Marine : « Jeanne d’Arc 2022 », océan Indien et golfe de Guinée

Le groupe « Jeanne d’Arc » effectue une mission de cinq mois dans les océans Indien et Atlantique, au profit des officiers-élèves de l’Ecole navale.

Parti de Toulon le 18 février 2022 pour un retour prévu en juillet, il se compose du porte-hélicoptères amphibie Mistral et de la frégate Courbet, qui embarquent 637 marins, dont 159 officiers-élèves, un groupement tactique de l’armée de Terre de 120 militaires et un hélicoptère Dauphin de la flottille 35 F.

Les missions. En fonction du contexte opérationnel national ou international, le chef d’Etat-major des armées peut redéployer le groupe « Jeanne d’Arc » et ses moyens amphibies, terrestres et aériens à tout moment, notamment pour porter assistance aux populations en cas de catastrophes naturelles. Le voyage doit normalement durer 145 jours, dont 108 à la mer, avec neuf escales : Aqaba (Jordanie) ; Djibouti ; Goa (Inde) ; Ile de La Réunion ; Le Cap (Afrique du Sud) ; Douala (Cameroun) ; Libreville (Gabon) ; Fortaleza (Brésil) ; Fort-de-France (Martinique) ; Lisbonne (Portugal). Vecteur de coopération interarmées et interalliés, la mission « Jeanne d’Arc » participe à des manœuvres et exercices navals avec les Marines égyptienne (« Passex »), indienne (« Varuna 22 »), brésilienne et des pays riverains du golfe de Guinée et des Caraïbes. Sont prévus les exercices amphibies « Wakri » à Djibouti et « Papangue 22 » à l’Ile de La Réunion. L’exercice « Imex 2022 », portant sur l’assistance humanitaire, constitue le premier du genre au profit de membres de l’IONS (Symposium des Marines riveraines de l’océan Indien), dont la France a pris la présidence en juin 2021 pour deux ans. En outre, le groupe « Jeanne d’Arc » doit participer à la sécurité maritime en soutien direct à l’opération européenne « Atalante » de lutte contre la piraterie en océan Indien et à la française « Corymbe » dans le golfe de Guinée. Dans le passé, il a participé aux opérations humanitaires après l’ouragan « Irma » (Atlantique Nord, 2017) et le cyclone « Idaï » (Sud-Ouest de l’océan Indien, 2019). En 2020, il a porté assistance aux populations de Mayotte et de La Réunion (Covid-19). En 2021, il a contribué à la lutte contre le narcotrafic dans le Nord de l’océan Indien avec la CTF 150 (8,2 t de stupéfiants saisis).

L’école d’application. Pendant la mission « Jeanne d’Arc 2022 », les officiers-élèves sont formés aux spécialités auxquelles ils pourront prétendre : détecteur ; lutte sous la mer ; aéronautique navale ; commando Marine ; plongeur démineur ; canonnier ; système d’information et de communication ; énergie ; énergie nucléaire. Pour la mission 2022, ils se répartissent ainsi : 80 enseignes de vaisseau de l’Ecole navale ; 52 officiers sous contrat long ; 1 élève issu de l’Ecole polytechnique ; 1 élève française en formation à l’Ecole navale allemande ; 7 officiers-élèves issus d’un cursus Master ; 10 commissaires-élèves des armées d’ancrage Marine ; 37 stagaires du Service de santé des armées, des Affaires maritimes et de l’EDHEC Business School ; 8 officiers-élèves étrangers, venus d’Egypte, du Maroc, des Philippines, de Belgique et des Pays-Bas. Par ailleurs, 30 instructeurs de l’Ecole navale assurent une partie des enseignements dispensés à bord ainsi que le suivi et l’évaluation des élèves. En outre, 16 intervenants civils dispensent, éventuellement en visioconférences, des enseignements complémentaires. Enfin, les équipages du Mistral (230 marins) et de la frégate Courbet (200 marins) partagent leurs savoir-faire et expériences. Le détachement terrestre entretient sa capacité amphibie.

Loïc Salmon

Marine : missions « Clemenceau 2021 » pour le GAN et « Jeanne d’Arc 2021 » pour le GEAOM

Océan Indien : espace de coopération internationale

Afrique : golfe de Guinée, zone de coopération stratégique




Industrie de défense : Arquus, rebond mais incertitude

Le constructeur français de véhicules militaires terrestres Arquus a amélioré son chiffre d’affaires en 2021, malgré la pandémie du Covid-19. Toutefois, celle-ci rend encore difficile la prospection de clients à l’international en 2022.

Son président, Emmanuel Levacher, a présenté la situation à la presse le 16 février 2022 à Paris.

Résultats. Propriété du groupe suédois Volvo, Arquus est issu de la fusion de Renault Trucks Defense, ACMAT (Ateliers de constructions mécanique de l’Atlantique) et Panhard en 2018. Il ne publie pas de données financières, mais plutôt des pourcentages. La fusion avait entraîné une hausse du chiffre d’affaires de 38 % en 2019. Mais l’année suivante, le ralentissement de l’activité, consécutif à la pandémie, avait provoqué une baisse de 10 %, puis la reprise s’est traduite par une hausse de 6 % en 2021. Le chiffre d’affaires a été réalisé à 75 % sur le marché français et à 25 % à l’international. Le carnet des commandes cumulées totalise 5 Mds€ de prises de commandes, dont 1,20 Md€ de commandes fermes. Pour l’année 2021, les prises de commandes se montent à 275 M€ pour la France et 60 M€ à l’export en Afrique et au Moyen-Orient. La réalisation des engagements de la loi de programmation militaire 2019-2025 a permis la production de : 1.200 VT4 (véhicules tactiques polyvalents non protégés) en 2021 avec une prévision de 1.134 en 2022 ; 119 véhicules blindés multi-rôles Griffon (116 en 2022), dont certains sont déjà déployés en opération ; 20 engins blindés de reconnaissance et de combat Jaguar (18 en 2022), destinés au 1er Régiment étranger de cavalerie ; 186 tourelleaux télé-opérés Hornet pour armer les Griffon (243 en 2022) ; 22 véhicules blindés légers (120 en 2022). Pour la première fois, Arquus a assuré le soutien des Griffon du programme de combat collaboratif Scorpion. Un conflit de haute intensité nécessiterait de la masse, à savoir des chars et de l’artillerie lourde sur une longue période, indique le président. Cela signifierait plus de blindage pour faire face à des engagements dans la durée. Arquus dispose de la capacité pour augmenter sa production si nécessaire.

Projets. Le groupe dispose de cinq sites répartis dans toute la France, dont quatre dédiés à la production : Marolles pour la militarisation des moteurs ; Limoges, chargé des véhicules neufs, reçoit 8 M€ sur la période 2020-2023 pour la construction d’un nouveau centre logistique et de nouveaux bureaux ; Garchizy, chargé des cabines blindées et de la distribution des pièces de rechange, reçoit 2,5 M€ d’investissement ; Saint-Nazaire, chargé de la maintenance opérationnelle terrestre, reçoit également 2,5 M€. Le site de Versailles-Satory abrite les bureaux d’études et la fonction support. L’armée de Terre devant renouveler ses capacités tactiques et logistiques, Arquus va développer : des « briques technologiques » innovantes ; la protection des véhicules ; l’hybridation du Griffon par stockage de l’énergie électrique ; des robots terrestres de 3 t ; la lutte anti-drones. Il anticipe le programme VBAE (véhicule blindé d’aide à l’engagement), conçu en coopération européenne. D’ici à 2030, Arquus compte faire passer son taux de féminisation à 35 % (20 % en 2021) et réaliser un chiffre d’affaires de 1 Md€. Outre la vente de VLRA (véhicules légers de reconnaissance et d’appui) et de camions tactiques Sherpa, il compte s’implanter en Europe (Grèce, Roumanie, Estonie, République tchèque, Suède et Belgique), mais aussi en Afrique et au Moyen-Orient. Il vend déjà ses matériels dans 60 pays.

Loïc Salmon

Défense : les industriels pendant la crise du Covid-19

Economie : préserver les savoir-faire des entreprises de défense

Défense : budget 2022, une hausse annuelle de 4,3 %




Armée de l’Air et de l’Espace : l’Escadron franco-allemand de transport tactique C-130J

Première unité aérienne européenne, l’Escadron franco-allemand de transport tactique (EFATT), hébergé sur la base 105 d’Evreux, disposera de 10 avions C-130J Super Hercules en 2024.

La colonelle Solène Le Floch, commandant la base 105, le lieutenant-colonel français, commandant l’escadron, et son adjoint allemand l’ont présenté à la presse le 3 février 2022.

Besoin capacitaire partagé. L‘accord intergouvernemental d’avril 2017 a débouché sur la création, le 1er septembre 2021, d’une unité binationale de transport tactique en vue de se porter mutuellement assistance en cas de crise et de créer une culture opérationnelle commune, rappelle la colonelle Le Floch. L’EFATT a emménagé en janvier 2022 et accueillera son premier avion allemand en février. La formation des équipages commencera début 2024 avec deux simulateurs, l’un de vol pour les pilotes (deux par avion) et l’autre de soute pour les mécaniciens. Lors de sa pleine capacité opérationnelle en 2024, l’EFATT comptera 5 appareils C-130J-30 et 5 KC-130J (ravitailleurs), Les équipages ayant suivi une formation sur C-13OJ aux Etats-Unis, l’anglais est devenu la langue de travail. Le commandant de l’escadron est français et le commandant adjoint allemand, mais les directions des opérations et de la maintenance tournent. Les équipages sont mixtes pour les missions communes, mais conservent la possibilité du cadre national autonome, chaque partie disposant de sa propre cellule de planification et de conduite. L’EFATT comptera 4 avions français, dont 2 C-130J-30 déjà livrés, et 6 allemands. Le C-130J assure des missions de protection, d’intervention et de soutien logistique : transport et largage de personnel et de fret ; recherche et sauvetage ; évacuation sanitaire ; extraction de personnel en zone de menace ; avitaillement au sol ; pour les KC-130J, ravitaillement en vol d’hélicoptères Caracal (forces spéciales) et d’avions de chasse. Il présente les caractéristiques suivantes : envergure, 40,4 m ; longueur, 34,4 m ; hauteur, 11,8 m ; poids au décollage, 74,4 t ; vitesse 860 km/h ; altitude, presque 11 km. En 2024, la flotte commune (260 militaires, dont 130 Allemands) devra effectuer 6.000 heures de vol par an. En 2021, un avion de l’EFATT, disponible à 83 % à Niamey (Niger) en soutien de l’opération « Barkhane », a transporté 11.533 passagers et 2.640 t de fret et largué 268 t de fret en 1.925 heures de vol. Deux équipes ont été mises en alerte pour préparer une évacuation de 600 personnes de Kaboul (Afghanistan).

Projection et sûreté aériennes. La base 105 abrite des unités opérationnelles (2.100 personnels) et de soutien (350 personnels). Ainsi, la 64ème Escadre de transport met en œuvre des appareils de transport tactique C-160R Transall et CN-235 Casa, de recueil de renseignement C-160 Gabriel et des avions légers de surveillance et de reconnaissance ALSR Vador. L’Escadre aérienne de commandement et de conduite projetable détecte la menace en cas d’événement en métropole. En opération extérieure, elle donne aux forces spéciales et aux forces interarmées la capacité d’entrer en premier sur un théâtre, grâce aux moyens techniques acheminés par avion gros porteur, type Antonov ukrainien ou Galaxy américain : radar ; système C2 Giraffe ; station satellite à haut débit tactique ; radar multi-missions GM200 ; centre opérationnel des services de circulation aérienne déployable ; faisceau hertzien IP. Les effectifs en mission varient de 10 à 60 personnes.

Loïc Salmon

Défense : démonstrateur SCAF, missile ANL et futur site du Commandement de l’espace

Afrique : une base aérienne projetée pour « Barkhane »

Armées de l’Air et de Terre : interopérabilité en transport tactique et aérolargage




Union européenne : penser les opérations maritimes futures

La sécurité maritime de l’Union européenne (UE) s’étend jusqu’au golfe de Guinée et à la zone Indo-Pacifique, en raison de la « militarisation » des océans et de la « maritimisation » des activités criminelles croissantes qui menacent ses échanges économiques.

Ce thème a fait l’objet du colloque « Forum Sûreté Maritime », suivi dans 29 pays en « distanciel » et organisé le 12 janvier 2022 par la Présidence française du Conseil de l’Union européenne et la Marine nationale. Y sont notamment intervenus : Josep Borell, vice-président de la Commission européenne et Haut représentant de l’UE pour les affaires étrangères et la politique de sécurité ; l’amiral Pierre Vandier, chef d’état-major de la Marine française ; le vice-amiral espagnol José Nunez, commandant de l’opération « Atalanta » ; Eva Pejsova, chercheuse à la Fondation pour la recherche stratégique ; Julia Tasse, chercheuse associée à l’Institut de relations internationales et stratégiques.

Acteur mondial. L’UE dépend des transports et des infrastructures maritimes, rappelle Josep Borell. Les rivalités géostratégiques, la criminalité et le terrorisme transforment les océans, espaces communs, en zones de plus en plus prisées et contestées. L’utilisation pacifique et libre des océans se trouve perturbée par des contentieux juridiques, la politique du fait accompli, les cyber-activités et d’autres « zones grises ». Mais l’UE dispose de l’expertise, des capacités et des ressources nécessaires pour y faire face. Elle s’y est déjà engagée avec les opérations « Irini » en Méditerranée et « Atalanta » dans l’océan Indien. Elle peut tirer profit des moyens navals et aériens déjà déployés par les Etats membres pour accroître ses capacités pour agir dans les zones maritimes où ses intérêts sont menacés, notamment dans le golfe de Guinée où la piraterie se répand. Dans le Nord-Ouest de l’océan Indien, zone d’intérêt majeur, elle vise à promouvoir une architecture de sécurité régionale fondée sur la coopération, le respect du droit international et la protection des routes maritimes. L’UE va y accroître sa présence navale pour augmenter sa visibilité dans le domaine maritime et affirmer son rôle stratégique sur les océans dans le contexte des rivalités croissantes et des menaces hybrides. Selon le vice-amiral Nunez, l’opération « Atalanta », lancée fin 2008, a protégé 1.598 navires du Programme alimentaire mondial (ONU), qui ont livré 2,28 Mt de marchandises d’urgence en Somalie, et transféré 171 pirates aux autorités judiciaires régionales. En outre, elle contribue à l’embargo sur les armes vers la Somalie et à la lutte contre le trafic de stupéfiants. Outil diplomatique de l’UE, « Atlanta » coopère avec le Centre de sécurité maritime de la Corne de l’Afrique et avec la Commission pour l’océan Indien (La Réunion, Madagascar, les Seychelles et l’Ile Maurice). Elle assure aussi une mission de formation au Mozambique.

Spectre d’action élargi. La zone Indo-Pacifique présente des intérêts économiques, politiques et stratégiques pour l’UE, souligne Eva Pejsova. Elle assure 50 % de son commerce maritime avec l’Asie, dont les échanges bilatéraux ont totalisé 1,5 milliard de milliards d’euros en 2018, soit le tiers des exportations de l’UE. La Chine constitue le deuxième partenaire commercial de l’UE. Cette dernière est le premier partenaire commercial de la Chine avec 1 Md€/jour. Les échanges UE-Japon représentent 25 % du produit intérieur brut mondial. L’Association des nations du Sud-Est (ASEAN, Indonésie, Malaisie, Philippines, Singapour, Thaïlande, Brunei, Viêt Nam, Laos, Birmanie et Cambodge) est devenue la principale récipiendiaire des investissements directs de l’UE à l’étranger avec 189 Mds€ en 2020. Sur les 19 ports situés le long des principales voies maritimes mondiales, 16 se trouvent en Indo-Pacifique, où la France assure une présence permanente. Pour renforcer sa crédibilité dans les relations internationales, l’UE a conclu divers accords-cadres ou des partenariats stratégiques avec la Corée du Sud en 2016, le Japon (2018 et 2019), l’ASEAN (2020), le Viêt Nam (2020) et l’Inde (2020). En effet, les ambitions maritimes de la Chine dans la zone Indo-Pacifique exacerbent les tensions régionales par sa volonté d’étendre une souveraineté, contestée, sur des îlots et atolls en mer de Chine orientale et méridionale. Elle augmente ses capacités d’action en haute mer et construit des bases navales ou des ports à usage civil et militaire sur la partie maritime des « Nouvelles Routes de la Soie ». La situation de la zone se trouve fragilisée par la rivalité sino-américaine, la piraterie, les trafics illicites, la surpêche et les dégradations de l’environnement (voir encadré).

Approche sécuritaire globale. Le droit de la mer, en vigueur depuis 1982, est contesté et parfois violé, souligne l’amiral Vandier. La « territorialisation » d’espaces océaniques se poursuit en mer de Chine et en Méditerranée, tandis que la piraterie et le brigandage maritime persistent dans le golfe de Guinée et le détroit de Singapour. Outre la vulnérabilité des détroits d’Ormuz, de Suez, Malacca et Bab-el-Mandeb, des tensions se font sentir sur les routes maritimes essentielles, dans le golfe de Guinée et en mer de Chine. Aujourd’hui, la conflictualité porte sur la mer, l’espace extra-atmosphérique et le cyberespace, caractérisés par l’absence de frontière physique, la liberté de mouvement par la maîtrise de la technologie de pointe, leurs enjeux commerciaux, leurs dimensions et leur opacité qui facilite des actions sous le seuil d’affrontement et difficilement attribuables. Le réarmement naval se confirme en Méditerranée et en Asie. L’influence géopolitique de l’opération « Atalanta », unanimement reconnue et modèle de la défense de l’UE, complète l’OTAN, que renforce la Politique (européenne) de sécurité et de défense commune. La coopération civilo-militaire, principe d’action de l’UE, se concrétise par les projets Crimario et Mase (océan Indien), Yaris (golfe de Guinée) et Esiwa (Asie). Le plan d’action de la Stratégie de sûreté maritime de l’UE, mis à jour en 2018, bénéficie du partage de l’information par le MICA Center de Brest. Le concept de présences maritimes coordonnées, dans une zone maritime d’intérêt pour l’UE, va renforcer l’interopérabilité des Marines de l’UE déployées en océan Indien. Celles-ci totalisent un nombre de frégates et de destroyers équivalent à ceux de la Chine et des Etats-Unis.

Loïc Salmon

Selon Julia Tasse, la sécurité de l’environnement constitue un enjeu stratégique, en raison du réchauffement climatique et de la perturbation de l’équilibre des écosystèmes de la biodiversité. L’élévation de la température de la surface de la mer va provoquer des migrations des bancs de poissons de la zone tropicale vers la haute mer. Les pêcheurs feront alors des incursions dans les zones économiques exclusives des pays voisins. Dans quelques décennies, l’élévation du niveau des eaux devrait submerger 30 % du delta du Mékong, zone de production alimentaire en Asie du Sud-Est, et entraîner des déplacements de populations. En outre, d’ici à 2050, elle risque de menacer des villes de plus de 10 millions d’habitants, à savoir Londres, Istanbul, Mumbai, Chennai, Shanghai, Dacca, Bangkok, Djakarta, Dar es Salaam, Luanda, Lagos, Dakar, Buenos Aires, Lima et New York.

Union Européenne : présidence française, les enjeux de défense

Marine nationale : le « MICA Center », compétence mondiale

Afrique : golfe de Guinée, zone de coopération stratégique

 




Journée de rencontre-débats sur les institutions civiles décorées de la croix de Guerre 30 juin 2022

 

LA MARQUE DU COURAGE

Les Institutions civiles décorées de la Croix de Guerre

JOURNEE DE RENCONTRE-DEBATS

Reportée en raison des restrictions sanitaires, elle aura lieu :

Jeudi 30 JUIN 2022 

De 9H00 à 18H00

Amphithéâtre Parodi

Institut du Service Public (ex-ENA)
(Héritier de l’Ecole nationale de la France d’Outre-Mer,
décorée de la Croix de Guerre des théâtres d’opérations extérieurs)

2, avenue de l’Observatoire 75006 PARIS

 PROGRAMME DU MATIN

9H00 > ACCUEIL

Monsieur Frédéric GUTHMANN

Secrétaire général de l’Institut National du Service Public

Colonel (H) Michel BACHETTE-PEYRADE

Président de l’Association nationale des Croix de Guerre et de la Valeur Militaire

Présentation de la journée et synthèse de chaque table ronde par Monsieur Jean-François DUBOS, Chef du département de la bibliothèque du Service Historique de la Défense

 

10H00 > 1ère TABLE RONDE

Les 14 grandes écoles civiles décorées de la Croix de Guerre

Présidée par le Colonel (H) Pierre CASTILLON,

Président fondateur de l’Académie des technologies

12H30 > INTERVENTION

Monsieur le Ministre des Armées

 

13H00 COCKTAIL DEJEUNATOIRE

PROGRAMME DE L’APRES-MIDI

14H00 > 2ème TABLE RONDE

Les administrations et organisations civiles décorées de la Croix de Guerre

Présidée par Madame Frédérique NEAU-DUFOUR,

Professeur agrégé d’histoire, Ecrivain

16H15 > 3ème TABLE RONDE

Les entreprises et organisations professionnelles

décorées de la Croix de Guerre

Présidée par le Lieutenant-colonel (R) Franck GALLAND,

Directeur général d’Environmental Emergency & Security Services, (ES)²

 17H15 > SYNTHESE, CONCLUSION ET CLÔTURE

Synthèse par Monsieur Jean-François DUBOS

Conclusion par le Colonel (H) Michel BACHETTE-PEYRADE

Président de l’Association nationale des Croix de Guerre et de la Valeur Militaire

Clôture par le Général Grand Chancelier de la Légion d’honneur

 

Par ailleurs, voici quelques liens utiles concernant la Direction des patrimoines, de la mémoire et des archives du ministère des Armées :

www.defense.gouv.fr/memoire

www.eduscol.education.fr/cid47702/ressources-nationales-pour-l-education-a-la-defense.html

www.cheminsdememoire.gouv.fr

www.memoiredeshommes.sga.defense.gouv.fr

 

 




Industrie de défense : 42 Rafale et 2 Scorpène pour l’Indonésie

Les ministres français et indonésien des Armées ont signé, le 10 février 2022 à Djakarta, deux lettres d’intention, l’une pour une commande ferme de 42 avions Rafale F3-R par l’Indonésie et l’autre sur 2 sous-marins Scorpène.

Les commandes. Selon Hervé Grandjean, porte-parole du ministère des Armées, ces commandes font suite à une lettre d’intention sur la coopération en matière d’équipement signée en août 2020, puis un accord de partenariat stratégique conclu le 28 juin 2020 et enfin aux travaux de la Direction générale de l’armement, du ministère de l’Economie et des Finances et des industriels. La commande des Rafale se monte à 8,1 Mds$ et porte sur 30 avions monoplaces et 12 biplaces. La première tranche compte 6 appareils et la seconde 36. La production de la première commencera en 2025, trois ans après l’entrée en vigueur du contrat par le versement du premier acompte par l’Indonésie courant 2022. Pour honorer cette nouvelle commande qui garantit une chaîne de production jusqu’en 2031, le constructeur Dassault Aviation et ses sous-traitants vont augmenter la cadence de construction pour ne pas retarder les commandes de Rafale destinés à l’armée de l’Air et de l’Espace. Le contrat, qui bénéficiera d’un accompagnement de la Banque publique d’investissement, va inclure des retours industriels pour l’Indonésie, qui seront quantifiées par les groupes Dassault Aviation, Thales et Safran. Suivront des contrats de formation et d’entraînement des pilotes indonésiens. Cela porte à 284 le nombre de Rafale vendus à l’exportation, dont 200 depuis 2017, à savoir au Qatar, à l’Egypte, à l’Inde, à la Grèce, à la Croatie, aux Emirats arabes unis et à l’Indonésie. Le Rafale a démontré ses performances au combat lors des opérations extérieures en Libye, en République Centrafricaine et au Sahel. Quant aux deux sous-marins Scorpène à propulsion diesel-électrique, la lettre d’intention porte sur des études de recherche et de développement, notamment leurs performances, en vue d’une commande ferme. Un engagement couplé Rafale-Scorpène avait été précédemment conclu avec l’Inde.

Un partenaire-clé. Avec les commandes indonésiennes, la France renforce sa présence dans la zone Indo-Pacifique, où se trouvent 2 millions de ses ressortissants et une zone économique exclusive de 9 Mkm2. L’Indonésie devient ainsi son deuxième partenaire après l’Inde et le premier en Asie du Sud-Est devant Singapour. L’Indonésie, peuplée de 265 millions d’habitants et que longent les détroits stratégiques de Malacca et de Singapour reliant les océans Indien et Pacifique, réalise le plus important produit intérieur brut (PIB) de l’Asie du Sud-Est. Son budget de Défense a atteint 7,7 Mds$ en 2020, soit 0,8 % de son PIB. Il devrait passer à 1,5 % du PIB en 2024 pour moderniser les forces armées. Sur la période 2011-2020 l’Indonésie a acheté à la France des équipements militaires totalisant 167 M€ avec un pic de 480 M€ en 2013. Il s’agit d’hélicoptères, à savoir 14 H225 Caracal, 12 Puma et 11 Panther, ainsi que des navires et des radars.

Loïc Salmon

DGA : 80 Rafale F4 et 12 Caracal pour les Emirats arabes unis

Aviation militaire : les Rafale F3-R en service opérationnel

Asie-Pacifique : présence militaire française accrue




Histoire de l’IHEDN

Liberté de ton, originalité de la pensée et brassage civilo-militaire ont conduit à un consensus national sur la défense de la France et à la diffusion de l’esprit de défense parmi sa population.

Ces caractéristiques de l’Institut des hautes études de défense nationale (IHEDN) résultent d’expérimentations, d’études et de réflexions depuis…1936 ! Après l’effondrement du Second Empire en 1870, le « gouvernement de la Défense nationale » inspire un nouveau concept appelé à se développer. La crise de Fachoda (Afrique de l’Est,1898), entre la France et la Grande-Bretagne, souligne l’absence d’un organe de coordination politico-stratégique, mais il faut attendre 1932 pour la constitution d’un ministère de la Défense nationale remplaçant, temporairement, les ministères dédiés à chaque armée. En 1911, pour préparer le recrutement du haut commandement, le Centre des hautes études militaires (CHEM) vient compléter l’Ecole de Guerre (1880) et l’Ecole supérieure de Marine (1893). Le décret de 1921 transforme celle-ci en Ecole de guerre navale et lui adjoint le Centre des hautes études navales (CHEN), dont le directeur, en 1928, n’est autre que le contre-amiral Raoul Castex, futur fondateur de l’IHEDN. Tirant l’expérience de la première guerre mondiale, la Grande-Bretagne innove en 1926 avec l’instauration de « l’Imperial Defence College » pour former un corps d’officiers et de fonctionnaires civils à la stratégie impériale sous son aspect le plus large. Dix ans plus tard, la France s’en inspire avec le Collège des hautes études de défense nationale (CHEDN) pour les officiers du grade de lieutenant-colonel ou équivalent, admis sans concours mais ayant suivi le CHEM ou le CHEN, et de hauts fonctionnaires civils. Son directeur, l’amiral Castex conçoit un programme sur la défense nationale avec ses aspects politique, financier, militaire (terre, mer et air), économique, colonial et diplomatique, incluant visites, discussions et restitutions de travaux collectifs. Lors de la première session, le lieutenant-colonel Charles de Gaulle, écrivain militaire reconnu, y prononce une conférence sur l’organisation politico-militaire de la défense de la nation en temps de guerre, traduite en acte à l’été 1940 et annonciatrice de sa future ordonnance de…1959 ! Une logique de réseaux des anciens auditeurs se met en place jusqu’à la fermeture du CHEDN en septembre 1939. Il est rouvert en 1948 sous le nom d’Institut des hautes études de défense nationale, d’une durée d’une année universitaire et dont la méthodologie de travail, empruntée à « l’Imperial Defence College » et au « National War College » américain, se pérennise pendant une dizaine d’années. Progressivement, le caractère civilo-militaire s’accentue avec la règle, encore en vigueur, des trois tiers : militaires, fonctionnaires civils et membres du secteur privé. Dès 1948, se crée l’Association des anciens auditeurs et cadres de l’IHEDN, dénommée AA-IHEDN. Dès 1959, les officiers du CHEM suivent la session nationale. Les femmes y accèdent en 1956 et les étrangers en 1999. Présidents de la République et Premiers ministres s’y expriment. Par la suite, l’IHEDN évolue avec l’ouverture de sessions beaucoup plus courtes en province, à l’international (auditeurs d’Afrique, d’Europe, du Moyen-Orient, d’Asie du Sud-Est et d’Amérique latine) et aux « jeunes » et instaure des sessions thématiques. L’Union-IHEDN, fondée en 1975, fédère les associations des anciens. Entre 1948 et 2020, l’IHEDN a formé 25.000 auditeurs, dont plus d’un tiers au sein des sessions nationales.

Loïc Salmon

« Histoire de l’IHEDN », Philippe Vial et Guillaume Denglos. Editions Tallandier, 208 pages, 29 €.

IHEDN : vision présidentielle de la défense et de ses moyens

Défense : se réapproprier la question militaire

Enseignement militaire supérieur : former les chefs d’aujourd’hui et de demain




Marine nationale : « Clemenceau 22 », la TF 473 en Méditerranée

Le déploiement de la Task Force (TF) 473 en Méditerranée (1er février-avril 2022) vise à appuyer l’effort de défense européen et renforcer l’interopérabilité avec les Marines alliées et partenaires.

Le vice-amiral d’escadre Gilles Boidevezi, préfet maritime et commandant de la zone maritime Méditerranée, l’a présenté à la presse le 20 janvier 2022 à Paris.

Outil politique et militaire. La TF (force d’intervention) 473, constituée autour de Groupe aéronaval (GAN), comprend : le porte-avions Charles-de-Gaulle et son groupe aérien embarqué ; les frégates multi-missions Alsace et Normandie ; la frégate de défense aérienne Forbin ; un sous-marin nucléaire d’attaque ; le pétrolier-ravitailleur Marne et son hélicoptère Alouette III (34F). Un avion de patrouille maritime Atlantique 2, basé en Crète ou à Chypre, renforce le dispositif. En outre, plusieurs unités étrangères s’intègrent, totalement ou en partie, au GAN : le destroyer américain Ross ; la frégate espagnole anti-aérienne Juan-de-Borbon ; une frégate et un sous-marin grecs ; un hélicoptère belge de manœuvre et d’assaut NH90. L’état-major du GAN compte aussi trois officiers étrangers (allemand, canadien et italien). Acteur de la crédibilité militaire et stratégique de la France vis-à-vis de ses partenaires et de ses adversaires éventuels, le GAN contribue à sa souveraineté par l’emport, jamais précisé, de la force aéronavale nucléaire. Intégré au dispositif « Chammal », volet français de l’opération américaine « Inherent Resolve » au large de la Syrie, il doit contribuer à la lutte contre Daech en soutien des forces irakiennes au sol. En complément de la participation de l’armée de l’Air et de l’Espace, les missions du GAN portent sur le renseignement, le contrôle aérien, la défense aérienne, l’appui-feu et les frappes contre la terre. La TF 473 doit participer aux opérations européennes « Irini » (respect de l’embargo sur les armes destinées à la Libye) et « Althea » (Adriatique, stabilisation de la Bosnie-Herzégovine) en partenariat avec l’OTAN. Le GAN doit s’entraîner avec les porte-avions américain Harry-Truman et le porte-aéronefs italien Cavour. En outre, ses avions et une frégate française participeront à des exercices communs avec la Marine roumaine en mer Noire, zone de tension entre l’Ukraine et la Russie. Enfin, le Charles-de-Gaulle et l’état-major du GAN répondent aux critères d’interopérabilité avec la Force de réaction rapide de l’OTAN, déployable en cinq jours n’importe où dans le monde pendant trente jours.

Zone sous tensions. Pour l’Union européenne, la Méditerranée constitue un carrefour économique avec 25 % du trafic mondial de fret et 65 % de ses flux énergétiques via, notamment, les gazoducs actifs avec l’Afrique du Nord et en projet avec la Russie et les Proche et Moyen-Orient. Chaque jour, 310 navires franchissent le détroit de Gibraltar et 50 celui du Bosphore. Fréquenté par 60 navires/jour, le canal de Suez assure 12 % du commerce mondial et 30 % du trafic mondial de porte-conteneurs. Outre le conflit israélo-palestinien et les tensions entre l’Algérie et le Maroc, la zone est le théâtre des ambitions des Etats-Unis et de la Russie ainsi que des contentieux entre Etats riverains et puissances régionales, consécutifs aux découvertes gazières en Méditerranée orientale. Une frégate française patrouille près du canal de Suez pour une appréciation autonome de la situation. L’Agence européenne de garde-frontières et de garde-côtes Frontex surveille les trafics de stupéfiants du Maroc et de migrants vers l’Espagne, l’Italie et la Grèce.

Loïc Salmon

Marine : missions « Clemenceau 2021 » pour le GAN et « Jeanne d’Arc 2021 » pour le GEAOM

Marine nationale : l’aéronavale, tournée vers les opérations

Marine nationale : mission « Arromanches 3 » du GAN en Méditerranée orientale

 




Afrique : golfe de Guinée, zone de coopération stratégique

Présence de Marines non africaines et montée en puissance des capacités navales des pays riverains assurent la liberté de la navigation dans le golfe de Guinée, espace riche, à risques et sujet à une instabilité politique endémique.

La situation dans cette zone a été présentée au cours de deux interventions à Paris : le 4 novembre 2021 devant la presse, par le vice-amiral d’escadre Olivier Lebas, préfet maritime et commandant de la zone et de l’arrondissement maritime Atlantique (CECLANT) ; le 24 novembre, par le contre-amiral Xavier Petit, en charge des opérations de la Marine, lors d’une conférence organisée par le Centre d’études stratégiques de la Marine.

Intérêt international croissant. Outre la présence navale de la France par l’opération « Corymbe » depuis les années 1990, indique l’amiral Lebas, le golfe de Guinée est régulièrement fréquenté par des bâtiments militaires de l’Espagne, du Portugal, de l’Italie, de la Grande-Bretagne, du Danemark, du Brésil, des Etats-Unis et, récemment, de la Turquie et de la Russie. D’une superficie de 2,35 Mkm2, le golfe de Guinée se trouve en effet à la croisée des grandes routes maritimes et abrite d’importantes ressources pétrolières, halieutiques et minérales (voir encadré). Enjeu majeur pour l’Afrique de l’Ouest, la pêche illicite constitue la première menace de la zone. De plus, les actes de brigandage, dans les ports, et de piraterie, en haute mer, peuvent perturber la navigation commerciale et mettre en danger la vie des équipages et des passagers. Par ailleurs, le terrorisme, qui sévit dans le Nord, n’a aucun lien avec le brigandage et la piraterie des côtes. Les pirates s’équipent grâce aux recettes des trafics d’armes et de drogue et aux rançons versées par les armateurs. Surtout originaires du Nigeria, ils se replient jusqu’à 200 milles marins (370 km) vers le Sud, car l’adaptation de l’arsenal juridique à la piraterie réduit l’impunité et rend cette activité plus difficile. La coopération internationale doit permettre d’éradiquer cette menace.

Drogue, flux migratoires et piraterie. Selon l’amiral Petit, l’Afrique est devenue une zone de transit des narcotrafics de l’Amérique du Sud vers l’Europe et subit une forte consommation locale. Parti de Colombie, de Bolivie, du Pérou et du Brésil, le trafic de cocaïne circule par le Nigeria, le Bénin, le Togo, le Ghana, la Guinée, la Guinée-Bissau, le Sénégal, le Mali, le Niger, la Mauritanie, l’Algérie et la Libye. Les saisies de cocaïne en mer sont passées de 3,3 t (157 kg pour l’Afrique de l’Ouest) en 2017 à 5,6 t (278 kg) en 2018 et 20 t (16 t) en 2019. Les flux migratoires de l’Afrique, qui déstabilisent les Etats locaux, ont été multipliés par huit en six ans. Même si 90 %, soit 7,6 millions de personnes en 2020, restent internes, ceux vers l’Europe augmentent globalement. Les flux par terre sont tombés de 11.624 personnes en 2015 à 1.535 en 2020, mais ceux par mer sont passés de 5.312 personnes en 2015 à 40.326 en 2020. Quoiqu’en décroissance, les actes de piraterie et de brigandage se poursuivent. Selon le MICA Center, 200 actes de piraterie et de brigandage ont été signalés dans le monde en 2020. Le nombre de navires piratés dans le golfe de Guinée se monte à 71 (35 % du total), à savoir 42 au Nigeria, 16 au Ghana et 13 au Bénin. En 2020, ont été signalés : 45 vols dans les ports ; 114 actes de piraterie (approches, attaques et navires piratés) ; 142 enlèvements en mer (90 % du total mondial). Les pirates, armés de fusils d’assaut AK47, modifient leur mode d’action selon les saisons et disposent de moyens de ravitaillement pour agir au large. Quoique violents, ils prennent vite la fuite. La sécurité maritime repose sur la stratégie commune de l’architecture interrégionale de Yaoundé de 2013.

Concentration des moyens de lutte. Dans le golfe de Guinée, la France dispose des deux entités militaires pour le soutien logistique des opérations « Barkhane » et « Takuba » (opération européenne) au Sahel, à savoir les Forces françaises en Côte d’Ivoire (950 militaires) et les Eléments français au Sénégal (400 militaires et civils). Sur le plan maritime, indique l’amiral Lebas, CECLANT déploie, selon les cas, un patrouilleur de haute mer, un porte-hélicoptères amphibie, une frégate de surveillance ou un avion de surveillance maritime Falcon 50 M basé à Dakar. Dans le cadre de « Corymbe », la Marine nationale aura effectué, en 2021, de 20 à 30 patrouilles opérationnelles dites « Sagne » avec des bâtiments de surface, et près de 50 avec le Falcon 50 M, en coopération avec les Marines riveraines et les centres nationaux des opérations maritimes. L’année 2021 aura donné lieu à 25 exercices : 1 GANO (Grand African Nemo) ; 2 African Nemo (plus restreints) ; 4 Euromarsec (exercices européens de sécurité maritime) ; 18 Passex (exercices navals bilatéraux). Pour l’analyse et l’évaluation de la situation sécuritaire maritime, les centres britannique UKMTO et français MICA Center mettent en œuvre, depuis 2016, le mécanisme de signalement et d’alerte « MDAT-GoG » au profit des navires marchands qui le souhaitent. Depuis 2015, la France organise un symposium annuel des chefs d’état-major des Marine du golfe de Guinée pour le partage des retours d’expérience et de bonnes pratiques. Elle soutient l’Institut de sécurité maritime interrégional d’Abidjan (Côte d’Ivoire) et l’Ecole nationale à vocation régionale de Tica (Guinée équatoriale). Le 10 juin 2021, avec la Côte d’Ivoire, elle a inauguré l’Académie internationale de lutte contre le terrorisme. Avec l’Union européenne (UE), la France participe au mécanisme « Présences maritimes coordonnées » concernant les moyens navals déployés et les actions de coopération. Dans le cadre de l’Initiative européenne d’intervention, le Danemark a lancé, en 2020, un groupe de travail sur la coopération opérationnelle entre les pays européens impliqués dans la région, en dehors du cadre de la Politique de défense et de sécurité commune. Enfin, le forum international « G7++ Friends of the Gulf of Guinea », composé de l’UE et des 19 Etats riverains, met en œuvre la coordination des actions internationales dans la région. La France et le Ghana l’ont présidé en 2019, suivis des Etats-Unis et du Gabon en 2020 et de la Grande-Bretagne et du Sénégal en 2021.

Loïc Salmon

Les routes maritimes du golfe de Guinée acheminent 10 % de la production mondiale de marchandises, 15 % du pétrole et 30 % de l’uranium. Elles permettent 90 % des échanges des 19 Etats riverains par des trafics mêlant haute mer et cabotage sur 5.700 km de côtes. Le golfe de Guinée dispose de 4.000 milliards de m3 de réserve de gaz naturel et abrite environ 50 % de la production pétrolière du continent africain (10 % du total mondial), dont 40.000 barils/jour sont perdus à cause des actes illicites. Chaque année, la pêche se monte à 1 million de tonnes, dont 40 % proviennent de la pêche illicite représentant une perte 1,5 Md$ pour les Etats de la zone. Le golfe de Guinée abrite 80.000 ressortissants français (en progression de 5 % à 10 % depuis 2010) et 400.000 Européens, surtout des personnels des grandes entreprises des secteurs pétrolier, bancaire, des télécommunications et de l’audiovisuel. Y transitent 12 % du pétrole importé en France et 10 % à 12 % de celui destiné à l’Union européenne.

Afrique : exercice majeur sur la sécurité maritime régionale

Golfe de Guinée : sécurité et sûreté en mer et à terre

Défense : montée en puissance de l’Initiative européenne d’intervention




Aviation militaire : le futur hélicoptère interarmées léger

A partir de 2027-2030, les trois armées vont utiliser un seul type d’hélicoptère polyvalent. Dénommé « hélicoptère interarmées léger (HIL) Guépard », ce dernier est dérivé de l’appareil civil H160, prévu en service en 2022.

Le 22 décembre 2021, le ministère des Armées a notifié à Airbus Helicopters la commande de 169 HIL, capables d’effectuer des évacuations sanitaires, des transports de matériels et de fret ainsi que des missions spécifiques. Le Guépard remplacera les Gazelle, Alouette III, Dauphin, Panther et Fennec.

Les caractéristiques. D’une vitesse maximale de 260 km/h, le Guépard dispose d’une autonomie de 4 heures et d’un rayon d’action de 700 km. Outre ses deux pilotes, il embarque cinq soldats équipés ou une civière avec une équipe sanitaire. A terme, il pourra être ravitaillé en vol par un avion de KC-160J. L’armée de Terre va recevoir 80 Guépard utilisés aussi pour la reconnaissance armée, l’appui-feu, l’infiltration de forces spéciales et comme poste de commandement embarqué. La Marine nationale prendra livraison de 49 appareils pour le combat aéromaritime, la protection et le soutien d’une force navale, une action spéciale navale et l’action de l’Etat en mer. L’armée de l’Air et de l’Espace va réceptionner 40 Guépard pour la surveillance et la défense de l’espace aérien national, la recherche et le sauvetage, l’appui-feu et le renseignement. Le HIL embarquera des équipements spécialisés : missile ANL pour le combat aéromaritime ; radar tactique AESA 2 D (radar à balayage électronique à antenne active) pour les missions navales et aériennes de surveillance ; pod mitrailleuse axiale pour la reconnaissance terrestre et l’appui-feu air-sol. Le Guépard sera doté du système électro-optique (EOS), mis au point par Safran et qui regroupe plusieurs capteurs pour l’observation à longue distance, de jour comme de nuit. Ses capacités de ciblage très précis permettent d’identifier navires, groupes armés ou véhicules à plusieurs kilomètres et assurent le suivi automatique d’une cible. Son interconnexion au casque TopOwl permet à l’équipage de disposer, sur la visière du casque, de la projection de l’image recueillie par l’EOS ainsi que du ralliement de la ligne de visée de l’EOS sur un objectif visé au casque par le pilote. Ce dernier dispose d’un assistant de mission. Il s’agit d’un calculateur qui contrôle différents systèmes militaires et réalise la fusion des données pour enrichir la situation tactique.

Les contrats. Prévu par la loi de programmation militaire 2019-2025, la commande des 169 Guépard totalise 10 Mds€ et inclut : le développement ; la fourniture du système de soutien et de formation ; le maintien en condition opérationnelle pendant dix ans. Le concept de « flotte unique » permet de mutualiser les coûts de développement entre les trois armées et d’optimiser le soutien grâce aux effets d’échelle, notamment sur les stocks de pièces de rechange. Les travaux de développement dureront jusqu’en 2029. La production, qui commencera en 2024, va s’échelonner sur dix ans. Les livraisons débuteront en 2027 pour l’armée de Terre, en 2029 pour la Marine nationale et en 2030 pour l’armée de l’Air et de l’Espace. En outre, 10 hélicoptères civils H160, destinés à la Gendarmerie nationale, ont été commandés pour un montant supérieur à 200 M€ dans le cadre du plan de soutien à l’industrie aéronautique. Enfin, le centre d’expertise DGA Essais en vol va recevoir un H160 pour la mise au point et la qualification des équipements et des futurs systèmes d’armes.

Loïc Salmon

Opex : retour d’expérience des hélicoptères de combat

Territoire national : emploi des hélicoptères en interarmées

ALAT : les hélicoptères NG, nouveaux systèmes d’armes