriel perturbé. Devant la diminution programmée des commandes militaires aux Etats-Unis, les entreprises américaines d’armement se montrent plus agressives à l’exportation. La consolidation de l’industrie européenne semble donc inévitable, mais se heurte à la faiblesse des marchés nationaux et à la difficulté de lancer de nouveaux programmes. Il s’agit d’innover dans tous les domaines de compétence industrielle mais en se spécialisant, comme dans le cadre de la coopération franco-britannique. Par ailleurs, une réduction du format des armées se répercutera sur les contrats opérationnels. Or, les crises (Sahel Proche-Orient etc.) ne vont guère disparaître, pas plus que le rythme des interventions ne va diminuer après le retrait d’Afghanistan, estime Camille Grand. Aucun engagement ne ressemble au précédent. En outre, l’accès aux ressources logistiques d’autres pays alliés n’est guère automatique. En revanche, le partenariat stratégique franco-britannique repose sur une vision commune de la situation internationale et de la nature des engagements.

L’adéquation entre un projet de politique étrangère et des moyens militaires implique des choix d’armements pour conserver une liberté d’action, estime Christian Mons, président du Conseil des industries de défense et du Groupement des industries françaises de défense terrestre. La France doit pouvoir projeter des troupes où et quand elle le veut sans restriction. Pour cela, elle doit diminuer ses achats d’armements américains pour réduire sa dépendance de la réglementation américaine ITAR (International Traffic in Arms Régulations). Celle-ci, qui encadre l’emploi d’armes d’origine américaine, est utilisée par les Etats-Unis pour favoriser leur politique étrangère. Contrairement à la doctrine américaine de la prééminence du feu, avec des matériels lourds, sur la manœuvre, celle de la France repose sur la proximité avec la population locale et  la modération du feu et de la destruction. Par ailleurs, le maintien en condition opérationnelle des matériels pèse lourd dans le budget des armées. La France doit donc préserver son industrie de défense pour satisfaire et adapter, en priorité, les besoins opérationnels de ses forces engagées et ainsi garder son autonomie de décision. Cela ne saurait être le cas avec des matériels américains ou britanniques, dont les fournisseurs accorderont la priorité à leurs clients… américains ! En conséquence, souligne Christian Mons, il ne faut pas céder à la logique budgétaire à court terme par « l’achat sur étagère » qui, en outre, entraîne des pertes de souveraineté et de capacités de recherche et de développement en France. Il s’ensuivrait un retard technologique croissant sur les pays concurrents, un affaiblissement de l’industrie française de pointe et un manque à gagner pour l’Etat. En effet, chaque euro investi dans ce secteur lui rapporte 1,3 € en recettes induites. Pour conserver un temps d’avance, il convient d’investir suffisamment dans les études amont pour stimuler l’innovation qui repose sur une idée et son financement. Or, la recherche amont ne procure un retour qu’à très long terme (vingt ans), qui nécessite davantage le recours à l’Etat qu’aux entreprises. Celles-ci sont de plus en plus sollicitées par leurs clients étrangers, prêts à financer seulement les études d’application, c’est-à-dire à court terme (cinq ans maximum). Par ailleurs, l’aide de l’Etat à l’exportation d’armements, pratiquée notamment dans les pays anglo-saxons,  devrait permettre de financer la recherche et le développement. Elle passe aussi par l’allègement des lourdes mesures de contrôle, qui font perdre de la réactivité en temps et en argent. L’effort entrepris en ce sens est jugé encore insuffisant. Ainsi, indique Christian Mons, il faut 19 jours pour obtenir une licence d’exportation par le ministère américain de la Défense, contre 45 par la Direction générale de l’armement, de l’équipement complet aux simples pièces de rechange. Ce délai est particulièrement pénalisant pour les petites et moyennes entreprises qui concluent, chaque année, 2.000 à 5.000 contrats de moins de 500€ et totalisent un chiffre d’affaires de 1,5 à 2 Md€.

Loïc Salmon

Le salon de l’armement terrestre Eurosatory 2012, qui s’est tenu en région parisienne du 11 au 15 juin, a accueilli 34 pavillons nationaux et environ 55.000 visiteurs de 138 pays. En France, l’industrie de défense assure 165.000 emplois directs et au moins autant indirects, dont 20.000 très qualifiés dans la recherche et le développement. L’Etat consacre 700 M€ par an aux études amont. L’armement terrestre emploie, directement et indirectement, 40.000 personnes. Eurosatory a été inauguré le 11 juin par Kader Arif, ministre délégué aux Anciens Combattants, à la place du ministre de la Défense Jean-Yves Le Drian en déplacement en Afghanistan pour rendre hommage aux quatre militaires français tués deux jours plus tôt dans un attentat suicide. Kader Arif a notamment déclaré : «  L’Europe de la défense doit prendre une dimension nouvelle et le dynamisme industriel de l’Union européenne est un élément majeur de cette ambition. (…) Les contraintes qui pèsent sur les budgets européens, en raison de la crise des dettes souveraines, nous poussent à mettre en commun et partager. (…) L’évolution du positionnement américain, qui regarde désormais vers l’Asie (…) encourage également les Européens à se saisir davantage encore de leur propre sécurité ».




Crises : prévention et gestion en Ile-de-France

En cas de crises majeures hostiles, accidentelles ou naturelles, le Secrétariat général de la zone de défense et de sécurité de Paris (SGZDSP), rattaché à la Préfecture de police, doit informer le plus vite possible les autorités politiques et administratives et leur fournir les bonnes réponses avec un temps d’avance. Son chef d’état-major, le général Serge Garrigues, a expliqué comment faire face à ces crises, au cours d’une conférence organisée, le 20 mars 2012 à Paris, par l’Association nationale des auditeurs jeunes de l’institut de hautes de défense nationale.

Les crises sont diverses : terrorisme, soulèvement populaire, d’ordre sanitaire, intempéries et inondations. Les terroristes n’ont plus besoin des moyens lourds d’autrefois pour parvenir à leurs fins. Certains ont fait des études supérieures et donc acquis les mêmes démarches intellectuelles que ceux chargés de les dépister. Ils peuvent ainsi simplement faire planer des menaces de nature NRBC (nucléaire, radiologique, biologique, chimique). Un colis chargé d’explosif conventionnel crée la même panique qu’un véritable objet radioactif, s’il est présenté comme tel. Lors des Jeux Olympiques de Londres (27 juillet-12 août 2012), une partie des menaces risque de viser la France, dont certaines zones seront sécurisées. Les ingrédients d’une arme bactériologique sont accessibles sur internet, mais un plan gouvernemental prend en compte la réactivité des laboratoires. Les soulèvements populaires ne se produisent pas d’un seul coup et sont gérés par le préfet de zone. Les crises sanitaires (grippe aviaire par exemple) font l’objet de retours (médicaments et centres de vaccinations). Sur les 30.000 km d’autoroutes du pays, L’Etat ne gère que 900 Km, le reste étant du ressort d’opérateurs privés et de collectivités locales, les mairies étant responsables de l’hébergement des personnes bloquées par un enneigement soudain. L’Ile-de-France dispose de 60 déneigeuses, suffisantes pour faire face… à condition que trop de voitures ne bloquent pas la circulation ! Les leçons de la crue de la Seine de 1910 à Paris ont été tirées. Aujourd’hui, 80.000 personnes se retrouveraient les pieds dans l’eau et 5 millions d’autres subiraient des conséquences (électricité, télécommunications et déchets). Quelque 400 km d’échafaudages seraient installés dans les zones inondables. Environ deux millions de personnes resteraient chez elles… si les toilettes fonctionnaient et si les grands magasins restaient ouverts. L’eau potable serait fournie. Des norias de bateaux enlèveraient les déchets. ERDF (Electricité Réseau Distribution France) a déjà consolidé ses réseaux et mis en place 1.500 groupes électrogènes dans les endroits stratégiques, dont les hôpitaux. Toutefois, une planification d’évacuation de 250.000 personnes, dont 75 % partiraient d’elles-mêmes, est établie sur Lille, Rennes et Strasbourg. Les zones évacuées seraient sécurisées pour éviter les pillages. Dans tous les cas, le SGZDSP doit anticiper les débordements dans les départements voisins, d’autant plus que la couverture médiatique des événements aura un impact sur l’opinion publique et les autorités nationales.

L’action publique en Ile-de-France est exercée par l’Etat et les collectivités locales. L’état-major (75 personnes) du SGZDSP reçoit des informations des préfets des huit départements, par un réseau extranet sécurisé, et définit les priorités. Il faut réagir vite et bien, car si ça démarre mal… ça se passe mal. La réponse est globale. La police et les pompiers interviennent les premiers. Les hôpitaux déprogramment leurs opérations pour libérer 1.200 à 3.000 lits. Le plan de gestion de la circulation prévoit le blocage de certains axes pour envoyer au loin les blessés les moins graves. L’Etat a décentralisé les missions de service public et les capacités de financement. Les préfets élaborent les schémas directeurs, mais les moyens capacitaires sont payés par les conseils généraux. Pour le SGZDSP, il est essentiel que toutes les communes aient leur plan de sauvegarde. Les entreprises ne doivent plus attendre d’aide de l’Etat, sauf pour l’audit de leurs propres plans de continuité de leurs activités. Les sociétés étrangères, implantées en Ile-de-France, ont bien intégré ce fait et, si elles sont bien gérées, constatent que leur cotation en bourse remonte quand la validation de leur plan de sauvegarde est connue ! En cas de crise grave, le plan Orsec (Organisation de la réponse de sécurité civile) est déclenché. Sa planification repose sur quatre principes : sauvegarde de la population ; autonomisation des acteurs économiques et sociaux (audit inondation) ; permanence des services de secours et de police ; maintien des liaisons gouvernementales. Finalement, le dispositif du SGZDSP est une « boîte à outils », où l’état-major prend ce dont il a besoin. Par chance, les principales associations caritatives, dont la Protection civile, la Croix-Rouge et l’Ordre de Malte, disposent de personnels formés et encadrés.

Les opérateurs publics et privés sont preneurs d’informations, partagées grâce à l’extranet sécurisé. Le SGZDSP en a besoin pour sa planification, notamment pour l’alimentation, les télécommunications et l’approvisionnement en hydrocarbures. Cependant, les grands opérateurs ont perdu l’esprit public… et font payer un service maximal ! Aujourd’hui, l’Etat ne peut plus assurer des plates-formes logistiques. Si trop de CRS et de gendarmes mobiles sont mis à contribution pour sécuriser les dépôts d’Ile-de-France, ils seront moins nombreux sur le terrain. Or, en cas de crise majeure, certaines équipes de fauteurs de troubles urbains n’attendent que ça. Ainsi, un mouvement social intense peut dégénérer et empêcher la mise en place du plan de sauvegarde. C’est notamment le cas pour les approvisionnements en hydrocarbures, quand les stations-services sont vidées de leurs réserves en quelques heures par des automobilistes et des chauffeurs de camions paniqués. Selon le SGZDSP, les Français ont perdu la culture du risque depuis la chute du mur de Berlin (1989), contrairement aux citoyens des pays asiatiques et anglo-saxons, mais sont capables de s’organiser dans l’urgence. Les réflexes se créent au fur et à mesure, alors qu’ils devraient s’acquérir… dès l’école !

Loïc Salmon

Les armées peuvent être amenées à participer, sous la direction des autorités civiles, à la gestion d’une crise majeure sur le territoire national : voir dans la rubrique « Archives » 25-4-2012, 26-10-2011 et 26-10-2011. Parmi les sept zones de défense de France, celle de la région parisienne est particulièrement sensible, car elle concentre des institutions et les sièges sociaux de grandes entreprises et des médias nationaux. Son activité économique représente 28 % du produit intérieur brut du pays. Sa population de 11,5 millions de personnes effectue 35 millions de déplacements par jour. Le terrorisme, qui a touché Paris en 1986, a pris de l’ampleur depuis le 11 septembre 2001 à New York (2.977 morts et 6.291 blessés) : 17 attentats dans le monde faisant 828 morts et 3.591 blessés, notamment à Londres et Madrid. La zone Ile-de-France peut compter sur 2.000 sapeurs pompiers, 18.000 médecins et 28.000 policiers, renforcés par les 600 militaires du plan Vigipirate.




Résilience : la survie de la collectivité nationale

En raison de leurs moyens, compétences et capacité à évoluer dans des environnements dégradés, les armées peuvent constituer des ressources pour la gestion de crises majeures sur le territoire national (actes de terrorisme, accidents industriels et catastrophes naturelles). Elles contribuent à la résilience de la nation, comme les réserves militaires et civiles.

Leur participation a fait l’objet d’un colloque organisé le 15 mars 2012, à l’Ecole militaire de Paris, par l’Institut des hautes études de défense nationale (IHEDN), la Fondation pour la recherche stratégique et le Conseil supérieur de la réserve militaire.

L’Etat : d’après le vice-amiral d’escadre Richard Laborde, directeur de l’IHEDN et de l’Enseignement militaire supérieur, la Défense, première raison d’être de l’Etat, et la Sécurité nationale, dont dépendent la vie et la mort de la collectivité, fonctionnent en synergie. La résilience résulte de « la volonté de vivre ensemble, de faire face et de résister par la force des armes si nécessaire ».  Connaître le danger pour savoir le mesurer conduit à la résilience. L’esprit de défense, sur les plans individuel et collectif, a consisté à accepter et endurer la guerre jusqu’à la disparition de l’Union soviétique. Aujourd’hui, l’analyse des menaces porte sur la stratégie et les intentions de l’ennemi éventuel dans le cadre de l’Europe de la défense et aussi la prise en compte de l’évolution de la collectivité nationale : « que peut-on défendre, que veut-on défendre et contre qui ». La France dispose d’un outil militaire qui répond à ses ambitions sur le plan international. Cet outil apparaît comme un modèle à forte résilience : ouverture, disponibilité, force morale et discipline. La dimension morale de l’usage de la force joue un rôle moteur dans la politique internationale, « dans l’observation stricte des lois de la guerre ». Il convient de comprendre la situation internationale pour se donner les moyens d’agir, d’inscrire l’effort dans la durée (lois de programmation militaire depuis 1960) et d’expliquer pour susciter l’adhésion de la nation. « Aucune politique n’a de sens sans consentement national ». Pour le préfet Yann Jounot, chargé de la protection et de la sécurité de l’Etat au Secrétariat général de la défense et de la sécurité nationale (SGDSN), « la résilience consiste à résister, surmonter et rétablir ». Une approche globale et simultanée des risques et menaces implique les mêmes types de préparation, qui se traduisent par un guide pour l’action en termes de sécurité globale. Un dispositif existe au niveau du Premier ministre et avec l’ensemble des ministères. La capacité à comprendre ce qui se passe se met au service d’une stratégie de réponse aux niveaux de l’Etat, du territoire (coordination départementale) et de l’environnement européen, condition d’efficacité internationale. D’abord, il y a le plan gouvernemental, outil de planification, guide pour la stratégie d’action sur le terrain, support de la gestion politique des crises et prise en compte du retour d’expérience. Les professionnels de la gestion de crises y sont associés. Par ailleurs, il convient de connaître les capacités des organisations publiques et privées à tenir dans la durée (économie, transport et santé) et celles des collectivités locales à continuer leurs activités. Les sites internet gouvernementaux communiquent sur la connaissance des risques et menaces pour faciliter leur compréhension par les citoyens. Selon le préfet Jounot, la communication doit être accrue et apporter des réponses précises : comportement des citoyens, association des collectivités locales à la planification et participation à des colloques et séminaires.

Les armées : la résilience est plus longue que la simple gestion des crises, estime le colonel (Terre) Patrick Chanliau, officier « Projets » du Centre interarmées de concepts, de doctrines et d’expérimentations. «  C’est un cycle à quatre-temps :  la préparation, résister, se rétablir et consolider ». Lorsque la crise est jugulée, il faut dresser rapidement un état des lieux et reconstruire, surtout les esprits pour ne pas affecter la volonté de résister à l’événement. Il convient pour tous de ne pas céder à la panique et de garder confiance en soi. Par leur capacité à agir en situation dégradée, les armées inspirent confiance et maintiennent la cohésion nationale, sans laquelle il ne peut y avoir de résilience.  La réponse se trouve dans la solidité des acteurs, la capacité d’agir de manière décentralisée et la solidité technique (réseaux informatiques). Par rapport à la société, les armées ont un rôle à jouer : éduquer en suscitant la conscience raisonnée de la menace (continuité de l’histoire du pays et de ses intérêts) ; informer sur ce qu’il convient de faire (code des sirènes, aujourd’hui méconnu) ; impliquer la réserve ; éviter les initiatives malheureuses et les rumeurs déstabilisantes. Le retour d’expérience doit se faire à chaud et sans complaisance pour en tirer des enseignements. Enfin, il faut intégrer la nécessité de se préparer à la crise future et ajuster les comportements individuels et collectifs.

La réserve : permet à l’Etat de monter en puissance de façons quantitative et qualitative (voir rubrique « Archives » 14-3-2012). Le général d’armée (Gendarmerie) Marc Watin-Augouard, inspecteur général des armées, explique la particularité du réserviste citoyen, qui reste dans son entreprise ou sa collectivité. Il correspond à la notion de poste-clé entre les acteurs de terrain, civils et militaires. La réserve permet d’ajuster l’offre de sécurité et de défense. La réserve citoyenne constitue une résilience territoriale capable de jouer en réseaux maillés. « Il faut 50.000 réservistes, hommes et femmes de toutes conditions. Dans une situation et un lieu géographique donnés, ils peuvent donner de la rassurance », déclare le général Watin-Augouard, qui recommande aux jeunes retraités militaires d’animer ces réseaux citoyens. Enfin, Jean-François Daguzan de la Fondation pour la recherche stratégique conclut : « La résilience est possible quand le citoyen sait qui il est et ce qu’il doit faire ».

Loïc Salmon

Selon le Livre Blanc sur la Défense et la Sécurité nationale (2008),  « la résilience se définit comme la volonté et la capacité d’un pays, de la société et des pouvoirs publics à résister aux conséquences d’une agression ou d’une catastrophe majeure, puis à rétablir rapidement leur capacité de fonctionner normalement, ou à tout le moins dans un mode socialement acceptable. Elle concerne non seulement les pouvoirs publics, mais encore les acteurs économiques et la société civile tout entière. (…) C’est en effet un devoir pour l’État de se préparer à répondre aux situations dans lesquelles pourraient être mis en cause la vie de la population ou le fonctionnement régulier de la vie économique, sociale ou institutionnelle du pays. Cela suppose une organisation des pouvoirs publics, conçue dès le temps de paix pour prendre en compte les hypothèses du temps de crise, et l’établissement de priorités dans les capacités de renseignement, d’analyse et de décision. La résilience suppose aussi d’organiser la coopération entre l’État et les collectivités territoriales, pour la complémentarité des moyens, et entre l’État et les entreprises privées dans les secteurs stratégiques (énergie, communication, santé, alimentation) ».




OTAN : sommet de Chicago

Les chefs d’Etat et de gouvernement des 28 pays membres de l’OTAN ont fait le point sur la situation en Afghanistan et dans les autres théâtres. En outre, ils ont pris des décisions sur les capacités nécessaires à la défense collective, la gestion des crises et la sécurité coopérative, lors du sommet qui s’est tenu à Chicago les 20 et 21 mai 2012. Des communiqués communs ont recensé leurs décisions et objectifs d’ici à 2020.

Pour l’Afghanistan, ils ont rappelé que la responsabilité totale de la sécurité sera transférée de la Force internationale d’assistance à la sécurité (FIAS) aux forces de sécurité nationales afghanes (ANSF) d’ici à la fin 2014. Courant 2013, la mission de la FIAS évoluera du combat à la formation, au conseil et à l’assistance. Après 2014 et à la demande du gouvernement afghan, l’OTAN apportera un soutien politique et conseillera les ANSF, y compris les forces spéciales, mais « ce ne sera pas une mission de combat ». Les mécanismes de financement seront basés sur la flexibilité, la transparence, l’obligation de rendre compte et le rapport coût/efficacité, avec des mesures anti-corruption.

Les autres théâtres ont été évoqués. La capacité de la KFOR au Kosovo sera maintenue pour, notamment, soutenir la mission « Etat de droit » menée par l’Union européenne (UE). Les enseignements tirés de l’intervention en Libye, menée sous mandat de l’ONU et avec le soutien de la Ligue des Etats arabes, seront intégrés dans les plans de l’OTAN. La lutte contre la piraterie au large de la corne de l’Afrique a été prolongée jusqu’à la fin 2014, en coopération avec l’UE (opération « Atalante »). A la demande de l’Union africaine (UA), son soutien à sa mission en Somalie (AMISOM) est poursuivi dans les domaines des transports maritime et aérien stratégiques et le développement des capacités de la future force africaine de l’UA. L’opération maritime « Active Endeavour » contre le terrorisme est maintenue. En coopération avec l’ONU, l’OTAN entend faire appliquer la résolution 1325 du Conseil de sécurité sur la protection des femmes et des enfants dans les situations de conflit, où ils font l’objet de recrutement, de violences sexuelles et d’attaques ciblées. L’OTAN continue de collaborer avec l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE) dans la prévention et la résolution des conflits, le relèvement de pays affectés par un conflit et la réponse aux nouvelles menaces de sécurité aux niveaux politique et opérationnel. Les négociations se poursuivent avec la Macédoine, le Monténégro, la Bosnie-Herzégovine et la Géorgie en vue de leur adhésion à l’OTAN. La coopération avec la Russie porte sur : les arrangements de transit dans les deux sens pour la FIAS en Afghanistan ; l’affectation de fonds à la maintenance des hélicoptères des ANSF ; la formation conjointe de personnels de lutte contre la drogue venus d’Afghanistan, d’Asie centrale et du Pakistan ; la lutte contre le terrorisme et la piraterie maritime ; l’échange d’informations sur les capacités de défense antimissiles.

Les capacités atteintes et à réaliser à l’horizon 2020 ont été définies à la suite de l’adoption d’un nouveau concept stratégique, lors du sommet de Lisbonne (19-20/11/2010). Face à la prolifération des missiles balistiques, la capacité intérimaire de défense antimissiles est considérée comme une première étape de la mise en place d’un système de défense antimissiles de l’OTAN pour protéger le territoire, la population et les forces de tous les pays européens membres. Cela implique un partage équitable des risques et charges, compte tenu du niveau de la menace, de la capacité de soutien financier et de la faisabilité technique. Un système allié de surveillance terrestre, très sophistiqué, est en cours de déploiement. Plusieurs pays alliés (non cités) ont lancé une initiative de grande ampleur visant à améliorer le renseignement, la surveillance et la reconnaissance interarmées. La mission de police du ciel dans les Etats baltes est prolongée.

A l’horizon 2020, les  forces de l’OTAN devront être étroitement interconnectées, équipées, formées, entraînées et commandées, afin d’agir ensemble et avec des partenaires dans n’importe quel environnement. La coopération existe déjà dans le transport aérien stratégique et les systèmes aéroportés de détection et de contrôle. Il convient de maintenir une industrie européenne de défense forte et de faire le meilleur usage du potentiel de coopération industrielle entre Alliés pour la mise en place des capacités nécessaires à une « défense intelligente » (« smart defence » en  anglais). Celle-ci repose notamment sur des projets multinationaux pour améliorer la protection des forces, la surveillance et l’entraînement, en vue d’une plus grande efficacité opérationnelle, d’économies d’échelle et d’une interconnexion plus étroite. L’OTAN et l’UE feront en sorte que l’initiative de défense intelligente de l’Alliance atlantique et l’initiative de défense européenne de mutualisation et de partage se complètent et se renforcent mutuellement. Les efforts de l’UE ont été reconnus en matière de ravitaillement en vol, soutien médical, surveillance maritime et formation. L’importance des connexions entre les forces des Etats membres et d’autres pays partenaires (pays européens non membres et pays arabes) a été démontrée lors de la  phase aérienne de l’intervention en Libye en 2011. En outre, les pays membres de l’OTAN vont renforcer la coopération entre leurs forces spéciales, notamment par l’intermédiaire de l’Etat-major des opérations spéciales de l’OTAN. Enfin, la posture de dissuasion et de défense de l’OTAN sera améliorée par une utilisation plus intensive de sa Force de réaction.

Loïc Salmon

En Afghanistan, « notre mission en termes d’action et de combat est terminée », a déclaré le président de la République François Hollande, au cours d’une conférence de presse à l’issue du sommet de l’OTAN à Chicago le 21 mai. Il a rappelé que la France déplore 83 militaires tués et de nombreux blessés depuis 2001. Les troupes combattantes, soit la majeure partie des 3.400 militaires déployés, auront quitté le pays d’ici au 31 décembre 2012. Ensuite, des personnels participeront à la formation de la police et de l’encadrement de l’armée afghane et procéderont au rapatriement du matériel via l’Ouzbékistan et le Pakistan, une fois obtenus les accords de transit. Après 2014 et conformément au traité franco-afghan signé en janvier et qui doit être ratifié à l’automne, la France apportera « un soutien civil à l’accès au développement, à l’éducation, à la santé et à l’émancipation des femmes », a précisé le président. Enfin, il a estimé avoir reçu les garanties nécessaires pour adhérer à la défense antimissiles balistiques, autre dossier important du sommet de l’OTAN.




L’ennemi : un choix essentiellement politique

En temps de guerre, il faut tuer l’ennemi, désigné pour des motifs plus politiques que stratégiques et qu’il faut déshumaniser pour légitimer la violence. Tel est l’avis de Pierre Conesa, ancien adjoint au directeur de la Délégation aux affaires stratégiques.

Auteur du livre « La fabrication de l’ennemi ou comment tuer avec sa conscience pour soi », il a présenté son argumentation au cours d’une conférence organisée, le 3 mai 2012 à Paris, par l’Association des auditeurs jeunes de l’Institut des hautes études de défense nationale. Selon lui, la construction de l’ennemi facilite la cohésion nationale et permet d’expliquer les difficultés économiques. En outre, une « bonne » guerre sert souvent d’exutoire à la vitalité des jeunes. Par ailleurs, une démocratie n’est pas pacifiste par nature ni une dictature belliciste par nature. Toutefois, une guerre menée par une démocratie doit être acceptée par son opinion publique. Les « think tanks » (institutions privées de recherche) et les organismes publics chargés des questions stratégiques doivent identifier les risques, menaces et ennemis en vue de formater les forces militaires nécessaires. Or, ceux qui font l’opinion belliciste ne sont pas les intellectuels et les médias les plus lucides, mais les plus lus et les plus regardés.

Les rebellions et révoltes se classent en diverses catégories. Il y en aurait environ 400 dans le monde, alors que les think tanks américains n’en recensent que 40 et que le Livre Blanc sur la défense et la sécurité nationale de 2008 ne donne que la vision française. Traditionnellement, l’ennemi se situe au-delà de la frontière. Au nom du droit historique, certaines autorités politiques déterminent encore le territoire de l’identité nationale : la Serbie vis-à-vis du Kosovo et la Grèce qui considère la mer Egée, bordée par la Turquie, comme une mer intérieure alors que sa souveraineté ne s’exerce que sur les îles. Au XIXème siècle, la rivalité planétaire a fait son apparition. L’Allemagne, soucieuse d’une influence comparable à celles des empires coloniaux français et britannique, a fabriqué l’idéologie du « péril jaune » contre la Chine, peuplée à l’époque de 400 millions d’habitants susceptibles d’envahir l’Occident. Par la suite, ce « péril », largement instrumentalisé, a désigné le Japon vainqueur de la Russie en 1905, la Chine communiste en 1949 et enfin l’un puis l’autre lors de leurs décollages économiques respectifs en 1960 et 2000. Or, en 2011, le budget chinois de la Défense s’établit à 420 Md$, soit le  cinquième de celui du Pentagone ! Pendant la guerre froide (1947-91), la propagande communiste a vilipendé les « impérialismes » britannique et américain. La guerre civile, qui vise l’assassinat de l’ennemi intime, commence par les mots qui disqualifient le voisin… avec la participation des Eglises et des intellectuels ! Ce processus conduit à l’humiliation de « l’autre » : attentats contre les lieux de culte chiites et sunnites au Moyen-Orient et aussi camps de concentration et viols collectifs en Bosnie. Le conflit en République démocratique du Congo est le plus meurtrier depuis la seconde guerre mondiale. Plus insidieux, l’ennemi caché repose sur la théorie du complot : d’abord « juif », avec la Shoah pour conséquence, et ensuite « américain » responsable de tout. Les idéologies totalitaires, laïques ou religieuses, donnent à penser que le monde peut être totalement organisé et que « l’autre » doit être exterminé : grands procès de Moscou (années 1930), révolution culturelle en Chine (1966-76) et attentats suicides d’aujourd’hui. Dans les territoires occupés, l’habitant est figuré, par l’occupant, comme un sauvage qui ne comprend que la force. L’unilatéralisme, qui consiste pour un pays à ignorer les instances internationales (ONU, OTAN) pour parvenir à ses fins, conduit à déclarer la guerre à des concepts comme « l’axe du mal » ou le terrorisme. Enfin, les médias servent de caisses de résonnance aux diasporas actives, intellectuels engagés et organisations humanitaires.

La vision de l’ennemi des néo-conservateurs américains remonte à l’humiliation de la prise de l’ambassade des Etats-Unis à Téhéran en 1979. Or, pendant toute la guerre froide, les Etats-Unis n’avaient pas hésité à soutenir des régimes dictatoriaux dans le monde pour occuper le terrain face à l’Union soviétique. Après la chute de celle-ci, l’Iran devient donc l’ennemi idéal. Les relations de Washington avec ce pays sont complexes : soutien à la dictature du Shah (1953-79) puis à l’Irak en guerre contre l’Iran (1980-88), qui se trouve aujourd’hui encerclé de bases américaines installées dans les pays voisins et qui souhaite se doter de l’arme nucléaire. En termes de prolifération nucléaire, Washington pratique le double standard, souligne Pierre Conesa : l’Iran, l’Irak et la Corée du Nord sont de « mauvais » proliférateurs, mais Israël, le Pakistan et l’Inde sont de « bons » proliférateurs, car alliés des Etats-Unis. Pour les néoconservateurs américains, les guerres en Irak et en Afghanistan sont une vengeance contre les attentats terroristes du 11 septembre 2001. Le terreau idéologique a été préparé dès les années 1990 avec notamment le livre « Le choc des civilisations » (Huntington) traduit en 39 langues, diffusant ainsi une vision « américaine » du monde. Les médias ultra-conservateurs du groupe Murdoch ont amplifié le phénomène. D’une façon générale, les Américains, veulent des héros « positifs » et voient la guerre comme au cinéma, d’où le succès des westerns contre les Indiens et de la série du vengeur Rambo. Ils n’ont en effet jamais connu l’invasion, contrairement aux Européens plus conscients des conséquences d’une guerre sur la population locale. Ainsi, la moitié seulement des pays de l’Union européenne ont suivi le Etats-Unis en Irak (opération dite « préventive » par l’administration Bush). En revanche, l’intervention en Afghanistan, légitimée par un mandat de l’ONU, a suscité la solidarité de la quasi-totalité d’entre eux.

La déconstruction de l’ennemi nécessite un acte politique. Les sorties de guerre civile passent par les lois d’amnistie. La France et l’Allemagne, qui ont connu trois guerres (1870, 1914-18 et 1939-45), ont conclu un traité de réconciliation (Elysée, 1963) et entamé la construction européenne. L’Afrique, sujette à des problèmes récurrents de frontières, sollicite souvent l’arbitrage de l’ONU. Enfin, la Cour internationale de justice vise à casser le mécanisme de la vengeance en faisant juger les dictateurs « bourreaux » par la communauté internationale.

Loïc Salmon

Pierre Conesa, chercheur associé à l’Institut de relations internationales et stratégiques, est maître de conférences à l’Ecole nationale d’administration. Il a été notamment adjoint au directeur de la Délégation aux affaires stratégiques (DAS) du ministère de la Défense (1992), puis au directeur des relations internationales de la Délégation générale de l’armement (1997). La DAS propose des analyses des crises internationales, coordonne les réflexions stratégiques menées au sein du ministère de la Défense et soutient celles d’instituts de recherche et d’organismes universitaires français et étrangers. Enfin, elle participe au processus interministériel de contrôle des exportations de matériel de guerre et aux négociations sur la non-prolifération d’armes nucléaires.




Sauvetage de combat : l’apprentissage des médecins

Les médecins généralistes des armées doivent être capables d’évaluer les blessés graves au plus près du conflit, de les prendre en charge et de faciliter leur évacuation sur un hôpital de campagne. Leur préparation opérationnelle a été présentée à la presse, le 5 avril 2012 à Paris, par le médecin général inspecteur Maurice Vergos, directeur de l’Ecole du Val-de-Grâce.

Depuis la guerre du Golfe (1991), les médecins apprennent  à appliquer automatiquement, en milieu hostile et en situation dégradée, les gestes d’urgence adaptés aux circonstances. L’apprentissage s’articule sur trois niveaux : minimiser les conséquences des erreurs commises ; réévaluer ses actes et ceux des autres ; éviter les erreurs futures par la préparation, l’anticipation et la formation. Le sauvetage de combat nécessite aussi de savoir utiliser les transmissions, pour demander du secours dans un cadre multinational, et de savoir se servir d’une arme, pour défendre les blessés ou soi-même en cas d’agression. Toutefois, le médecin n’est pas un combattant, rappelle le directeur de l’Ecole du Val-de-Grâce. La mise en condition de projection sur un théâtre d’opérations comprend des préparations « santé » et « militaire ». Le futur médecin commence par étudier six ans à l’Ecole de santé des armées de Lyon-Bron, qui regroupe les Ecoles du service de santé des armées de Bordeaux et de Lyon depuis le 2 juillet 2011. Sa formation initiale générale militaire inclut l’école du soldat, le tir et les stages parachutiste et de plongeur. Puis, il va passer trois ans à l’Ecole du Val-de-Grâce en stages hospitaliers dans différents services : urgences civiles (bloc opératoire, service des brûlés et accidents de la route avec le sapeurs pompiers de Paris) ; blessures de guerre d’origine nucléaire, radiologique, biologique ou chimique ; blessés psychiques à identifier, à isoler rapidement, pour qu’ils ne perturbent pas l’équipe soignante, et à évacuer. Des exercices d’opération sanitaire ont lieu sur le terrain, notamment l’échographie d’urgence en cas de situation isolée. Parallèlement, s’effectue une formation continue d’adaptation aux milieux terrestre, aérien et maritime. Le sauvetage de combat prend en compte tous les retours d’expériences. Dans ce domaine, l’Ecole du Val-de-Grâce dispense trois types d’enseignements : une formation initiale spécialisée, des techniques de réanimation de l’avant et la médicalisation en milieu hostile. L’entraînement collectif est validé au sein du détachement d’assistance opérationnelle du camp militaire de Canjuers (Var). Pour sauver le maximum de monde au cours d’une opération, les médecins s’habituent à l’urgence collective. Ils doivent pouvoir donner des informations précises sur l’état de gravité des blessés, en vue de leur évacuation. Les outils de simulation  apprennent à demander les moyens d’évacuation appropriés. En 2011, environ 220 médecins ont participé à plus de 80 stages de préparation opérationnelle santé. Les auxiliaires de santé effectuent également des stages de sauvetage de combat.

La guerre en Afghanistan constitue aujourd’hui le principal terrain d’application. Le médecin soigne les blessés sans distinction. Ses camarades de combat se sont assurés au préalable qu’un taliban blessé et hospitalisé ne constitue plus une menace. Dans l’ensemble, les équipes de liaison et de tutorat opérationnel (OMLT, sigle OTAN) de la Force internationale d’assistance et de sécurité, destinées à conseiller les unités militaires afghanes, disposent de binômes médecin généraliste/infirmier. Toutefois, la ressource étant insuffisante, l’un des membres du binôme se retrouve parfois seul. Les médecins doivent donc savoir former des auxiliaires à la demande. Les spécialistes sont en général affectés à l’hôpital militaire de Kaboul et les réservistes, également spécialisés, à l’aéroport international. Des médecins afghans sont envoyés en formation en France et certains peuvent préparer l’agrégation à l’Ecole du Val-de-Grâce. Par ailleurs, les médecins féminins effectuent les mêmes formations et entraînements que leurs collègues masculins et leurs affectations dans les OMLT ne posent guère de difficultés, indique le médecin général Vergos. Vu le nombre croissant d’étudiantes à l’Ecole de santé des armées, le corps médical militaire français sera bientôt féminisé à 50 %.

« Les stages de préparation opérationnelle avant projection sont indispensables pour les techniques de réanimation de l’avant, conclut le directeur de l’Ecole du Val-de-Grâce, la qualité de la formation est validée par les retours d’expérience. Cet outil de formation a fait la preuve de son efficacité ».

Loïc Salmon

Les militaires gravement blessés au combat doivent être pris en charge en moins d’une heure, avant leur évacuation en métropole. Parmi eux, certains seront amputés. D’ici à 2014, une quinzaine d’amputés d’une main ou d’une jambe vont recevoir des prothèses articulées, actuellement en dotation dans les armées américaine et canadienne. Les « « mains » permettent un mouvement complet de l’articulation du poignet et les « genoux » une marche régulière et la prise en compte d’obstacles. Ces prothèses de dernière génération, d’un coût d’environ 55.000 € pièce, sont financées par un fonds exceptionnel alimenté en majorité par la Caisse nationale militaire de sécurité sociale et l’Office des anciens combattants et victimes de guerre et complété par l’entraide des associations « Solidarité défense » et « Terre fraternité ».




Gulf 2012 : exercice majeur en milieu désertique

Gulf 2012 : exercice majeur en milieu désertique

« Le combat en milieu désertique doit être pratiqué régulièrement », a déclaré le capitaine de vaisseau Antoine Camus, sous-chef études et relations extérieures à l’Etat-major interarmées de force et d’entraînement (EMIA-FE), lors de la présentation à la presse, le 5 avril 2012 à Paris, de l’exercice interarmées Gulf 2012, qui s’est déroulé du 15 avril au 3 mai aux Emirats arabes unis (EAU).

Cet exercice, qui a impliqué des composantes terrestre, aérienne, maritime et des forces spéciales, est le quatrième du genre après ceux de 2000, 2005 et 2008. Mais, pour la première fois, des véhicules blindés de l’avant ont été déployés, des moyens de défense aérienne avec transmission de données ont été mis en œuvre et des avions Rafale ont procédé à des tirs d’armes.

Gulf 202 a nécessité des moyens logistiques de grande ampleur pour faire venir des forces de France. Les personnels ont été transportés par des avions militaires et les matériels ont été acheminés par mer sur des navires affrétés. L’Etat-major des forces françaises aux EAU a été renforcé par l’EMIA-FE de Creil, qui a assuré la planification de Gulf 2012 dès octobre 2011, et par l’état-major de Force de Besançon. Les hélicoptères sont venus de Djibouti.

Le scénario de Gulf 2012 a été bâti sur une crise qui a dégénéré en conflit de haute intensité, avec une montée en puissance, un engagement et une stabilisation dans la région d’Al Hamra (voir carte). L’entraînement des postes de commandement (15- 26 avril) a consisté à faire travailler les différents niveaux de commandement binational (tactique et de théâtre d’opérations). Les forces émiriennes sont habituées aux équipements sophistiqués. De leur côté, les composantes françaises (Terre, Air, Marine et forces spéciales) mettent au point leur programmes respectifs  de coopération avec leurs homologues des EAU. Mais, pendant l’exercice, elles ont toutes manœuvré de façon combinée sur le terrain (28 avril-3 mai), afin de tester les procédures communes et leur capacité à travailler ensemble et à leur niveau.

Gulf 2012 avait quatre objectifs : démontrer la capacité de la France à honorer son engagement en matière de défense auprès des EAU ; démontrer le niveau opérationnel atteint par les armées des deux pays dans un engagement conjoint ; entraîner les commandements du niveau de théâtre d’opérations ; poursuivre le développement de l’interopérabilité de toutes les composantes.

« Le partenariat avec les Emirats arabes unis  doit s’entretenir dans la durée, conclut le capitaine de vaisseau Camus, la qualité de leurs officiers s’améliore d’année en année ».

Loïc Salmon

Près de 1.800 militaires français ont été engagés dans l’exercice Gulf 2012, dont 1.100 venus de France en renfort des forces prépositionnées à Djibouti et dans les Emirats arabes (base aérienne d’Al Dhafra et base navale d’Abou Dhabi). Ont également été déployés : un groupement tactique interarmes avec des unités blindées et mécanisées ; des systèmes de défense sol/air ; la frégate antiaérienne Cassard , des avions de chasse Rafale et Mirage 2000 ; un avion de surveillance radar E-3F AWACS ; des hélicoptères ; des avions de transport.




Coalition 2012 : exercice majeur d’état-major à l’Ecole de guerre

L’Ecole de guerre, qui forme des officiers supérieurs français et étrangers, inclut un exercice annuel de simulation interarmées de niveau OTAN dans son cursus. Dénommé « Coalition », celui-ci prend en compte l’environnement politique, diplomatique et médiatique d’une crise. Une journée de sensibilisation a été organisée le 15 mars 2012, à l’Ecole militaire de Paris, pour les attachés de Défense étrangers et la presse.

Le scénario, à configuration ouest-européenne fictive, implique une « Confédération », une « Alliance » et des Etats neutres. Il s’agit, pour les participants, de faire travailler toutes les composantes de chaque camp, qui prend tout à tour l’initiative. Des considérations juridiques et économiques entrent aussi en jeu, sans oublier les aspects « asymétriques » de l’affrontement, arbitré par un système informatique du Centre de simulation de théâtre (18 permanents et 4 réservistes). Celui-ci prépare et conduit le scénario et valide les méthodes d’action en coordination avec le Centre interarmées de concepts, doctrines et expérimentations (voir rubrique « Archives » 31-08-2011). Des conseillers tactiques assurent l’interface entre la simulation et les stagiaires. Un shelter militaire, installé dans la cour de l’Ecole de guerre, abrite les équipements informatiques qui traduisent les renseignements techniques en renseignements tactiques pour les composantes aérienne, maritime et terrestre. Enfin, la Direction de l’exercice maintient l’équilibre entre les deux camps et procède à des calages, matin et soir, avec les unités et les « mentors » pour garder le conflit à un niveau raisonnable de violence et éviter la montée aux extrêmes. L’objectif n’est pas de gagner à tout prix, mais de comprendre comment les choses se passent, de favoriser les interactions et de stimuler la réflexion des stagiaires. Les forces armées sont dirigées par l’Etat-major interarmées stratégique (8 personnes dont des officiers étrangers), qui assure la liaison avec les autorités politiques, dont il concrétise les directives et les objectifs en ordres opérationnels. Il vérifie que Coalition 2012 se déroule conformément au plan initial, comme, par exemple, l’emploi de réfugiés comme boucliers humains ou de sociétés militaires privées à un moment donné. Il tient à jour une carte « politique » par sa connaissance de l’action réelle sur le terrain. Au-dessous, sur le plan militaire de théâtre, chaque camp a son PC, dont l’état-major interarmées de 40 personnes correspond, dans la réalité, à 60-100 personnels pour mettre en œuvre des forces combinées de 80.000 hommes. Il traite les aspects militaires, civilo-militaires et politico-militaires, à savoir les incertitudes étatiques. Il s’agit surtout de faire circuler l’information entre ses cellules (renseignement, logistique et conduite des opérations) et de coordonner l’action des composantes tactiques «  terre », « air », « mer » et « forces spéciales », qui ont leurs propres cellules. La composante « terre » dispose d’un état-major de 16 officiers (60 à 150 dans la réalité) pour la planification à 72 heures et la conduite de son action spécifique. La composante « air » (8 personnes) évalue les besoins en support aérien, mais ne conduit pas les opérations aériennes. La composante « mer » (une dizaine de personnels) établit la planification de son groupe aéronaval en coordination avec la précédente, en vue du débarquement des troupes alliées avec ses moyens amphibies. Elle assure la protection, par bâtiments de surface et sous-marins, des 2 convois civils qui acheminent des renforts en provenance d’Amérique du Sud. La composante « forces spéciales », qui planifie des opérations de niveau stratégique, compte 3 personnes correspondant à un état-major de 200 hommes pour 4.000 déployés sur le terrain.

Les intervenants extérieurs, à savoir les diplomates et les organisations non gouvernementales, cherchent à stabiliser la situation sur le terrain et à établir des couloirs humanitaires pour garantir la survie des populations. Cela implique des négociations avec le secrétariat général de l’ONU, représenté, dans Coalition 2012, par… un ancien ambassadeur africain à l’ONU ! Le Centre d’études diplomatiques et stratégiques, forme des diplomates et des officiers supérieurs d’une quarantaine de pays. Les autorités politiques commandent aux militaires. Or, le jeu politique est complexe : rapports internes conflictuels et revendications officielles et officieuses. Avec la disparition de deux blocs de la guerre froide, les Etats neutres se trouvent au cœur des conflits pour négocier des solutions. Celles-ci s’élaborent aux niveaux politique et diplomatique. Dans la réalité, le décideur définit une position officielle, mais il est influencé par ses conseillers. Les médias tirent profit de toutes les sources et les exploitent pour la télévision, la radio, la presse écrite et le « web » (internet). Les élèves-journalistes, âgés de 20-21 ans, sont en deuxième année d’un cursus de trois ans. Leur école, l’Institut supérieur de la communication, de la presse et de l’audiovisuel, participe à l’exercice Coalition depuis plusieurs années. Deux journaux télévisés d’une vingtaine de minutes sont réalisés chaque jour à l’Ecole de guerre à partir de dépêches fictives des agences AFP et Reuters, complétées par des « plateaux » de présentation, des reportages sur le terrain et des interviews en direct. La radio  émet un « flash » toutes les heures et deux journaux par jour. Les journaux télévisés et radio sont diffusés dans toutes les salles de l’exercice. Pour la presse écrite, deux quotidiens recherchent un équilibre dans la présentation du conflit, mais avec un point de vue conforme à la sensibilité de leur camp respectif. Un troisième, de six pages, est réalisé le soir et distribué aux militaires le lendemain matin. Un site « web » met en ligne 40 dépêches par jour avec un article de fond, des photos, des interviews MP3 et même un « forum » pour les populations. Les deux camps organisent une conférence de presse quotidienne. Coalition 2012 est particulièrement complexe, car les choses ne se passent jamais comme elles le devraient. « Il faut bien commander et anticiper », conclut le contre-amiral commandant le PC de l’Alliance.

Loïc Salmon

L’exercice Coalition2012 s’est déroulé du 27 février au 9 mars, pour la planification, et du 12 au 17 mars pour la conduite proprement dite. Il a mobilisé 537 personnes, dont 263 stagiaires de l’Ecole de guerre, l’ensemble des cadres de l’Ecole et du Centre de simulation pour la formation, l’entraînement et l’expérimentation, 3 officiers généraux, l’Etat-major interarmées de forces et d’entraînement, le Commandement des opérations spéciales, les armées de Terre et de l’Air et la Marine nationale, une vingtaine d’opérateurs de simulation commune au niveau théâtre d’opérations (JTLS dans la nomenclature OTAN), des officiers des pays partenaires, 80 élèves-journalistes et 10 cadres de l’Institut supérieur de la communication, de la presse et de l’audiovisuel, 40 auditeurs et cadres du Centre d’études diplomatiques et stratégiques, le ministère des Affaires Etrangères et Européennes, l’UNITAR (Institut des nations unies pour la formation et la recherche) et enfin des réservistes.




Mercenariat : de l’action militaire à la sécurité

Les Etats tendent à déléguer leurs responsabilités de sécurité et, parfois, militaires à des sociétés privées, dont le cadre juridique international reste à définir. Les pratiques de certaines d’entre elles s’apparentent au mercenariat, consistant à faire la guerre ou proposer des services « militaires » pour de l’argent.

Une table ronde sur le sujet, organisée le 6 février 2012 à Paris par l’Association des auditeurs jeunes de l’Institut des hautes études de défense nationale, a réuni Franck Latty, professeur de droit public à l’université Paris 13, Emeric Lhuisset, enseignant à l’Institut d’études politiques de Paris, artiste et photographe, et des intervenants ayant travaillé dans des « sociétés militaires privées » (SMP) ou des « entreprises militaires et de sécurité privées » (EMSP).

Sur le terrain : les SMP et EMSP, au personnel international, connaissent un véritable essor depuis la fin de la guerre froide (1991), consécutif à la professionnalisation des armées dont le soutien (logistique et surveillance) est de plus en plus confié à des prestataires civils. Elles ont pu s’équiper grâce aux armes disponibles sur le marché dès la disparition de la menace soviétique et après la chute du régime Kadhafi en Libye (2011). Les Etats employeurs de SMP ne comptabilisent pas leurs pertes au combat. Les opinions publiques nationales ne s’émouvant pas, ils peuvent ainsi continuer à maintenir indirectement des forces sur le terrain. Les Etats-Unis le font en Irak et en Afghanistan. Plus grande SMP du monde, la société américaine « Black Water », devenue « Xe » puis « Academi », applique une logique proche du mercenariat. Elle a été sollicitée pour sécuriser l’ambassade des Etats-Unis à Bagdad, participer à la lutte contre les pirates en océan Indien et lutter contre les pillards après le passage de l’ouragan Katrina à la Nouvelle-Orléans. Elle dispose d’une filiale pour la fabrication d’engins blindés. De son côté, la CIA américaine recourt aussi à des organismes de renseignement… privés ! En Afghanistan, des entreprises privées ont fait appel à des SMP sri-lankaises armées de kalachnikovs. Certaines compagnies maritimes embarquent des SMP sur leurs navires. Des ONG concluent des contrats avec des EMSP. Toutefois, les montants des contrats de SMP sont élevés, car ils incluent le logement et l’assurance de leurs personnels dans la zone de conflit. Par ailleurs, la conduite de certaines SMP a défrayé la chronique : trafics d’armes et de jeunes femmes en Bosnie-Herzégovine (1999), déclenchement d’une fusillade mortelle au-delà de la légitime défense contre des civils en Irak, escroquerie à l’égard des forces  américaines et proxénétisme en Afghanistan…

Emeric Lhuisset, qui avait rencontré des SMP en Afghanistan en 2004, a étudié le profil de ces nouveaux « mercenaires », qui entretiennent la paranoïa ambiante dans une zone à risques pour proposer leurs services. Pour ce faire, il a fondé la société fictive de sécurité intitulée « Mercenary International Corporation », avec un site internet accrocheur (voir encadré). Le titre prêtant à confusion, il a reçu une cinquantaine de candidatures en trois ans… dont une seule l’a interrogé sur la légalité de ce travail ! Il s’agit surtout de « retraités » de leur services d’origine : « marines » américains ayant combattu en Irak et en Afghanistan, militaires croates, policiers français, membres des SAS britanniques, soldats de la Légion étrangère, vigiles sans expérience militaire et… même un groupe de sept membres des forces spéciales chinoises désireux de travailler ensemble ! Ces curriculum vitae ont fait l’objet d’un livre d’analyse de leurs motivations.

Droit et déontologie : les SMP et EMSP, assurant de la protection, ne sont pas assimilées à des sociétés de sécurité comme celles de transport de fonds, dont le personnel peut être armé. Alors que le mercenariat s’exerce contre un Etat en place, les SMP et EMSP agissent dans le cadre législatif du pays hôte. Toutefois, travaillant sous contrat en dehors de toute hiérarchie militaire, elle jouissent d’une impunité de fait, en cas de dérives, et peuvent se délocaliser dans un Etat où la législation est moins contraignante. En France, la législation sur le mercenariat et la sécurité privée (vigiles) n’est pas adaptée aux SMP et EMSP, alors que les pays anglo-saxons ont tendance à mélanger les deux. Quant aux Etats hôtes, ils les contrôlent davantage quand la situation intérieure se stabilise. Ainsi, en Irak, les autorités refusent désormais de renouveler le port d’armes des personnels de ces diverses sociétés dites « contractantes ». De fait, le droit international ne comporte pas encore de règles s’appliquant à des entreprises privées régies par les droits nationaux, mais une harmonisation semble possible. L’encadrement des SMP et EMSP passe par celui des législations nationales. Sur le plan international, le « Document de Montreux » mentionne le respect des droits de l’Homme et une bonne pratique des EMSP par l’Etat employeur, mais sans recommandations aux sociétés elles-mêmes. Le projet de convention du Conseil des droits de l’homme de l’ONU prévoit que chaque Etat adapte son droit : licence, enregistrement, sanctions pénales pour les infractions et droit de recours pour les victimes. Comme il implique la responsabilité de l’Etat employeur, ce projet semble difficile à réaliser. Il reste alors l’autorégulation, prônée par le Code de conduite international des entreprises de sécurité privées et signé par la plupart des EMSP. Ce dernier énonce des normes de comportement souples : légitime défense, interdiction de la torture et de la traite d’êtres humains. Cependant, il ne prévoit pas de mécanisme de contrôle qui montrerait du doigt les EMSP qui ne le respecteraient pas. Le mot de la fin revient au théoricien italien Machiavel (1469-1527), cité par Emeric Lhuisset : « L’expérience a prouvé que les princes et les Républiques, qui font la guerre par leurs propres forces, obtenaient seuls de grands succès et que les troupes mercenaires ne causaient jamais que du dommage ».

Loïc Salmon

Cette société FICTIVE rencontre un certain succès. La présentation qui suit, rédigée en anglais et en français, a en effet de quoi attirer les mercenaires potentiels, invités à envoyer leur curriculum vitae. « Voulez vous gagner de 50 000 à 200 000 dollars par an ou plus, travailler dans des lieux exotiques autour du monde ?
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Afghanistan : nouvelle posture de la Brigade La Fayette

Le transfert de la défense et de la sécurité du territoire aux forces afghanes, entamé depuis octobre 2011, doit être progressif pour déterminer une prise de conscience de leur légitimité qui, à son tour, inspirera confiance à la population, estime le général Jean-Pierre Palasset, commandant de la brigade française La Fayette en Afghanistan.

Le général a fait un point de situation le 29 mars 2012, au cours d’une visioconférence entre le camp de Nijrab et la salle de presse du ministère de la Défense à Paris. Selon lui, pour que les forces gouvernementales puissent vaincre les insurgés, la brigade La Fayette doit relever trois défis : continuer de combattre avec elles ; encourager leur autonomie; planifier et conduire la transition.

Les modes d’action des insurgés s’adaptent en permanence à la situation et se cumulent : harcèlement, engins explosifs improvisés, attaques complexes, attentats suicides, véhicules piégés, tirs fratricides et manifestations. Chaque année, après l’hiver, les agressions reprennent en mars et avril, puis diminuent en mai en raison de la récolte du pavot pour la préparation de l’opium. Toutefois, le pavot n’est pas cultivé dans les zones tenues par la brigade La Fayette, précise son commandant. L’ANCOP (Afghan National Civil Order Police), équivalente de la gendarmerie mobile ou des CRS français, se charge de vérifier les zones de culture. La brigade a anticipé la période délicate de reprise des agressions en densifiant les points d’observation dans les vallées qu’elle contrôle. La guérilla tente toujours d’occuper la « zone verte » de la vallée de Tagab, afin de s’imbriquer dans la population et faire pression sur elle.

L’armée nationale afghane (ANA) a massivement recruté et peut désormais passer à une sélection plus sévère, d’après le général Palasset. « En trois à quatre ans, il fallait monter en puissance, créer une armée, la former et l’équiper ». Aujourd’hui, une division d’infanterie d’environ 6.000 hommes est capable de mener seule l’action principale d’une opération, qui repose sur quatre piliers : planification et conduite ; renseignement et appui aérien ; évacuation des blessés par hélicoptères ; réserve prête à intervenir. La brigade La Fayette apporte un appui au commandement et « laisse faire » l’ANA pour qu’elle devienne légitime et crédible. Celle-ci, bien équipée par les Etats-Unis, va aussi récupérer une partie des matériels de la Grande-Bretagne. La France compte rapatrier le maximum de ses matériels majeurs. Les pays qui laisseront des équipements militaires devront prendre en compte  la formation du personnel local sur ceux-ci et la maintenance de ces matériels, indique le général.

Les infiltrations de l’ANA par les talibans ont entraîné, dès la fin 2011, des mesures de contrôle du recrutement et de vérification du personnel par le ministère afghan de la Défense. La Force internationale d’assistance à la sécurité en Afghanistan (FIAS) a renforcé la capacité de l’ANA à identifier les talibans infiltrés, les soldats qui se sont radicalisés et les malades mentaux. La brigade La Fayette s’est concertée avec les unités afghanes dont elle à la charge « pour éviter la défiance qui nous aurait coupés de nos partenaires ». Les officiers et sous-officiers de l’ANA comprennent ces mesures de protection, mais il est plus difficile de savoir ce que pense la troupe. Toutefois, « l’expérience nous a appris à dépasser cette épreuve sans passer à la psychose ».

Le retrait d’Afghanistan de la brigade La Fayette s’effectue « de manière déterminée », souligne le général. Les drones Harfang et leurs opérateurs ont été rapatriés en février (voir « Archives » 14-03-2012). Toutefois, la brigade dispose encore de SDTi (système de drones tactique intérimaire) et de DRAC (drones de renseignement au contact) et peut faire appel aux drones de la FIAS. Les missions des forces spéciales sont conduites de nuit. Les relèves se font par l’aéroport de Kaboul et la base aérienne de Bagram, tous deux à l’abri des tirs indirects jusqu’à 2.000-3.000 m. Les menaces de missiles d’une portée de 5.000 m, dont sont équipés les talibans, ne perturbent pas encore le rythme des relèves. Les avions de chasse concentrent donc leurs efforts sur l’appui des troupes au sol. Parmi les districts que contrôle la brigade La Fayette, deux sont particulièrement sensibles car l’insurrection locale est attisée par le rejet de l’étranger. Le tempo de redéploiement de l’opération « Pamir » en Afghanistan reste du ressort du président de la République. « Nous sommes prêts à toute éventualité, car nos études prennent en compte toutes les hypothèses », conclut le général Palasset.

Loïc Salmon

Depuis la décision présidentielle du 27 novembre 2011 de retirer progressivement les forces françaises d’Afghanistan avant 2014, trois retraits de 200 hommes chacun ont eu lieu en octobre 2011, novembre-décembre 2011 et mars 2012. Les 3.400 militaires restants participent à la sécurisation des provinces de la Surobi et de la Kapisa, au soutien des forces de sécurité afghanes et à la montée en puissance de l’armée nationale afghane (formation et accompagnement sur le terrain). Depuis son engagement en 2001 au sein de la Force internationale d’assistance à la sécurité en Afghanistan, la France  perdu 83 militaires en mission.