Exposition « Histoires d’armes » : guerre constante entre épée et cuirasse

Le musée de l’Armée raconte l’évolution des armes, de l’âge du bronze à l’ère atomique, au château de Blois (6 juillet-3 novembre 2013) et dans la cour d’honneur des Invalides à Paris (17 juillet-13 octobre 2013). L’exposition de Blois, très complète, compte une trentaine de pièces, modestes ou exceptionnelles, tandis que celle des Invalides en reprend les panneaux. La scénographie de Blois, enrichie de documents inédits, propose un regard insolite sur l’histoire des guerres. De tous temps, les armes ont exercé une fascination (collections, films et jeux vidéo) et une indignation (objets représentatifs de la violence). Projet pluridisciplinaire, cette exposition, qui va de 1500 avant notre ère à 1980, confronte l’objet ancien à l’image contemporaine. Ses organisateurs ont voulu montrer la place centrale des armes dans la société avec leurs aspects techniques, psychologiques et philosophiques. La réalité du combat du fantassin est indépendante de l’outil : les soldats se battent directement de la même façon, malgré les progrès techniques, et rarement au-delà de 300 m, car ils ne voient plus l’ennemi. La cavalerie (photo), à haute valeur symbolique (chevalerie), constitue un exemple unique dans l’histoire des armes. Longtemps considérée comme « auxiliaire », elle a connu son apogée entre le XIVème et le XVIIème siècle grâce à l’armure et la lance. Debout sur ses étriers, calé par le troussequin de sa selle, le cavalier fait corps avec sa monture. L’énergie cinétique, déployée par cette masse de 600 kg lancée à 20 km/h, se transmet jusqu’à la pointe de la lance, sans compter l’effet psychologique, et se trouve démultipliée par une charge de 2.000 cavaliers. Arme aristocratique par excellence (équipement coûteux), la cavalerie est d’abord mise à mal au XVIème siècle par la « piétaille » suisse, armée de longues piques (le « hérisson »), pour briser l’élan des chevaux, et de hallebardes pour désarçonner les cavaliers. L’arquebuse, moins chère à produire que l’arbalète, puis le mousquet et le fusil mettent progressivement un terme à sa suprématie. La cavalerie renaît avec le blindage des chars de la première guerre mondiale. Mais son pire ennemi apparaît pendant la seconde : l’arme anti-char portative de l’armée allemande, qui deviendra le RPG 7 russe d’aujourd’hui capable de percer un blindage de 26 cm à 300 m. Enfin, clou de l’exposition du château de Blois où figure son emblème (la salamandre) : l’épée d’apparat du « roi-chevalier », François 1er,  a valeur de double trophée : prise lors de la défaite de Pavie (1525) contre Charles Quint, elle est conservée à Madrid jusqu’en 1808 puis rapportée en France par Napoléon.

Loïc Salmon




Exosquelette « Hercule » : du prototype militaire à la série civile

Le robot exosquelette (squelette externe) français « Hercule », premier du genre en Europe, assiste le soldat (fantassin ou artilleur) pour le port et la manipulation de charges lourdes, décuplant ainsi son endurance. Ce prototype a été développé avec le soutien du ministère de la Défense, via le dispositif Rapid (Régime d’appui pour l’innovation duale) de la Direction générale de l’armement. En vue de son industrialisation et sa commercialisation pour des usages civils à partir de 2015,  son constructeur, la petite société Rb3d Cobotique (12 personnes), a signé une convention de levée de fonds, le 18 juin 2013 lors du Salon de l’aéronautique et de l’espace du Bourget, avec le fonds d’investissements Financière de Brienne spécialisé dans les hautes technologies intéressant la défense et la sécurité, la société de gestion de portefeuilles Inocap et Alto Invest (gestion de patrimoine). « Hercule » permet à un soldat de transporter jusqu’à 80 kg de charges lourdes sur 20 km à la vitesse de 4 km/h, sans risques de troubles musculo-squelettiques. Ce robot, présenté au salon d’armements terrestres Eurosatory 2012 (photo), fonctionne à l’énergie électrique. Il est constitué de jambes et de bras mécatroniques (combinaison de mécanique, d’électronique et d’informatique). Un système intégré détecte et accompagne les mouvements de l’utilisateur. L’ensemble a une autonomie de 4 heures et pèse 48 kg. L’utilisateur peut emporter des charges de 40 kg sur le dos et de 20 kg avec chaque bras. Il se désharnache en moins d’une minute. Outre son usage pour l’armée de Terre et les pompiers (port d’équipements de protection lourds), « Hercule » peut servir dans le domaine civil : transport et manutention dans les entreprises de bâtiments et travaux publics et de logistique ; manutention des patients et aide aux handicapés dans les hôpitaux. Son constructeur, Rb3d Cobotique, a bénéficié de l’aide de CEA-Investissements, filiale du Commissariat à l’énergie atomique. Projet démarré en 2010, « Hercule » a été doté de jambes en 2011 et de bras en 2012. D’autres robots exosquelettes sont en cours d’expérimentation aux Etats-Unis, en Israël, en Nouvelle-Zélande et au Japon.

Loïc Salmon

 




14 juillet 2013 : une armée d’avant-garde fière de ses traditions

« Un défilé du 14 juillet, ça se commande comme une opération, ça se conçoit comme un grand exercice », a déclaré le général de corps d’armée Hervé Charpentier, gouverneur militaire de Paris, devant l’Association des journalistes de défense le 25 juin 2013. La grande parade militaire annuelle dans la capitale nécessite un an de travail, car  son contenu évolue avec la situation des armées en opérations. Le cru 2013 met en valeur la capacité d’engagements rapides et lointains, avec des structures modulables, des matériels nouveaux et des modes de fonctionnement renouvelés. Il met particulièrement à l’honneur les unités déployées dans l’opération « Serval » au Mali, la brigade franco-allemande (avec un général allemand) et un détachement militaire de la Croatie, membre de l’Union européenne à compter du 1er juillet. Le module « Serval » compte : un avion ravitailleur C-135, 2 Rafale,  3 Mirage 2000D, 1 Mirage F-1 CR, 1 avion de patrouille maritime ATL2 (renseignement, surveillance et reconnaissance),  2 avions de transport tactique C-130 Hercules (dont un danois) et 2 avions de transport tactique C-160 Transall (dont un allemand) ; 200 militaires africains ; des unités françaises, dont la Légion étrangère (450 hommes derrière leur commandant, le général de division Christophe de Saint-Chamas). Parmi les nouveautés, figurent l’avion de transport tactique A-400M, dont  trois équipages complets sont déjà formés, et une unité tactique de guerre électronique. L’année 2013 est fertile en commémorations, dont les 150 ans de Camerone (fête de la Légion étrangère), 70 ans du 9ème Bataillon d’infanterie de marine, 70 ans de la Gendarmerie de l’air, 70 ans de la médaille de la Résistance, 60 ans de la patrouille de France, 50 ans de l’Ordre national du Mérite, 50 ans du Traité franco-allemand de l’Elysée et 30 ans du Chœur de l’armée française. Le programme du défilé inclut 58 avions (45 de l’armée de l’Air, 6 de la Marine nationale et 7 étrangers), 4.823 personnels à pied, 241 chevaux de la Garde républicaine, 82 motos, 265 véhicules et 36 hélicoptères (19 de l’Aviation légère de l’armée de terre, 6 de l’armée de l’Air, 4 de la Marine, 3 de la Gendarmerie, 3 de la Sécurité civile et 1 étranger). Restriction budgétaire oblige, l’enveloppe financière du défilé a baissé de 30 % pour les véhicules et de 10 % pour les aéronefs.  Seuls les matériels opérationnels sont maintenus. Enfin, aucun drone ne participe au défilé.

Loïc Salmon




Joint Warrior 13-1 : exercice combiné majeur interalliés

L’exercice majeur biannuel, multi-menaces, interalliés et interarmées « Joint Warrior 13-1 » s’est déroulé en Ecosse du 9 avril au 4 mai 2013. Il a regroupé 9 pays, 13.000 militaires, 55 navires et 50 aéronefs. Selon le capitaine de vaisseau Aymard, commandant le groupe aérien embarqué (GAE) du porte-avions Charles-De-Gaulle, cet exercice de projection de puissance a permis de démontrer la complémentarité des moyens français et britanniques et d’améliorer leur interopérabilité. L’Allemagne, la Belgique, le Canada, le Danemark, la Norvège, la Pologne et la Suède ont également envoyé des unités. La Marine française a mis en œuvre le bâtiment de commandement et de ravitaillement Marne, un sous-marin nucléaire d’attaque et le GAE, qui a déployé 8 Super Etendard Modernisés, 7 Rafale Marine, 1 avion de guet aérien Hawkeye et 320 personnes.  L’activité aérienne a duré 8 jours (52 heures de vol/jour) et a été réalisée à 65 %, malgré les mauvaises conditions météorologiques (202 sorties). Ont notamment été tirés 12 roquettes d’entraînement à guidage laser et 5.500 obus. Des tirs combinés d’avions, de bâtiments et d’artillerie terrestre, en appui des troupes au sol, ont eu lieu de jour et de nuit. C’est une « première » pour les forces françaises, qui ne disposent pas de champs de tir équivalents et suffisamment éloignés d’une agglomération. Le GAE a participé à la lutte anti-navires et des raids de haute intensité en opposition ou en coordination avec les avions Typhoon britanniques. Enfin, il a utilisé les liaisons L16 de données tactiques et de commandement. Selon le lieutenant-colonel Cuny, officier de liaison français, la partie terrestre de Joint Warrior 13-1 a mobilisé 1.300 soldats britanniques de la 16 Air Assault Brigade et 500 militaires de la  11ème Brigade parachutiste, 3 avions de transport tactiques (1 C-160 Transall français, 1 C-160 allemand et 1 C-130 Hercules britannique), 12 hélicoptères britanniques (3 CH-47 Chinook, 3 Appache, 3 Seaking et 3 Lynx), 4 hélicoptères français (2 Puma et 2 Gazelle) et des moyens français et britanniques ISTAR (renseignement, surveillance, acquisition d’objectifs et reconnaissance). Pour sa partie terrestre, Joint Warrior 13 s’apparente au module projetable « Guépard » d’intervention d’urgence avec un volume de forces spécifiques, un délai court, une empreinte logistique minimale et une mission clé (évacuation de ressortissants). L’opération comprenait un parachutage, un poser d’assaut, un héliportage et l’intégration d’éléments britanniques au sein du 1er Régiment de chasseurs parachutistes. Le travail de planification, de conception des ordres et de conduite des opérations a permis la validation de l’I-CJEF (Force expéditionnaire commune) du côté britannique. Celle du côté français doit se faire au cours de l’exercice « Pegasus », dont la date et le lieu n’ont pas été précisés.

Loïc Salmon




Opex : chaîne opérationnelle de santé au plus près des forces

L’organisation du soutien médical, véritable savoir-faire français reconnu par les armées alliées, constitue une partie importante de l’opération « Serval » au Mali. Le médecin en chef Emmanuel Angot, chef de « l’état-major opérationnel santé » de la Direction centrale du service de santé, l’a présentée à la presse, le 18 avril 2013 à Paris. A cette date, environ 150 évacuations sanitaires sur la France, dont 15 urgentes par avion Falcon, avaient été lancées depuis le début de l’engagement (11 janvier). Les pathologies se répartissent en 50 % de blessures au combat, 25 % de déshydratations et maladies liées à l’environnement du théâtre et 25 % de troubles psychologiques aigus consécutifs à l’engagement opérationnel. La fonction santé porte d’abord sur les soins au quotidien, en vue de maintenir la capacité opérationnelle à durer dans des conditions difficiles et, en amont, sur l’hygiène et la prévention. Ses effectifs se montent à 170 personnes en missions de courte durée et 500 personnels déployés sur huit opérations extérieures (Opex) : « Serval », « Licorne », « Epervier » et « Boali » en Afrique ainsi que « Tamour » en Jordanie dans un cadre français, « Pamir » en Afghanistan (OTAN), « Daman » au Liban (ONU) et « Atalante » en océan Indien (Union européenne). Le concept médical français des opérations repose sur le sauvetage au combat, la médicalisation sur place ou l’évacuation par hélicoptère pour une prise en charge chirurgicale et, après décision de l’état-major opérationnel santé, sur une évacuation médicale précoce en métropole. Ainsi, un blessé au combat est secouru dans les dix minutes par un camarade, transporté au poste de secours avancé dans l’heure qui suit, admis au bloc opératoire une heure plus tard, éventuellement rapatrié par avion médicalisé 24 heures après le combat s’il est grièvement atteint. Tous les blessés sérieux sont traités à l’hôpital d’instruction des armées Percy dans les sept jours. En Opex, l’environnement médical se décompose en trois phases : préparation opérationnelle et expertise sanitaire avant ; ravitaillement sanitaire, intégration au dispositif tactique et conduite du soutien médical pendant ; suivi des blessés physiques et psychiques ainsi que retour d’expériences après. « Cette chaîne opérationnelle santé contribue au moral des combattants », souligne le médecin en chef Angot.

Loïc Salmon

Blessés psychiques : agir vite, au plus près et de façon continue

Sauvetage de combat : l’apprentissage des médecins

OTAN : un Français à la tête des Services de santé




Camerone : la main du capitaine Danjou, « relique » de la Légion

Le 30 avril 2013 marque le 150ème anniversaire du combat de Camerone, où 62 fantassins de la Légion étrangère affrontèrent 1.200 fantassins et 800 cavaliers mexicains lors de l’expédition française au Mexique (1861-1867). Leur commandant, le capitaine Jean Danjou, est tué, mais sa main articulée deviendra une véritable relique pour la Légion. Artilleur, il avait perdu sa main gauche dans un accident. « Camerone est l’occasion de renouveler l’engagement de servir avec honneur et fidélité », a déclaré, le 2 avril à Aubagne, le général de division Christophe de Saint Chamas (photo), commandant de la Légion étrangère et qui défilera le 14 juillet à Paris à la tête d’un détachement de légionnaires. La « cérémonie » et non pas « prise d’armes » de Camerone est particulière. « On est saisi par ce qui se passe, elle est unique, dit-il, la main du capitaine Danjou illustre les trois principes de la Légion ». D’abord, la mission est sacrée et doit être remplie jusqu’au bout. Ensuite, ce « serment de Camerone » souligne le sens de la parole donnée. Enfin, il existe un lien entre le légionnaire (étranger) et l’officier (français). Celui-ci doit se montrer capable de mériter la confiance de ses subordonnés. Le 30 avril 1863, à Camerone, trois survivants, encore debout et prêts à charger à la baïonnette, acceptent finalement de se rendre à condition de conserver leurs armes et que leurs blessés soient soignés, dont leur sous-lieutenant à terre à côté d’eux. Un cinquième, laissé pour mort par les Mexicains, sera retrouvé le lendemain par un éclaireur français de la colonne de secours. Le 30 avril 2013, le point d’orgue de la cérémonie de Camerone à Aubagne, en présence du ministre de la Défense Jean-Yves Le Drian, est constitué par le port de la main du capitaine Danjou, honneur suprême, par le général d’armée (2S) Michel Guignon, Grand-Croix de la Légion d’Honneur, accompagné de deux légionnaires particulièrement méritants. Lieutenant en Algérie, il est très gravement blessé le 31 janvier 1961, au cours d’un combat dans le douar d’Arres. Il se trouve dans un état trop désespéré pour une évacuation sanitaire, selon les critères de l’époque. Le sergent Berthold Vossler (nationalité allemande), qui vient de lui sauver la vie, est lui aussi grièvement blessé à la jambe. Son état étant jugé moins grave, son évacuation est décidée. Pourtant, il refuse d’en profiter sans son chef de section. Ils seront donc évacués tous les deux. Le sergent Vossler reçoit la Médaille militaire l’année suivante. Il terminera sa carrière comme adjudant-chef en1973 et sera fait chevalier de la Légion d’Honneur en 2008. Enfin, le caporal-chef d’active Sully Laplagne (né à La Réunion) représente la diversité dans la Légion. Titulaire de la Médaille militaire, il totalise plus de 19 ans de services en compagnie de combat. Ses multiples comportements exemplaires au feu lui valent l’honneur d’accompagner le général Guignon et l’adjudant-chef Vossler. Enfin, rappelle le général de Saint Chamas, où qu’ils soient, les légionnaires fêtent Camerone, cérémonie où se forge l’esprit d’appartenance.

Loïc Salmon

La Légion étrangère : qualité, commandement et formation 

La Légion étrangère : combats pendant, solidarité après

 




Marine : projection rapide de deux chasseurs de mines

Pour la première fois, deux bâtiments chasseurs de mines ont été projetés en océan Indien en 18 jours au lieu de plus de 40, grâce à un embarquement sur un navire de charge civil affrété. Ils ont été réceptionnés sur zone par leurs équipages arrivés par avion. Le chargement des chasseurs Sagittaire et Pégase avait été effectué en un jour et demi à Brest les 18 et 19 mars 2013. Equipé d’une coque amagnétique en matériau composite verre/résine, chacun pèse plus de 600 t, soit le chargement de cinq avions de transport russes Antonov 124 (120 t à 4.800 km). Cette expérimentation a renforcé les capacités de projection lointaine et de commandement, dans ce cas précis, à partir de la base interarmées d’Abou Dhabi. La Marine nationale réduit ainsi des dépenses de maintien en condition opérationnelle et économise du potentiel matériel et humain. Le bâtiment et son équipage (une cinquantaine de marins) évitent en effet la fatigue d’un long voyage par mer et peuvent se concentrer sur la chasse aux mines. Le déploiement des deux chasseurs en océan Indien a plusieurs objectifs : mise à jour de la cartographie des fonds ; constitution d’une base de données pour la surveillance des routes commerciales recommandées ;  conduite d’actions en coopération avec les Marines des Etats riverains, avec lesquels ont été conclus des accords de défense ; renforcement de la capacité à opérer en coalition avec les Marines américaine et britannique. Cette zone devient de plus en plus sensible (voir rubrique « Archives » 27-3-2013 : « L’océan Indien, espace sous tension).

L.S.




Les réservistes à l’honneur

Les réservistes, civils et militaires à la fois,  sont indispensables aux forces armées, auxquelles ils apportent un renfort temporaire. Une journée nationale leur est attribuée en reconnaissance (4 avril en cette année 2013), car la plupart remplissent leurs fonctions pendant leurs vacances ou le week end, au-delà des cinq jours que l’employeur est tenu d’accorder. Toutefois, certaines entreprises ont signé une convention avec le ministère de la Défense pour faciliter l’engagement de leurs réservistes. C’est le cas pour les 34 réservistes qui assurent un soutien opérationnel à l’opération « Serval » au Mali, hors forces spéciales. Selon le Conseil supérieur de la réserve militaire, le nombre de réservistes opérationnels (payés à la journée selon leur grade) est passé de 18.162 en 1999 à… 57.187 en 2011, dont 20 % d’officiers, 38 % de sous-officiers et 42 % de militaires du rang. Celui des « réservistes citoyens », bénévoles chargés du rayonnement des armées, a été de 2.660 (16 % de femmes) en 2011, dont 67 % d’officiers supérieurs, 22 % d’officiers subalternes, 10 % de sous-officiers et 1 % de militaires du rang. La Gendarmerie a accueilli son 1.000ème réserviste citoyen le 13 février 2013. Pourtant, en période de restriction budgétaire comme en 2012, la réserve sert de variable d’ajustement. Les armées privilégient en effet les réservistes opérationnels susceptibles de les servir 40-50 jours par an, alors que la moyenne est de 25 j/an. Le moral des laissés-pour-compte s’en ressent. Pour remédier à cet état de fait, le ministère de la Défense a défini cinq priorités pour 2013 : valoriser les collectivités locales et les « correspondants-défense » ; mettre en avant les réservistes opérationnels et citoyens ; susciter l’adhésion des entreprises et des administrations partenaires ; associer le ministère de l’Education nationale et celui de l’Enseignement supérieur et de la Recherche ; coopérer avec les associations de réservistes.

Loïc Salmon




Armée de Terre : l’effet « Mali » sur le recrutement

L’intervention militaire française au Mali a eu un effet positif sur le recrutement des jeunes de 18-24 ans, a déclaré, le 28 février 2013 à Paris, le général de brigade Benoît Royal, sous-directeur recrutement à la Direction des ressources humaines de l’armée de terre. Celle-ci compte embaucher 10.000 militaires cette année, sur une population cible de 120.000 civils. Avec un budget de 800 €/jeune, elle arrive en quinzième position parmi les principaux employeurs, mais, en termes d’effectifs, à la deuxième derrière Mac Donald qui souhaite embaucher 20.700 jeunes. L’armée de Terre rencontre en effet de nombreuses difficultés structurelles : baisse générale des effectifs de la classe d’âge concernée ; effet répulsif des pertes humaines en Afghanistan ; perte de visibilité des militaires auprès de la population ; désertification militaire de zones sur le territoire national ; attentisme de la jeunesse ; contraintes du métier. Par ailleurs, les familles n’accompagnent plus leurs enfants dans les bureaux du Service d’information et de relations publiques de l’armée de terre. De plus en plus de parents n’ont pas connu le service national. Pour combler son déficit d’image,  elle recourt surtout à la publicité, de plus en plus chère mais indispensable : télévision, internet, réseaux sociaux, affichage et presse. La part d’internet parmi les origines des candidatures croît régulièrement : 31 % en 2010, 39 % en 2011, 43 % en 2012 et 53 % en 2013. Une campagne de spots télévisés entraîne 140.000 clics par semaine sur le site internet de recrutement, contre 40.000 sans spots. La campagne 2013 est la première où des scènes d’opérations sont reconstituées pour rechercher l’authenticité. Selon le général Royal, les jeunes réfléchissent sur l’idée qu’ils se font de l’armée de Terre et recherchent « un métier qui sert à quelque chose, qui ait du sens ». Environ 15 % des recrutés savent dans quelle arme ils veulent servir. Moins de 10 % des jeunes recrutés en 2012 étaient au chômage. La solde d’un engagé, nourri et logé, se monte à 1.200 € net par mois. Enfin, l’armée de Terre poursuit ses efforts de fidélisation du personnel. Le taux de dénonciation de contrat des engagés volontaires est en effet passé de 24,8 % en 2007 à 30 % en 2009 pour retomber à 23 % en 2012.

Loïc Salmon




Mali : l’opération Serval va baisser en puissance à partir d’avril

« La phase ultime » de l’opération Serval, considérée comme la plus difficile, « va durer encore tout le mois de mars et, à partir du mois d’avril, il y aura une diminution du nombre de soldats français au Mali, dès lors que les forces africaines seront en relais, appuyées par les Européens », a déclaré le président de la République, François Hollande, chef des armées, au cours d’une conférence de presse à Varsovie le 6 mars 2013. Le lendemain, le ministre de la Défense, Jean-Yves Le Drian, s’est rendu au Mali pour rencontrer les troupes franco-maliennes engagées dans la vallée de l’Amettetaï, lieu de l’offensive du 27 février au 4 mars, et dans les villes de Tessalit et de Gao. Actuellement, 4.000 militaires français et 6.300 soldats du Niger, du Nigeria, du Burkina Faso et surtout du Tchad (2.000 hommes) sont déployés au Mali. S’y ajoutent des moyens aériens pour : les frappes, 6 Rafale, 6 Mirage 2000D et 2 Mirage F1 CR ; le renseignement, 1 Atl2 et des drones ; l’appui, 1 AWACS pour la détection et le contrôle, 1 C135 pour le ravitaillement en vol et des avions de transport tactique C160, C130 et CN 235. Le bilan des combats entre les 1er et 7 mars s’établit à : 180 sorties aériennes, dont 60 pour les frappes, 60 pour le soutien ravitaillement et santé et 60 pour le transport ; destruction de sites logistiques et de véhicules ; 50 djihadistes tués et 5 prisonniers, dont certains très jeunes ; 2 Français tués (2 et 6 mars) ; découverte de caches, postes de combat, armement, munitions et ateliers de fabrication d’engins explosifs improvisés. Les armes et munitions trouvées proviennent surtout des stocks de l’armée malienne et un peu de Libye. Selon l’Etat-major des armées, les djihadistes, qui avaient pris leurs dispositions pour tenir longtemps (dépôts de munitions et de vivres), cherchent à infliger le maximum de pertes aux unités françaises et tchadiennes. Les forces françaises, qui bénéficient des appuis feux des hélicoptères et avions de chasse, se coordonnent avec les troupes tchadiennes pour acquérir la supériorité et exploiter très vite le renseignement opérationnel, en vue de relancer l’action et garder l’initiative. Les conditions sont particulièrement difficiles : température de 35-40 ° C ; terrain rocailleux avec de fréquents dénivelés de 100 m ; chargement individuel de 25 kg (gilet pare-balles, vivres et munitions). Par ailleurs, 13 avions de transport et 2 hélicoptères sont fournis par : les Etats-Unis, 3 avions C17 ; la Grande-Bretagne, 1 C17 ; le Canada, 1 C17 ; la Belgique, 2 avions C130 et 2 hélicoptères ; l’Allemagne, 2 avions C160 et 1 avion A 3010 ; l’Espagne ,1 C130 ; le Danemark, 1 C130 ; les Pays-Bas, 1 avion DC 10. Enfin, la Mission d’entraînement de l’Union européenne au Mali, destinée à former les troupes maliennes, devrait être opérationnelle fin mars. Composée de 500 soldats (200 formateurs) de 20 pays, elle sera protégée par les forces françaises.

Loïc Salmon