IRSEM : à l’intersection de la défense et de l’université

Très engagée en opérations extérieures, la France doit investir davantage dans la recherche stratégique, indispensable pour comprendre le présent et éclairer l’avenir.

Telle est l’opinion de Jean-Baptiste Jeangène Vilmer, directeur de l’Institut de recherche stratégique de l’Ecole militaire, (IRSEM) qu’il a présenté à la presse le 26 janvier 2017 à Paris.

Une équipe civilo-militaire. Créé en 2010 et rattaché à la Direction générale des relations internationales et de la stratégie du ministère de la Défense, l’IRSEM compte environ 40 personnes (militaires titulaires d’un doctorat et universitaires spécialisés). Les chercheurs se répartissent en 5 domaines : « Questions régionales Nord », pour l’Europe, les Etats-Unis, la Russie, l’espace post-soviétique, la Chine, le Japon et la péninsule coréenne ; « Questions régionales Sud », pour l’Afrique, le Moyen-Orient, le golfe Arabo-Persique, le sous-continent indien, l’Asie du Sud-Est et le Pacifique ; « Armement et économie de défense » ; « Défense et société » ; « Pensée stratégique », sur les conflits armés aux niveaux stratégique, opératif et tactique. Ce domaine, précise Jean-Baptiste Jeangène Vilmer, est étudié dans certaines universités britanniques depuis 1962, alors que persiste en France un cloisonnement entre les universités et les « think tanks » (instituts de recherche privés). L’IRSEM envoie ses chercheurs dans le monde entier pour répondre aux besoins du ministère de la Défense. Il contribue à l’enseignement militaire supérieur par des cours dispensés à l’Ecole de guerre et au Centre des hautes études militaires et par l’encadrement des officiers stagiaires dans la réalisation de leur mémoire de recherche. L’IRSEM effectue aussi des recherches externes destinées à la communauté scientifique et publiées en français et en anglais. Il favorise l’émergence d’une génération de jeunes chercheurs par l’encadrement des doctorants, par l’attribution d’aides à la mobilité pour faciliter leur employabilité ultérieure et par la valorisation de leur réseau dans la durée. Plus d’une centaine de chercheurs ont déjà reçu un soutien. Enfin, l’IRSEM organise des colloques publics en France et à l’étranger.

Un monde de plus en plus incertain. Selon Jean-Baptiste Jeangène Vilmer, la multiplicité des crises contemporaines, caractérisées par leur violence, provient d’abord d’une mutation du système international. A la bipolarité, influence soviétique et démocratie de type occidental de 1945 à 1999, a succédé un monde devenu progressivement multipolaire par la diffusion de la puissance. L’hégémonie des Etats-Unis diminue, tandis que la Chine émerge et que la Russie revient sur le devant de la scène, avec une prévisibilité moindre de leurs relations entre eux. Outre leur nombre en augmentation, les groupes armés non-étatiques accroissent leur capacité de nuisance par la démocratisation des technologies destructrices et de l’information. Certaines crises sont liées. Les médiateurs régionaux s’affaiblissent ou présentent une attitude ambivalente. S’y ajoute la diversion d’attention sur une crise donnée. Ainsi celle de l’Ukraine se trouve éclipsée par celle de la Syrie. Selon le directeur de l’IRSEM, la recherche stratégique se justifie par les risques de la faiblesse et la menace de la force. Les dépenses militaires en Asie dépassent  celles en Europe. Une dizaine de pays disposent de drones armés, dont la Turquie, le Pakistan, le Kazakhstan, l’Arabie saoudite et le Nigeria. Les acteurs non-étatiques peuvent acquérir tout le spectre des capacités militaires, la formation sur les nouveaux équipements étant fournie par des entreprises privées. Outre l’asymétrie des moyens, le monde occidental est confronté à celle des volontés où « l’ennemi est prêt à mourir, voire souhaite mourir pour défendre sa cause ». Enfin, les repères disparaissent par suite de l’interpénétration des mondes civil et combattant, terroriste et criminel,  et de la guerre conventionnelle ou non.

Loïc Salmon

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« Think Tanks » : de l’expertise des questions internationales aux réseaux d’influence




Marine nationale : opération « Agénor » et missions « Foch » et « Jeanne d’Arc »

L’opération « Agénor », dans le golfe Arabo-Persique et le détroit d’Ormuz, et les missions « Foch » du groupe aéronaval, en Méditerranée orientale, et « Jeanne d’Arc » de l’Ecole d’application des officiers de marine, dans les océans Indien et Pacifique, ont été présentées à la presse à Paris le 27 février 2020.

L’opération « Agénor ». Volet militaire de l’initiative européenne « European led Maritime Situation Awareness in the Straight of Hormuz » (EMASOH), « Agénor » a atteint sa pleine capacité opérationnelle le 25 février. Nation-cadre, la France s’appuie sur ses forces stationnées dans la base navale d’Abou Dhabi, où se trouve l’état-major tactique constitué de représentants des Etats contributeurs et d’officiers de liaison. Les frégates française Forbin et néerlandaise De-Ruyter sont placées sous le contrôle opérationnel et le commandement tactique de l’opération. EMASOH doit donner une appréciation autonome de situation à ses huit membres, à savoir l’Allemagne, la Belgique, le Danemark, la France, la Grèce, de l’Italie, les Pays-Bas et le Portugal. « Agénor » assure la surveillance de l’activité maritime et la sécurité en mer pour garantir la liberté de navigation, conformément à la convention des Nations unies sur le droit de la mer. En outre, elle contribue à la désescalade des tensions et reste ouverte à d’autres pays désireux d’y participer. En 2019, de nombreux incidents, maritimes ou non, ont été observés dans la région, portant atteinte à la sécurité des navires et des équipages européens et étrangers.

La mission « Foch ». Le groupe aéronaval (GAN) participe à l’opération « Chammal », volet français de l’opération américaine « Inherent Resolve » menée dans le cadre de la coalition internationale contre Daech en Irak et en Syrie. Depuis les premiers vols sur le théâtre le 29 janvier, il contribue à l’appréciation autonome de la situation sur zone. Son groupe aérien s’entraîne avec des partenaires régionaux et alliés. Ainsi, le16 février, les Rafale marine et les Rafale de l’armée de l’Air égyptienne se sont affrontés à environ 200 km du porte-avions Charles-de-Gaulle dans un scénario de deux contre deux, alternant les missions « DCA » (position de défense d’une zone et prise en charge de la menace) et « OCA » (mission offensive de reprise d’une zone). Un avion de guet aérien E2C-Hawkeye égyptien et un Rafale marine ravitailleur ont participé à l’exercice. Le 18 février, des exercices similaires se sont déroulés avec deux Eurofighter Typhoon britanniques. La veille, dix Rafale marine ont mené un entraînement mutuel de défense aérienne en « milieu contraint » avec la République de Chypre. Enfin depuis le 28 janvier, la frégate grecque Psara a pris la suite de la frégate Spetsai, qui a accompagné le GAN depuis son départ, afin d’approfondir leur interopérabilité.

La mission « Jeanne d’Arc ». L’Ecole d’application des officiers de marine a quitté Toulon le 26 février pour la mission « Jeanne d’Arc » (cinq mois). Composée du porte-hélicoptères amphibie Mistral et de la frégate furtive Guépratte, elle embarque 1 groupement tactique, 2 hélicoptères Gazelle de l’armée de Terre et 1 hélicoptère NH90 italien. Près de 550 militaires français et étrangers participent à cette mission, dont 138 officiers-élèves incluant des ressortissants d’Australie, de Belgique, du Brésil, d’Egypte, d’Ethiopie, d’Indonésie et du Maroc. En océan Indien, la mission « Jeanne d’Arc » sera intégrée à la « Force opérationnelle combinée 150 » de lutte contre les trafics illicites contribuant au financement du terrorisme.

Loïc Salmon

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L’océan Indien : enjeux stratégiques et militaires

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Recherche stratégique : lancement du « Club Phœnix »

Le ministère des Armées a ouvert, le 14 février 2019 à Paris, le « Club Phœnix » pour soutenir et renouveler la recherche stratégique, en associant des acteurs nationaux publics et privés.

Le club, placé sous la tutelle de la Direction générale des relations internationales et de la stratégie, (DGRIS), vise à favoriser l’insertion professionnelle de jeunes chercheurs en sciences humaines et sociales à haut potentiel. Il facilite l’échange avec leurs homologues des sciences dites « dures », à savoir les mathématiques, physique, chimie et biologie. Enfin, il sensibilise les décideurs publics à leurs sujets d’intérêt. En contrepartie, plus de 80 partenaires privés, en février 2019, bénéficient des résultats de leurs recherches.

Ecosystème. Le vice-amiral d’escadre Hervé de Bonnaventure, directeur général adjoint de la DGRIS, a présenté le fonctionnement du Club Phœnix. Universités, « think tanks », industriels de défense, entreprises civiles, cabinets conseils, startups et le ministère des Armées y participent. Les passerelles entre sciences sociales et « dures » devraient faire émerger de nouveaux champs de réflexion, afin d’améliorer les capacités d’anticipation pour affronter les enjeux stratégiques futurs. Cela nécessite de dépasser les « réflexes culturels ». Il s’agit : pour les universitaires, d’accepter la légitimité et la qualité des travaux des think tanks et des entreprises ; pour les entreprises, de reconnaître la capacité d’un doctorant à s’adapter aux critères d’efficacité du secteur privé ; pour le ministère des Armées, d’admettre que l’expérience acquise dans un think tank ou une entreprise constitue un enrichissement supplémentaire et non pas une difficulté de gestion de ressource humaine. Certains chercheurs pourront intégrer, notamment, les ministères des Armées, des Affaires étrangères et de l’Intérieur.

Retours d’expérience.  Plusieurs membres du club ont témoigné de l’intérêt des sciences humaines dans leurs domaines respectifs (photo). Pour Céline Jurgensen du Commissariat à l’énergie atomique (partenaire du ministère des Armées), elles permettent de comprendre plus finement l’environnement stratégique et les nouveaux acteurs nucléaires, dont la Corée du Nord à partir de textes coréens, et d’investir dans un vivier de jeunes chercheurs. Pour Paul Hérault de Naval Group (industriel de défense), les thématiques transverses de droit des marchés publics, contrats et prises de risques constituent des outils à partager avec les partenaires scientifiques et techniques, tout en protégeant les informations sensibles. Pour Alexandra de Hoop Scheffe du German Marshall Fund (think tank), les sciences humaines facilitent la compréhension des sujets de désaccords entre les pays européens et les Etats-Unis, des priorités des uns et des autres et de leurs engagements et désengagements sur les théâtres d’opérations. Elles contribuent ainsi à éviter le déclassement technologique européen. Pour Arnaud Guérin de la société civile d’analyse automatique d’informations géospatiales par l’intelligence artificielle Earth Cube, elles permettent de faire du « renseignement intelligent », par exemple la prévision à 6 mois de la situation en mer Baltique et dans l’océan Arctique. Nicolas Bronard, chef du pôle prospective, recherche et innovation de la DGRIS, précise que le Club Phœnix finance les recherches, mais n’accepte pas l’envoi d’un doctorant dans un pays à risques. Le ministère des Armées finance la publication des études à raison de 10 M€/an : 2,5 M€ pour les universités et 7,5 M€ pour les think tanks.

Loïc Salmon

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Marine nationale : SNA Suffren, campagne d’essais à la mer

Le sous-marin nucléaire d’attaque (SNA) Suffren a appareillé de Cherbourg le 28 avril 2020 pour une campagne d’essais en mer de plusieurs mois, en vue d’une mise en service dans l’année.

Premier d’une série de six unités du programme Barracuda, le Suffren a terminé ses essais à terre visant à vérifier le bon fonctionnement de ses systèmes et équipements, dont le démarrage du réacteur nucléaire de propulsion fin 2019 et la mise à flot en janvier 2020 pour une première évaluation de son étanchéité. Des équipes de Naval Group (construction), de TechnicAtome (réacteur nucléaire) et de la Direction générale de l’armement ont conduit ces opérations en nef d’intégration et au bassin à sec puis en eau. Dès le 16 mars, début de la crise du Covid-19, les mesures de sécurité, notamment nucléaire, ont été validées en lien avec la médecine du travail : port du masque obligatoire et respect des règles d’hygiène et de désinfection.

Validation des installations du bord. Les essais à la mer, auxquels participent également des ingénieurs et techniciens du Commissariat à l’énergie atomique et aux énergies alternatives, se déroulent en Atlantique et en Méditerranée avec un équipage de la Marine nationale. Tous les personnels embarqués, mis en quatorzaine préventive et testés négatifs au Covid-19, appliquent les mêmes règles de sécurité qu’à quai. Le nombre de personnes embarquées pendant les essais a été réduit de 20 %. Ceux-ci portent sur : l’étanchéité en immersion et la manœuvrabilité du SNA ; les performances du système de combat, des armes tactiques et de tous les équipements embarqués ; les capacités opérationnelles. Naval Group assure la totalité du programme Barracuda : de la conception à la réalisation complète du SNA et de ses systèmes d’information ; fabrication des principaux composants des chaufferies nucléaires ; entretien des sous-marins à la base navale de Toulon.

Saut technologique et capacitaire. Instruments de puissance endurants, les SNA remplissent diverses missions : soutien de la Force océanique stratégique (FOST) pour la dissuasion nucléaire ; protection du groupe aéronaval ; recueil de renseignement ; lutte anti-sous-marine ; lutte antinavire. Sa très grande discrétion et ses capacités accrues de détection garantissent au Suffren sa supériorité acoustique. L’emport de missiles de croisière navals (MdcN), fabriqués par la société européenne MBDA, donne, pour la première fois, une capacité de frappe dans la profondeur à partir d’un sous-marin. Le Suffren dispose d’un « sas nageurs » et peut emporter un hangar de pont pour le déploiement des véhicules sous-marins des commandos, en vue de la mise en œuvre discrète de forces spéciales. Voici ses principales caractéristiques techniques : déplacement en surface, 4.700 t ; déplacement en plongée, 5.200 t ; longueur, 99 m ; diamètre, 8,8 m. Son armement compte : des MdcN d’une portée de 1.400 km ; des torpilles filoguidées F21 (portée supérieure à 50 km) ; 1 missile antinavire Exocet SM39 modernisé (portée de 50 km). Sa propulsion hybride est assurée par : 1 réacteur à eau pressurisée, dérivé des chaufferies équipant le porte-avions Charles-de-Gaulle et les sous-marins nucléaires lanceurs d’engins du type Le-Triomphant de la FOST ; 2 turbines ; 2 turbo-alternateurs ; 2 moteurs électriques. Disponible à la mer plus de 270 jours par an, le Suffren embarque un équipage de 65 personnes et des commandos. Le programme Barracuda prévoit une entrée en service des autres SNA, Duguay-Trouin, Tourville, De-Grasse, Rubis et Casabianca, avant 2030.

Loïc Salmon

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Combat en zone urbaine : au cœur des engagements actuels

L’armée de Terre dispose d’un « Centre d’entraînement aux actions en zone urbaine » (Cenzub), unique en Europe. Le 28 novembre 2012 au camp de Sissonne (Aisne), elle a organisé une démonstration dynamique devant la presse et des parlementaires des commissions de Défense de l’Assemblée nationale et du Sénat. Pendant une heure, un sous-groupement tactique interarmes (SGTIA) a mis en œuvre drones, hélicoptères, blindés légers et lourds, mortiers et fantassins et pris d’assaut une zone urbaine représentant une ville de 5.000 habitants. Le SGTIA, commandé par un capitaine, regroupe près de 200 hommes et 30 blindés et peut faire appel aux hélicoptères de l’Aviation légère de l’armée de terre. Le Cenzub peut accueillir, en même temps et pendant deux semaines, deux SGTIA qui mettent en pratique les spécificités de ce type de combat. La formation dispensée s’enrichit des retours d’expériences des armées françaises et alliées sur les théâtres d’opérations extérieurs en milieu urbain avec ses menaces spécifiques, dont les engins explosifs improvisés et attaques-suicides. En outre, les types d’engagement les plus probables sont étudiés. Les stagiaires s’entraînent au combat en espace confiné (distances d’engagement de 0 à 100 m, milieu très cloisonné, pièces fermées et zones obscures) et en zone habitée (impacts juridique et d’influence). Ils apprennent à réduire au maximum les pertes dans ce type de combat particulièrement meurtrier. Le Cenzub, où viennent déjà s’entraîner les armées allemande et britannique, doit accueillir un SGTIA des Emirats arabes unis en mai 2013.

Loïc Salmon




Défense : la croix de la Valeur militaire a 60 ans

Par décret du 12 octobre 1956, la croix de la Valeur militaire a été créée, suite à la modification du décret du 11 avril 1956 instituant une médaille de la valeur militaire symbolisant la marque du courage de nos soldats engagés dans les opérations de maintien de l’ordre en Afrique du Nord. Depuis 1962, les opérations de maintien ou de retour à la paix se sont multipliées, notamment en Afrique. Les actes de bravoure des soldats engagés ont entraîné l’attribution de citations donnant droit à cette décoration, comme pour l’attribution de la croix de Guerre en 1914-1918 et 1939-1945, dont le centième anniversaire a été célébré en 2015.

Par la suite, d’autres opérations qualifiées de guerre ont donné lieu à la création d’une croix de guerre dite des « théâtres d’opérations extérieurs ». Après le second conflit mondial, celle-ci a été décernée lors des guerres d’Indochine (1946-1954), de Corée (1950-1953) et du Golfe (1990-1991).  Créée pour une période déterminée, la croix de la Valeur militaire est désormais considérée comme une véritable croix de Guerre, remise pour toutes les opérations de sécurité, à savoir au Zaïre, au Liban, en Somalie, au Rwanda, dans l’ex-Yougoslavie et au Kosovo, en Haïti, en Côte d’Ivoire, en Afghanistan et, aujourd’hui, dans la bande sahélo-saharienne.

A l’occasion du 60ème anniversaire de la croix de la Valeur militaire, l’Association nationale des croix de guerre et de la valeur militaire (ANCGVM) rend hommage aux décorés et s’incline devant la mémoire des soldats disparus au cours de ces opérations. Association d’intérêt général, créée en 1919 et reconnue d’utilité publique en 1963, l’ANCGM accueille tous les titulaires d’une croix de Guerre, d’une croix de la Valeur militaire, de la Médaille d’or de la défense nationale avec citation et tous les sympathisants. Totalement indépendante, l’ANCGVM s’interdit toute discussion politique ou religieuse.

Association nationale des croix de guerre et de la valeur militaire

11 novembre 2015 : la croix de Guerre à l’Arc de Triomphe

 




École de guerre : « Coalition 2016 », exercice d’état-major pour conflit hybride ou asymétrique

Les officiers stagiaires de l’École de guerre (ÉdG) à Paris effectuent, chaque année, un exercice de synthèse de « l’approche globale » d’une crise internationale et des engagements militaires en opération.

Dénommé « Coalition », cet exercice (21 mars-15 avril 2016) a fait l’objet d’une présentation à la presse le 7 avril par le contre-amiral Loïc Finaz, directeur de l’enseignement de l’ÉdG, et d’une journée ouverte à la presse et aux attachés de défense étrangers le 13 avril.

Scénario. Les officiers stagiaires doivent appliquer l’enseignement dispensé en matière de stratégie, géopolitique, relations internationales, planification et conduite des opérations, en vue de se préparer à leurs responsabilités futures en état-major, interarmées et interalliés, ou dans des organismes ministériels ou interministériels. L’édition 2016 de « Coalition » met en œuvre toutes les structures, du niveau politique et international au niveau tactique et prend en compte l’influence de la société civile et des médias. Des outils de simulation font vivre les scénarios selon les décisions prises. Deux coalitions sont confrontées aux menaces hybrides et aux modes d’action asymétriques, comparables à celles que connaissent les forces françaises aujourd’hui. Les acteurs gèrent une crise née de tensions ethniques sur des territoires économiquement riches avec deux légitimités : les traités internationaux pour un camp ; le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes pour l’autre. Ces tensions sont jugées suffisamment sérieuses pour justifier la préparation d’une éventuelle opération. Pendant la période de planification, incidents et troubles à l’ordre public vont crescendo, jusqu’à l’événement déclencheur de l’affrontement des deux coalitions.

Participation pluridisciplinaire. « Coalition 2016 » mobilise près de 600 acteurs, dont 4 officiers généraux et 30 officiers d’état-major opérationnels. L’École de guerre y envoie ses 227 stagiaires, dont 80 officiers étrangers venus de 62 pays, et 57 stagiaires de 17 ÉdG étrangères. Au cours de leur scolarité, les 147 Français, sélectionnés par concours et issus des armées de Terre et de l’Air, de la Marine et de la Gendarmerie nationales, bénéficient du concours du Commandement pour les opérations interarmées, qui attribue une qualification standardisée OTAN. Les autorités militaires aux niveaux opératif, stratégique et politique sont représentées par 8 auditeurs du Centre des hautes études militaires, lesquels sont destinés à exercer de hautes responsabilités ultérieurement. L’exercice « Coalition », qui implique 6 ambassadeurs, s’inscrit dans le programme de 74 diplomates en formation à l’Institut diplomatique et consulaire, créé en 2009 pour répondre aux besoins du Livre blanc sur la politique étrangère et européenne de la France (juillet 2008). Partenaire de l’ÉdG, le Centre d’études diplomatiques et stratégiques, qui appartient au groupe European Business School Paris, envoie 14 étudiants jouer les représentations diplomatiques et les instances internationales dans « Coalition ». De son côté, l’Institut supérieur de la communication, de la presse et de l’audiovisuel mobilise 67 élèves journalistes de toutes les catégories pour incarner la tension médiatique. S’y ajoutent 14 étudiants de l’Université américaine de Paris, qui représentent les organisations non gouvernementales (droits de l’Homme, action humanitaire, écologie). Enfin, le Comité international de la Croix-Rouge assure l’engagement humanitaire et fait respecter le droit des conflits armés.

Loïc Salmon

Enseignement militaire supérieur : former les chefs d’aujourd’hui et de demain

Coalition 2012 : exercice majeur d’état-major à l’Ecole de guerre

Un CICDE, pour quoi faire ?




Armée de Terre : 1er REC, projeté dans toutes les Opex

Le 1er Régiment étranger de cavalerie (REC) assure des missions de reconnaissance et d’intervention avec la puissance de feu de chars AMX 10RC-R à roues et canon de 105 mm. Il recueille aussi le renseignement tactique (véhicules blindés légers) et agit contre les chars (missile Milan et successeur).

Installé dans les Bouches-du-Rhône sur le camp de Carpiagne (1.600 ha), le 1er REC a accueilli, le 25 janvier 2018 en visite de travail, la commission des affaires étrangères, de la défense et des forces armées du Sénat, avant la discussion du projet de loi de programmations militaire 2019-2025 le 22 mai prochain. Son président, Christian Cambon, a souligné le rôle du Sénat pour éviter, notamment, le contournement des engagements du président de la République en matière de Défense (19 janvier à Toulon) par le ministère de l’Economie et des Finances. De son côté, le général Jean-Pierre Bosser, chef d’état-major de l’armée de Terre, a rappelé que l’entretien de matériels anciens coûte aussi cher que leur remplacement par des équipements modernes protégeant mieux les soldats.

Préparation opérationnelle. Un sous-groupement tactique interarmes en opération extérieure (Opex), accroché par un adversaire, l’isole, le neutralise puis se réarticule pour poursuivre sa mission. Le 1er REC a procédé à une démonstration dynamique en plusieurs phases : véhicule blindé léger touché par un engin explosif improvisé et déminage autour (photo) ; évacuation d’un blessé par hélicoptère ; prise d’assaut d’une habitation, dont se sont emparés 10 terroristes, renforcés par 20 combattants en réserve avec des pickups. Alors que l’entraînement réel fait prendre conscience de la réalité du terrain, de l’adversaire et de l’incertitude du combat, la simulation permet de l’optimiser par un gain de temps de formation et une économie de munitions. A cet effet, le 1er REC dispose d’un centre complet de simulation. Une vision globale du champ de bataille est obtenue par sa numérisation par recueil de données en temps réel. La simulation par ordinateur permet d’envoyer des ordres et de recevoir des comptes rendus. La salle de planification organise des exercices où se multiplient les incidents, comme les engins explosifs improvisés ou les évacuations sanitaires. Il s’agit d’intégrer les bons réflexes, de comprendre les mécanismes de combat et d’acquérir des savoir-faire, du niveau d’une équipe de trois légionnaires à celui du colonel chef de corps. La simulation du tir de missile Milan et de canon d’AMX 10 RC-R constitue un entraînement avant la campagne de tirs réels. Le Milan, d’une portée de 1.900 m, présente une période de vulnérabilité de 12 secondes pour le tireur. Son successeur, le MMP (missile moyenne portée), d’une portée de 4.000 m et qui n’a pas cet inconvénient, entre déjà en service dans les unités terrestres.

Arme et équipement individuels. D’ici à 2028, toute l’armée de Terre sera dotée du fusil d’assaut allemand HK 416 F, en remplacement du Famas français amélioré. La version standard, au calibre Otan (5,56 mm) et réglable pour les gauchers, est munie d’une baïonnette, d’un bipied, d’un lance-grenade de 40 mm et d’une aide à la visée. Les légionnaires du 1er REC s’entraînent déjà au tir de cette arme en marchant. Le nouveau gilet pare-balles, plus confortable que les précédents, empêche la perforation mais pas le choc de l’impact. Le « barda », qui inclut musette, gilet, fusil, casque en kevlar, rations de combat et munitions (12 chargeurs à 30 cartouches pour le HK 416 F), pèse 40-50 kg. Enfin, le soldat consomme 9 litres d’eau par jour en opération.

Loïc Salmon

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Marine et armée de Terre : « Bois Belleau 100 », exercices majeurs en interalliés

Pour la première fois, des exercices franco-américains ont eu lieu dans la zone de crise Méditerranée orientale, mer Rouge et golfe Arabo-Persique, dans le cadre du déploiement opérationnel interarmées « Bois Belleau 100 » du 21 novembre 2017 au 4 mars 2018.

Leurs déroulement et bilan ont été présentés à la presse, le 15 mars 2018 à Paris, par le capitaine de vaisseau Nicolas Vaujour, commandant du groupe amphibie « Bois Belleau 100 », et le « brigadier general » (général de brigade) américain Francis Donovan, commandant la Task force amphibie 51/5 du corps des « Marines ».

Procédures coordonnées. Pour la première fois, « Bois Belleau 100 » a été dirigé par un état-major binational, chargé de planifier des opérations interarmées, cyber et de renseignement. Il a mis en œuvre les moyens nécessaires : près de 700 militaires français et américains ; le bâtiment de projection et de commandement (BPC) Tonnerre ; la frégate de défense aérienne Chevalier-Paul ; 1 hélicoptère Caïman Marine de la flottille 31 F, 1 Dauphin de la 35 F et 1 Panther de la 36 F ; 2 Caïman Terre et 2 Gazelle du 1er Régiment d’hélicoptères de combat ; 1 équipe médicale américaine ; 1 groupe tactique de « Marines » ; 1 détachement de la flottille amphibie ; 1 frégate américaine (périodiquement) ; 1 avion de patrouille maritime Atlantique 2 ; 1 section de la 9ème Brigade d’infanterie de marine ; le 5ème Régiment de cuirassiers, stationné à Abu Dhabi. La montée en puissance de « Bois Belleau 100 » a porté sur les manœuvres amphibies : évacuation de ressortissants ; projection, commandement et soutien d’une force à terre ; récupération tactique de personnes en zone de crise ; commandement d’opérations combinées ; raids aéroporté et maritime ; soutien médical d’une opération à terre. L’hôpital du Tonnerre a été placé sous commandement américain pendant toute la mission. Un premier grand exercice s’est déroulé dans le golfe d’Aqaba avec une frégate et un BPC égyptien. Un 2ème dénommé « Alligator Dagger » a mobilisé deux bâtiments américains au large de Djibouti. Le commandement du groupe amphibie franco-américain, assuré par la Marine française, est passé sous contrôle opérationnel américain en océan Indien. Le 3ème exercice, « Alligator Thunder », s’est déroulé à proximité du Koweït. Le croiseur américain Monterey a escorté le BPC Tonnerre. La frégate Chevalier-Paul a participé à la protection du porte-avions américain Théodore-Roosevelt.

Interopérabilité renforcée. Le groupe amphibie possède des capacités d’action en mer, pour la sécurisation des espaces et des voies maritimes, et des capacités de réponse aux crises de la mer vers la terre et à terre. Il renforce les moyens militaires français permanents dans la région, dont les forces prépositionnées à Djibouti et aux Emirats arabes unis. « Bois Belleau 100 » a permis d’élargir la capacité d’action amphibie commune à un niveau encore jamais atteint, face aux menaces transrégionales nécessitant des solutions multinationales et multi-domaines, a déclaré le brigadier general Donovan. Selon le capitaine de vaisseau Vaujour, « Bois Belleau 100 » a participé à l’évaluation de la situation dans le golfe d’Aden lors de son intégration aux forces opérationnelles combinées TF 151 et « Atalante » de lutte contre la piraterie et TF 150 contre le terrorisme. Enfin, la collecte et le partage d’informations entre le Tonnerre, le Chevalier-Paul et les armées de l’Air des pays riverains, contribuent à la liberté d’appréciation stratégique de la France.

Loïc Salmon

Marine nationale : mission « Arromanches 3 » du GAN en Méditerranée orientale

Océan Indien : CTF 150, synergie franco-britannique

Marines : outils de sécurité, du Moyen-Orient à l’océan Indien




Projet de budget de la Défense : + 1,8 % en 2012

Le projet de budget (hors pensions) du ministère de la Défense, soumis pour examen au Parlement dans la seconde quinzaine d’octobre, se monte à 31,8 Md€ pour l’année 2012, soit une hausse de 550 M€ (+1,8 %) en un an. Hughes Bied-Charreton, directeur des affaires financières au Secrétariat général pour l’administration, en a présenté les grandes lignes à la presse le 29 septembre 2011 à Paris.

Ces crédits, qui prennent en compte des recettes exceptionnelles de 1,09 Md€ provenant de la vente d’emprises du ministère en 2012, devraient préserver les grands équilibres de la loi de programmation militaire (LPM) 2009-2014 en matière de modernisation des équipements des forces et d’amélioration de la condition militaire. Les dépenses d’équipements (études, dissuasion nucléaire, armement, infrastructure et entretien programmé du matériel et du personnel) passent à 16,5 Md€, contre 16 Md€ en 2011. La masse salariale hors pension baisse à 11,6 Md€, contre 11,7 Md€ l’année précédente, en raison de la diminution des effectifs. Ceux-ci passeront de 301.341 personnels en 2011 à 293.198 en 2012, permettant d’atteindre les deux tiers de l’objectif de suppression de 54.000 postes au cours de la LPM, surtout dans le soutien afin de préserver l’opérationnel. Le nombre de militaires passera de 230.750 à 224.595 et celui des civils de 70.591 à 68.603. Toutefois, ce projet de budget sera probablement amendé, a précisé Hughes Bied-Charreton, par suite de la décision du gouvernement de réduire de 1 Md€ les dépenses de l’Etat par répartition sur tous les ministères.

Par ailleurs, hors opération Harmattan au large de la Libye, la prévision de surcoût des Opex pour 2011 atteint 878 M€, contre 860 M€ en 2010 et 870 M€ en 2009. Le surcoût de l’opération Harmattan (photo) est estimé à 300-350 M€ au 30 septembre 2011. Selon Hughes Bied-Charreton, les dépenses en munitions se sont déjà montées à 100 M€ en raison de la forte consommation, celles en carburant à 54 M€ et celles en suppléments de rémunérations à 60 M€. Pour 2012, la provision budgétaire des Opex restera identique à l’année précédente, soit 630 M€. Conformément à la LPM, les surcoûts d’Opex ne seront pas prélevés sur les crédits d’équipements, mais financés par un abondement interministériel.

Loïc Salmon