Opérations : attentat et retrait programmé d’Afghanistan et prolongation en Libye

Le 14 juillet 2011, un militaire français est tombé dans une embuscade en Afghanistan. C’est le 70ème mort depuis l’engagement de la France en 2001. La veille dans la vallée de Tagab (Afghanistan) et pour la première fois, cinq soldats français ont été tués et quatre autres blessés dans un attentat suicide. Le président de la République Nicolas Sarkozy (photo du 14 juillet 2011 à Paris) a annoncé un renforcement de la sécurité des militaires français sur place.

Le 12 juillet à Kaboul, le président de la République s’est engagé sur le retrait d’Afghanistan de 1.000 hommes, sur un total actuel de 4.000, d’ici à la fin de 2012. Les effectifs combattants restants seront concentrés dans la province de Kapisa et complètement retirés à la fin de 2014. « Il faut savoir finir une guerre », a déclaré le chef  de l’Etat. Toutefois, le même jour à Paris, le Premier ministre François Fillon a indiqué que des militaires français resteraient après 2014 pour continuer à former les forces afghanes. Par ailleurs, au cours d’une conférence de presse commune avec le président afghan Hamid Karzaï à Kaboul, Nicolas Sarkozy a également annoncé la préparation d’un traité de partenariat et d’amitié d’une durée de cinq ans entre la France et l’Afghanistan, portant sur l’agriculture, les transports, l’eau et les mines. Une coopération civile sera maintenue sur l’éducation, la santé et le développement ainsi qu’une « coopération spéciale » pour les régions de Surobi et Kapisa.

Le 12 juillet à Paris, l’Assemblée nationale a approuvé, par 482 voix contre 27, la poursuite de l’intervention en Libye. François Fillon a indiqué aux députés que les frappes aériennes ont touché 2.500 objectifs, dont 850 sites logistiques, 160 centres de commandement, 450 chars, 220 véhicules et 140 pièces d’artillerie. Quelque 4.400 militaires, dont 800 en métropole, participent à l’opération « Harmattan » dont le mandat, défini par le Conseil de sécurité de l’ONU, « n’est  pas d’éliminer le colonel Kadhafi », selon le Premier ministre. Ce dernier a précisé les conditions de la suspension des frappes : cessez-le-feu authentique et vérifiable avec le retour des forces de l’actuel dirigeant libyen dans les casernes ; fin des exactions contre les populations civiles ; libre accès à l’aide humanitaire ; retrait du pouvoir du colonel Mouamar Kadhafi. Une solution politique « commence à prendre forme », a ajouté François Fillon.

Loïc Salmon




Marine nationale, Opex et permanence à la mer

Même pendant les opérations extérieures (Opex), la Marine française déploie en permanence des avions et des bâtiments sur toutes les mers du monde, a déclaré son chef d’état-major, l’amiral Pierre-François Forissier, devant l’Association des journalistes de défense le 10 juin 2011 à Paris.

Son programme annuel d’entraînement est de cent jours de mer, hors Opex. A propos de celles-ci, l’amiral précise « Nos marins sont au combat, ce que nous faisons est extrêmement grave ». Il ajoute : « On se bat en Libye et en Afghanistan pour qu’il n’y ait pas d’attentats en France ».  Actuellement, entre sept et huit bâtiments se trouvent entre Toulon et le golfe de Syrte (Libye), un pétrolier-ravitailleur assurant la navette. Alors que le chef d’Etat-major des armées, l’amiral Edouard Guillaud, gère les opérations en temps réel, l’amiral Forissier vérifie les consommations en combustibles, les munitions, les pièces de rechange et… la fatigue des personnels ! Ses problèmes ne sont ni financiers, ni d’armement, mais de ressources humaines. Pour le matériel, il suffit, selon lui, d’anticiper les besoins par une bonne administration et des commandes adaptées. Quand le budget des Opex est dépassé, il est fait appel au collectif budgétaire en fin d’exercice fiscal. En revanche, les marins ne sont pas tous relevables. Ainsi, le commandant du porte-avions  Charles-de-Gaulle, actuellement déployé au large de la Libye, a entamé son huitième mois de mer au cours des douze derniers mois. « Nous consommons, de façon intense, un potentiel qui aurait dû l’être tout au long de l’année, indique l’amiral Forissier, on ne sait pas combien de temps ça va durer et dans quelle intention ». Il ajoute « « On est toujours dans le politico-militaire, avec du concret sur le terrain et de la posture dans le débat international ». Sur un plan plus technique, l’amiral précise que, le 10 juin, la frégate de défense aérienne Chevalier-Paul a été admise au service actif. Ce bâtiment remplit, à lui tout seul, des missions qui nécessitaient 15 navires 40 ans auparavant. En outre, les bâtiments de projection et de commandement Mistral et Tonnerre, avec leurs hélicoptères, sont les premières unités conçues pour les besoins du client, à savoir l’armée de Terre. Ils ont en effet été dimensionnés selon le concept amphibie français de la mer vers la terre. Par ailleurs, en tant que responsable de la préparation des forces navales, le chef d’état-major de la Marine gère deux programmes prioritaires : celui des frégates multimissions (FREMM) et celui des sous-marins nucléaires d’attaque (SNA) de type Barracuda. Le programme initial de 17 FREMM a été réduit à 11 par le Livre Blanc de la défense et de la sécurité nationale, « minimum de cohérence de l’ensemble », estime l’amiral.  Il ajoute qu’il ne peut y avoir de dissuasion nucléaire sans six Barracuda, à bord desquels sont formés les équipages des quatre sous-marins nucléaires lanceurs d’engins. Enfin, le Charles-de-Gaulle est complètement interopérable avec les porte-avions américains grâce à l’embarquement d’avions de guet E-2C Hawkeye, nœuds d’interconnexions des systèmes d’informations et de communications. L’interopérabilité nécessite une qualification de tout le système, dont le pilote est le sommet, car un porte-avions est prêt à tirer sur tout appareil non identifié. Or, aujourd’hui, les avions français peuvent se poser sur un porte-avions américain. « L’interopérabilité est une marque de confiance de la part du partenaire », souligne l’amiral Forissier.

Loïc Salmon

L’amiral Pierre-François Forissier, entré à l’Ecole Navale en 1971, intègre les forces sous-marines en 1975. Ingénieur en génie atomique et breveté de l’Enseignement militaire supérieur, il est auditeur de l’Institut des hautes études de défense nationale et du Centre des hautes études militaires. Il a notamment commandé le sous-marin nucléaire d’attaque Rubis et le sous-marin nucléaire lanceur d’engins Le-Tonnant. Il a aussi exercé les fonctions d’officier en second du dragueur Glycine et de la 20e Division de dragueurs ainsi que celles d’officier de manœuvre du porte-avions Foch. A l’état-major de la Marine à Paris, il a été adjoint du bureau Etudes et plans généraux puis chef du bureau Finances. Après avoir été commandant en second du Centre d’instruction naval de Brest, il est promu contre-amiral en 2001 et nommé adjoint territorial au commandant de la région maritime Atlantique. Commandant des forces sous-marines et de la Force océanique stratégique, il devient en 2005 major général de la Marine, puis chef d’état-major le 4 février 2008. L’amiral Forissier est grand officier de la Légion d’Honneur et commandeur du Mérite maritime.

 

 




Marine et Diplomatie

La Marine, outil militaire dans un conflit de haute intensité et chargée de l’action de l’Etat en mer, participe aussi à la stratégie d’influence visant à peser sur la scène internationale. Le concept de diplomatie navale est né de l’Histoire … et de l’expérience ! Tel a été le thème du colloque organisé, le 20 mai 2011 à l’Ecole militaire à Paris, par le Centre d’études supérieures de la Marine dans le cadre du Forum Bleu Marine. « La mer est un espace de liberté, la liberté, c’est la négociation, la négociation, c’est la diplomatie », a déclaré Gérard Longuet, ministre de la Défense et des Anciens Combattants. La France dispose du deuxième espace maritime du monde, après les Etats-Unis, avec une zone économique exclusive de 11 Mkm2. Le déploiement des bâtiments de projection et de commandement, avec leurs hélicoptères et chalands de débarquement, ou du porte-avions Charles-De-Gaulle, avec son aviation embarquée, exprime des intentions avec toute la gamme des interventions possibles dans un milieu changeant, ouvert ou confiné. « Les escales ont une valeur symbolique forte », souligne le ministre. Les bâtiments français en ont effectué 130 en 2010. Dans le passé, ils ont pratiqué la diplomatie « humanitaire » (boat people, années 1980), celle de « puissance » (golfe Persique, 1986) et celle de « protection » (Liban, 2006). « La permanence à la mer d’un sous-marin nucléaire lanceur d’engins (SNLE) est un facteur considérable d’équilibre », précise Gérard Longuet. Opérant de la mer vers la terre, les bâtiments de surface et les sous-marins d’attaque peuvent intervenir près des côtes et en profondeur dans 150 pays. Ils peuvent aussi pratiquer une diplomatie « réactive », c’est-à-dire réversible dans un délai de quelques heures. En outre, les bâtiments interceptent les communications et recueillent des renseignements, inaccessibles par d’autres moyens, « enjeu considérable », a souligné le ministre. Selon lui, 400 sous-marins de 46 pays sont en service et l’Inde et la Chine veulent se doter de porte-avions opérationnels.  Cette dernière utilise sa Marine, devenue la quatrième du monde en 2000, à des fins diplomatiques, estime le vice-amiral d’escadre (2e S) Alain Dumontet. Elle multiplie se dépenses militaires par deux tous les trois ans pour rattraper son retard technologique. La Chine importe 80 % de son pétrole par le détroit de Malacca et 90 % de ses échanges commerciaux se font par la mer. En conséquence, elle sécurise des « point d’appui » en océan Indien : Pakistan, Sri Lanka, Bangladesh et Malaisie. Son Livre Blanc 2011 sur la défense prévoit tous les moyens d’une Marine de haute mer : 60 frégates équipées de missiles antinavires à longue portée, 40 bâtiments amphibies, 30 sous-marins et 20 en construction. Le SNLE de nouvelle génération emportera des missiles nucléaires de 8.000 km de portée. Le porte-avions Varyag, acheté à la Russie, est en cours de modernisation avec des avions embarqués Sukhoï 30.

Enfin, l’amiral Pierre-François Forissier, chef d’état-major de la Marine, a rappelé que « le centre du monde aujourd’hui, c’est le Pacifique et non plus l’Europe » et que la France est une nation du Pacifique, reconnue comme partenaire par les autres pays riverains. Pour lui, la Marine nationale est avant tout un « outil stratégique », la « contribution navale à la diplomatie globale ». Ses navires polyvalents et fortement armés doivent être servis par des équipages déterminés, courageux et combatifs, pour passer de la simple présence au combat de haute intensité.

Loïc Salmon

 




Un secrétaire d’Etat aux Anciens Combattants

Marc Laffineur, nommé secrétaire d’Etat aux Anciens Combattants le 29 juin 2011 (à gauche), a été reçu par Gérard Longuet, ministre de la Défense, à l’Hôtel de Brienne à Paris le même jour.

Médecin anesthésiste-réanimateur, il a cessé d’exercer depuis une dizaine d’années pour se consacrer à ses mandats électoraux. Vice-président de l’Assemblée nationale depuis le 27 juin 2007, il était aussi président de la délégation chargée des activités internationales et membre de la commission des finances et de la commission des affaires européennes. Maire (UMP) d’Avrillé dans le Maine-et-Loire depuis 1983, il a été député de la 7e circonscription de ce département depuis 1988, conseiller général de 1982 à 1992 et conseiller régional de 1986 à 1988.

L.S.




Flandres 2011, interopérabilité franco-britannique

Le premier exercice d’interopérabilité franco-britannique, dénommé Flandres 2011, s’est déroulé du 22 au 29 juin au Centre d’entraînement des postes de commandement de Mailly-le Camp (Aube). Son retour d’expérience permettra de tirer des enseignements à chaud et à froid en vue de créer une force d’intervention opérationnelle dans cinq ans, a souligné le général de corps d’armée Hervé Charpentier, commandant des forces terrestres, lors d’un point de presse le 16 juin.

Quelque 1.500 militaires et civils, dont 450 Britanniques, ont participé à cet exercice de simulation, qui a mis en œuvre des solutions techniques innovantes et des procédures d’état-major dans un environnement numérisé permettant à une brigade française et une brigade britannique d’opérer sous le même commandement (OTAN, ONU ou Union européenne). Chaque brigade utilise sa numérisation nationale. Le branchement des deux doit permettre au chef de section français de voir la même image que son homologue britannique et ainsi de suite à tous les échelons supérieurs, afin d’être capables de travailler ensemble, a indiqué le général Charpentier. Il a précisé que la simulation permet de réduire le coût de l’exercice de 1 à 7 par rapport à un déplacement complet des troupes sur le terrain. L’anglais opérationnel a été la langue de travail. Flandres 2011 avait également pour objectifs de maîtriser les opérations multinationales sur un spectre large, de maîtriser l’intégration et la coordination aéroterrestre (capteurs, feux et espace de bataille), d’organiser la fusion et l’exploitation du renseignement et enfin de renforcer l’interopérabilité logistique. « Il s’agit de créer un outil opérationnel pour permettre, un jour ou l’autre, de prélever une brigade de chacune des nations, a précisé le général Charpentier, nous ne sommes pas dans la démarche d’une brigade franco-britannique au moment où on améliore la répartition et la simulation ».

Loïc Salmon




Afghanistan, retraits annoncés

Le 23 juin 2011, la présidence de la République a annoncé un retrait progressif des 4.000 militaires français déployés en Afghanistan, peu après l’annonce, par le président américain Barack Obama, du rapatriement aux Etats-Unis de 10.000 soldats en 2011 et de 23.000 autres d’ici à la fin de l’été 2012. Dans un communiqué, elle indique partager l’analyse et les objectifs américains et que le retrait des forces françaises sera « progressif », « de manière proportionnelle » et « dans un calendrier comparable », en raison des « progrès enregistrés ».

De son côté, le Premier ministre François Fillon a déclaré que « la mort de Ben Laden et la désorganisation d’Al Qaïda, qui était un des objectifs de la campagne initiale conduite en Afghanistan, est un élément qui vient renforcer cette perspective ».

Enfin, lors d’un point de presse le même jour, le ministère de la Défense a indiqué que la sécurisation de la province de Surobi sera examinée au début de l’automne en concertation avec l’ONU et l’armée nationale afghane, qui prendra la suite des troupes françaises quand elle se sentira prête. « L’état-major fera des propositions opérationnelles à l’autorité politique », a précisé son porte-parole Laurent Teisseire. Il a aussi indiqué que le « surcoût » des opérations extérieures (Opex) atteint aujourd’hui 100 M€, contre 54 M€ il y a un mois et demi. Le budget des Opex est établi en fonction des opérations en cours et de celles qu’il est rationnellement possible d’anticiper. Les dépenses additionnelles sont couvertes par le budget général de la nation. Enfin, les stocks de munitions, utilisées en Afghanistan et en Libye, sont complétés par anticipation. Aucune comptabilité n’est rendue publique pour ne pas renseigner l’adversaire « d’aujourd’hui et de demain ».

Par ailleurs, entre le 10 mai et le 18 juin, six militaires sont morts en opérations en Afghanistan, portant à 62 le bilan des pertes françaises depuis le début de l’engagement.

Loïc Salmon




Les drones vus par le CEMAA

Les drones, réellement pilotés à distance par faisceaux d’électrons intégrés, ont fait preuve de leurs complémentarité et plus-value sur certains théâtres d’opérations.

Tel est l’avis du chef d’état-major de l’armée de l’Air, le général Jean-Paul Paloméros, exprimé lors de la 5ème Rencontre avion civile aviation militaire, tenue le 19 mai 2011 à Paris.

Depuis 15 ans, dit-il, les drones ont démontré un apport de capacités nouvelles et exceptionnelles, d’où leur intérêt militaire, civil, étatique et privé pour la surveillance, la recherche et le sauvetage et enfin le relevé de données scientifiques et atmosphériques. Mais, ils ne remplaceront pas le transport de passagers dans un avenir immédiat. Ils permettent le partage des missions et de la technologie avec les aéronefs habités. Ces plates-formes constituent une spécificité à exploiter, en vue de rechercher des améliorations qualitatives dans la propulsion et l’aérodynamisme. Elles nécessitent aussi un partage de l’éventail des fréquences et donc la maîtrise du spectre électromagnétique pour le pilotage et la transmission de données, en vue de permettre la surveillance en temps réel avec des vidéos en couleurs. Les drones devront aussi atteindre le même niveau de sécurité que les avions. En un siècle,

l’aviation est devenue le mode de transport le plus sûr au monde, malgré quelques accidents,  avec aujourd’hui plus de deux milliards de passagers par an. L’armée de l’Air utilise les drones pour améliorer l’efficacité des missions militaires. Depuis la fin des années 1990, elle en a acquis quatre, qui ont servi notamment pour la sécurité aérienne du voyage du pape Jean-Paul II à Lourdes en 1998, puis les a envoyés en Afghanistan en 2009 pour la surveillance des opérations en temps réel. En deux ans, précise le général Paloméros, les drones Harfang (moyenne altitude et longue portée) ont effectué 4.000 heures de vol et 440 missions opérationnelles pour l’ensemble des troupes de la Force internationale d’assistance à la sécurité. Il s’agit maintenant de chercher un successeur à ce système expérimental, afin de pouvoir différencier les pick up (camionnettes à plateau découvert) civils des pick up armés. L’espace aérien afghan, très complexe, est fréquenté par des avions de chasse et de soutien, des hélicoptères et des appareils de transport civil, sans que le système de contrôle en soit perturbé. Les drones ont été intégrés à ce dispositif confiné, avec des tirs d’artillerie qui montent jusqu’à plusieurs milliers de mètres. La base aérienne de Bagram est comparable à l’aéroport d’Orly avec 150.000 mouvements annuels, soit 400 par jour, et des procédures à respecter. « Les drones ne sont pas des robots, souligne le général Paloméros, mais  des avions à part entière ». Leurs automatismes servent à rentrer à la base en cas de perte de contact, ce qui ne s’est pas encore produit en Afghanistan. Avec 1.500 heures de vol, le Harfang a démontré sa pertinence en opérations : précision micrométrique, système anticollision, liaison satellite et respect des exigences du contrôle aérien. Il peut apporter une contribution appréciable en cas de catastrophe naturelle.

Toutefois, indique le général Paloméros, son intégration dans la circulation aérienne civile nécessite une certification de navigabilité, une qualification du personnel et un dispositif « voir et être vu » (détecter et éviter) pour la sécurité des aéronefs avec des pilotes à bord.

Loïc Salmon

Drone Harfang de l’Armée de l’Air.




Armée de l’Air, deux mois d’opérations en Libye

Dans les opérations aériennes en Libye, la France contribue en tout, sauf les drones, alors que les Etats-Unis en fournissent deux par jour pendant 12 heures, a déclaré le chef d’état-major de l’armée de l’Air, le général Jean-Paul Paloméros, devant l’Association des journalistes de défense le 26 mai 2011 à Paris. Mais, elle pallie cette absence par le pod (nacelle) Damoclès de désignation de cible et d’imagerie infrarouge, qu’emporte le Rafale standard F3 et qui donne une très grande précision. Ainsi un Rafale a pu localiser, à des dizaines de km, 15 avions au sol des forces pro-Kadhafi, tirer et revenir vérifier les dégâts. Les tirs de bombes de 250 kg se font à distance de sécurité avec une précision métrique. Début juillet, sera déployé le Rafale biplace équipé du missile air/sol moyenne portée. Son équipage, composé du pilote et d’un officier système d’armes, est un atout. « Pour différencier un pick up (camionnette avec espace ouvert) armé d’un pick up civil, il vaut mieux être deux à bord », précise le général Paloméros.  Les forces pro-Kadhafi  arment en effet des pick up civils pour frapper la population et chargent leurs ambulances d’armes. Elles essaient aussi de s’infiltrer dans les rangs des troupes d’opposition. « L’apport de l’arme aérienne peut faire basculer le rapport de puissance pour que la population libyenne puisse s’exprimer », souligne le général Paloméros. Les frappes visent des objectifs statiques (centres de commandement, dépôts de munitions) et dynamiques (blindés, pick up armés), en limitant au maximum les dommages collatéraux. Les pistes d’envol sont épargnées, afin de servir après les hostilités. Les poches de résistance disposent d’armes de petit calibre et de missiles sol/air transportés à dos d’homme. De 15 à 20 frappes de combat ont lieu chaque jour. « Sans capacité de renseignement électromagnétique, on ne peut mener une opération », précise le général. L’avion de renseignement électromagnétique Sarigue NG, déclassé en 2004, pourrait être remplacé, par exemple, par des drones et des avions d’origine civile. L’observation par satellite permet d’alimenter une banque de données en permanence et d’acquérir une capacité d’indépendance. Pour effectuer les échanges de renseignements entre alliés selon des procédures complexes, il faut utiliser les mêmes clés de décryptage, accessibles à la suite d’accords de confidentialité qu’ont déjà conclus les Etats-Unis et la Grande-Bretagne. « Le souci est de durer, indique le général Paloméros, et donc de régénérer le potentiel ». Pour cela, tous les types d’avions de l’armée de l’Air sont déployés en Libye, même le Mirage 2000N en raison de sa polyvalence et son armement modulaire. Par ailleurs, des commandos parachutistes de l’air et deux hélicoptères Caracal sont embarqués sur le porte-avions Charles-de-Gaulle, pour le sauvetage éventuel de pilotes. Ainsi, le 24 mai en Afghanistan, les deux membres de l’équipage d’un Mirage 2000D français, en appui d’une unité italienne au contact des insurgés, ont dû s éjecter à la suite d’une panne de réacteur. Ils ont été récupérés en 75 minutes par une équipe américaine aidée d’une patrouille italienne au sol. La surveillance aérienne a été assurée par un drone et une patrouille d’avions américains A10. Enfin, le retour d’expérience des opérations aériennes en Libye, notamment sur l’emploi d’avions monoplaces et biplaces, servira à la préparation de la prochaine loi de programmation militaire.

Loïc Salmon

Le général d’armée aérienne Jean-Paul Paloméros, entré à l’Ecole de l’Air en 1973, est breveté pilote de chasse en 1976. Il a 3.500 heures de vol à son actif. Affecté  au Royal Air Force College (Grande-Bretagne) en 1992, il a notamment commandé la 30e escadre de chasse à Reims (1988) et la base aérienne 120 à Cazaux (1996). En outre, il a été : sous-chef d’état-major opérations (1993), puis sous-chef plans (1994) au commandement de la défense aérienne à Taverny ; adjoint au général commandant les éléments français de l’opération « Crécerelle » en Italie, puis chef du bureau air et adjoint air au commandant de la FORPRONU à Sarajevo (1995) ; chef du bureau études et plans généraux à l’état-major de l’armée de l’Air à Paris (1998) ; secrétaire général des officiers de cohérence opérationnelle (2001), puis chef de la division plans programmes évaluation (2002) à l’Etat-major des armées à Paris. Nommé major général de l’armée de l’Air en 2005, il a été promu chef d’état-major le 25 août 2009. Le général Paloméros est grand officier de la Légion d’Honneur, officier de l’Ordre national du Mérite et titulaire de la Médaille de l’aéronautique.




Afghanistan : six militaires français décédés en cinq semaines

Six militaires ont été tués en opérations en Afghanistan entre le 10 mai et le 18 juin 2011, portant à 62 le bilan des pertes françaises.

Le 18 juin, le soldat de 1ère classe Florian Morillon du 1er Régiment de chasseurs parachutistes, grièvement blessé lors d’un accrochage pendant une patrouille à pied dans la province de Kapisa, est décédé des suites de ses blessures à l’hôpital militaire français de Kaboul.

Le 10 juin, à 20 km de la base aérienne de Bagram et dans des conditions météorologiques très difficiles, un hélicoptère Gazelle du 3ème Régiment d’hélicoptères de combat d’Etain s’est écrasé, blessant gravement le pilote et le chef de bord, le  lieutenant Matthieu Gaudin qui décédera à l’hôpital militaire où ils avaient été tous deux évacués. Le même jour, le caporal-chef Lionel Chevalier du 35ème Régiment d’infanterie de Belfort, embarqué à bord d’un véhicule blindé et en retour de mission vers la base de Tagab, s’est mortellement blessé avec son arme.

Le 1er juin, dans la province de Kapisa, une compagnie du Groupement tactique interarmes Kapisa, engagée dans une opération de reconnaissance, a été attaquée par un groupe d’insurgés. Au cours des combats, le caporal-chef Guillaume Nunes-Patego, affecté au 17ème Régiment du génie parachutiste de Montauban, a été mortellement blessé. Trois autres militaires ont également été blessés.

Le 18 mai, dans le sud de la Kapisa, l’explosion accidentelle d’une munition a tué le soldat de 1ère classe Cyril Louaisil du 2ème Régiment d’infanterie de marine du Mans et en a blessé quatre autres, qui se préparaient à embarquer à bord d’un véhicule blindé. Les blessés, dont les jours ne sont pas en danger, ont été évacués vers l’hôpital militaire de Kaboul.

Le 10 mai, le soldat de 1ère classe Loïc Roperth du 13ème Régiment du génie de Valdahon a été tué par l’explosion d’un engin explosif improvisé visant les sapeurs du détachement d’ouverture d’itinéraires piégés, qui effectuaient une mission d’ouverture d’itinéraire en prévision d’une opération dans la vallée de Tagab.

Loïc Salmon