Armée de Terre : un nouveau chef d’état-major

Le général d’armée Bertrand Ract-Madoux, nommé chef d’état-major de l’armée de Terre en conseil des ministres le 22 juin 2011, a pris ses fonctions le 1er septembre pour une durée de trois ans.

A sa sortie de l’Ecole spéciale militaire de Saint-Cyr en 1972, il choisit l’arme blindée et cavalerie. Breveté d’études militaires supérieures, il est auditeur du Centre des hautes études militaires et de l’Institut des hautes études de défense nationale. Il a notamment commandé le 1er Régiment de spahis (1995), le Bataillon N°2 de l’IFOR en ex-Yougoslavie (février-juin 1996) et la 2ème Brigade blindée (2002). Au cours de cette dernière affectation, il assure le commandement tactique  des forces françaises en Côte d’Ivoire (octobre 2003-février 2004) dans le cadre de l’opération Licorne. Il était directeur de cabinet du directeur général de la sécurité extérieure (DGSE) depuis le 1er septembre 2007. Titulaire de la croix de la Valeur militaire avec deux citations, le général Ract-Madoux est commandeur de la Légion d’Honneur et de l’Ordre national du Mérite.

Dans son premier message, le général Ract-Madoux a notamment déclaré : « Mes premières pensées vont à nos camarades en opérations qui mènent des combats difficiles et que j’assure de ma plus totale confiance, à nos blessés et leurs familles ainsi qu’à celles et ceux qui sont allés au bout de leur engagement professionnel ».

Loïc Salmon




L’appropriation des mers

La mer devient de plus en plus un enjeu stratégique, en raison des flux de marchandises en transit et du partage des ressources du sous-sol et de la colonne d’eau par l’instauration de zones économiques exclusives (ZEE). Ce phénomène d’appropriation, qui remet en cause la liberté des mers et entraîne de nouveaux types de confrontations, a fait l’objet d’un colloque organisé, le 17 juin 2011 à Paris, par le Centre d’enseignement supérieur de la Marine et l’Institut de recherche stratégique de l’Ecole militaire.

Selon Pierre Cochonat, directeur adjoint à l’Ifremer, les ressources marines sont d’abord vivantes : la pêche intensive, les biotechnologies (aquaculture, biocarburants, produits sanitaires post-antibiotiques) et l’environnement. Ensuite, la mer recèle du pétrole et du gaz à de grandes profondeurs (jusqu’à 3.000 m) ainsi qu’un potentiel d’énergies renouvelables : vents, courants marins, vagues, marées et énergie thermique. Enfin, de grandes quantités de minerais polymétalliques (sulfures de zinc, cuivre et fer) ont été découvertes dans les grands fonds du Pacifique oriental. L’Autorité internationale des fonds marins délivre des permis de prospection minière sur des bandes de 1.000 km de long et 60 km de large. Les équipes scientifiques françaises prospectent les « dorsales » (chaînes de montagnes sous-marines), « plaines abyssales » et « marges continentales » de l’Atlantique, du Sud-Ouest de l’Inde, de la Polynésie et de Wallis et Futuna. En effet, grâce à ses départements et territoires d’outre-mer, la France dispose d’une ZEE de 11 Mkm2, la deuxième du monde après celle des Etats-Unis. De plus, elle est la seule puissance riveraine de tous les océans, sauf l’Arctique. La mer est le théâtre d’une compétition internationale où entrent les Etats émergents (Brésil, Inde, Chine, Afrique du Sud), de la lutte contre la criminalité organisée (piraterie et trafics illicites) et enfin de la sécurisation des flux commerciaux et des approches des côtes. Aujourd’hui, les routes maritimes océaniques, soit la moitié de la planète, sont totalement contrôlées par les pays occidentaux, indique Paul Tourret, directeur de l’Institut supérieur d’économie maritime Nantes/Saint-Nazaire. Joseph Henrotin, professeur à l’Université libre de Bruxelles, souligne le développement de bases navales à Djibouti (France), à Singapour (Etats-Unis) et au Pakistan (Chine) et considère des affrontements navals possibles vers 2020-2030. Par ailleurs, estime  Alexandre Sheldon-Duplaix du Service historique de la défense, les Etats-Unis ont acquis une supériorité de projection de la mer vers la terre depuis la fin de la guerre froide (1947-1991), avec des porte-avions, pétroliers-ravitailleurs, frégates et bâtiments hôpitaux et, aussi, en recherchant des bases navales autour du monde auprès de leurs alliés. Les Etats côtiers, aux moyens plus modestes, ont choisi le déni de leurs accès maritimes par des sous-marins, mines et missiles supersoniques tirés de frégates, à l’exemple de l’ex-URSS. La Russie d’aujourd’hui utilise son unique porte-aéronefs pour assurer la défense aérienne des zones d’opérations de ses sous-marins nucléaires lance-engins. L’Inde déploie le sien pour couvrir sa flotte de surface. La Chine suit l’exemple russe et prépare une Marine de projection dans les 10-15 ans à venir. Enfin, ses sous-marins nucléaires d’attaque constituent ses seuls moyens capables de menacer les lignes de communications adverses, en cas de conflit avec Taïwan, allié des Etats-Unis.

Loïc Salmon




Evolution et continuité de la gestion des crises en Afrique

Après cinquante ans d’indépendance, les pays d’Afrique subsaharienne connaissent toujours des crises, internes ou importées, qui se gèrent encore par des interventions extérieures, mais aussi par la négociation. Aujourd’hui, le renforcement des capacités africaines de maintien de la paix se concrétise, les organisations régionales montent en puissance, l’Union européenne et la Chine entrent en scène.

Le général Bernard Thorette, ancien chef d’état-major de l’armée de Terre, a présenté le théâtre africain au cours d’une conférence organisée, le 11 mai 2011 au Sénat, par l’association Géostratégies 2000. En voici les principales caractéristiques : richesse en matières premières ; diversité linguistique ; insécurité alimentaire doublée d’absence de circuits commerciaux interrégionaux ; insuffisance éducative ; antagonismes religieux ; trafics illicites ; pressions migratoires ; stagnation du produit national brut depuis 1980 en général mais avec certaines zones en forte croissance (+ 6 % par an) ; urbanisation en hausse ; lieu de nouvelles ambitions (Chine) ; victime de ses attirances pour la ville et l’Europe ; capacité de survie économique, enthousiasme et léthargie ; jeunesse trop négligée par la France. « Tous les ferments de la révolution en cours dans les pays arabes sont en œuvre, mais pourtant ça n’explose pas », constate le général Thorette.

Les crises 

Une crise est une période de tension mettant en jeu les intérêts fondamentaux de deux ou plusieurs acteurs, selon le général Thorette. Elle se caractérise par divers facteurs, parfois cumulés : rupture de l’équilibre des forces politiques en présence ; durée plus ou moins longue (un an ou très longtemps) ; pénurie alimentaire ; dégradation de l’environnement (déforestation, accès difficile à l’eau) ; instabilité économique ; insécurité. Des tendances lourdes se manifestent en Afrique subsaharienne : la géographie (héritage des zones d’influence des grandes puissances européennes du XIXe siècle) ; l’Histoire (création d’Etats hétérogènes) ; les idéologies importées (reliquats de la guerre froide) ; les rivalités ancestrales des ethnies ; la démographie (surpopulation ou sous-peuplement selon les zones) ; les grandes migrations vers la France et d’autres pays d’Afrique ; les aspirations des peuples à une meilleure gouvernance ; l’inégalité d’accès aux richesses. Toutes ces tendances constituent des enjeux permanents et stratégiques. S’y ajoutent des éléments circonstanciels : déstabilisations diverses (guerres, atrocités) ; perturbations climatiques (sècheresse, famine) ; nouveaux acteurs (organisations non gouvernementales, media) ; Etats stables (Sénégal, Gabon, Ghana, Afrique du Sud), faibles (la plupart des autres) ou effondrés (Somalie) ; actions des organisations internationales (ONU, UE, Union africaine et organisations régionales) .

La France, qui dispose de bases au Gabon et à Djibouti, est la seule à intervenir dans les crises en Afrique. Malgré ses engagements en cours (Afghanistan et Libye), elle peut encore y projeter jusqu’à 3.000 hommes. Ses troupes constituent des facteurs de stabilisation…et de retombées économiques (!), mais leur perception par la population varie selon les pays. L’Africain n’est pas terroriste par nature. L’Aqmi (Al-Qaïda au Maghreb islamique), organisation importée, s’appuie sur des Etats faillis et des tribus touaregs rebelles à toute autorité. Enfin, les entreprises chinoises dynamisent l’économie des pays de l’Afrique subsaharienne aujourd’hui, mais la déstabiliseront à terme car elles n’emploient pas la main d’œuvre locale, estime le général Thorette.

Loïc Salmon

Le général d’armée (2e S) Bernard Thorette choisit l’infanterie de marine à sa sortie de l’Ecole spéciale militaire de Saint-Cyr en 1967. Il est diplômé de l’Institut national des langues et civilisations orientales de Paris (arabe), breveté de Ecole supérieure de guerre et auditeur du Centre des hautes études militaires et de l’Institut des hautes études de défense nationale. Il a été notamment chef de corps du 3e Régiment d’infanterie de marine pendant la guerre du golfe (1991), contributeur à la création de la Direction du renseignement militaire (1992), chef du Centre opérationnel interarmées (1995), chef du cabinet militaire du ministre de la Défense Alain Richard (1998) et chef d’état-major de l’armée de Terre (2002-2006). Nommé conseiller d’Etat en service extraordinaire en 2008, le général Thorette est grand officier de la Légion d’Honneur, officier de l’Ordre national du Mérite et titulaire de la Croix de guerre TOE avec palme, de la Croix de la valeur militaire avec étoiles de bronze et de plusieurs décorations étrangères.

 




Opérations : Afghanistan, Libye, Côte d’Ivoire et Tchad

Entre le 11 et le 14 août 2011, sept militaires de l’OTAN ont été tués en Afghanistan. Dans le même temps, le porte-avions Charles-De-Gaulle est rentré à Toulon. Par ailleurs, le dispositif français en Côte d’Ivoire et au Tchad sera prochainement réduit.

Afghanistan : le 11 août, un attentat à la bombe a provoqué la mort de cinq soldats américains et un engin explosif improvisé celle du caporal-chef français Facrou Housseini du 19ème Régiment du génie de Besançon. Trois jours plus tard, le lieutenant Camille Levrel du 152ème Régiment d’infanterie de Colmar a été mortellement touché par le tir isolé d’un insurgé. Cela porte à 388 le nombre de soldats de la coalition tués depuis le 1er janvier 2011 (711 pour l’année 2010) et à 74 celui des Français depuis le début de l’engagement en 2001.

Libye : le porte-avions Charles-De-Gaulle, déployé au large de la Libye depuis le 22 mars 2011 est rentré à Toulon le 12 août.  Auparavant, il avait effectué la mission « Agapanthe » en océan Indien d’octobre 2010 à février 2011. Dans le cadre de l’opération « Harmattan », il a totalisé 138 jours de mer, 40.000 milles nautiques parcourus (74.000 km), 120 jours d’activité aéronautique, 2.380 catapultages et appontages et 3.600 heures de vol. Le dispositif Marine français au large de la Libye se compose actuellement d’un bâtiment de projection et de commandement, de deux frégates, d’un pétrolier-ravitailleur et d’un sous-marin nucléaire d’attaque.

Côte d’Ivoire et Tchad : le ministre des Affaires étrangères et européennes Alain Juppé a indiqué, le 5 juillet à la commission des affaires étrangères de l’Assemblée nationale, que la force française « Licorne » en Côte d’ivoire sera réduite à 300 ou 400 hommes  à la fin de l’année (1.700 au plus fort de l’intervention) et que le format du dispositif « Epervier » au Tchad, de plus de 1.000 militaires aujourd’hui, est en cours de réévaluation.

Loïc Salmon




Les armées, réforme, budgets et opérations

Pour la première fois depuis 1962, les armées vivent trois problèmes à la fois : la réforme, les budgets et les opérations, a déclaré leur chef d’Etat-major, l’amiral Edouard Guillaud, devant l’Association des journalistes de défense le 7 juillet 2011 à Paris.

La réforme n’est pas terminée, mais les priorités changent. Pour les budgets, « quand on est dans une crise (économique) importante, les armées ne peuvent s’exonérer des efforts de la nation », indique l’amiral. Pour les opérations, la situation en Côte d’Ivoire baisse en intensité, celle du Liban est « frémissante », la piraterie continue et la tension au Sahel persiste. La lutte contre l’orpaillage clandestin en Guyane nécessite des moyens policiers et militaires. « Mon souci est de donner des ordres clairs et des moyens », souligne l’amiral. Sur ce dernier point, il précise : « Avec le retour d’expérience des opérations en Libye, oui, j’ai besoin de drones de combat ! » En cas de crise internationale, la communauté internationale est « coincée » : si elle n’agit pas, elle est critiquée pour son indifférence, si elle fait quelque chose, « ça ne va pas assez vite ! ». Les militaires, les diplomates et les politiques se trouvent confrontés au même dilemme, souligne le chef d’état-major des armées.

Le 29 juin, l’amiral Guillaud a été entendu par la commission de la défense nationale et des forces armées de l’Assemblée nationale. Il a précisé que plus de 27.000 militaires français sont déployés hors métropole. Au cours du premier semestre, les effectifs engagés en opérations extérieures sont passés de 9.000 à 13.500 sur six théâtres différents : Libye, Afghanistan, Liban, Côte d’Ivoire, Kosovo et océan Indien.

En Libye, l’opération « Harmattan », volet français de celle de l’OTAN dénommée « Unified Protector », engage 4.000 personnels et met en œuvre un tiers des bâtiments de la coalition (8), 80% des hélicoptères d’attaque (18), 30% de l’aviation de combat (40 chasseurs, dont 23 de l’armée de l’Air et 17 de l’aéronautique navale) et 20 % des avions de soutien (transport, ravitailleurs et patrouille maritime). Ce dispositif permet de réaliser plus de 30% des frappes de la coalition. En Afghanistan (4.000 militaires), l’amiral constate un affaiblissement de l’insurrection et une diminution du nombre d’accrochages dans la zone sous contrôle français, les insurgés recourant davantage aux engins explosifs improvisés et aux attaques suicides. Si l’armée nationale afghane se montre capable de remplir ses missions, dit-il, il n’y a pas de raison de ne pas la laisser jouer pleinement son rôle. En conséquence, la planification du désengagement est lancée : transfert du contrôle de la vallée de la Surobi dès l’automne 2011, puis celui de la Kapisa à l’été 2012… zone où l’armée soviétique n’a jamais pu s’engager, rappelle-t-il. Le chef d’Etat-major des armées remarque que ces opérations, caractérisées par leur grande diversité et complexité, sont des succès sur le terrain et imposent une véritable endurance opérationnelle.

Au Kosovo, la France met 300 personnels à la disposition de l’OTAN dans le cadre de la brigade franco-allemande. Enfin, interrogé sur les perspectives d’un deuxième porte-avions pour la Marine nationale, l’amiral Guillaud estime que les moyens financiers du ministère de la Défense ne permettent pas d’envisager sa construction pour le moment : son coût est en effet évalué à environ 3,5 Md€ étalés sur huit ans.

Loïc Salmon

L’amiral Édouard Guillaud est entré à l’Ecole Navale en 1973. Breveté de l’Ecole de guerre navale et de l’Ecole des applications militaires de l’énergie atomique, il est auditeur de l’Institut de hautes études de défense nationale et du Centre des hautes études militaires. Il a notamment commandé le dragueur de mines Lobelia, le bâtiment de transport léger Dumont-d’Urville, l’aviso-escorteur Enseigne-de-Vaisseau-Henry et le porte-avions Charles-de-Gaulle. Nommé préfet maritime de la Manche et de la mer du Nord en 2004, il devient chef d’état-major du Président de la République en 2006. Elevé aux rang et appellation d’amiral le 1er décembre 2007, il est promu chef d’Etat-major des armées le 25 février 2010. L’amiral Guillaud est grand officier de la Légion d’Honneur, officier de l’Ordre national du Mérite, officier du Mérite maritime, grand-croix de l’Ordre du Rio Branco du Brésil et grand officier du Mérite de l’Ordre de Malte.




Afghanistan : 40 soldats de la coalition tués en deux jours

En deux jours, les 6 et 7 août 2011, trente Américains, huit Afghans et deux Français de la coalition ont été tués au combat en Afghanistan dans deux attaques distinctes.

Le 6 août, un hélicoptère américain CH 47 F Chinook (photo prise au salon du Bourget 2011) a été abattu par un tir de roquette RPG d’insurgés talibans. Selon l’OTAN, tous les occupants ont été tués : 25 membres des forces spéciales américaines et les 5 membres de l’équipage, 7 membres des forces spéciales afghanes et un traducteur afghan civil. La plupart des victimes faisaient partie des « Navy Seals », l’unité qui a éliminé Oussama Ben Laden, chef de l’organisation terroriste Al Qaïda, le 2 mai au Pakistan. Une enquête est en cours pour déterminer les circonstances exactes de l’attaque, revendiquée par les Talibans comme un « « piège ». A l’origine, des troupes au sol, qui recherchaient un chef local taliban dans la vallée de Tangi, avaient été prises à partie par des insurgés et avaient appelé des renforts. Avant cette attaque, les troupes américaines avaient déjà perdu 149 hommes dans des chutes d’hélicoptères en Afghanistan, dont 38 à la suite de tirs ennemis.

Le 7 août, deux soldats du 2ème Régiment étranger de parachutistes ont été tués et cinq autres blessés dans un accrochage à proximité de la vallée de Tagab, lors d’une opération de reconnaissance et de fouille à la recherche de caches d’armes et d’engins explosifs. Des hélicoptères français et américains sont intervenus pour secourir le détachement et neutraliser les insurgés. Les deux victimes, le caporal Kisan Bahadur Thapa et le soldat de 1ère classe Gerhardus Jansen, étaient entrés dans la Légion étrangère en 2008.  Cela porte à 72 le nombre de pertes françaises depuis le début de l’engagement en Afghanistan en 2001.

Loïc Salmon




Balard 2015

Le ministre de la Défense et des Anciens Combattants, Gérard Longuet, a présenté le projet, dénommé « Balard 2015 », de son futur ministère au cours d’une conférence de presse, tenue le 31 mai 2011 à l’Ecole nationale supérieure des techniques avancées de Paris.

Il a souligné que ce nouveau ministère regroupera en un seul lieu les centres d’autorité, d’opérations interarmées, d’équipements et de services, actuellement éparpillés sur une douzaine de sites parisiens. L’emménagement du nouveau ministère se fera de septembre à décembre 2014. Ce dernier regroupera 9.250 personnes ainsi réparties sur 420.000 m2 : 3.515 pour l’Etat major des armées et les états-majors Terre, Air et Marine ; 2.664 pour la Direction générale de l’armement ; 1.358 pour le Secrétariat général pour l’administration ; 1.005 pour les services du cabinet du ministre, le Bureau des officiers généraux, le Contrôle général des armées, les inspections générales des armées, la Délégation à l’information et à la communication de la défense, la Délégation aux affaires stratégiques, la Direction générale des systèmes d’information et de communication et la Direction de la protection et de la sécurité de la défense ; 679 pour le Centre interarmées des réseaux d’infrastructures des systèmes d’information (soutien informatique), l’Institution de gestion sociale des armées, des crèches, un pôle médical, des soutiens divers et chancelleries et enfin les services de sécurité (gendarmes de l’Air, pompiers du site et Brigade des sapeurs pompiers de Paris).

Les travaux dureront de janvier 2012 à juin 2014. Ils seront réalisés dans le cadre d’un partenariat public/privé par le groupe Opale Défense, composé des entreprises suivantes : Axa Real Estate, Bouygues Construction, Dalkia France, Icade, Iosis, SIEF, Sodéarif, Sodexo et Thales. L’Etat est représenté par la Caisse des dépôts et consignations qui assure 34 % des fonds propres d’Opale Défense et conserve une minorité de blocage au sein de son capital. De cette opération qui inclut la vente d’une partie de son patrimoine immobilier, le ministère de la Défense devrait dégager une recette nette de 600M€, qui seront réinvestis dans les achats d’équipements prévus dans la loi de programmation militaire 2009-2014. En outre, il économisera 1.370 emplois de soutien. Enfin, il versera à Opale Défense une redevance annuelle de 130 M€ hors taxes entre 2014 et 2041, avant de devenir propriétaire du site.

Celui-ci, qui aura la forme d’un hexagone, a été conçu par trois cabinets d’architectes : Nicolas Michelin, Jean-Michel Vilmotte et l’Atelier 2/3/4. Dix mois par an, le ministère de la Défense assurera de manière « naturelle » près de 80 % de ses besoins de chaud (géothermie et récupération de l’énergie dispersée), de froid (utilisation de la fraicheur de la nappe phréatique) et enfin de ventilation par un dispositif tirant parti des vents dominants et des différences de températures dans ses espaces verts. Des équipements photovoltaïques seront installés sur 7.000 m2 de toits pour produire de l’électricité. Toutefois, les parties hautement sécurisées seront ventilées de manière mécanique. Enfin, la façade du côté du boulevard périphérique de Paris sera durcie contre toute agression extérieure.

Loïc Salmon




Les drones dans les forces terrestres

L’armée de Terre utilise des drones en Afghanistan pour mieux évaluer la situation sur le terrain, en vue de protéger les combattants de la Force internationale d’assistance à la sécurité (FIAS). Dans une opération, même réussie, l’opinion publique ne retiendra que le nombre de morts. Le colonel Stéphane Morelli a présenté l’emploi opérationnel des drones par les forces terrestres au cours de la 5e Rencontre aviation civile aviation militaire, tenue à Paris le 19 mai 2011.

Les drones réalisent des missions de protection et d’appui renseignement au sein de modules multicapteurs, qui incluent radars, ballons et systèmes de détection acoustique. Si le ballon ou le radar détecte quelque chose de suspect, un petit drone de renseignement au contact (DRAC) va reconnaître l’endroit dans les 15 minutes pour confirmer ou non le risque. Cela va de la détection d’individus armés suspects se préparant à harceler un détachement de la coalition à celle de repères de l’emplacement de mortiers. Les détections d’indices difficilement décelables au sol sont essentielles pour prévoir les intentions des insurgés, adapter sa propre manœuvre et disperser les adversaires en minimisant l’effet de leurs tirs. En Afghanistan, les DRAC ont effectué 558 missions et 445 heures de vol entre le 23 octobre 2010 et le 19 mai 2011. Mais, les opérations extérieures ne représentent que 22 % de leur utilisation, contre 37 % pour l’entraînement et 22 % pour l’instruction. L’emploi des drones et leur évolution dans l’espace aérien varient en fonction de leur poids. Un microdrone de moins de 2 kg et volant à 50 m d’altitude aide une section dans un rayon de 2 km. Un mini-drone (8-10 kg, 150 m) appuie un sous-groupement  ou un groupement tactique jusqu’à 10 km. Enfin, un drone tactique (180-500 kg, 1.500 m) protège un groupement tactique, une brigade ou une division dans une profondeur de 80 km. « L’homme reste toujours dans la boucle pour contrôler le système, sa route et une altitude bien déterminée », souligne le colonel Morelli. En cas d’urgence, le drone tactique Harfang, équipé d’un GPS, peut revenir automatiquement à sa base de départ et se poser avec une précision de 50 m. Le SDTi, autre drone déployé en Afghanistan depuis novembre 2009, y a effectué 525 missions pour la FIAS et 1.400 heures de vol jusqu’au 19 mai 2011. Ses missions ont consisté à protéger une force (78 %), faire du renseignement (20 %) et protéger un convoi attaqué (2 %). Le SDTi apporte un appui à une force terrestre lors du désengagement d’une opération, quand les accrochages sont les plus nombreux. Il réalise des dossiers images en préparation d’une opération. Il confirme une identification dans le cadre du renseignement multicapteurs. Il assure la reconnaissance d’un axe terrestre en termes de fluidité et de sécurité. Il confirme ou infirme un objectif potentiel avant son traitement par l’artillerie ou les hélicoptères. Enfin, il évalue les dommages. Les personnels de mise en œuvre, très expérimentés, sont tous d’anciens techniciens et pilotes de l’aviation légère de l’armée de Terre, indique le colonel Morelli. Les retours d’expérience permettent de déterminer les améliorations des performances à apporter et qui varient selon les types de drones. L’endurance des mini-drones et des drones tactiques doit être accrue pour appuyer une opération avant, pendant et après.  Enfin, les besoins logistiques doivent être réduits pour que le coût de l’heure de vol d’un drone tactique ne dépasse pas 1.000 € lors de son déploiement au sein d’une force terrestre.

Loïc Salmon

Le drone SDTi (système de drone tactique intérimaire) de l’armée de Terre.




Armée de Terre, capacité opérationnelle et technicité

« Compétence technique et conviction personnelle à s’engager dans une opération », tels sont les impératifs de l’armée de Terre aujourd’hui, a déclaré son chef d’état-major, le général Elrick Irastorza, devant l’Association des journalistes de défense le 15 juin 2011 à Paris.

Il joue un rôle de conseiller auprès du chef d’Etat-major des armées, l’amiral Edouard Guillaud, qui conduit les opérations. En Afghanistan, les affrontements directs avec les insurgés ont diminué de moitié en un an (un par jour en 2010), mais les attaques par engins explosifs improvisés sont en recrudescence (deux à trois par mois en 2010).  Leur détection n’est guère facile. Malgré les caméras et les détecteurs, rien ne remplace l’homme sur le terrain. « La menace se fait plus insidieuse », indique le général, qui précise que 476 blessés avec une indisponibilité de 15 jours ont été recensés depuis le début de l’engagement français. En 2010, l’armée de Terre a déploré en tout 147 tués, dont 98 hors service et 49 en service (14 au combat). En Afrique, le dispositif est en cours de restructuration. La force « Licorne » de Côte d’Ivoire, actuellement de 900 hommes, sera réduite à 300 pour reconstruire l’armée ivoirienne et protéger les ressortissants étrangers. Les forces françaises stationnées au Sénégal doivent être transférées au Gabon cet été. Par aillleurs, le déploiement au large de la Libye du bâtiment de projection et de commandement Tonnerre, avec ses hélicoptères, constitue la première opération de grande ampleur pour la Marine et l’aviation légère de l’armée de Terre, estime le général Irastorza. L’hélicoptère est un système d’arme « d’opportunité » plus ciblé que l’avion, dont l’emploi est « planifié ». Il s’agit de monter des opérations de nuit avec le stress du combat. La durée d’un engagement repose sur son potentiel, qui se régénère en heures de travail et pièces de rechange, poursuit le général. Par ailleurs, en cas de combat majeur dans le cadre de la politique commune de défense et de sécurité européenne, l’armée de Terre française doit également pouvoir déployer 5.000 hommes en dehors du territoire national. Des unités sont donc maintenues en alerte entre 12 heures (combat) et 9 jours (soutien logistique).

« Le soldat de métier est d’abord un volontaire », souligne le général Irastorza, qui ajoute : « Sur le théâtre, le temps épargne le sang ». En conséquence, les durées des missions sont passées de quatre mois à six. Pour l’Afghanistan, l’engagement dure quasiment 18 mois : 6 mois de préparation opérationnelle, 6 mois sur place et 6 mois de retour d’expérience, récupération en famille et remise à niveau individuelle. L’armée de Terre recrute 72 % de contractuels, nécessairement des jeunes. « On recrute bien et on recrute de bons soldats », souligne le général. Environ 50 % d’entre eux deviennent sous-officiers, le reste venant de l’Ecole nationale des sous-officiers d’active de Saint-Maixent. De ce vivier, sortent 70 % des officiers d’aujourd’hui. Enfin, que pense la société française de ses soldats ? « C’est une logique contradictoire, constate le général, la perception des armées est bonne, mais les militaires ont le sentiment d’une certaine indifférence ». Les gens réagissent différemment selon les liens qu’ils entretiennent avec leurs régiments. Enfin, un conflit en Afghanistan ne donne pas le même sentiment d’immédiateté du danger qu’une guerre sur la frontière du Rhin, estime le général Irastorza.

Loïc Salmon

Le général d’armée Elrick Irastorza choisit l’infanterie de marine à sa sortie de l’Ecole spéciale militaire de Saint-Cyr en 1972. Titulaire d’un diplôme d’études approfondies de défense et de relations internationales, il est breveté de l’Ecole supérieure de guerre. Il a été notamment chef de corps du 8e Régiment de parachutistes d’infanterie de marine, commandant du 1er Bataillon français de l’Autorité provisoire des Nations unies au Cambodge (1992) et commandant des forces françaises engagées dans l’opération « Licorne » en Côte d’Ivoire (2005-2006). Sous-directeur chargé du recrutement à la Direction du personnel militaire de l’armée de terre (2000), il est nommé  major général de l’armée de Terre en 2006, puis promu chef d’état-major le 2 juillet 2008. Le général Irastorza est grand officier de la Légion d’Honneur, commandeur de l’Ordre national du Mérite et titulaire de la croix de la Valeur militaire avec quatre citations.




Obsèques nationales pour sept tués en Afghanistan

Le 19 juillet 2011, les obsèques nationales des sept militaires français tués en Afghanistan, entre les 11 et 14 juillet, ont eu lieu aux Invalides à Paris, en présence du chef de l’Etat, des membres du gouvernement, de nombreux élus et des détachements de leurs unités.Tous les sept ont été élevés au grade supérieur et faits chevaliers de la Légion d’Honneur à titre posthume. Il s’agit du brigadier-chef Clément Kovac du 1er Régiment de chasseurs de Verdun (accident), du capitaine Thomas Gauvin et de l’adjudant-chef Laurent Marsol du 1er  Régiment de chasseurs parachutistes de Pamiers, des adjudants-chefs Jean-Marc Gueniat et Emmanuel Techer du 17ème Régiment du génie parachutiste de Montauban, du sergent Sébastien Vermeille du Sirpa Terre Image centre de Lyon (attentat suicide) et du maître Benjamin Bourdet du commando Jaubert, (combat). Dans son allocution, le président de la République Nicolas Sarkozy, également chef des armées, a notamment déclaré : « Vous n’êtes pas morts pour rien. Vous êtes morts pour la grande cause des peuples libres qui ont payé leur liberté avec le sang de leurs soldats. (…) Soldats, vous êtes partis en pleine jeunesse en emportant avec vous les promesses d’une vie heureuse. Mais, nul ne vous a volé votre destin ». Enfin, il a rappelé que « l’armée française n’est pas séparée du reste de la Nation française, car l’armée française fait corps avec la nation française ».

L.S.