Cyberespace : enjeu de puissance ou soupape de sécurité ?

A l’ère du cyberespace, la souveraineté étatique se dilue et de nouveaux acteurs montent en puissance. Guillaume Tessier, directeur général de la Compagnie européenne d’intelligence stratégique (CEIS), a présenté la situation au cours d’un séminaire organisé, le 21 mai 2014 à Paris, par l’Institut de recherche stratégique de l’École militaire. La capacité cyber d’un pays multiplie sa puissance conventionnelle. Celle-ci varie de l’attraction à la coercition, en passant par la persuasion, l’assimilation, les sanctions et la menace. Le cybersepace se caractérise par trois « couches » susceptibles d’être attaquées : physique (les infrastructures et l’électronique) ; logique (les réseaux, données et applications) ; cognitive (le sens et les idées). La guerre électronique agit dans le spectre électromagnétique par brouillage, leurrage (contre-mesure électronique pour missiles autoguidés) ou même destruction des équipements et systèmes d’armes de l’adversaire (couche physique). La lutte informatique consiste à injecter des données dans la couche logique adverse, entraînant un déni de service de ses systèmes d’armes ou de ses réseaux de télésurveillance et d’acquisition de données (SCADA), qui contrôlent les serveurs et la bureautique (postes de travail) d’une entreprise ou d’une organisation. Enfin, la couche cognitive peut faire l’objet d’influences ou de duperies. Dans le cyberspace, la puissance d’un pays repose sur ses infrastructures, ses capacités scientifiques et techniques, sa base industrielle, sa capacité de lutte contre la cybercriminalité, sa cyberdéfense, sa stratégie globale et sa volonté politique. En matière de lutte contre la cybercriminalité, les États recrutent des « hackers » (pirates informatiques) pour développer  leur cyberdéfense. En 2013, les révélations d’Edward Snowden sur l’espionnage des pays « amis » des États-Unis par l’agence de renseignement NSA, la croissance de la cybercriminalité sur le territoire américain et la montée en puissance de certains pays émergents ont ébranlé la suprématie des États Unis dans le cyberspace. Selon les critères de 1 à 6 dans l’échelle de puissance de la CEIS, les États-Unis restent en tête à 5, suivis de près par Israël (4,5), la Grande-Bretagne (4,5) la Chine (4,5), le Japon (4), la Corée du Sud (4), le Brésil (4),  l’Allemagne (4), l’Inde (3,5), la Russie (3,5), l’Iran (3) et … la Syrie (2,5) ! Les discours alarmistes des autorités politiques visent à préparer l’opinion publique au conflit dans le cyberespace. Alors que la Russie et la Chine cherchent à sécuriser les moyens physiques, les États-Unis préfèrent sécuriser les contenus. En France, selon Guillaume Tessier, les experts de la Direction des affaires stratégiques et de l’État-major des armées analysent leurs pratiques, en vue d’applications dans le domaine militaire.

Loïc Salmon

Cyberdéfense : placer l’excellence militaire au service de la nation

Cyberspace : de la tension à la confrontation ou à la coopération

Moyen-Orient : le « cyber », arme des États et d’autres entités




14 juillet 2014 : 80 nations invitées pour les 100 ans de la Grande Guerre

« Ce défilé marque la filiation entre les « poilus » de 1914 et nos soldats qui montrent tous les jours les mêmes qualités de courage et d’abnégation », a déclaré le général de corps d’armée Hervé Charpentier, gouverneur militaire de Paris, lors de sa présentation à la presse le 3 juillet 2014. Tel est le thème retenu pour le défilé des armées, le 14 juillet, avenue des Champs-Élysées à Paris : 3.752 militaires à pied, 82 motos, 285 véhicules, 54 avions, 36 hélicoptères, 281 chevaux de la Garde républicaine et…1 lâcher de colombes en souvenir des pigeons voyageurs qui transmettaient le courrier dans les tranchées. 2014 marque en effet le centenaire de la première guerre mondiale, à laquelle ont participé 80 nations. Leurs ressortissants ont, soit combattu d’un côté ou de l’autre, soit travaillé, surtout dans les champs, pour remplacer les soldats partis au front. Ceux-ci sont évoqués par 2 groupes en tenue « bleu horizon » de l’époque, alignés Place de la Concorde, face à la tribune présidentielle. Face à elle, la parade sur 180 m des emblèmes (drapeaux nationaux) des nations effectivement présentes, répartis en 3 chevrons, constitue l’animation initiale de 14 minutes avec 2 chants des « poilus » de 1914 et la « Marseillaise », entonnés par le Chœur de l’armée française. A cette occasion, une « sonnerie aux emblèmes » a été composée par un réserviste, conseiller culturel du gouverneur militaire de Paris et ancien chef de la musique de la Garde républicaine. Au centre et en tête devant le drapeau de l’Union européenne, se tient la garde au drapeau du Régiment d’infanterie de chars de marine (RICM, crée en juin 1915), le plus décoré de France avec 19 citations : Légion d’Honneur ; Médaille militaire ; croix de Guerre 1914-1918 (10 palmes), 1939-1945 (2 palmes) et théâtres d’opérations extérieurs (5 palmes) ; croix de la Valeur militaire (2 palmes). Le défilé proprement dit des troupes et des matériels sur les 1.910 m des Champs-Élysées célèbre des anniversaires des forces françaises. Outre ses 80 ans, l’armée de l’Air fête les 100 ans de la première mission de reconnaissance, du premier bombardement, de la première victoire aérienne et de la première mission d’extraction d’un pilote ainsi que les 50 ans de la dissuasion nucléaire. En octobre 1914, la Brigade des fusiliers marins a participé à la bataille de Dixmude, dont un bâtiment de projection et de commandement porte aujourd’hui le nom. Enfin, l’Aviation légère de l’armée de terre existe depuis 60 ans. Les opérations extérieures sont représentées par le Service de santé des armées, de retour d’Afghanistan, et le  8ème Régiment de parachutistes d’infanterie de marine, engagé en République Centrafricaine. Un tableau final met notamment en scène 4 jeunes gens majeurs (2 garçons et 2 filles) pour symboliser la paix, la jeunesse, l’espoir et le renouveau. En tout, quelque 200 militaires et 250 jeunes gens venus du monde entier, par leur présence, rendent hommage à la mémoire des disparus de la Grande Guerre et célèbrent la réconciliation du continent européen.

Loïc Salmon

14 juillet 2013 : une armée d’avant-garde fière de ses traditions




Blessures et sports adaptés : reconstruction physique et psychique

Le Centre de ressources, d’expertise et de performances sportives de Bourges, pôle national « sport et handicap », et le Centre régional jeunesse et sports d’Aubigny-sur-Nère accueillent les 3èmes « Rencontres militaires blessures et sports » (RMBS) du 16 juin au 4 juillet 2014. Celles-ci ont été présentées à la presse, le 12 juin à Paris, par le colonel Thierry Maloux, chef de la Cellule d’aide aux blessés de l’armée de terre (CABAT). Elles réunissent 53 militaires blessés en service ou en opérations et en cours de rééducation ou de réadaptation ou réintégrés sur des postes civils et militaires : 43 de l’armée de Terre, 1 de la Marine nationale, 3 de l’armée de l’Air, 2 de la Gendarmerie et, pour la première fois, 4 Britanniques.

Présent le 12 juin dans son fauteuil roulant, le capitaine Stéphane Caron, handicapé, témoigne : « Après la rééducation à (l’hôpital des armées) Percy puis la réinsertion socioprofessionnelle, le fait d’y aller, c’est accepter qu’on est blessé. C’est un moment important que de se retrouver entre blessés pour se parler. On découvre le sport adapté et le « handisport ». Le militaire blessé reste un militaire, donc un compétiteur quel que soit son handicap. Les blessés physiques et psychiques post-traumatiques vont reprendre confiance en soi et redécouvrir leur corps. C’est important pour se reconstruire. Il suffit de s’adapter par des découvertes simples. On se dit : « oui je peux le faire », si on a les moyens de s’adapter. Le sport est un vecteur pour se rendre compte que tout n’est pas fini et qu’on peut encore faire des choses. Le sport et la reconnaissance de la nation, c’est gratifiant et réconfortant et, aussi, c’est rassurant d’évoluer dans ce milieu de camarades ». Les 3èmes RMBS  comportent trois stages multisports. Deux (16-25 juin puis 25 juin-4 juillet) concernent les handicaps moyens avec notamment : tir à l’arc, escalade, hockey-luge, activités aquatiques, sport d’opposition, basket-fauteuil, escrime, activités nautiques, VTT, équitation, biathlon, tir et golf. Le stage « grands blessés » (21-25 juin) inclut notamment : tir à l’arc, tennis de table, activités aquatiques, sarbacane, foot-fauteuil, tir à la carabine et biathlon. Le stage multisports poursuit deux objectifs : faire découvrir aux militaires blessés la pratique d’activités sportives, adaptées au handicap, et les perspectives possibles, en vue d’un éventuel parcours en compétition ; favoriser les échanges entre blessés, acteurs de l’accompagnement et partenaires de la réadaptation médicale, professionnelle, sociale et psychologique.

En général, pendant leurs parcours les blessés sont accompagnés par des cellules d’aide présentes quasiment partout : armées de Terre et de l’Air, Marine nationale, Service de santé des armées, Institution nationale des Invalides, Secrétariat général pour l’administration, Sécurité sociale, Office national des anciens combattants et des victimes de guerre et diverses associations. Depuis 1978, sont encore suivis aujourd’hui quelque 9.000 militaires blessés au cours des opérations au Liban, au Koweït, dans les Balkans, en Côte d’Ivoire, en Afghanistan, au Mali et en République Centrafricaine. Enfin, la CABAT va développer une communication via les réseaux sociaux, lien direct avec la reconnaissance de la nation.

Loïc Salmon

Opex : la chaîne de santé, une course contre le temps

Service de santé : traumatismes psychiques dans les armées, problème de santé publique




Grande-Bretagne : commémorations en France du « Jour J » et de la Grande Guerre

Les Britanniques entendent souligner, de juin 2014 à mars 2015, l’importance des engagements de leurs troupes en France lors des deux conflits mondiaux. La Reine Élizabeth II figure parmi les 18 chefs d’État et de gouvernement invités aux cérémonies du 70ème anniversaire du débarquement. Environ 500 anciens combattants britanniques sont inclus parmi les 7.000 invités à la cérémonie internationale de Ouistreham. En complément de la protection policière, le ministère français de la Défense a déployé 2.400 militaires pour sécuriser les sites des cérémonies des 5-6 juin pour faire face à tout type de menace, avec des dispositifs terrestre, naval et aérien (drone, avions, hélicoptères, radars et navires). Le 6 juin 1944, sur les 130.000 hommes des troupes alliées débarquées sur les côtes françaises, 3.000 sont morts ainsi que 3.000 civils normands. Fin juillet 1944, la bataille de Normandie, à laquelle ont participé 1,5 million d’hommes, a fait 600.000 victimes (tués, blessés et disparus), dont 54.000 Allemands, 24.000 Américains, 20.000 Anglo-Canadiens et 20.000 civils. Le « Jour J », 28.845 soldats britanniques, dont les 177 hommes du Commando de fusiliers marins français en uniforme anglais, débarquent sur la plage dite « Sword » et 630 seront tués, dont 10 Français. Le 7 juin, la 50ème Division britannique libère, pratiquement sans combat, Bayeux, qui deviendra pour les Britanniques la ville de la commémoration du débarquement. Elle abrite en effet le plus grand cimetière britannique de la seconde guerre mondiale en France avec 4.648 tombes, dont 3.395 britanniques. Par ailleurs, pour commémorer le sacrifice de ses soldats morts pendant la première guerre mondiale, la Grande-Bretagne organise diverses conférences entre juillet et novembre 2014, en vue d’en tirer des leçons encore valables aujourd’hui pour ses forces armées. Le programme a été présenté à l’Association française des journalistes de défense, le 15 mai 2014, au Quartier Général de l’armée de Terre britannique  à Andover. Ainsi, le 17 juillet, le « think tank » (organisation indépendante) Royal United Services Institute (RUSI) tient un colloque sur : le contexte politique et stratégique ; la vision des adversaires ;  la guerre en coalition ;  l’évolution de l’armée de Terre britannique (1914-1918) ; les caractéristiques du conflit (tactiques et technologies) ; les leçons du passé à tirer pour l’avenir. L’École d’état-major organise un séminaire du 7 au 12 septembre avec des universitaires, journalistes et officiers supérieurs français et britanniques ainsi que 60 étudiants britanniques et 50 français. Des déplacements sont prévus sur les lieux de combat où ont été engagées les troupes britanniques, notamment à Ypres, Neuve-Chapelle, Notre-Dame-de-Lorette et Beaumont-Hamel, au château de Querrieu, à Vimy et au bois de Delville. Les thèmes portent sur : la préparation d’une armée à la guerre (entraînement et réserves) ; le moral (personnels et facteurs humains) ; les équipements (technologies) ; la tactique (doctrine et entraînement) ; la stratégie (aspects politiques et militaires) ; la coalition (diverses nationalités). Ensuite, les 5 et 6 novembre, l’Académie royale militaire de Sandhurst (armée de Terre) organisera un « colloque d’exploitation »  des enseignements contemporains de ce séminaire. Enfin, le 1er mars 2015, le « Directorate Land Warfare » (Direction du combat terrestre) rendra public les minutes des interventions ainsi qu’une mise à jour des enseignements que l’armée de Terre britannique avait tirés du premier conflit mondial en 1931.

Loïc Salmon

 




Réserve militaire : nécessité de fidéliser les « civils »

Actuellement, 25 % des réservistes des armées françaises sont issus du Service national, suspendu fin 2001. Cette ressource va disparaître à terme, mais les armées auront toujours besoin de jeunes réservistes pour renforcer les unités opérationnelles et disposer des expertises qui leur manquent. Le contre-amiral Antoine de Roquefeuille, secrétaire général du Conseil supérieur de la réserve militaire (CSRM) a présenté la situation à la presse le 3 avril 2014, à l’occasion de la « Journée nationale du réserviste » (10 avril) qui avait pour thème : « réserve militaire et citoyenneté ». Les réservistes « opérationnels » sont considérés comme des militaires qui, par un engagement contractuel extra-professionnel, servent la France sans faire du métier des armes leur seule profession. Ils exercent des responsabilités au même titre que les personnels d’active. Les réservistes « citoyens », sensibilisés aux enjeux de sécurité et de défense, donnent bénévolement de leur temps au profit des armées. Tous agissent pour la promotion de l’esprit de défense et le renforcement du lien armée-nation. Le CSRM recrute des « référents défense » au sein du ministère de l’Éducation nationale et de l’Enseignement supérieur. Il travaille avec le MEDEF pour améliorer le soutien de la réserve au sein des entreprises, par la mise en place de conditions favorables à la disponibilité des salariés réservistes. A ce propos, depuis 2011, un « Prix de la réserve militaire » est attribué chaque année à l’occasion de la Journée nationale du réserviste. Le 10 avril 2014, le ministre de la Défense, Jean-Yves Le Drian, a remis un trophée au groupe Thales pour la catégorie de plus de 1.000 salariés et à la Société de banque et d’expansion pour celle de moins de 1.000 salariés. Selon le CSRM, au 31 décembre 2013, les réservistes opérationnels sous contrat totalisaient 56.262 personnels ainsi répartis : Gendarmerie nationale, 28.582 ; armée de Terre, 15.425 ; Marine nationale, 4.827 ; armée de l’Air, 4.356 ; Service de santé des armées, 2.921 ; Délégation générale pour l’armement, 85 ; Service des essences des armées, 66. Parmi eux, (19,18 % de femmes), il y a  37,49 % d’anciens militaires (18,13 % d’officiers, 38,30 % de sous-officiers et 43,57 % de militaires du rang). Il est à noter que 252 réservistes ont servi en opérations extérieures. La réserve citoyenne comptait 3.464 personnels, dont 1.280 gendarmes. Toutefois, ces dernières années, les « engagements à servir dans la réserve » opérationnelle ont été prioritairement accordés aux anciens militaires… au détriment des civils ! L’amiral de Roquefeuil a expliqué que le budget « réserve » s’élevait à 80 M€ en 2008, mais que les restrictions financières des années suivantes ont conduit à rogner sur le temps de formation et donc à privilégier les anciens militaires. Afin d’éviter de décourager les jeunes civils et de réduire ainsi dangereusement la ressource humaine de demain, un retour à la formation a été amorcé en 2012. Les autorités militaires ont été rappelées à l’ordre pour que le ratio remonte à 70% de civils et 30 % de militaires. Cette proportion est atteinte dans la Gendarmerie et le Service de santé, presque dans l’armée de Terre, mais reste encore lointaine dans la Marine nationale et l’armée de l’Air.

Loïc Salmon

Les réservistes à l’honneur

La Réserve : lien entre mondes civil et militaire

Défense et citoyenneté : la journée des jeunes pour en comprendre les enjeux




Défense et citoyenneté : la journée des jeunes pour en comprendre les enjeux

Pourquoi et comment se défendre et quel rôle pour les jeunes ? Tels sont les objectifs de la « Journée défense citoyenneté » (JDC), à laquelle sont convoqués chaque année 765.000 jeunes dont 73 % la jugent intéressante. Rénovée en 2014 et vivier de recrutement pour les armées et la gendarmerie, elle permet aussi de détecter ceux en difficulté de lecture (9 %). Le directeur du Service national, François Le Puloc’h, l’a présentée à la presse le 10 avril 2014 à Paris. La JDC mobilise 1.335 personnels civils et militaires et 7.500 animateurs des armées et de la gendarmerie, militaires d’active et de réserve.

Sensibilisation à la défense. D’une durée de 8 h, la JDC accueille 40 jeunes sur 250 sites, chaque jour de la semaine en métropole et outre-mer. Les missions, moyens et engagement des armées, le devoir de mémoire ainsi que le personnel (hommes et femmes) de la défense sont présentés sous forme d’une dizaine de vidéos (1 minute 30 secondes). Celles-ci illustrent des conférences dites « animations » et centrées sur trois thèmes : « Nous vivons dans un monde instable : une défense nécessaire » ; « Une réponse adaptée : notre appareil de défense » ; « Vous avez un rôle à jouer : un engagement citoyen ». La journée inclut des tests de lecture (40 minutes), des visites d’installations militaires et des témoignages des personnels (60 minutes) et une formation au secourisme (60 minutes). En 2013, 150.000 jeunes ont souhaité obtenir davantage d’information sur les armées et la gendarmerie, qui ont reçu 210.000 fiches d’intérêt individuel. En outre, plus de 50.000 jeunes se déclarent intéressés par le service civique. Selon une enquête de satisfaction de la JDC réalisée en janvier 2014 sur un échantillon de 1.676 personnes interrogées, les femmes sont plus intéressées à la JDC, plus sensibles à l’initiation au secourisme et ont une meilleure image induite des armées…que les hommes ! En outre, les objectifs de la JDC sont mieux perçus par les titulaires d’un BEPC, BEP et CAP que par les diplômés des enseignements secondaire et supérieur.

Lien défense/jeunesse. En juillet 2012, le ministre de la Défense, Jean-Yves Le Drian, a nommé un délégué ministériel à la jeunesse et à l’égalité des chances. Ce dernier, Gérard Gachet, a présenté son action à la presse le 17 avril à Paris. En France 150.000 jeunes par an quittent le système scolaire sans diplôme. De plus, les jeunes en général recherchent des valeurs aussi présentes dans les armées : engagement, éthique et dépassement de soi. Chaque année, celles-ci recrutent de 15.000 à 20.000 jeunes du niveau BEPC et BEP à baccalauréat + 5. En outre, le plan « Égalité des chances » du ministère de la Défense touche 30.000 jeunes/an de milieux ou quartiers défavorisés. Une brochure sur ce sujet, lancée le 31 mars par le ministre, a été diffusée en versions papier (5.000 exemplaires), électronique (PdF) et interactive en ligne. Ce plan comporte des actions spécifiques en faveur de la cohésion nationale et de la mixité sociale. Il propose notamment : des classes préparatoires aux grandes écoles de la défense, des filières universitaires et des stages pour ceux qui suivent des études supérieures ; un recrutement, une formation et un « escalier social » (il faut y mettre du sien !) pour ceux tentés par une expérience professionnelle dans les armées ; l’action « Défense Mobilité » de l’agence de reconversion du ministère pour ceux qui quittent les armées à l’issue d’un contrat de quelques années.

Loïc Salmon

 




Opération « Atalante » : bilan du commandement français

Outre ses principales missions, l’opération européenne « Atalante » en océan Indien a réalisé environ 30 missions d’assistance médicale et 10 sauvetages en mer, lors de son 3ème mandat sous commandement français (6 décembre 2013-6 avril 2014). Son chef sur le théâtre, le contre-amiral Hervé Bléjean, en a dressé le bilan devant la presse le 10 avril 2014 à Paris. La France, à l’origine de l’opération « Atalante » avec l’Espagne, en est le premier pays contributeur, grâce à ses forces stationnées à Djibouti. Pendant la période considérée, la force multinationale TF465 EUNAVFOR comptait 5 bâtiments, dont le transport de chalands de débarquement français Siroco, 4 avions de patrouille maritime (2 à Djibouti et 2 aux Seychelles), 7 hélicoptères embarqués et 1 équipe de protection (commandos Marine). Chaque nation finance les moyens qu’elle engage sous la direction de l’état-major basé à Northwood (Grande-Bretagne). Depuis décembre 2008, l’EUNAVFOR assume trois missions : protection des navires du programme alimentaire mondial (PAM) et de la mission de l’Union africaine pour la Somalie ; participation à la sécurité du trafic maritime dans le golfe d’Aden et des navires de pêche dans le Sud-Est de la Somalie ; participation à la dissuasion, à la prévention et à la répression des actes de piraterie. Selon l’amiral Bléjean, aucune attaque n’a réussi, malgré quelques tentatives, contre les navires du PAM qui ont acheminé 1,9 Mt de nourriture dans la région. L’EUNAVFOR n’exerce pas de contrôle de pêche, mais les contacts amicaux avec des bateaux de pêche somaliens, iraniens et yéménites permettent de récolter des renseignements. Ceux-ci alimentent la base de données de Northwood, qui les répercute vers les autorités légales de Somalie. Depuis le début de 2014, aucun acte de piraterie n’a réussi. D’après l’amiral, cela montre que la piraterie a perdu son attrait économique. Ainsi, le 18 janvier 2014, le Siroco a intercepté le boutre indien Shane-Hind et appréhendé des pirates « présumés » (dénomination juridique jusqu’à leur jugement), qui ont été transférés au Seychelles… où ils risquent 30 ans de prison ! Les accords de transferts entre l’Union européenne et les pays riverains permettent d’accélérer la procédure judiciaire. La Tanzanie vient d’en signer un et les Seychelles ont déjà jugé 50 % des cas de piraterie avérée. En outre, les navires marchands prennent mieux en charge leur propre protection par des moyens passifs et aussi par l’embarquement d’une équipe armée, étatique ou privée, particulièrement dissuasive. Enfin, l’EUNAVFOR coopère avec les bâtiments de l’OTAN engagés dans la lutte contre le terrorisme et aussi avec des unités russes, sud-coréennes, japonaises et chinoises. A la suite de ces succès, le mandat de l’opération « Atalante » devrait s’achever en décembre 2016, à condition notamment, précise l’amiral Bléjean, que les navires de commerce maintiennent leurs mesures d’autoprotection.

Par ailleurs, la Chine affirme sa présence maritime en Afrique. Un exercice s’est déroulé dans le golfe d’Aden entre le Siroco, la frégate allemande Hessen, 1 frégate chinoise et 1 pétrolier ravitailleur chinois, afin d’acquérir une expérience maritime commune. Des bâtiments chinois devraient rester dans la région après « Atalante ». D’autres se rendront dans le golfe de Guinée pour coopérer avec les marines occidentales sur zone. La Chine est en effet devenue le premier pays importateur de pétrole de la région, où résident environ 2 millions de ses ressortissants.

Loïc Salmon

Opération européenne « Atalante » : piraterie contenue en océan Indien

L’océan Indien : espace sous tension

 




Exercice « Montauban 2014 » : l’assaut dans la 3ème dimension

L’exercice « Montauban 2014 » (11-17 avril) met en œuvre plusieurs unités des armées de Terre et de l’Air, en application du retour d’expérience de l’opération « Serval » au Mali (2013). Dans des conditions proches de la réalité, 1.600 militaires, 350 véhicules, 19 hélicoptères et 3 avions sont déployés sur 1.600 km2 dans le Sud-Ouest de la France. Le programme, modifiable selon les conditions météorologiques, inclut : actions de commandos parachutistes ; opérations aéroportées ; largage de personnels et de matériels ; franchissements de cours d’eau ; actions des plongeurs du génie ; reconnaissance offensive ; engagement en zone urbanisée ; fouille spécialisée ; contrôle de zone ; opérations héliportées ; défense NRBC (nucléaire, radiologique, biologique et chimique) ; opérations logistiques. La 11ème Brigade parachutiste fournit la plus grande partie des personnels et des moyens terrestres. Son état-major réalise le contrôle opérationnel du 17ème Régiment du génie parachutiste (basé à Montauban) et du 3ème Régiment parachutiste d’infanterie de marine (Carcassonne). En outre, il rôde ses procédures opérationnelles, déploie son poste de commandement et met en œuvre ses systèmes d’information et de commandement.

La 11ème Brigade parachutiste (BP) compte 8 régiments totalisant 7.500 personnels, stationnés dans le Sud-Ouest de la France et en Corse. Bien équipée et interarmes à dominante infanterie légère (4 régiments), elle possède aussi des unités de blindés légers et des appuis feux et génie. Elle participe aux opérations extérieures (Opex), envoie des unités en missions de courte durée au sein des forces prépositionnnées outre-mer et à l’étranger et conduit des missions sur le territoire national, notamment dans le cadre du plan « Vigipirate » de lutte contre le terrorisme. La 11ème BP arme en permanence  un dispositif d’alerte opérationnel dénommé « Guépard TAP », constitué d’un état-major et d’unités élémentaires largables avec appuis sur très court préavis. Cet échelon a été engagé au Mali début 2013, pour la saisie des aérodromes de Tombouctou et Tessalit. Issues des guerres d’Indochine et d’Algérie, les unités parachutistes ont été constituées sous divers noms et regroupées sous celui de 11ème BP en 1999. Elles ont participé à de multiples Opex : Kolwezi au Zaïre (devenu République démocratique du Congo), Tchad, Liban, guerre du Golfe (Koweït), ex-Yougoslavie (Bosnie, Macédoine et Kosovo), Côte d’Ivoire, Afghanistan, Mali et République centrafricaine.

Loïc Salmon

« Serval » : manœuvre aéroterrestre en profondeur et durcissement de l’engagement

Armée de Terre : un état-major de forces immédiatement projetable




Conflits et armements : tendance à la stabilisation

Malgré les tensions dans le monde, le nombre de victimes de conflits armés reste bas et les dépenses militaires diminuent légèrement, selon le rapport 2013 de l’Institut international de recherche sur la paix de  Stockholm (SIPRI), rendu public le 7 mars 2014. Le contrôle des flux d’armes et des articles à double usage civil et militaire s’avère difficile. La décennie 2002-2011 compte 296 conflits : 73 conflits étatiques, dont 37 encore actifs en 2011, et 223 conflits non-étatiques (38). En 2012, le Mali, la Syrie et le Yémen ont été ravagés par les conflits armés, consécutifs au « printemps arabe ». La même année a connu 53 opérations de maintien de la paix avec 233.642 personnels engagés (baisse des effectifs de 10 % en un an). Certains États ont réduit leurs budgets sur ces missions. Le Conseil de sécurité de l’ONU a durci les critères d’évaluation de leur efficacité avant le renouvellement des mandats, après les échecs en Côte d’Ivoire, République démocratique du Congo et Sud-Soudan. Par suite des niveaux élevés de violence sur place, 4 missions ont été  clôturées : 3 de l’ONU (Bosnie-Herzégovine, Timor-Leste et Syrie) et 1 de la Ligue des États arabes. A elle seule, l’Afrique a nécessité 17 opérations, dont 9 sous commandement de l’ONU. Les dépenses militaires sont estimées à 1.756 Md$ en 2012, soit une baisse de 0,4 % en un an. Celles de la Russie ont augmenté de 16 % et celles des Etats-Unis ont diminué de 5,6 %. Les 10 plus grandes entreprises d’armement sont implantées aux États-Unis. En 2012, les révélations sur les virus informatiques Flame et Stuxnet ont attiré l’attention sur la cybermenace. Malgré l’absence de preuves fiables, la Chine, l’Iran, Israël, la Russie et les États-Unis ont été soupçonnés de mener des cyberattaques, soulignant la montée en puissance de l’arme informatique. Les dépenses de cybersécurité dans le monde ont atteint 60 Md$ en 2011, soit 3,5 % des dépenses militaires totales. Pendant la période 2008-2012, les ventes d’armes dans le monde ont augmenté de 17 % et 5 pays ont totalisé 75 % des exportations : les États-Unis, la Russie, l’Allemagne, la France et … la Chine, qui a dépassé la Grande-Bretagne ! Début 2013, 8 États disposent de 12.270 armes nucléaires, dont 2.000 en alerte opérationnelle élevée : États-Unis, Russie, Grande-Bretagne, France, Chine, Inde, Pakistan et Israël. Ce dernier est à nouveau soupçonné d’avoir développé des missiles de croisière à capacité nucléaire lancés depuis un sous-marin. En 2012, la Chine a mené une série complète d’essais de missiles pour consolider sa force de dissuasion nucléaire montée sur camions et sous-marins. Tous les États dotés d’une industrie nucléaire civile ont une certaine capacité de production de matières fissiles. Selon le SIPRI, les stocks mondiaux s’élèvent à 1.285 t d’uranium hautement enrichi et 488 t de plutonium (224 t de stocks militaires et 264 t de stocks civils). Quant aux armes chimiques, les États-Unis et la Russie n’ont pu respecter l’ultime échéance d’avril 2012 pour achever la destruction de leurs stocks déclarés au titre de la Convention de 1993. Au 31 décembre 2012, 188 États avaient ratifié ou adhéré à cette convention. Enfin, le contrôle des ventes d’armes conventionnelles et des composants civils et militaires implique la réglementation des exportations et du courtage, le transit, le transbordement et le financement. Fin 2012, l’ONU a décrété 13 embargos sur les armes, l’Union européenne 19 et la Ligue des États arabes 1. Le Conseil de sécurité de l’ONU n’a pas réussi à imposer un embargo contre la Syrie, qui reçoit des armes de la Russie et de l’Iran.

Loïc Salmon

 




Marine nationale : mission « Jeanne d’Arc » 2014 en Atlantique

De mars à juillet 2014, un groupe amphibie (GA) se déploie en Atlantique au profit des officiers-élèves de l’École navale et des forces françaises prépositionnées outre-mer, dans le cadre de la mission « Jeanne d’Arc ». Il pourrait, éventuellement, être engagé en opérations.

Les missions. Le GA, composé du bâtiment de projection et de commandement Mistral et de la frégate La-Fayette, effectue la mission dite « Jeanne d’Arc » à 4 volets. Sur le plan opérationnel, il participe à l’opération « Corymbe » de présence dans le golfe de Guinée et en Afrique de l’Ouest pour y protéger les intérêts français. Cela relève des missions générales de connaissance, d’anticipation de crises et de coopération régionale. S’y ajoute le renforcement temporaire des forces de souveraineté en Guadeloupe et en Martinique par des entraînements communs. Le cas échéant, le chef d’État-major des armées peut utiliser le GA dans la conduite d’opérations vers la terre ou en mer. Le volet « coopération » porte sur la préparation opérationnelle interarmées des bâtiments déployés et des détachements de l’armée de Terre embarqués (groupements tactique et aéromobile). Il inclut l’interopérabilité avec les grands pays alliés, par des exercices OTAN avec les forces américaines et canadiennes, et les entraînements bilatéraux avec les Marines d’autres pays riverains de l’océan Atlantique (Sénégal, Cote d’Ivoire, Togo, Bénin, Brésil et Portugal). Le volet « rayonnement »  consiste à apporter un soutien naval à la diplomatie de la France et, lors des escales, un soutien à l’exportation d’armements français et, par voie de conséquence, à l’emploi industriel en France. Enfin, la mission « Jeanne d’Arc » constitue l’école d’application des élèves de la promotion 2011 de l’École navale, intégrés au « systèmes d’hommes » du GA : découverte des enjeux stratégiques de l’océan Atlantique, zone d’opérations des armées françaises ; rythme de navigation soutenu et enchaînement rapide d’activités pour se préparer à la prise de responsabilités au retour ; acquisition d’une expérience dense et variée du monde maritime par la vie en équipage.

Les personnels. Les élèves embarqués comptent 155 officiers et 20 civils. Il y a : 95 enseignes de vaisseau de 2ème classe, dont 13 étrangers (2 Allemands, 2 Saoudiens, 2 Béninois, 1 Camerounais, 1 Sud-Coréen, 1 Libanais 1 Malgache, 1 Sénégalais et 1 Togolais) ; 9 commissaires-élèves des armées, dont 1 Camerounais ; 11 administrateurs des Affaires maritimes ; 8 médecins des armées ; 8 officiers-élèves invités en cursus extérieur (1 Belge, 1 Brésilien, 1 Gabonais, 2 Koweïtiens, 1 Malaisien, 1 Canadien et 1 Britannique). En outre, embarquent pour une courte période : 10 sous-lieutenants de l’École spéciale militaire de Saint-Cyr Coëtquidan ; 14 stagiaires-ingénieurs de l’armement ; 20 stagiaires de l’école de commerce EDHEC. Par ailleurs, le groupement tactique embarqué compte 60 véhicules et engins ainsi que 210 soldats du 3ème Régiment d’infanterie de marine, du Régiment d’infanterie chars de marine, du 11ème Régiment d’artillerie de marine et du  6ème Régiment du génie. Le groupement aéromobile se monte à 2 hélicoptères de manœuvre et d’assaut Puma, 2 hélicoptères de reconnaissance et d’attaque Gazelle et 35 soldats issus du 5ème Régiment d’hélicoptères de combat. Enfin, les détachements Marine comptent 1 hélicoptère Alouette III de l’escadrille 22S, 1 engin de débarquement amphibie rapide et 2 chalands de transport de matériel.

Loïc Salmon

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