A l’Est, la guerre sans fin 1918-1923

Les cartes et analyses de spécialistes de quinze pays différents expliquent pourquoi, cent ans après l’armistice de 1918, la paix n’est pas encore vraiment instaurée à l’Est de l’Union européenne et aux Proche et Moyen-Orient.

Les traités. Pourtant, la page de la Grande Guerre aurait dû être tournée avec les divers traités, rédigés en français, anglais et parfois italien, mais dont seule la version française fait foi : Versailles, 28 juin 1919, avec l’Allemagne ; Saint-Germain-en Laye, 10 septembre 1919 avec l’Autriche ; Neuilly-sur-Seine, 27 novembre 1919 avec la Bulgarie ; Trianon, 4 juin 1920 avec la Hongrie ; Sèvres, 10 août 1920 avec la Turquie, non appliqué et remplacé par celui de Lausanne, 24 juillet 1923. Outre le rétablissement de la paix en Europe et dans le monde, ces traités devaient redessiner la carte des Etats formés après la disparition des Empires allemand, austro-hongrois et ottoman, considérés comme responsables du conflit. Ces traités multilatéraux résultent d’un processus juridique complexe mis au point entre l’Acte final du congrès de Vienne (9 juin 1815), élaboré à l’issue des guerres napoléoniennes, et le premier traité multilatéral mettant fin à la guerre de Crimée (30 mars 1856). Hôte de la Conférence de la paix en 1919, la France devient la dépositaire des traités multilatéraux rédigés à l’issue des négociations. Un seul exemplaire étant signé par tous les Etats membres, le gouvernement français établit les procès-verbaux des dépôts de ratification des traités, remet des copies certifiées conformes aux pays signataires et indique leur date d’entrée en vigueur. Il doit rassembler les pièces constitutives de chaque traité, en vérifier la validité et en suivre l’exécution. Ainsi, le ministère français des Affaires étrangères conserve tous les documents signés par les chefs d’Etat et souverains des pays concernés par la première guerre mondiale. Il s’agit de la Belgique, de la Bolivie, du Brésil, de la Chine, de Cuba, de l’Equateur, de la Grèce, du Guatemala, de Haïti, du Hedjaz intégré aujourd’hui à l’Arabie saoudite, du Honduras, du Liberia, du Nicaragua, de Panama, du Pérou, de la Pologne, du Portugal, de la Roumanie, de l’Etat serbe-croate-slovène dont les composantes sont aujourd’hui indépendantes, du Siam (Thaïlande), de la Tchécoslovaquie (aujourd’hui scindée en deux) et de l’Uruguay. Tous ces documents sont désormais consultables sous forme numérique.

« Atlas raisonné ». L’ouvrage « A l’Est, la guerre sans fin 1919-1923 », catalogue de l’exposition éponyme au musée de l’Armée, présente un aperçu du destin de vingt-cinq pays concernés. Ces entités politiques, étendues ou minuscules, anciennes ou récentes, durables ou éphémères, restituent la grande variété des situations. Une carte de synthèse, établie par les ingénieurs géographes du Centre des archives diplomatiques rappelle les frontières de 1923, avec des éléments antérieurs pour une meilleure mise en perspective. L’histoire de chaque pays, entre 1918 et 1923, présente sa participation aux divers conflits avec les conséquences en termes de territoires, de nationalités et d’instabilité politique (révolutions et contre-révolutions). Les interventions militaires françaises, significatives, sont parfois mentionnées. En effet, forte de sa prépondérance militaire en 1918, la France a tenté, avec ses soldats, ses diplomates et ses alliés, de mettre en place un nouvel ordre stratégique.

Loïc Salmon

« A l’Est, la guerre sans fin 1919-1923 », ouvrage collectif. Éditions Gallimard/Musée de l’Armée, 336 pages, 300 illustrations, 29 €

Exposition « A l’Est, la guerre sans fin 1918-1923 » aux Invalides

Exposition « 1918, armistice(s) » aux Invalides




Marines : coopérations accrues dans les dix prochaines années

Espace de liberté et futur eldorado économique, la mer devient le théâtre de nouvelles menaces : terrorisme,  trafics illicites, piraterie, pillages et pollutions. Pour les contrer avec des matériels performants mais chers et des budgets restreints, les Marines militaires devront coopérer davantage.

Leur avenir d’ici à 2025 a fait l’objet d’un colloque organisé le 28 octobre 2014 au Bourget (banlieue parisienne) lors du Salon Euronaval. Y sont intervenus les chefs d’état-major des Marines française, sénégalaise, espagnole et brésilienne.

Vu de France. Quelque 90 % des échanges de marchandises se font par la mer et 90 % des télécommunications transitent dans des câbles sous-marins, rappelle l’amiral Rogel. Le volume de fret transporté, passé de 4,5 Mdt à 9 Mdt en 20 ans, devrait atteindre 14 Mdt en 2020. Ces flux empruntent des détroits clés : Malacca, Ormuz, Bab-el-Mandeb, Suez, le Bosphore, Gibraltar et Panama. Pour sécuriser les voies commerciales maritimes, des réflexions sur les pires scénarios sont menées au sein de la Marine nationale, qui doit s’adapter en permanence avec des moyens adéquats et à vérifier régulièrement. Les trafiquants de drogues, d’armes et d’êtres humains (immigration clandestine) profitent de la liberté des mers. Aujourd’hui, un navigateur GPS permet aux pirates de Somalie ou d’ailleurs de s’aventurer loin en mer et de revenir à bon port. Par ailleurs, la raréfaction des ressources à terre favorise la prospection de gaz et de pétrole offshore par des fonds 4.000 m et les ressources halieutiques sont de plus en plus demandées. Ce nouveau potentiel économique et industriel de la mer engendre des tensions près des nouvelles frontières maritimes des États riverains : mer de Chine, océan Arctique, Méditerranée orientale, canal de Mozambique et l’Est du Brésil. La Marine doit garantir la souveraineté de la France sur une zone économique exclusive de 11 Mkm2, qui lui donne des droits et lui impose des devoirs. La lutte contre la pêche illégale s’intensifie pour éviter le pillage et la disparition d’espèces dans les zones de « surpêche ». Lors d’une crise en Méditerranée, la mer devient souvent la seule voie d’accès. La Marine doit s’approcher de la zone littorale, à portée de l’adversaire. Divers pays se sont lancés dans une politique maritime importante, dont l’Union européenne (UE) devra tenir compte, avertit l’amiral. Sur le plan mondial, la France, en tant que membre permanent du Conseil de sécurité de l’ONU a l’obligation de pouvoir intervenir n’importe où. Sa Marine doit disposer de bâtiments capables de se déployer loin et longtemps, dans un contexte d’écrasement des temps médiatique, politique et militaire. Le déclenchement d’une crise est connu en 10 minutes par les réseaux sociaux et entraîne une réaction politique immédiate. La Marine doit donc prépositionner ses bâtiments au loin. Mais elle ne peut agir partout seule, souligne son chef d’état-major. Cela implique des coopérations avec les Marines des pays de l’UE, de l’OTAN et d’Afrique de l’Ouest et de l’Est : opérations « Corymbe » dans le golfe de Guinée et « Atalante » au large de la Somalie. Les bâtiments et aéronefs de la Marine surveillent les côtes et captent des renseignements en mer et même loin à l’intérieur des terres. Enfin, l’accès aux zones littorales permet d’intervenir à terre à partir de la mer : les  frégates européennes multimissions FREMM et les futurs sous-marins d’attaque Barracuda seront dotés du missile de croisière naval à longue portée.

Vu du Sénégal. Les enjeux maritimes des pays africains portent d’abord sur une  protection efficace de leurs ressources, explique l’amiral  Cissoko. Rien qu’au Sénégal, le secteur de la pêche, fournisseur de protéines pour la population et créateur d’emplois, perd 290 M$ chaque année, par suite des captures illégales. La plupart des ressources pétrolières et gazières offshore se trouve à proximité des frontières maritimes entre le Sénégal et la Guinée Bissau, le Ghana et la Côte d’Ivoire, le Nigeria et le Cameroun. Des mécanismes nationaux et régionaux permettraient d’assurer une gestion consensuelle des zones d’exploitation aux frontières pour éviter les conflits. Les États africains doivent pouvoir garantir la sécurité des transports maritimes, des ports et des voies de communications dans les eaux relevant de leur juridiction. Cela implique d’harmoniser les différentes initiatives des partenaires occidentaux en Afrique et de renforcer les capacités d’action navale des États africains. De plus, les stations de surveillance existantes manquent de matériels adaptés au climat de l’Afrique. Compte tenu des budgets militaires limités de ces pays, l’amiral propose d’acquérir des matériels majeurs pour leurs Marines en échange de concessions d’exploitation de ressources naturelles pour une période déterminée. Par suite du cadre juridique inadéquat et du manque de moyens techniques, les États africains ont tendance à sous-traiter la sécurité et la sûreté maritimes à des sociétés privées. Il s’ensuit des difficultés liées à l’emploi de la force lors de la police en mer : règles d’ouverture du feu ; traçabilité des armes ; formation des agents de sécurité privés. Pour faire face à tous ces enjeux, les États africains doivent développer leurs propres capacités d’action navale par des partenariats entre eux, pour avoir un impact durable, et harmoniser leurs coopérations avec les États occidentaux, conclut l’amiral.

Vu d’Espagne. Le Livre Blanc 2013 sur la sécurité maritime prend en compte les risques et menaces déjà mentionnés ainsi que les catastrophes naturelles et accidentelles en mer, indique l’amiral Munoz-Delgado y Diaz Del Rio. Il présente cinq directives : participations coordonnées de toutes les agences relevant plus ou moins de la mer ; efficacité et meilleur emploi des moyens existants ; coopération internationale ; coopération avec le secteur privé ; cybersécurité. La Marine espagnole de demain doit améliorer ses capacités, surtout en matière de sécurité maritime et de réaction aux crises.

Vu du Brésil. La zone de juridiction  du Brésil en Atlantique Sud s’étend sur 4,5 Mkm2, soit 53 % du territoire national, souligne l’amiral Soares de Moura Neto. Le Brésil participe aux opérations internationales de maintien de la paix par la prévention, l’action diplomatique et l’effet dissuasif. Sa Marine échange des informations en temps réel avec les États-Unis, l’Argentine, le Paraguay, l’Uruguay, le Pérou l’Angola, la Namibie et le Sénégal.

Loïc Salmon

Marine : obligation permanente d’innover pour rester performante

Golfe de Guinée : zone de crises pour longtemps

Le basculement océanique mondial

Quelque 500 nouveaux programmes de construction, totalisant plus de 3.800 navires de surface et sous-marins, sont en cours, soit un chiffre d’affaires de 900 Md€ sur 20 ans. Les perspectives des Marines en 2025 ont été abordées par quatre chefs d’état-major. De gauche à droite : amiral Jaime Munoz-Delgado y Diaz Del Rio (Espagne) ; amiral Bernard Rogel (France) ; modérateur José-Manuel Lamarque (France) ; contre-amiral Cheikh Bara Cissoko (Sénégal) ; amiral Julio Soares de Moura Neto (Brésil).

 

 




Terrorisme : mobilisation internationale publique et privée contre son financement

Pour lutter contre le financement du terrorisme, l’ONU enjoint les Etats à se doter de listes de gels d’avoirs et autorise des sanctions contre des organisations terroristes. Celles-ci reposent sur des spécificités locales mais profitent de facilités, voire de carences, au niveau international.

Cet aspect a été abordé au cours du Forum parlementaire sur la sécurité et le renseignement organisé, le 20 juin 2019 à Paris, par l’Assemblée nationale et le Sénat. Y sont notamment intervenus : Patrick Stevens, directeur du service de contre-terrorisme d’Interpol ; Emanuele Ottolenghi, Fondation pour la défense des démocraties ; Brahim Oumansour, chercheur à l’Institut de relations internationales et stratégiques ; Duncan Hoffman, directeur chez Chainalysis.

L’action d’Interpol. Les 194 pays membres d’Interpol travaillent sur le financement du terrorisme en établissant des liens entre les cibles et en fusionnant les renseignements sur les activités suspectes, indique Patrick Stevens. Pour les enquêtes conventionnelles, une plateforme permet de partager les informations avec les acteurs présents en Syrie, en Irak et au Mali. En cas d’attentat au Kenya ou au Sri Lanka, cela peut apporter une valeur ajoutée en approfondissant des enquêtes sur les réseaux sociaux. Des banques de données existent sur : les noms des personnes recherchées, dont 50.000 combattants étrangers en 2019 contre 8.000 en 2016 ; les bagages abandonnés ; les renseignements biométriques (8.000 en 2016). Interpol apporte son aide pour la constitution de bases biométriques en Syrie, en Irak et au Mali. La collecte de preuves sur le champ de bataille a permis des enquêtes, qui ont conduit à de nombreuses arrestations. Les banques de données vont inclure les noms de personnes incarcérées pour lien avec le terrorisme et qui restent radicalisées après leur sortie de prison. En matière de financement, Interpol émet des « notices » sur les bonnes pratiques, partagées avec le Groupe Egmond. Il existe une notice spéciale relative à la base de données de l’ONU sur les armes saisies par les armées et celles saisies sur des personnes qui voyagent. Enfin, les banques ont accès à 90.000 documents rédigés par Interpol

Les réseaux du Hezbollah. Le groupe islamiste chiite Hezbollah, considéré comme terroriste notamment par les Etats-Unis et l’Union européenne, a combattu contre l’Etat islamique (EI) en Syrie et en Irak et intervient contre Israël, à partir du Liban, et au Yémen. En Amérique latine, il s’appuie sur l’importante diaspora libanaise chiite pour établir des réseaux de trafics de drogue, d’êtres humains, d’armes et de diamants, explique Emanuele Ottolenghi. Pour se constituer une façade légitime, il y investit dans les mosquées, écoles, centres culturels et associations caritatives. Grâce à ses réseaux de sympathisants, il a conclu des alliances avec les autorités et mouvements politiques locaux. Ses représentants permanents coordonnent les circuits commerciaux, exigent des contributions, recourent à l’extorsion de fonds envers les récalcitrants et assurent les transferts financiers. La plus grande communauté libanaise d’Amérique du Sud se trouve dans la « zone des trois frontières » entre le Paraguay, le Brésil et l’Argentine. Ces trois pays ne considèrent pas le Hezbollah comme une organisation terroriste et seul le Brésil dispose d’une législation contre le financement du terrorisme. Cette zone, traversée par 100.000 personnes/jour et 40.000 véhicules/semaine, est desservie par trois aéroports internationaux et reliée par routes aux principaux ports régionaux et à l’hinterland industriel. Trois juridictions, diverses langues (anglais, espagnol, chinois et persan), plusieurs monnaies (dont le dollar et l’euro) et peu de contrôle aux frontières facilitent la contrebande. Les transactions financières illicites ont atteint 18 Mds$ en 2017, grâce à la zone franche de Ciudad Del Este, la troisième du monde pour le commerce de détail après Hong Kong et Miami. Des entreprises locales, liées au Hezbollah, achètent des produits bon marché en Chine et Hong Kong, par l’intermédiaire de sociétés américaines installées à Miami qui les transportent par avions cargos directement à Ciudad Del Este ou à Asuncion (Paraguay), Montevideo (Uruguay) et Campinas (Brésil) puis par camions à Ciudad Del Este, pour y être revendues. En outre, l’Iran apporte un soutien direct au Hezbollah par ses propres réseaux latino-américains, déploie des agents du Corps des gardiens de la révolution islamique et s’appuie sur les agents de l’Organisation extérieure de sécurité du Hezbollah pour des actions coordonnées.

L’approche globale. La déstabilisation de l’Irak et de la Syrie a induit la montée du terrorisme et non pas l’inverse, souligne Brahim Oumansour. Entre 2000 et 2007, l’EI n’a revendiqué que 5,3 % des attentats dans le monde et Al Qaïda 1,9 %. Des facteurs spécifiques à chaque pays se trouvent à l’origine de la radicalisation politique dans une zone soumise à un conflit interétatique ou à la faiblesse de l’Etat. Nécessité financière et besoins en armes et équipements motivent l’allégeance de groupes locaux au terrorisme international (EI et Al Qaïda). Par ailleurs, l’effondrement du régime irakien a servi les desseins de l’EI et le conflit religieux, entre chiites et sunnites, ceux de l’Arabie saoudite et de l’Iran. En Libye, à la guerre civile entre milices islamistes et tribales se superposent des rivalités internationales entre Egypte, Emirats arabes unis, Qatar et Turquie. Toutefois, l’opération militaire transnationale, réussie, contre l’EI en Libye, doit être suivie par un retour au dialogue et à la réconciliation pour éviter la pérennisation des conflits entre minorités et autorités centrales, estime Brahim Oumansour. Mais cette sécurité apparente ne règle pas les conflits sociaux latents. Dans les pays touchés par le terrorisme majoritairement musulman, il s’agit d’éviter le sentiment d’exclusion. Parmi les 8.000 djihadistes maghrébins partis combattre en Syrie depuis 2013, 6.000 sont venus de Tunisie, 2.000 du Maroc et…78 d’Algérie, où des réformes économiques ont éradiqué les bidonvilles et des programmes sociaux ont réduit la menace terroriste. En Tunisie, l’Etat et son appareil sécuritaire restent fragiles.

Loïc Salmon

En 2018, l’activité économique des crypto-monnaies s’est montée à 1.242 Mds$, dont 812 Mds$ de Bitcoins et 430 Mds$ d’Ethereums, indique Duncan Hoffman. Seulement 1,6 Md$ ont été utilisés à des fins criminelles, dont 1 Md$ volé par les hackers et 500 M$ envoyés dans les « darknets » (réseaux anonymes). Plus rapide que le blanchiment d’argent, les chantages et demandes de rançons, effectués par des hackers d’Europe de l’Est disposant d’algorithmes très sophistiqués, portent sur des cibles de haute valeur financière ou de données sensibles, des agences gouvernementales, des contractants de défense, des campagnes électorales et des organisations privées vulnérables sur le plan informatique. Les hackers « étatiques » de Russie, d’Iran et de Corée du Nord veulent des gains financiers mais cherchent aussi à créer des perturbations politiques dans les pays visés.

Terrorisme : menace transnationale et moyens financiers considérables

Sécurité : Israël et la France, face au terrorisme islamiste

Sécurité : le renseignement dans la lutte contre le terrorisme




Armements : la France parmi les cinq principaux exportateurs

Avec 4,8 Md€ de prises de commandes d’armement en 2012 contre 6,5 Md€ l’année précédente, la France se maintient dans le peloton de tête des exportateurs mondiaux. Toutefois, le marché de l’armement fonctionne par cycles où le poids des contrats majeurs prédomine, explique le rapport au Parlement sur les exportations françaises d’armement, présenté le 11 septembre 2013 par le ministre de la Défense, Jean-Yves Le Drian. Pour la période 2008-2012, les prises de commandes françaises (contrats signés et premiers acomptes versés) se répartissent essentiellement entre l’Asie avec 26,9 %, les Amériques (26,3 %), les Proche et Moyen-Orient (21,4 %), l’Europe (16 %) et l’Afrique (5,2 %). Sur le plan mondial entre 2006-2011, les Etats-Unis arrivent en tête avec 48 % des parts du marché, suivis de la Russie (12 %), de la Grande-Bretagne (10,8 %), de la France (8,6 %) et d’Israël (5 %). Selon l’Institut international de recherche sur la paix de Stockholm, les dépenses militaires dans le monde, quoiqu’en baisse de 0,5 % en un an, ont totalisé 1.244 Md€ en 2012 et le volume des exportations d’armement a augmenté de 9 % avec des prises de commandes de 79,5 Md€. La Russie, qui souhaite se donner les moyens militaires d’une politique de puissance a augmenté ses dépenses d’armement de 113 % entre 2003 et 2012 et va y consacrer 600 Md€ d’ici à 2022. Malgré la réduction des budgets de défense, les dépenses militaires des Etats-Unis représentent 40 % du total mondial et celles des pays européens 18 %, dont celles de la France 3,4 %. Selon les données officielles des Etats, les pays européens de l’OTAN ont dépensé 285 Md€ pour leur défense, soit moins que ceux d’Asie-Pacifique avec 300 Md€. Ces derniers, qui ont connu une croissance économique depuis dix ans, renforcent en effet leurs capacités de défense en raison de leur perception des risques et menaces liés à leur environnement régional. Par ailleurs, le 2 avril 2013, l’Assemblée générale de l’ONU a adopté le Traité sur le commerce des armes à une très large majorité. La France l’a signé le 3 juin ainsi que 66 Etats, dont 24 de l’Union européenne. Ce traité interdit tout transfert d’armement qui aurait pour conséquences, notamment, la violation d’une résolution du Conseil de sécurité des Nations unies, le non-respect par un Etat de ses obligations internationales ou encore des attaques dirigées contre des populations civiles ou des biens civils protégés par des accords internationaux. Ce traité doit encore être ratifié par les Parlements de 50 Etats pour entrer en vigueur.

Loïc Salmon

DGA : l’expertise technologique, avenir de l’outil de défense

Eurosatory 2012: armements terrestres, enjeux et perspectives

Les GTIA en Opex : besoin urgent d’armements adaptés




De l’Asie à la France libre

Joseph Hackin entre en 1924 à la Délégation archéologique française en Afghanistan (DAFA), dont il devient le directeur en 1934 jusqu’à son départ pour Londres en 1940. D’autres archéologues, en mission à l’étranger, rejoindront aussi la France libre.

La DAFA a été créée en 1922 à l’initiative d’Amanullah, roi d’un Afghanistan à peine sorti de l’emprise de l’Empire britannique (1880-1919). Un accord entre l’Afghanistan et la France accorde à cette dernière le monopole des fouilles pour trente ans, avec un partage égal des découvertes à l’exception de l’or et des bijoux. Ce partenariat a pour mission d’étudier, de valoriser et de protéger le patrimoine archéologique afghan. Le premier directeur (1922-1925) de la DAFA, l’orientaliste Alfred Foucher, tente de retrouver les traces de l’expédition du roi de Macédoine Alexandre le Grand (356-323 avant J.C.) lors de sa conquête de l’Empire perse. Joseph Hackin effectue quatre campagnes de fouilles entre 1929 et 1940 et en expose les résultats pendant ses séjours en France. L’un de ses adjoints se nomme Ahmad Ali Kohzad, futur conservateur du musée de Kaboul. Malgré la fin du monopole de la France sur les fouilles, les archéologues français poursuivent leurs travaux après la seconde guerre mondiale. La DAFA, dont les autorités afghanes reconnaissent l’expertise, forme des jeunes chercheurs. La révolution de 1978 met un terme à ses fouilles sur le terrain. Son bureau à Kaboul est fermé de 1982 à 2003, pendant la longue période de guerres, d’affrontements armés et de destructions de vestiges archéologiques par les talibans iconoclastes. Dans le cadre du traité d’amitié entre la France et l’Afghanistan en 2012, la DAFA redevient la seule institution archéologique étrangère permanente dans le pays. Par ailleurs, en France occupée, des réseaux de résistance s’organisent pour sauvegarder le patrimoine français par l’évacuation en province de 4.000 trésors nationaux dans des dépôts secrets. D’autres recueillent des renseignements sur la destination des œuvres saisies par les Allemands et qui seront récupérées après la guerre. Enfin, certains suivent l’exemple de Joseph Hackin et de son épouse et adjointe Marie. Ainsi, jacques Soustelle, vice-président du musée de l’Homme en mission de recherche au Mexique, rejoint le général de Gaulle. Ce dernier lui confie une mission similaire à celle de Hackin, à savoir coordonner l’action des comités de la France libre en Amérique du Sud. Au Proche-Orient, Henri Seyrig, directeur des Antiquités de Syrie et du Liban de 1929 à 1941, est connu pour ses fouilles menées à Baalbek et à Palmyre. Il démissionne et devient attaché culturel de la délégation de la France libre aux Etats-Unis. L’archéologue et historien de l’Afghanistan, Daniel Schlumberger, qui succèdera à Hackin à la tête de la DAFA en 1945, rallie la France libre en Syrie dès l’été 1941. Il commence par commenter l’actualité politique à Radio-Brazzaville puis dirige le Service d’information de la France libre au Levant. Jean Starcky, curé de Palmyre, s’engage dans les Forces françaises libres puis devient aumônier au sein de de la 1ère Division française libre, depuis la Libye jusqu’aux derniers combats dans le massif de l’Authon (Préalpes de Nice) où il sera blessé. Compagnon de la Libération, Jean Starcky participe au déchiffrement des manuscrits de la mer Morte en tant que membre de l’Institut d’archéologie de Beyrouth. Puis, il deviendra directeur de l’Institut français d’archéologie.

Loïc Salmon

Exposition « De l’Asie à la France libre » aux Invalides

Angkor, naissance d’un mythe

« De l’Asie à la France libre », ouvrage collectif. Éditions Lienart, 144 pages, 25 €




Sécurité : corruption et évasion fiscale, conséquences lourdes

Elément à part entière des relations économiques locales et internationales, l’argent « sale », issu de la corruption ou de l’évitement de l’impôt, sert à financer le terrorisme et les activités criminelles.

Ce thème a fait l’objet d’une conférence-débat organisée, le 20 mars 2018 à Paris, par l’Institut de relations internationales et stratégiques (IRIS). Y sont intervenus : le magistrat Eric Alt, vice-président de l’association Anticor ; Carole Gomez, chercheuse à l’IRIS et co-auteure du livre « Argent sale. A qui profite le crime ? » ; Eric Vernier, chercheur associé à l’IRIS et spécialiste du blanchiment de capitaux.

Complexification croissante. La définition de l’argent « sale » varie, car, même gagné de façon légale, il peut être considéré comme « noir » ou « gris » selon les pays et les époques, explique Carole Gomez. Cela permet de dissimuler l’origine des fonds à réinjecter dans les circuits économiques licites (blanchiment). Depuis l’Antiquité, les pouvoirs publics veulent gommer l’origine peu recommandable de certains fonds, afin de les faire rentrer dans les caisses de l’Etat. Ainsi, l’empereur romain Vespasien (9-79 après JC) avait taxé la collecte d’urine, qui servait à fixer la peinture. A son fils, le futur empereur Titus, qui s’en étonnait, il avait répondu : « L’argent n’a pas d’odeur ». Au Moyen-Age et à la Renaissance, les dirigeants politiques ont tenté de lutter contre la corruption, sans grand succès. Au XXème siècle et jusque dans les années 1990, les pots-de-vin versés pour emporter un marché étaient déductibles du chiffre d’affaires de l’entreprise concernée. L’argent sale provient des partis politiques, des groupes criminels, de la contrefaçon ou de trafics divers (drogue, prostitution et racket) pour alimenter des activités illégales. Transparency International, organisation non gouvernementale allemande anti-corruption étatique, établit des classements par pays mais selon des critères peu pertinents, précise Carole Gomez. Ainsi, certains pays comme le Soudan et la Syrie sont toujours mal traités et d’autres très bien, comme les pays scandinaves…dont certaines personnalités politiques ont pourtant placé des fonds dans les paradis fiscaux ! Ces derniers, qui permettent d’échapper à l’impôt, déresponsabilisent les particuliers qui en ignorent les dangers sous-jacents. Les flux d’argent sale se sont accrus avec la mondialisation et le développement de la technologie : la « crypto-monnaie » (argent électronique) a vu le jour en 1997. Les Etats et organisations internationales se sont rendus compte du danger, mais avec retard. Par ailleurs, les média renforcent l’idée de l’augmentation des flux en jeu. Toutefois, la crise économique persistante a rendu la société civile moins tolérante. La connaissance approfondie de ses mécanismes constitue un outil efficace contre l’argent sale. Mais les mesures de prévention et les actions des « lanceurs d’alerte » auront toujours un temps de retard.

Du « sale » au « propre ». Le blanchiment d’argent n’est jamais abordé dans les réunions du G-20 (19 pays et l’Union européenne), souligne Eric Vernier. L’argent du crime est estimé à 2.000 Mds$, soit autant que le produit intérieur brut du continent africain, et dont la moitié passe par les circuits bancaires. Le GAFI (Groupe d’action financière contre le blanchiment d’argent et le financement du terrorisme) établit une liste de pays non coopératifs, mais qui se vide au cours des années et n’inquiète guère la Russie, la Chine, Israël, le Liban, Singapour, Hong Kong ou l’Etat américain du Delaware. Selon des organisations non gouvernementales (ONG), seulement 1 % des avoirs des anciens dictateurs est retrouvé. Ainsi, des avocats recherchant ceux du colonel Kadhafi après sa chute (2011) en ont trouvé 800 M$ dans une banque sud-africaine. Les paradis fiscaux ne profitent qu’aux non-résidents, la France en étant un pour les riches Qataris, estime Eric Vernier. Les ONG spécialisées en dénombrent une soixantaine dans le monde. L’Union européenne (UE) a établi une liste de 17 pays, réduite à 7 après la publication des « Panama Papers » en avril 2016. Cette liste exclut une vingtaine d’Etats européens, dont les Pays-Bas, Malte, Chypre, Gibraltar, la Belgique et la Suisse. Les pays en développement qui acceptent des entreprises multinationales chez eux n’y figurent pas. Depuis, des sociétés extraterritoriales et tout à fait légales sont parvenues à des « arrangements ». Ainsi la société suisse de services financiers UBS a payé 2 Mds$ pour éviter une enquête sur le blanchiment d’argent. La Suisse doit donner les noms de 40.000 clients à la France…qui ne les réclame pas. Barons de la drogue d de la Colombie et du Mexique, hommes politiques et chefs d’entreprises de divers pays ont bénéficié des mêmes montages et avantages financiers. La publication des « Paradise Papers » (novembre 2017) a mis au jour un véritable « système de fraude fiscale », souligne Eric Vernier. Par exemple, un sportif français de haut niveau peut acheter légalement un bateau à Malte sans avoir à payer la taxe à la valeur ajoutée en France. Grâce à des montages sophistiqués, une société française, ayant pignon sur rue, aide des petites entreprises de commerçants ou d’artisans à s’installer en Grande-Bretagne pour éviter l’impôt. Dans le même but, l’agence de location de logements AirBnB propose à des particuliers d’ouvrir un « compte parabancaire » (non soumis aux obligations des banques) à Gibraltar, lequel ne sera pas déclaré aux autorités françaises. Les locations à Paris atteignent plusieurs centaines de millions d’euros par an. Selon Eric Vernier, les nouvelles technologies permettent aux marchés financiers supranationaux d’augmenter les fraudes, mais aussi de lutter contre.

Riposte possible. Au sein même de l’UE, certains Etats proposent des « optimisations fiscales » aux ressortissants des autres pays membres, rappelle Eric Alt. Toutefois, la coopération entre société civile et législateur a conduit à une loi sur la vigilance des sociétés mères et de leurs filiales. Des ONG comme Transparency International, Sherpa et Anticor ont obtenu l’agrément de se porter partie civile. Enfin, le parquet financier compte des personnalités qui prennent des décisions courageuses, conclut Eric Alt.

Loïc Salmon

Le service de renseignement « Tracfin » dépend du ministère des Finances. La cellule d’analyse stratégique exploite les informations disponibles, en vue d’identifier les tendances en matière de blanchiment des capitaux et de financement du terrorisme. Le département d’analyse, du renseignement et de l’information suit les déclarations relatives au soupçon et assure les relations internationales. Le département des enquêtes effectue les investigations approfondies sur tous les types de blanchiment. Le pôle juridique et judiciaire remplit des missions d’expertise et de conseil pour caractériser des faits susceptibles de constituer une infraction. Il travaille en liaison avec la Police nationale, la Gendarmerie nationale et l’Office de répression de la grande délinquance financière. La mission des systèmes d’information s’occupe du fonctionnement et de l’évolution des moyens informatiques de Tracfin.

Sécurité : la contrefaçon et ses conséquences économiques, sanitaires et criminelles

Afrique : fraude et corruption des agents publics, des fléaux difficiles à éradiquer




Chine : une stratégie d’influence pour la puissance économique

Outre l’accroissement de son expansion commerciale par les « nouvelles routes de la soie » et de sa présence culturelle par les « instituts Confucius », la Chine perfectionne sa propagande pour améliorer son image dans le monde.

Ce thème a fait l’objet d’une conférence-débat organisée, le 4 avril 2019 à Paris, par l’Association nationale des auditeurs jeunes de l’Institut des hautes études de défense nationale. Y sont intervenus : le général (2S) Jean-Vincent Brisset, directeur de recherches à l’Institut de relations internationales et stratégiques ; Selma Mihoubi, doctorante en géopolitique à l’Institut de géographie, Sorbonne Université Paris IV.

Enjeux géopolitiques. Selon le général Brisset, le prestige historique et culturel d’un pays produit son rayonnement et son influence culturelle résulte de sa puissance politique et économique. Dans les années 1950, la Chine incluait la Mongolie, la péninsule coréenne, l’Asie du Sud-Est et le Bhoutan dans sa sphère d’influence. Aujourd’hui, elle y ajoute le Japon et les Philippines. Elle développe ses échanges commerciaux sur les cinq continents, mais consacre 61 % de ses investissements en Asie, contre 16 % en Amérique latine, 11 % en Europe, 5 % en Océanie, 4 % en Afrique et 3 % en Amérique du Nord. Sa stratégie commerciale du « collier de perles » des années 1990 s’est transformée en « nouvelles routes de la soie (voir encadré). Ses investissements en infrastructures induisent une dépendance financière, qui inquiète notamment la Malaisie et a suscité le refus du Viêt Nam de s’y associer. Ses instituts Confucius pour la diffusion de la langue chinoise (voir encadré) sont cofinancés à son avantage : pour 1€ investi chez lui, le pays partenaire doit fournir 1,65 €. La Chine envoie 45.000 étudiants en France, mais n’accueille que 10.000 étudiants français. Sur le plan politique, elle implante des consulats dans les pays à forte diaspora chinoise et envoie des délégations de haut niveau dans presque tous les pays d’Afrique. Sur le plan technique, ses participations aux comités et sous-comités de l’Organisation internationale de la normalisation (ISO en anglais) la placent en troisième position derrière la Grande-Bretagne et l’Allemagne. Elle tente ainsi d’imposer ses normes, notamment celle de la « 5 G », cinquième génération de « technologie réseau mobile » sur internet. Les Jeux olympiques de 2008 et l’Exposition universelle de 2010 constituent pour elle une fierté et un retour éclatant sur la scène mondiale après les « traités inégaux » (1839-1864) et sa mise au ban des nations après la répression sanglante des manifestations de la place Tien An Men à Pékin (1989). Son influence se manifeste par les « effets de mode » (périodes d’intérêt puis de désintérêt), les relais des médias et des personnalités étrangères sinophiles (les « idiots utiles » théorisés par Lénine) et enfin les campagnes de publicité rédactionnelle. Ainsi, lors de la visite du président Xi Jinping en France (mars 2019), les nouvelles opportunités offertes par les transports chinois ont été vantées dans les quotidiens français pour 1 M€ la page : Le Parisien (1 page pleine), Les Echos (1 page), Le Monde (2 pages) et Le Figaro (7 pages).

« Soft power ». La Chine veut se présenter comme un pays du Sud, explique Selma Mihoubi. En 1965, Mao Tsé-Toung se définissait comme le meneur des peuples d’Asie et d’Afrique et prônait l’amitié sino-africaine. Aujourd’hui, la Chine a conclu des accords d’exploitation de leurs ressources avec les pays de la bande sahélo-saharienne, riches en uranium, pétrole, gaz, or, fer et cuivre. Outre des projets d’oléoducs à travers l’Algérie et le Nigeria, ses entreprises s’intéressent aux axes routiers Nord-Sud, entre l’Algérie, le Niger et le Nigeria, et Ouest-Est entre le Sénégal, le Mali, le Burkina Faso, le Niger, le Soudan, l’Ethiopie et Djibouti. Elle améliore son image et rejoint les grandes puissances en matière de « soft power » ou pouvoir d’influence. L’idéologue Wang Huning l’a théorisé en 1993 : « Si un pays a une culture et une idéologie admirables, les autres pays auront tendance à le suivre. Il n’a pas besoin de faire usage d’un hard power (coercition) coûteux et moins efficace. » En 2007, le 17ème Congrès du Parti communiste chinois (PCC) inscrit le soft power dans son programme politique. Les radios internationales, outils diplomatique et culturel des puissances mondiales, répondent à des orientations stratégiques. Dès 1921, le Département de la propagande du comité central du PCC régit la censure des médias nationaux et internationaux, laquelle a été adoucie en 2001 avec l’adhésion de la Chine à l’Organisation mondiale du commerce. Reconnue par le Mali dès 1960, la Chine y a installé deux antennes d’ondes courtes à longue portée géographique, relayées en 2008 par la modulation de fréquence (FM) d’excellente qualité, afin que sa chaîne Radio Chine Internationale (RCI) puisse couvrir tout le continent. En 2018, RCI dispose aussi de relais FM en Mauritanie (1), au Sénégal (4) et au Niger (4) et se trouve en concurrence avec le BBC Word Service britannique et Radio France Internationale. Contrairement à ceux de l’Agence France Presse et de l’agence britannique Reuters, les services de RCI et de l’agence de presse Xinhua sont offerts gratuitement aux médias locaux, qui les reprennent abondamment. Leurs contenus, souvent très anti-occidentaux, diffusent les communiqués du PCC et des pays partenaires pour promouvoir les activités chinoises en Afrique. La Chine a investi 6 Mds$ dans les pays francophones, en vue de donner sa vision du monde et de profiter de l’ambiguïté de leurs relations avec la France pour se présenter comme un acteur de leur développement, sans se mêler de leur politique intérieure. RCI diffuse des programmes en français, chinois et même en wolof avec des journalistes sénégalais. Toutefois, le taux d’audience réelle reste inconnu. Par ailleurs, la Chine a organisé à Pékin deux forums sino-africains en 2018 : l’un sur les médias et l’autre sur la défense et la sécurité. En effet, pour elle, les opérations de maintien de la paix font partie du soft power. Enfin, les diplomates africains en visite en Chine défendent sa politique expansionniste en mer de Chine…au cours d’interviews par RCI et Xinhua !

Loïc Salmon

Créé en 2004 sous l’autorité du Bureau national pour l’enseignement du chinois langue étrangère, le réseau Confucius est passé de 358 instituts dans 105 pays en 2011 à 525 instituts et 1.113 classes dans 146 pays fin 2018. Il emploie 46.000 personnes et dispose d’un budget de 255 M€. Résurgence des anciennes routes de la soie (- 2000 à 1400) entre la Chine et l’Europe, les nouvelles suivent deux routes. La voie terrestre va de Pékin à Xi’an, Urumqi et Horgos pour se séparer en deux à Almaty (Kazakhstan). La route du Nord passe par Astana (Kazakhstan), Moscou (Russie), Duisbourg (Allemagne) pour arriver à Rotterdam (Pays-Bas). Celle du Sud passe par Douchanbé (Tadjikistan), Téhéran (Iran), Istanbul (Turquie) et se termine à Rotterdam. La voie maritime part de Tianjin vers Shanghai, Zhanjiang, Singapour avec une bifurcation vers Djakarta (Indonésie) et une autre vers Kuala Lumpur (Malaisie), Calcutta (Inde), Colombo (Sri Lanka), Nairobi (Kenya), Djibouti, Port-Saïd (Egypte), Le Pirée (Grèce), Venise (Italie) et bientôt Trieste ou Gênes (Italie). Elle redevient terrestre jusqu’à Rotterdam.

Afrique : nouvelle frontière de la Chine avec des enjeux stratégiques

Géopolitique : recomposition de l’ordre mondial et émergence de nouvelles puissances

Chine : les « nouvelles routes de la soie », enjeux idéologiques et réalités stratégiques

 




Armements : maintien des exportateurs traditionnels et émergence de nouveaux

Parmi les pays exportateurs d’armement, l’Allemagne, la France et la Grande-Bretagne arrivent loin derrière les États-Unis et la Russie. La Chine et le Brésil se positionnent.

L’IRSEM et le SIPRI ont organisé, le 17 mars 2014 à Paris, une table ronde sur le marché mondial des armements. Y sont notamment intervenus : Aude-Emmanuelle Fleurant de l’IRSEM ; Louis-Marie Clouet de l’ISIT (École d’interprétariat) ; Emmanuel Puig du Centre Asia ; Yannick Quéau du GRIP (Groupe de recherche et d’infirmation sur la paix et la sécurité).

Prédominance des États-Unis. Les ventes d’armes sont mises au service de la politique étrangère des États-Unis… difficile à distinguer de leurs politiques économique et commerciale, explique Aude-Emmanuelle Fleurant. Après la crise économique de 2008, le gouvernement américain a révisé sa politique de défense : restrictions budgétaires ; nouvelle approche stratégique par un rééquilibrage vers l’Asie ; maintien de son avance technologique par des armements de nouvelle génération. Les entreprises américaines d’armement veulent conquérir 30 % du marché mondial et visent les pays du Moyen-Orient et de l’Asie/Océanie, en forte croissance. Entre 2007 et 2012, les achats des Émirats arabes unis ont représenté 26,7 % des exportations américaines d’armement au Moyen-Orient, celles de l’Irak 14,3 % et celles d’Israël 13 %. Pendant la même période, les acquisitions de la Corée du Sud ont atteint 27,3 % des ventes américaines en Asie/Océanie, celles de l’Australie 25 % et celles de Singapour 11,3 %. En outre, les États-Unis recherchent des partenaires privilégiés par des accords bilatéraux de recherche et développement. Le Canada est le premier partenaire depuis 25 ans, devant la Grande-Bretagne, dont les achats représentent 22,5 % du total des ventes américaines en Europe. Grâce au traité américano-australien de coopération commerciale de défense, les entreprises des deux pays peuvent échanger des données techniques sans licences et les compagnies australiennes ont davantage de facilités pour obtenir des contrats aux États-Unis. Afin de « contrôler moins pour contrôler mieux », les États-Unis accélèrent les processus d’exportation vers les pays dont les méthodes sont les plus semblables aux leurs. Enfin, ils vont doter leurs alliées les plus proches d’équipements les plus performants : missiles mer-sol balistiques Trident de nouvelle génération pour la Grande-Bretagne et drones pour l’Australie.

Stabilité de la Russie. La Russie conserve sa 2ème place mondiale grâce à son industrie aéronautique (avions, hélicoptères et moteurs), qui a représenté 51 % de ses exportations d’armement entre 2004 et 2013. Pour faciliter les exportations, indique Louis-Marie Clouet, le consortium OAK a regroupé en 2006 les constructeurs civils et militaires Sukhoï, Mig, Tupolev Illiouchine, Yakovlev, Beriev et Irkut. OAK développe certains projets civils avec des participations de pays occidentaux. Pendant la période 2004-2013, les principaux clients de la Russie ont été, avec des hauts et des bas, l’Inde, la Chine, le Viêt Nam, le Venezuela et l’Algérie. La Russie vend aussi des matériels sophistiqués à des pays africains qui n’ont pas la possibilité d’en acquérir en Occident, comme l’avion de chasse Sukhoï-30 à l’Ouganda. Avec près de 80 % de ses achats militaires dont un porte-avions et un sous-marin nucléaire d’attaque, l’Inde est le premier client de la Russie, dont elle finance une partie des projets de recherche et développement. Leur partenariat se maintient, car tous deux ont la même vision géostratégique et développent une nouvelle version de l’avion civil Sukhoï-A1. La Russie a beaucoup investi pour moderniser son industrie aéronautique et poursuivre ses ventes à la Chine, lesquelles ont chuté à partir de 2005. La Chine a en effet développé une copie du chasseur russe Sukhoï-27… qu’elle exporte ! Quoique concurrente de la Russie en Afrique, Amérique latine et Asie, elle continue de lui acheter des composants d’avion et des moteurs. Au Moyen-Orient, la Russie vend à la Syrie, mais ne parvient pas à percer dans les pays du Golfe. Enfin, au Brésil, le Sukhoï-30 n’a pu s’imposer devant le Gripen suédois, qui a remporté le marché.

La Chine en progression. Les exportations chinoises d’armement ont crû de 212 % entre 2004 et 2013, selon le SIPRI, et près de 75 % d’entre elles sont allées vers le Pakistan, le Bengladesh et la Birmanie. Elles correspondent d’abord à une logique diplomatique pour pérenniser des clients (Pakistan et pays africains) et les utiliser comme « démonstrateurs » des équipements chinois. La dimension politique entre en jeu pour l’approvisionnement en matières premières, notamment énergétiques, souligne Emmanuel Puig. Depuis la chute de Kadhafi, le gouvernement chinois craint que les systèmes antiaériens livrés à la Libye tombent entre les mains de séparatistes Ouïgours (musulmans). Les négociations commerciales incluent des compensations, comme la construction d’infrastructures publiques dans le pays client. Les matériels militaires n’entrant que pour 5-6 % dans leur chiffre d’affaires, les grandes entreprises d’État chinoises peuvent les exporter à perte, comme pour les systèmes anti-aériens à la Turquie (membre de l’OTAN). Elles rétablissent l’équilibre par des négociations bilatérales dans un autre domaine, comme l’exploitation d’une mine en Birmanie ou pour éviter une procédure d’appel d’offres. Une majorité des matériels est à finalité sécuritaire afin, notamment, de pénétrer le marché d’Asie centrale, monopole de la Russie, et celui de l’Amérique du Sud pour nouer des partenariats.

Le Brésil et l’Amérique du Sud. Entre 2004 et 2013, le Brésil a exporté des armements, surtout des avions Embraer et du matériel de surveillance du territoire, vers l’Angola, la Malaisie, l’Indonésie, le Chili, le Mexique et l’Équateur. Selon Yannick Quéau, les importations d’armes du continent sud-américain entre 2009 et 2013 sont venues surtout de l’Union européenne, puis de Russie, des États-Unis, d’Israël et de Chine. Les acquisitions sont destinées à développer les industries locales d’armement, qui coopèrent dans le cadre du Marché commun du Sud (Mercosur). A part une présence sur des « niches » porteuses à l’export, les industries d’armement demeurent orientées vers les besoins nationaux.

Loïc Salmon

L’Institut de recherche stratégique de l’École militaire (IRSEM) travaille notamment sur les politiques de défense, les industries d’armement et l’économie de défense. L’Institut international de recherche sur la paix de Stockholm (SIPRI) analyse les flux d’armements de et vers des pays ou régions, l’importance relative des pays exportateurs ou importateurs et celle des catégories de systèmes d’armes transférés. Selon le SIPRI, les dépenses militaires mondiales ont progressé de 34,7 % à 1.756 Md$ entre 2003 et 2012. Celles de l’Afrique ont augmenté de 85 %, celles de l’Asie et de l’Océanie de 62,9 %, celles du Moyen-Orient de 56,5 %, celles du continent américain de 34,4 % et celles du continent européen de 10,3 %.

Conflits et armements : tendance à la stabilisation

DGA, bilan 2013 : investir, innover, coopérer et exporter




Diplomatie : la science, vecteur d’influence et de dialogue

La communauté scientifique, qui ne connaît pas de frontières, peut améliorer les relations diplomatiques. Aide à la recherche scientifique et coopération internationale contribuent au rayonnement national avec des retombées économiques.

Cet aspect de la diplomatie a fait l’objet d’une conférence-débat organisée, le 29 mars 2018 à Paris, par l’Association nationale des auditeurs jeunes de l’institut des hautes études de défense nationale. Y sont intervenus : Clélia Chevrier-Kolacko, ministère français des Affaires étrangères ; Patrick Nédellec, Centre national de la recherche scientifique (CNRS) ; le professeur Pierre-Bruno Ruffini, Université du Havre ; Louisa Zanoun, conseillère Sciences et Innovation à l’ambassade de Grande-Bretagne en France.

La « diplomatie scientifique ». Les relations entre les sciences, la recherche et la diplomatie remontent aux grandes explorations et à l’époque coloniale avec les archéologues et les ethnographes, rappelle Pierre-Bruno Ruffini. La « diplomatie pour la science » porte sur les accords entre gouvernements, selon lesquels les réseaux des attachés scientifiques aident les chercheurs du pays hôte. La « science pour la diplomatie » a consisté à maintenir des échanges entre chercheurs malgré les tensions diplomatiques, comme pendant la guerre froide entre l’Est et l’Ouest (1947-1991) ou entre l’Iran et les Etats-Unis (1979-2015). La « science dans la diplomatie » met en œuvre l’expertise scientifique pour le traitement des grands enjeux internationaux comme le climat, les océans, la santé humaine ou les maladies infectieuses, en vue de décisions publiques communes. Ainsi, lors du sommet de Genève de 1985, les Etats-Unis et l’Union soviétique ont lancé le projet ITER (réacteur thermonucléaire expérimental international), qui a débouché sur la signature d’un accord à Paris en 2006 et sa réalisation en France avec la participation de 35 pays dont les Etats-Unis, l’Union européenne, l’Inde, la Chine, la Russie, le Japon, la Corée du Sud et la Suisse. A la suite de son discours au Caire en 2009, le président Barack Obama a envoyé une vingtaine de personnalités scientifiques de très haut niveau dans les pays arabes pour améliorer leurs relations avec les Etats-Unis. Les travaux du Groupe d’experts intergouvernemental sur le climat, créé en 1998, ont débouché sur l’adoption, à Stockholm en 2013, du rapport sur le changement climatique. La diplomatie scientifique, au croisement des relations internationales et de l’Histoire, est devenue un thème européen de recherche dénommé « InsSciDE », acronyme anglais pour « Invention d’une diplomatie partagée pour l’Europe ». La science et ses valeurs universelles participent en effet du « soft power », mode de relations et d’influence de l’après-guerre froide. Selon le professeur Ruffini, la diplomatie scientifique doit faciliter l’accès aux ressources scientifiques par des politiques d’attractivité de chercheurs ou doctorants étrangers chez soi et par la création de très grandes infrastructures de recherche comme ITER ou le CERN (Organisation européenne pour la recherche nucléaire) installé en Suisse et regroupant 22 pays.

Le réseau mondial du CNRS. Acteur du rayonnement de la France, le CNRS dispose de 7 bureaux à l’étranger en cohérence avec le ministère des Affaires étrangères, explique Patrick Nédellec. En tout, 41 agents se répartissent entre : Bruxelles pour l’Union européenne ; Washington pour les Etats-Unis, le Canada et le Mexique ; Rio de Janeiro pour le Brésil et les autres pays d’Amérique du Sud ; Pretoria pour le Sud du continent africain et Madagascar ; New-Delhi pour l’Asie du Sud ; Singapour pour l’Association des nations de l’Asie du Sud-Est ; Pékin ; Tokyo pour le Japon, la Corée du Sud et Taïwan. En matière de production scientifique, le CNRS arrive en tête avec 42.000 publications en 2016, devant les associations allemandes de recherche Max Planck et Helmholtz, les universités américaines d’Harvard, de Stanford et du Massachussetts Institute of Technology, l’université de Tokyo et les universités britanniques de Cambridge et d’Oxford. Les co-publications internationales, soit 62 % du total, sont réalisées avec 35 pays, mais surtout avec les Etats-Unis, l’Allemagne et la Grande-Bretagne. Le budget international du CNRS atteint 260 M€ ainsi répartis : 160 M€ pour les infrastructures et les salaires ; 53 M€ pour les missions à l’étranger (60.000 en 2016) ; 35 M€ pour les chercheurs à plein temps à l’étranger ; 10 M€ pour le fonctionnement des outils à l’international ; 2 M€ pour les actions spécifiques des instituts. La collaboration internationale se structure autour de projets de coopération scientifique (contrats de 3 ans), de groupements de recherche (4 ans renouvelables une fois), de laboratoires associés (4 ans +4) et d’unités de recherche conjointes (5 ans + 5). En 2017, ces dernières se sont montées à 36 dans 20 pays. Les 101 réseaux de recherche internationaux (3 pays en moyenne) se répartissent entre l’Europe (51), l’Extrême-Orient (15), les Etats-Unis (14), le Brésil (11) et l’Afrique sub-saharienne (6). Quoique les communautés scientifiques partagent les mêmes valeurs, il convient de protéger son savoir-faire vis-à-vis de la Chine, indique Patrick Nédellec.

L’approche britannique. Selon Louisa Zanoun, les préoccupations scientifiques, nationales et internationales, incluent : production alimentaire ; guerre et terrorisme ; ressources en eau ; sécurité des approvisionnements énergétiques ; santé et développement ; écosystèmes ; changement climatique ;  ressources minières. Elle a aussi présenté une analyse des motivations de la communauté scientifique : curiosité ; comprendre les systèmes ; trouver des solutions aux problèmes ; s’intéresser aux autres ; utiliser complètement son potentiel ; promouvoir le bien-être ; créer de la richesse ; collaboration internationale. En conséquence, la Grande-Bretagne a développé un réseau de 90 conseillers pour la science et l’innovation dans 31 pays et territoires.

Loïc Salmon

Diplomatie : gérer les crises et déceler les menaces diffuses

Diplomatie parallèle : l’action discrète de particuliers influents et engagés

Diplomatie : actions de la DCSD sur les moyen et long termes en matière de sécurité et défense

Selon Clélia Chevrier-Kolacko, la « diplomatie scientifique » a pour missions : affirmer la présence de la France à l’échelle mondiale ; faire entendre sa voix par la coopération internationale et la participation aux débats scientifiques internationaux ; favoriser ses intérêts économiques, notamment à l’export ; renforcer son attractivité par les liens avec les réseaux d’anciens stagiaires étrangers (150.000). L’aide au développement inclut l’établissement de partenariats avec des universités locales et la formation à la recherche en France, tout en évitant la « fuite des cerveaux » à l’issue. A cet effet, le ministère des Affaires étrangères mobilise 35 personnes à Paris, les conseillers scientifiques des ambassades et les réseaux d’experts initiateurs de projets. Il est présent dans les conseils d’administration du Bureau des recherches géologiques et minières, de l’Institut Pasteur et dans les instituts de recherches archéologiques et d’océanographie numérique. Il dispose d’un budget annuel de 100 M€ pour les bourses, partenariats bilatéraux et subventions à des réseaux de chercheurs.




Espace : CSO, renouvellement des moyens militaires français

La Composante spatiale optique (CSO), constellation de trois satellites d’observation, d’écoute, de surveillance et de télécommunication du programme MUSIS, va remplacer, d’ici à 2021, les deux satellites Hélios 2A et 2B en orbite.

Elle a été présentée à la presse le 11 décembre 2018 à Paris, à l’occasion du lancement du premier satellite CSO, le 19 décembre au Centre spatial guyanais. Sont intervenus : Hervé Grandjean, conseiller de la ministre des Armées pour les affaires industrielles ; le commandant (Air) officier du programme MUSIS-CSO à l’Etat-major des armées ; l’ingénieur en chef de l’armement directeur du programme MUSIS-CSO ; Gilles Chalon, chef du service observation défense du Centre national d’études spatiales (CNES).

Innovations technologiques. La loi de programmation militaire 2019-2025 mobilisera 3,5 Md€ pour le programme CSO. D’une durée de vie de dix ans et d’un poids de 3,5 t, chaque satellite doit évoluer sur une orbite de 800 km pour la reconnaissance et une de 480 km pour l’identification. Il embarque une charge optique infrarouge et une charge optique visible, à savoir panchromatique (noir et blanc) et multispectrale (couleur haute définition). De Toulouse, le CNES assure le maintien à poste des satellites et le calcul de leur plan de travail ainsi que le maintien de la qualité image durant toute leur vie. Le suivi technique est assuré à Creil, par le Centre militaire d’observation par satellite, et le contrôle opérationnel par la Direction du renseignement militaire. Les utilisateurs demandent des images en vue d’analyse, selon le cycle priorisation/hiérarchisation, production et livraison (photo). La qualité d’image, unique en Europe, et l’imagerie stéréoscopique résultent d’innovations pour les plans focaux et la fabrication du téléscope de grand diamètre. Capable de prendre 800 vues/jour avec recherche et analyse automatique par l’intelligence artificielle, le satellite CSO acquiert, au cours d’un seul survol, de nombreuses images sur la même zone géographique. Il mesure sa position et corrige lui-même sa trajectoire par calcul des manœuvres à effectuer et activation du système de propulsion.

Atouts opérationnels. Le CSO complet appuiera les opérations militaires, de jour comme de nuit, sur une zone de crise en simplifiant le travail des opérateurs et analystes au sol. Réactif grâce au réseau mondial de stations au sol, il s’adaptera au rythme des opérations, qui réclament des données précises et récentes de localisation. Il permettra de constituer des dossiers de ciblage, par le suivi des sites d’intérêt militaire, de contrôler le respect des traités internationaux et d’évaluer les menaces. Celles-ci s’exerceront au sol, dans l’espace (éblouissement par arme à énergie dirigée) ou sur la liaison sol-espace (cyberattaques). Elles incluront l’espionnage, le sabotage, le déni de service et la neutralisation d’un satellite. Les menaces futures, plus graves, et les vulnérabilités de CSO seront prises en compte. Actuellement, 750.000 débris (supérieurs à 5 cm) en orbite peuvent compromettre la capacité d’action militaire. L’imagerie optique d’Hélios 2 et de CSO se complète par l’imagerie radar, grâce à des accords bilatéraux d’échange avec l’Italie (système Cosmo-Skymed puis CSG) et l’Allemagne (SAR-Lupe puis SARah). Un accord avec la Suède permet à CSO d’utiliser sa station sur le cercle polaire, toutes les 90 minutes. La Belgique a conclu un accord d’accès aux images CSO et des négociations sont en cours avec d’autres pays européens. Enfin, le nombre de satellites en orbite, de 1.500 en 2018, passera à 6.000-7.000 en 2025.

Loïc Salmon

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DRM : des moyens de haute technologie pour le recueil de renseignements