Armements : la France parmi les cinq principaux exportateurs

Avec 4,8 Md€ de prises de commandes d’armement en 2012 contre 6,5 Md€ l’année précédente, la France se maintient dans le peloton de tête des exportateurs mondiaux. Toutefois, le marché de l’armement fonctionne par cycles où le poids des contrats majeurs prédomine, explique le rapport au Parlement sur les exportations françaises d’armement, présenté le 11 septembre 2013 par le ministre de la Défense, Jean-Yves Le Drian. Pour la période 2008-2012, les prises de commandes françaises (contrats signés et premiers acomptes versés) se répartissent essentiellement entre l’Asie avec 26,9 %, les Amériques (26,3 %), les Proche et Moyen-Orient (21,4 %), l’Europe (16 %) et l’Afrique (5,2 %). Sur le plan mondial entre 2006-2011, les Etats-Unis arrivent en tête avec 48 % des parts du marché, suivis de la Russie (12 %), de la Grande-Bretagne (10,8 %), de la France (8,6 %) et d’Israël (5 %). Selon l’Institut international de recherche sur la paix de Stockholm, les dépenses militaires dans le monde, quoiqu’en baisse de 0,5 % en un an, ont totalisé 1.244 Md€ en 2012 et le volume des exportations d’armement a augmenté de 9 % avec des prises de commandes de 79,5 Md€. La Russie, qui souhaite se donner les moyens militaires d’une politique de puissance a augmenté ses dépenses d’armement de 113 % entre 2003 et 2012 et va y consacrer 600 Md€ d’ici à 2022. Malgré la réduction des budgets de défense, les dépenses militaires des Etats-Unis représentent 40 % du total mondial et celles des pays européens 18 %, dont celles de la France 3,4 %. Selon les données officielles des Etats, les pays européens de l’OTAN ont dépensé 285 Md€ pour leur défense, soit moins que ceux d’Asie-Pacifique avec 300 Md€. Ces derniers, qui ont connu une croissance économique depuis dix ans, renforcent en effet leurs capacités de défense en raison de leur perception des risques et menaces liés à leur environnement régional. Par ailleurs, le 2 avril 2013, l’Assemblée générale de l’ONU a adopté le Traité sur le commerce des armes à une très large majorité. La France l’a signé le 3 juin ainsi que 66 Etats, dont 24 de l’Union européenne. Ce traité interdit tout transfert d’armement qui aurait pour conséquences, notamment, la violation d’une résolution du Conseil de sécurité des Nations unies, le non-respect par un Etat de ses obligations internationales ou encore des attaques dirigées contre des populations civiles ou des biens civils protégés par des accords internationaux. Ce traité doit encore être ratifié par les Parlements de 50 Etats pour entrer en vigueur.

Loïc Salmon

DGA : l’expertise technologique, avenir de l’outil de défense

Eurosatory 2012: armements terrestres, enjeux et perspectives

Les GTIA en Opex : besoin urgent d’armements adaptés




Exposition photographique itinérante « Femmes de la défense »

Avec 15 % de femmes parmi son personnel militaire en 2012, l’armée française est la plus « féminisée » d’Europe, devant celles de la Grande-Bretagne (9,7 % en 2010) et de l’Allemagne (9,1 % en 2010). Elles servent dans tous les domaines, sauf les sous-marins en raison de la promiscuité à bord. Toutefois, le programme des futurs sous-marins nucléaires d’attaque « Barracuda » prévoit des aménagements pour leur embarquement. Sur les 60.000 femmes du ministère de la Défense, 38 % sont civiles. Les autres, au nombre de 33.000 dans les armées, représentent 6 % des militaires engagés en opérations extérieures. Une exposition photographique itinérante, inaugurée le 29 août 2013 par Jean-Yves Le Drian, ministre de la Défense, et Najat Vallaud-Belkacem, ministre des Droits des femmes et porte-parole du gouvernement (photo), leur est consacrée. Elle en montre 23 dans leur quotidien : pilote de chasse à Saint-Dizier, navigateur en mer Rouge, secrétaire au sein du groupement Terre au Tchad, infirmière militaire en Jordanie, réserviste chef de groupe section Vigipirate à l’aéroport Roissy Charles-De-Gaulle, ingénieur civil expérimentateur navigant à Cazaux, commandant du bâtiment école Panthère à Brest, chef de projet à Paris, gendarme au Bourget, directeur de pont d’envol en océan Indien, mécanicienne armement à Solenzara, chasseur alpin à Paris, commandant supérieur des forces armées en Polynésie française à Tahiti, chef d’équipe appui image drone en Afghanistan, pilote d’hélicoptère à Saillagouse, juriste à Paris, adjoint chef d’escouade transport en Côte d’Ivoire, directeur d’essais à Biscarrosse, convoyeuse de l’air au Mali, chef d’équipe chargée de prévention à Paris, manœuvrier en surveillance maritime au large de la Birmanie, conducteur de chien à Chabeley et… parachutiste en Afghanistan ! Une femme haut fonctionnaire a été nommée à l’égalité des droits en 2012 au sein du ministère de la Défense et un observatoire de la parité établi en 2013 pour appuyer son action. Les femmes peuvent accéder au grade d’officier général : elles sont déjà une dizaine à la Direction générale de l’armement, quelques unes au Service de santé des armées et au Commissariat (service interarmées) et… une dans la Marine ! La voie a été ouverte par le médecin général Valérie André, présente à l’inauguration de l’exposition photographique à l’Hôtel de Brienne (Paris). Résistante et pilote d’hélicoptère, elle totalise plus de 4.200 heures de vol, 129 missions de guerre en Indochine, 365 missions de guerre en Algérie et 7 citations. Titulaire des croix de Guerre 1939-1945 et des Théâtres d’opérations extérieures, de la croix de la Valeur militaire, de la Médaille de l’aéronautique et de la Legion of Merit (Etats-Unis), elle est Grand-Croix de la Légion d’Honneur et de l’Ordre national du Mérite. L’exposition est présentée sur les grilles du 231 boulevard Saint-Germain à Paris, siège du ministère de la Défense et de l’Etat-major des armées. Elle passera notamment à Toulon (15 octobre-7 novembre), Toulouse (7-30 novembre) et Lyon (mars 2014).

Loïc Salmon

Une deuxième femme amirale

Femmes en guerre 1940-1946




La guerre : phénomène social et politique

La guerre est un comportement social pour régler un problème politique, estime Caroline Galactéros-Luchtenberg, directeur de séminaire à l’Ecole de guerre et auteur du livre « Manières du monde, manières de guerre ». Elle s’en est expliquée au cours d’un débat avec le général de division (2S) Vincent Desportes, professeur associé à l’Institut d’études politiques de Paris et ancien directeur de l’Ecole de guerre.

Ce débat a été organisé, le 26 juin 2013 à Paris, par des auditeurs de la 59ème session nationale de l’Institut des hautes études de défense nationale. Le livre « Manières du monde, manières de guerre » dresse un parallèle entre l’évolution du monde et la façon dont les nations conduisent les guerres depuis la chute du mur de Berlin (1989) et l’accès généralisé à internet. De son côté, le général Desportes met en garde contre deux fantasmes : celui de la toute puissance militaire et stratégique, fondée sur la technologie, et l’assimilation de la puissance à l’information dominante. « La guerre de destruction à outrance ne peut produire un succès politique ». Par ailleurs, l’invasion de l’information dans les sphères civile et militaire a démontré « la réversibilité des points de vue politiques et la perte de l’aura morale obtenue par l’emploi de la force pour des raisons louables ». Dans son livre, Caroline Galactéros-Luchtenberg dénonce les références anglo-saxonnes devenues les normes en matières économique et comportementale pour deux raisons : l’application du rapport de force militaire ou de la menace de son usage comme moyen de pression ; le « soft power » américain, « dont les pratiques de lobbying culturel, politique, économique et juridique se sont progressivement imposées comme les standards naturels de l’évolution souhaitable à l’échelle planétaire ». Au cours du débat, elle déclare que, dans un monde où tout se voit et tout se sait,  il s’ensuit  « un vide de légitimité, un discrédit moral en croyant qu’on va tout régler avec la technologie », notamment par la guerre essentiellement aérienne que privilégient les Etats-Unis. En revanche, l’intervention française au Mali a provoqué « un regain de légitimité politique par son engagement au sol, en raison de la réciprocité de prises de risques de part et d’autre ». Par ailleurs, selon Caroline Galactéros-Luchtenberg,  le héros d’aujourd’hui n’est plus le défenseur de la patrie, mais le capitaine d’industrie dont les intérêts n’ont plus de frontière. Aux yeux des jeunes Français, écrit-elle, les militaires ne font plus leur « devoir » ni ne remplissent de « mission » d’exception, mais exercent leur « job ». S’ils meurent au combat, ils sont « accidentés du travail », et non plus « tombés au champ d’honneur ». Devant le déclin des notions d’intérêt national et de bien commun, elle estime impératif pour eux de cultiver l’esprit de corps et la fraternité d’armes, spécificités du métier militaire.

Loïc Salmon

La guerre : nécessité d’une cohérence militaire et politique

Etre militaire européen aujourd’hui : quel métier !

 




Exposition « Histoires d’armes » : guerre constante entre épée et cuirasse

Le musée de l’Armée raconte l’évolution des armes, de l’âge du bronze à l’ère atomique, au château de Blois (6 juillet-3 novembre 2013) et dans la cour d’honneur des Invalides à Paris (17 juillet-13 octobre 2013). L’exposition de Blois, très complète, compte une trentaine de pièces, modestes ou exceptionnelles, tandis que celle des Invalides en reprend les panneaux. La scénographie de Blois, enrichie de documents inédits, propose un regard insolite sur l’histoire des guerres. De tous temps, les armes ont exercé une fascination (collections, films et jeux vidéo) et une indignation (objets représentatifs de la violence). Projet pluridisciplinaire, cette exposition, qui va de 1500 avant notre ère à 1980, confronte l’objet ancien à l’image contemporaine. Ses organisateurs ont voulu montrer la place centrale des armes dans la société avec leurs aspects techniques, psychologiques et philosophiques. La réalité du combat du fantassin est indépendante de l’outil : les soldats se battent directement de la même façon, malgré les progrès techniques, et rarement au-delà de 300 m, car ils ne voient plus l’ennemi. La cavalerie (photo), à haute valeur symbolique (chevalerie), constitue un exemple unique dans l’histoire des armes. Longtemps considérée comme « auxiliaire », elle a connu son apogée entre le XIVème et le XVIIème siècle grâce à l’armure et la lance. Debout sur ses étriers, calé par le troussequin de sa selle, le cavalier fait corps avec sa monture. L’énergie cinétique, déployée par cette masse de 600 kg lancée à 20 km/h, se transmet jusqu’à la pointe de la lance, sans compter l’effet psychologique, et se trouve démultipliée par une charge de 2.000 cavaliers. Arme aristocratique par excellence (équipement coûteux), la cavalerie est d’abord mise à mal au XVIème siècle par la « piétaille » suisse, armée de longues piques (le « hérisson »), pour briser l’élan des chevaux, et de hallebardes pour désarçonner les cavaliers. L’arquebuse, moins chère à produire que l’arbalète, puis le mousquet et le fusil mettent progressivement un terme à sa suprématie. La cavalerie renaît avec le blindage des chars de la première guerre mondiale. Mais son pire ennemi apparaît pendant la seconde : l’arme anti-char portative de l’armée allemande, qui deviendra le RPG 7 russe d’aujourd’hui capable de percer un blindage de 26 cm à 300 m. Enfin, clou de l’exposition du château de Blois où figure son emblème (la salamandre) : l’épée d’apparat du « roi-chevalier », François 1er,  a valeur de double trophée : prise lors de la défaite de Pavie (1525) contre Charles Quint, elle est conservée à Madrid jusqu’en 1808 puis rapportée en France par Napoléon.

Loïc Salmon




Exosquelette « Hercule » : du prototype militaire à la série civile

Le robot exosquelette (squelette externe) français « Hercule », premier du genre en Europe, assiste le soldat (fantassin ou artilleur) pour le port et la manipulation de charges lourdes, décuplant ainsi son endurance. Ce prototype a été développé avec le soutien du ministère de la Défense, via le dispositif Rapid (Régime d’appui pour l’innovation duale) de la Direction générale de l’armement. En vue de son industrialisation et sa commercialisation pour des usages civils à partir de 2015,  son constructeur, la petite société Rb3d Cobotique (12 personnes), a signé une convention de levée de fonds, le 18 juin 2013 lors du Salon de l’aéronautique et de l’espace du Bourget, avec le fonds d’investissements Financière de Brienne spécialisé dans les hautes technologies intéressant la défense et la sécurité, la société de gestion de portefeuilles Inocap et Alto Invest (gestion de patrimoine). « Hercule » permet à un soldat de transporter jusqu’à 80 kg de charges lourdes sur 20 km à la vitesse de 4 km/h, sans risques de troubles musculo-squelettiques. Ce robot, présenté au salon d’armements terrestres Eurosatory 2012 (photo), fonctionne à l’énergie électrique. Il est constitué de jambes et de bras mécatroniques (combinaison de mécanique, d’électronique et d’informatique). Un système intégré détecte et accompagne les mouvements de l’utilisateur. L’ensemble a une autonomie de 4 heures et pèse 48 kg. L’utilisateur peut emporter des charges de 40 kg sur le dos et de 20 kg avec chaque bras. Il se désharnache en moins d’une minute. Outre son usage pour l’armée de Terre et les pompiers (port d’équipements de protection lourds), « Hercule » peut servir dans le domaine civil : transport et manutention dans les entreprises de bâtiments et travaux publics et de logistique ; manutention des patients et aide aux handicapés dans les hôpitaux. Son constructeur, Rb3d Cobotique, a bénéficié de l’aide de CEA-Investissements, filiale du Commissariat à l’énergie atomique. Projet démarré en 2010, « Hercule » a été doté de jambes en 2011 et de bras en 2012. D’autres robots exosquelettes sont en cours d’expérimentation aux Etats-Unis, en Israël, en Nouvelle-Zélande et au Japon.

Loïc Salmon

 




14 juillet 2013 : une armée d’avant-garde fière de ses traditions

« Un défilé du 14 juillet, ça se commande comme une opération, ça se conçoit comme un grand exercice », a déclaré le général de corps d’armée Hervé Charpentier, gouverneur militaire de Paris, devant l’Association des journalistes de défense le 25 juin 2013. La grande parade militaire annuelle dans la capitale nécessite un an de travail, car  son contenu évolue avec la situation des armées en opérations. Le cru 2013 met en valeur la capacité d’engagements rapides et lointains, avec des structures modulables, des matériels nouveaux et des modes de fonctionnement renouvelés. Il met particulièrement à l’honneur les unités déployées dans l’opération « Serval » au Mali, la brigade franco-allemande (avec un général allemand) et un détachement militaire de la Croatie, membre de l’Union européenne à compter du 1er juillet. Le module « Serval » compte : un avion ravitailleur C-135, 2 Rafale,  3 Mirage 2000D, 1 Mirage F-1 CR, 1 avion de patrouille maritime ATL2 (renseignement, surveillance et reconnaissance),  2 avions de transport tactique C-130 Hercules (dont un danois) et 2 avions de transport tactique C-160 Transall (dont un allemand) ; 200 militaires africains ; des unités françaises, dont la Légion étrangère (450 hommes derrière leur commandant, le général de division Christophe de Saint-Chamas). Parmi les nouveautés, figurent l’avion de transport tactique A-400M, dont  trois équipages complets sont déjà formés, et une unité tactique de guerre électronique. L’année 2013 est fertile en commémorations, dont les 150 ans de Camerone (fête de la Légion étrangère), 70 ans du 9ème Bataillon d’infanterie de marine, 70 ans de la Gendarmerie de l’air, 70 ans de la médaille de la Résistance, 60 ans de la patrouille de France, 50 ans de l’Ordre national du Mérite, 50 ans du Traité franco-allemand de l’Elysée et 30 ans du Chœur de l’armée française. Le programme du défilé inclut 58 avions (45 de l’armée de l’Air, 6 de la Marine nationale et 7 étrangers), 4.823 personnels à pied, 241 chevaux de la Garde républicaine, 82 motos, 265 véhicules et 36 hélicoptères (19 de l’Aviation légère de l’armée de terre, 6 de l’armée de l’Air, 4 de la Marine, 3 de la Gendarmerie, 3 de la Sécurité civile et 1 étranger). Restriction budgétaire oblige, l’enveloppe financière du défilé a baissé de 30 % pour les véhicules et de 10 % pour les aéronefs.  Seuls les matériels opérationnels sont maintenus. Enfin, aucun drone ne participe au défilé.

Loïc Salmon




Joint Warrior 13-1 : exercice combiné majeur interalliés

L’exercice majeur biannuel, multi-menaces, interalliés et interarmées « Joint Warrior 13-1 » s’est déroulé en Ecosse du 9 avril au 4 mai 2013. Il a regroupé 9 pays, 13.000 militaires, 55 navires et 50 aéronefs. Selon le capitaine de vaisseau Aymard, commandant le groupe aérien embarqué (GAE) du porte-avions Charles-De-Gaulle, cet exercice de projection de puissance a permis de démontrer la complémentarité des moyens français et britanniques et d’améliorer leur interopérabilité. L’Allemagne, la Belgique, le Canada, le Danemark, la Norvège, la Pologne et la Suède ont également envoyé des unités. La Marine française a mis en œuvre le bâtiment de commandement et de ravitaillement Marne, un sous-marin nucléaire d’attaque et le GAE, qui a déployé 8 Super Etendard Modernisés, 7 Rafale Marine, 1 avion de guet aérien Hawkeye et 320 personnes.  L’activité aérienne a duré 8 jours (52 heures de vol/jour) et a été réalisée à 65 %, malgré les mauvaises conditions météorologiques (202 sorties). Ont notamment été tirés 12 roquettes d’entraînement à guidage laser et 5.500 obus. Des tirs combinés d’avions, de bâtiments et d’artillerie terrestre, en appui des troupes au sol, ont eu lieu de jour et de nuit. C’est une « première » pour les forces françaises, qui ne disposent pas de champs de tir équivalents et suffisamment éloignés d’une agglomération. Le GAE a participé à la lutte anti-navires et des raids de haute intensité en opposition ou en coordination avec les avions Typhoon britanniques. Enfin, il a utilisé les liaisons L16 de données tactiques et de commandement. Selon le lieutenant-colonel Cuny, officier de liaison français, la partie terrestre de Joint Warrior 13-1 a mobilisé 1.300 soldats britanniques de la 16 Air Assault Brigade et 500 militaires de la  11ème Brigade parachutiste, 3 avions de transport tactiques (1 C-160 Transall français, 1 C-160 allemand et 1 C-130 Hercules britannique), 12 hélicoptères britanniques (3 CH-47 Chinook, 3 Appache, 3 Seaking et 3 Lynx), 4 hélicoptères français (2 Puma et 2 Gazelle) et des moyens français et britanniques ISTAR (renseignement, surveillance, acquisition d’objectifs et reconnaissance). Pour sa partie terrestre, Joint Warrior 13 s’apparente au module projetable « Guépard » d’intervention d’urgence avec un volume de forces spécifiques, un délai court, une empreinte logistique minimale et une mission clé (évacuation de ressortissants). L’opération comprenait un parachutage, un poser d’assaut, un héliportage et l’intégration d’éléments britanniques au sein du 1er Régiment de chasseurs parachutistes. Le travail de planification, de conception des ordres et de conduite des opérations a permis la validation de l’I-CJEF (Force expéditionnaire commune) du côté britannique. Celle du côté français doit se faire au cours de l’exercice « Pegasus », dont la date et le lieu n’ont pas été précisés.

Loïc Salmon




Opex : chaîne opérationnelle de santé au plus près des forces

L’organisation du soutien médical, véritable savoir-faire français reconnu par les armées alliées, constitue une partie importante de l’opération « Serval » au Mali. Le médecin en chef Emmanuel Angot, chef de « l’état-major opérationnel santé » de la Direction centrale du service de santé, l’a présentée à la presse, le 18 avril 2013 à Paris. A cette date, environ 150 évacuations sanitaires sur la France, dont 15 urgentes par avion Falcon, avaient été lancées depuis le début de l’engagement (11 janvier). Les pathologies se répartissent en 50 % de blessures au combat, 25 % de déshydratations et maladies liées à l’environnement du théâtre et 25 % de troubles psychologiques aigus consécutifs à l’engagement opérationnel. La fonction santé porte d’abord sur les soins au quotidien, en vue de maintenir la capacité opérationnelle à durer dans des conditions difficiles et, en amont, sur l’hygiène et la prévention. Ses effectifs se montent à 170 personnes en missions de courte durée et 500 personnels déployés sur huit opérations extérieures (Opex) : « Serval », « Licorne », « Epervier » et « Boali » en Afrique ainsi que « Tamour » en Jordanie dans un cadre français, « Pamir » en Afghanistan (OTAN), « Daman » au Liban (ONU) et « Atalante » en océan Indien (Union européenne). Le concept médical français des opérations repose sur le sauvetage au combat, la médicalisation sur place ou l’évacuation par hélicoptère pour une prise en charge chirurgicale et, après décision de l’état-major opérationnel santé, sur une évacuation médicale précoce en métropole. Ainsi, un blessé au combat est secouru dans les dix minutes par un camarade, transporté au poste de secours avancé dans l’heure qui suit, admis au bloc opératoire une heure plus tard, éventuellement rapatrié par avion médicalisé 24 heures après le combat s’il est grièvement atteint. Tous les blessés sérieux sont traités à l’hôpital d’instruction des armées Percy dans les sept jours. En Opex, l’environnement médical se décompose en trois phases : préparation opérationnelle et expertise sanitaire avant ; ravitaillement sanitaire, intégration au dispositif tactique et conduite du soutien médical pendant ; suivi des blessés physiques et psychiques ainsi que retour d’expériences après. « Cette chaîne opérationnelle santé contribue au moral des combattants », souligne le médecin en chef Angot.

Loïc Salmon

Blessés psychiques : agir vite, au plus près et de façon continue

Sauvetage de combat : l’apprentissage des médecins

OTAN : un Français à la tête des Services de santé




Camerone : la main du capitaine Danjou, « relique » de la Légion

Le 30 avril 2013 marque le 150ème anniversaire du combat de Camerone, où 62 fantassins de la Légion étrangère affrontèrent 1.200 fantassins et 800 cavaliers mexicains lors de l’expédition française au Mexique (1861-1867). Leur commandant, le capitaine Jean Danjou, est tué, mais sa main articulée deviendra une véritable relique pour la Légion. Artilleur, il avait perdu sa main gauche dans un accident. « Camerone est l’occasion de renouveler l’engagement de servir avec honneur et fidélité », a déclaré, le 2 avril à Aubagne, le général de division Christophe de Saint Chamas (photo), commandant de la Légion étrangère et qui défilera le 14 juillet à Paris à la tête d’un détachement de légionnaires. La « cérémonie » et non pas « prise d’armes » de Camerone est particulière. « On est saisi par ce qui se passe, elle est unique, dit-il, la main du capitaine Danjou illustre les trois principes de la Légion ». D’abord, la mission est sacrée et doit être remplie jusqu’au bout. Ensuite, ce « serment de Camerone » souligne le sens de la parole donnée. Enfin, il existe un lien entre le légionnaire (étranger) et l’officier (français). Celui-ci doit se montrer capable de mériter la confiance de ses subordonnés. Le 30 avril 1863, à Camerone, trois survivants, encore debout et prêts à charger à la baïonnette, acceptent finalement de se rendre à condition de conserver leurs armes et que leurs blessés soient soignés, dont leur sous-lieutenant à terre à côté d’eux. Un cinquième, laissé pour mort par les Mexicains, sera retrouvé le lendemain par un éclaireur français de la colonne de secours. Le 30 avril 2013, le point d’orgue de la cérémonie de Camerone à Aubagne, en présence du ministre de la Défense Jean-Yves Le Drian, est constitué par le port de la main du capitaine Danjou, honneur suprême, par le général d’armée (2S) Michel Guignon, Grand-Croix de la Légion d’Honneur, accompagné de deux légionnaires particulièrement méritants. Lieutenant en Algérie, il est très gravement blessé le 31 janvier 1961, au cours d’un combat dans le douar d’Arres. Il se trouve dans un état trop désespéré pour une évacuation sanitaire, selon les critères de l’époque. Le sergent Berthold Vossler (nationalité allemande), qui vient de lui sauver la vie, est lui aussi grièvement blessé à la jambe. Son état étant jugé moins grave, son évacuation est décidée. Pourtant, il refuse d’en profiter sans son chef de section. Ils seront donc évacués tous les deux. Le sergent Vossler reçoit la Médaille militaire l’année suivante. Il terminera sa carrière comme adjudant-chef en1973 et sera fait chevalier de la Légion d’Honneur en 2008. Enfin, le caporal-chef d’active Sully Laplagne (né à La Réunion) représente la diversité dans la Légion. Titulaire de la Médaille militaire, il totalise plus de 19 ans de services en compagnie de combat. Ses multiples comportements exemplaires au feu lui valent l’honneur d’accompagner le général Guignon et l’adjudant-chef Vossler. Enfin, rappelle le général de Saint Chamas, où qu’ils soient, les légionnaires fêtent Camerone, cérémonie où se forge l’esprit d’appartenance.

Loïc Salmon

La Légion étrangère : qualité, commandement et formation 

La Légion étrangère : combats pendant, solidarité après

 




Marine : projection rapide de deux chasseurs de mines

Pour la première fois, deux bâtiments chasseurs de mines ont été projetés en océan Indien en 18 jours au lieu de plus de 40, grâce à un embarquement sur un navire de charge civil affrété. Ils ont été réceptionnés sur zone par leurs équipages arrivés par avion. Le chargement des chasseurs Sagittaire et Pégase avait été effectué en un jour et demi à Brest les 18 et 19 mars 2013. Equipé d’une coque amagnétique en matériau composite verre/résine, chacun pèse plus de 600 t, soit le chargement de cinq avions de transport russes Antonov 124 (120 t à 4.800 km). Cette expérimentation a renforcé les capacités de projection lointaine et de commandement, dans ce cas précis, à partir de la base interarmées d’Abou Dhabi. La Marine nationale réduit ainsi des dépenses de maintien en condition opérationnelle et économise du potentiel matériel et humain. Le bâtiment et son équipage (une cinquantaine de marins) évitent en effet la fatigue d’un long voyage par mer et peuvent se concentrer sur la chasse aux mines. Le déploiement des deux chasseurs en océan Indien a plusieurs objectifs : mise à jour de la cartographie des fonds ; constitution d’une base de données pour la surveillance des routes commerciales recommandées ;  conduite d’actions en coopération avec les Marines des Etats riverains, avec lesquels ont été conclus des accords de défense ; renforcement de la capacité à opérer en coalition avec les Marines américaine et britannique. Cette zone devient de plus en plus sensible (voir rubrique « Archives » 27-3-2013 : « L’océan Indien, espace sous tension).

L.S.