« Catamaran 2014 » : exercice amphibie d’une force expéditionnaire interalliés

L’exercice majeur d’entraînement interarmées « Catamaran 2014 » (13-26 octobre 2014) assure la préparation opérationnelle d’une force expéditionnaire à la conduite d’un assaut amphibie. Celle-ci est parfois la seule option militaire possible pour résoudre une crise à grande distance, débloquer un front ou répondre à un besoin humanitaire. « Catamaran 2014 » met en œuvre la composante maritime de la force expéditionnaire commune franco-britannique (CJEF), interarmées, non permanente et disponible sous faible préavis, conformément au Traité de Lancaster House (2010). Pendant l’entraînement en France, des officiers britanniques occupent des postes clés au sein des états-majors de conduite des exercices et deux équipes britanniques sont insérées dans les forces dites « avancées ». Cela permet de mettre au point des mécanismes communs, notamment le passage, délicat, du commandement maritime au commandement terrestre dès l’établissement d’une tête de pont solide à terre. « Catamaran 2014 » se déroule en Méditerranée occidentale et au Sud de la France. La première phase (13-19 octobre) porte sur : la montée en puissance de la force expéditionnaire et la préparation du débarquement par les forces « avancées » (commandos marine des Forces spéciales) ; un entraînement des troupes embarquées et une répétition de l’assaut amphibie en Corse. En même temps, une partie du groupe de guerre des mines, qui inclut des plongeurs démineurs italiens et slovènes, sécurise les abords de Port-Vendres à l’Ouest de la zone. En amont, le porte-avions réduit la menace et assure un rapport de forces de 3 contre 1 pour préparer le débarquement à partir du groupe amphibie. Dans la nuit du 19 octobre, les troupes terrestres débarquent sur les plages de Saint-Aygulf (Fréjus) et du Dramont (Saint-Raphaël) à bord d’engins amphibies rapides et d’hélicoptères de manœuvre (photo) de bâtiments de projection et de commandement (BPC). Lors de la seconde phase (20-26 octobre), les troupes se dirigent vers Canjuers (Nord du département du Var), sous la protection des aéronefs embarqués (hélicoptères et avions radar, d’écoute électromagnétique et de chasse) et d’une frégate de défense aérienne. Les moyens engagés totalisent 5.000 militaires, dont près de 1.000 pour la force de débarquement. La Marine déploie la « Task Force 473 » : porte-avions Charles-de-Gaulle avec 12 Rafale, 6 Super-Étendard modernisés, 1 avion de guet aérien Hawkeye et 3 hélicoptères ; 3 frégates ; 2 pétroliers ravitailleurs ; 1 sous-marin nucléaire d’attaque ; 2 avions de patrouille maritime ATL2 ; 1 groupe amphibie avec 2 BPC, 1 transport de chalands de débarquement et leur batellerie. S’y ajoute un groupe de guerre des mines avec 1 bâtiment d’expérimentation, 3 chasseurs de mines et 2 bâtiments bases de plongeurs démineurs. L’armée de Terre déploie : 1 groupement tactique embarqué (600 soldats) ; 1 groupement aéromobile (8 hélicoptères Puma, 4 Gazelle et 2 Tigre) ; 1 sous-groupement logistique. Embarquent également sur BPC l’état-major de la Force aéromaritime française de réaction rapide et celui de la 9ème Brigade d’infanterie de marine, binômée depuis 1995 avec la 3ème Brigade commando des Royal Marines britanniques. En parallèle, deux entraînements d’interopérabilité ont eu lieu dans le Sud-Est de la France : « Noble Arrow » pour l’armée de l’Air et « Toll » pour l’armée de Terre, soutenue par les aéronefs de la Task Force 473.

Loïc Salmon

Joint Warrior 13-1 : exercice combiné majeur interalliés

Provence 1944

Marine nationale : Harmattan, les BPC en action




Cyberdéfense : entraînement complet au sein des armées.

La lutte contre les attaques informatiques nécessite un entraînement de toute la chaîne du ministère de la Défense, de l’unité militaire de base sur le plan tactique au Centre de planification et de conduite des opérations (CPCO) pour le niveau stratégique. Le vice-amiral Arnaud Coustillière, officier général cyberdéfense à l’État-major des armées (EMA), l’a expliqué à la presse, le 25 septembre 2014 à Paris, lors de la présentation du premier exercice cyber majeur dénommé « Defnet 2014 ». Tenu dans les Écoles militaires de Coëtquidan (30 septembre-3 octobre), ce dernier a mobilisé 60 personnes du ministère de la Défense et du secteur privé : EMA ; Centre d’analyse de lutte informatique défensive (Calid) ; Marine nationale et armées de Terre et de l’Air ; Direction interarmées des réseaux d’infrastructure et des systèmes d’information ; Défense Conseil International ; entreprises de matériel informatique Acyan et Intrinsec. Defnet 2014 avait pour objectifs : l’entraînement à la gestion de crise cyber et au déploiement d’équipes légères d’intervention ; l’expérimentation d’un modèle d’exercice reproductible dans le cadre de formations ; la préparation d’exercices et de futures formations. Le scénario portait sur la menace cyber dans un contexte international fictif et simplifié. L’an prochain, sont prévus les exercices Defnet 2015 et Piranet 2015, pilotés par le Secrétariat général de la défense et de la sécurité nationale. En 2013, le ministère de la Défense a subi 780 attaques informatiques sans conséquence, a indiqué l’amiral. Facilitées par l’introduction de clés USB ou par une complicité interne, elles ont profité des défaillances des systèmes. Il s’agit donc, par des investigations très pointues, de trouver comment et quand ces intrusions se sont produites, les analyser et en comprendre la profondeur, afin de déterminer les contre-mesures techniques pour interdire l’accès aux réseaux : duplication des systèmes, mises à jour et téléchargements. Au combat, les cyberattaques peuvent affecter notamment les postes de calcul de tir, le système de propulsion d’un navire, le soutien logistique d’une opération militaire ou les points de vulnérabilité d’un drone, qu’il convient de « durcir ». Les organisations de pirates informatiques, commanditées par des États, pénètrent un système et s’y cachent, afin d’en manipuler les données ou même le saboter. La cyberdéfense militaire implique une logique de combat avec mobilité intellectuelle et force morale, souligne l’amiral. Elle repose sur l’expertise technique de haut niveau du Calid, qui assure la veille sur internet, le décryptage des programmes malveillants (virus et vers), l’impact sur le ministère de la Défense, l’alerte aux autorités menacées et l’élaboration de solutions. Toute projection de forces armées sur un théâtre inclut un volet cyberdéfense, adapté à la capacité technique des belligérants et planifié par le CPCO. Dans ce domaine, les échanges d’information avec les alliés dépendent du degré de confiance établi, mais ne concernent pas les capacités offensives mentionnées dans le Livre blanc 2013 sur la défense et la sécurité nationale, précise l’amiral Coustillière. Enfin, en mars 2016, dans son site de Bruz, la Direction générale de l’armement disposera d’un « laboratoire de la cyber » ultra-sécurisé de 10.000 m2, où plus de 250 personnes développeront une expertise technique sur des plates-formes informatiques à très fortes contraintes de sécurité de défense et de cloisonnement.

Loïc Salmon

Cyberdéfense : placer l’excellence militaire au service de la nation

Cyberspace : de la tension à la confrontation ou à la coopération




Centrafrique : passage de relais des forces Sangaris et EUFOR RCA à la MINUSCA

Les forces française Sangaris et européenne EUFOR RCA, engagées en Centrafrique pour assurer la protection de la population civile et sécuriser l’accès des convois humanitaires, commencent à passer le relais à la Mission multidimensionnelle intégrée des nations unies pour la stabilisation de la République Centrafricaine (MINUSCA), a expliqué l’État-major des armées les 25 et 18 septembre 2014 à Paris. Présente en Centrafrique depuis le 5 décembre 2013 pour mettre fin aux exactions de bandes armées qui menaçaient la population, Sangaris (2.000 hommes) était jusque là composée de trois groupements tactiques interarmes (GTIA), répartis entre la capitale Bangui, la province Ouest et la province Est, ainsi que des éléments de soutien regroupés au camp de M’Poko près de Bangui. Dans la province Ouest, la MINUSCA a déjà relevé le GTIA, dont les effectifs sont rentrés en France et au Tchad (photo). Toutefois, l’effectif total de Sangaris reste identique, afin de renforcer les GTIA de Bangui et de la province Est. En effet, conformément à la résolution 2149 du Conseil de sécurité de l’ONU, Sangaris peut intervenir en appui de la MINUSCA là où se produisent des pics de violence. A partir d’avril 2014, Sangaris a été renforcée progressivement par la force de l’Union européenne en République Centrafricaine (EUFOR RCA, 750 hommes dont 250 Français), pour faciliter la montée en puissance de la Mission internationale de soutien à la Centrafrique de la Commission de l’Union africaine (MISCA), forte de 6.500 hommes du Burundi, du Cameroun, du Congo-Brazzaville, du Tchad, du Gabon, de la Guinée équatoriale, de la République démocratique du Congo (RDC) et du Rwanda. A la suite de la résolution 2134 du Conseil de sécurité de l’ONU autorisant le recours à la force, la MISCA a été relevée le 15 septembre 2014 par la MINUSCA (6.700 hommes) qui compte des contingents de l’ex-MISCA (Burundi, Cameroun, RDC, Gabon et Rwanda) ainsi que du Bangladesh, du Maroc, du Pakistan, de l’Indonésie et du Sri Lanka. A cette occasion, le général de division Philippe Pontiès, commandant l’EUFOR RCA, a présenté un bilan positif devant la presse le 18 septembre à Paris. Les taxis sont revenus dans Bangui, où le marché a repris ses activités, les stations-service ont rouvert et la presque totalité de la population a quitté le camp de réfugiés à proximité de l’aéroport. Le passage est assuré sur la principale route des approvisionnements entre la frontière camerounaise et Bangui. Des jeunes gens sont employés aux travaux de réhabilitation des habitations. La période du Ramadan s’est bien passée. Pour la première fois, précise le général, des gendarmes sont employés dans une opération européenne, à laquelle participent la France, l’Espagne, l’Italie, la Pologne, l’Estonie, la Lettonie et la Géorgie. Les gendarmes patrouillent dans Bangui avec les soldats de la MISCA puis de la MINUSCA, à pied et à bord de pick-up avec des systèmes radio pour réagir rapidement, afin de poursuivre le désarmement des bandes armées, lutter contre l’impunité et créer les conditions d’un retour durable des organisations humanitaires. L’EUFOR RCA coordonne ses patrouilles avec Sangaris et la MINUSCA, en raison des « poussées de fièvre » dans certains arrondissements de Bangui. En outre, elle assure la formation des gendarmes et policiers des forces de sécurité intérieures centrafricaines. Elle transfèrera son autorité à la MINUSCA fin novembre, car son mandat s’achève le 15 décembre 2014, a précisé le général Pontiès.

Loïc Salmon

Evolution et continuité de la gestion des crises en Afrique

Golfe de Guinée : zone de crises pour longtemps

Afrique : nouvelle frontière de la Chine avec des enjeux stratégiques

 




Prix Brienne du livre géopolitique 2014

Pour sa 2ème édition, le « Prix Brienne du livre géopolitique » a été remis le 10 septembre 2014, par le ministre de la Défense Jean-Yves Le Drian, à Christophe Jaffrelot, directeur de recherches au CERI (Centre d’études et de recherches internationales) et professeur à l’Institut d’études politiques de Paris et à l’université américaine de Yale, pour son ouvrage « Le syndrome pakistanais » (Éditions Fayard). Ce syndrome remonte à l’empire britannique des Indes, lorsque la minorité musulmane obtient la création d’un État en 1947. Ensuite, l’élite pakistanaise se divise pour des raisons ethno-linguistiques et politiques entre civils et militaires. Pour elle, « l’Inde hindoue » continue de menacer l’existence du Pakistan, justifiant ainsi l’acquisition de l’arme nucléaire et la recherche de l’alliance des États-Unis pendant la guerre froide. Parallèlement, Islamabad soutient les mouvements djihadistes pour affaiblir l’Inde et gagner une profondeur stratégique en Afghanistan. En général, les thèmes géopolitiques sont dominés par des auteurs anglo-saxons, dont les œuvres sont traduites en français pour le public francophone. Pour remédier à cette carence, le ministre de la Défense a lancé le « Prix Brienne du livre géopolitique », qui a été décerné pour la première fois en 2013 à François Godement pour son ouvrage « Que veut la Chine ? De Mao au capitalisme » (Éditions Odile Jacob). Pendant une année, quelque 70 livres sont évalués par un comité de lecture (6 personnes), qui en sélectionne une vingtaine pour le jury (26 personnes), présidé par le ministre et composé de spécialistes, chercheurs universitaires, journalistes, parlementaires et anciens hauts responsables civils et militaires. Sont finalement retenus, pour la dernière réunion, 3 ouvrages qui favorisent le mieux l’analyse, la réflexion et la mise en perspective des enjeux politiques et stratégiques actuels. Ils doivent être publiés en français et en France entre le 1er octobre de l’année précédente et le 1er juin de l’année en cours. En fait, le jury récompense 4 personnes par une médaille et un livre de luxe sur l’Hôtel de Brienne : le lauréat, les 2 autres finalistes et l’auteur d’un ouvrage publié en dehors des dates limites (« prix spécial »). En 2014, la « médaille d’argent  », si l’on peut dire, a été attribuée à l’Algérien Boualem Sansal pour son livre « Gouverner au nom d’Allah » (Éditions Gallimard) et celle « de bronze » à Jean-Christophe Nottin pour « La guerre de la France au Mali » (Éditions Tallandier). Enfin, le « prix spécial » du jury a été décerné au professeur Yves Lacoste pour l’ensemble de son œuvre, dont notamment le livre « La Géographie, ça sert d’abord à faire la guerre » publié en 1976 (Éditions Maspero) et réédité en 2012 (Éditions La Découverte).

Loïc Salmon

 




Marine : une FGM projetable partout dans le monde

La Force des guerres des mines (FGM) participe à toutes les opérations de la Marine nationale, dans le cadre de ses missions de dissuasion, protection, projection et sauvegarde maritime. Son action a été présentée à la presse les 28 août et 12 juin 2014 à Paris. La FGM, qui est intervenue récemment dans des zones de mouillage en Libye et au Liban, peut également contrôler les accès de détroits, passages resserrés et donc les plus faciles à miner. Ainsi, en 2013, elle a projeté 1 état-major et 2 navires chasseurs de mines (CMT) dans le golfe Arabo-Persique et en océan Indien. Dans le cadre de la dissuasion nucléaire de la France, elle doit d’abord garantir l’accès aux ports militaires français : Brest où se trouve la base des sous-marins nucléaires lanceurs d’engins ; Toulon pour celle du porte-avions Charles-De-Gaulle, dont les Rafale  équipés des missiles de croisière air/sol moyenne portée emportent l’arme nucléaire préstratégique. La FGM protège aussi les grands ports civils et sécurise les littoraux français et de pays alliés, où sont encore enfouis plusieurs milliers d’engins explosifs datant des deux conflits mondiaux et peut-être encore en état de fonctionner. Ainsi, du 22 au 25 août 2014, le CMT Sagittaire a neutralisé 1 t de TNT au large de Cherbourg. Chaque année, plus de 2.000 engins explosifs et 25 t de munitions sont neutralisés. Il faudra encore une centaine d’années pour les détruire tous. Dans chaque zone d’opération maritime susceptible d’être minée, la FGM prépare et sécurise le déploiement des forces françaises avec 2 CMT. En outre, elle examine les épaves, neutralise, détruit ou enlève des engins explosifs (missions opérationnelles nedex) : mines de fond, mines à orin (photo), bombes, obus d’artillerie et roquettes. Pour lutter contre la pollution, ses plongeurs sont capables d’évoluer dans les eaux polluées. En 2013, la FGM a réalisé 180 nedex et traité 430 munitions à terre et 1.860 munitions sous la mer, dont environ 1.000 bombes de 250 kg. Elle compte : 1 état-major projetable, grâce à des conteneurs déployables ; 11 CMT ; 4 bâtiments-bases de plongeurs démineurs avec leurs vedettes d’intervention ; 1 navire d’expérimentation ; 3 bâtiments remorqueurs de sonars ; 1 centre d’exploitation des données. Ses 3 groupes de plongeurs démineurs (GPD), tiennent chacun une équipe d’alerte à 2 heures toute l’année et capable d’intervenir jusqu’à 80 m de profondeur. Ils sécurisent le littoral français selon leur capacité propre : « dépiégeage d’assaut » dans des opérations de vive force pour le GPD Manche ; ouverture d’un chenal d’assaut pour un débarquement pour le GPD Méditerranée ; intervention en eaux polluées, neutralisation et récupération de mines inconnues pour le GPD Atlantique. La FGM programme une dizaine d’entraînements majeurs chaque année et doit effectuer un déploiement dans le golfe Arabo-Persique au premier semestre 2015.

Loïc Salmon

Marine : projection rapide de deux chasseurs de mines

Bold Alligator 2012 : exercice amphibie interalliés à longue distance




Cyberespace : enjeu de puissance ou soupape de sécurité ?

A l’ère du cyberespace, la souveraineté étatique se dilue et de nouveaux acteurs montent en puissance. Guillaume Tessier, directeur général de la Compagnie européenne d’intelligence stratégique (CEIS), a présenté la situation au cours d’un séminaire organisé, le 21 mai 2014 à Paris, par l’Institut de recherche stratégique de l’École militaire. La capacité cyber d’un pays multiplie sa puissance conventionnelle. Celle-ci varie de l’attraction à la coercition, en passant par la persuasion, l’assimilation, les sanctions et la menace. Le cybersepace se caractérise par trois « couches » susceptibles d’être attaquées : physique (les infrastructures et l’électronique) ; logique (les réseaux, données et applications) ; cognitive (le sens et les idées). La guerre électronique agit dans le spectre électromagnétique par brouillage, leurrage (contre-mesure électronique pour missiles autoguidés) ou même destruction des équipements et systèmes d’armes de l’adversaire (couche physique). La lutte informatique consiste à injecter des données dans la couche logique adverse, entraînant un déni de service de ses systèmes d’armes ou de ses réseaux de télésurveillance et d’acquisition de données (SCADA), qui contrôlent les serveurs et la bureautique (postes de travail) d’une entreprise ou d’une organisation. Enfin, la couche cognitive peut faire l’objet d’influences ou de duperies. Dans le cyberspace, la puissance d’un pays repose sur ses infrastructures, ses capacités scientifiques et techniques, sa base industrielle, sa capacité de lutte contre la cybercriminalité, sa cyberdéfense, sa stratégie globale et sa volonté politique. En matière de lutte contre la cybercriminalité, les États recrutent des « hackers » (pirates informatiques) pour développer  leur cyberdéfense. En 2013, les révélations d’Edward Snowden sur l’espionnage des pays « amis » des États-Unis par l’agence de renseignement NSA, la croissance de la cybercriminalité sur le territoire américain et la montée en puissance de certains pays émergents ont ébranlé la suprématie des États Unis dans le cyberspace. Selon les critères de 1 à 6 dans l’échelle de puissance de la CEIS, les États-Unis restent en tête à 5, suivis de près par Israël (4,5), la Grande-Bretagne (4,5) la Chine (4,5), le Japon (4), la Corée du Sud (4), le Brésil (4),  l’Allemagne (4), l’Inde (3,5), la Russie (3,5), l’Iran (3) et … la Syrie (2,5) ! Les discours alarmistes des autorités politiques visent à préparer l’opinion publique au conflit dans le cyberespace. Alors que la Russie et la Chine cherchent à sécuriser les moyens physiques, les États-Unis préfèrent sécuriser les contenus. En France, selon Guillaume Tessier, les experts de la Direction des affaires stratégiques et de l’État-major des armées analysent leurs pratiques, en vue d’applications dans le domaine militaire.

Loïc Salmon

Cyberdéfense : placer l’excellence militaire au service de la nation

Cyberspace : de la tension à la confrontation ou à la coopération

Moyen-Orient : le « cyber », arme des États et d’autres entités




14 juillet 2014 : 80 nations invitées pour les 100 ans de la Grande Guerre

« Ce défilé marque la filiation entre les « poilus » de 1914 et nos soldats qui montrent tous les jours les mêmes qualités de courage et d’abnégation », a déclaré le général de corps d’armée Hervé Charpentier, gouverneur militaire de Paris, lors de sa présentation à la presse le 3 juillet 2014. Tel est le thème retenu pour le défilé des armées, le 14 juillet, avenue des Champs-Élysées à Paris : 3.752 militaires à pied, 82 motos, 285 véhicules, 54 avions, 36 hélicoptères, 281 chevaux de la Garde républicaine et…1 lâcher de colombes en souvenir des pigeons voyageurs qui transmettaient le courrier dans les tranchées. 2014 marque en effet le centenaire de la première guerre mondiale, à laquelle ont participé 80 nations. Leurs ressortissants ont, soit combattu d’un côté ou de l’autre, soit travaillé, surtout dans les champs, pour remplacer les soldats partis au front. Ceux-ci sont évoqués par 2 groupes en tenue « bleu horizon » de l’époque, alignés Place de la Concorde, face à la tribune présidentielle. Face à elle, la parade sur 180 m des emblèmes (drapeaux nationaux) des nations effectivement présentes, répartis en 3 chevrons, constitue l’animation initiale de 14 minutes avec 2 chants des « poilus » de 1914 et la « Marseillaise », entonnés par le Chœur de l’armée française. A cette occasion, une « sonnerie aux emblèmes » a été composée par un réserviste, conseiller culturel du gouverneur militaire de Paris et ancien chef de la musique de la Garde républicaine. Au centre et en tête devant le drapeau de l’Union européenne, se tient la garde au drapeau du Régiment d’infanterie de chars de marine (RICM, crée en juin 1915), le plus décoré de France avec 19 citations : Légion d’Honneur ; Médaille militaire ; croix de Guerre 1914-1918 (10 palmes), 1939-1945 (2 palmes) et théâtres d’opérations extérieurs (5 palmes) ; croix de la Valeur militaire (2 palmes). Le défilé proprement dit des troupes et des matériels sur les 1.910 m des Champs-Élysées célèbre des anniversaires des forces françaises. Outre ses 80 ans, l’armée de l’Air fête les 100 ans de la première mission de reconnaissance, du premier bombardement, de la première victoire aérienne et de la première mission d’extraction d’un pilote ainsi que les 50 ans de la dissuasion nucléaire. En octobre 1914, la Brigade des fusiliers marins a participé à la bataille de Dixmude, dont un bâtiment de projection et de commandement porte aujourd’hui le nom. Enfin, l’Aviation légère de l’armée de terre existe depuis 60 ans. Les opérations extérieures sont représentées par le Service de santé des armées, de retour d’Afghanistan, et le  8ème Régiment de parachutistes d’infanterie de marine, engagé en République Centrafricaine. Un tableau final met notamment en scène 4 jeunes gens majeurs (2 garçons et 2 filles) pour symboliser la paix, la jeunesse, l’espoir et le renouveau. En tout, quelque 200 militaires et 250 jeunes gens venus du monde entier, par leur présence, rendent hommage à la mémoire des disparus de la Grande Guerre et célèbrent la réconciliation du continent européen.

Loïc Salmon

14 juillet 2013 : une armée d’avant-garde fière de ses traditions




Blessures et sports adaptés : reconstruction physique et psychique

Le Centre de ressources, d’expertise et de performances sportives de Bourges, pôle national « sport et handicap », et le Centre régional jeunesse et sports d’Aubigny-sur-Nère accueillent les 3èmes « Rencontres militaires blessures et sports » (RMBS) du 16 juin au 4 juillet 2014. Celles-ci ont été présentées à la presse, le 12 juin à Paris, par le colonel Thierry Maloux, chef de la Cellule d’aide aux blessés de l’armée de terre (CABAT). Elles réunissent 53 militaires blessés en service ou en opérations et en cours de rééducation ou de réadaptation ou réintégrés sur des postes civils et militaires : 43 de l’armée de Terre, 1 de la Marine nationale, 3 de l’armée de l’Air, 2 de la Gendarmerie et, pour la première fois, 4 Britanniques.

Présent le 12 juin dans son fauteuil roulant, le capitaine Stéphane Caron, handicapé, témoigne : « Après la rééducation à (l’hôpital des armées) Percy puis la réinsertion socioprofessionnelle, le fait d’y aller, c’est accepter qu’on est blessé. C’est un moment important que de se retrouver entre blessés pour se parler. On découvre le sport adapté et le « handisport ». Le militaire blessé reste un militaire, donc un compétiteur quel que soit son handicap. Les blessés physiques et psychiques post-traumatiques vont reprendre confiance en soi et redécouvrir leur corps. C’est important pour se reconstruire. Il suffit de s’adapter par des découvertes simples. On se dit : « oui je peux le faire », si on a les moyens de s’adapter. Le sport est un vecteur pour se rendre compte que tout n’est pas fini et qu’on peut encore faire des choses. Le sport et la reconnaissance de la nation, c’est gratifiant et réconfortant et, aussi, c’est rassurant d’évoluer dans ce milieu de camarades ». Les 3èmes RMBS  comportent trois stages multisports. Deux (16-25 juin puis 25 juin-4 juillet) concernent les handicaps moyens avec notamment : tir à l’arc, escalade, hockey-luge, activités aquatiques, sport d’opposition, basket-fauteuil, escrime, activités nautiques, VTT, équitation, biathlon, tir et golf. Le stage « grands blessés » (21-25 juin) inclut notamment : tir à l’arc, tennis de table, activités aquatiques, sarbacane, foot-fauteuil, tir à la carabine et biathlon. Le stage multisports poursuit deux objectifs : faire découvrir aux militaires blessés la pratique d’activités sportives, adaptées au handicap, et les perspectives possibles, en vue d’un éventuel parcours en compétition ; favoriser les échanges entre blessés, acteurs de l’accompagnement et partenaires de la réadaptation médicale, professionnelle, sociale et psychologique.

En général, pendant leurs parcours les blessés sont accompagnés par des cellules d’aide présentes quasiment partout : armées de Terre et de l’Air, Marine nationale, Service de santé des armées, Institution nationale des Invalides, Secrétariat général pour l’administration, Sécurité sociale, Office national des anciens combattants et des victimes de guerre et diverses associations. Depuis 1978, sont encore suivis aujourd’hui quelque 9.000 militaires blessés au cours des opérations au Liban, au Koweït, dans les Balkans, en Côte d’Ivoire, en Afghanistan, au Mali et en République Centrafricaine. Enfin, la CABAT va développer une communication via les réseaux sociaux, lien direct avec la reconnaissance de la nation.

Loïc Salmon

Opex : la chaîne de santé, une course contre le temps

Service de santé : traumatismes psychiques dans les armées, problème de santé publique




Grande-Bretagne : commémorations en France du « Jour J » et de la Grande Guerre

Les Britanniques entendent souligner, de juin 2014 à mars 2015, l’importance des engagements de leurs troupes en France lors des deux conflits mondiaux. La Reine Élizabeth II figure parmi les 18 chefs d’État et de gouvernement invités aux cérémonies du 70ème anniversaire du débarquement. Environ 500 anciens combattants britanniques sont inclus parmi les 7.000 invités à la cérémonie internationale de Ouistreham. En complément de la protection policière, le ministère français de la Défense a déployé 2.400 militaires pour sécuriser les sites des cérémonies des 5-6 juin pour faire face à tout type de menace, avec des dispositifs terrestre, naval et aérien (drone, avions, hélicoptères, radars et navires). Le 6 juin 1944, sur les 130.000 hommes des troupes alliées débarquées sur les côtes françaises, 3.000 sont morts ainsi que 3.000 civils normands. Fin juillet 1944, la bataille de Normandie, à laquelle ont participé 1,5 million d’hommes, a fait 600.000 victimes (tués, blessés et disparus), dont 54.000 Allemands, 24.000 Américains, 20.000 Anglo-Canadiens et 20.000 civils. Le « Jour J », 28.845 soldats britanniques, dont les 177 hommes du Commando de fusiliers marins français en uniforme anglais, débarquent sur la plage dite « Sword » et 630 seront tués, dont 10 Français. Le 7 juin, la 50ème Division britannique libère, pratiquement sans combat, Bayeux, qui deviendra pour les Britanniques la ville de la commémoration du débarquement. Elle abrite en effet le plus grand cimetière britannique de la seconde guerre mondiale en France avec 4.648 tombes, dont 3.395 britanniques. Par ailleurs, pour commémorer le sacrifice de ses soldats morts pendant la première guerre mondiale, la Grande-Bretagne organise diverses conférences entre juillet et novembre 2014, en vue d’en tirer des leçons encore valables aujourd’hui pour ses forces armées. Le programme a été présenté à l’Association française des journalistes de défense, le 15 mai 2014, au Quartier Général de l’armée de Terre britannique  à Andover. Ainsi, le 17 juillet, le « think tank » (organisation indépendante) Royal United Services Institute (RUSI) tient un colloque sur : le contexte politique et stratégique ; la vision des adversaires ;  la guerre en coalition ;  l’évolution de l’armée de Terre britannique (1914-1918) ; les caractéristiques du conflit (tactiques et technologies) ; les leçons du passé à tirer pour l’avenir. L’École d’état-major organise un séminaire du 7 au 12 septembre avec des universitaires, journalistes et officiers supérieurs français et britanniques ainsi que 60 étudiants britanniques et 50 français. Des déplacements sont prévus sur les lieux de combat où ont été engagées les troupes britanniques, notamment à Ypres, Neuve-Chapelle, Notre-Dame-de-Lorette et Beaumont-Hamel, au château de Querrieu, à Vimy et au bois de Delville. Les thèmes portent sur : la préparation d’une armée à la guerre (entraînement et réserves) ; le moral (personnels et facteurs humains) ; les équipements (technologies) ; la tactique (doctrine et entraînement) ; la stratégie (aspects politiques et militaires) ; la coalition (diverses nationalités). Ensuite, les 5 et 6 novembre, l’Académie royale militaire de Sandhurst (armée de Terre) organisera un « colloque d’exploitation »  des enseignements contemporains de ce séminaire. Enfin, le 1er mars 2015, le « Directorate Land Warfare » (Direction du combat terrestre) rendra public les minutes des interventions ainsi qu’une mise à jour des enseignements que l’armée de Terre britannique avait tirés du premier conflit mondial en 1931.

Loïc Salmon

 




Réserve militaire : nécessité de fidéliser les « civils »

Actuellement, 25 % des réservistes des armées françaises sont issus du Service national, suspendu fin 2001. Cette ressource va disparaître à terme, mais les armées auront toujours besoin de jeunes réservistes pour renforcer les unités opérationnelles et disposer des expertises qui leur manquent. Le contre-amiral Antoine de Roquefeuille, secrétaire général du Conseil supérieur de la réserve militaire (CSRM) a présenté la situation à la presse le 3 avril 2014, à l’occasion de la « Journée nationale du réserviste » (10 avril) qui avait pour thème : « réserve militaire et citoyenneté ». Les réservistes « opérationnels » sont considérés comme des militaires qui, par un engagement contractuel extra-professionnel, servent la France sans faire du métier des armes leur seule profession. Ils exercent des responsabilités au même titre que les personnels d’active. Les réservistes « citoyens », sensibilisés aux enjeux de sécurité et de défense, donnent bénévolement de leur temps au profit des armées. Tous agissent pour la promotion de l’esprit de défense et le renforcement du lien armée-nation. Le CSRM recrute des « référents défense » au sein du ministère de l’Éducation nationale et de l’Enseignement supérieur. Il travaille avec le MEDEF pour améliorer le soutien de la réserve au sein des entreprises, par la mise en place de conditions favorables à la disponibilité des salariés réservistes. A ce propos, depuis 2011, un « Prix de la réserve militaire » est attribué chaque année à l’occasion de la Journée nationale du réserviste. Le 10 avril 2014, le ministre de la Défense, Jean-Yves Le Drian, a remis un trophée au groupe Thales pour la catégorie de plus de 1.000 salariés et à la Société de banque et d’expansion pour celle de moins de 1.000 salariés. Selon le CSRM, au 31 décembre 2013, les réservistes opérationnels sous contrat totalisaient 56.262 personnels ainsi répartis : Gendarmerie nationale, 28.582 ; armée de Terre, 15.425 ; Marine nationale, 4.827 ; armée de l’Air, 4.356 ; Service de santé des armées, 2.921 ; Délégation générale pour l’armement, 85 ; Service des essences des armées, 66. Parmi eux, (19,18 % de femmes), il y a  37,49 % d’anciens militaires (18,13 % d’officiers, 38,30 % de sous-officiers et 43,57 % de militaires du rang). Il est à noter que 252 réservistes ont servi en opérations extérieures. La réserve citoyenne comptait 3.464 personnels, dont 1.280 gendarmes. Toutefois, ces dernières années, les « engagements à servir dans la réserve » opérationnelle ont été prioritairement accordés aux anciens militaires… au détriment des civils ! L’amiral de Roquefeuil a expliqué que le budget « réserve » s’élevait à 80 M€ en 2008, mais que les restrictions financières des années suivantes ont conduit à rogner sur le temps de formation et donc à privilégier les anciens militaires. Afin d’éviter de décourager les jeunes civils et de réduire ainsi dangereusement la ressource humaine de demain, un retour à la formation a été amorcé en 2012. Les autorités militaires ont été rappelées à l’ordre pour que le ratio remonte à 70% de civils et 30 % de militaires. Cette proportion est atteinte dans la Gendarmerie et le Service de santé, presque dans l’armée de Terre, mais reste encore lointaine dans la Marine nationale et l’armée de l’Air.

Loïc Salmon

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