Espace : « Keraunos », le laser pour la communication optique

Le projet « Keraunos », qui sera expérimenté fin 2022, consiste en un système de communication optique par laser entre un nano-satellite (10 kg) en orbite basse (250 km à 2.000 km) et une station sol compacte et transportable.

La ministre des Armées, Florence Parly, l’a annoncé au cours du Forum Innovation Défense, qui s’est tenu à Paris du 25 au 27 novembre 2021.

Le projet « Keraunos ». Par rapport à la liaison radio habituellement utilisée, la liaison optique permet un débit de données plus important, une meilleure discrétion et l’affranchissement du partage des fréquences d’émission entre différents utilisateurs. Toutefois, la turbulence de l’atmosphère produit des perturbations sur la transmission des données, envoyées depuis un satellite, qu’il convient de corriger au niveau du récepteur sol, que « Keraunos » devrait pouvoir les contourner pour une qualité de transmission optimale. En outre, il ne nécessitera pas l’optique adaptative des technologies actuelles, massives et peu mobiles. Il permettra un déploiement rapide des communications laser sur des plateformes mobiles, qu’elles soient terrestres, navales ou aériennes. Il pourra s’intégrer aux futurs systèmes satellitaires des armées. Ce projet est porté par deux startups françaises : Unseenlabs pour la conception et le lancement du nano-satellite, dont l’architecture logicielle pourra intégrer la charge utile laser ; Cailabs pour la station sol, compacte et légère, pour des emplois industriels ou opérationnels. Le ministère des Armées a pris une participation dans leur capital respectif via Definvest, son fonds d’investissements cogéré avec BpiFrance, banque publique d’investissements chargée de soutenir notamment les entreprises innovantes. En outre, l’Agence de l’innovation de défense finance « Keraunos » à hauteur de 5,5 M€, dans le cadre de la mission « espace » pour laquelle la Loi de programmation militaire 2019-2025 consacre 4,3 Mds€. Déjà, deux lancements spatiaux ont été réalisés avec succès en 2021 : 1 satellite de télécommunication Syracuse 4 A le 24 octobre ; 3 satellites de renseignement CERES le 16 novembre.

Le « New Space ». L’arrivée d’acteurs privés dans le « New Space » (nouveau domaine spatial) suscite l’émergence de nouvelles méthodes de travail, de technologies innovantes et d’investissements importants. Le ministère des Armées suit le développement des avancées portées par les startups françaises et accompagne celles pouvant déboucher sur des applications à la fois civiles et militaires. Ainsi, Unseenlabs, fondée à Rennes en 2015, développe, met en œuvre et exploite une constellation de nano-satellites de recueil et localisation de signaux radiofréquences pour la surveillance maritime avec une couverture mondiale. Cailabs (Rennes, 2013), spécialisée dans la gestion de la forme des lasers, conçoit, fabrique et vend des composants et sous-systèmes optiques innovants, qui permettent de s’affranchir de l’impact de l’atmosphère sur un lien optique. Selon le site Métier du Spatial, le « New Space » accueille plus de 1.000 entreprises, implantées surtout aux Etats-Unis et capables de construire fusées et satellites pour les orbites basses. La NASA favorise leur développement. Le ravitaillement de la station spatiale internationale (400 km d’altitude) est, en partie, confié à des acteurs privés. Space X y a envoyé des astronautes américains sur contrat NASA. En France, Kineis va financer une constellation de 25 nano-satellites et 20 stations sol pour l’internet des objets, dont le système de balises Argos.

Loïc Salmon

Espace : lancement réussi des 3 satellites militaires CERES

Espace : lancement réussi du satellite militaire Syracuse 4A

Défense : l’AID, interlocutrice des porteurs d’innovation




Océan Indien : espace de coopération internationale

Pour la première fois présidente du Symposium naval de l’océan Indien (IONS), la France veut lui donner une dimension plus opérationnelle par la conduite d’actions concrètes en faveur de la paix et la stabilité régionale.

Cette 7ème édition de l’IONS, tenue à l’île de La Réunion du 28 juin au 1er juillet 2021, a été suivie d’un conclave des chefs d’état-major des Marines (instance décisionnelle des travaux) des 25 Etats membres à Paris (15-16 novembre). L’amiral Pierre Vandier en a présenté les enjeux à la presse.

Un forum très ouvert. Outre la quasi-totalité des pays riverains de l’océan Indien (voir encadré), l’IONS accueille huit observateurs, à savoir l’Allemagne, la Chine, l’Espagne, l’Italie, le Japon, Madagascar, les Pays-Bas et la Russie. Enceinte de dialogue, il compte quatre groupes de travail permanents : sécurité maritime ; partage de l’information maritime et interopérabilité ; assistance aux populations frappées par une catastrophe naturelle (HADR) ; sécurité environnementale. Fin mars 2022, l’HADR fera l’objet d’un grand exercice intitulé « IMEX 22 » et organisé par l’Inde et la France qui a succédé à l’Iran à la tête de l’IONS pour deux ans.

Une présence française dense. Troisième plus grand océan du monde après le Pacifique et l’Atlantique, l’océan Indien s’étend sur 75 Mkm2 avec les trois points d’accès stratégique que sont les détroits de Bab-el-Mandeb, d’Ormuz et de Malacca. Il assure 25 % du trafic maritime mondial, 40 % du transit mondial de pétrole et 75 % du transit des exportations de l’Union européenne. Zone riche en ressources minérales et halieutiques convoitées, l’océan Indien constitue un espace de risques environnementaux et sécuritaires. Ses rives abritent 2,7 milliards d’habitants, soit le tiers de la population mondiale, avec une composante importante de la zone francophone. La Réunion, Mayotte et les Terres australes et antarctiques françaises abritent 1,1 million de ressortissants et concentrent plus du quart de la zone économique exclusive, soit 3,1 Mkm2. La France a conclu des accords de coopération en matière de défense et des partenariats stratégiques dans la région et participe aux grandes organisations internationales régionales, dont la Commission de l’océan Indien, l’Indian Ocean Rim Association (Association des Etats riverains de l’océan Indien), l’IONS et le réseau Afrique orientale et australe-océan Indien. Sa capacité navale se répartit sur quatre bases : Abou Dhabi avec 1 détachement de fusiliers marins ; Djibouti, 1 détachement de fusiliers marins et 1 unité de commandos Marine ; Mayotte avec 2 vedettes côtières de surveillance maritime ; La Réunion avec 2 frégates de surveillance, 1 bâtiment de support et d’assistance outre-mer, 1 patrouilleur, 1 patrouilleur polaire, 1 hélicoptère Panther et 1 détachement de fusiliers marins. L’activité annuelle de ces forces se monte à 1.300 jours de mer, 400 heures de vol et 130 escales ainsi que la participation à 4 opérations internationales et 8 grands exercices internationaux. Les actions réalisées concernent la veille aux intérêts français, le contrôle des espaces communs, la sécurisation des voies de navigation maritime et l’HADR.

Loïc Salmon

L’IONS regroupe l’Afrique du Sud, l’Arabie saoudite, l’Australie, le Bangladesh, les Emirats Arabes Unis, la France (depuis 2014), la Grande-Bretagne, l’Inde, l’Indonésie, l’Iran, le Kenya, la Malaisie, les Maldives, l’Ile Maurice, le Myanmar (Birmanie), le Mozambique, Oman, le Pakistan, le Qatar, Singapour, les Seychelles, le Sri Lanka, la Tanzanie, la Thaïlande et le Timor Oriental.

Océan Indien : les forces françaises aux EAU, surveillance et coopération opérationnelle

L’océan Indien : enjeux stratégiques et militaires

Océan Indien : CTF 150, synergie franco-britannique




Environnement : lancement de l’initiative « Changement climatique et forces armées »

L’intensification des bouleversements climatiques menace directement la biodiversité et crée des tensions géopolitiques et démographiques pour l’accès aux ressources naturelles. Les forces armées s’y préparent.

Lors du Forum de Paris sur la paix (11-13 novembre 2021), les ministres des Armées de 25 pays, dont la France et les Etats-Unis, ont souligné que la transition énergétique doit constituer un atout opérationnel et un axe de coopération privilégié entre les Etats, nécessitant une coordination internationale.

Adaptation et résilience. Dans une déclaration conjointe, les ministres des Armées signataires préconisent des mesures d’anticipation stratégique. Il s’agit notamment de favoriser la création d’un réseau d’experts « climat et énergie » par des coopérations entre « think tanks », universités et instituts de recherche dédiés. Les industries de défense doivent encourager la recherche et le développement d’équipements militaires au bilan carbone neutre, de préférence à double usage. Une approche commune doit évaluer les impacts géopolitiques et sécuritaires du changement climatique en construisant les fondations d’une coopérations Nord-Sud accrue. Une articulation des politiques diplomatique, de développement et de défense doit permettre de répondre aux enjeux sécuritaires dans les zones fragiles et affectés par les conflits. Les mesures d’adaptation portent notamment sur la résilience des armées en ce qui concerne les équipements, modes d’actions militaires et infrastructures de communication, de transport, d’énergie et de traitement de l’eau. Parmi les mesures d’atténuation des effets du changement climatique, figurent la réduction de la dépendance des infrastructures militaires aux énergies fossiles, par l’autonomie énergétique des camps, et celle des combustibles fossiles par l’électrification et l’emploi de carburants synthétiques dans les domaines aérien, maritime et terrestre.

Plan biodiversité 2030. Le ministère des Armées a publié un document sur la préservation de la biodiversité à l’horizon 2030. Son action porte sur la clarification des responsabilités, la formation de 650 « chargés d’environnement », la garantie d’une programmation financière (1,6 M€/an) et le développement d’outils d’aide à la décision pour donner une vision d’ensemble au niveau national. Ainsi, 310.000 € sont destinés à renforcer les capacités de la nature à capter et emmagasiner le CO2. La convention 2021-2024 avec la Fédération des conservatoires d’espaces naturels prévoit d’évaluer le stock de carbone présent sur les sites militaires (forêts, prairies, landes tourbières et zones humides), d’augmenter la captation sur site et d’identifier des sites pour la conservation et la restauration des milieux hors du domaine public utilisés par le ministère des Armées. Le projet « Kivi Kuaka » (400.000 €) porte sur l’analyse des comportements des oiseaux en réponse à des cyclones et tsunamis. Sur des sites polynésiens, 56 oiseaux ont été équipés de GPS et de balises pour récupérer des données météorologiques, qui sont envoyées à la Station spatiale internationale et traitées par les équipes du Muséum d’histoire naturelle au sol. En partenariat avec l’Australie et la Nouvelle-Zélande, le ministère des Armées finance (150.000 €) un projet sur les stocks et les déplacements des thons, ressource importante et enjeu politique majeur, vers les eaux internationales du Pacifique, plus difficiles à contrôler.

Loïc Salmon

Environnement : conséquences du changement climatique sur la sécurité internationale

Défense : le climat, facteur de dérèglement géopolitique

Sécurité : risques et tensions liés au désordre climatique




Espace : lancement réussi des 3 satellites militaires CERES

Une constellation de trois satellites militaires CERES (CapacitE de Renseignement Electromagnétique Spatiale) a été lancée le 16 novembre 2021 depuis le centre spatial guyanais.

Capacités. Opérationnel en permanence, de jour comme de nuit, CERES peut recueillir du renseignement électromagnétique partout, en en tout temps et quelle que soit la couverture nuageuse. Ses trois satellites, positionnés à 700 km d’altitude, sont destinés à collecter des données sur des zones inaccessibles aux capteurs terrestres, maritimes ou aéroportés, en vue d’apporter aux armées françaises une meilleure connaissance des capacités et des intentions adverses. Ils permettront de détecter et localiser des radars et moyens radio ou de communication et de fournir leurs caractéristiques techniques. Grâce à la qualité et la précision des informations fournies, les forces armées pourront notamment cartographier les points d’intérêt dans différentes zones du monde et ainsi adapter les scénarios d’engagement opérationnel. Selon le droit spatial, CERES peut survoler le monde entier en toute souveraineté. Cette constellation accroît l’autonomie d’appréciation de situation et de décision de la France. Le lancement a été effectué par Arianespace et la maîtrise d’œuvre industrielle assurée par le groupement Airbus Defence & Space et Thales. Le programme CERES a coûté 450 M€. Conformément à la loi de programmation 2019-2025, le ministère des Armées aura investi 4,3 Mds€ dans le domaine spatial d’ici à 2025.

Lutte antisatellite. Les essais préliminaires à une éventuelle guerre dans l’espace ont commencé pendant la Guerre froide (1947-1991). De 1968 à 1982, l’Union soviétique a lancé des « satellites tueurs » destinés à exploser à proximité de leur cible. Le 13 septembre 1985, les Etats-Unis ont neutralisé le satellite scientifique Solwind P178-1, devenu obsolète, par l’impact direct d’un missile lancé depuis un avion de chasse F-15. De son côté, la Chine, considérant l’espace comme un champ possible de confrontation, a détruit un de ses satellites météorologiques en orbite de 800 km, au moyen d’un missile lancé le 11 janvier 2007. Le 21 février 2008, les Etats-Unis ont alors tiré un missile sur un de leurs vieux satellites à 247 km d’altitude. Le 27 mars 2019, l’Inde a détruit par missile un de ses satellites, lancé le 24 janvier précédent en orbite basse de 300 km. Plus de 6.500 débris de taille supérieure à 0,5 cm ont été ainsi générés, mais la plupart sont trop petits pour être repérés. En 2014, la Russie a lancé le satellite Kosmos 2499, soupçonné d’être un nouveau tueur, et déclaré opérationnel le missile Nudol en 2016. Selon la NASA américaine, ce dernier a détruit, le 15 novembre 2021, le satellite russe Kosmos 1408, spécialisé dans le renseignement électronique et mis en orbite en 1982. Des débris ont menacé la station spatiale internationale et polluent l’espace pendant des années, avec le risque d’endommager des satellites placés sur des orbites très utilisées. Selon l’Etat-major français des armées, leurs trajectoires seront surveillées pour prévenir tout risque de collision. La France dispose du système GRAVES (Grand Réseau Adapté à la Veille Spatiale), d’une portée de 1.000 km et mis en service en 2005. Ce dernier a déjà détecté plus de 9.000 objets d’une taille supérieure à 10 cm. Parmi les 800 satellites repérés, une trentaine serait des satellites espions américains et chinois non répertoriés. Seuls les Etats-Unis, la Russie et la France disposent d’une telle capacité autonome de surveillance de l’espace.

Loïc Salmon

Espace : lancement réussi du satellite militaire Syracuse 4A

Espace : CSO, renouvellement des moyens militaires français

Espace : sécurisation en question et dissuasion nucléaire

 




Défense : le Plan Famille, soutien du moral des troupes

Le « Plan Famille 2018-2022 » d’accompagnement du quotidien des militaires, annoncé en 2017, les aide à supporter les sujétions inhérentes à leur statut exigeant une disponibilité en tout temps et tous lieux.

Un premier bilan a été présenté à la presse, le 21 octobre 2021 à Paris, par Hervé Grandjean, porte-parole du ministère des Armées, et Jean-Charles Cottez, directeur du projet Plan Famille.

Objectifs. Une des priorités de la loi de programmation militaire 2019-2025, le Plan famille comporte 61 mesures, contre 46 prévues à l’origine, explique Hervé Grandjean. Il s’articule autour de six axes : mieux prendre en compte les absences opérationnelles ; faciliter l’intégration des familles dans la communauté de défense du lieu d’affectation ; mieux vivre la mobilité professionnelle ; améliorer les conditions de logement de la famille et favoriser l’accès à la propriété ; faire bénéficier les familles de l’accompagnement social du ministère des Armées ; améliorer les conditions d’hébergement et de vie des célibataires et des « célibataires géographiques ». Ce plan coûte 302 M€ sur la période 2018-2022, dont 80 M€ en 2022.

Priorité au logement. Désormais, 85 % des militaires reçoivent leur préavis de mutation au minimum cinq mois à l’avance, souligne Jean-Charles Cottez, Ceux affectés en Ile-de-France rencontrant des difficultés pour se loger, 37,4 M€ ont été dépensés entre 2018 et 2020 à cet effet. Il s’agit de deux « bâtiments cadres célibataires » (BCC) de 150 lits chacun ouverts, l’un à l’été 2020 sur le plateau de Satory (Versailles) et l’autre début 2021 à la caserne Joffre-Drouot au Camp des Loges (Saint-Germain-en-Laye). Deux autres BCC (300 places) suivront en 2022. Un « wifi », sécurisé et gratuit pour l’accès à internet, a été déjà installé dans 2.400 bâtiments en métropole et le sera à bord des navires à quai à partir de 2022. En outre, 718 logements neufs ont été commandés (400 déjà livrés), en majorité en Ile-de-France (283) et dans la région du port de Toulon (223). En 2020, 44 M€, dont 29 M€ en métropole, ont été investis dans l’entretien du parc domanial. De plus, le ministère des Armées a acquis 20 logements neufs à Mayotte. Pour les forces françaises pré-positionnées à l’étranger, 16 logements sont prévus à Djibouti en 2022 et, après 2024, 6 au Gabon et 12 au Sénégal. Le Plan Famille prévoit 40 M€ pour le logement en 2022.

Soutien aux parents. Pour pallier l’absence des parents pour raisons opérationnelles de l’un ou professionnelles de l’autre, le Plan Famille organise des accueils collectifs et des gardes d’enfants à domicile ou chez une assistante maternelle ou en « maisons d’assistants maternels » qui ont accueilli 5.200 enfants en 2020. En matière de crèches, le nombre de berceaux a augmenté de 20 % depuis 2017 et environ 8 M€ y ont été consacrés entre 2018 et 2020. Les conjoints se voient proposer des « boîtes multi-activités pour enfants de deux à huit ans. Plus de 66.000 de ces boîtes ont été distribuées. Les conjoints, qui perdent leur emploi lors de la mobilité de militaires, bénéficient de l’assistance de « Défense mobilité ». Cet organisme, qui en a reclassé 6.800 depuis octobre 2017, propose bilans de compétences, formations d’adaptation à l’emploi, cycles d’enseignement, validation des acquis de l’expérience et aide à la création d’entreprise. Le ministère met en place des plateformes numériques pour demander des prestations sociales ou une information personnalisée pour les blessés et ouvre des espaces multiservices (206 à la fin de 2022).

Loïc Salmon

Défense : le « plan famille » de fidélisation des militaires

Service de santé : « Maison des blessés et des familles » à Percy

Défense : relance de la politique immobilière des armées




Afrique : exercice majeur sur la sécurité maritime régionale

Dans le cadre de l’action de l’Etat en mer, 29 pays, dont la France, participent à l’exercice « Grand African NEMO », qui se déroule du 2 au 7 novembre 2021 dans le golfe de Guinée sur une zone maritime allant du Sénégal à l’Angola.

Cet exercice annuel, le 4ème depuis 2018, vise à partager les savoir-faire et améliorer le niveau opérationnel en matière de lutte contre la pêche illégale, la piraterie, la pollution maritime, les trafics illicites et le sauvetage en mer.

« Grand African NEMO ». Nation pilote, la France y déploie un avion de surveillance maritime Falcon 50 de la flottille 24 F et la frégate de surveillance Germinal, actuellement sur zone dans le cadre de l’opération « Corymbe ». « Grand African NEMO » mobilise une trentaine d’unités de surface (frégates, patrouilleurs et embarcations rapides) et cinq aéronefs (avions et hélicoptères) des Marines des 19 pays riverains, à savoir Angola, Bénin, Cameroun, Cap Vert, Congo, Côte d’Ivoire, Gabon, Gambie, Ghana, Guinée, Guinée-Bissau, Guinée Equatoriale, Liberia, Nigeria, République démocratique du Congo, Sao-Tomé et Principe, Sénégal, Sierra-Léone et Togo. S’y ajoutent 5 bâtiments de surface, 1 avion de surveillance maritime et des observateurs à terre de France, d’Espagne, de Grande-Bretagne, d’Italie, du Brésil, des Etats-Unis, du Portugal, du Danemark, de Belgique et du Maroc. Cet exercice contribue au renforcement de l’architecture de coopération interrégionale, issue du sommet sur la sécurité maritime de Yaoundé (2013). Cette architecture repose sur trois piliers juridiques : le code de conduite ; la déclaration des chefs d’Etat et de gouvernement ; le mémorandum d’entente entre les organisations régionales. Au cours de « Grand African NEMO », le programme GoGIN de l’Union européenne doit valider l’emploi opérationnel du système d’informations Yaris, développé au profit des Etats Côtiers de la CDEAO (Communauté économique des Etats d’Afrique de l’Ouest) et de la CEEAC (Communauté économique des Etats d’Afrique centrale). Enfin, l’Office des nations unies contre la drogue et le crime s’associe à l’exercice.

Opération « Corymbe ». Le golfe de Guinée, qui s’étend sur 5.707 km de côtes, constitue une zone riche en minerais et en ressources halieutiques, pétrolières et gazières. Il concentre le quart du trafic maritime autour de l’Afrique avec 400 navires de commerce en transit par jour. Depuis 1990, la France y déploie un ou deux bâtiments de façon quasi permanente dans le cadre de la mission « Corymbe ». Celle-ci vise d’abord à protéger les ressortissants français par la présence d’un bâtiment en mesure d’effectuer une évacuation d’urgence et d’appuyer les opérations françaises à terre. Ensuite, elle soutient les pays riverains du golfe de Guinée dans la sécurisation de leurs approches maritimes, conformément au processus de Yaoundé. Enfin, elle renforce la coopération internationale dans la zone. Les unités de la Marine nationale bénéficient de l’appui des forces pré-positionnées au Sénégal (350 militaires), en Côte d’Ivoire (600 militaires) et au Gabon (450 militaires) et du réseau des coopérants militaires français intégrés aux Marines riveraines. L’opération « Corymbe » inclut systématiquement des formations dans les domaines techniques et opérationnels, lors des escales et à la mer. Des embarquements sont proposés aux officiers africains pendant les transits entre deux escales. Des patrouilles opérationnelles communes permettent d’accompagner et de soutenir directement les pays africains partenaires dans le contrôle de leur zone économique exclusive.

Loïc Salmon

Golfe de Guinée : sécurité et sûreté en mer et à terre

Afrique : coopération française en matière de sécurité maritime

Afrique : Ghana et Togo, face à leurs vulnérabilités

 




Espace : lancement réussi du satellite militaire Syracuse 4A

Première unité du programme Syracuse IV, le satellite de télécommunications Syracuse 4A, lancé le 24 octobre 2021 du Centre spatial guyanais, sera opérationnel dans 9 mois sur une orbite géostationnaire de 36.000 km.

Caractéristiques et performances. Syracuse IV, qui comptera 3 satellites, offrira une meilleure résistance aux brouillage et cyberattaques que le système actuel Syracuse III, en service depuis 2007. Il assurera un débit trois fois plus élevé, soit 1 gigabit/seconde et par satellite, pour permettre d’échanger des volumes de données plus importants à tous les niveaux de la chaîne de commandement. Voici les principales caractéristiques de Syracuse 4A : masse lancée, 3.850 kg ; durée de vie minimum, 15 ans ; position orbitale, 45,5 ° Est ; bande passante en bande X, 500 Mhz ; bande passante en bande Ka, 1 Ghz. Comme les futurs satellites 4B et 4C, Syracuse 4A dispose de 4 moteurs électriques en remplacement de la propulsion chimique et de son carburant. Pour la même durée de vie, cela permet une plus grande capacité d’emport de charge utile de communication et donc l’usage des deux bandes de fréquences différentes. Syracuse 4A (puis 4B) dispose d’un « processeur numérique transparent » pour la propulsion, la génération d’électricité et le contrôle de position. Cette « intelligence » du satellite peut être reconfigurée en permanence, pour s’ajuster au besoin opérationnel avec une très grande précision. Le système Syracuse IV inclut 400 stations sol plus puissantes, plus compactes et plus mobiles pour équiper la Marine, l’armée de Terre et celle de l’Air et de l’Espace. D’ici à 2023, ces nouvelles stations équiperont les frégates FREMM (multi-missions) et FDI (défense et intervention), les sous-marins nucléaires d’attaque de type Suffren, les porte-hélicoptères d’assaut et les véhicules blindés Griffon et Serval du programme Scorpion. A partir de 2026, l’avion Airbus A330 MRTT (transport et ravitaillement) Phénix sera le premier aéronef à emporter une station militaire aéroportée souveraine, qui renforcera ses aptitudes de plateforme de commandement.

Programme spatial militaire. Le programme Syracuse IV est conduit par la Direction générale de l’armement, en collaboration avec le Centre national d’études spatiales et le Commandement de l’espace de l’armée de l’Air et de l’Espace et en partenariat avec les industriels Airbus Defense and Space et Thales Alenia Space. Voici son calendrier : 2015, notification du contrat de réalisation des satellites Syracuse 4A et 4B ; 2019-2020, début des réalisations des stations sols ; fin octobre 2021, lancement de Syracuse 4A ; 2022, lancement de Syracuse 4B ; d’ici à 2025, commande de Syracuse 4C. Par ailleurs, dans le cadre de l’utilisation militaire de l’espace, le nouveau programme d’armement « Maîtrise de l’espace » compte deux volets. D’abord, la France doit améliorer la surveillance de ses satellites. Ensuite, lorsqu’un acte hostile a été détecté, caractérisé et attribué, elle doit pouvoir y répondre de façon adaptée et proportionnée, en conformité avec les principes du droit international. La loi de programmation militaire 2019-2025 prévoit 4,3 Mds€ pour le renouvellement des capacités spatiales militaires : observation, 3 satellites CSO dont 2 déjà opérationnels et le 3ème à lancer en 2022 ; renseignement électromagnétique, 3 satellites CERES à lancer en novembre 2021 ; télécommunications, Syracuse 4A et 4B ; développement de programmes futurs, dont ARES pour la surveillance de l’espace et de défense des satellites.

Loïc Salmon

Espace : nouveau théâtre des opérations militaires

Espace : un commandement dédié pour comprendre et agir

Stratégie : espace et BITD, nécessité d’anticiper




DGA : l’hydrodynamique, de la faisabilité au suivi du navire

Les performances atteignables de tous les navires militaires sont calculées avant leur construction à partir de maquettes. Les essais, une fois validés, sont complétés par ceux, à la mer, du bâtiment de surface ou du sous-marin.

Ce processus a été présenté à la presse le 8 octobre 2021 au Val-de-Reuil par l’ingénieur en chef de l’armement Laurent Le Saint, directeur du Centre d’expertise et d’essais DGA Techniques hydrodynamiques (CDGA TH). Ce centre étudie aussi les évolutions ou refontes des navires tout au long de leur vie.

Les spécificités navales. A l’inverse des programmes aéronautiques et terrestres, il n’existe pas de prototype pour les essais de programmes navals. La grande complexité et la durée de construction d’un navire impliquent que le premier de la série doit être immédiatement utilisable. Il s’agit de calculer la résistance à l’avancement du navire, à savoir les forces qui s’opposent à son déplacement, en vue d’atteindre la vitesse maximale souhaitée. L’étude de sa « manœuvrabilité » porte sur l’efficacité des manœuvres des navires de surface et la sûreté de la navigation des sous-marins. Celle de sa « tenue à la mer » porte sur sa stabilité et l’intégrité de ses structures. L’expertise de CDGA TH inclut : la conception des propulseurs qui détermine les « signatures hydroacoustiques » ; le lancement d’armes (missiles) hors charge explosive ; les corps remorqués (sonars) ; la fabrication des maquettes ; l’informatique scientifique. Hors construction, un navire nécessite 40 % d’études numériques, 15 % d’expertise, 40 % d’essais sur maquette et 5 % d’essais à la mer. Le CDGA TH dispose de 12.000 cœurs de calcul pour : mettre en place des lois d’extrapolation entre essais sur maquettes et performances attendues à l’échelle réelle ; déterminer la meilleure forme de coque, selon la discrétion attendue, la minimisation de la puissance du navire ou celle de son coût de fabrication. Ainsi, la modélisation du comportement d’un sous-marin porte sur les missions, changements de cap, avaries éventuelles des gouvernails et possibilités de manœuvre selon l’état de la mer.

Les moyens techniques. Phénomène bruyant et corrosif, la « cavitation » produit des petites bulles d’air sur les pales d’une hélice tournant dans l’eau à grande vitesse (photo, en haut à droite). Phénomène identique dans le sillage d’un navire, elle peut réduire l’efficacité de son gouvernail. La modification de la forme ou du nombre de pales de l’hélice compense la perte de poussée due à la cavitation ou améliore la discrétion d’un sous-marin. Le grand tunnel hydrodynamique du CDGA TH, semblable à une soufflerie, permet d’effectuer des essais et recherches sur la cavitation et le bruit rayonné par une hélice ou celui d’un écoulement. La cuve à houle sert à maîtriser l’environnement, le plus représentatif de la réalité, auquel va être soumis le navire. Long de 32 m et large de 10 m, elle génère des houles sur des maquettes de 1,5 m à 8 m de long de navires de surface ou à 1/20ème d’un sous-marin à faible immersion (photo, en haut à gauche). Des essais de houles, à différentes profondeurs, obliques, axiales, régulières, irrégulières ou cumulées, pendant 5 à 10 minutes, correspondent à 1 heure à la mer. Ils portent sur la stabilité avant et après une avarie de navire de surface, l’impact des vagues, de l’amarrage et de la tenue au mouillage. Le bassin de traction B 600, le plus grand d’Europe avec 545 m de long, 15 m de large et 7 m de profondeur, mène des essais de résistance, d’autopropulsion et de tenue à la mer en eau calme et sur houle de face ou arrière (photo, en bas).

Loïc Salmon

Marine nationale : SNA Suffren, campagne d’essais à la mer

Marine : la « marétique », transformation numérique du monde maritime

Armement : la DGA, la défense d’aujourd’hui et de demain




Armée de Terre : prête dans un contexte stratégique incertain

Anticiper l’évolution technologique et conserver au soldat son esprit guerrier en développant ses forces morales constituent les fondamentaux de l’armée de Terre. Celle-ci est amenée à intervenir dans tout type de conflit.

Son chef d’état-major, le général d’armée Pierre Schill, l’a expliqué le 7 octobre 2021 lors de sa présentation annuelle au camp de Satory.

Interopérabilités. L’édition 2021 a mis en valeur quatre particularités : l’intégration des robots, dont le projet Vulcain imagine l’emploi de systèmes automatisés en 2040 ; l’importance croissante des drones, qui modifient la manière de combattre et dont le parc atteindra 3.000 unités en 2023 ; la dimension interarmées avec les participations de l’armée de l’Air et de l’espace et des partenaires allemands et belges ; l’accompagnement des blessés avec un stand de la Cabat (Cellule d’aide aux blessés de l’armée de Terre). En 2020, l’armée de Terre a déploré 16 morts et 33 blessés sur des théâtres d’opération. La perspective d’un engagement majeur ne peut s’envisager que dans le cadre d’une alliance ou d’une coalition. Afin d’y tenir le rôle de nation-cadre, la France développe une interopérabilité opérationnelle et capacitaire avec ses Alliés. Ainsi au Sahel, elle joue un rôle moteur au sein de la force « Takuba » composée de forces spéciales de plusieurs pays européens. En outre, un sous-groupement tactique interarmes français participe à l’opération « Lynx » de l’OTAN en Estonie.

Contexte stratégique. Les dépenses militaires mondiales ont totalisé 2.000 Mds$ en 2020, soit le montant le plus élevé depuis la fin de la guerre froide (1991), indique le général Schill. En octobre 2020, l’affrontement entre l’Azerbaïdjan et l’Arménie s’apparente à un conflit de haute intensité, comparable à celui dans le Donbass entre l’Ukraine et la Russie en 2014. En mai 2021, les hostilités entre l’armée israélienne et les groupes armés de Gaza révèlent la puissance militaire du Hamas, organisation palestinienne non étatique. En août 2021, la dissolution de l’armée afghane et la chute du gouvernement de Kaboul face aux talibans modifient l’équilibre régional et mettent en doute les assurances des alliances de la France. Le déploiement possible de groupes paramilitaires en Afrique (dont la société militaire privée russe Wagner) illustre les modalités de la compétition entre Etats, maintenue au-dessous de l’affrontement. Par l’instrumentalisation des conflits périphériques, certains Etats (dont la Russie et la Chine) cherchent à créer des situations de faits acquis ou des contournements par des procédés d’influence et des offensives effectives, y compris cyber. Les armées, souligne le général Schill, doivent se préparer aux conflits qui se dérouleront dans les zones « grises », face à des stratégies d’opérateurs de plus en plus hybrides.

Moyens. Suite à la revue stratégique de 2017 puis actualisée début 2021, l’armée de Terre remonte en puissance. Elle dispose actuellement de 6.578 blindés, dont 222 chars de combat, 137 véhicules à chenilles et 6.219 blindés à roues. Son artillerie compte 119 canons de 155 mm, 132 mortiers de 120 mm et 13 lance-roquettes unitaires. Ses 283 hélicoptères se répartissent en 86 Gazelle, 67 Tigre, 32 Puma SA 330, 24 Cougar, 8 Caracal, 48 Caïman HH90 et 18 Fennec AS555. Ses 893 drones se répartissent en 30 systèmes SMDR, 579 nano-drones, 278 micro-drones et 6 Drogen (mini-drones pour le génie). L’arsenal est complété par 1.260 systèmes d’armes anti-char, 196 systèmes d’armes sol-air et 23.075 équipements du combattant Félin.

Loïc Salmon

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Grèce : partenariat stratégique et achat de trois frégates FDI

Le 28 septembre 2021, la Grèce a conclu avec la France un partenariat en matière de défense et de sécurité, incluant l’acquisition de trois frégates de défense et d’intervention (FDI) et une en option.

Hervé Grandjean, porte-parole du ministère des Armées, l’a expliqué à la presse le même jour à Paris.

Le partenariat. Les ministres des Armées et des Affaires étrangères des deux pays ont signé un accord pour l’établissement d’un partenariat stratégique. L’article 2 spécifie : « Les parties se portent mutuellement aide et assistance par tous les moyens appropriés et, si besoin, l’emploi de la force armée, si elles constatent conjointement qu’une agression armée survient contre le territoire de l’une d’entre elles. » Il est conforme à l’article 51 de la charte de l’ONU (1945), au traité de l’OTAN (1949) et à celui de l’Union européenne (1993). Cette clause souligne la profondeur et la densité des relations de la France et de la Grèce en matière de sécurité et de défense. Les deux pays avaient déjà publié une déclaration commune sur la sécurité et la défense en 2008, puis signé un texte en 2015. Dans le cadre de ce partenariat stratégique, le 28 septembre et en présence de la ministre française des Armées, le ministre grec de la Défense et les présidents-directeurs généraux des entreprises françaises Naval Group et MBDA (missiles) ont signé un « Memorandum of Understanding » (protocole d’entente). Celui-ci porte sur l’acquisition, par la Marine grecque, de trois FDI construites en France avec une quatrième en option ainsi que leur maintenance et les armements associés. Cette commande fait suite à celles de 24 avions de chasse polyvalents Rafale pour l’armée de l’Air grecque. Une première commande, d’un montant de 2,5 Mds€ et conclue le 29 janvier 2021, porte sur 18 avions, dont 6 neufs et 12 d’occasion prélevés sur le parc de l’armée française de l’Air et de l’Espace. Celle-ci a alors bénéficié d’une commande de 12 appareils neufs à Dassault Aviation pour une livraison en 2025. Une deuxième commande grecque, annoncée le 12 septembre, porte sur 6 Rafale supplémentaires, dont le contrat est en cours de discussions.

Les frégates. Exportée pour la première fois, la FDI est très résiliente aux cyberattaques. Elle déplace 4.650 t et emporte : 32 missiles Aster 30 d’une portée de 3 à 120 km contre avion et de 30 km contre missile de croisière ou antinavire ; des missiles antinavires Exocet, d’une altitude de croisière de 2 m et d’une portée de 42 à 180 km selon les versions ; des torpilles Mu 90, portée de 12 à 23 km selon la vitesse ; des leurres anti-torpilles ; un radar multifonctions Sea Fire à antenne active. La commande grecque, d’un montant d’environ 3 Mds€, n’inclut pas la fourniture d’hélicoptères ni de drones. Naval Group et MBDA assurent les parties navire et armement ainsi que le maintien en condition opérationnelle sur trois ans. Les FDI seront construites à Lorient, avec six « ensembles » sous-traités en Grèce. Le contrat devrait être signé à la fin de l’année, après une étude détaillée de trois mois entre Naval Group et une centaine d’entreprises grecques. Deux FDI seront livrées en 2025 et la 3ème suivra en 2026. Cette commande s’intercale entre celles de 5 FDI, prévues par la loi de programmation militaire pour la Marine française d’ici à 2029. Le calendrier des livraisons, avec quelques mois de retard pour certaines, s’établit ainsi : FDI N°1 en 2024 ; FDI N°2, 2026 ; FDI N°3, 2027 ; FDI N°4, 2028 ; FDI N°5, 2029. Le format des frégates de premier rang reste fixé à 15 unités en 2030 avec les frégates de type La-Fayette rénovées.

Loïc Salmon

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