Libye : bilan du Groupe aéromobile dans l’opération Harmattan

Depuis le déploiement d’un bâtiment de projection et de commandement (BPC) fin mai au large de la Libye dans le cadre de l’opération « Harmattan », les hélicoptères embarqués du Groupe aéromobile (GAM) ont mis 530 objectifs hors de combat. La situation au 22 septembre 2011 a été exposée à la presse par le contre-amiral Jean-Baptiste Dupuis, commandant de la Task Force (TF) 473, et le colonel Pierre Meyer, commandant le GAM, lors d’une visioconférence entre le BPC Tonnerre et le ministère de la Défense à Paris.

En plus de 300 sorties, le GAM a réalisé 37 opérations le long de la côte : 20 autour de Brega pour fixer les forces pro-Kadhafi très combatives, 10 dans la zone de Misratah pour desserrer l’étau qu’elles faisaient peser sur la population civile, 6 dans celle de Syrte où les combats contre les insurgés étaient les plus acharnés et une seule à l’ouest de Tripoli. Le BPC, précise l’amiral Dupuis, est une « plate-forme interarmées » qui embarque 600 personnes avec l’état-major de la TF 473, un hôpital de campagne, le GAM de l’armée de Terre (14 Tigre et Gazelle de combat et des hélicoptères de reconnaissance) et un détachement (Air) « resco » pour la recherche et la récupération de pilotes d’appareils éventuellement abattus. Outre le BPC, la TF 473 compte un pétrolier ravitailleur, trois frégates et un sous-marin nucléaire d’attaque. Un avion de patrouille maritime ATL 2 assure des missions de reconnaissance et d’appui. Les raids aéromobiles créent un effet tactique par leurs participations à l’attrition des pièces d’artillerie et des chars et au harcèlement des forces des premier et deuxième échelons. Les hélicoptères de l’armée de Terre complètent l’action des avions de combat avec leurs propres moyens de renseignement pour se faire une idée tactique de ce qu’il se passe sur le terrain, explique le colonel Meyer, « nous pouvons faire un effort dans la durée. L’hélicoptère est imprévisible. La brutalité des frappes venant de la mer crée un effet psychologique que nous avons vérifié, même s’il n’y a pas eu beaucoup de missions ». Les renseignements viennent de l’ATL2, de satellites et d’avions de combat. Ensuite, sur le terrain, le pilote d’hélicoptère peut garantir qu’il s’agit d’un lance-roquettes ou d’un char. Le temps d’intervention entre la définition d’un objectif et sa destruction est d’une demi-heure, délai considéré comme suffisant. Un raid n’est entrepris que si la zone est favorable à l’emploi d’hélicoptères, qui vont chercher dans le détail les objectifs désignés, souvent cachés sous les arbres ou à proximité d’habitations. Les hélicoptères volent suffisamment bas pour minimiser leur détection. « En raison de l’effet de surprise, souligne l’amiral Dupuis, l’ennemi n’a que quelques secondes pour réagir ». Selon le colonel Meyer, le GAM a essuyé des tirs d’armes de petits calibres, un ou deux tirs de missiles antiaériens, mais aucun impact n’est à déplorer. Par ailleurs, la différence de concepts d’emploi des hélicoptères français (Tigre et Gazelle) et britanniques (Apache) n’a pas empêché la coopération. Celle-ci se termine, car la Grande-Bretagne a annoncé le rapatriement de ses moyens, faute d’objectifs à traiter. Toutefois, il reste des poches de résistance importantes à Syrte et Baniwalid entrant dans le domaine d’action à partir de la mer, indique l’amiral Dupuis. En outre, dit-il, l’OTAN ayant décidé le 21 septembre de prolonger de trois mois l’opération « Unified Protector » en Libye, « la France maintient son dispositif ». Depuis le 31 mars, les avions de l’OTAN ont effectué 23.550 sorties, dont 8.751 dites de « bombardement ».

Loïc Salmon




Territoire national : emploi des hélicoptères en interarmées

Les hélicoptères se trouvent au cœur des opérations de sécurité intérieure, qui met en synergie les moyens matériels et humains des armées de Terre et de l’Air et des Marine, Gendarmerie et Police nationales.

Ce thème a été traité lors d’un colloque organisé, le 18 juin 2015 au Salon international de l’aéronautique et de l’espace du Bourget (région parisienne), par le Commandement de l’aviation légère de l’armée de terre. Y sont notamment intervenus : le général Jean-Pierre Bosser, chef d’état-major de l’armée de Terre ; le lieutenant-colonel Pierre-Yves Bourboulon, Groupe interarmées d’hélicoptères ; le colonel Bernard Tardy, Commandement des forces aériennes ; le capitaine de frégate Frédéric Bordier, Force de l’aéronautique navale.

Le GIH, une unité particulière. Le Groupe interarmées d’hélicoptères (GIH) a été constitué le 1er juillet 2006, en application du principe de précaution et résulte de la coopération, plus ou moins simple, entre les ministères de la Défense et de l’Intérieur, explique le lieutenant-colonel Bourboulon. Il s’agit de renforcer la sécurité intérieure, disposer d’une capacité sécuritaire à l’échelle nationale et de rentabiliser les moyens par une approche interarmées. Le GIH doit pouvoir s’engager à tout moment et pour tout type de mission au profit du GIGN (Groupe d’intervention de la gendarmerie nationale) et du RAID (Recherche, assistance, intervention et dissuasion) de la Police nationale. En conséquence, deux hélicoptères Puma sont en mesure de décoller en moins d’une heure, 24 heures sur 24, pour assurer en priorité la sécurité des sites nucléaires. Le GIGN intervient sur les 20 centrales de production d’électricité et le RAID sur les 14 sites nucléaires civils d’AREVA et du Commissariat à l’énergie atomique. En outre, le GIH participe au contre-terrorisme maritime à deux niveaux : français, sous la direction de la Marine nationale et du Commandement des opérations spéciales (COS) ; européen, dans le cadre du groupe « Atlas », qui rassemble les unités de contre-terrorisme des polices des États membres de l’Union européenne. Ses personnels acquièrent et entretiennent les qualifications « Marine » et maintiennent quotidiennement la préparation opérationnelle du GIGN, du RAID et des unités du COS concernées. Ses équipages s’entraînent au sein du 4ème Régiment d’hélicoptères des forces spéciales. Installé à la base aérienne 107 de Villacoublay, le GIH dispose d’un effectif de 50 personnels (37 issus de l’armée de Terre et 13 de celle de l’Air) et de 7 Puma en moyenne (5 de l’armée de Terre et 2 de celle de l’Air). Il assure aussi des missions de police judiciaire, de transport d’autorités gouvernementales et de secours aux populations.

L’armée de l’Air. Les hélicoptères de l’armée de l’Air passent d’une opération extérieure à un engagement sur le territoire national, sans délai et dans la continuité de leurs missions quotidiennes, souligne le colonel Tardy. Il s’agit de Puma, Super Puma, Fennec et Caracal, très utilisés pour la recherche et le sauvetage (SAR) au profit de l’aviation civile, de la population et des armées. Ils sont regroupés dans quatre infrastructures en métropole ainsi qu’en Guyane et en Nouvelle-Calédonie. La mission SAR, prioritaire, se caractérise par une posture permanente et un grand rayon d’action. Ainsi, autonome pendant 4 h 30, un Super Puma peut aller jusqu’à 420 km en mer. Les appareils peuvent rester automatiquement en position stationnaire et récupérer des naufragés en pleine mer de nuit. Leurs équipages incluent des mécaniciens treuillistes et des plongeurs sauveteurs, qui s’entraînent avec la Marine nationale pour acquérir une expertise spécifique « d’aérocordage » (treuillage et descente en rappel). Dans le prolongement de la défense aérienne sur le segment basse vitesse, les hélicoptères sont intégrés dans des dispositifs permanents ou temporaires sur des événements ponctuels imprévus (attentat ou crash d’avion). Les mesures actives de sûreté aérienne prévoient une gradation dans la réponse : identification de l’aéronef hostile, contrainte d’atterrissage puis destruction par un tireur d’élite embarqué (photo) ou au canon de 20 mm. En Guyane, les hélicoptères contribuent à la lutte contre l’orpaillage clandestin, à la protection du centre spatial de Kourou, au renseignement, à l’appui-feu de troupes au sol et aux évacuations sanitaires. Ils agissent quotidiennement avec le 3ème Régiment étranger d’infanterie et le 9ème Régiment d’infanterie de marine, le groupe d’intervention de la Gendarmerie, la Marine nationale, les avions de l’Escadron de transport 68 et des hélicoptères civils.

La Marine nationale. Du plus loin au plus près des côtes, la Marine doit garantir la souveraineté de la France, protéger ses intérêts nationaux et assurer la sûreté maritime, rappelle le capitaine de frégate Bordier. Sont concernées : les eaux territoriales et les zones économiques exclusives, qui s’étendent sur 11 Mkm2, soit 20 fois l’hexagone. Cela implique de suivre l’évolution de la situation internationale et d’avoir une connaissance précise des zones maritimes, même lointaines, pour anticiper les crises dans les détroits de Bab-el Mandeb, d’Ormuz, de Gibraltar et du Pas de Calais. Frégates et hélicoptères embarqués font partie des dispositifs de surveillance, d’interception et surtout de police en mer, à savoir lutte contre la pollution marine, immigration clandestine et pêche illicite autour des Terres australes et antarctiques françaises. La lutte contre le narcotrafic en Méditerranée et dans les Caraïbes est assurée par le triptyque frégate, hélicoptère et commandos  embarqués : patrouille, pistage, observation, poursuite de « go fast » (embarcations rapides des trafiquants) et interception (6 t de cannabis et de cocaïne saisis depuis le début 2015). Frégates et hélicoptères assurent la sûreté des approches maritimes par leur présence et la lutte anti-sous-marine (ASM), programmée ou inopinée. Cette posture est coordonnée avec les moyens du GIH, des armées de l’Air et de Terre et de la Gendarmerie. Les hélicoptères légers Dauphin interviennent à proximité des côtes. De jour comme de nuit, les Caïman, plus grands, vont jusqu’à 330 km au large de leur bâtiment mère, pour les missions SAR et de surveillance, protection et lutte ASM. Dans le cadre du contre-terrorisme maritime et en coordination avec le GIH et l’armée de l’Air, un dispositif peut être mis en place à bord d’un bâtiment de projection et de commandement.

Loïc Salmon

Opex : retour d’expérience des hélicoptères de combat

Théâtre d’opérations aériennes en métropole

Théâtre d’opérations maritimes en métropole

Les hélicoptères, engagés en opérations extérieures ou sur le territoire national, nécessitent une maintenance fréquente en raison de leur technologie pointue. Une réflexion est en cours sur la révision au niveau industriel et la maintenance opérationnelle sur place. L’armée de l’Air organise l’entretien de tous les aéronefs militaires, mais les autres armées doivent pouvoir déployer des pilotes et des mécaniciens sur des théâtres très différents. La disponibilité des hélicoptères constitue un souci majeur en termes de coût de soutien, d’âge des aéronefs et d’approvisionnement en pièces de rechange. Selon le général Jean-Pierre Bosser, un groupement d’appui aéronautique ou d’appui aux hélicoptères reste à imaginer.




Marine nationale : mission « Jeanne d’Arc » 2014 en Atlantique

De mars à juillet 2014, un groupe amphibie (GA) se déploie en Atlantique au profit des officiers-élèves de l’École navale et des forces françaises prépositionnées outre-mer, dans le cadre de la mission « Jeanne d’Arc ». Il pourrait, éventuellement, être engagé en opérations.

Les missions. Le GA, composé du bâtiment de projection et de commandement Mistral et de la frégate La-Fayette, effectue la mission dite « Jeanne d’Arc » à 4 volets. Sur le plan opérationnel, il participe à l’opération « Corymbe » de présence dans le golfe de Guinée et en Afrique de l’Ouest pour y protéger les intérêts français. Cela relève des missions générales de connaissance, d’anticipation de crises et de coopération régionale. S’y ajoute le renforcement temporaire des forces de souveraineté en Guadeloupe et en Martinique par des entraînements communs. Le cas échéant, le chef d’État-major des armées peut utiliser le GA dans la conduite d’opérations vers la terre ou en mer. Le volet « coopération » porte sur la préparation opérationnelle interarmées des bâtiments déployés et des détachements de l’armée de Terre embarqués (groupements tactique et aéromobile). Il inclut l’interopérabilité avec les grands pays alliés, par des exercices OTAN avec les forces américaines et canadiennes, et les entraînements bilatéraux avec les Marines d’autres pays riverains de l’océan Atlantique (Sénégal, Cote d’Ivoire, Togo, Bénin, Brésil et Portugal). Le volet « rayonnement »  consiste à apporter un soutien naval à la diplomatie de la France et, lors des escales, un soutien à l’exportation d’armements français et, par voie de conséquence, à l’emploi industriel en France. Enfin, la mission « Jeanne d’Arc » constitue l’école d’application des élèves de la promotion 2011 de l’École navale, intégrés au « systèmes d’hommes » du GA : découverte des enjeux stratégiques de l’océan Atlantique, zone d’opérations des armées françaises ; rythme de navigation soutenu et enchaînement rapide d’activités pour se préparer à la prise de responsabilités au retour ; acquisition d’une expérience dense et variée du monde maritime par la vie en équipage.

Les personnels. Les élèves embarqués comptent 155 officiers et 20 civils. Il y a : 95 enseignes de vaisseau de 2ème classe, dont 13 étrangers (2 Allemands, 2 Saoudiens, 2 Béninois, 1 Camerounais, 1 Sud-Coréen, 1 Libanais 1 Malgache, 1 Sénégalais et 1 Togolais) ; 9 commissaires-élèves des armées, dont 1 Camerounais ; 11 administrateurs des Affaires maritimes ; 8 médecins des armées ; 8 officiers-élèves invités en cursus extérieur (1 Belge, 1 Brésilien, 1 Gabonais, 2 Koweïtiens, 1 Malaisien, 1 Canadien et 1 Britannique). En outre, embarquent pour une courte période : 10 sous-lieutenants de l’École spéciale militaire de Saint-Cyr Coëtquidan ; 14 stagiaires-ingénieurs de l’armement ; 20 stagiaires de l’école de commerce EDHEC. Par ailleurs, le groupement tactique embarqué compte 60 véhicules et engins ainsi que 210 soldats du 3ème Régiment d’infanterie de marine, du Régiment d’infanterie chars de marine, du 11ème Régiment d’artillerie de marine et du  6ème Régiment du génie. Le groupement aéromobile se monte à 2 hélicoptères de manœuvre et d’assaut Puma, 2 hélicoptères de reconnaissance et d’attaque Gazelle et 35 soldats issus du 5ème Régiment d’hélicoptères de combat. Enfin, les détachements Marine comptent 1 hélicoptère Alouette III de l’escadrille 22S, 1 engin de débarquement amphibie rapide et 2 chalands de transport de matériel.

Loïc Salmon

Golfe de Guinée : zone de crises pour longtemps

Mission Jeanne d’Arc 2012 : un tour du monde opérationnel




Salon de l’aéronautique et de l’espace 2015 : + 5 % d’exposants

Le 51ème Salon international de l’aéronautique et de l’espace du Bourget accueille 2.260 exposants dont 50 % étrangers, soit une hausse de 5 % en deux ans, a déclaré Marwan Lahoud, président du Groupement des industries françaises aéronautiques et spatiales (GIFAS), au cours d’une conférence de presse tenue à Paris le 21 mai 2015. « C’est un bon cru, grâce aux grandes commandes militaires » dit-il. Avec les commandes de l’avion de chasse Rafale par l’Égypte (24 appareils), l’Inde (36) et le Qatar (24), les commandes françaises ont atteint 73 Md€ en décembre 2014. Le Salon du Bourget (15-21 juin 2015), aujourd’hui à 20 % militaire et à 80 % civil, est aussi, pour tous les décideurs de l’aéronautique du monde, l’occasion de se rencontrer. Il aura reçu 120 aéronefs, 300 délégations officielles, 140.000 visiteurs professionnels  et 180.000 visiteurs grand public. Selon le GIFAS, il reste le plus grand du monde du genre avec 2.215 exposants et 139.000 visiteurs professionnels en 2013 (photo), par rapport à celui de Farnborough (Grande-Bretagne) avec 1.506 exposants et 132.000 visiteurs professionnels en 2014, le salon ILA de Berlin avec 1.203 exposants et 125.000 visiteurs professionnels en 2014 et ceux de Dubaï (2013) et Singapour (2014) avec approximativement 1.000 exposants et 50.000 visiteurs professionnels. Le Salon du Bourget 2015 est le moins cher du monde, par suite de la baisse de l’euro, et aussi le plus international, précise le GIFAS avec 26 pavillons nationaux, 47 pays représentant les exposants et 181 pays représentant les visiteurs professionnels. Compte tenu du plan « Vigipirate alerte attentat » en cours, la sécurité mobilise près de 1.500 personnels, privés et publics, fournis notamment par la Direction de  l’ordre public et de la circulation, la Police de l’air et des frontières, la Gendarmerie mobile, la Direction générale de la sécurité intérieure, la Direction de la protection et de la sécurité de la défense, la Brigade anti-criminalité départementale 93, la Police parisienne et la Préfecture de Seine-Saint-Denis. Par ailleurs, lors des trois derniers jours (vendredi, samedi et dimanche) se tient le 1er Salon de l’emploi et de la formation de l’industrie aéronautique et spatiale, du transport aérien et de la défense nationale. Les personnes à la recherche d’une formation, d’un stage ou d’un emploi peuvent y rencontrer quelque 70 exposants : entreprises (avionneurs, motoristes, équipementiers, sous-traitants, sociétés de services en ingénierie informatique et agences d’intérim) ; établissements de formation (écoles d’ingénieurs, instituts universitaires de technologie, universités, lycées professionnels, centres de formation d’apprentis et écoles spécialisées) ; associations ; fédérations. En outre, le GIFAS indique que ses entreprises adhérentes ont recruté environ 10.000 personnes (20 % de jeunes diplômés) en 2014 : 43 % d’ingénieurs et cadres ; 26 % d’employés, de techniciens et d’agents de maîtrise ; 31 % d’ouvriers qualifiés. Enfin, l’industrie aéronautique, spatiale, de défense et de sécurité a employé 180.000 personnes en 2014, auxquelles s’ajoutent 11.000 emplois équivalents temps plein de l’intérim aéronautique.

Loïc Salmon

Armée de l’Air : engagement opérationnel intense et réforme en profondeur

L’ALAT : un ensemble de systèmes de combat et d’hommes

Drones Air et Marine : surveillance, renseignement et… combat

 




L’histoire de l’Aviation légère de l’armée de terre 1794-2014

Par son adaptabilité, l’hélicoptère de combat de l’Aviation légère de l’armée de terre (ALAT) peut s’utiliser du conflit de haute intensité à l’action humanitaire. Sa rapidité d’emploi lui confère une dimension politico-militaire dans la gestion des crises.

Il aura quand même fallu 60 ans pour y arriver, comme le présente en détail ce livre, tiré de la thèse de doctorat d’histoire contemporaine du général (2S) André Martini, soutenue en 2004 puis enrichie pendant la décennie suivante. L’ALAT justifie sa double appartenance au monde rustique de l’armée de Terre et à celui de la technique aéronautique. Son esprit pionnier, caractéristique de la saga de l’aviation tout court, se heurtera souvent aux dures réalités administratives et financières, sans oublier les rivalités entre armées de Terre et de l’Air. Aux États-Unis, les expériences de ballons d’observation aériennes et de réglage de tirs d’artillerie débutent à la guerre de Sécession (1860-1865). La Grande-Bretagne met sur pied une unité de ballons au Beschuanaland (Afrique australe) en 1884. Mais la France les a précédées lors de la bataille de Fleurus…en 1794 ! Cette innovation est ensuite décriée comme une « tricherie » dans la conduite de la guerre. Elle ne réapparaît qu’au siège de Paris en 1870. Après les essais de « l’avion » de Clément Ader (1897) et surtout la traversée de la Manche par Louis Blériot en 1909, les militaires s’y intéressent. L’aéronautique désigne alors la science de la navigation aérienne, l’aérostation « les plus légers que l’air » et l’aviation « les plus lourds que l’air ». L’hélicoptère apparaît dans les années 1920, mais il faut attendre les guerres de Corée puis d’Indochine et surtout d’Algérie pour qu’il démontre son utilité. Le 8 mars 1956, le colonel Marcel Bigeard réussit la première opération héliportée en utilisant des hélicoptères comme engins d’assaut. Par ailleurs, fin 1960, plus de 1.500 blessés ont été évacués de nuit en plus de 750 missions extrêmement risquées. Vulnérable, l’hélicoptère sera rapidement doté de mitrailleuses, lance-roquettes et enfin missiles. Le besoin de deux niveaux d’action aérienne se manifeste : appui mené par des moyens concentrés sur quelques bases opérationnelles, du ressort de l’armée de l’Air ; action aérienne immédiate et intégrée à la manœuvre terrestre qui relève de l’ALAT. La formation des pilotes d’hélicoptères se fait dans les deux armées. Dans l’armée de l’Air, elle attire les pilotes devenus inaptes au métier de chasseur ou de transporteur. En revanche, dans l’armée de Terre, les jeunes officiers se tournent vers l’hélicoptère, comme leurs anciens vers la cavalerie légère. Les progrès techniques transforment le combat dans la 3ème dimension. Le radar « Spartiate » permet de guider vers l’arrière les hélicoptères possédant l’aptitude au vol ans visibilité, garantissant du secours aux équipages par tous les temps. Viennent ensuite les jumelles intensifiant la lumière résiduelle, pour le vol de nuit, et la caméra thermique pour l’identification des cibles. Les combats de demain, intenses et de courte durée seront soumis à la surveillance constante des moyens de renseignement et à la menace permanente d’armes précises à temps de réaction très bref. Le rythme des interventions de l’ALAT sera accru en conséquence. Devant la complexité des équipements destinés à maîtriser ces risques, le facteur humain restera toujours primordial.

Loïc Salmon

ALAT : retour d’expérience opérationnelle

Armée de Terre : l’ALAT, indispensable à l’engagement terrestre

« L’histoire de l’Aviation légère de l’armée de terre » 1794-2014, par le général André Martini. Éditions Lavauzelle, 448 pages.




Mali : obsèques nationales pour le premier tué de l’opération Serval

Le 15 janvier 2013 aux Invalides (Paris), le Premier ministre, Jean-Marc Ayrault, a présidé la cérémonie d’hommage national au lieutenant Damien Boiteux, mortellement blessé le 11 janvier lors du déclenchement de l’opération « Serval » au Mali. Le lieutenant Boiteux, chef de bord d’un hélicoptère de combat au 4ème Régiment d’hélicoptères des forces spéciales de l’armée de Terre, a été promu au grade supérieur et fait chevalier de la Légion d’Honneur à titre posthume. Le même jour, le ministre de la Défense, Jean-Yves Le Drian, a expliqué à la presse le pourquoi et le comment de l’opération Serval, lancée moins de cinq heures après l’ordre du président de la République, François Hollande, à la suite de la résolution 2085 du Conseil de sécurité de l’ONU. « Le Mali, dit-il,  fait face à une « agression caractérisée, organisée et coordonnée » du mouvement islamiste Ansar Eddine et des groupes terroristes Aqmi et Mujao. Selon le ministre, ceux-ci avaient déployé dans le nord du pays environ 200 véhicules et 1.200 combattants pour s’emparer de la capitale Bamako et anéantir l’armée malienne avant l’intervention de la force internationale de soutien au Mali (Misma) et la mission européenne de formation militaire (UTM Mali). La réaction militaire française poursuit trois objectifs : arrêter l’offensive des mouvements terroristes et les empêcher de menacer l’Etat malien ; préserver et retrouver l’intégrité et la souveraineté du Mali ; faciliter la mise en œuvre des décisions internationales et en accélérer le tempo pour les forces africaines et européennes. Pour cela, les forces françaises doivent remplir quatre missions : aider les forces maliennes à arrêter la progression de l’adversaire vers le sud par des frappes aériennes (avions et hélicoptères) et le déploiement d’éléments terrestres ;  frapper dans la profondeur (actions aériennes) les bases arrière adverses pour empêcher toute nouvelle offensive ; envoyer un signal fort de soutien au gouvernement malien de transition et assurer la sécurité des ressortissants français et européens ; préparer les conditions nécessaires à l’organisation et l’intervention de la Misma (commandée par un général nigérian) et de l’UTM Mali. Au 15 janvier, l’opération Serval avait déjà mobilisé 1.700 militaires dont 800 au sol, des avions Atlantique (renseignement et guidage de frappe), 12 avions de chasse (Rafale et Mirage 2000), 5 avions ravitailleurs et 5 avions de transport tactique (C-130 et C-160). Le dispositif au sol, qui compte une cinquantaine de véhicules blindés, devrait monter en puissance, a indiqué le chef d’état-major des armées, l’amiral Edouard Guillaud, présent à la conférence de presse. Enfin, le ministre, qui a reçu des offres d’assistance des pays européens et du Canada (transport et soutien santé) et aussi des Etats-Unis (renseignement et logistique), a souligné « qu’il s’agit d’une mission importante qui se mènera dans la durée aux côtés des forces maliennes et africaines et aux côtés de la mission européenne de formation ».

Loïc Salmon




ALAT : essais de « navalisation » de l’hélicoptère d’assaut Caïman

La campagne d’essais de « navalisation » de l’hélicoptère de manœuvre et d’assaut NH 90 Caïman, destiné à l’Aviation légère de l’armée de Terre (ALAT), s’est déroulée avec succès en Méditerranée du 12 au 15 novembre 2013, à bord du bâtiment de projection et de commandement (BPC) Tonnerre. En coordination avec le constructeur NH Industries, la Direction générale de l’armement (DGA) et l’équipage du BPC, elle a consisté à vérifier la tenue du train d’atterrissage, les efforts sur la structure, la marge de puissance du moteur, la marge sur les commandes de vol et les qualités de vol d’un Caïman à la masse maximale de 10,6 t. Cet hélicoptère a effectué 4 vols d’essais de 2 heures dans les conditions maximales fixées par la DGA : vent de 55 nœuds (plus de 100 km/h), roulis de 7 ° et tangage de 2 °.  Quand le vent de travers atteint 50 nœuds (92 km/h), aucun hélicoptère ne vole, sauf le Caïman (photo). L’équipe de marque de la Section technique de l’armée de Terre procédera à une expérimentation technico-opérationnelle en mars 2014, puis à une première capacité de projection de 4 Caïman en juillet 2014. Elle s’assurera que les pilotes de l’ALAT sont capables de remplir ces objectifs ainsi que ceux par temps chaud et en montagne. Sur les 68 Caïman commandés pour l’ALAT, 9 ont déjà été livrés. Le 12 décembre, les 3 premiers équipages opérationnels décolleront du Centre de formation interarmées NH90 du Cannet des Maures pour rejoindre le 1er Régiment d’hélicoptères de combat de Phalsbourg. D’une façon générale, tous les équipages de l’ALAT (pilote, commandant de bord et mécanicien) doivent être qualifiés à l’appontage de jour et de nuit sur grande plate-forme (BPC). Les plus performants peuvent acquérir les qualifications de jour et de nuit sur petite plate-forme (frégates). Chaque qualification requiert 6 appontages. Par la suite, tous les équipages opérationnels doivent s’entraîner une fois par an avec des bâtiments de la Marine, dans la mesure des disponibilités des uns et des autres.

Loïc Salmon

Marine nationale : mise en service opérationnel des hélicoptères Caïman




« CMOS Kaméléon », la caméra qui voit la nuit en couleur

La caméra à très bas niveau de lumière « CMOS Kaméléon » permet de voir en couleur dans l’obscurité quasi totale avec des applications militaires et civiles. Elle a été mise au point par les chercheurs Damien Letexier et Geoffroy Deltel de la société optronique Photonis, qui ont reçu, le 2 juin 2015, le 42ème prix « Ingénieur général Chanson » décerné par l’Association de l’armement terrestre et remis par général Jean-Pierre Bosser, chef d’état-major de l’armée de Terre. Au niveau de nuit correspondant à la pleine lune, l’œil humain ne voit plus qu’en noir et blanc (monochrome). Or la couleur contribue à l’identification de la cible, à la discrimination ami-ennemi par traceur couleur ou le repérage de zones de danger sur un théâtre de combat. La caméra CMOS Kaméléon est déjà utilisée pour : la surveillance urbaine ; la lunette de tir des armes des forces spéciales ; le casque des pilotes des hélicoptères militaires français et britanniques et des appareils civils ; la surveillance rapprochée du char allemand Leopard 2. D’autres applications sont possibles : caméras sur drones de surveillance ; vision périphérique proche pour les petits véhicules blindés ; aide à la conduite de véhicules de sécurité de nuit, par fusion des signaux d’une caméra thermique refroidie et de la caméra à vision nocturne monochrome fabriquée par Photonis. Dans son allocution, le général Bosser a rappelé que la pertinence de l’innovation technique dépend de deux facteurs : la réponse à un besoin objectif et la facilité d’intégration dans l’environnement de l’utilisateur, à savoir par sa facilité d’emploi, son ergonomie et sa compatibilité avec les autres équipements. CMOS Kaméléon, dit-il, « répond à un besoin que confirmeront sans hésiter tous ceux qui ont eu à utiliser la vision monochrome sur le terrain. Elle devrait également s’intégrer aisément dans l’environnement du combattant, à la condition que cette caméra fasse du triptyque faible encombrement, robustesse et autonomie énergétique son leitmotiv ». La caméra CMOS Kaméléon a été développée dans le cadre du programme de financement « Rapid » de la Direction générale de l’armement. Le dispositif « Rapid » (Régime d’appui à l’innovation duale) finance des projets lancés par des entreprises de moins de 2.000 salariés. Ces projets de recherche industrielle ou de développement expérimental à fort potentiel technologique doivent présenter des applications militaires avec des retombées pour les marchés civils.

Loïc Salmon

 




Pilotes de combat

Réduit au pilote et au chef de bord, responsable de la mission, l’équipage d’un hélicoptère Gazelle de l’Aviation légère de l’armée de terre (ALAT) forme un binôme indissociable, à l’entraînement puis en opération.

La mission rapproche les hommes, puis le combat et le danger les soudent. Les gestes, dix à cent fois répétés, deviennent réflexes pour travailler en équipe et garantir la survie au combat, où le facteur « chance » intervient ou non. Après des mois de préparation, la participation au conflit du moment donne aux pilotes de l’ALAT l’occasion de se confronter à eux-mêmes, au risque au danger et à la mort. Dans cet ouvrage, il s’agit de l’Afghanistan en 2011. L’équipement, ensemble logique et cohérent des outils opérationnels, sauvera peut-être leur vie : casque, optique de nuit, gilet pare-balles, armement, gants, couteau coupe-sangles et documentation. Même si le risque d’être touché par l’adversaire reste faible, l’hypothèse de la panne, du « poser dur » ou de l’écrasement au sol demeure, avec la perspective de se retrouver isolé en zone hostile. Alors que les fantassins de la coalition internationale, engagée dans la lutte contre les talibans, sentent que tous ne reviendront pas d’une patrouille, les pilotes, chargés de les escorter et de les appuyer en cas d’accrochage, ont la certitude inverse. Les rebelles ne disposent en effet que de peu de missiles sol-air et ne les tirent qu’à coup sûr. En outre, un hélicoptère Gazelle, entre 300 m et 600 m d’altitude, reste hors de portée des armes automatiques. Même en vol tactique à moins de 10 m du sol mais à plus de 150 km/h, l’effet de surprise le préserve d’une éventuelle riposte ennemie. Toutefois, sa vulnérabilité s’accroît lors des phases de tir, où il descend et se stabilise quelques instants, et de décollage et d’atterrissage sur des zones à la portée des fusils d’assaut Kalachnikov ou de précision Dragounov et missiles Silkworm. Concentré sur ces manœuvres, particulièrement délicates, l’équipage ne peut riposter aisément. L’expérience des embuscades de la guerre afghane de l’Union soviétique (1979-1989) a débouché sur des règles valables pour les fantassins et les pilotes de l’ALAT : ne jamais repasser au même endroit et ne pas revenir par le même chemin. Cela implique de nombreuses missions de reconnaissance, car insurgés et forces de la coalition adaptent sans cesse leurs tactiques. Pour obtenir la maîtrise du terrain et de leurs missions, avant de voler, l’équipage doit connaître les dernières informations et pièges, les zones favorites de tir des talibans, la topographie, l’aérologie à cause des vents capricieux et redoutables et, bien sûr, l’état de son aéronef. Le chef de bord dispose de photos satellites très précises de la zone de la mission, jusqu’à des carrés de 100 m de côté avec tous les ponts, ruelles et habitations. En vol, le pilote se concentre sur le pilotage, tandis que le chef de bord scrute le terrain avec sa caméra, à la recherche de menaces et d’éventuels départs de tirs dans des zones qu’il sait potentiellement dangereuses. L’obsession du détail constitue le meilleur moyen de revenir vivant. Et pourtant, l’imprévu reste de mise, à savoir le changement soudain des conditions atmosphériques et le manque de réaction de l’hélicoptère, malgré les efforts du pilote. Au moment du « crash », la balise de détresse se déclenche automatiquement. L’organisation du sauvetage, à partir de la grande base américaine de Bagram, entre alors en action. Mais l’équipage n’en revient pas toujours au complet.

Loïc Salmon

« Pilotes de combat », par Nicolas Mingasson. Éditions Les Belles Lettres, 134 pages. 11 €

Lieutenants en Afghanistan, retour d’expérience

ALAT : retour d’expérience opérationnelle

L’ALAT : un ensemble de systèmes de combat et d’hommes




Forces spéciales : outil complémentaire des forces conventionnelles

Les opérations « spéciales » emploient un minimum de moyens et visent un maximum de résultats dans un but stratégique. Elles sont réalisées par des forces dites « spéciales », dont l’action, sur décision politique, doit être fulgurante et facilement réversible.

Ce domaine a fait l’objet d’un rapport d’information de la Commission des affaires étrangères, de la défense et des forces armées du Sénat et d’un document du cercle « Prospective Terre », publié par le GICAT (groupement des industries d’armements terrestres), tous deux rendus publics en mai 2014.

Concepts. Le glossaire de l’OTAN, sur lequel s’appuie le rapport sénatorial, distingue divers types d’opérations militaires, visibles ou secrètes, et menées par des acteurs spécifiques. Une opération classique, préparée, planifiée et conduite sans dissimulation par des troupes conventionnelles, constitue le socle de toute campagne militaire importante et cherche un effet tactique sur le déroulement d’une bataille. Une opération « commando », menée par des unités d’élite sans discrétion, vise à neutraliser un point décisif lors d’une bataille. Une opération discrète, conduite par tous types de forces, n’est pas dissimulée, mais ne fait l’objet d’aucune communication par l’État commanditaire. Elle devient secrète quand l’accent est mis sur sa dissimulation. Une opération spéciale, destinée à influer de façon décisive sur la suite du conflit et menée par des forces non conventionnelles, peut être revendiquée par l’autorité politique, comme l’action américaine « Trident de Neptune » pour neutraliser Oussama Ben Laden. Une opération « clandestine » se différencie de la précédente par l’absence de preuve de son lien avec l’État commanditaire : l’identité de l’exécutant doit être dissimulée ou permettre un déni possible. Enfin, une opération « numérique », entreprise contre les infrastructures vitales d’un pays, s’apparente aux opérations spéciales et clandestines, avec lesquelles elle pourrait se combiner. Elle frappe « au cœur » de l’adversaire et démultiplie les effets obtenus par rapport aux moyens employés et sans identification de l’origine, par des actes de sabotage, déstabilisation, malveillance, manipulation ou d’espionnage : Estonie, 2007 ; Géorgie, 2008 ; Iran, 2010 ; affaire Wikileaks, 2010 ; ONU, Inde, Canada, États-Unis, Corée du Sud, Comité olympique international et 72 entités, 2006-2010 ; France, 2011 ;  Arabie saoudite et Qatar, 2012.

Organisations et missions. En incluant le soutien et les troupes d’élite, les forces spéciales américaines (USSOCOM) se montent à environ 60.000 personnels, qui devraient passer à 69.700. Elles se répartissent entre les armées de Terre et de l’Air, la Marine et le Corps des Marines avec un commandement interarmées. L’agence de renseignement CIA dispose de ses propres forces spéciales (environ 1.000 personnels) pour ses activités clandestines. Suite à la réforme de 2013, les forces spéciales britanniques (UKSF) devraient passer de 3.500 personnels à 1.750. Utilisables indifféremment pour les opérations spéciales ou clandestines, elles viennent des trois armées et peuvent recourir aux  unités commandos SAS (1.000 hommes) d’active et de réserve. En France, le Commandement des opérations spéciales (COS) est interarmées et placé directement sous les ordres du chef d’État-major des armées. Il ne s’occupe pas des opérations clandestines, menées sous une fausse identité par les agents du service action de la Direction générale de la sécurité extérieure. L’armée de Terre met à sa disposition : le 13ème Régiment de dragons parachutistes, pour l’acquisition du renseignement (photo) ; le 1er Régiment parachutiste d’infanterie de marine, pour action dans la profondeur, entrée en premier sur un théâtre, infiltration, raid de neutralisation, combat en zone urbaine et opération d’influence ; le 4ème Régiment d’hélicoptères des forces spéciales, pour aérocombat, infiltration et exfiltration des équipes de commandos, surtout de nuit. Tous dépendent de la Brigade des forces spéciales terre, chargée de leur organisation, équipement et mise en condition opérationnelle. La Marine compte 5 unités de forces spéciales, appelées « commandos » et portant un nom comme les bâtiments de combat. Chaque commando compte 3 groupes répondant au socle commun des forces spéciales et 1 correspondant à sa dominante particulière : assaut de navires pour Jaubert et Trépel ; reconnaissance maritime et côtière pour Penfentenyo ; appui et neutralisation d’objectifs pour Monfort ; guerre électronique pour Kieffer ; action sous-marine pour Hubert.  L’armée de l’Air met 2 unités  à la disposition du COS : le Commando parachutiste de l’air N°10 pour mise en œuvre de zones aéroportuaires et guidage d’aéronefs dans la profondeur ; l’escadron de transport 03/61 « Poitou » pour infiltration, aérolargage et poser d’assaut, surtout de nuit.

Suremploi et limites. Le rapport sénatorial note le suremploi des forces spéciales depuis 2006, en raison de leur adaptation aux formes d’engagement d’aujourd’hui, et l’usure des hommes : sur 3.000 personnels, plus de 600 se trouvent en permanence en opérations ! Dans le bulletin du « Cercle Prospective terre », le général de division (2S) Vincent Desportes, ancien directeur de l’École de guerre et professeur associé à l’Institut d’études politiques de Paris et à HEC, souligne la nécessité et la spécificité des forces spéciales. Leur emploi s’apparente à de la projection de puissance plutôt que de forces et ne peut produire d’effet politique, finalité de toute action militaire. Mais le recours aux forces spéciales présente certains avantages : contrôle politico-militaire étroit pour limiter les dérives ; exposition médiatique faible et modulable ; interventions très en amont, tout en préservant la liberté d’action politique du pays hôte et de celui qui intervient ; désengagement aisé et discret. En revanche, estime le général, les forces spéciales ne peuvent contrôler l’espace aérien, maritime ou terrestre, ni durer sur zone en assurant leur propre protection, ni interdire une invasion territoriale face à des troupes nombreuses. Ces missions resteront du ressort des forces conventionnelles, également vivier du recrutement des forces spéciales.

Loïc Salmon

Nom de code Geronimo

Renseignement militaire : clé de l’autonomie stratégique et de l’efficacité opérationnelle

ALAT : les hélicoptères NG, nouveaux systèmes d’armes

Fin 2013, les forces spéciales françaises comptent un peu plus de 3.000 personnels d’active des armées de Terre et de l’Air et de la Marine, auxquels s’ajoutent 400 réservistes. Son parc aérien inclut : 2 avions de transport tactique Hercules  C130 ; 3  avions de transport tactique Transall C160 ; 2 avions Twin Otter DCH6, équipés de roues, skis ou flotteurs ; 41 hélicoptères de l’Aviation légère de l’armée de terre ; 2 hélicoptères de l’armée de l’Air. La loi de programmation militaire 2014-2019 prévoit d’accroître les effectifs d’environ 1.000 personnels. Parmi leurs équipements futurs, figurent le programme « Melchior » de transmissions sécurisées et la livraison des premiers véhicules adaptés aux opérations spéciales (programme d’ensemble VLFS/PLFS). L’ensemble de la flotte d’hélicoptères Caracal des armées sera regroupé sur un seul site, sous l’autorité du Commandement des opérations spéciales.