Combat en zone urbaine : au cœur des engagements actuels

L’armée de Terre dispose d’un « Centre d’entraînement aux actions en zone urbaine » (Cenzub), unique en Europe. Le 28 novembre 2012 au camp de Sissonne (Aisne), elle a organisé une démonstration dynamique devant la presse et des parlementaires des commissions de Défense de l’Assemblée nationale et du Sénat. Pendant une heure, un sous-groupement tactique interarmes (SGTIA) a mis en œuvre drones, hélicoptères, blindés légers et lourds, mortiers et fantassins et pris d’assaut une zone urbaine représentant une ville de 5.000 habitants. Le SGTIA, commandé par un capitaine, regroupe près de 200 hommes et 30 blindés et peut faire appel aux hélicoptères de l’Aviation légère de l’armée de terre. Le Cenzub peut accueillir, en même temps et pendant deux semaines, deux SGTIA qui mettent en pratique les spécificités de ce type de combat. La formation dispensée s’enrichit des retours d’expériences des armées françaises et alliées sur les théâtres d’opérations extérieurs en milieu urbain avec ses menaces spécifiques, dont les engins explosifs improvisés et attaques-suicides. En outre, les types d’engagement les plus probables sont étudiés. Les stagiaires s’entraînent au combat en espace confiné (distances d’engagement de 0 à 100 m, milieu très cloisonné, pièces fermées et zones obscures) et en zone habitée (impacts juridique et d’influence). Ils apprennent à réduire au maximum les pertes dans ce type de combat particulièrement meurtrier. Le Cenzub, où viennent déjà s’entraîner les armées allemande et britannique, doit accueillir un SGTIA des Emirats arabes unis en mai 2013.

Loïc Salmon




Armée de l’Air : création du « Commandement de l’espace »

Depuis le 1er septembre 2019, l’armée de l’Air dispose du « Commandement de l’espace », dont le centre opérationnel est basé à Toulouse avec 220 personnes.

Annoncée le 25 juillet par la ministre des Armées Florence Parly, la création de ce centre vise à fédérer et coordonner tous les moyens du domaine spatial de défense, sous les ordres du chef d’Etat-major des armées et en lien avec le Centre de planification et de conduite des opérations. En outre, un campus spatial sera constitué autour du centre opérationnel avec un « Space Lab », laboratoire innovant du « spatial de défense », en collaboration avec la Direction générale de l’armement et le Centre national d’études spatiales. Enfin, une « Académie de l’espace » sera créée.

Opérations spatiales militaires. Selon le document « Stratégie spatiale de défense », rendu public en juillet 2019 par le ministère des Armées, l’espace exo-atmosphérique devient le cinquième domaine d’action après les milieux terrestre, maritime, aérien et cyber. Les opérations spatiales militaires (OSM) nécessitent des capacités spécifiques : segments sol, moyens de transmission et de contrôle, segments spatiaux, moyens d’exploitation et personnels qualifiés. La « connaissance de la situation spatiale » (sigle anglais SSA) complète et interprète les informations fournies par la surveillance et la trajectographie, obtenues partiellement en France par le système radar Graves, en vue d’élaborer une représentation de la situation dans l’espace. La SSA permet l’évaluation de la menace des systèmes spatiaux adverses sur les satellites français, le territoire national et les forces déployées ainsi que l’identification de l’origine étatique d’un acte illicite. Outre la prévention des risques de collision dans l’espace, elle assure la coordination en cas de brouillage involontaire. Les plateformes spatiales concourent aux fonctions interarmées : renseignement, surveillance et reconnaissance ; alerte avancée et suivi des lancements ; surveillance de l’environnement géographique, physique et humain ; communications ; positionnement, navigation et datation. En toute circonstance, les OSM visent à : conserver les libertés d’accès et d’action dans l’espace ; décourager et mettre en échec tout acteur tiers. Outre des capacités de résilience des moyens spatiaux et de défense dans l’espace, cela implique des mesures préventives sur les plans juridique, économique, médiatique et diplomatique.

Communauté spatiale militaire alliée. Les Etats-Unis jouent un rôle central en matière de SSA, car tous les opérateurs de satellites bénéficient de leur dispositif « Space Track » (suivi des objets spatiaux). L’Allemagne apporte une complémentarité radar au satellite optique français CSO avec le système SARah, pour la reconnaissance, et au radar Graves avec le système Gestra, pour la veille-poursuite. Outre l’échange de données d’observations optique et radar, l’Italie participe aux programmes bilatéraux de satellites de télécommunications, militaire avec Sicral 2 et dual avec Athena-Fidus. Depuis 2016, le Secrétariat général de la défense et de la sécurité nationale pilote un dialogue avec le Japon pour la surveillance de l’espace. Partenaire stratégique de la France dans la zone indopacifique, l’Australie va développer son secteur spatial. Devenue elle aussi partenaire stratégique, l’Inde entretient une coopération historique dans le domaine des lanceurs spatiaux. L’Union européenne développe les programmes civils Galileo (positionnement et navigation) et Copernicus (observation de la terre), avec des volets « sécurité ».

Loïc Salmon

Espace : nouveau théâtre des opérations militaires

Espace exo-atmosphérique : compétition stratégique`

Inde : industrie spatiale civile, mais de plus en plus militaire




Stratégie : éviter le déclassement de l’Europe

Les affirmations de puissance de la Russie, de la Chine, de l’Iran et de la Turquie ainsi que les confrontations hybrides et multiformes mettent en péril la sécurité internationale, avec un risque de déclassement stratégique pour l’Europe. En conséquence, la France réactualise sa « Revue stratégique ».

Alice Guitton, directrice générale des relations internationales et de la stratégie du ministère des Armées, a présenté le document « Actualisation stratégique 2021 » (AS 2021) à la presse, le 21 janvier 2021 à Paris. Dans la préface, la ministre des Armées, Florence Parly, souligne que le bouleversement social et économique majeur dû au Covd-19 a approfondi les clivages et rapports de forces, suscitant de nouvelles tensions sur les ressources et surtout catalysant les menaces.

Amplification des menaces. L’AS 2021 confirme les grandes menaces déjà identifiées dans la Revue stratégique de 2017, indique Alice Guitton : terrorisme djihadiste ; prolifération des armes de destruction massive NRBC (nucléaire, radiologique, biologique et chimique) ; intensification de la compétition militaire de la Russie et de la Chine, qui exploitent l’intégralité des champs de confrontation, dont le cyber et l’espace. En outre, se généralisent des stratégies hybrides, pratiquées notamment par l’Iran et la Turquie, pour exploiter les vulnérabilités des sociétés ouvertes, démocratiques et tolérantes. Pour y faire face, la défense de la France remonte en puissance avec trois objectifs. D’abord, un modèle d’armée complet permettra d’agir dans les champs matériels et immatériels et sur le spectre d’intervention le plus large possible pour conserver la liberté d’action et entraîner des pays partenaires. Ensuite, la base industrielle et technologique de défense joue un rôle majeur dans l’économie française. Enfin, il s’agit de renouveler les capacités nécessaires pour préparer la guerre de demain, y compris un conflit de haute intensité.

Intérêts occidentaux partagés. Dans leur majorité, indique Alice Guitton, les pays européens partagent la vision stratégique de la France ainsi que les Etats-Unis pour la liberté d’action en mer. Les administrations américaines ont maintenu un dialogue en vue de relations équilibrées sur l’ensemble des théâtres. Toutefois, souligne l’AS 2021, l’incertitude de la volonté politique des Etats-Unis à s’engager dans des crises régionales aux frontières de l’Union européenne (UE) rend nécessaire de bâtir un véritable pilier européen de défense et de sécurité, en cohérence avec les évolutions de l’OTAN. Cela implique de consolider l’Europe de la défense, de réduire ses dépendances extérieures et d’élaborer des réponses communes aux agressions hybrides. L’insuffisance des engagements opérationnels de l’UE en Méditerranée et en Afrique pourra être comblée par : l’amélioration des structures européennes de commandement ; le renforcement de l’action commune dans les domaines maritime et aérien ; le partage de moyens opérationnels et de points d’appui dans les zones stratégiques ; l’amélioration des outils d’appréciation de situation et la mise en place de la « Facilité européenne pour la paix ». Afin d’accroître leur interdépendance technologique et industrielle pour assumer leurs responsabilités partagées, les Etats membres bénéficieront du Fonds européen de défense destiné à mettre en cohérence leurs outils capacitaires, grâce à de nouveaux équipements et technologies. La nécessité, pour l’UE, d’une plus grande indépendance se vérifie déjà dans la téléphonie mobile 5 G, l’intelligence artificielle et l’énergie.

Loïc Salmon

Défense : face aux menaces, un modèle d’armée complet

Défense : la stratégie énergétique, un atout opérationnel pour la résilience

Prospective 2030 : tendances lourdes consolidées et ruptures technologiques prévisibles




OTAN : 75ème anniversaire, soutien accru à l’Ukraine et partenariats extérieurs

Lors du sommet de l’OTAN tenu à Washington du 9 au 11 juillet 2024, 75 ans après de sa création, les pays membres ont réaffirmé leur soutien à l’Ukraine jusqu’à la victoire contre la Russie. En outre, l’OTAN approfondit des partenariats extérieurs.

Conseil OTAN-Ukraine. Les 32 chefs d’État et de gouvernement ont souligné « l’entière responsabilité de la Russie dans cette guerre (contre l’Ukraine), « violation flagrante du droit international et notamment de la Charte des Nations Unies ». Ils ont déploré « les souffrances et la destruction causées par la guerre d’agression, illégale et injustifiable, que la Russie a déclenchée en l’absence de toute provocation ». Les Alliés ont lancé le programme « NSATU » de formation et d’assistance à la sécurité en faveur de l’Ukraine, destiné à coordonner les formations et les livraisons d’équipements militaires et aussi à fournir un soutien logistique. Ils ont aussi annoncé l’adoption d’un engagement durable à l’Ukraine pour assurer sa sécurité en incluant un financement de 40 Mds€ pour l’année à venir. Le 11 juillet, le président ukrainien Volodymyr Zelensky a rejoint la réunion du Conseil OTAN-Ukraine, dont les membres lui ont confirmé leur aide pour une adhésion à l’OTAN, lorsque les conditions seront réunies. Le secrétaire général de l’OTAN, Jens Stoltenberg, a indiqué que 20 États membres de l’OTAN ont signé des accords bilatéraux avec l’Ukraine et que ce nombre continue d’augmenter. Il a ajouté qu’un centre d’analyse, d’entraînement et de formation, dénommé JATEC et auquel participera l’Ukraine, sera établi en Pologne, afin d’exploiter les enseignements à tirer de la guerre russo-ukrainienne, notamment en matière de résilience.

Partenariats extérieurs. Le 11 juillet, les dirigeants de l’OTAN ont rencontré ceux d’Australie, de Nouvelle-Zélande, du Japon, de Corée du Sud et de l’Union européenne (UE) pour parler de la sécurité commune. Face à l’alignement croissant de la Russie, de la Chine, de l’Iran et de la Corée du Nord, l’OTAN coopère de plus en plus étroitement avec ses partenaires de la zone Indopacifique et avec l’UE pour préserver la paix et protéger l’ordre international fondé sur des règles. Son secrétaire général a expliqué le rôle déterminant de la Chine dans la guerre de la Russie contre l’Ukraine. Le prochain sommet de l’OTAN se tiendra en 2025 à La Haye (Pays-Bas).

Participation française à l’OTAN. En 2024, la France consacre 2 % de son produit intérieur brut à la défense, objectif fixé par l’OTAN. En outre, sa crédibilité se manifeste par l’interopérabilité dans les exercices interalliés. Ainsi, l’exercice « Steadfast Defender », le plus important de l’OTAN, a mis en cohérence des manœuvres multi-milieux (terre, air, mer et espace) et multi-champs (cyber et informationnel) de la guerre hybride à celle de la haute intensité. Il a englobé les exercices : « Joint Warrior », défense navale en mer de Norvège (25 février-5 mars) ; « Dragon », combats de blindés de haute intensité en Pologne (29 février-14 mars) ; « Nordic Response », combats polaires en Norvège et en Finlande (5-14 mars) ; « Springstorm », défense du territoire en Estonie (22 avril-30 mai) ; « Swift Response », opération parachutiste en Roumanie (5-24 mai) ; « Gran Quadriga », défense du territoire en Lituanie (12-31 mai) ; « Dacian Spring », déploiement d’un poste de commandement de niveau brigade en Roumanie (18-26 mai) ; « Neptune Strike » avec les groupes aéronavals français, américain, espagnol, italien et turc en Méditerranée (26 avril-16 mai). S’y ajoutent notamment : la mission « Aigle » avec un bataillon multinational de 1.000 soldats en Roumanie, où la France est nation-cadre (depuis le 28 février 2022) ; la contribution régulière à la police du ciel dans les pays baltes à partir de la Lituanie (4 Rafale de novembre 2022 à mars 2023 puis 4 Mirage 2000-5 de novembre 2023 à mars 2024) ; le système de défense sol-air Mamba déployé en Roumanie (depuis le 16 mai 2022).

Loïc Salmon

Russie : la BITD s’adapte pendant la guerre contre l’Ukraine

OTAN : pouvoir conserver l’avantage opérationnel

Ukraine : le volet français de la défense du flanc Est de l’Europe




Harcèlement dans les armées : « Thémis » libère la parole

« Thémis », cellule de lutte contre les harcèlements sexuel et moral, la violence et la discrimination au sein du ministère de la Défense, a déjà été saisie 192 fois depuis sa création le 21 juillet 2014. La cellule compte en tout 4 personnes civiles et militaires. Son directeur, le contrôleur général des armées Bernard Ducateau, a présenté la situation à la presse le 11 décembre 2014. Dans la mythologie grecque, Thémis, qui signifie « « la loi divine », est la déesse de la justice, de la loi et de l’équité (photo). En effet, la cellule du même nom recommande aux victimes de déposer une plainte auprès de la Gendarmerie, car seulement 1 viol sur 7 est porté à la connaissance des autorités judiciaires en France. Alors que les affaires de harcèlement sexuel faisaient auparavant l’objet d’une simple enquête de commandement, Thémis a déclenché « une prise de conscience » et reconnaît le statut de la victime, souligne son directeur. Elle s’appuie sur la loi du 4 août 2014 pour l’égalité réelle entre les hommes et les femmes et les articles L 4123-10 et 4123-10-1 du code de la défense. Ceux-ci stipulent que les militaires jouissent d’une protection juridique du ministère de la Défense et qu’aucun militaire ne doit subir de harcèlement sexuel. Avant la création de Thémis, les chefs de corps devaient prévenir un tel comportement, aujourd’hui ils doivent y mettre un terme. Alors que les données des autres ministères sont inexistantes, celui de la Défense publie les siennes. Il emploie 77 % de militaires et 23 % de civils. Sur les 192 saisines (militaires et civiles) indiquées, 66 concernent le harcèlement sexuel. Parmi elles, 53 cas sont antérieurs au 15 avril 2014, date de présentation au ministre d’un rapport sur la question, et concernent des affaires connues, mais mal prises en compte ou qui n’avaient pas été portées à la connaissance du commandement. Avec 50 % des saisines, le téléphone, qui garantit l’anonymat, reste le principal moyen de prendre contact avec Thémis, loin devant la messagerie interne du ministère (32 %) et internet (10 %). Le ministère de la Défense compte 80 % d’hommes et 20 % de femmes… qui constituent 88 % des victimes ayant saisi Thémis ! La cellule permet aux victimes de passer outre à la voie hiérarchique et de s’adresser directement au Contrôle général des armées, rattaché au ministre. Thémis propose à l’autorité hiérarchique des mesures conservatoires, conduit des enquêtes administratives, conseille le commandement et contribue à l’élaboration de statistiques sur les harcèlements, violences et discriminations en tous genres. Elle conseille, soutient et accompagne les victimes dans la durée, pour s’assurer du bon déroulement de leur carrière. Elle les réoriente vers le bon interlocuteur, lorsque leur demande ne relève pas de sa compétence. Parfois, les victimes, mutées à leur demande, n’acceptent pas que leur nouveau chef de corps soit informé de leur infortune, mais souhaitent connaître la sanction disciplinaire infligée à leur agresseur. Des chefs de corps ont été impliqués dans des cas de harcèlement sexuel ou moral, a reconnu le contrôleur général des armées Ducateau. Les victimes ou témoins de comportements suspects peuvent : contacter Thémis par courriel (themis@defense.gouv.fr ou themis@intradef.gouv.fr) par téléphone (01 42 19 88 88) ; parler à un psychologue, via Écoute Défense (08 08 800 321, appel gratuit) ; s’adresser à une association agréée, mais extérieure au ministère (www.stop-violences-femmes.gouv.fr ou appeler le 3919).

Loïc Salmon

Femmes dans les armées : promotion par la compétence et soutien contre le harcèlement

Exposition photographique itinérante « Femmes de la défense »




Arctique : enjeux stratégiques pour la France

Les nouvelles routes commerciales, maritimes et aériennes, et l’appétence de nouveaux acteurs pour l’exploitation de ses ressources pourraient faire de l’Arctique un espace de confrontation.

Cette conséquence du réchauffement climatique est prise en compte par la France, comme l’indique un document rendu public par le ministère des Armées en septembre 2019.

Intérêt stratégique croissant. La surface de la banquise arctique est passée de 14.000 km2 en 2003 à 7.000 km2 en 2011. Malgré des conditions climatiques encore très contraignantes, le passage par le Nord-Est relie l’Europe à l’Asie en longeant les côtes de la Russie pendant l’été. La distance se réduit à 14.000 km, contre 16.000 km par le passage du Nord-Ouest, 21.000 km via le canal de Suez et le détroit de Malacca et 23.000 km via le canal de Panama. Le projet chinois des « nouvelles routes de la soie » inclut une voie maritime par l’océan Arctique. Depuis le début des années 2000, les progrès technologiques permettent aux compagnies aériennes de développer leurs routes polaires, réduisant de 20 % la durée de vol entre l’Amérique du Nord et l’Asie et entre l’Asie et le Moyen-Orient. En conséquence, la Russie modernise ses infrastructures aéroportuaires. Par ailleurs, l’Arctique constitue un enjeu pour l’Union européenne (UE), car : 50 % de la population de la zone est européenne ; 24 % de sa consommation d’hydrocarbures en provient ; elle y a investi 200 M€ dans la recherche depuis 2002. En effet, sur le plan énergétique, 30 % des réserves de gaz et 20 % de celles de pétrole non encore découvertes dans le monde s’y trouveraient. En outre, 25 % des réserves de terres rares, utilisées dans les matériels électroniques, ont été localisées en Russie et au Groenland. Ces perspectives économiques, la remilitarisation de sa côte Nord par la Russie et les investissements de la Chine entraînent une affirmation de la souveraineté des Etats riverains. Canada, Chine, Etats-Unis, Russie, UE, Allemagne, Danemark, Norvège, Grande-Bretagne et Suède ont publié leur stratégie arctique. Depuis 2016, la France s’est dotée d’une feuille de route nationale sur l’Arctique.

Activités et présence. Le groupe Total possède 20 % du capital de la compagnie russe Yamal LNG, en vue d’une production de 16,5 Mt/an de gaz naturel liquéfié (GNL) dans la péninsule de Yamal, et a pris une participation de 10 % dans le consortium international Arctic 2, pour une production de 19,8 Mt de GNL dans celle, russe, de Gydan. Leurs recherches scientifiques ont donné aux Pays-Bas, à la France, l’Allemagne, l’Espagne, l’Italie, la Pologne, la Grande-Bretagne et la Suisse le statut d’observateur au Conseil de l’Arctique (Canada, Danemark-Groenland, Etats-Unis, Finlande, Islande, Norvège, Suède et Russie). Dans ce cadre, ont été conclus des accords de coopération pour la recherche et le sauvetage en mer et d’intervention en cas de pollution par hydrocarbures. La France participe à la gouvernance de la zone dans le cadre de l’OTAN et de l’UE.

Participations militaires. Pour assurer la sécurisation de la zone arctique, la France déploie des missions de défense en Alaska, au Canada, au Groenland, en Islande, Norvège, Suède, Finlande et Russie. En 2018, le bâtiment de soutien et d’assistance hauturier Rhône a emprunté le passage du Nord-Est, sans l’aide de brise-glace. La même année, la France, 2ème contributrice, a engagé 2.700 militaires de la Marine nationale et des armées de l’Air et de Terre dans l’exercice OTAN « Trident Juncture 18 » (51.000 militaires de 31 pays) en Norvège, Islande et Atlantique Nord.

Loïc Salmon

L’océan Arctique : atouts économiques, guerre froide larvée

Chine : routes de la soie, un contexte stratégique global

Marine nationale : un BSAH autour du monde, via l’Arctique




Europe : industrie de défense et forum stratégique à Paris

Simultanément à la publication par la Commission européenne d’une stratégie pour l’industrie de défense et d’une proposition de programme pour l’investissement de défense, l’Académie de défense de l’École militaire (ACADEM) organise, à Paris les 13 et 14 mars 2024, un forum international sur l’Europe.

Le 7 mars 2024, le ministère des Armées a publié un communiqué sur l’industrie de défense européenne et le général de corps d’armée Benoît Durieux, président de l’ACADEM, a présenté le forum à la presse.

Industrie de défense européenne. Le document de la Commission européenne sur la « Stratégie européenne pour l’industrie de défense » présente une vision à l’horizon 2035 selon cinq axes : investir mieux, ensemble et entre Européens ; assurer une meilleure disponibilité des équipements de défense ; un volet financement ; consolider une culture de préparation à la défense ; un volet partenariats, principalement avec l’Ukraine et l’OTAN. Le ministère français des Armées prend en compte ce qui sera défini comme « produit européen », à savoir conçu et fabriqué sur le sol européen. Il rappelle que l’industrie de défense doit répondre aux besoins des armées de chaque pays et que la vente d’équipements dépend de mesures définies au niveau national. Par ailleurs, la Commission européenne propose la création d’un Programme européen pour l’investissement de défense avec une enveloppe budgétaire de 1,5 Md€.

Contexte international tendu. Le général Durieux souligne que la Russie apparaît objectivement comme un péril pour l’Europe dans un monde où le repères se brouillent. Ainsi, l’ex-président des États-Unis Donald Trump (2017-2021), à nouveau candidat en 2024, a laissé entendre, le 10 février, que l’intervention des États-Unis ne serait pas automatique en cas d’attaque de la Russie contre un pays membre de l’OTAN. Il a répondu à un président d’un État membre : « Non je ne vous protégerai pas. En fait, je les encouragerai à faire ce qu’ils veulent ». Vous devez payer vos dettes ». Il faisait allusion aux pays membres qui ne consacrent pas encore 2 % de leur produit intérieur brut à la défense, pourcentage qui devrait être atteint par 18 pays membres (dont la France) sur 31 en 2024. Par ailleurs, le général Durieux a rappelé que de nombreux pays trouvent normal de ne pas condamner l’agression russe en Ukraine, que la violence politique se banalise et que l’organisation islamiste palestinienne a lancé une attaque terroriste contre Israël (7 octobre 2023), sans oublier les tensions en mer de Chine et les nombreuses attaques cyber récurrentes.

Forum international stratégique. Selon l’ACADEM, 2.600 personnes se sont inscrites au forum, qui réunit 215 conférenciers autour de 38 tables rondes et 3 ateliers continus. Parmi les invités, 68 nationalités sont représentées, dont : 80 personnes de la délégation franco-lituanienne (président lituanien et plusieurs ministres) ; 82 diplomates (22 ambassadeurs en poste) ; 41 parlementaires français et étrangers ; 39 attachés de Défense (42 attachés de. Défense adjoints) ; 26 officiers généraux étrangers (hors attachés de Défense) ; 128 officiers généraux français (59 en activité) ; 22 présidents-directeurs généraux de la base industrielle et technologique de défense. Le premier thème porte sur les architectures de défense et de sécurité de l’Europe, en raison de la proximité géographique de la guerre. Celle-ci appelle à accompagner l’innovation de rupture technologique, en tenant compte du changement climatique et de l’efficacité énergétique. Le deuxième thème aborde la géopolitique à l’Est, en mer Baltique, en Méditerranée, en Afrique et dans la zone indopacifique, où les ambitions territoriales de la Chine impliquent une « négociation coercitive entre États ». Le troisième thème concerne les milieux terrestre, maritime, aérien, spatial, cyber et informationnel, l’influence et le nucléaire.

Loïc Salmon

Ukraine : les enseignements de deux ans de guerre

Défense : l’ACADEM, rayonnement de la pensée stratégique française

Technologie : guerre électronique, cyber et renseignement




Exposition photographique itinérante « Femmes de la défense »

Avec 15 % de femmes parmi son personnel militaire en 2012, l’armée française est la plus « féminisée » d’Europe, devant celles de la Grande-Bretagne (9,7 % en 2010) et de l’Allemagne (9,1 % en 2010). Elles servent dans tous les domaines, sauf les sous-marins en raison de la promiscuité à bord. Toutefois, le programme des futurs sous-marins nucléaires d’attaque « Barracuda » prévoit des aménagements pour leur embarquement. Sur les 60.000 femmes du ministère de la Défense, 38 % sont civiles. Les autres, au nombre de 33.000 dans les armées, représentent 6 % des militaires engagés en opérations extérieures. Une exposition photographique itinérante, inaugurée le 29 août 2013 par Jean-Yves Le Drian, ministre de la Défense, et Najat Vallaud-Belkacem, ministre des Droits des femmes et porte-parole du gouvernement (photo), leur est consacrée. Elle en montre 23 dans leur quotidien : pilote de chasse à Saint-Dizier, navigateur en mer Rouge, secrétaire au sein du groupement Terre au Tchad, infirmière militaire en Jordanie, réserviste chef de groupe section Vigipirate à l’aéroport Roissy Charles-De-Gaulle, ingénieur civil expérimentateur navigant à Cazaux, commandant du bâtiment école Panthère à Brest, chef de projet à Paris, gendarme au Bourget, directeur de pont d’envol en océan Indien, mécanicienne armement à Solenzara, chasseur alpin à Paris, commandant supérieur des forces armées en Polynésie française à Tahiti, chef d’équipe appui image drone en Afghanistan, pilote d’hélicoptère à Saillagouse, juriste à Paris, adjoint chef d’escouade transport en Côte d’Ivoire, directeur d’essais à Biscarrosse, convoyeuse de l’air au Mali, chef d’équipe chargée de prévention à Paris, manœuvrier en surveillance maritime au large de la Birmanie, conducteur de chien à Chabeley et… parachutiste en Afghanistan ! Une femme haut fonctionnaire a été nommée à l’égalité des droits en 2012 au sein du ministère de la Défense et un observatoire de la parité établi en 2013 pour appuyer son action. Les femmes peuvent accéder au grade d’officier général : elles sont déjà une dizaine à la Direction générale de l’armement, quelques unes au Service de santé des armées et au Commissariat (service interarmées) et… une dans la Marine ! La voie a été ouverte par le médecin général Valérie André, présente à l’inauguration de l’exposition photographique à l’Hôtel de Brienne (Paris). Résistante et pilote d’hélicoptère, elle totalise plus de 4.200 heures de vol, 129 missions de guerre en Indochine, 365 missions de guerre en Algérie et 7 citations. Titulaire des croix de Guerre 1939-1945 et des Théâtres d’opérations extérieures, de la croix de la Valeur militaire, de la Médaille de l’aéronautique et de la Legion of Merit (Etats-Unis), elle est Grand-Croix de la Légion d’Honneur et de l’Ordre national du Mérite. L’exposition est présentée sur les grilles du 231 boulevard Saint-Germain à Paris, siège du ministère de la Défense et de l’Etat-major des armées. Elle passera notamment à Toulon (15 octobre-7 novembre), Toulouse (7-30 novembre) et Lyon (mars 2014).

Loïc Salmon

Une deuxième femme amirale

Femmes en guerre 1940-1946




Espace : système GEOTracker®, surveillance optique renforcée

Le ministère des Armées et ArianeGroup ont signé, le 16 décembre 2021 à Paris, un contrat de surveillance renforcée de l’espace sur des orbites de 2.000 km à 36.000 km par GEOTracker®, pour réagir vite et efficacement aux menaces émergentes.

André-Hubert Roussel, président exécutif d’ArianeGroup, le responsable Défense et son adjointe ont présenté ce système à l’Association des journalistes de défense le 15 décembre à Paris.

Système GEOTracker®. Ce contrat constitue une extension, financée par le Commandement de l’espace (CdE), de celui sur le service de données de positionnement, d’orbitographie et d’analyse de 2017. ArianeGroup dispose d’un réseau mondial de capteurs optiques et d’un centre de commande et de contrôle centralisé, qui automatise et traite rapidement les données orbitales. GEOTracker® fournit une couverture permanente à 360 °, qui permet au CdE de détecter, suivre et contribuer à la caractérisation d’objets spatiaux, actifs ou inactifs, afin d’établir la situation spatiale et de protéger les satellites français. En 2021, se déplacent dans l’espace : 1.500 satellites actifs et 2.900 inactifs ; 23.000 objets supérieurs à 10 cm ; 500.000 entre 1 cm et 10 cm ; plusieurs millions de débris inférieurs à 1 cm. Parmi les satellites, 41 % sont américains, 13 % chinois, 12 % européens, 9 % russes, 4 % japonais et 21 % divers. GEOTracker® utilise le laser et l’intelligence artificielle pour détecter le comportement d’un satellite qui, s’il se déplace, effectue une mission particulière. Du 8 au 12 mars 2021, GEOTracker® a participé à l’exercice tactique et opératif d’entraînement aux opérations spatiales militaires « Aster’X », piloté par le CdE sur le site de Toulouse du Centre national d’études spatiales. Un exercice similaire est prévu en 2022. Cela permet de voir les équipements, défensifs et offensifs, des satellites en orbite, d’établir la situation sur une zone géographique et d’envisager des scénarios d’attaque. Vu qu’un satellite parcourt plusieurs dizaines de km en quelques secondes, la surveillance permanente de 100.000 objets nécessite une réflexion, au niveau européen, sur la mise en œuvre et le partage de moyens à améliorer, afin de tenir une situation en temps réel. Déjà, en juin 2021, la Commission européenne a sélectionné ArianeGroup pour les projets de surveillance spatiale « Sauron » et « Integral ». D’ici à 2025, GEOTracker® disposera d’un grand réseau de télescopes répartis sur une vingtaine de stations sol pour réaliser un catalogue de plusieurs milliers d’objets.

Lanceurs et missiles. ArianeGroup, co-entreprise à parité du constructeur aéronautique européen Airbus et du motoriste aéronautique et spatial français Safran, emploie 8.800 personnes (filiales comprises) en France et en Allemagne et a réalisé un chiffre d’affaires de 2,7 Mds€ en 2020. Il assure la maîtrise d’œuvre des lanceurs européens civils Ariane 5 et Ariane 6, des recherche et développement à l’exploitation. Pour la dissuasion nucléaire de la France, il contrôle le cycle de vie, des études amont au démantèlement, des missiles balistiques M51 de la Force océanique stratégique et en effectue l’adaptation permanente au contexte stratégique et aux systèmes de défense des grandes puissances nucléaires. Par ailleurs, ArianeGroup conçoit les futurs « planeurs hypersoniques », destinés aux frappes dans la profondeur et que développent les Etats-Unis, la Chine et la Russie. Lancés d’un avion, d’un sous-marin ou d’une plateforme mobile, ils parcourront environ 4.000 km à 60-80 km d’altitude dans une atmosphère raréfiée.

Loïc Salmon

Espace : « Keraunos », le laser pour la communication optique

Espace : un commandement dédié pour comprendre et agir

Espace : sécurisation en question et dissuasion nucléaire




Sûreté en mer : enjeux de puissance et de souveraineté

En 2019, la piraterie et le brigandage maritime ont augmenté dans le golfe de Guinée, mais se sont stabilisés en Asie du Sud-Est. La piraterie reste faible au large de la corne de l’Afrique, mais le brigandage s’est accru dans les Caraïbes.

Ce constat, dressé par le premier rapport annuel du « MICA Center » (Centre d’expertise français à compétence mondiale dédié à la sûreté maritime), a été rendu public par la Marine nationale le 6 janvier 2020.

Approches maritimes menacées. Le terme « approche maritime » désigne la portion d’espace maritime qui inclut la zone économique exclusive en face d’un pays côtier donné. Se situant en général également au large du territoire d’autres Etats, cet espace peut connaître des attaques de pirates venant d’autres pays. Le rapport établit une liste des dix principales approches maritimes touchées par la piraterie et le brigandage avec le nombre d’événements en 2019 : Nigeria, 54 ; La Grenade, 30 ; Indonésie, 30 ; Saint Vincent et Grenadines, 18 ; Malaisie, 16 ; Panama, 12 ; Cameroun, 11 ; Venezuela, 7 ; Pérou, 6 ; Colombie, 6. La « piraterie » se définit comme un acte de violence commis en haute mer à des fins privées et hors des eaux territoriales. Voici le bilan par zone en 2019 avec une comparaison avec l’année la plus touchée : Asie, moins de 50 événements en 2019 contre 250 en 2015 ; Afrique de l’Ouest, environ 60 contre 90 en 2014 ; Afrique de l’Est, moins de 5 contre 10 en 2014 ; Amérique latine, moins de 5 contre 10 en 2017. Le « brigandage » correspond à un acte illicite, commis à des fins privées, contre un navire, des personnes ou des biens à son bord dans les eaux intérieures, les eaux archipélagiques ou la mer territoriale d’un Etat. Voici le bilan par zone en 2019 avec une comparaison avec l’année la plus ou la moins touchée : Asie, un peu plus de 40 contre un peu moins de 140 en 2014 ; Amérique latine, environ 110 contre moins de 40 en 2014 ; Afrique de l’Ouest, un peu moins de 60 contre 25 en 2014 ; Afrique de l’Est, moins de 5 contre moins de 10 en 2017. La forme des actes de piraterie ou de brigandage varie selon les régions et les saisons : enlèvement des membres d’équipage à des fins de rançon ; détournement de navires pour servir de bâtiment mère ; vol de la cargaison, notamment d’hydrocarbures ; vols avec violence ou larcins, dont les criminels peuvent tirer profit comme les accessoires du navire ou les biens personnels de l’équipage.

Coopération navale. Le MICA Center centralise les alertes en cas d’attaque, diffuse l’information utile vers les navires présents sur la zone, pour leur permettre de se protéger, et les centres compétents pour déclencher une intervention chaque fois que c’est possible. En outre, il évalue la situation sécuritaire dans les différentes zones, grâce aux signalements volontaires, et publie des bilans réguliers. La cellule « golfe de Guinée » assure le suivi et le traitement des actes de piraterie et de brigandage à partir de Brest et de Portsmouth. En effet, l’accord franco-britannique MDAT-GoG combine la connaissance de la région de la Marine française et son savoir-faire en matière de contrôle naval avec l’expertise technique britannique. Environ 950 navires sont enregistrés au MDAT-GoG, pour un suivi quotidien de 430 navires en moyenne. Pour la Corne de l’Afrique, le MICA Center héberge, à Brest, la cellule MSC-HOA, subordonnée au commandement, à Rota (Espagne), de l’opération européenne « Atalante » de lutte contre la piraterie en océan Indien. Le MICA Center entretient aussi des relations avec des organismes similaires à Singapour, en Inde et à Madagascar.

Loïc Salmon

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303 – Dossier : “La piraterie… contenue, mais pas éradiquée”