Opération « Atalante » : bilan du commandement français

Outre ses principales missions, l’opération européenne « Atalante » en océan Indien a réalisé environ 30 missions d’assistance médicale et 10 sauvetages en mer, lors de son 3ème mandat sous commandement français (6 décembre 2013-6 avril 2014). Son chef sur le théâtre, le contre-amiral Hervé Bléjean, en a dressé le bilan devant la presse le 10 avril 2014 à Paris. La France, à l’origine de l’opération « Atalante » avec l’Espagne, en est le premier pays contributeur, grâce à ses forces stationnées à Djibouti. Pendant la période considérée, la force multinationale TF465 EUNAVFOR comptait 5 bâtiments, dont le transport de chalands de débarquement français Siroco, 4 avions de patrouille maritime (2 à Djibouti et 2 aux Seychelles), 7 hélicoptères embarqués et 1 équipe de protection (commandos Marine). Chaque nation finance les moyens qu’elle engage sous la direction de l’état-major basé à Northwood (Grande-Bretagne). Depuis décembre 2008, l’EUNAVFOR assume trois missions : protection des navires du programme alimentaire mondial (PAM) et de la mission de l’Union africaine pour la Somalie ; participation à la sécurité du trafic maritime dans le golfe d’Aden et des navires de pêche dans le Sud-Est de la Somalie ; participation à la dissuasion, à la prévention et à la répression des actes de piraterie. Selon l’amiral Bléjean, aucune attaque n’a réussi, malgré quelques tentatives, contre les navires du PAM qui ont acheminé 1,9 Mt de nourriture dans la région. L’EUNAVFOR n’exerce pas de contrôle de pêche, mais les contacts amicaux avec des bateaux de pêche somaliens, iraniens et yéménites permettent de récolter des renseignements. Ceux-ci alimentent la base de données de Northwood, qui les répercute vers les autorités légales de Somalie. Depuis le début de 2014, aucun acte de piraterie n’a réussi. D’après l’amiral, cela montre que la piraterie a perdu son attrait économique. Ainsi, le 18 janvier 2014, le Siroco a intercepté le boutre indien Shane-Hind et appréhendé des pirates « présumés » (dénomination juridique jusqu’à leur jugement), qui ont été transférés au Seychelles… où ils risquent 30 ans de prison ! Les accords de transferts entre l’Union européenne et les pays riverains permettent d’accélérer la procédure judiciaire. La Tanzanie vient d’en signer un et les Seychelles ont déjà jugé 50 % des cas de piraterie avérée. En outre, les navires marchands prennent mieux en charge leur propre protection par des moyens passifs et aussi par l’embarquement d’une équipe armée, étatique ou privée, particulièrement dissuasive. Enfin, l’EUNAVFOR coopère avec les bâtiments de l’OTAN engagés dans la lutte contre le terrorisme et aussi avec des unités russes, sud-coréennes, japonaises et chinoises. A la suite de ces succès, le mandat de l’opération « Atalante » devrait s’achever en décembre 2016, à condition notamment, précise l’amiral Bléjean, que les navires de commerce maintiennent leurs mesures d’autoprotection.

Par ailleurs, la Chine affirme sa présence maritime en Afrique. Un exercice s’est déroulé dans le golfe d’Aden entre le Siroco, la frégate allemande Hessen, 1 frégate chinoise et 1 pétrolier ravitailleur chinois, afin d’acquérir une expérience maritime commune. Des bâtiments chinois devraient rester dans la région après « Atalante ». D’autres se rendront dans le golfe de Guinée pour coopérer avec les marines occidentales sur zone. La Chine est en effet devenue le premier pays importateur de pétrole de la région, où résident environ 2 millions de ses ressortissants.

Loïc Salmon

Opération européenne « Atalante » : piraterie contenue en océan Indien

L’océan Indien : espace sous tension

 




Exercice « Montauban 2014 » : l’assaut dans la 3ème dimension

L’exercice « Montauban 2014 » (11-17 avril) met en œuvre plusieurs unités des armées de Terre et de l’Air, en application du retour d’expérience de l’opération « Serval » au Mali (2013). Dans des conditions proches de la réalité, 1.600 militaires, 350 véhicules, 19 hélicoptères et 3 avions sont déployés sur 1.600 km2 dans le Sud-Ouest de la France. Le programme, modifiable selon les conditions météorologiques, inclut : actions de commandos parachutistes ; opérations aéroportées ; largage de personnels et de matériels ; franchissements de cours d’eau ; actions des plongeurs du génie ; reconnaissance offensive ; engagement en zone urbanisée ; fouille spécialisée ; contrôle de zone ; opérations héliportées ; défense NRBC (nucléaire, radiologique, biologique et chimique) ; opérations logistiques. La 11ème Brigade parachutiste fournit la plus grande partie des personnels et des moyens terrestres. Son état-major réalise le contrôle opérationnel du 17ème Régiment du génie parachutiste (basé à Montauban) et du 3ème Régiment parachutiste d’infanterie de marine (Carcassonne). En outre, il rôde ses procédures opérationnelles, déploie son poste de commandement et met en œuvre ses systèmes d’information et de commandement.

La 11ème Brigade parachutiste (BP) compte 8 régiments totalisant 7.500 personnels, stationnés dans le Sud-Ouest de la France et en Corse. Bien équipée et interarmes à dominante infanterie légère (4 régiments), elle possède aussi des unités de blindés légers et des appuis feux et génie. Elle participe aux opérations extérieures (Opex), envoie des unités en missions de courte durée au sein des forces prépositionnnées outre-mer et à l’étranger et conduit des missions sur le territoire national, notamment dans le cadre du plan « Vigipirate » de lutte contre le terrorisme. La 11ème BP arme en permanence  un dispositif d’alerte opérationnel dénommé « Guépard TAP », constitué d’un état-major et d’unités élémentaires largables avec appuis sur très court préavis. Cet échelon a été engagé au Mali début 2013, pour la saisie des aérodromes de Tombouctou et Tessalit. Issues des guerres d’Indochine et d’Algérie, les unités parachutistes ont été constituées sous divers noms et regroupées sous celui de 11ème BP en 1999. Elles ont participé à de multiples Opex : Kolwezi au Zaïre (devenu République démocratique du Congo), Tchad, Liban, guerre du Golfe (Koweït), ex-Yougoslavie (Bosnie, Macédoine et Kosovo), Côte d’Ivoire, Afghanistan, Mali et République centrafricaine.

Loïc Salmon

« Serval » : manœuvre aéroterrestre en profondeur et durcissement de l’engagement

Armée de Terre : un état-major de forces immédiatement projetable




Conflits et armements : tendance à la stabilisation

Malgré les tensions dans le monde, le nombre de victimes de conflits armés reste bas et les dépenses militaires diminuent légèrement, selon le rapport 2013 de l’Institut international de recherche sur la paix de  Stockholm (SIPRI), rendu public le 7 mars 2014. Le contrôle des flux d’armes et des articles à double usage civil et militaire s’avère difficile. La décennie 2002-2011 compte 296 conflits : 73 conflits étatiques, dont 37 encore actifs en 2011, et 223 conflits non-étatiques (38). En 2012, le Mali, la Syrie et le Yémen ont été ravagés par les conflits armés, consécutifs au « printemps arabe ». La même année a connu 53 opérations de maintien de la paix avec 233.642 personnels engagés (baisse des effectifs de 10 % en un an). Certains États ont réduit leurs budgets sur ces missions. Le Conseil de sécurité de l’ONU a durci les critères d’évaluation de leur efficacité avant le renouvellement des mandats, après les échecs en Côte d’Ivoire, République démocratique du Congo et Sud-Soudan. Par suite des niveaux élevés de violence sur place, 4 missions ont été  clôturées : 3 de l’ONU (Bosnie-Herzégovine, Timor-Leste et Syrie) et 1 de la Ligue des États arabes. A elle seule, l’Afrique a nécessité 17 opérations, dont 9 sous commandement de l’ONU. Les dépenses militaires sont estimées à 1.756 Md$ en 2012, soit une baisse de 0,4 % en un an. Celles de la Russie ont augmenté de 16 % et celles des Etats-Unis ont diminué de 5,6 %. Les 10 plus grandes entreprises d’armement sont implantées aux États-Unis. En 2012, les révélations sur les virus informatiques Flame et Stuxnet ont attiré l’attention sur la cybermenace. Malgré l’absence de preuves fiables, la Chine, l’Iran, Israël, la Russie et les États-Unis ont été soupçonnés de mener des cyberattaques, soulignant la montée en puissance de l’arme informatique. Les dépenses de cybersécurité dans le monde ont atteint 60 Md$ en 2011, soit 3,5 % des dépenses militaires totales. Pendant la période 2008-2012, les ventes d’armes dans le monde ont augmenté de 17 % et 5 pays ont totalisé 75 % des exportations : les États-Unis, la Russie, l’Allemagne, la France et … la Chine, qui a dépassé la Grande-Bretagne ! Début 2013, 8 États disposent de 12.270 armes nucléaires, dont 2.000 en alerte opérationnelle élevée : États-Unis, Russie, Grande-Bretagne, France, Chine, Inde, Pakistan et Israël. Ce dernier est à nouveau soupçonné d’avoir développé des missiles de croisière à capacité nucléaire lancés depuis un sous-marin. En 2012, la Chine a mené une série complète d’essais de missiles pour consolider sa force de dissuasion nucléaire montée sur camions et sous-marins. Tous les États dotés d’une industrie nucléaire civile ont une certaine capacité de production de matières fissiles. Selon le SIPRI, les stocks mondiaux s’élèvent à 1.285 t d’uranium hautement enrichi et 488 t de plutonium (224 t de stocks militaires et 264 t de stocks civils). Quant aux armes chimiques, les États-Unis et la Russie n’ont pu respecter l’ultime échéance d’avril 2012 pour achever la destruction de leurs stocks déclarés au titre de la Convention de 1993. Au 31 décembre 2012, 188 États avaient ratifié ou adhéré à cette convention. Enfin, le contrôle des ventes d’armes conventionnelles et des composants civils et militaires implique la réglementation des exportations et du courtage, le transit, le transbordement et le financement. Fin 2012, l’ONU a décrété 13 embargos sur les armes, l’Union européenne 19 et la Ligue des États arabes 1. Le Conseil de sécurité de l’ONU n’a pas réussi à imposer un embargo contre la Syrie, qui reçoit des armes de la Russie et de l’Iran.

Loïc Salmon

 




Marine nationale : mission « Jeanne d’Arc » 2014 en Atlantique

De mars à juillet 2014, un groupe amphibie (GA) se déploie en Atlantique au profit des officiers-élèves de l’École navale et des forces françaises prépositionnées outre-mer, dans le cadre de la mission « Jeanne d’Arc ». Il pourrait, éventuellement, être engagé en opérations.

Les missions. Le GA, composé du bâtiment de projection et de commandement Mistral et de la frégate La-Fayette, effectue la mission dite « Jeanne d’Arc » à 4 volets. Sur le plan opérationnel, il participe à l’opération « Corymbe » de présence dans le golfe de Guinée et en Afrique de l’Ouest pour y protéger les intérêts français. Cela relève des missions générales de connaissance, d’anticipation de crises et de coopération régionale. S’y ajoute le renforcement temporaire des forces de souveraineté en Guadeloupe et en Martinique par des entraînements communs. Le cas échéant, le chef d’État-major des armées peut utiliser le GA dans la conduite d’opérations vers la terre ou en mer. Le volet « coopération » porte sur la préparation opérationnelle interarmées des bâtiments déployés et des détachements de l’armée de Terre embarqués (groupements tactique et aéromobile). Il inclut l’interopérabilité avec les grands pays alliés, par des exercices OTAN avec les forces américaines et canadiennes, et les entraînements bilatéraux avec les Marines d’autres pays riverains de l’océan Atlantique (Sénégal, Cote d’Ivoire, Togo, Bénin, Brésil et Portugal). Le volet « rayonnement »  consiste à apporter un soutien naval à la diplomatie de la France et, lors des escales, un soutien à l’exportation d’armements français et, par voie de conséquence, à l’emploi industriel en France. Enfin, la mission « Jeanne d’Arc » constitue l’école d’application des élèves de la promotion 2011 de l’École navale, intégrés au « systèmes d’hommes » du GA : découverte des enjeux stratégiques de l’océan Atlantique, zone d’opérations des armées françaises ; rythme de navigation soutenu et enchaînement rapide d’activités pour se préparer à la prise de responsabilités au retour ; acquisition d’une expérience dense et variée du monde maritime par la vie en équipage.

Les personnels. Les élèves embarqués comptent 155 officiers et 20 civils. Il y a : 95 enseignes de vaisseau de 2ème classe, dont 13 étrangers (2 Allemands, 2 Saoudiens, 2 Béninois, 1 Camerounais, 1 Sud-Coréen, 1 Libanais 1 Malgache, 1 Sénégalais et 1 Togolais) ; 9 commissaires-élèves des armées, dont 1 Camerounais ; 11 administrateurs des Affaires maritimes ; 8 médecins des armées ; 8 officiers-élèves invités en cursus extérieur (1 Belge, 1 Brésilien, 1 Gabonais, 2 Koweïtiens, 1 Malaisien, 1 Canadien et 1 Britannique). En outre, embarquent pour une courte période : 10 sous-lieutenants de l’École spéciale militaire de Saint-Cyr Coëtquidan ; 14 stagiaires-ingénieurs de l’armement ; 20 stagiaires de l’école de commerce EDHEC. Par ailleurs, le groupement tactique embarqué compte 60 véhicules et engins ainsi que 210 soldats du 3ème Régiment d’infanterie de marine, du Régiment d’infanterie chars de marine, du 11ème Régiment d’artillerie de marine et du  6ème Régiment du génie. Le groupement aéromobile se monte à 2 hélicoptères de manœuvre et d’assaut Puma, 2 hélicoptères de reconnaissance et d’attaque Gazelle et 35 soldats issus du 5ème Régiment d’hélicoptères de combat. Enfin, les détachements Marine comptent 1 hélicoptère Alouette III de l’escadrille 22S, 1 engin de débarquement amphibie rapide et 2 chalands de transport de matériel.

Loïc Salmon

Golfe de Guinée : zone de crises pour longtemps

Mission Jeanne d’Arc 2012 : un tour du monde opérationnel




DGA, bilan 2013 : investir, innover, coopérer et exporter

Le Livre Blanc 2013 sur la défense et la sécurité nationale ainsi que la loi de programmation militaire (LPM) 2014-2019 ont pris en compte les impératifs industriel et d’innovation pour préserver la souveraineté et l’avantage opérationnel. Cela concerne au premier chef la Direction générale de l’armement (DGA), dont le délégué général, Laurent Collet-Billon, a présenté le bilan 2013 au cours d’une conférence de presse tenue le 18 février 2014 à Paris.

Équipements et innovation. Le développement des compétences clés de l’industrie de défense se traduira par un budget de recherche supérieur à 4,4 Md€ pendant la LPM, confortant la première place européenne de la France dans ce domaine. En 2013, la DGA a investi dans l’industrie 10,835 Md€ (10,984 Md€ en 2012) pour équiper les forces armées. Elle a notifié le nouveau standard F3-R du Rafale, la rénovation des avions de patrouille maritime Atlantique 2 et le remplacement du missile antichar Milan par le missile à moyenne portée. Les premiers véhicules blindés du combat d’infanterie équipés du système Félin ont été livrés ainsi que 2 avions de transport tactique A400M. L’un d’eux a déjà acheminé au Mali 22 t de fret et 40 personnes en moins de 7 heures, soit l’équivalent de 3 avions Hercules C130, précise le délégué général. De grands programmes seront lancés en 2014 : Scorpion pour le renouvellement des véhicules blindés ; avion ravitailleur MRTT ; commande du 4ème sous-marin d’attaque Barracuda ; phase de faisabilité du système de combat aérien du futur (SCAF) ; système de guerre des mines navales du futur (MMCM). En 2013, la DGA a consacré 776 M€ en études amont pour préparer l’avenir : lancement des travaux de rénovation du missile de croisière aérien SCALP EG ; essais à la mer de drones navals pour la localisation, l’identification et la neutralisation des mines ; qualification de la charge utile des satellites ELISA.

Coopération internationale. La DGA emploie 10.100 personnes, dont 5.000 ingénieurs, qui ont effectué 6,5 millions d’heures d’essais en 2013 pour tester, qualifier et certifier les équipements. « Cette expertise indépendante, unique en Europe, permet des visions de synthèse en matière de coopération », souligne Laurent Collet-Billon. La coopération avec la Grande-Bretagne porte sur le futur système MMCM, la finalisation du programme de développement du missile anti navire léger (ANL) et la mutualisation des efforts de recherche et technologie. Celle avec l’Allemagne concerne l’observation spatiale et les drones moyenne altitude longue endurance. Avec l’Italie, la coopération devrait porter sur la surveillance maritime, la numérisation du champ de bataille et les véhicules terrestres. Avec la Pologne, deux lettres d’intention ont été signées dans les domaines naval et aéroterrestre. Sur le plan multilatéral notamment, la France, l’Allemagne, la Belgique, l’Espagne, le Luxembourg, la Grande-Bretagne et la Turquie sont parvenus à un accord sur le soutien commun de l’A400M. En 2013, la France a présidé le groupe informel G 5 au sein de l’OTAN (France, Allemagne, États-Unis, Italie et Grande-Bretagne). La DGA a contribué aux travaux relatifs à la défense antimissile balistique de territoire, à la future architecture ISR (renseignement, surveillance et reconnaissance) et à l’interopérabilité des forces.

Exportations. Les ventes françaises d’armement à l’export sont estimées à 6,3 Md€ en 2013, soit une hausse annuelle de 31 %, avec 40 % des prises de commandes dans la zone Proche et Moyen Orient.

Loïc Salmon

DGA : l’expertise technologique, avenir de l’outil de défense




Marine : « navalisation » d’un drone aérien et test d’un système vidéo embarqué

Pour la première fois en Europe, la Délégation générale de l’armement (DGA), la Marine nationale et le groupe DCNS ont validé l’intégration d’un drone aérien à voilure tournante au système de combat d’un bâtiment militaire (photo). Des essais à la mer ont été effectués du 9 au 13 décembre 2013 à bord du patrouilleur L’Adroit, dans le cadre du programme de déploiement SERVAL (Système Embarqué de Reconnaissance – Vecteur Aérien Léger). Ils ont évalué le module DIOD-A, intégré au système de combat Polaris®, développé par DCNS et servant au contrôle électro-optique des données de charges utiles du drone Camcopter® S100. Ils ont aussi démontré que la connexion entre le calculateur de vol du Camcopter® S100 et le Polaris® n’avait pas d’incidence sur la sécurité du vol. L’intégration et le déploiement d’un drone aérien à bord d’un bâtiment permettent d’obtenir, en temps réel, des informations sur le théâtre d’opérations, mais hors de portée des senseurs du bord. Véritable caméra déportée, un drone équipé d’un ensemble optronique contribue à l’identification d’un navire pirate ou au suivi de l’inspection d’un bateau de pêche. Par ailleurs, DCNS a mis au point un système vidéo embarqué facilitant les missions de protection et de sauvegarde d’une force navale, face aux évolutions de la menace terroriste, de la piraterie et du narcotrafic. Ce système a été testé en décembre 2013 en rade de Toulon avec le concours de la DGA. Capable d’accélérer la prise de décision sur une zone d’opération, il comprend notamment : des caméras thermiques ; une technologie de mur d’images et de logiciel de gestion de sources de tout type ainsi que le transport de vidéos sans perte en temps réel ; le système SURVI® (SUrveillance Radar Vidéo et Infrarouge) avec radar, caméra haute définition, antenne AIS (système d’authentification automatique), station météo et capacités de communication. Les vidéos sont exploitées sur un poste de tenue de situation visuelle multi-écrans. Selon DCNS, la réception sur écran en temps réel d’images vidéo, issues de capteurs performants, donnera aux opérateurs un supplément d’informations essentielles sur la cible et sur ses intentions et, ainsi, leur permettra de garder l’ascendant tactique sur elle.

Loïc Salmon

DCNS : défense aérienne pour sous-marins et FREMM-ER

Opération européenne « Atalante » : piraterie contenue en océan Indien




Opération européenne « Atalante » : piraterie contenue en océan Indien

« Zéro attaque réussie pendant mon commandement dans une zone grande comme l’Union européenne ». Tel est l’objectif que s’est fixé le contre-amiral français Hervé Bléjean, commandant de la force navale « Eunavfor » de l’opération européenne « Atalante » de lutte contre la piraterie au large de la Somalie. En fonctions du 6 décembre 2013 au 6 avril 2014, il a présenté la situation à la presse le 23 janvier 2014, à bord du transport de chaland de débarquement (TCD) Siroco, lors d’une visioconférence avec le ministère de la Défense à Paris. De fait, sur les 9 attaques signalées depuis le 1er janvier 2013, aucune n’a réussie. Depuis le lancement de l’opération « Atalante » en décembre 2008, le nombre d’actes de piraterie réussis a effectivement diminué : 39 succès sur 215 attaques en 2009 : 36 sur 199 en 2010 ; 25 sur 176 en 2011 ; 5 sur 35 en 2012 ; 0 sur 8 en 2013 ; 0 pour 1 entre le 1er et le 23 janvier 2014. Selon l’amiral Bléjean, cette baisse est d’abord due à l’efficacité des forces internationales sur zone : l’Eunavfor ; celle de l’OTAN ; la « Combined Maritime Force » (30 pays, commandement à Bahreïn) ; des bâtiments des Marines indienne, chinoise, japonaise, sud-coréenne et russe.  Des réunions se tiennent tous les 3 mois à Northwood (Grande-Bretagne) pour rendre leur coordination la plus efficace possible. En outre, les mesures de protection prises par les navires marchands et de pêche gênent l’assaut de pirates : moyens de protection physique, respect des directives de navigation et embarquement d’équipes de sécurité armées (étatiques ou privées). Enfin, la piraterie, apparaît moins rentable pour les groupes mafieux somaliens qui la contrôlent. Toutefois, « il ne faut pas baisser la garde sur les mesures de protection des navires marchands », avertit l’amiral. L’Eunavfor totalise 1.220 personnes, réparties entre les bâtiments et les aéronefs de patrouille maritime. Les unités navales, qui embarquent des hélicoptères, comprennent : le TCD Siroco avec 1 Alouette III ; la frégate allemande Hessen avec 2 Lynx MK-88A ; la frégate italienne Libeccio avec 2 Agusta Bell 2012 ; la frégate espagnole Tornado avec 1 Agusta Bell 2012 ; la frégate ukrainienne Zagaidachny avec 1 Kamov KA-27. S’y ajoutent une équipe de protection serbe embarquée (12 personnels) sur chaque navire du Programme alimentaire mondial de l’ONU et les avions de patrouille maritime basés à Djibouti et Port Victoria (Seychelles) : 1 PC3 Orion allemand ; 1 Casa CN35 espagnol ; 2 Merlin SW3 affrétés par le Luxembourg et exploités par un opérateur privé depuis les Seychelles. L’état-major, dont la langue de travail est l’anglais, comprend 24 Français, 2 Néerlandais, 2 Italiens, 1 Finlandais, 1 Allemand, 1 Espagnol, 1 Portugais, 1 Grec et 1 Serbe. Le 18 janvier 2014, suite à un appel de détresse lancé par un navire marchand immatriculé aux Îles Marshall, le Siroco, en coopération avec un bâtiment et un avion de patrouille maritime japonais, a intercepté le boutre indien Shane-Hind, piraté au large d’Oman. Les 11 membres de l’équipage ont été libérés et 5 pirates présumés transférés aux Seychelles. Pour les suites judiciaires, des accords de transfert existent en effet entre l’Union européenne, les Seychelles, l’Île Maurice et le Kenya. Le droit de poursuite de pirates dans les eaux territoriales somaliennes est autorisé par le Conseil de sécurité de l’ONU et encadré par des règles d’engagement. A terre, l’action est possible contre des dépôts logistiques mais sans dégâts collatéraux, « conditions rarement remplies », précise l’amiral Bléjean.

Loïc Salmon

Piraterie en océan Indien : baisse des attaques réussies

Piraterie maritime : l’action d’Europol




État-major des armées : changement des deux principaux titulaires

Le Conseil des ministres du 15 janvier 2014 a nommé le général d’armée Pierre Le Jolis de Villiers de Saintignon chef d’État-major des armées et le général de corps aérien Gratien Maire major général des armées à compter du 15 février. Le général de Villiers (photo) succède à l’amiral Édouard Guillaud. Actuel major général des armées, il a conduit les travaux préparatoires à la transformation des armées, qu’il mettra en œuvre dans le cadre de la Loi de programmation militaire 2014-2019. Entré à l’École spéciale militaire de Saint-Cyr en 1975, il choisit l’arme blindée cavalerie. Breveté d’études militaires supérieures (1991), il est auditeur du Centre des hautes études militaires et de l’Institut des hautes études de défense nationale (2004). Il a notamment commandé le 501ème-503ème Régiment de chars de combat (1997), le bataillon d’infanterie mécanisée de la Brigade Leclerc, entrée en premier au Kosovo dans le cadre de la KFOR (5 mois en juin 1999), et la 2ème Brigade blindée (2006). Dans le cadre de la Force internationale d’assistance et de sécurité, il commande aussi le « Regional Command Capital » (2.500 personnels de 15 pays) en Afghanistan entre décembre 2006 et avril 2007. Chef du cabinet militaire du Premier ministre en 2008, il est nommé major général des armées le 11 mars 2010. Titulaire de la croix de la Valeur militaire, le général de Villiers est grand officier de la Légion d’Honneur et officier de l’Ordre national du Mérite. Le général Maire, promu général d’armée aérienne à sa prise de fonctions, succède donc au général de Villiers comme major général des armées. Entré en 1978 à l’École de l’air et breveté pilote de chasse en 1981, il totalise plus de 3.100 heures de vol sur Mirage III, Mirage F1 et Alpha-jet, dont 87 missions de guerre. Il a effectué plusieurs détachements opérationnels en Afrique et au Moyen-Orient. Désigné en 1996 pour l’École de guerre aérienne américaine de Montgomery, il est auditeur du Centre des hautes études militaires et de l’Institut des hautes études de défense nationale (2003). Il a notamment commandé une escadrille de la 33ème Escadre de reconnaissance (1986-1988), l’escadron de chasse Normandie-Niemen (1991-1993), l’École d’aviation de chasse à Tours (1995) et les Écoles d’officiers de l’armée de l’Air à Salon-de-Provence (2006-2008). Sur le plan international, il a été attaché de Défense aux ambassades de France au Canada en 2000-2003 et aux Etats-Unis en 2008-2011, avant d’exercer les fonctions de sous-chef d’état-major relations internationales à l’État-major des armées à partir de septembre 2012. Titulaire de la croix de la Valeur militaire, le général Maire est officier de la Légion d’Honneur et commandeur de l’Ordre national du Mérite.

Loïc Salmon

Enseignement militaire supérieur : former les chefs d’aujourd’hui et de demain




DGA : tir de qualification LRU, programme MMP et commande « Écume »

Fin 2013, la Délégation générale de l’armement (DGA) a procédé au tir de qualification du « lance-roquettes unitaire » (LRU), notifié le programme du « missile moyenne portée » (MMP) et commandé 9 « embarcations commandos à usage multiple embarquables » (Ecume). Le 28 novembre, un tir de 5 roquettes de LRU (photo) a eu lieu à l’Ile du Levant (Sud de la France) sur des cibles en mer, dans une zone dégagée de toute présence humaine, pour : valider la conduite de tir et le comportement de la roquette en vol ; déterminer les effets au sol autour du lanceur. Co-développée par les États-Unis, la Grande-Bretagne, l’Italie, l’Allemagne et la France, la roquette M31 dispose d’un guidage inertiel GPS pour réduire les dégâts collatéraux sur des objectifs situés entre 15 et 95 km. Réalisé en partenariat entre la France, l’Allemagne et l’Italie pour la conduite de tir et le système de pointage, le lanceur M270 a été modernisé : ergonomie ; pointage électrique ; communication radio ; échange avec le système de coordination des feux Atlas ; amélioration de la sécurité et des conditions de mise en œuvre. Le programme LRU porte sur la modernisation de 13 lanceurs et l’acquisition de 252 roquettes M31. Le 3 décembre, la DGA a notifié à la société MBDA France un contrat de développement et de production du missile MMP totalisant 400 postes de tir et 2.850 missiles, dont 175 postes et 450 missiles livrables entre 2014 et 2019. Destiné à remplacer le missile antichar Milan, le MMP équipera les unités d’infanterie de l’armée de Terre et les forces spéciales à partir de 2017. Polyvalent et basé sur le concept « tire et oublie » avec la capacité de « l’homme dans la boucle », le MMP permet de neutraliser les différents types de cibles rencontrées sur l’ensemble des théâtres d’opérations avec une grande précision. Le 9 décembre, la DGA a commandé à Zodiac Milpro International 9 embarcations « Écume », livrables au premier semestre 2015. Capable d’embarquer 12 commandos Marine armés, l’Écume présente les caractéristiques suivantes : déplacement, 7 t à pleine charge ; longueur, 9,3 m ; largeur, 3 m ; vitesse, plus de 40 nœuds (75km/h) ; autonomie, 200 milles nautiques environ (370 km). Polyvalente, modulable et très manœuvrable même par mauvais temps, l’Écume permet d’effectuer des raids nautiques sur longues distances à partir d’un bâtiment porteur et de rattraper un navire pour le prendre d’assaut. Grâce à son système de largage aérien, elle est déployable au loin, en urgence et directement en mer par avion militaire de type C-130 Hercules ou A400M Atlas.

Loïc Salmon 




Marine TF 473 : de l’action militaire à la diplomatie navale

Trois opérations navales françaises sont en cours : « Bois-Belleau » (décembre 2013-février 2014) en Méditerranée et dans le golfe Persique ; « Atalante » (permanence) en océan Indien ; « Corymbe » (permanence) dans le golfe de Guinée. L’opération « Bois-Belleau » a été présentée, le 29 novembre 2013 à la presse à Paris, par le contre-amiral Éric Chaperon en visioconférence depuis le porte-avions Charles-De-Gaulle (PA CDG) en mer. Assurée par la Task Force 473 (TF 473) qui regroupe 2.600 personnels, elle met en œuvre le groupe aéronaval : PA CDG ; frégate de défense aérienne Forbin ; frégate anti-sous-marine Jean-de-Vienne ; pétrolier-ravitailleur Meuse ; un sous-marin nucléaire d’attaque ; un avion de patrouille maritime Atlantique II (ATL2). Le PA CDG embarque : 10 Rafale Marine ; 10 Super Étendard Modernisé ; 2 avions de guet aérien Hawkeye ; 5 hélicoptères dont 2 Dauphin, 1 Alouette III et 2 Caracal de l’armée de l’Air pour la recherche et le sauvetage. L’ATL2 suit la TF 473 depuis sa traversée de la mer Rouge, assure son éclairage, contribue à l’établissement de la situation sous-marine et peut participer à une activité aéroterrestre. La TF 473 a pour objectifs la maîtrise des espaces aéromaritimes stratégiques, la connaissance et l’anticipation en zones de crises potentielles et enfin la coopération avec les pays riverains. Outre des activités conjointes avec l’armée de l’Air et l’Aviation légère de l’armée de terre à Djibouti, sont prévus les exercices : « White Star » (décembre 2013) avec les forces d’Arabie Saoudite ; « Ocean Falcon » (janvier 2014) avec celles du Qatar ;  « Big Fox » (janvier 2014) avec celles des Émirats arabes unis. Des officiers britanniques et américains font partie de l’état-major de la TF 473, qui effectue en parallèle des activités opérationnelles et de coopération avec des unités de la Marine américaine sur zone, en vue de renforcer l’interopérabilité entre Marines alliées. Prête à tous types de mission, la TF 473 apporte notamment son appui à la Task Force 151 de l’OTAN dans la lutte contre le terrorisme et à l’opération européenne « Atalante » dans celle contre la piraterie en océan Indien. La France, qui la commande de décembre 2013 à avril 2014, y déploie la TF 465 composée du transport de chalands de débarquement Siroco (décembre 2013-janvier 2014), renforcé ponctuellement par des avions ATL2, Falcon 50 ou AWACS. L’opération « Corymbe » déploie le bâtiment de projection et de commandement (BPC) Dixmude et l’aviso Commandant-L’Herminier. Compte tenu de la situation en République centrafricaine, le BPC a débarqué 350 hommes et 100 véhicules à Douala (Cameroun) fin novembre. Un dispositif logistique et de combat de moins de 450 hommes a été établi à Bangui pour agir auprès des ressortissants étrangers et sécuriser l’aéroport, unique porte d’accès et de sortie rapides de Centrafrique. La montée en puissance de l’opération « Sangaris » s’est poursuivie avec des renforts venus de France et des forces prépositionnées au Gabon pour atteindre 1.600 hommes le 11 décembre. La veille, deux soldats du 8ème Régiment de parachutistes d’infanterie de marine sont décédés des suites de leurs blessures au cours d’un accrochage à Bangui, lors d’une mission de contrôle de zone.

Loïc Salmon

Marine et Diplomatie