Afrique : zone sahélienne sous tension et résolution de crises

Outre ses forces prépositionnées et l’opération « Barkhane » au Sahel, la France aide les pays d’Afrique de l’Ouest à se doter de la capacité à assurer leur propre sécurité en toute autonomie.

La situation a été présentée à la presse, le 25 octobre 2018 à Paris, par le colonel Frédéric Garnier, chef du département Afrique de la Direction générale des relations internationales et de la stratégie, et le colonel Patrice Morand, commandant la base aérienne projetée (BAP) à Niamey (Niger), à l’occasion de la 5ème édition du Forum de Dakar (Sénégal, 5 et 6 novembre). Vecteur de l’influence française et dédié à la paix et la sécurité, ce dernier réunit chaque année environ 500 dirigeants politiques et militaires africains, partenaires internationaux, chercheurs universitaires et membres de la société civile. La 5ème édition porte sur : droits, justice et liberté face aux enjeux sécuritaires ; opérationnalisation du lien entre développement et sécurité durables ; perspectives de coopérations internationales dans la lutte contre le terrorisme et l’extrémisme violent.

Engagement français prioritaire. La bande sahélo-saharienne (BSS) de l’Afrique de l’Ouest compte 80 millions d’habitants en 2018 avec une prévision de 200 millions en 2050. Selon le colonel Garnier, sa sécurité est affectée par : une pauvreté générale ; la faiblesse des pouvoirs publics ; une criminalité organisée (trafics en tous genres) ; des tensions communautaires ; des groupes terroristes liés à Al Qaïda et Daech, dont Boko Haram actif aux Cameroun, Tchad et Niger. L’appui sécuritaire de Paris se manifeste d’abord par les Forces françaises en Côte d’Ivoire (900 militaires) et les Eléments français au Sénégal (350) et au Gabon (350). Plus de 10.000 militaires africains ont bénéficié d’une formation au Sénégal en 2017 et plus de 6.800 au Gabon en 2018. En outre, 80 coopérants sont déployés au sein des armées locales pour les accompagner dans leur montée en puissance. Dans un cadre multinational, l’opération « Barkhane » met en œuvre l’entraînement et l’appui à l’engagement de l’armée malienne ainsi que la préparation de la force conjointe du G5 Sahel (Mauritanie, Mali, Burkina Faso, Niger et Tchad) pour des opérations qui pourraient avoir lieu avant la fin de 2018. Depuis son lancement le 1er août 2014, son dispositif aérien totalise 25.000 heures de vol pour le recueil de renseignement et 75.000 pour l’appui au sol, le ravitaillement et le transport.

Base aérienne projetée. La force Barkhane bénéficie de l’appui de la BAP Niamey, susceptible d’intervenir en une heure dans la BSS et avec un basculement possible vers la base N’Djamena (Tchad), explique le colonel Morand. La BAP Niamey dispose de 450 personnels en alerte permanente avec : 4 drones Reaper (pilotes sur place et règles d’engagement précises), renforcés temporairement par un ATL2 Marine, pour le renseignement ; 2 Mirage 2000D et 2 Mirage 2000C pour l’intervention ; 1 ravitailleur C-135, 2 Transall C-160 et 1 Casa CN235 pour l’appui et la projection. Ces moyens ont pour missions : la neutralisation des groupes armés terroristes par la recherche, la surveillance, la caractérisation de l’objectif et la frappe ; l’aide à la manœuvre terrestre par l’escorte de convois, l’appui feu, l’aérolargage ou les évacuations sanitaires ; l’appui aux partenaires du G5 Sahel. A terme, la BAP Niamey va recevoir des avions A330 Phoenix (ravitailleurs), C-130J et A400M (transport tactique), étendre ses aires aéronautiques, doubler sa capacité de stockage de carburant et intensifier sa coopération avec l’Allemagne et l’Italie.

Loïc Salmon

Sahel : l’opération « Barkhane », un effet d’entraînement fort

Golfe de Guinée : sécurité et sûreté en mer et à terre




Armée de Terre : pas de victoire sans le soutien de la nation

Affrontement de deux volontés et fondé sur des ressources matérielles et immatérielles, la victoire implique, pour l’armée de Terre, la poursuite de son mandat sur 20-30 ans et l’intégration des innovations d’usage immédiat.

Ce thème a été abordé au cours d’un colloque organisé, le 6 février 2018 à Paris, par le Centre de doctrine et d’enseignement du commandement de l’armée de terre. Un diplomate et deux généraux de haut rang y sont intervenus.

Le dilemme du temps. Le pouvoir politique veut des victoires rapides, car l’opinion publique se lasse des engagements militaires longs après ceux en Afghanistan (13 ans), en Centrafrique (3 ans) et au Sahel (depuis janvier 2013), explique le diplomate. Il voit sa propre communication contestée par le « complexe militaro-industriel » dans les médias…qui racontent la guerre à sa place ! L’incertitude du monde actuel estompe l’idée de « guerre juste » et donc de victoire militaire définitive. L’ennemi soviétique d’hier a été remplacé par le terrorisme islamiste, avec une vision du monde différente de celle des Etats démocratiques. Quoique ce dernier soit identifiable au Levant et au Mali, la difficulté d’une interposition internationale entre factions rivales conduit à un combat sans fin et une victoire impossible. Sans accompagnement économique massif, les effets pervers l’emportent sur la victoire. Ainsi en Libye, la réussite militaire franco-britannique de 2011 s’efface devant l’émergence des centres de transit de migrants clandestins et de trafics d’armes, comme en Irak depuis l’intervention américaine de 2003. Les contraintes budgétaires nécessitent de s’intégrer à une alliance, facteur de dépendance dans la prise de décision. En France, la fin du service militaire obligatoire et la recherche du « zéro mort » dans un conflit ont conduit à l’absence de prise de risques et donc de victoire. Or, souligne le diplomate, le monde doit reconnaître que la France porte un message, reste fidèle à son histoire et maintient son rang, le rôle de sa diplomatie étant de transformer la victoire aux yeux de tous en une paix durable. Les dirigeants politiques actuels n’ont connu ni le second conflit mondial ni les guerres de décolonisation. Mais conscients de l’Histoire ils s’imprègnent de la culture militaire par leurs fréquentes visites sur le terrain. Par ailleurs, aux Etats-Unis, les généraux sont reconnus comme les artisans de la victoire, alors qu’en France, cet honneur revient aux dirigeants politiques, en raison de la mauvaise image des militaires dans la nation après les guerres de décolonisation. Toutefois, les attentats terroristes de 2015 et 2016 ont eu pour conséquence de valoriser les services de renseignement, autrefois mal vus, et les militaires avec l’opération « Sentinelle ».

La constance et la patience. Le chef militaire doit concilier le temps de son action sur le terrain avec celui, très court, du pouvoir politique, et celui, très long, du diplomate et éviter qu’ils divergent, indique l’un des généraux. Cela passe d’abord par une réflexion sur les crises, toujours différentes, et la connaissance de leurs acteurs, pour ne pas appliquer à une crise nouvelle la solution de la précédente. La fascination pour les images de départs de navires et de déploiements d’avions et d’hélicoptères dans la gestion des crises occulte la nécessité de jouer sur tous les leviers et dans le temps long, surtout quand elles durent plus de dix ans (Kosovo, Irak, Afghanistan). Entre 2014 et 2017, la coalition internationale a largué 100.000 bombes contre Daech en Syrie et en Irak, soit cinq fois plus que sur Dresde en 1944. Par ailleurs, tout pays membre d’une coalition internationale doit rester lucide quant à son poids dans la décision opérationnelle. Ainsi, dans celle contre les talibans, la France n’a fourni que 2,5 % des effectifs pour contrôler 3 % du territoire afghan. Une erreur consiste à tenter de résoudre les crises une par une, en partant du principe qu’elles sont disjointes, alors qu’elles surviennent en réseau, comme en Libye, Irak et Syrie. L’action précipitée, sous le coup de l’émotion et de la pression médiatique, peut avoir de graves conséquences, comme le brusque afflux de 5.000 migrants clandestins en Méditerranée après la diffusion mondiale d’une vidéo montrant un enfant mort sur une plage. Enfin, précise le général, l’engagement politico-militaire ne peut reposer sur un consensus lent. Le pouvoir politique doit donner une directive claire et rapide sur les objectifs à atteindre, pour lesquels les militaires présentent des options d’action avec les risques encourus.

L’action durable. Autrefois, gagner la guerre consistait à remporter une grande bataille ou s’emparer d’une capitale pour détruire une idéologie. Aujourd’hui, souligne l’autre général, la liberté d’action s’impose à l’armée de Terre pour défendre les intérêts de la France dans un monde multipolaire, asymétrique et connecté. Elle doit pouvoir agir vite et loin, en toute circonstance, où il faut et autant que nécessaire, par une opération aéroportée ou amphibie. Cela implique maîtrise du renseignement, masse et épaisseur. Cela va de l’interopérabilité avec les armées des Etats baltes, à l’adversaire hybride dans la bande sahélo-saharienne et à la combinaison des forces armées avec celles de la sécurité intérieure (autorités civiles, douane et gendarmerie). En cas de coup dur, la résilience inclut action de communication, acte juridique et application de règles éthiques pour éviter la barbarie. La spécificité militaire (donner et recevoir la mort) nécessite endurance, aguerrissement et volonté du pouvoir politique de détruire l’ennemi. L’initiative sert à mener l’action pour exercer une influence et obtenir un effet final pertinent. Elle implique imposition du tempo à l’adversaire et réversibilité de l’action, car le temps militaire diffère de celui de la reconstruction. L’efficience repose sur une intervention brutale et décisive des forces spéciales et conventionnelles. Pour empêcher l’adversaire de prendre un ascendant tactique par l’emploi inattendu de moyens bon marché, comme un drone commercial armé de façon rudimentaire, l’achat d’une technologie de pointe « sur étagère » satisfait le besoin d’urgence opérationnelle. Par ailleurs, une intervention armée ne se justifie qu’avec le soutien de la population locale. Ainsi l’opération « Serval » au Mali (2013) l’a pris en compte dans le cadre d’une approche globale régionale, avec un appui international et le partage de renseignements sur place et en France.

Loïc Salmon

Le Centre de doctrine et d’enseignement du commandement de l’armée de terre anime la pensée militaire au profit de l’efficacité opérationnelle des forces terrestres. Il assure la formation des futurs décideurs à différents niveaux. L’enseignement militaire supérieur Terre prépare à l’exercice de hautes responsabilités ou de postes de direction exigeant un niveau élevé de qualifications scientifiques et techniques. Il enseigne le travail en état-major et en interarmées, au sein de quatre établissements : Ecole d’état-major pour jeunes capitaines et sous-officiers ainsi que pour les officiers candidats au concours d’entrée à l’Ecole de guerre ; Cours supérieur interarmes ; Enseignement militaire supérieur scientifique et technique ; Ecole supérieure des officiers de réserve spécialistes d’état-major.

Les diplomates, acteurs de la politique étrangère et représentants de la France

Armée de Terre : faire face à toutes menaces, ici et là-bas




Trafics d’armes légères : comment les contrer

La construction des capacités étatiques de lutte contre les trafics d’armes légères et de petit calibre (ALPC), à destination des mouvements terroristes, nécessite une coordination entre experts et institutions internationales en matière de marquage et de traçage.

Ce thème a été traité lors d’un colloque organisé, le 31 janvier 2018 à Paris, par la Direction générale des relations internationales et de la stratégie du ministère des Armées, le Groupe de recherche et d’information sur la paix et la sécurité et l’Institut de relations internationales et stratégiques. Y sont notamment intervenus : Thierry Jacobs, entreprise belge d’armement FN Herstal ; Claudio Gramizi, organisation « Conflict Armament Research » ; Johan Drugmand, police judiciaire belge.

Marquage industriel. Le fabricant de l’ALPC, qui en effectue le premier marquage (numéro de série), constitue le premier intervenant dans son traçage, souligne Thierry Jacobs. La firme FM Herstal conserve les fiches techniques de ses produits depuis 1889, numérisées depuis 1993. Elle reçoit 350 demandes de traçage par an, dont 90 % d’autorités judiciaires et 10 % de l’ONU. Elle donne l’information dans 100 % cas, si l’arme a moins de 25 ans, et dans 95 % des cas selon l’exactitude du numéro de série des armes plus anciennes. Elle connaît les caractéristiques des ALPC et de leurs marchés, différents pour les armes civiles ou militaires. Un même modèle d’ALPC militaire, d’une durée de vie supérieure à 30 ans, peut être fabriqué par plusieurs entreprises, qui lui conservent son interopérabilité. Le marquage repose sur les normes définies par l’ONU et l’Union européenne : numéro de série ; nom du fabricant ; pays d’origine ; calibre et année de fabrication si possible. Le marquage reste unique, difficile à effacer ou falsifier et facile à mettre en œuvre à grande échelle, sur différents types d’armes à feu, et à lire dans n’importe quelle condition. Une confusion peut se produire quand le numéro de série de l’arme diffère de celui de la pièce de rechange provenant d’un autre fabricant. En conséquence, le numéro authentique de série, accompagné d’un signe distinctif au poinçon, défini par le fabricant d’origine et approuvé par une commission d‘experts, devient obligatoire pour tous les fabricants du même modèle ou d’un modèle compatible, des pièces de rechange et des parties essentielles de l’arme vendues séparément. L’OTAN a standardisé les calibres des ALPC des pays membres (5,56 mm et 7,62 mm) et les marquages des munitions et emballages. En revanche, il existe plus de 350 calibres pour les armes civiles et une dizaine pour certaines armes militaires récentes. De nombreux fabricants produisent les mêmes munitions, en entier ou en partie, rechargeables par l’usager et d’une durée de vie supérieure à 25 ans, soit environ 10 milliards d’unités par an.

Traçage policier. Le numéro de série d’une ALPC et ses caractéristiques (marque, modèle et calibre) permettent d’identifier son dernier propriétaire légal connu, explique Johan Drugmand. La police belge, précise-t-il, n’enquête que sur les ALPC fabriquées, neutralisées et utilisées ou légalement importées en Belgique. Une première consultation de ses bases de données établit l’usage de l’arme pour commettre une infraction ou simplement son signalement en cas de perte ou de vol (enquête judiciaire). Une seconde vérification constate la détention, actuelle ou passée, de l’arme en Belgique (enquête administrative). Pour le traçage d’une arme fabriquée en Belgique, la recherche s’effectue dans les registres des armuriers qui y sont installés, surtout ceux de FN Herstal pour les marques FN (militaires) et Browning (civiles). La police reçoit des demandes de traçage par trois canaux et répond par les mêmes :  SIENA (Europol mailbox) pour les pays européens et quelques autres ; I-arms pour les pays membres d’Interpol ; Service mailbox pour les demandes belges. Ainsi, en 2017, la police belge a reçu 958 demandes de traçage de 43 pays, dont 75 pour FN Herstal, et a envoyé 941 réponses. En outre, 19 demandes ont nécessité des investigations plus approfondies en Belgique. Le délai de réponse varie de quelques minutes (contrôle) à plusieurs semaines (traçage approfondi), selon le type de la demande ou la complexité de la réponse.

Situation de conflit et après. L’organisation « Conflict Armament Research » (CAR), présente dans une vingtaine de pays du Moyen-Orient et de la bande sahélo-saharienne, agit sous mandat du Conseil de l’Union européenne. Elle recherche des preuves circonstancielles sur les approvisionnements en armes dans les zones de conflit et leur entourage immédiat ou de « post-conflit » aux structures étatiques faibles ou inexistantes, explique Claudio Gramizi. Les collectes de données (modèle, calibre, marquage et photo) sur le terrain, en vue d’un profilage individuel des armes et munitions illicites, sont enregistrées dans la banque de données interne « Trace », d’où sont exclues les informations non vérifiées ou non vérifiables. Les experts de CAR identifient ensuite le matériel documenté, éventuellement par des contributions externes. Chaque pièce fait l’objet d’une demande de traçage formelle auprès des producteurs, autorités ayant autorisé son exportation ou de tout détenteur légal connu. Ensuite, chaque arme et munition est présentée sur une fiche technique accessible au public. Ainsi, institutions étatiques et producteurs d’armement peuvent exercer un droit de réponse pour chacune, en vue de corriger ou compléter certaines informations. CAR complète les outils développés par Interpol et l’ONU et garantit la confidentialité de données couvertes par le secret d’une instruction judiciaire. Toutefois, son efficacité dépend du niveau de coopération volontaire des partenaires locaux et internationaux. Une gestion insuffisante des stocks d’armes illicites ne permet pas de reconstituer l’historique d’une pièce saisie, sans compter l’accès unique ou même restreint aux lots saisis. En outre flux et marchés illicites différents se superposent (groupes d’insurrection armés ou protections personnelles). Souvent, policiers et militaires ne remarquent pas les différences entre les fusils d’assaut « kalachnikov » fabriqués en Russie, Chine ou Egypte. Enfin, CAR contribue au renforcement de capacités techniques d’Etats, notamment au Burkina Faso, au Niger et au Nigeria, par l’établissement de procédures communes à partir de formatages corrects.

Loïc Salmon

La convention de Kinshasa a pour but de renforcer le contrôle des armes légères et de petit calibre, de leurs munitions et de toutes pièces et composantes pouvant servir à leur fabrication, réparation et assemblage et de lutter contre leur commerce et trafics illicites en Afrique centrale. Adoptée le 30 avril 2010 par le Comité permanent de l’ONU chargé des questions de sécurité dans cette région, elle est entrée en vigueur le 8 mars 2017. La Communauté économique des Etats de l’Afrique centrale, créée en 1983, compte 11 membres : Angola ; Burundi ; Cameroun ; République centrafricaine ; Congo ; République démocratique du Congo ; Gabon ; Guinée équatoriale ; Tchad ; Sao Tomé-et-Principe ; Rwanda.

Trafics d’armes légères : la lutte contre les filières terroristes

Trafics d’armes : les Balkans, fournisseurs du terrorisme international et du crime organisé




Troupes de montagne : dominer le terrain puis l’adversaire

La 27ème Brigade d’infanterie de montagne (BIM) fête ses 130 ans. Elle a accumulé des savoir-faire, qu’elle déploie dans les zones en conditions climatiques extrêmes et au relief escarpé, fréquentes dans les conflits.

Son commandant, le général Vincent Pons, en a présenté la singularité à la presse, le 5 avril 2018 à Paris, à l’occasion de l’exercice hivernal majeur « CERCES 2018 » du 23 au 26 avril.

La verticalité, expertise de combat. « CERCES 2018 » s’est déroulé sur le grand champ de tir des Alpes, dans la zone des Rochilles-Mont Thabor (frontière franco-italienne). Environ 600 soldats de la BIM ont été renforcés par des éléments du 511ème Régiment du train et du 7ème Régiment du matériel. Pour la première fois, des hélicoptères Tigre de la Brigade d’aérocombat ont participé à cet exercice et tiré au canon de 30 mm. Pour s’entraîner, les soldats de la BIM effectuent des raids de deux à trois semaines dans le Groenland et en Islande, en vue des grands exercices OTAN en Norvège. La BIM, héritière des troupes de montagne créées en 1888 pour défendre les Alpes face à la menace italienne de l’époque, a été déployée sur divers théâtres depuis la fin de la guerre froide (1947-1991) : Bosnie (1995) dans le cadre d’une opération de maintien de la paix de l’ONU ; Afghanistan (2008-2010) dans celui de la lutte contre le terrorisme en tant que composante au sol d’un groupement tactique hélicoptères. Aujourd’hui, indique le général Pons, elle est engagée dans l’opération « Barkhane » au Sahel selon un dispositif similaire. Pendant l’opération « Chammal » contre Daech en Irak, elle a participé à la reconquête de Mossoul au sein de la Task Force « Wagram » (canons Caesar). Ses véhicules de haute mobilité ont été récemment déployés en Estonie. Enfin, ses soldats participent à l’opération « Sentinelle » à Paris, en province et aux frontières montagneuses avec l’Italie. Par ailleurs, une dizaine d’alpinistes de haut niveau expérimentent les conditions extrêmes pour transmettre leurs savoir-faire aux forces spéciales. Lors des jeux olympiques d’hiver en Corée du Sud (2018), les 18 militaires de la participation française (100 athlètes) ont remporté la moitié des médailles.

Interventions intégrées. La 27ème BIM, intégrée depuis 2016 à la 1ère Division « Scorpion », doit concevoir et conduire la manœuvre interarmes de ses unités dans des cadres interarmées et interalliés. Forte de 6.500 soldats de montagne, elle dispose d’une réserve opérationnelle d’environ 1.000 personnels et destinée surtout aux missions sur le territoire national. Installée à Varces (Isère), elle compte 4 capacités opérationnelles : infanterie avec les 7ème, 13ème et 27ème Bataillons de chasseurs alpins ; engagement blindé avec le 4ème Régiment de chasseurs ; feux dans la profondeur, défense sol-air et renseignement avec le 93ème Régiment d’artillerie de montagne ; appui génie avec le 2ème Régiment étranger de génie. En outre, les 200 commandos de montagne, issus de toutes ces unités, peuvent être employés pour des missions d’appui à l’engagement, de renseignement et de combat dans les milieux montagneux et polaires. La 27ème BIM dispose d’un centre de formation initiale pour les militaires du rang et d’une école pour la promotion des sous-officiers et la formation des cadres et experts. Son groupe militaire de haute montagne développe l’expertise, l’expérimentation et le rayonnement. Enfin, son groupement d’aguerrissement prépare toutes les unités de l’armée de Terre au combat en montagne et aux tirs en neige.

Loïc Salmon

ALAT : les hélicoptères NG, nouveaux systèmes d’armes

Forces spéciales : opérations selon le droit de la guerre




Rendre le renseignement plus efficace dans la lutte contre le terrorisme

Interne à un pays, international et combiné à la criminalité protéiforme, le terrorisme a suscité une coordination plus intense entre les services de renseignement, nationaux, européens et même au niveau de l’ONU…longtemps rétive au renseignement !

Cet ouvrage est issu d’un colloque organisé, le 25 septembre 2017 à Paris, par le Club Participation et Progrès. Malgré la résonance médiatique, les attentats en France (2015 et 2016) et en Grande-Bretagne (2017) n’ont guère pesé sur les élections. Les terroristes islamistes veulent « tuer une idée », à savoir ce qu’ils rejettent (permissivité, laïcité, individualisme et liberté de mœurs) et donc ceux qui la véhiculent : jeunes gens insouciants, foules cosmopolites et représentants de l’Etat. Pourtant, malgré des effectifs sans précédent en matière de terrorisme, Daech et Al Quaïda n’ont pu devenir des mouvements de masse, car la grande majorité des musulmans dans le monde exprime une opinion négative à leur égard. La lutte contre le terrorisme a altéré progressivement leurs capacités d’action, par l’élimination de leurs chefs, a enrayé leur développement et les a placés sur la défensive. Au Proche-Orient et dans la bande sahélo-saharienne, des groupes armés terroristes utilisent des modes d’action militaires, quand ils sont en position de force, et recourent aux agressions aveugles quand ils ne le sont plus. La lutte contre le terrorisme commence par le renseignement. Celui-ci collecte des données puis construit une « réalité », basée sur la capacité à comprendre les actions humaines et à leur trouver un sens pertinent. Les services de renseignement (SR) doivent surmonter leurs défaillances : idées préconçues, préjugés et tendance à plaquer des schémas anciens sur des phénomènes nouveaux. Il s’agit de déterminer le ratio entre la volonté et la capacité de nuisance des groupes terroristes. L’identification des vulnérabilités psychologiques de leurs membres et des faiblesses de leurs organisations permet de repérer leurs contradictions internes, les divergences de vues sur la stratégie à mener et les rivalités personnelles, souvent très violentes. Comparable à la Direction nationale du renseignement aux Etats-Unis ou au « Joint intelligence Committee » en Grande-Bretagne, le Conseil national du renseignement (CNR), créé en 2008 en France, a pris une dimension supérieure en 2017 avec la mise en place du Centre national de contre-terrorisme, qui fait remonter directement au chef de l’Etat une information immédiate, recoupée et pertinente. Des analyses « prospectives » passent au crible les menaces émergentes liées à la crypto-monnaie (« Bitcoin »), aux imprimantes 3D, aux engins explosifs improvisés ou à la cybersécurité. Au sein du CNR, des spécialistes, issus des divers SR, traitent du contre-terrorisme, de la contre-ingérence ou de la contre-prolifération des armes de destruction massive. Un magistrat, venu du parquet anti-terroriste, assure le suivi judiciaire et facilite les relations entre le milieu du renseignement et celui de la justice. Le contre-terrorisme nécessite le partage immédiat d’informations entre les SR, bâtis sur le long terme, le cloisonnement et le secret. Enfin, « l’intelligence Campus » (2017) allie réflexion et expérimentation en réunissant, en réseau et en un même lieu, militaires, financiers, chercheurs, entrepreneurs, techniciens, philosophes et… artistes !

Loïc Salmon

Sécurité : le renseignement dans la lutte contre le terrorisme

Renseignement : lancement de « l’Intelligence Campus »

Sécurité : Israël et la France, face au terrorisme islamiste

« Rendre le renseignement plus efficace dans la lutte contre le terrorisme », ouvrage collectif. Éditions L’Harmattan, 132 pages, 15 €




Service de santé : renforcement des capacités biomédicales

La recherche biomédicale de défense porte sur les pathologies liées au combat et aux environnements opérationnels ou extrêmes et les atteintes nucléaires, radiologiques, biologiques ou chimiques (NRBC). Elle contribue à la résilience nationale en cas de crise sanitaire.

Telles sont les missions de l’Institut de recherche biomédicale des armées (IRBA). Sa directrice, Anne Sailliol, médecin général inspecteur, l’a présenté à la presse, le 21 juin 2018, à l’occasion de la 8ème Biennale de la recherche biomédicale consacrée aux opérations extérieures (26-27 juin).

Soins et prévention. Les programmes de recherche de l’IRBA à des fins militaires entraînent des retombées possibles sur la santé publique. Ils portent notamment sur : l’optimisation des réponses à l’entraînement physique et la tolérance au port des charges lourdes ; l’étude des réponses aux milieux d’emploi subaquatique et aéronautique et les climats contraignants (photo) ; la prévention des conséquences de la fatigue et la gestion du rythme veille-sommeil ; la neurobiologie des états de stress et la prévention de leurs conséquences ; le développement de contre-mesures médicales pour les pathologies traumatiques de terrain et l’amélioration des protections balistiques ; la thérapie cellulaire et la réparation tissulaire. En outre, l’IRBA travaille avec les hôpitaux militaires et civils et participe aux plans gouvernementaux Biotox, Piratox et Piratome, face aux menaces et actes terroristes de type NRBC. Pour les aspects nucléaire et radiologique, il étudie les effets biologiques des rayonnements ionisants et des technologies émergentes, comme les rayonnements électromagnétiques et des micro et nano particules. Le risque biologique concerne les menaces virales, bactériennes et parasitaires. Outre le développement de nouveaux vaccins contre les virus émergeants, il faut réagir dans le temps court quand une épidémie se déclare. Ainsi, l’IRBA avait déjà mis en place des procédures lors de l’apparition du virus Ebola en Afrique de l’Ouest en 2016. Il coopère avec les forces armées des Etats-Unis, pour les maladies tropicales, et avec celles de l’Allemagne pour les risques chimiques et radiologiques liés aux agents vésicaux et neurotoxiques organophosphorés.

Concentration des moyens. Installé sur un site de 9,4 ha à Brétigny-sur-Orge (banlieue parisienne), l’IRBA emploie 380 personnes (49 % de militaires et 51 % de civils), dont 64 % de chercheurs, ingénieurs et techniciens. Intégré au grand pôle scientifique et technologique du Grand Paris avec le Génopôle d’Ivry et le Commissariat à l’énergie atomique de Saclay, il a conclu des partenariats avec le Centre national de la recherche scientifique, l’Institut national de la santé et de la recherche médicale, l’Institut national de la recherche agronomique et l’Institut Pasteur. Cela lui permet d’optimiser l’emploi de ses équipements de haute technologie : microscope électronique Titan Krios à transmission en L-NSB3 ; unité de calcul pour traiter les « mégadonnées » ; centrifugeuse humaine pour la formation des pilotes de Rafale ; plateforme d’irradiation ; laboratoires de sécurité biologique de niveaux 2,3 et 4. L’IRBA est financé à 74 % par le ministère des Armées, le Service de santé des armées, la Direction générale de l’armement, les états-majors de la Marine nationale et des armées de l’Air et de Terre. Pour les 26 % restants, il compte sur l’Agence nationale de la recherche, le Fonds unique interministériel et les industries pharmaceutiques et de biotechnologie.

Loïc Salmon

Service de santé des armées : garantir aux blessés les meilleures chances de survie

Service de santé : traumatismes psychiques dans les armées, problème de santé publique




Défense : 2017, budgets mondiaux et modernisation

Les budgets militaires ont stagné dans le monde en 2017, sauf en Europe. Chine et Russie améliorent la qualité de leurs armements. Etats-Unis, Chine et Russie modernisent leur arsenal nucléaire. L’Afrique de l’Est s’internationalise.

Tel est le constat du document « Military Balance 2018 » de l’Institut d’études stratégiques de Londres (International Institute for Strategic Studies, IISS), présenté lors d’une conférence-débat organisée, le 28 février 2018 à Paris, par l’Institut de recherche stratégique de l’Ecole militaire. Y sont notamment intervenus : François Heisbourg, président du conseil de l’IISS ; le général de brigade (2S) britannique Ben Barry, chercheur à l’IISS ; Sonia Le Gouriellec, maître de conférences à l’Université Catholique de Lille.

L’Europe. L’analyse des exercices budgétaires 2016-2017 relatifs à la défense des pays européens, dont la France, la Grande-Bretagne et l’Allemagne, montre une augmentation sensible en valeur absolue. Cela correspond à une rupture avec la politique des « dividendes de la paix » (prônée après la dissolution de l’URSS en 1991), souligne François Heisbourg. La France et la Grande-Bretagne suivent des trajectoires très convergentes. La France pourrait bientôt dépasser la Grande-Bretagne lorsqu’elle y consacrera 2 % de son produit intérieur brut (PIB), objectif fixé par l’OTAN à ses membres. Malgré l’augmentation régulière de son budget militaire, l’Allemagne glisse plutôt vers 1 %, car son PIB croît plus rapidement.

La Chine. La modernisation des forces aériennes se poursuit, explique le général Barry. L’avion de combat furtif Chengdu J-20 devrait entrer en service vers 2020, mettant fin au monopole américain dans ce domaine. En matière de missiles air-air, le PL-10 d’une portée de 30 km, en service depuis 2015, sera suivi, dès 2018, du PL15 (150 km) et, vers 2020, du PL XX, tous deux de même portée avec statoréacteur et radar à antenne active contre toutes cibles aériennes. Des missiles à longue portée (400 km) contre avions gros porteurs sont en développement. Le PL 10 a été proposé à l’exportation peu après son entrée en service dans l’armée de l’Air chinoise. La suprématie aérienne des Etats-Unis et de ses alliés n’est plus assurée. Depuis 2000, la Chine a construit plus de sous-marins, frégates et corvettes que la Corée du Sud, l’Inde et le Japon réunis. Le tonnage en bâtiments de combat et de soutien, lancés au cours des quatre dernières années, dépasse celui de toute la Marine française. Avec la mise à l’eau du premier croiseur de la classe 055 (12.000 t), la Chine rattrape son retard en capacité offensive. Sa Marine navigue jusqu’au large de l’Europe et sa base de Djibouti lui permettra d’autres déploiements. S’y ajoute le renforcement des infrastructures militaires sur des atolls en mer de Chine méridionale. Les recherches progressent en matière de technologies avancées, y compris dans l’informatique et la « communication quantique ». La Chine ne se contente plus de rattraper l’Occident et innove dans la défense globale. Ses dépenses militaires s’alignent sur une croissance annuelle de 6-7 % de son PIB. Toutefois, l’emploi optimal de toutes ces capacités implique des progrès similaires dans l’entraînement, la doctrine et la tactique. En matière de dissuasion nucléaire, la Chine devrait en reconstituer la composante aérienne dans le cadre d’une future force de bombardement. Enfin, pour contrer les défenses antimissiles adverses, elle poursuit le développement de planeurs hypersoniques.

La Russie. Principal sujet de préoccupation pour la sécurité de l’Est et du Nord de l’Europe, la Russie déploie des équipements militaires de pointe, dont le système de défense aérienne et antimissile S-400 et les missiles balistiques Iskander de 500 km de portée, sur son flanc Ouest, indique le général Barry. Quoique les forces armées reçoivent des matériels neufs, la rupture technologique annoncée semble plus lente que prévu. La Russie connaît des insuffisances sur les plans financier et industriel. Les systèmes d’armes avancés, comme l’avion de combat Su-57 et le char de bataille T-14, vont entrer en service, mais en nombre plus réduit qu’initialement prévu. Encore plus affectée, la Marine compte compenser la limitation des constructions de grands navires neufs par l’équipement d’unités plus petites en systèmes d’armes de haute précision. Parallèlement, la Russie investit dans les lance-roquettes unitaires, parties intégrantes de son arsenal depuis longtemps. Elle continue de manifester sa volonté d’utiliser ses moyens militaires à ses frontières et à l’étranger. Elle tire profit de sa réelle puissance militaire pour développer équipements et formations des personnels. Elle s’intéresse aussi aux capacités, dépassant les simples forces conventionnelles, mais faciles à développer et à déployer sans qu’on sache pourquoi. Les pays occidentaux n’ont guère réagi par des contremesures ou des sanctions. Ainsi, il convient d’observer : ses tentatives de puissance financière, notamment par la prise de participations de blocage dans des infrastructures économiques ; sa propagande ciblée vers les minorités russophones et partis politiques pro-russes ; l’affirmation de sa « cyberpuissance » par l’interférence dans les processus démocratiques. Comme les Etats-Unis, la Russie, modernise les composantes terrestre, navale et aérienne de sa dissuasion nucléaire. Comme la Chine, elle met au point des planeurs hypersoniques pour percer les défenses antimissiles.

L’Afrique de l’Est. La contribution des pays est-africains aux opérations de maintien de la paix dans le cadre de l’ONU leur permet de constituer un socle pour leurs propres armées, explique Sonia Le Gouriellec. Forts de leur expérience, le Kenya et l’Ethiopie ont même ouvert des écoles de maintien de la paix. Ces opérations permettent aux Etats de professionnaliser leurs armées, de renouveler leurs matériels selon les normes ONU et de toucher des indemnités par prélèvement d’une partie des soldes versées. Djibouti, qui déploie ainsi 34 % de ses troupes à l’étranger, compte faire passer ses forces armées de 8.000 à 15.000 hommes et développer ses capacités aérienne, navale, terrestre et de renseignement. Plusieurs pays étrangers y disposent de bases militaires : la France depuis 1977 ; les Etats-Unis qui y investissent 64 M$/an ; la Chine pour stationner 10.000 hommes dans le cadre du projet des « nouvelles routes de la soie » ; le Japon et l’Italie pour lutter contre la piraterie.

Loïc Salmon

 

L’institut d’études stratégiques de Londres publie chaque année un document intitulé « Military Balance » sur les capacités militaires et les budgets de défense de plus de 170 pays. L’édition 2018 présente les budgets 2017 : Etats-Unis, 602,8 Mds$ ; Chine, 150,5 Mds$ ; Arabie saoudite, 76,7 Mds$ ; Russie, 61,2 Mds$ ; Inde, 52,5 Mds$ ; Grande-Bretagne, 50,7 Mds$ ; France, 48,6 Mds$ ; Japon, 46 Mds$ ; Allemagne, 41,7 Mds$ ; Corée du Sud, 35,7 Mds$ ; Brésil, 29,4 Mds$ ; Australie, 25 Mds$ ; Italie, 22,9 Mds$ ; Israël, 21,6 Mds$ ; Irak, 19,4 Mds$. Sur la période 2010-2017, l’effort européen de défense, calculé en milliards de dollars constants et qui était d’environ 297 Mds$ en 2010, a baissé à 264 Mds$ en 2014 puis est remonté à 295 Mds$ en 2017, soit autant qu’en 2011.




Terrorisme : compétence judiciaire dès la préparation

La Justice intervient pour les cas de radicalisation violente, en vue d’un attentat terroriste ou d’attaque par des groupes djihadistes armés. Des magistrats spécialisés travaillent en toute confiance avec la Direction générale de la sécurité intérieure.

Cet aspect a été abordé par le procureur de la République, François Molins, lors d’un « Lundi de l’IHedn », conférence-débat organisée, le 12 février 2018 à Paris, par l’Institut des hautes études de défense nationale.

Menaces et enjeux majeurs. Certains candidats au djihad, ne trouvant pas leur place dans la société française, sont partis en Syrie et en Irak rejoindre l’Etat islamique (Daech) pour un motif identitaire. Un tournant s’est produit depuis que ce dernier a perdu 95 % de son territoire en 2017. La localisation des djihadistes devient alors difficile, car certains restent sur place ou se rendent dans les Territoires palestiniens, en Indonésie, en Afghanistan, au Maghreb (les binationaux) ou en Afrique de l’Ouest, explique le procureur. Sur le territoire national, des individus désireux de partir en Syrie ou en Irak ne le peuvent plus en raison des mesures de surveillance. En outre, en 2017, Daech a lancé un appel les incitant à rester en France pour commettre des actes isolés contre des cibles opportunistes (militaires ou policiers). Le milieu pénitentiaire, où 504 islamistes étaient détenus au 12 février 2018, sert d’incubateur aux 1.200 « radicalisés », incarcérés pour délits de droit commun et dont il convient de suivre l’évolution du comportement. En Afrique de l’Ouest et dans la bande sahélo-saharienne, Daech a appelé ses sympathisants à perpétrer des attentats contre la France. En conséquence, le partage de l’information devient primordial. Depuis janvier 2015, les services de renseignement (SR) peuvent intervenir dans un cadre légal. La justice leur donne un code de procédure pour mieux lutter contre les apprentis terroristes. Avec la disparition des tribunaux militaires en 2011, le parquet de Paris traite les cas susceptibles de « judiciarisation », comme les conditions de neutralisation d’un individu capturé au combat. Dans l’ensemble l’arsenal législatif semble efficace, estime le procureur. L’accès au dossier des récidivistes permet de suivre l’évolution de leur dangerosité. Jusqu’à 2020, les sorties de prison seront, pour certains, suivies d’une période de « probation » (peine en milieu ouvert) ou définitives pour ceux qui auront purgé leurs peines. Les mineurs constituent des bombes à retardement, car leur enfance a été marquée par les atrocités de Daech.

Actions judiciaires. La politique pénale a été adaptée en 2012 en raison de la menace décelée par les SR, quand la finalité d’un voyage au Levant ne relève ni de l’action humanitaire ni du combat contre le régime syrien. Mise en cohérence avec l’évolution de la menace, cette politique a conduit à l’ouverture de 490 dossiers de terrorisme sur 1.563 individus judiciarisés, 430 mises en examen et 850 mandats d’arrêt lancés. Des combattants français sur zone, identifiés lors de leur séjour et repérés par les SR, sont interpellés à leur retour, placés en garde à vue, déférés devant un juge d’instruction et mis en détention provisoire. Après l’attentat contre la publication satirique Charlie Hebdo en janvier 2015, Daech a lancé un appel permanent au meurtre de tous les Français. Ceux qui ont rejoint une organisation terroriste veulent agir. L’action judiciaire s’étend à toute la filière. Le premier volet porte sur la démonstration à une participation opérationnelle (combattant sur zone) ou de police islamique en Irak (patrouille frontalière). Il a été validé par la Cour de cassation, qui a estimé légitime de retenir la qualification de « criminelle ». Le deuxième volet concerne le soutien logistique, surtout en France, consistant à assurer le transport des volontaires sur le lieu du combat. En outre, Tracfin, SR du ministère de l’Economie, identifie ceux qui se sont rendus sur zone pour poursuivre le financement de terroristes, alors que leur famille ignorait leur départ. Le troisième volet concerne les velléitaires affichant leur volonté d’intégrer une fratrie et les isolés. Il s’agit alors de démontrer leur perspective d’intégration et leur adhésion à un islamisme radical. Par ailleurs, la lutte contre le terrorisme concerne le parquet de Paris et tous les parquets de France, qui disposent d’un « référent terrorisme ». L’apologie du terrorisme et la détention de téléphones portables en prison sont considérées comme des infractions. Mais, indique le procureur, la qualification de « terroriste » ne doit pas intervenir trop tôt, au risque de faire long feu, ni trop tard, à cause des pressions politique et médiatique. En outre, elle ne s’applique pas aux cas de psychiatrie lourde.

Femmes et enfants du djihad. Au début, simples génitrices pour le califat de l’Etat islamique, certaines femmes de nationalité française sont devenues les instigatrices au départ de leur époux. D’autres ont participé au djihad en toute conscience au point d’être prêtes à mourir. Aujourd’hui, elles se trouvent dans des camps en Syrie, où peut se rendre le Haut-Commissariat des nations unies pour les réfugiés. De leur côté, les Kurdes entendent juger celles qu’ils ont capturées en Irak. Comme les hommes, les femmes relâchées sur zone sont arrêtées à leur retour en France et interrogées. Au 12 février 2018, 120 femmes étaient mises en examen et 40 placées en détention provisoire pour association de malfaiteurs terroristes ou pour motif « criminel ». Des dossiers judiciaires ont été établis pour les couples. Par ailleurs, Daech a appelé, à trois reprises en 2017, les femmes et les enfants à participer au djihad armé. Les mineurs, partis avec leurs parents sur zone ou nés sur place, ont été confrontés à la violence et à l’endoctrinement. De jeunes garçons ont été utilisés dans l’exécution d’otages à des fins de propagande. Seront judiciarisés ceux qui ont atteint la barre du discernement, soit 13 ans, âge minimum d’un mandat d’arrêt. Les autres sont placés en garde à vue pour le recueil de témoignages. Depuis mars 2017, une circulaire fixe la prise en charge des mineurs sous la seule juridiction du parquet de Brétigny. Suivant leur évolution médicale et psychologique, ils sont placés dans une famille d’accueil ou restitués à la leur.

Loïc Salmon

Terrorisme : évolutions stratégiques et sociologiques

Les sœurs du Djihad

Terrorisme : Daech, propagande habile et maîtrise technique

Début 2018, 14 magistrats spécialisés du parquet de Paris jugent les auteurs présumés d’actes terroristes. Les peines varient de 10 ans d’emprisonnement, pour ceux convaincus d’association de malfaiteurs terroristes, à la réclusion à perpétuité pour les dirigeants de Daech ou d’Al Qaïda. La préparation d’un acte terroriste implique la volonté d’agir en commun et repose sur des faits matériels : achats de matériels et échanges d’informations sur le califat, via les réseaux sociaux. La participation à un attentat inclut le recrutement, l’endoctrinement l’hébergement, le soutien logistique et le fait d’être parti en Syrie ou l’Irak pour rejoindre une organisation labellisée « terroriste ». Avant le passage à l’acte, l’intention doit être prouvée. Le terrorisme répond à une définition juridique en France mais politique dans d’autres pays. En raison des connexions entre les attentats, le Centre européen chargé de la lutte contre le terrorisme (créé en 2016) coopère avec les services dédiés américains, belges, allemands, italiens, néerlandais et français, facteur majeur de réussite.




Diplomatie : prise en compte du fait religieux dans le monde

La République française recourt au principe juridique de la laïcité pour la mise en œuvre de sa devise : « liberté, égalité, fraternité ». Sa diplomatie s’appuie sur le réseau d’ambassades et de consulats, des acteurs spécialisés et des partenaires pour favoriser le dialogue interreligieux.

L’ambassadeur Jean-Christophe Peaucelle, conseiller pour les affaires religieuses au ministère des Affaires étrangères, l’a expliqué au cours d’une conférence-débat organisée, le 11 décembre 2017 à Paris, par l’Institut des hautes études de défense nationale.

Les principes. Pays laïc depuis la séparation de l’Eglise et de l’Etat par la loi de 1905, la France ouvre un poste diplomatique au Vatican dès 1920 et renoue avec le Saint-Siège (voir encadré). Le monde actuel ne se comprend pas sans le fait religieux et la diplomatie française ne peut en faire l’économie, souligne l’ambassadeur. Il convient d’abord de connaître les religions et, dans une approche globale, de discerner ce qui n’est pas vraiment de leur ressort. Il s’agit ensuite de refuser l’instrumentalisation de la religion au nom de l’universalité des droits de l’homme. Le traité européen de Westphalie (1648) a élaboré le concept d’Etat-Nation, où la diplomatie se détache du fait religieux, donc de l’influence du pape des croisades (1095-1291) à la bataille navale de Lépante contre l’Empire ottoman (1571). Pendant la conquête de l’Algérie, l’émir Abd el-Kader, en tant que chef religieux, organise la résistance contre la France (1832-1847) puis met fin au massacre des chrétiens par les Druzes en Syrie (1860). L’Occident rationaliste a été réveillé brutalement par le fait religieux, à savoir la proclamation de la République islamiste d’Iran en 1979, qui manifeste sa volonté d’influence sur le monde. Avec le slogan « L’islam est la solution » qu’il diffuse, l’Iran invente un gouvernement politico-religieux. La même année, lors de l’invasion de l’Afghanistan par l’URSS, l’Occident soutient les résistants afghans, religieux, qui vont élaborer le djihadisme. Avec l’élection de Ronald Reagan à la présidence des Etats-Unis en 1980, les évangélistes et le fondamentalisme chrétien pèsent pour la première fois sur la politique américaine. Les chutes du mur de Berlin (1989) et de l’Union soviétique (1991) entraînent un renouveau du sentiment religieux en Russie…et l’apparition du terrorisme au nom de l’islam en Tchétchénie. Par sa connivence avec les autorités politiques russes, l’Eglise orthodoxe devient un instrument de leur politique. La société saoudienne s’est véritablement islamisée après la prise, temporaire, de la grande mosquée de La Mecque (1979). Son affrontement avec l’Iran, essentiellement politique, remonte au choix du chiisme comme religion d’Etat au XVIIème siècle par ce pays pour se différencier des peuples arabes. L’Inde est dirigée par le parti nationaliste hindou et la Birmanie, comme la Thaïlande, par le fondamentalisme bouddhiste. La montée du sentiment religieux en Chine la transformera en principal pays chrétien (toutes catégories confondues) dans le monde en 2030, estime l’ambassadeur.

L’organisation. La laïcité française a pris une dimension internationale, également dès 1920, avec la nomination d’un diplomate, conseiller pour les affaires religieuses, interlocuteur des différentes communautés pour le travail d’intermédiation et d’accueil, explique Jean-Christophe Peaucelle. L’ambassadeur de France au Vatican, en relation avec le Saint-Siège toujours le mieux informé, est assisté d’un prêtre. Le consulat général à Jérusalem est ouvert depuis le XVIème siècle, lorsque l’Empire ottoman confie à la France la protection des pèlerins et des chrétiens d’Alep à Jérusalem, accord codifié par le gouvernement français en 1901. Le consulat général à Djeddah assure la protection juridique des 17.000 à 20.000 pèlerins français qui se rendent chaque année à La Mecque. En outre, un protocole d’accord de coopération sur des projets humanitaires a été conclu avec l’Ordre de Malte, avec le soutien politique et financier de la France. La Communauté de Sant’Edigio a acquis un savoir-faire pour entrer dans la douleur du camp d’en face et faciliter l’adhésion de la population. Pour la recherche de solutions personnelles, elle peut s’adresser à certains interlocuteurs…à la place de la diplomatie française ! L’ambassadeur Peaucelle travaille aussi avec des chercheurs universitaires, les autorités religieuses protestantes, juives et musulmanes de France et le nonce du Saint-Siège. Garant de la neutralité de l’Etat, il coopère avec le ministère de l’Intérieur et des Cultes pour la nomination des évêques, dont l’objection, éventuelle, serait politique.

Les objectifs. Le but de la diplomatie reste la paix, sa construction et sa préservation, rappelle Jean-Christophe Peaucelle. Il s’agit d’identifier la part religieuse d’un conflit. Pour la France, très attachée à la Déclaration des droits de l’homme, chacun peut pratiquer librement sa religion en privé ou en public. Lors du conflit interne en Centrafrique entre chrétiens et musulmans, l’opération « Sangaris » a été menée de concert avec les acteurs religieux locaux, à savoir l’évêque, le pasteur et l’imam de Bangui, qui ont risqué leur vie du début de l’intervention militaire à la recherche d’une solution politique. Sans eux, « Sangaris » n’aurait pu réussir, estime l’ambassadeur. En France, l’Etat doit travailler avec les autorités musulmanes pour lutter contre le salafisme pour évaluer le discours de « déradicalisation ». Il s’agit d’accompagner l’évolution d’un islam moderne, qui rencontre des aspirations dans le monde musulman. Cela passe par le développement de l’islamologie, action presque centenaire de l’Ecole pratique des hautes études, et une offre universitaire à des étudiants étrangers musulmans. Le fait religieux compte de plus en plus dans les relations internationales. Il peut être traité avec beaucoup de liberté et d’assurance sur des thèmes concrets dans le cadre de la laïcité, conclut le conseiller pour les affaires religieuses.

Loïc Salmon

Arabie Saoudite : retour du sacré dans les relations internationales

Diplomatie : gérer les crises et déceler les menaces diffuses

Les diplomates, acteurs de la politique étrangère et représentants de la France

Responsable des relations diplomatiques de l’Etat du Vatican installé à Rome, le Saint-Siège entretient des relations avec 180 Etats. En outre, son statut d’observateur permanent sans droit de vote à l’ONU et à tous ses institutions, lui permet d’assister à toutes les réunions et de participer aux débats, afin de leur donner une dimension spirituelle et morale. Le pape, autorité suprême de l’Eglise catholique, dispose d’un gouvernement pour gérer le Vatican, la Curie. Un cardinal secrétaire d’Etat dirige la Curie et le Saint-Siège. Les agents diplomatiques, tous évêques de différentes nationalités, sont formés à l’Académie pontificale ecclésiastique ainsi que les « nonces apostoliques » (ambassadeurs) et les laïcs intervenant au nom du pape. En outre, le Saint-Siège dispose d’un réseau d’influence, à savoir les organisations internationales catholiques, composées de prêtres et de laïcs et impliquées dans les activités sociales, professionnelles et à caractère humanitaire et caritatif. Elles interviennent notamment dans les milieux de la communication et des pôles de réflexion sur la paix et le développement. Elles peuvent aussi prendre des positions « politiques », sans impliquer directement le Saint-Siège.




Menaces hybrides : belligérance en reconfiguration permanente

L’intensité d’un engagement opérationnel, qui implique armes et mots, nécessite de définir une doctrine et de nommer l’adversaire. Cela évite les mauvais choix en matière d’objectifs et de conduite de la guerre, éventualité longtemps occultée en Europe.

Cet aspect a été abordé lors d’un colloque organisé, le 30 novembre 2017 à Paris, par le Conseil supérieur de la formation et de la recherche stratégiques. Y sont intervenus : Pierre de Bousquet de Florian, coordinateur national du renseignement et de la lutte contre le terrorisme ; le général Antoine Windeck, directeur de Centre interarmées de concepts, de doctrine et d’expérimentation ; Joseph Henrotin, politologue spécialisé dans la sécurité ; Nicole Gnesotto, présidente de l’Institut des hautes études de défense nationale.

Liberté d’action dans la durée. L’adversaire, équipé de technologies de dernière génération, use de modes opératoires réguliers ou non dans un cadre asymétrique. Il joue sur le flou et le fait accompli, mais s’arrête avant le déclenchement d’une action puissante, explique le général Windeck. De nouveaux acteurs s’affranchissent du droit international et pratiquent la violence extrême. Avatar de l’art de la guerre, le djihadisme ne s’interdit rien. Il convient donc de basculer l’effort sur la prévention d’une crise plutôt que sur son règlement, pour en neutraliser les causes et en limiter les effets. Des capacités adaptées permettent de détecter des signaux faibles pour identifier la nature de l’adversaire, ses moyens et l’effet qu’il recherche. Une vision commune entre les partenaires d’une alliance empêche l’adversaire de profiter des failles dans les processus décisionnels. Il s’agit ensuite de garantir la supériorité militaire et la suprématie technique dans les espaces terrestre, maritime, aérien et cyber, car l’information dépasse les frontières et remet en cause le triptyque paix, crise et guerre, rendant nécessaire d’accroître la résilience et de réduire les vulnérabilités. Selon le contexte, l’adversaire recourt au terrorisme ou au combat de haute intensité. Il convient donc de le contourner en limitant la portée de son action, en cohérence avec les appareils diplomatique, économique et culturel et la participation de la société civile (entreprises et industries). L’action militaire exige flexibilité et réversibilité dans la bande sahélo-saharienne, pour conserver ou reprendre l’initiative, et une reconfiguration du dispositif en Afrique. Facteur de succès stratégique, elle s’inscrit dans le temps long (décennies) pour obtenir des effets durables.

Guerres évolutives. Selon Joseph Henrotin, la porosité dynamique entre guerres régulière et irrégulière a été pratiquée entre le XVIème et le XIXème siècles par les puissances occidentales, notamment la France et la Grande-Bretagne par des alliances avec les tribus indiennes lors de la conquête du Canada. Au siècle suivant, Mao Tsé-Toung la théorise en prônant le passage de l’idéologie à la guérilla puis à la guerre régulière. Aujourd’hui, des Etats peuvent basculer de l’une à l’autre selon une stratégie alternative. Il en découle une évolution des risques pour les forces armées occidentales. D’abord, l’adversaire peut les géolocaliser par internet et une liaison satellitaire. Puis il peut suivre une logique de « dérégularisation », à savoir la destruction de villes par des armes non guidées et l’emploi d’armes chimiques. En Irak en 2004, 17 incidents ont été répertoriés, dont un tir de canon à chlore sur des pèlerins. Par ailleurs, l’accès aux technologies se démocratise. Ainsi, le mouvement politico-militaire libanais Hezbollah dispose de roquettes de gros calibre, fournies par l’Iran, et Daech de drones. La professionnalisation des forces, qui accroît la liberté d’action et de manœuvre, a amélioré la qualité des troupes françaises, capables d’agir sur l’ensemble des conflits, de la plus basse intensité à la plus haute. Enfin, souligne Joseph Henrotin, il convient de garder à l’esprit les données fondamentales : faculté d’adaptation ; suffisance des moyens ; art « opératif », à savoir préparation et conduite des opérations interarmées sur un théâtre ; approche globale avec les volets militaire, diplomatique et autres. Dans la guerre hybride, l’adversaire disparaît quand il se sent démasqué.

Déni européen de la guerre. Pour éviter la guerre entre Etats membres et avec d’autres pays, l’Union européenne (UE) a connu une confusion stratégique, estime Nicole Gnesotto. La Communauté européenne du charbon et de l’acier, créée en 1952, vise d’abord à empêcher un nouveau conflit entre l’Allemagne et la France. Ensuite, un contrat s’établit : défense et sécurité du ressort de l’Otan ; prospérité économique et commerciale de celui de l’UE. Cette volonté d’ôter toute légitimité à l’usage de la force armée conduit à un affaiblissement de la pensée stratégique européenne. Dans les années 1980, avant la mondialisation, l’UE, « puissance douce », se trouve à l’avant-garde de réflexion sur la transformation du monde par le commerce et l’influence. La norme devient sa priorité et la force celle des Etats-Unis. Au Proche-Orient, l’UE préconise la coexistence de deux Etats, l’un israélien et l’autre palestinien, concept accepté aujourd’hui par la communauté internationale. Mais en 2003 lors des divergences sur l’intervention militaire américaine en Irak, émerge une stratégie européenne de sécurité, critique à l’égard des Etats-Unis. L’UE recommande une approche globale de la sécurité, où l’intervention militaire, dans le temps court, doit être suivie d’une action civile dans le temps long. Par la suite, l’UE devient le microcosme de l’insécurité : conflit ethnique dans les Balkans, terrorisme, grands mouvements migratoires, questionnement sur la dissuasion nucléaire. Par ailleurs, les perceptions de la menace varient selon les Etats membres du Nord et du Sud. A partir de 2015, les attentats de l’Etat islamique (Daech) sur son sol la mènent en première ligne de la crise au Moyen-Orient. En outre, elle s’aperçoit que sa sécurité ne peut plus dépendre uniquement des Etats-Unis. Tous les sondages d’opinion place l’insécurité avant le chômage.

Loïc Salmon

Stratégie : au-delà de l’ennemi présent, imaginer celui de demain

Adversaire « hybride » : comprendre, agir et se protéger

La lutte contre le terrorisme et le renseignement, dont l’orientation relève du président de la République et du Premier ministre, nécessitent une vision géopolitique, criminologique et stratégique, souligne Pierre de Bousquet de Florian. Il s’agit de passer du traitement des effets à celui des causes profondes avec subtilité, créativité et imagination dans un monde de dissimulation et de stratégie indirecte. Connaissances historiques, géographiques et anthropologiques des chercheurs universitaires vont de pair avec l’expérience professionnelle des agents des services de renseignement, diplomates et préfets. En effet, le nombre d’Etats « trop faibles » est passé de 40 en 1948 à 200 en 2017. La collecte du renseignement mobilise les 6 services du premier cercle et 20 du second. En outre, le coordinateur national dispose de 15 conseillers, dont 1 pour l’analyse, 1 pour la prospective et 1 pour les relations avec les autres pays pour profiter de leur expérience dans la lutte antiterroriste. Il doit proposer des diagnostics et des propositions d’action en matière de sécurité au président de la République.