EXPOSITION ITINÉRANTE « CHAMPIONS SPORTIFS DÉCORÉS DE LA CROIX DE GUERRE »

A l’occasion de la tenue en France des Jeux Olympiques et Paralympiques en 2024, l’exposition itinérante « CHAMPIONS SPORTIFS DÉCORÉS DE LA CROIX DE GUERRE » est présentée au public à SAUMUR (49) au Musée de la Cavalerie, Place Charles de Foucauld 49400 Saumur, du mercredi 17 septembre jusqu’au dimanche 4 janvier 2026. L’exposition sera ouverte aux horaires d’ouverture des espaces ouverts au public :

en septembre : du lundi au dimanche de 10H00 à 18H30 ;

d’octobre 2025 à janvier 2026 : du lundi au dimanche de 10H00 à 17H00. Fermé le jeudi.

L’exposition sera inaugurée lors des cérémonies du 11 novembre 2025 en présence des autorités civiles et militaires du département.

L’exposition itinérante, inaugurée au mois d’avril 2024 au Service historique de la Défense par Madame la Ministre déléguée auprès du Ministre des Armées, chargée de la Mémoire et des Anciens combattants, est présentée au public dans toute la France, depuis cette date.

L’exposition et le Livre mémorial édité à cette occasion ont été réalisés par l’Association nationale des croix de guerre et de la valeur militaire en partenariat avec le Service historique de la Défense, le Centre national des sports de la Défense et la Fédération des clubs de la Défense.

L’exposition est présentée à Saumur en partenariat avec le Musée de la Cavalerie et l’Association des amis du Musée des Blindés et de la Cavalerie (AAMBC).




Arctique : espace de confrontation potentielle, stratégie de la France

Espace d’expression de puissance pour plusieurs pays, la région arctique représente un espace d’intérêt stratégique croissant avec des enjeux climatique, économique, géopolitique et militaire.

Tristan Claret-Trentelivres, chef du département prospective et contre-prolifération à la Direction générale des relations internationales et de la stratégie, l’a expliqué lors d’une conférence de presse tenue le 10 juillet 2025 à Paris.

Contexte stratégique. Le réchauffement climatique de la zone arctique est deux fois plus rapide qu’ailleurs. Le dégel progressif rend accessibles des ressources minières et énergétiques sous-marines. Selon l’ONU, la région dispose de 13 % des réserves de pétrole et 30 % des réserves de gaz non encore découvertes ainsi que 130 Mt de terres rares et de métaux critiques, surtout en Russie, au Sud du Canada et au Groenland. Le retrait progressif de la calotte glaciaire, en été, ouvre progressivement la voie maritime du Nord-Est entre l’Europe et l’Asie, via les eaux russes. En 2050, cette route réduirait de 40 % la durée du trajet avec des gains logistiques et économiques. Selon sa doctrine navale de 2022, la Russie considère la région comme un intérêt vital en raison de la présence de sa Force océanique stratégique. Elle y déploie un dispositif complet pour agir dans tous les champs de conflictualité. Depuis 2018, la Chine se positionne comme un pays proche de l’Arctique et une puissance polaire. Elle cherche à y légitimer sa présence, développer son expertise scientifique et renforcer ses capacités commerciales. Elle investit dans les infrastructures portuaires, la construction de brise-glace et les télécommunications. En 2024, la Russie et la Chine ont signé un mémorandum de coopération entre leurs forces de sécurité intérieures et organisent des patrouilles conjointes de garde-côtes. Depuis 2019, les États-Unis ont signé des accords avec les pays scandinaves en vue d’élargir leurs installations logistiques et d’ouvrir de nouveaux sites d’entraînements militaires dans la région. En 2023, la Grande-Bretagne a annoncé l’ouverture d’une base militaire dans le Nord de la Norvège et mène des missions aériennes de renseignement, de surveillance et de reconnaissance à la frontière finlando-russe. Le Canada, la Norvège, la Finlande et la Suède modernisent leurs flottes de garde-côte, renforcent leurs infrastructures et accroissent leurs partenariats locaux. Ottawa développe ses capacités militaires et civiles depuis 2024, pour mieux contrôler le passage du Nord-Est, et Oslo a relevé le niveau d’alerte de ses forces armées en 2022. L’OTAN y a renforcé sa présence avec l’intégration effective de la Finlande et de la Suède en 2023.

Enjeux pour la France. Son appartenance à l’OTAN et à l’Union européenne (UE) lie stratégiquement la France à 7 des 8 pays membres du Conseil de l’Arctique, à savoir le Canada, le Danemark, les États-Unis, la Finlande, l’Islande, la Norvège et la Suède, le huitième étant…la Russie ! Cela implique la mise en œuvre des clauses de défense collective conformément à l’article 5 du traité de l’Atlantique-Nord ou l’article 42 de celui de l’UE. Les bouleversements géographiques rapprochant l’Europe du Pacifique imposent à la France de préserver sa capacité de projection et d’action militaires en Arctique. Celle-ci doit sécuriser ses approvisionnements en ressources énergétiques et garantir la protection des personnes et des biens français et européens. Le ministère des Armés peut y assurer des missions de recherche et de sauvetage, de lutte contre la pollution accidentelle et d’appui logistique dans un environnement extrême. Outre le dialogue politico-militaire et la coopération (renseignement, logistique et entraînements conjoints) entre les pays alliés, le pilier capacitaire nécessite des moyens spatiaux spécifiques (surveillance maritime, télécommunications et exploitation des orbites polaires), la mise en place de senseurs et le renforcement des systèmes de protection existants.

Loïc Salmon

L’océan Arctique : atouts économiques, guerre froide larvée

Arctique : enjeux stratégiques pour la France

Marine nationale : un BSAH autour du monde, via l’Arctique




Intelligence artificielle : applications au milieu aérospatial

L’intégration de l’intelligence artificielle (IA) à la gestion du champ de bataille aérien sur les plans stratégique, opératif et tactique permet d’accélérer la boucle OODA (observer, orienter, décider et agir) à partir des retours d’expérience des conflits.

Le capitaine Malcolm Pinel, chef de la section « enseignements stratégiques de la chaire de stratégie aérienne et spatiale appliquées » du Centre des études stratégiques et aérospatiales, l’a expliqué au cours d’un colloque organisé, le 28 mai 2025 à Paris, par l’Institut de recherche stratégique de l’École militaire.

Israël. Le bilan de l’attaque terroriste du mouvement politico-militaire palestinien Hamas, à l’intérieur d’Israël depuis la bande de Gaza le 7 octobre 2023, se monte à 1.995 victimes et plus de 250 otages. Quelques mois après, le site web d’investigation israélien +972 Magazine signale que l’unité militaire israélienne 8-200, spécialisée dans le décodage et l’analyse des informations d’origine électromagnétique, a développé deux logiciels d’IA concourant au ciblage. Ce processus consiste à réaliser un dossier d’objectif, en vue d’une éventuelle frappe pour produire de effets. Le logiciel Habsora agrège une grande quantité d’informations de plusieurs sources, à savoir renseignements d’origine électromagnétique, écoutes téléphoniques, témoignages, images satellitaires, vidéos de drones et autres informations en source ouverte sur un immeuble, une voiture ou une personne, qui va devenir une cible. Installé dans une base aérienne israélienne, l’opérateur d’Habsora va recommander une cible. Puis un second logiciel, dénommé Lavander, va intégrer ces flux de renseignements, y ajouter des conversations téléphoniques et des mails puis proposer, selon certains paramètres, le degré de probabilité qu’une personne soit membre du Hamas. Par exemple, un homme pourrait l’être à 45 % si sa sœur est politiquement engagée et soutient financièrement le Hamas. A titre indicatif, en avril 2024, selon des médias israéliens, ces logiciels auraient désigné jusqu’à 37.000 combattants ou militants du Hamas ou du Jihad islamique palestinien, parmi les 2,3 millions d’habitants de Gaza, comme cibles potentielles de bombardements aériens. Ce processus de renseignement, souligne le capitaine Pinel, soulève la question de l’importance de l’opérateur qui décide de transmettre une cible à l’échelon opératif, afin qu’un effet soit délivré sur elle, notamment par l’envoi de drones de reconnaissance tactique. Ces derniers, de tailles diverses, évoluent d’un mètre à mille mètres d’altitude au profit du combattent d’infanterie. Son « imageur » permet au drone d’identifier ce qu’il voit et d’aider l’opérateur à interpréter l’image. Par exemple, si le drone voit du matériel, un petit cadre rouge s’affiche avec sa spécification. S’il voit un homme armé d’une arme légère ou d’un RPG (lance-roquettes individuel), l’image du combattant sera détourée pour que l’opérateur puisse l’identifier avec précision. Dans les combats en zone urbaine, les opérateurs de ces logiciels ont ainsi appuyé la manœuvre terrestre par l’envoi de petits drones dans des pièces d’habitations pour éviter de pertes humaines. Le Hamas a publié des faux enregistrements audios et vidéos générés par l’IA. De leur côté, les communicants de l’armée israélienne ont utilisé l’IA pour traduire automatiquement et diffuser massivement les vidéos d’interrogatoires de prisonniers membres du Hamas, afin d’exercer une influence dans le champ informationnel. Par ailleurs, les 8 et 9 septembre 2024, des commandos de l’Air israéliens de l’unité spéciale Shaldag, spécialisée dans les opérations clandestines, les recherches et le sauvetage d’otages, ont neutralisé un camp d’entraînement militaire iranien sur le territoire syrien, quatre mois avant la chute du régime de Bachar al-Assad. Lors de la préparation de l’opération, ils ne disposaient pas de renseignement d’origine humaine à l’intérieur du camp. Toutefois, grâce à l’IA, ils ont réussi à en modéliser les tunnels et les infrastructures à l’aide d’images satellitaires et de renseignements d’origine électromagnétique. Le fait de diffuser cette information entre aussi dans le champ informationnel.

Le théâtre ukrainien. Les forces armées russes et ukrainiennes ont intégré l’IA pour la reconnaissance au niveau des imageurs de drones pour cibler les objectifs avec précision et, estime le capitaine Pinel, peut-être dans la phase de guidage final. Cela implique un drone piloté par un opérateur et quelqu’un derrière, équipé d’un casque et d’une télécommande, pour guider le drone. Les drones suicides ou munitions téléopérées FPV nécessitent en effet d’être guidés jusqu’à la cible. Il semblerait que l’IA en soit capable en cas de brouillage. Quoique pourvue de peu de moyens, l’armée ukrainienne s’est montrée particulièrement agile, notamment dans l’innovation numérique en matière de commandement et de contrôle des opérations (C2). Des groupes d’opérateurs ont développé une application numérique dénommée Delta à base d’IA et qui relie le combattant, en train de préparer sa mission dans sa tranchée, aux échelons supérieurs au niveau du commandement de la brigade et jusqu’au poste de commandement opératif, voire stratégique. Delta centralise tous les flux de données satellitaires, vidéos des drones, renseignements électromagnétiques et observations des opérateurs et des combattants en temps réel.

Les États-Unis. Le retour d’expérience du conflit ukrainien inspire l’armée de Terre américaine pour la réalisation d’un outil de gestion du champ de bataille. Ainsi le « Maven Smart System » représente un saut technologique du C2 intégrant l’IA et l’apprentissage automatique pour les opérations de ciblage et de logistique. En outre, les avions de chasse sont équipés d’un système d’alerte radar, qui capte les signaux des radars et des armements adverses. L’intégration de l’IA permettrait de les classifier et, en cas de détection d’une émission électromagnétique non reconnue, de proposer des options d’actions au pilote. Elle équipera le futur avion de chasse Boeing F-47, dont le développement a été annoncé le 21 mars 2025. Le programme NGAD de supériorité aérienne de la prochaine génération, lancé par l’armée de l’Air, suspendu en 2024 à cause de son coût puis relancé en 2025, consiste en un avion de chasse avec un système de drones ailiers, comme le projet européen SCAF (système de combat aérien du futur). En 2020, à la demande de l’Agence chargée de la recherche et du développement des technologies émergentes destinées aux forces armées (DARPA, similaire à la Direction générale de l’armement), l’entreprise américaine de défense et de sécurité Lockheed Martin a expérimenté une simulation de combat aérien entre deux IA. En 2023, l’armée l’Air a procédé une simulation de combat entre un chasseur F-16, piloté par un humain, et un drone, piloté par un logiciel intelligent mais avec la présence d’un opérateur par sécurité. L’IA sera installée sur les avions et non sur les drones, car la réglementation en vigueur interdit le vol d’un drone piloté par l’IA au-dessus du territoire des États-Unis. Selon le capitaine Pinel, l’IA va occuper une place majeure dans les opérations aériennes. Elle permettra de gagner du temps dans l’élaboration de scénarios de conflictualités en Indopacifique ou au Proche-Orient. Déjà, la DARPA finance un programme de scénarios, mis en œuvre par l’entreprise britannique de défense BAE Systems. Enfin, des études en cours portent sur l’application de l’IA dans la gestion des bases de données, la maintenance et la logistique des vecteurs nucléaires.

Les limites. L’efficacité de l’IA dépend de la qualité des données injectées dans les algorithmes, avertit le capitaine Pinel. Celles-ci peuvent être incomplètes, biaisées, non représentatives ou intoxiquées par un autre acteur. Il s’agit donc de réduire ces risques dans les opérations militaires, où les principes de discrimination, de proportionnalité et d’humanité entrent en compte.

Loïc Salmon

Drones : retour d’expérience de la guerre en Ukraine

Marine nationale : l’IA dans la guerre navale future

Défense : la simulation et l’IA pour la conception des armements




L’École militaire, une histoire en cartes postales

Depuis sa création en1751, l’École militaire es à la fois témoin et actrice de l’histoire militaire, de celle de Paris et de celle de la France. Média populaire à partir du XXème siècle, la carte postale en donne un aperçu.

Décidée par Louis XV, la construction de l’école répond au besoin de doter l’armée française de chefs et d’officiers maîtrisant le métier des armes et l’art du commandement. A l’issue de leur scolarité, les jeunes officiers rejoignent un régiment, d’infanterie, de cavalerie, d’artillerie ou la Marine. La création de l’école fait suite à la victoire de Fontenoy remportée par le maréchal de France Maurice de Saxe contre l’Angleterre (1745) … et à l’édification de l’Hôtel des Invalides par Louis XIV (1674) ! Le financement est assuré par l’impôt prélevé sur les jeux de cartes, l’établissement d’une loterie, devenue nationale par la suite, et les contributions personnelles du financier Joseph Pâris-Duverney et de la marquise de Pompadour, favorite du roi. Les travaux durent 80 ans, en raison de l’aménagement de l’esplanade du Champ-de-Mars, de plusieurs arrêts et des évènements politiques. Ils mobilisent successivement les architectes Ange-Jacques Gabriel (dont le restaurant intérieur de la Rotonde porte le nom), Étienne-Louis Bouillé et Alexandre-Théodore Brongniart, qui réalisera en partie le Palais de la Bourse à Paris. Un certain Napoléon Bonaparte, âgé de 16 ans, sort de l’École royale militaire de Paris en 1785 avec son brevet de sous-lieutenant d’artillerie. Dix ans plus tard, général de brigade, il y installe le quartier général de l’armée de l’Intérieur qu’il commande. Son neveu, Napoléon III, agrandit l’école en 1856 avec les pavillons « Cavalerie » et « Artillerie ». Lors de la Commune de Paris, l’École militaire, abandonnée par la Garde impériale, est investie en 1871 par les Fédérés, qui y installent 200 pièces d’artillerie mais ne s’en servent pas face aux troupes du général Douay, dont les premières balles touchent la façade le 22 mai. L’une d’elles frappe le grand miroir du Salon des maréchaux, dont l’impact est toujours visible. Les « Cours militaires spéciaux », institués par décret le 18 février 1876 et installés à l’Hôtel des Invalides, sont transformés en « École supérieure de guerre » en 1880, transférée l’année suivante à l’École militaire. Élève en 1885-1887, le chef d’escadron Ferdinand Foch y enseigne plus tard l’histoire militaire, la stratégie et la tactique générale. Il en prend le commandement comme général de brigade entre 1908 et 1911 et termine sa carrière comme généralissime des armées alliés et maréchal de France en 1918. L’École militaire a servi de cadre à deux événements de l’affaire Dreyfus. Le capitaine Alfred Dreyfus, déclaré coupable de trahison au profit de l’Allemagne, y est dégradé devant 4.000 soldats le 5 janvier 1895 puis envoyé au bagne en Guyane. L’événement n’a pas été immortalisé par des cartes postales mais par une illustration, largement reproduite dans la presse, et la couverture en couleurs de l’hebdomadaire Le Petit journal du 13 janvier 1895. Réhabilité par la Cour de cassation le 16 juillet 1906, Dreyfus est réintégré dans l’armée et promu chef d’escadron le lendemain puis fait chevalier de la Légion d’honneur le 21 juillet dans l’enceinte de l’École militaire. Cette fois-ci, chaque étape de la cérémonie est décrite sous forme de reportage par une dizaine de cartes postales. En juin 1940, l’établissement est transformé en caserne par les autorités militaires allemandes. Le 25 août 1944, il est libéré par des éléments de la 2ème Division blindée du général Leclerc. Devenue centre de réflexion et de stratégie, l’École militaire, héberge une vingtaine d’organismes de formation supérieure, qui reçoivent des officiers aguerris et des gens issus du monde civil. Les cursus des officiers les destinent à occuper des responsabilités de haut commandement et, pour certains, au sein des hautes institutions de l‘État.

Loïc Salmon

« L’École militaire, une histoire en cartes postales », Lionel Pétillon. Éditions Pierre de Taillac, 152 p., illustrations, 24,90 €.

L’École militaire, une histoire illustrée

Enseignement militaire supérieur : former les chefs d’aujourd’hui et de demain

Défense : l’ACADEM, rayonnement de la pensée stratégique française




Technologie : le quantique pour garantir la souveraineté et l’autonomie stratégique

Calcul, capteurs, cryptographie, communications quantiques et technologies habilitantes au quantique augmenteront les capacités opérationnelles des armées en vue de conserver l’avantage.

Lors d’une conférence de presse le 12 juin 2025 à Paris, l’ingénieur général de l’armement Jean-Baptiste Paing, architecte du système de défense « renseignement, connectivité et numérique », a expliqué le quantique de défense. Ensuite, l’ingénieur principal de l’armement Ming Long, « manager calcul numérique » à l’Agence du numérique de défense, a présenté le programme « Proxima ».

Le quantique. La puissance quantique permet de rendre l’invisible perceptible et l’imprévisible prédictible, souligne l’ingénieur général Paing. La physique quantique étudie le comportement des particules à l’échelle microscopique, dont les lois diffèrent profondément de celles de la physique classique. Selon le principe de superposition, une particule peut exister dans deux états à la fois. Selon celui de l’intrication, deux particules peuvent être interconnectées quelle que soit la distance, de sorte que toute action sur l’une aura un effet immédiat sur l’autre. Selon « l’effet tunnel », des particules peuvent franchir une sorte de mur d’énergie. Base de l’électronique moderne (laser), la physique quantique ouvre la voie à diverses technologies de rupture. Ainsi les capteurs quantiques permettront d’atteindre des performances ultra précises, conférant une supériorité opérationnelle. Déjà, le « gravimètre », embarqué sur les navires hydro-océanographiques de la Marine nationale, effectue des mesures absolues du champ de gravité terrestre, malgré des mouvements de houle élevés. Les cartes ainsi établies permettent aux sous-marins une navigation assez précise. Pour les très basses fréquences utilisées par les armées, la longueur des antennes, actuellement de plusieurs mètres, sera réduite à quelques centimètres sur les porteurs des systèmes d’armes futurs pour détecter l’ennemi plus loin et plus vite. Les communications quantiques, entre ordinateurs et capteurs, visent à comprendre les phénomènes de distribution et d’intrication,  en vue d’un internet ultra-sécurisé à l’horizon 2030-2050. La cryptographie post quantique devra faire face à l’émergence de la menace d’un ordinateur quantique capable de rendre les communications « en clair ». La mutualisation des efforts publics et privés va s’organiser en cercles concentriques au sein d’un « campus quantique défense ». Le ministère des Armées constitue le noyau dur avec la Direction générale de l’armement, les services de renseignement et les armées pour l’analyse de la menace. Un noyau plus étendu regroupe l’État et les industriels pour partager des feuilles de route communes, afin d’exercer une influence sur les instances de normalisations internationales. Enfin, le cercle externe intègre le milieu académique, les investisseurs et les partenaires internationaux. L’État a déjà investi 1 Md€ sur la période 2021-2025. La Chine, l’Allemagne, les Pays-Bas et la Grande-Bretagne ont lancé des programmes nationaux sur le quantique. L’Union européenne devrait engager des programmes communs en 2028-2034.

Le programme Proxima. Le calcul quantique présente des retombées dans la cryptanalyse, les matériaux, la planification et la logistique, indique l’ingénieur principal Long. Lancé en mars 2024, le programme Proxima vise à disposer de deux prototypes d’ordinateurs quantiques de 128 qubits (unités d’informatique quantique) en 2032. Il bénéficie d’un investissement de 500 M€ et se déroule en deux phases de sélection à 4 ans (3 projets) et 8 ans (2 projets). Cinq startups portent cinq technologies différentes : Alice & Bob, qubits bosoniques ; C12, spins d’électrons dans des nanotubes de carbone ; Pasqual, atomes neutres refroidis par lasers ; Quandela, ordinateurs quantiques photoniques ; Qobly, spin d’électrons sur une technologue de semi-conducteurs.

Loïc Salmon

Technologie : une plateforme nationale de calcul quantique

Défense : le numérique et la supériorité opérationnelle

Défense : l’essor du numérique sur le champ de bataille




Marine nationale : l’IA dans la guerre navale future

Face au risque de déclassement, la Marine doit adapter les technologies et méthodes éprouvées dans le monde civil, dont l‘approche centrée-donnée augmentée par l’intelligence artificielle (IA), la connectivité et l’amélioration continue. L’autonomie de décision restera garantie par un regard critique sur les informations transmises.

La Marine nationale a présenté son projet de « Stratégie d’intelligence artificielle pour la guerre navale » (SIGNAL) dans un document rendu public en mai 2025.

Conserver l’avantage dans la durée. Le domaine naval allie en permanence des dynamiques capacitaires dans le temps immédiat avec des programmes inscrits dans le temps long. Les prochaines ruptures capacitaires incluent l’accélération de renouvellement des puces à hautes performances, les télécommunications laser, le quantique, le développement des drones et les systèmes autonomes. Il s’agit de les intégrer aux grands programmes navals pour leur permettre d’évoluer. Le porte-avions de nouvelle génération, l’avion de patrouille maritime futur et le sous-marin lanceur d’engins de troisième génération, déjà en cours de préparation, devraient entrer en service après 2035. SIGNAL vise à valoriser les données contribuant au combat naval, à la résilience et à la performance des forces à la mer. L’intégration des briques technologiques de la donnée et de l’IA améliore les capacités d’analyse pour gagner du préavis dans l’action. L’IA embarquée sur des plateformes (aéronefs et bâtiments de surface) assure le continuum entre le contrôle de l’équipement et le contrôle des données. Cela permet de croiser des données issues à chaud du système de combat (environnement immédiat) avec celles à froid provenant de systèmes opérationnels et organiques. Dans une logique de combat, il s’agira d’accroître le niveau d’informations pertinentes de bout en but, via des connectivités adaptées aux contraintes des technologies de la donnée qui permettent débits importants et faible latence (temps total entre l’action de l’utilisateur et la réception de la réponse). Parallèlement, il faudra conserver le socle de connectivité résiliente : capacité de déconnection ; gammes de fréquences moyennes et basses ; liaisons de données tactiques ; messagerie non classifiée. Des algorithmes d’IA permettront d’échanger des données au sein de la force navale et avec les centres à terre dans le tempo du besoin opérationnel.

Efficacité opérationnelle. Dans le domaine aéromaritime, l’ascendant opérationnel s’articule autour des supériorités informationnelle, décisionnelle et de l’engagement. Il s’inscrit dans un contexte de révolution numérique, de développement exponentiel des drones, des capacités aéronavales et de l’IA. L’adversaire combine les effets d’action dans les zones « grises » (seuil d’agression entre la guerre et la paix), d’une masse considérable de drones et de l’autonomie de systèmes létaux. La prise de décision dépend d’une profonde transformation des architectures et mécanismes de traitement et de valorisation des données. SIGNAL cherche à mieux comprendre la situation afin de décider à temps, grâce aux outils de la configuration « homme-machines ». Dans le traitement manuel, les processus nécessitent l’intervention humaine directe. Dans un cycle partiellement automatisé, les machines effectuent une partie du travail tandis que l’humain s’assure que les processus se déroulent normalement et vérifie l’exactitude des données. Lorsque les machines sont suffisamment précises et autonomes pour fonctionner de manière indépendante, l’humain se contente de surveiller les automatismes. Déjà, la guerre russo-ukrainienne en mer Noire et les ripostes occidentales aux attaques des rebelles Houthis en mer Rouge modifient la conduite de la guerre navale. Elles mettent en œuvre des architectures de stockage de données, des algorithmes d’IA et de nouvelles formes de connectivité, comme le « New Space » (industrie spatiale d’initiative privée) et les radios à très haut débit. Les pays compétiteurs de la France profitent aussi de ces technologies, qui contribuent au développement de nouvelles menaces imposant de repenser les processus et les systèmes. D’ici à 2030, toutes les unités de combat de la Marine auront embarqué l’IA. A l’horizon 2035, celles en service auront suffisamment évolué pour bénéficier des possibilités du partage de la donnée et de l’IA à l’échelle de la force navale. La réalisation du projet « Artemis.IA », piloté par l’Agence du numérique de défense, a été lancé en 2022 par la Direction générale de l’armement pour le traitement massif de données et d’IA, dont profitera la Marine nationale. Cela implique de nouveaux métiers pour ses personnels, afin d’acquérir et de développer les compétences nécessaires.

Soutien industriel. Le secteur privé, notamment les groupes américains GAFAM (Google, Apple, Facebook, Amazon et Microsoft), investit considérablement dans le numérique, l’IA et le quantique. Le champ d’application de l’IA se trouve porté par les cas d’usage (aides à la décision) civils, duaux et militaires. Les marins « experts métiers », embarqués sur des unités navales et aéronavales, peuvent construire les cas d’usages spécifiques avec les développeurs, tout en apportant les garanties de protection du secret industriel. Les marins disposeront de ces technologies, intégrées aux systèmes d’armes, pendant la préparation opérationnelle et en opérations. L’usage de l’IA militaire embarquée repose sur quatre briques technologiques complémentaires. La première, dite infrastructure de stockage et de traitement de données, permet les technologies du « Cloud » (disponibilité de ressources informatiques à la demande) et des puces à hautes performances telles que les GPU (circuits électroniques capables d’effectuer des calculs mathématiques à grande vitesse). Elle inclut des architectures logicielles de serveurs aux performances élevées, à haute sécurité et présentant une faible latence. La deuxième brique ou infrastructure d’échange et de partage de données s’appuie sur des algorithmes d’IA d’optimisation de l’emploi du spectre électromagnétique, afin de parer aux risques d’une exposition accrue aux cyberattaques et de l’indiscrétion électromagnétique d’une force. La troisième brique concerne les mécanismes d’interopérabilité et de sécurité par la technologie émergente ZT/DCS. La sécurité est traitée par le réseau mais aussi par la donnée elle-même, dans une logique de défense en profondeur autorisant l’usage de technologies duales sans renoncer à la souveraineté. Les investissements de recherche des GAFAM permettent les avancées les plus rapides qui s’imposent comme normes d’interopérabilité, car elles irriguent les industries de défense et l’OTAN. La quatrième brique concerne la capacité de production d’algorithmes en interne au sein de la Marine. L’IA sera intégrée par étapes successives. En deux ans, un prototype de croisement de données, dénommé « Data Hub Embarqué », a été conçu, réalisé et déployé sur une puis plusieurs unités de combat. Grâce à lui, un bâtiment de surface reçoit, d’un satellite surveillant une zone, des informations qui sont d’abord labellisées par des experts métiers puis exploitées par des ingénieurs « Cloud » et des développeurs « big data ». Ces informations sont lors valorisées par l’État-major de la marine, l’État-major des armées, la Direction générale de l’armement et les industriels, en vue de leur réutilisation par les forces maritimes. A moyen terme, il faudra définir les systèmes embarqués sur les futurs sous-marins, navires de surface, hélicoptères et drones avec des « architectures centrées-données ». Celles-ci permettront aux plateformes de s’affranchir des Data Hub Embarqués.

Synergie interarmées. Le projet SIGNAL s’inscrit dans le réseau Multi-Senseurs Multi-Effecteurs de l’État-major des armées pour accélérer la boucle OODA (observer, orienter, décider, agir) en partageant les mêmes standards de sécurité portés par la donnée, afin de dominer l’adversaire.

Loïc Salmon

Défense : stratégie des armées sur l’intelligence artificielle

Défense : la simulation et l’IA pour la conception des armements

Défense : l’IA et la simulation pour la formation des personnels




OTAN : la « Task Force X » et la surveillance de la Baltique

L’initiative « Task Force X » de l’OTAN préconise les drones pour renforcer la détection d’intrus, face aux menaces maritimes et aux sabotages de câbles et de gazoducs sous-marins en Baltique.

L’amiral Pierre Vandier, commandant suprême allié pour la transformation de l’OTAN (ACT en anglais) l’a présentée à la presse le 26 juin 2025 à Paris.

Innovation et industrie. Lors du dernier sommet à La Haye (24-25 juin), les 32 pays membres de l‘OTAN ont décidé de porter leur effort de sécurité à 5 % de leur produit national brut à l’horizon 2035 ainsi réparti : 1,5 % pour la protection des infrastructures critiques et des réseaux et pour la préparation de la société à la résilience ; 3,5 % pour les dépenses militaires et la réalisation d’objectifs capacitaires. Sur ce dernier point, l’ACT avait négocié auparavant les contributions des 32 États. L’accélération de l’innovation technologique dans tous les domaines et sur tous les théâtres d’opérations change la donne et permet d’obtenir un effet de masse d’armements peu chers. Parallèlement, les programmes plus complexes nécessitent recherche, énergie, savoir-faire et moyens industriels. L’ACT, (1.000 personnes) doit organiser la cohabitation entre les deux secteurs. Elle passe les innovations au crible du terrain pour faciliter l’entrée des États membres sur des marchés nouveaux dans une logique d’interopérabilité, notamment pour la surveillance maritime. Il s’agit de mettre les industriels en compétition pour amener les plus performants vers le succès opérationnel. Récemment, l’ACT a loué à une entreprise américaine un service spatial de 200 satellites pour surveiller 18 Mkm2 de Mourmansk à la mer Noire. Chaque passage repère une nouveauté, à savoir tranchée, bâtiment ou gare de triage, qu’un renseignement électromagnétique, humain ou satellitaire à haute résolution permettra de préciser ce qui s’y passe.

Task Force X. En janvier 2025 à la suite du sectionnement d’un câble sous-marin, l’OTAN a lancé la mission « Sentinelle de la Baltique » pour en renforcer la surveillance par des avions, corvettes et bâtiments garde-côtes. Le mois suivant, pour la compléter, l’ACT lance un appel d’offres à des entreprises de construction de drones, retient 10 projets sur 70 et procède ensuite à des essais à Upinniemi (Finlande), Gotland (Suède), Gnieben (Danemark), Ustka (Pologne) et Rostock (Allemagne). Les expérimentations ont vérifié que les flux de données peuvent s’agréger et qu’ensuite il sera possible d’y intégrer de l’intelligence artificielle. Elles ont mobilisé 40 drones de surface et 30 drones aériens ou sous-marins complémentaires. En juin, le Commandement maritime de l’OTAN a ainsi pu disposer de deux flottes de drones de surface et sous-marins, l’une dans le golfe de Finlande et l’autre dans le détroit du Danemark en vue de décider le pistage d’un bateau, selon la situation tactique et en fonction du traitement de nombreuses vidéos. La compilation des détections par des bâtiments de surface (en jaune sur la photo) et des drones (en bleu) ont permis de repérer, fin juin, un pétrolier chinois commandé par un capitaine russe de la « flotte fantôme », utilisée par la Russie pour contourner les sanctions internationales consécutives à son invasion de l’Ukraine. Les Russes ont tenté de brouiller les drones. L’exercice « Dynamic Messenger 2025 », prévu en septembre, vise à réaliser la dimension offensive. L’OTAN n’ayant pas d’armée, des discussions sont en cours sur la mise en place d’une flotte commune de drones de surface par les pays riverains de la Baltique (Norvège, Suède, Finlande, Lettonie, Estonie, Lituanie, Pologne et Allemagne) pour une surveillance permanente et pour militariser les drones, comme le fait l’Ukraine en mer Noire. A titre indicatif, la surveillance en cours de la Baltique avec des frégates et des avions de patrouille maritime coûte environ 4 à 5 M€ par jour. Les expérimentations de la Task force X ont nécessité la location pendant un mois de 40 drones navals pour seulement 10 M€.

Loïc Salmon

AAE : participation à la protection de l’espace aérien des pays baltes

Ukraine : les enseignements de trois ans de guerre

Drones et robots en mer : toujours garder l’homme dans la boucle de décision




Méditerranée : champ d’actions parallèles de la Russie et de la Chine, mais visées différentes

La Russie et la Chine cherchent à contrer l’influence des pays occidentaux en Méditerranée, l’une par le déploiement de moyens militaires importants et l’autre surtout par des échanges commerciaux et des investissements accrus.

Dans une étude publiée en octobre 2024 par l’Institut de recherche stratégique de l’École militaire, les chercheuses Céline Marangé, spécialiste de la Russie et de l’Ukraine, et Carine Pina, spécialiste de la Chine, ont présenté les ambitions de Moscou et de Pékin en Méditerranée.

Stratégies divergentes. Depuis une décennie, la Russie place la région méditerranéenne au centre de sa contestation de l’influence occidentale. Elle recourt à des interventions armées et des actions hybrides, s’appuie sur des grands projets énergétiques et d’importants transferts d’armements et cultive des relations privilégiées avec les dirigeants de pays soutenus autrefois par l’Union soviétique. La Chine poursuit son expansion économique en augmentant ses échanges commerciaux et ses investissements dans les entreprises stratégiques et les infrastructures régionales. Afin de protéger ses intérêts matériels et humains dans la région, elle y a développé des capacités sécuritaires et policières. Outre des déploiements navals en Méditerranée, elle y procède à des exercices militaires bilatéraux. Par ailleurs, tout en maintenant un fort potentiel en mer de Chine et dans le détroit de Taïwan, elle démontre sa capacité de projection lointaine de forces en participant à des exercices communs avec des forces armées russes, biélorusses, tanzaniennes et mozambicaines. Toutefois, la sécurité se conçoit différemment en Chine et en Russie. Pour Pékin, le maintien de la sécurité interne et externe nécessite un développement économique et social du territoire national et de celui des partenaires commerciaux. Pour Moscou, la sécurité passe d’abord par le contrôle des pays limitrophes et la puissance s’exprime par la domination. En Méditerranée, Chine et Russie ne connaissent pas de fortes rivalités ni de répartitions tacites des rôles, comme en Asie centrale, susceptibles de déboucher sur une alliance militaire.

Russie, volonté de puissance. La mer permet d’attaquer la terre, rappelle Céline Marangé, mais aussi à démultiplier les moyens de frappe et de dissuader. Les sous-marins lanceurs d’engins russes restent stationnés en mer Blanche pour la dissuasion nucléaire. La présence d’une flotte russe en Méditerranée facilite l’accès aux océans mondiaux et réduit le temps de transfert de forces armées dans la région en cas de conflit. Comme à l’époque soviétique, cela nécessite d’obtenir des facilités portuaires pour protéger le Sud et les eaux territoriales de la Russie et contester la domination des flottes de l’OTAN. En outre, la Marine russe développe ses capacités de dissuasion conventionnelle et de déni d’accès à un théâtre. Présente pendant 30 ans en Méditerranée, la 5ème Escadre soviétique a été démantelée en 1992 puis reconstituée en 2013 sous le nom d’Escadrille de la Méditerranée à partir de bâtiments de surface de la Flotte de la mer Noire et de sous-marins de celle du Nord. L’Escadrille a bénéficié de la modernisation de la Flotte de la mer Noire qui a acquis trois frégates et six sous-marins d’attaque, dont deux étaient stationnés sur la base navale de Tartous (Syrie) avant 2022. Les autres accès à la mer restent difficiles, en raison du sous-développement de l’Extrême-Orient russe et de la complication du passage par la Baltique, peu profonde. Avant l’invasion de l’Ukraine le 24 février 2022 et les attaques de drones et missiles ukrainiens, la base navale de Sébastopol (Crimée) constituait un havre plus sûr que celle de Novorossijsk (voir carte), pourtant renforcée depuis l’indépendance de l’Ukraine en 1991. Les sous-marins et navires de surface de la Flotte de la mer Noire sont équipés de missiles de croisière Kalibr d’une portée de 2.000 km. Déployée en Méditerranée, cette flotte a bénéficié de la bulle de défense sol-air des bases de Tartous (navale) et Hmeimim (aérienne). Dix jours avant l’attaque russe contre l’Ukraine, des exercices des forces navales et aériennes russes de Méditerranée ont mobilisé 15 navires et 30 avions, dont un bombardier Tu-22M3, des chasseurs MiG-31K et des systèmes de missiles hypersoniques Kinjal. Ce dispositif visait à parer à toute éventualité en raison du déploiement d’un groupe aéronaval américain en Méditerranée orientale. Le 28 février, au titre de la Convention de Montreux, la Turquie a fermé l’accès des détroits des Dardanelles et du Bosphore aux bâtiments de guerre russes. Ceux présents à Tartous ont été ravitaillés par des navires civils venus de la mer Noire puis envoyés en Baltique. Depuis, les forces ukrainiennes ont coulé 28 bâtiments russes, dont le croiseur Moskva. En janvier 2023, la flotte russe en Méditerranée comptait 10 navires, dont 5 armés de missiles Kalibr. Fin 2023, le dernier sous-marin équipé de Kalibr a quitté Tartous pour la Baltique. Tous les bâtiments stationnés en Crimée ont rejoint Novorossijsk. La guerre en Ukraine affecte la posture russe en mer Noire et en Méditerranée, car la construction navale russe subit les effets des sanctions occidentales. Sans l’annexion de la Crimée en 2014 et son soutien à l’armée syrienne pendant la guerre civile en 2015, la Russie n’aurait pu accroître sa puissance en Méditerranée. Depuis 2022, elle chercherait à obtenir des facilités portuaires à Tobrouk (Libye), l’île de Djerba (Tunisie) et Mers el-Kébir (Algérie).

Chine, rayonnement mondial. Depuis le lancement du projet « Nouvelles Routes de la Soie » en 2013, la Chine a développé sa flotte maritime de commerce, qui totalise 249,2 millions de tonnes de jauge brute en 2023 et transporte 15,9 % du trafic mondial. En outre, indique Carine Pina, elle investit dans les ports concernés par ce projet pour en améliorer les services logistiques. Ses entreprises publiques Cosco, China Merchant Port et Hutchison Port Holdings détiennent des parts importantes dans les infrastructures des ports de Malte, du Pirée (Grèce), de Valence (Espagne), de Gênes, Savone, Trieste et Naples (Italie), de Fos (France), de Sines (Portugal), de Cherchell (Algérie), de Port-Saïd et Alexandrie (Égypte), d’Ashdod et de Haïfa (Israël), d’Istanbul Ambarli (Turquie) et de Tanger (Maroc). La Chine a aussi construit la voie ferrée rapide entre le Pirée, Belgrade (Serbie) et Budapest (Hongrie). Par ailleurs, Huawei Marine Networks a investi dans le câble sous-marin Hannibal, entre la Tunisie et l’Italie, et dans le câble Peace entre le Pakistan, l’Est de l’Afrique, le détroit de Bab el-Mandeb et la zone économique et commerciale de Teda au bord du canal de Suez. Des entreprises chinoises ont construit ou pris des participations dans neuf autres câbles sous-marins desservant le Moyen-Orient. Les exportations de la Chine vers les pays méditerranéens ont progressé grâce aux Nouvelles Routes de la Soie, sauf vers Chypre, Malte et la Syrie : France, 42.094 M$ en 2023 contre 28.975 M$ en 2014 ; Espagne, 39.661 M$ (21.501 M$) ; Italie, 44.536 M$ (28.759 M$) ; Portugal, 5.794 M$ (3.137 M$) ; Grèce, 12.798 M$ (4.185 M$) ; Turquie, 38.919 M$ (19.305 M$) ; Algérie, 9.498 M$ (7.395 M$) ; Libye, 3.917 M$ (2.157 M$) ; Maroc, 6.477 M$ (2.963 M$) ; Tunisie, 2.024 M$ (1.235 M$) ; Égypte, 14.980 M$ (10.460 M$) ; Israël, 15.023 M$ (7.739 M$) ; Liban, 2.389 M$ (2.604 M$). Parallèlement et depuis vingt ans, la Chine développe sa « diplomatie militaire » par la projection de forces navales avec des escales en Algérie, au Maroc, en Tunisie, au Portugal, en Grèce, en Italie et en Turquie. Ses navires ont participé à des exercices avec la Marine égyptienne. En 2015, deux frégates et un pétrolier-ravitailleur chinois, qui participaient à la lutte contre la piraterie dans le golfe d’Aden, ont rejoint six bâtiments russes pour des manœuvres. En 2017 et 2018, des bâtiments chinois ont franchi le canal de Suez et traversé la Méditerranée pour participer à des exercices avec la Marine russe en Baltique.

Loïc Salmon

Chine et Russie : affirmations de puissance et difficultés internes

Asie centrale : enjeu sécuritaire pour la Chine et la Russie

Chine : une stratégie de plus en plus mondiale




CEMA : les menaces des grands pays compétiteurs

La Russie, l’Iran et la Chine, principaux pays compétiteurs de la France, constituent des menaces périphériques sur le respect de ses engagements, à savoir la fiabilité de ses positionnements, en Europe, au Moyen-Orient et dans la zone Indopacifique.

Le général d’armée Thierry Burkhard, chef d’État-major des armées (CEMA), l’a expliqué au cours d’une conférence de presse, tenue le 11 juillet 2025 à Paris.

La Russie. Puissance conventionnelle et nucléaire, la Russie constitue la menace la plus proche et la plus durable de la France, qu’elle a qualifiée officiellement d’adversaire principal en Europe. Par sa mentalité d’État totalitaire et ses efforts colossaux pour construire son système de forces, elle se positionne en puissance de nuisance. Elle dispose d’un modèle d’armée complet avec des capacités de brouillage, de guerre électronique, de défense sol-air et d’artillerie à longue portée. L’étagement de l’engagement de ses forces conventionnelles s’agrège à la guerre informationnelle. Sa dissuasion nucléaire repose sur des vecteurs terrestres, sous-marins et aériens à long rayon d’action et des armes stratégiques et tactiques avec une doctrine et une chaîne de commandement robuste et testée. La Russie dispose d’un grande profondeur stratégique caractérisée par sa superficie, qui s’étend sur 11 fuseaux horaires et lui permet de tenir économiquement, et la capacité d’endurance de sa population, renforcée par un endoctrinement de la jeunesse remis en œuvre depuis les années 2000. Vis-à-vis de la France, les actions de la Russie s’exercent sous la forme de la guerre hybride, multi-milieux et multi-champs. Dans le champ informationnel, qui s’étend aux pays occidentaux, elles visent, via des agents tiers utilisables qu’une fois, à dénigrer l’image de la France en Afrique et à déstabiliser la cohésion de sa population sur le territoire national. Dans le cyber, la Russie a déjà recouru à des sous-traitants pour saboter des entreprises d’armement allemandes. Des satellites russes manœuvrent pour gêner les trajectoires de satellites français ou s’approcher d’eux pour les brouiller ou les espionner. Des indices portent à croire que la Russie pourrait mettre en orbite des satellites spécialisés, qui seraient un peu en dehors des règles du Droit de non-militarisation de l’espace. Sous les mers, des sous-marins nucléaires d’attaque russes pénètrent régulièrement en Atlantique Nord près de la Grande-Bretagne, s’approchent même des côtes américaines et vont parfois jusqu’en Méditerranée surveiller des zones importantes pour la France. En surface, le navire océanographique Yantar, collecteur de renseignements, embarque des robots sous-marins autonomes capables de couper des câbles sous-marins à 6.000 m de profondeur. Les bombardiers à long rayon d’action, basés au Nord de la Russie et capables d’emporter des armes nucléaires, contournent la Norvège et passent au-delà de la Grande-Bretagne pour rechercher les groupes de porte-avions américains et alliés. Enfin, la Russie a conduit des opérations offensives sous une forme de couverture nucléaire pour dissuader les autres pays d’aider l’Ukraine. Sa dissuasion nucléaire, défensive, y a perdu un peu de sa crédibilité et de sa clarté d’emploi.

L’Iran. Par la détention d’otages, l’Iran pratique le terrorisme d’État et mène des actions déstabilisatrices aux Proche et Moyen-Orient. Il apporte son soutien aux organisations terroristes Hamas à Gaza et Hezbollah au Liban ainsi qu’aux Houthis au Yémen. Outre sa menace récurrente de fermer le détroit d’Ormuz, il tente de relancer son programme nucléaire militaire en dehors de toute surveillance.

La Chine. Dans sa compétition systémique avec les États-Unis, la Chine n’épargne pas la France dans les domaines économique et technologique, en pratiquant l’espionnage et le dénigrement. Elle remet en cause la liberté de circulation en mer de Chine méridionale et agit directement pour influer sur les modes de gouvernance des États de l’Asie du Sud-Est.

Loïc Salmon

Russie : la BITD s’adapte pendant la guerre contre l’Ukraine

Moyen-Orient : la confrontation Israël-Iran de juin 2025

Chine : capacité militaire accrue et puissance perturbatrice




Moyen-Orient : la confrontation Israël-Iran de juin 2025

L’affrontement direct entre Israël, aidé par les États-Unis, et l’Iran du 13 au 24 juin 2025 laisse des incertitudes sur les destructions des infrastructures et des vecteurs balistiques relatifs au programme nucléaire iranien et leurs conséquences.

Tel a été le thème d’une conférence en ligne organisée, le 2 juillet 2025, par la Fondation pour la recherche stratégique. Y sont notamment intervenus Laure Foucher, maître de recherche et Alice Joyeux, chargée de recherche.

Stratégie de l’Iran. A l’issue de la guerre Iran-Irak (1980-1988), Téhéran développe un programme balistique, pilier d’une dissuasion conventionnelle, faute d’une force aérienne capable de frapper loin, explique Alice Joyeux. Un arsenal massif de missiles balistiques devrait dissuader ou punir d’éventuelles agressions. Le programme inclut les missiles de croisière et les drones. Il doit pouvoir menacer des cibles stratégiques, à savoir des villes, des bases militaires et des infrastructures énergétiques en Israël, mais aussi dans les autres pays du golfe Arabo-Persique. Cette force aérospatiale du Corps des gardiens de la révolution islamique compte trois catégories de missiles. D’abord  les Shahab 3 balistiques, dérivés des Scud et datant de l’époque soviétique, manquent de précision. Ensuite, sauf le Qader de courte portée (220 km), les missiles de moyennes portées, comme l’Emad (1.700 km), le Sejil (2.000 km), le Kheibar Shekan (1.450 km) et les Fattah 1 et 2 (1.400 km), peuvent atteindre Israël. Avant juin 2025, le parc iranien était estimé à 3.000 missiles balistiques. Par ailleurs, les sites de lancement, souvent souterrains et répartis dans des dizaines de bases dans le pays et surtout à l’Ouest pour atteindre Israël, sont configurés pour coordonner des salves afin de saturer les défenses sol-air ennemies.

Stratégie d’Israël. Face à une dissuasion conventionnelle iranienne statique reposant sur le volume et la saturation, Israël a adopté une dissuasion active, mobile, technologiquement très avancée et interopérable avec celle des États-Unis, indique Alice Joyeux. L’opération « Rising Lion » visait à désorganiser la chaîne du commandement militaire de l’Iran, neutraliser ses capacités balistiques et porter un coup d’arrêt à son programme nucléaire. Israël a justifié cette attaque préventive pour empêcher des représailles massives par des missiles conventionnels ou, à terme, nucléaires. L’opération a commencé par l’élimination physique d’une trentaine d’officiers supérieurs, dont le chef d’État-major général des armées, le commandant du Corps de gardiens de la révolution islamique et des responsables de haut niveau du programme balistique (15 auraient été tués). Dès le 13 juin, ont été ciblés les sites d’enrichissement d’uranium de Natanz, d’Ispahan et d’Arak, les sièges des centres de recherche et des archives nucléaires et les ateliers de fabrication des centrifugeuses. Dans la nuit du 21 au 22 juin, des bombardiers lourds américains Northrop B2 Spirit sont intervenus pour détruire des sites enfouis, dont celui de Fordo, avec des bombes anti-bunker GBU-57 guidées avec précision et à fort pouvoir de pénétration (60 m avant explosion). Les avions de chasse israéliens F-15 ont frappé les tunnels d’accès aux dépôts et sites souterrains de fabrication de missiles balistiques. Des drones suicides, infiltrés en Iran par le Mossad (service de renseignement extérieur israélien), ont été lancés contre des lanceurs mobiles, repérés lors des attaques aériennes israéliennes en avril et octobre 2024. Chaque activation à distance de ces lanceurs émet un signal radar ou thermique, qui permet de les détruire très rapidement. Selon Israël, environ 120 lanceurs mobiles auraient été détruits, soit le tiers du parc iranien. En outre, des drones et des chasseurs F-35 auraient neutralisé 80 batteries sol-air, dont des S300, des Bavar 373 et des Khordad 15. Pendant 12 jours, environ 1.000 sorties aériennes, avec des engagements simultanés de plus de 200 avions ont été rendues possibles grâce à plus de 600 ravitaillements en vol, dont une partie par l’armée de l’Air américaine, et l’ouverture des espaces aériens jordanien et irakien avec l’accord des États-Unis. Outre les frappes, la guerre électronique (brouillage radar et désactivation des communications) a désorganisé la réponse iranienne. De son côté, l’Iran aurait tiré environ 550 missiles balistiques et plus de 1.000 drones pour saturer les défenses israéliennes. Selon Israël, 90 % des interceptions auraient réussi, contre 80 % en 2024, grâce à une architecture de défense aérienne multicouches qui inclut : le « Dôme de fer » avec des missiles de courte portée (40-70 km) ; la « Fronde de David », moyenne portée (jusqu’à 300 km) ; les missiles Arrow 2 et 3 capables d’interception dans l’espace exo-atmosphérique. La contribution américaine inclut les systèmes THAAD (150-5.000 km), contre les missiles balistiques, les Aegis embarqués sur des bâtiments en mer, les radars, la coordination du commandement et le réseau de surveillance spatiale. Aucun avion israélien n’a été abattu et l’aviation iranienne est restée invisible. Selon Alice Joyeux, cela s’explique par l’asymétrie entre la technologie et la doctrine iraniennes. Téhéran dispose de nombreux missiles S200, anciens et faiblement connectés, et de quelques S300, plus performants, mais pas de défense aérienne multicouches ni de doctrine unifiée. Drones, brouillages et missiles ont rendu aveugles tous les systèmes de défense aérienne et désarticulé la chaîne de commandement, rendue partiellement inefficace. Censée être la mieux défendue, la capitale Téhéran a été frappée sans rencontrer d’opposition. Juste avant le cessez-le-feu, un radar actif iranien, qui s’était allumé, a été immédiatement neutralisé. Toutefois, en douze jours, Israël a consommé une grande partie de son stock de missiles, qui coûtent plusieurs millions d’euros l’unité. Outre ceux du « Dôme de fer », il aurait tiré 40 missiles Arrow et 39 THAAD. Au bout de cinq jours, il a dû demander aux États-Unis un renfort de sa capacité de défense.

Incertitudes sur la suite. La viabilité du cessez-le feu depuis le 24 juin semble incertaine sur le long terme, estime Laure Foucher. Une évaluation fiable des frappes américano-israéliennes prendra du temps et dépend de la reprise effective des inspections de l’Agence internationale de l’énergie atomique sur les sites nucléaires iraniens. Malgré les tractations en cours entre le Qatar, l’Iran, Israël et les États-Unis, il s’agit davantage d’une cessation des hostilités qu’un véritable cessez-le feu. Celui-ci détermine les engagements des parties et les « lignes rouges » à ne pas dépasser. La perspective d’un accord politique et technique permettrait de régler durablement la question du programme nucléaire militaire de l’Iran. Sa capacité de dissuasion conventionnelle est quasiment anéantie. Sa première erreur stratégique porte sur son entrée en confrontation militaire directe avec Israël en octobre 2024, après la frappe israélienne contre son consulat à Damas (Syrie) en avril. Sa deuxième erreur consiste en une incompréhension de l’État hébreu. Ses dirigeants n’ont pas saisi l’impact de l’attaque terroriste du 7 octobre 2023 perpétrée par le Hamas en Israël (1.188 tués, 4.834 blessés et 251 personnes prises en otage). La doctrine stratégique et les mentalités ont en effet complètement changé et ont rendu Israël moins vulnérable aux attaques de l’Iran. Israël se perçoit en état de guerre et a abaissé son seuil de tolérance de pertes humaines en cas de confrontation. Or, c’est sur cette asymétrie du seuil de tolérance que reposait, en partie, la dissuasion de l’Iran et de ses alliés, dont le Hezbollah au Liban et le Hamas à Gaza. Même si l’Iran accepte des négociations, la question de son programme nucléaire militaire se posera avec le risque de frappes américaines en cas de reprise. Pour Israël, cela représenterait une opportunité pour à avancer sur le projet de paix régionale. A Washington, ce dossier est en effet jugé moins complexe et risqué que celui de la guerre en Ukraine.

Loïc Salmon

Moyen-Orient : vers des guerres d’usure sans perspective de victoire stratégique

Israël : réagir à toute menace directe pour continuer à exister

Liban : la TF Cèdre pour le respect du cessez-le-feu israélo-libanais