OTAN : garantie d’une vision globale en matière de défense

« Nous jouons un rôle de cohérence et de prise de conscience, mais pas de décisions qui sont du ressort des (28) nations membres », a déclaré le général d’armée aérienne Stéphane Abrial, chef du Commandement allié pour la transformation de l’OTAN, devant l’Association des journalistes de défense le 4 octobre 2011 à Paris.

Un groupe de travail de l’OTAN a étudié des approches innovantes sur la doctrine d’emploi, l’organisation, les finances et l’opérabilité. Au vu des retours d’expériences des conflits en Afghanistan et en Libye, indique le général Abrial, plusieurs lacunes ont été reconnues en ce qui concerne la lutte contre les engins explosifs improvisés (IED), le soutien médical en opérations, la maintenance des hélicoptères et l’entraînement des forces. En Libye, c’est la première fois, depuis la création de l’OTAN, qu’un pays européen assure le premier rôle, les Etats-Unis n’intervenant qu’en soutien. Le niveau des forces aériennes françaises a été jugé bon en termes d’entraînement, d’équipements, de capacité et de contrôle. Toutefois, des lacunes sont visibles dans le ravitaillement en vol, indispensable pour une opération de longue durée, et la chaîne complète de ciblage (détection, prise de décision et action). De plus, le retard de l’Europe en matière de drones est manifeste par rapport aux Etats-Unis. Les drones permettent des missions de longue durée sans risques excessifs. Mais, précise le général, une flotte aérienne ne peut se passer d’avions pilotés, «  car l’intelligence à bord n’est pas remplaçable ». En outre, l’avion de combat a une capacité d’emport plus importante et une plus grande souplesse d’emploi, grâce à l’emport de différents types d’armements. D’autre part, la coalition a préalablement sécurisé le ciel libyen. « Les drones n’auraient pas survécu dans une zone de combat contestée », indique le général Abrial, qui estime qu’il faut « plus de vecteurs globalement ».

En Afghanistan, l’OTAN doit garantir l’environnement de la population contre les IED et entraîner au mieux les forces afghanes pendant et après la période de transition d’ici à 2014 : « Si nous ne réussissons pas à bien les former, nous risquons de perdre les bénéfices de l’opération ».

Par ailleurs, l’OTAN entretient, en amont, des échanges avec 35 grandes sociétés d’armement des deux côtés de l’Atlantique et en recherche avec les petites et moyennes entreprises innovantes. La première présente sa perception de l’environnement opérationnel de demain et les secondes exposent leurs possibilités de développement technologique, en vue d’assurer des capacités aux besoins futurs des forces. L’architecture de recherche et développement fait partie de la réforme en cours de l’OTAN. « Nous ne décidons pas la prochaine crise, mais il faut être prêt », souligne le général. En outre, il faut tenir compte des coûts dans un contexte économique difficile et du choix des Etats membres entre solidarité et souveraineté : « Nous devons faire le mieux possible avec ce que l’on nous donne ». En conséquence, les projets multinationaux impliquent des choix de priorités, à harmoniser pour éviter une spécialisation rampante avec abandon de certaines capacités. Les décisions sont prises en fonction des contraintes économiques, car il faut une vision globale de l’Alliance Atlantique.

Enfin, le général Abrial a précisé que son successeur sera français. Les Etats membres se sont en effet mis d’accord sur l’attribution des postes OTAN, dont le nombre doit passer progressivement de 13.000 à 8.500.

Loïc Salmon

Le général d’armée aérienne Stéphane Abrial, entré à l’Ecole de l’Air en 1973, est breveté pilote de chasse en 1976.

Auditeur du Centre des hautes études militaires et de l’Institut des hautes études de défense nationale, il a notamment commandé l’escadron de chasse 2/2 Côte d’Or (1984) et la 5ème escadre de chasse d’Orange et a participé à la guerre du Golfe (1991). Il a acquis une expérience internationale à l’Académie de l’aviation américaine (1974), à l’escadre de chasse allemande Mölders (1981-84), à l’Ecole de guerre aérienne américaine (1991) et à l’état-major international de l’OTAN (1996). Nommé adjoint Air au chef d’état-major particulier du président de la République en 2000, il devient chef du cabinet militaire du Premier ministre deux ans plus tard. Commandant de la Défense et des opérations aériennes en 2005, il est promu chef d’état-major de l’armée de l’Air l’année suivante. Enfin, le 9 septembre 2009, il prend la tête du commandement allié pour la transformation de l’OTAN, situé dans la base navale de Norfolk (Etats-Unis) et où se trouvent actuellement cent militaires français. Le général Abrial est grand officier de la Légion d’Honneur, officier de l’Ordre national du Mérite et titulaire de la croix de Guerre, de la médaille de l’Aéronautique et de diverses décorations étrangères.




Projet de budget de la Défense : + 1,8 % en 2012

Le projet de budget (hors pensions) du ministère de la Défense, soumis pour examen au Parlement dans la seconde quinzaine d’octobre, se monte à 31,8 Md€ pour l’année 2012, soit une hausse de 550 M€ (+1,8 %) en un an. Hughes Bied-Charreton, directeur des affaires financières au Secrétariat général pour l’administration, en a présenté les grandes lignes à la presse le 29 septembre 2011 à Paris.

Ces crédits, qui prennent en compte des recettes exceptionnelles de 1,09 Md€ provenant de la vente d’emprises du ministère en 2012, devraient préserver les grands équilibres de la loi de programmation militaire (LPM) 2009-2014 en matière de modernisation des équipements des forces et d’amélioration de la condition militaire. Les dépenses d’équipements (études, dissuasion nucléaire, armement, infrastructure et entretien programmé du matériel et du personnel) passent à 16,5 Md€, contre 16 Md€ en 2011. La masse salariale hors pension baisse à 11,6 Md€, contre 11,7 Md€ l’année précédente, en raison de la diminution des effectifs. Ceux-ci passeront de 301.341 personnels en 2011 à 293.198 en 2012, permettant d’atteindre les deux tiers de l’objectif de suppression de 54.000 postes au cours de la LPM, surtout dans le soutien afin de préserver l’opérationnel. Le nombre de militaires passera de 230.750 à 224.595 et celui des civils de 70.591 à 68.603. Toutefois, ce projet de budget sera probablement amendé, a précisé Hughes Bied-Charreton, par suite de la décision du gouvernement de réduire de 1 Md€ les dépenses de l’Etat par répartition sur tous les ministères.

Par ailleurs, hors opération Harmattan au large de la Libye, la prévision de surcoût des Opex pour 2011 atteint 878 M€, contre 860 M€ en 2010 et 870 M€ en 2009. Le surcoût de l’opération Harmattan (photo) est estimé à 300-350 M€ au 30 septembre 2011. Selon Hughes Bied-Charreton, les dépenses en munitions se sont déjà montées à 100 M€ en raison de la forte consommation, celles en carburant à 54 M€ et celles en suppléments de rémunérations à 60 M€. Pour 2012, la provision budgétaire des Opex restera identique à l’année précédente, soit 630 M€. Conformément à la LPM, les surcoûts d’Opex ne seront pas prélevés sur les crédits d’équipements, mais financés par un abondement interministériel.

Loïc Salmon




Les drones : de l’OPEX au territoire national

L’expérimentation réussie du drone MALE (Moyenne Altitude Longue Endurance) Harfang sur le théâtre d’opérations afghan devrait permettre son emploi dans l’espace aérien français. Le lieutenant-colonel Sébastien Mazoyer, commandant de l’escadron de drones 01.033 « Belfort », l’a expliqué lors de la  5ème Rencontre aviation civile aviation militaire, tenue le 19 mai 2011 à l’Ecole militaire à Paris.

En deux ans et demi de déploiement en Afghanistan, zone de guerre « asymétrique » où l’adversaire ne dispose pas du même niveau technologique, l’Harfang n’a subi aucun incident. La circulation aérienne y est dense et hétérogène. A elle seule, la base aérienne de Bagram enregistre plus de 400 mouvements par jour : avions militaires et civils, hélicoptères et drones. Les procédures sont les mêmes pour tous les utilisateurs, informés des spécificités locales en termes de vitesse et de taux de montée en altitude faibles. Mais l’espace aérien afghan n’est pas contrôlé.

En revanche, celui de la France est réglementé par l’instruction interministérielle 1550. Son préambule du 1er janvier 2010 rappelle que la cohabitation en vol entre les drones et les autres aéronefs n’est pas encore réalisable selon le principe « voir et éviter ». Ce dernier consiste en la capacité d’un avion non habité à respecter les séparations de trafics et à éviter les collisions. La ségrégation des vols des drones qui n’ont pas de contact radar est donc indispensable vis-à-vis des autres aéronefs. Toutefois et sous certaines conditions, les drones peuvent évoluer en même temps que d’autres appareils militaires à l’intérieur d’un seul espace aérien militaire « ségrégué ». Les drones ayant le contact radar circulent obligatoirement dans des couloirs aériens séparés de ceux des autres aéronefs. Les autorités d’emploi et les prestataires de circulation aérienne militaire connaissent les règles, procédures et contraintes de chacun, permettant ainsi une coordination.

Quant à l’espace aérien civil, les opérateurs de drones doivent demander la création de zones réglementées temporaires, avec un préavis de plusieurs semaines. Pourtant, les capacités, nouvelles et en évolution rapide, des drones conduiront à une adaptation de la réglementation aérienne, estime le lieutenant-colonel Mazoyer. Selon lui, le drone Harfang dispose d’atouts indéniables. Ses équipages et équipes techniques ont des qualifications reconnues. Sa maintenance est sûre et son certificat de navigabilité en cours d’acquisition. Sa fiabilité est accrue par la redondance de ses équipements et sa logique en cas de panne. Cette redondance et des vérifications systématiques lui permettent une navigation précise.

Alors, les drones pourront-ils s’intégrer à l’espace aérien français de façon sûre, fluide et continue ?

Le lieutenant-colonel Sébastien Mazoyer estime que c’est possible sous certaines conditions. Il faut d’abord créer et contrôler un espace de vol aux instruments. Ensuite, il s’agit de prédisposer des couloirs aériens, activables sous faible préavis, et d’accompagner ponctuellement les drones par des aéronefs habités. Enfin, des missions interministérielles pourraient étudier les besoins susceptibles de croître à l’avenir.

Loïc Salmon




Libye : bilan du Groupe aéromobile dans l’opération Harmattan

Depuis le déploiement d’un bâtiment de projection et de commandement (BPC) fin mai au large de la Libye dans le cadre de l’opération « Harmattan », les hélicoptères embarqués du Groupe aéromobile (GAM) ont mis 530 objectifs hors de combat. La situation au 22 septembre 2011 a été exposée à la presse par le contre-amiral Jean-Baptiste Dupuis, commandant de la Task Force (TF) 473, et le colonel Pierre Meyer, commandant le GAM, lors d’une visioconférence entre le BPC Tonnerre et le ministère de la Défense à Paris.

En plus de 300 sorties, le GAM a réalisé 37 opérations le long de la côte : 20 autour de Brega pour fixer les forces pro-Kadhafi très combatives, 10 dans la zone de Misratah pour desserrer l’étau qu’elles faisaient peser sur la population civile, 6 dans celle de Syrte où les combats contre les insurgés étaient les plus acharnés et une seule à l’ouest de Tripoli. Le BPC, précise l’amiral Dupuis, est une « plate-forme interarmées » qui embarque 600 personnes avec l’état-major de la TF 473, un hôpital de campagne, le GAM de l’armée de Terre (14 Tigre et Gazelle de combat et des hélicoptères de reconnaissance) et un détachement (Air) « resco » pour la recherche et la récupération de pilotes d’appareils éventuellement abattus. Outre le BPC, la TF 473 compte un pétrolier ravitailleur, trois frégates et un sous-marin nucléaire d’attaque. Un avion de patrouille maritime ATL 2 assure des missions de reconnaissance et d’appui. Les raids aéromobiles créent un effet tactique par leurs participations à l’attrition des pièces d’artillerie et des chars et au harcèlement des forces des premier et deuxième échelons. Les hélicoptères de l’armée de Terre complètent l’action des avions de combat avec leurs propres moyens de renseignement pour se faire une idée tactique de ce qu’il se passe sur le terrain, explique le colonel Meyer, « nous pouvons faire un effort dans la durée. L’hélicoptère est imprévisible. La brutalité des frappes venant de la mer crée un effet psychologique que nous avons vérifié, même s’il n’y a pas eu beaucoup de missions ». Les renseignements viennent de l’ATL2, de satellites et d’avions de combat. Ensuite, sur le terrain, le pilote d’hélicoptère peut garantir qu’il s’agit d’un lance-roquettes ou d’un char. Le temps d’intervention entre la définition d’un objectif et sa destruction est d’une demi-heure, délai considéré comme suffisant. Un raid n’est entrepris que si la zone est favorable à l’emploi d’hélicoptères, qui vont chercher dans le détail les objectifs désignés, souvent cachés sous les arbres ou à proximité d’habitations. Les hélicoptères volent suffisamment bas pour minimiser leur détection. « En raison de l’effet de surprise, souligne l’amiral Dupuis, l’ennemi n’a que quelques secondes pour réagir ». Selon le colonel Meyer, le GAM a essuyé des tirs d’armes de petits calibres, un ou deux tirs de missiles antiaériens, mais aucun impact n’est à déplorer. Par ailleurs, la différence de concepts d’emploi des hélicoptères français (Tigre et Gazelle) et britanniques (Apache) n’a pas empêché la coopération. Celle-ci se termine, car la Grande-Bretagne a annoncé le rapatriement de ses moyens, faute d’objectifs à traiter. Toutefois, il reste des poches de résistance importantes à Syrte et Baniwalid entrant dans le domaine d’action à partir de la mer, indique l’amiral Dupuis. En outre, dit-il, l’OTAN ayant décidé le 21 septembre de prolonger de trois mois l’opération « Unified Protector » en Libye, « la France maintient son dispositif ». Depuis le 31 mars, les avions de l’OTAN ont effectué 23.550 sorties, dont 8.751 dites de « bombardement ».

Loïc Salmon




DGA : commandes de LRU, PVP, DRAC, SNA et MALE

La Délégation général de l’armement (DGA) a commandé divers équipements pour les armées au cours des six derniers mois (avril-septembre 2011).

Armée de Terre : le consortium franco-allemand (Thales, Cassidian, Sagem et Krauss Maffei Wegmann) a reçu notification d’un contrat portant sur 13 lance-roquettes unitaires (LRU) livrables en 2014. Le LRU permet d’effectuer, par tous temps, des frappes terrestres de précision métrique jusqu’à 70 km contre des objectifs ponctuels avec le minimum d’effets collatéraux. Il utilisera la roquette à charge explosive unitaire M31, dont 264 exemplaires seront livrés à partir de 2013. En outre, la société Panhard General Defense va livrer 200 petits véhicules protégés (PVP) supplémentaires, matériels déployés au Liban depuis fin 2009 et en Afghanistan depuis début 2010. Le PVP est un véhicule 4×4 aérotransportable blindé pour quatre passagers. Il est équipé d’une mitrailleuse de 7,62 mm, installée sur un tourelleau téléopéré de l’intérieur. Enfin, la société Cassidian va livrer, d’ici à 2013, des  petits « drones de renseignement au contact » (DRAC) supplémentaires (photo). La commande se compose de stations sol et de véhicules aériens. Le DRAC a une envergure de 3,60 m, une longueur de fuselage de 1,40 m et une masse maximale de 7,5 kg. Lancé à la main, il vole 90 minutes sur 10 km, de jour comme de nuit. Déployé en Afghanistan depuis octobre 2010, il transmet en temps réel les images et informations collectées.

Marine : la DGA a commandé, le 28 juin aux entreprises DCNS et Areva-Ta, le troisième sous-marin nucléaire d’attaque (SNA) du programme Barracuda. Ce dernier compte six bâtiments, livrables entre 2017 et 2028 et qui remplaceront ceux de la classe Rubis actuellement en service. Capables d’embarquer des forces spéciales et leurs équipements, ils seront armés de la future torpille lourde Artemis, du missile antinavire Exocet et du futur missile de croisière naval.

Armée de l’Air : le ministre de la Défense Gérard Longuet a décidé, lors du comité ministériel d’investissements du 20 juillet, l’entrée en négociations avec la société Dassault Aviation en vue de fournir un nouveau système de drones de moyenne altitude et longue endurance (MALE) d’ici à 2014. Il s’agit d’une version francisée et évolutive du drone Heron TP, qui sera construit en coopération avec la société israélienne IAI. D’autres entreprises françaises seront impliquées en vue de structurer une filière industrielle destinée au futur système de drones MALE franco-britannique.

Loïc Salmon




Les drones Un peu d’histoire

Le drone, engin volant sans pilote, est presqu’aussi ancien que l’avion. En cent ans, il est passé de l’emploi exclusivement militaire à des usages civils variés.  Le lieutenant (Air) féminin Océane Zubeldia, docteur en Histoire et chercheur au Centre stratégiques aérospatiales, en a retracé l’historique lors de la 5ème  Rencontre aviation civile  aviation militaire, tenue le 19 mai 2011 à Paris.

Pendant la première guerre mondiale, les grand pays aéronautiques (Allemagne, Grande-Bretagne, France et Etats-Unis) se dotent d’avions sans pilotes et télécommandés par TSF. Puis l’idée tombe dans l’oubli. En 1950, l’armée de l’Air française utilise, comme engins cibles, des avions en fin de vie pilotés par radioguidage. L’armée de Terre demande à la compagnie Nord-Aviation de construire des engins sans pilotes pour le renseignement photographique. Les drones sont nés. Pendant la guerre du Viet Nam (1959-1975), ils effectuent des dizaines de milliers de missions sans pertes. Leur emploi militaire est généralisé pendant la guerre israélo-arabe du Kippour (1973). Au  cours de celle du Golfe (1991), ils complètent le renseignement d’origine spatiale.  De cette expérience, divers types de drones, Predator et Crécerelle notamment, sont déployés au Kosovo (1999) dans des cadres interarmées et interalliés. Ils sont ensuite systématiquement mis en œuvre en Irak, en Afghanistan, dans le cadre de l’opération Atalante contre la piraterie en Somalie et enfin en Libye. En Afrique du Sud, ils sont utilisés depuis 25 ans pour des missions de sécurité intérieure. Au Japon, ils ont trouvé depuis longtemps des applications civiles, comme l’épandage et la surveillance des cultures, et, en 2011, pour la mesure de radioactivité au-dessus de la centrale nucléaire endommagée de Fukushima. La Chine les a employés pour la surveillance des Jeux olympiques de Pékin en 2008 et la Grande-Bretagne compte faire de même pour ceux de Londres en 2012. En Russie, ils servent à la recherche des cadavres dans les zones fluviales et aux Etats-Unis pour la surveillance des tempêtes tropicales.

Cependant, indique le lieutenant Zubeldia, des problèmes se posent sur leur fiabilité et leur capacité d’endurance. En outre, leurs systèmes de transmissions ne doivent pas interférer avec ceux des aéronefs pilotés. Par ailleurs, leur transfert d’emploi d’un théâtre d’opérations vers une zone urbaine implique des garanties et des autorisations. Les transmissions de données nécessitent des liaisons et donc l’utilisation de bandes de fréquences limitées et largement occupées. Enfin, en Afghanistan, des insurgés sont parvenus à capter des données non cryptées, grâce à un logiciel peu onéreux… acheté sur internet !

Les potentialités des drones sont énormes dans les conflits asymétriques, avec une déclinaison de la menace du Proche-Orient à la Corée du Nord, sans oublier la prolifération des armes de destruction massive. Dans le domaine civil, ils pourront servir notamment au contrôle des pollutions et à la surveillance des  glaciers. Enfin, à terme, il sera possible de les équiper d’intelligence artificielle.

Loïc Salmon




Libye : bilan des opérations aériennes OTAN

Depuis le 31 mars, début de l’opération « Unified Protector » en Libye, l’OTAN déploie 230 avions de combat contre les forces pro-Kadhafi, dont il reste encore 15 % d’équipements opérationnels considérés comme « crédibles ». La situation au 15 septembre 2011 a été présentée à la presse, lors d’une visioconférence entre la base de Poggio Renatico (Italie) et le ministère de la Défense Paris, par le général de corps aérien Vincent Tesnière, adjoint au général commandant l’état-major multinational Air.

Au 31 mars, le colonel Kadhafi dispose de centaines de chars et de véhicules blindés, de lance-roquettes multiples, de 100.000 hommes, de forces spéciales et de mercenaires. L’Etat-major OTAN dédié se monte à 300 personnes. Il doit tenir compte de diverses contraintes : zéro mort de la coalition; pas de destruction d’infrastructures importantes réutilisables après le conflit ; pas de troupes au sol ; emploi sélectif des avions et de leurs missions selon les nations (10-15 appareils par pays membre) ; protection des populations sans désigner l’ennemi. Les deux états-majors OTAN de Turquie et d’Italie sont restructurés à Poggio Renatico, afin de faciliter l’échange d’informations, gage d’efficacité de l’arme aérienne. Les moyens sont concentrés au nord-ouest du pays à forte densité de population et de forces prépositionnées. La chaîne d’identification des objectifs (dépôts de munitions et centres logistiques et de commandement), de leur vérification et de la programmation de leur destruction est passée, en 5,5 mois, de plus de 3 jours à 2 à 3 heures. Au sol, les éléments pro-Kadhafi et les insurgés étant mélangés, il fallait en effet plusieurs heures pour savoir ce qu’il se passait avant d’entamer un débat au sein de l’état-major. Ensuite, la boucle renseignement/destruction d’un objectif précis a été réduite d’environ 1 heure à quelques minutes. Faute de collecte de renseignements d’origine humaine en coordination avec les insurgés (contrainte résolution 1973 ONU), précise le général Tesnière, « on a raté des objectifs et détruit deux ou trois fois des forces anti-Kadhafi ». Le ravitaillement en vol permet aux avions de combat d’effectuer des missions de 5 heures. Sur les 30 avions ravitailleurs déployés, 24 sont américains. L’utilisation des aéroports libyens reconquis par les insurgés est réservée à l’action humanitaire et aux vols commerciaux. L’opération « Unified Protector » a couvert l’ensemble du spectre du renseignement stratégique (satellites) à celui à caractère opérationnel et tactique (pods de reconnaissance sur avions de combat et drones). Grâce au pod, le pilote peut identifier dans son cockpit tous les objectifs, afin de réduire les dommages collatéraux. Le nombre de drones (deux au départ) a été accru avec l’arrivée d’unités italiennes et américaines. Le soutien des autres pays membres de l’OTAN à la France s’est aussi manifesté par la fourniture de munitions complémentaires. Enfin, les opérations d’information et psychologiques se sont déroulées parallèlement  (tracts et réseaux sociaux internet). Au 15 septembre, le dispositif français engagé (opération « Harmattan ») compte : un avion de reconnaissance AWACS ; un ravitailleur C-135 ; 5 Rafale ; un drone Harfang ; 12 Mirage 2000 ; 4 Mirage F1CR ; un avion de patrouille maritime Atlantique 2 ; un bâtiment de projection et de commandement avec une vingtaine d’hélicoptères (le Tonnerre a relevé le Mistral) ; un pétrolier ravitailleur, 3 frégates ; un sous-marin nucléaire d’attaque.

Loïc Salmon




Marine nationale : nouveaux titulaires des deux principaux postes

L’amiral Bernard Rogel, nommé chef d’état-major de la Marine en conseil des ministres le 22 juin 2011, a pris ses fonctions le 12 septembre. Son adjoint, le vice-amiral d’escadre Stéphane Verwaerde, est devenu major général de la Marine le 1er septembre.

L’amiral Rogel, entré à l’Ecole navale en 1976, a choisi les forces sous-marines. Atomicien et breveté d’études militaires supérieures, il est auditeur du Centre des hautes études militaires et de l’Institut des hautes études de défense nationale. Il a notamment commandé les sous-marins nucléaires d’attaque Casabianca (1990-1911) et Saphir (1991-1992) ainsi que le sous-marin nucléaire lanceur d’engins L’Inflexible (2000-2002). A l’issue, il rejoint l’état-major de la Force océanique stratégique, dont il prend la tête en 2003. Affecté l’année suivante à l’état-major du président de la République, il est chargé des dossiers nucléaires, du suivi des Opex et du renseignement. Promu contre-amiral en 2006, il est nommé chef de cabinet du chef d’Etat-major des armées, puis sous-chef « opérations » le 1er septembre 2009. L’amiral Rogel est notamment commandeur de la Légion d’Honneur et officier de l’Ordre national du Mérite.

L’amiral Verwaerde, entré à l’Ecole navale en 1977, a choisi la spécialité de maintenance aéronautique. Ingénieur de l’Ecole nationale supérieure de l’aéronautique et de l’espace, il est breveté du Collège interarmées de défense et auditeur du Centre des hautes études militaires et de l’Institut des hautes études de défense nationale. Il a notamment exercé des responsabilités techniques aéronautiques lors de la préparation d’opex au Tchad (1983-1985) et en Bosnie (1991-1994) et a commandé la base d’aéronautique navale de Lann-Bihoué (2005-2007). Promu contre-amiral en 2007, il a  exercé les fonctions d’inspecteur de la Marine et de sous-chef d’état-major « plans programmes ». Enfin, il a été adjoint de l’inspecteur des armées (2010-2011). L’amiral Verwaerde est notamment officier de la Légion d’Honneur et titulaire de la médaille de l’aéronautique.

Loïc Salmon




Un CICDE, pour quoi faire ?

Le Centre interarmées de concepts, doctrines et expérimentations (CICDE), situé à l’Ecole militaire à Paris, réfléchit à l’emploi des forces armées de demain, tout en suivant la réalité d’aujourd’hui par les retours d’expériences (retex) des opérations en cours et en étudiant les enseignements tirés de l’histoire militaire.

Le 29 avril 2011, son directeur, le général de division Vincent Lafontaine, et son  officier de projets, le colonel Patrick Chanliau, s’en sont entretenus avec des membres de l’Association des journalistes de défense. Le CICDE, selon eux, fait trois types de « prospectives » (scénarios possibles sur la base de données disponibles) : opérationnelle, technique et géostratégique. Celles-ci se nourrissent mutuellement avec les interventions l’Etat-major des armées (EMA), de la Direction générale de l’armement, de la Direction des affaires stratégiques et du  Secrétariat général pour l’administration du ministère de la Défense. Les retex permettent de garder les pieds sur terre : « On est confronté à la surprise stratégique en permanence ». D’abord, le CICDE réfléchit à court (5 ans), moyen (15 ans) et long (30 ans) termes sur l’outil militaire à envisager selon la menace et les moyens à engager. Ensuite, il en déduit une doctrine d’emploi cohérente avec les moyens existants (Terre, Air, Marine et Gendarmerie). Enfin, il recherche trois synergies. La première concerne le développement des futurs systèmes d’armes au sein du ministère de la Défense. La deuxième porte sur l’emploi de l’outil militaire pour la sécurité nationale, en coordination avec le ministère de l’Intérieur. La troisième s’étend à la résolution politique des crises internationales, en coopération avec le ministère des Affaires étrangères. « Le CICDE se trouve à l’Ecole militaire pour plus de sérénité et d’indépendance par rapport aux situations d’urgence, que traite l’EMA au ministère de la Défense », indique le général Lafontaine. Ses effectifs, de 35 experts militaires et civils en 2011, devraient s’étoffer l’an prochain. Sa production, accessible à 80 %, est diffusée au sein de l’ONU et de l’OTAN pour alimenter les échanges. Par exemple, ont expliqué le général Lafontaine et le colonel Chanliau, l’écart technologique entre les pays avancés et les pays émergents va se réduire, car ces derniers investissent plus massivement dans la Défense. Toutefois, les premiers conserveront leur avance dans l’espace extra atmosphérique. Des réflexions sur le cyberespace (attaques des réseaux informatiques) sont en cours. Enfin, une nouvelle arme a fait son apparition : l’influence déstabilisatrice des opinions publiques. « Sur un théâtre d’opérations, la capacité d’influence sur le comportement peut être aussi utile aux militaires que les chars ! », souligne le général Lafontaine.

Loïc Salmon

Au cours de sa carrière,  le général Vincent Lafontaine, officier de l’arme blindée-cavalerie, a exercé des fonctions  qui l’ont préparé à la direction du CICDE. Il a été instructeur  à Saumur (cavalerie), Saint-Cyr et au Collège interarmées de défense (redevenu « Ecole de guerre » le 20 janvier 2011). Il a aussi exercé des responsabilités de direction au Centre de planification  et de conduite des opérations à Paris. Ancien chef de corps du 6-12 Cuirassiers, il a été chef d’état-major de la KFOR (Kosovo), chargé de la planification à l’état-major de la FIAS (Afghanistan) et chef d’état-major de la Finul (Sud Liban).




Libye : bilan du Groupe aéromobile dans l’opération Harmattan

Depuis le déploiement d’un bâtiment de projection et de commandement (BPC) fin mai au large de la Libye dans le cadre de l’opération « Harmattan », les hélicoptères embarqués du Groupe aéromobile (GAM) ont mis 530 objectifs hors de combat. La situation au 22 septembre 2011 a été exposée à la presse par le contre-amiral Jean-Baptiste Dupuis, commandant de la Task Force (TF) 473, et le colonel Pierre Meyer, commandant le GAM, lors d’une visioconférence entre le BPC Tonnerre et le ministère de la Défense à Paris.

En plus de 300 sorties, le GAM a réalisé 37 opérations le long de la côte : 20 autour de Brega pour fixer les forces pro-Kadhafi très combatives, 10 dans la zone de Misratah pour desserrer l’étau qu’elles faisaient peser sur la population civile, 6 dans celle de Syrte où les combats contre les insurgés étaient les plus acharnés et une seule à l’ouest de Tripoli. Le BPC, précise l’amiral Dupuis, est une « plate-forme interarmées » qui embarque 600 personnes avec l’état-major de la TF 473, un hôpital de campagne, le GAM de l’armée de Terre (14 Tigre et Gazelle de combat et des hélicoptères de reconnaissance) et un détachement (Air) « resco » pour la recherche et la récupération de pilotes d’appareils éventuellement abattus. Outre le BPC, la TF 473 compte un pétrolier ravitailleur, trois frégates et un sous-marin nucléaire d’attaque. Un avion de patrouille maritime ATL 2 assure des missions de reconnaissance et d’appui. Les raids aéromobiles créent un effet tactique par leurs participations à l’attrition des pièces d’artillerie et des chars et au harcèlement des forces des premier et deuxième échelons. Les hélicoptères de l’armée de Terre complètent l’action des avions de combat avec leurs propres moyens de renseignement pour se faire une idée tactique de ce qu’il se passe sur le terrain, explique le colonel Meyer, « nous pouvons faire un effort dans la durée. L’hélicoptère est imprévisible. La brutalité des frappes venant de la mer crée un effet psychologique que nous avons vérifié, même s’il n’y a pas eu beaucoup de missions ». Les renseignements viennent de l’ATL2, de satellites et d’avions de combat. Ensuite, sur le terrain, le pilote d’hélicoptère peut garantir qu’il s’agit d’un lance-roquettes ou d’un char. Le temps d’intervention entre la définition d’un objectif et sa destruction est d’une demi-heure, délai considéré comme suffisant. Un raid n’est entrepris que si la zone est favorable à l’emploi d’hélicoptères, qui vont chercher dans le détail les objectifs désignés, souvent cachés sous les arbres ou à proximité d’habitations. Les hélicoptères volent suffisamment bas pour minimiser leur détection. « En raison de l’effet de surprise, souligne l’amiral Dupuis, l’ennemi n’a que quelques secondes pour réagir ». Selon le colonel Meyer, le GAM a essuyé des tirs d’armes de petits calibres, un ou deux tirs de missiles antiaériens, mais aucun impact n’est à déplorer. Par ailleurs, la différence de concepts d’emploi des hélicoptères français (Tigre et Gazelle) et britanniques (Apache) n’a pas empêché la coopération. Celle-ci se termine, car la Grande-Bretagne a annoncé le rapatriement de ses moyens, faute d’objectifs à traiter. Toutefois, il reste des poches de résistance importantes à Syrte et Baniwalid entrant dans le domaine d’action à partir de la mer, indique l’amiral Dupuis. En outre, dit-il, l’OTAN ayant décidé le 21 septembre de prolonger de trois mois l’opération « Unified Protector » en Libye, « la France maintient son dispositif ». Depuis le 31 mars, les avions de l’OTAN ont effectué 23.550 sorties, dont 8.751 dites de « bombardement ».

Loïc Salmon

Arrivée d’un drone français à la base de l’OTAN de Poggio Renatico (Sicile).