DGA : commandes de LRU, PVP, DRAC, SNA et MALE

La Délégation général de l’armement (DGA) a commandé divers équipements pour les armées au cours des six derniers mois (avril-septembre 2011).

Armée de Terre : le consortium franco-allemand (Thales, Cassidian, Sagem et Krauss Maffei Wegmann) a reçu notification d’un contrat portant sur 13 lance-roquettes unitaires (LRU) livrables en 2014. Le LRU permet d’effectuer, par tous temps, des frappes terrestres de précision métrique jusqu’à 70 km contre des objectifs ponctuels avec le minimum d’effets collatéraux. Il utilisera la roquette à charge explosive unitaire M31, dont 264 exemplaires seront livrés à partir de 2013. En outre, la société Panhard General Defense va livrer 200 petits véhicules protégés (PVP) supplémentaires, matériels déployés au Liban depuis fin 2009 et en Afghanistan depuis début 2010. Le PVP est un véhicule 4×4 aérotransportable blindé pour quatre passagers. Il est équipé d’une mitrailleuse de 7,62 mm, installée sur un tourelleau téléopéré de l’intérieur. Enfin, la société Cassidian va livrer, d’ici à 2013, des  petits « drones de renseignement au contact » (DRAC) supplémentaires (photo). La commande se compose de stations sol et de véhicules aériens. Le DRAC a une envergure de 3,60 m, une longueur de fuselage de 1,40 m et une masse maximale de 7,5 kg. Lancé à la main, il vole 90 minutes sur 10 km, de jour comme de nuit. Déployé en Afghanistan depuis octobre 2010, il transmet en temps réel les images et informations collectées.

Marine : la DGA a commandé, le 28 juin aux entreprises DCNS et Areva-Ta, le troisième sous-marin nucléaire d’attaque (SNA) du programme Barracuda. Ce dernier compte six bâtiments, livrables entre 2017 et 2028 et qui remplaceront ceux de la classe Rubis actuellement en service. Capables d’embarquer des forces spéciales et leurs équipements, ils seront armés de la future torpille lourde Artemis, du missile antinavire Exocet et du futur missile de croisière naval.

Armée de l’Air : le ministre de la Défense Gérard Longuet a décidé, lors du comité ministériel d’investissements du 20 juillet, l’entrée en négociations avec la société Dassault Aviation en vue de fournir un nouveau système de drones de moyenne altitude et longue endurance (MALE) d’ici à 2014. Il s’agit d’une version francisée et évolutive du drone Heron TP, qui sera construit en coopération avec la société israélienne IAI. D’autres entreprises françaises seront impliquées en vue de structurer une filière industrielle destinée au futur système de drones MALE franco-britannique.

Loïc Salmon




Les drones Un peu d’histoire

Le drone, engin volant sans pilote, est presqu’aussi ancien que l’avion. En cent ans, il est passé de l’emploi exclusivement militaire à des usages civils variés.  Le lieutenant (Air) féminin Océane Zubeldia, docteur en Histoire et chercheur au Centre stratégiques aérospatiales, en a retracé l’historique lors de la 5ème  Rencontre aviation civile  aviation militaire, tenue le 19 mai 2011 à Paris.

Pendant la première guerre mondiale, les grand pays aéronautiques (Allemagne, Grande-Bretagne, France et Etats-Unis) se dotent d’avions sans pilotes et télécommandés par TSF. Puis l’idée tombe dans l’oubli. En 1950, l’armée de l’Air française utilise, comme engins cibles, des avions en fin de vie pilotés par radioguidage. L’armée de Terre demande à la compagnie Nord-Aviation de construire des engins sans pilotes pour le renseignement photographique. Les drones sont nés. Pendant la guerre du Viet Nam (1959-1975), ils effectuent des dizaines de milliers de missions sans pertes. Leur emploi militaire est généralisé pendant la guerre israélo-arabe du Kippour (1973). Au  cours de celle du Golfe (1991), ils complètent le renseignement d’origine spatiale.  De cette expérience, divers types de drones, Predator et Crécerelle notamment, sont déployés au Kosovo (1999) dans des cadres interarmées et interalliés. Ils sont ensuite systématiquement mis en œuvre en Irak, en Afghanistan, dans le cadre de l’opération Atalante contre la piraterie en Somalie et enfin en Libye. En Afrique du Sud, ils sont utilisés depuis 25 ans pour des missions de sécurité intérieure. Au Japon, ils ont trouvé depuis longtemps des applications civiles, comme l’épandage et la surveillance des cultures, et, en 2011, pour la mesure de radioactivité au-dessus de la centrale nucléaire endommagée de Fukushima. La Chine les a employés pour la surveillance des Jeux olympiques de Pékin en 2008 et la Grande-Bretagne compte faire de même pour ceux de Londres en 2012. En Russie, ils servent à la recherche des cadavres dans les zones fluviales et aux Etats-Unis pour la surveillance des tempêtes tropicales.

Cependant, indique le lieutenant Zubeldia, des problèmes se posent sur leur fiabilité et leur capacité d’endurance. En outre, leurs systèmes de transmissions ne doivent pas interférer avec ceux des aéronefs pilotés. Par ailleurs, leur transfert d’emploi d’un théâtre d’opérations vers une zone urbaine implique des garanties et des autorisations. Les transmissions de données nécessitent des liaisons et donc l’utilisation de bandes de fréquences limitées et largement occupées. Enfin, en Afghanistan, des insurgés sont parvenus à capter des données non cryptées, grâce à un logiciel peu onéreux… acheté sur internet !

Les potentialités des drones sont énormes dans les conflits asymétriques, avec une déclinaison de la menace du Proche-Orient à la Corée du Nord, sans oublier la prolifération des armes de destruction massive. Dans le domaine civil, ils pourront servir notamment au contrôle des pollutions et à la surveillance des  glaciers. Enfin, à terme, il sera possible de les équiper d’intelligence artificielle.

Loïc Salmon




Libye : bilan des opérations aériennes OTAN

Depuis le 31 mars, début de l’opération « Unified Protector » en Libye, l’OTAN déploie 230 avions de combat contre les forces pro-Kadhafi, dont il reste encore 15 % d’équipements opérationnels considérés comme « crédibles ». La situation au 15 septembre 2011 a été présentée à la presse, lors d’une visioconférence entre la base de Poggio Renatico (Italie) et le ministère de la Défense Paris, par le général de corps aérien Vincent Tesnière, adjoint au général commandant l’état-major multinational Air.

Au 31 mars, le colonel Kadhafi dispose de centaines de chars et de véhicules blindés, de lance-roquettes multiples, de 100.000 hommes, de forces spéciales et de mercenaires. L’Etat-major OTAN dédié se monte à 300 personnes. Il doit tenir compte de diverses contraintes : zéro mort de la coalition; pas de destruction d’infrastructures importantes réutilisables après le conflit ; pas de troupes au sol ; emploi sélectif des avions et de leurs missions selon les nations (10-15 appareils par pays membre) ; protection des populations sans désigner l’ennemi. Les deux états-majors OTAN de Turquie et d’Italie sont restructurés à Poggio Renatico, afin de faciliter l’échange d’informations, gage d’efficacité de l’arme aérienne. Les moyens sont concentrés au nord-ouest du pays à forte densité de population et de forces prépositionnées. La chaîne d’identification des objectifs (dépôts de munitions et centres logistiques et de commandement), de leur vérification et de la programmation de leur destruction est passée, en 5,5 mois, de plus de 3 jours à 2 à 3 heures. Au sol, les éléments pro-Kadhafi et les insurgés étant mélangés, il fallait en effet plusieurs heures pour savoir ce qu’il se passait avant d’entamer un débat au sein de l’état-major. Ensuite, la boucle renseignement/destruction d’un objectif précis a été réduite d’environ 1 heure à quelques minutes. Faute de collecte de renseignements d’origine humaine en coordination avec les insurgés (contrainte résolution 1973 ONU), précise le général Tesnière, « on a raté des objectifs et détruit deux ou trois fois des forces anti-Kadhafi ». Le ravitaillement en vol permet aux avions de combat d’effectuer des missions de 5 heures. Sur les 30 avions ravitailleurs déployés, 24 sont américains. L’utilisation des aéroports libyens reconquis par les insurgés est réservée à l’action humanitaire et aux vols commerciaux. L’opération « Unified Protector » a couvert l’ensemble du spectre du renseignement stratégique (satellites) à celui à caractère opérationnel et tactique (pods de reconnaissance sur avions de combat et drones). Grâce au pod, le pilote peut identifier dans son cockpit tous les objectifs, afin de réduire les dommages collatéraux. Le nombre de drones (deux au départ) a été accru avec l’arrivée d’unités italiennes et américaines. Le soutien des autres pays membres de l’OTAN à la France s’est aussi manifesté par la fourniture de munitions complémentaires. Enfin, les opérations d’information et psychologiques se sont déroulées parallèlement  (tracts et réseaux sociaux internet). Au 15 septembre, le dispositif français engagé (opération « Harmattan ») compte : un avion de reconnaissance AWACS ; un ravitailleur C-135 ; 5 Rafale ; un drone Harfang ; 12 Mirage 2000 ; 4 Mirage F1CR ; un avion de patrouille maritime Atlantique 2 ; un bâtiment de projection et de commandement avec une vingtaine d’hélicoptères (le Tonnerre a relevé le Mistral) ; un pétrolier ravitailleur, 3 frégates ; un sous-marin nucléaire d’attaque.

Loïc Salmon




Marine nationale : nouveaux titulaires des deux principaux postes

L’amiral Bernard Rogel, nommé chef d’état-major de la Marine en conseil des ministres le 22 juin 2011, a pris ses fonctions le 12 septembre. Son adjoint, le vice-amiral d’escadre Stéphane Verwaerde, est devenu major général de la Marine le 1er septembre.

L’amiral Rogel, entré à l’Ecole navale en 1976, a choisi les forces sous-marines. Atomicien et breveté d’études militaires supérieures, il est auditeur du Centre des hautes études militaires et de l’Institut des hautes études de défense nationale. Il a notamment commandé les sous-marins nucléaires d’attaque Casabianca (1990-1911) et Saphir (1991-1992) ainsi que le sous-marin nucléaire lanceur d’engins L’Inflexible (2000-2002). A l’issue, il rejoint l’état-major de la Force océanique stratégique, dont il prend la tête en 2003. Affecté l’année suivante à l’état-major du président de la République, il est chargé des dossiers nucléaires, du suivi des Opex et du renseignement. Promu contre-amiral en 2006, il est nommé chef de cabinet du chef d’Etat-major des armées, puis sous-chef « opérations » le 1er septembre 2009. L’amiral Rogel est notamment commandeur de la Légion d’Honneur et officier de l’Ordre national du Mérite.

L’amiral Verwaerde, entré à l’Ecole navale en 1977, a choisi la spécialité de maintenance aéronautique. Ingénieur de l’Ecole nationale supérieure de l’aéronautique et de l’espace, il est breveté du Collège interarmées de défense et auditeur du Centre des hautes études militaires et de l’Institut des hautes études de défense nationale. Il a notamment exercé des responsabilités techniques aéronautiques lors de la préparation d’opex au Tchad (1983-1985) et en Bosnie (1991-1994) et a commandé la base d’aéronautique navale de Lann-Bihoué (2005-2007). Promu contre-amiral en 2007, il a  exercé les fonctions d’inspecteur de la Marine et de sous-chef d’état-major « plans programmes ». Enfin, il a été adjoint de l’inspecteur des armées (2010-2011). L’amiral Verwaerde est notamment officier de la Légion d’Honneur et titulaire de la médaille de l’aéronautique.

Loïc Salmon




Un CICDE, pour quoi faire ?

Le Centre interarmées de concepts, doctrines et expérimentations (CICDE), situé à l’Ecole militaire à Paris, réfléchit à l’emploi des forces armées de demain, tout en suivant la réalité d’aujourd’hui par les retours d’expériences (retex) des opérations en cours et en étudiant les enseignements tirés de l’histoire militaire.

Le 29 avril 2011, son directeur, le général de division Vincent Lafontaine, et son  officier de projets, le colonel Patrick Chanliau, s’en sont entretenus avec des membres de l’Association des journalistes de défense. Le CICDE, selon eux, fait trois types de « prospectives » (scénarios possibles sur la base de données disponibles) : opérationnelle, technique et géostratégique. Celles-ci se nourrissent mutuellement avec les interventions l’Etat-major des armées (EMA), de la Direction générale de l’armement, de la Direction des affaires stratégiques et du  Secrétariat général pour l’administration du ministère de la Défense. Les retex permettent de garder les pieds sur terre : « On est confronté à la surprise stratégique en permanence ». D’abord, le CICDE réfléchit à court (5 ans), moyen (15 ans) et long (30 ans) termes sur l’outil militaire à envisager selon la menace et les moyens à engager. Ensuite, il en déduit une doctrine d’emploi cohérente avec les moyens existants (Terre, Air, Marine et Gendarmerie). Enfin, il recherche trois synergies. La première concerne le développement des futurs systèmes d’armes au sein du ministère de la Défense. La deuxième porte sur l’emploi de l’outil militaire pour la sécurité nationale, en coordination avec le ministère de l’Intérieur. La troisième s’étend à la résolution politique des crises internationales, en coopération avec le ministère des Affaires étrangères. « Le CICDE se trouve à l’Ecole militaire pour plus de sérénité et d’indépendance par rapport aux situations d’urgence, que traite l’EMA au ministère de la Défense », indique le général Lafontaine. Ses effectifs, de 35 experts militaires et civils en 2011, devraient s’étoffer l’an prochain. Sa production, accessible à 80 %, est diffusée au sein de l’ONU et de l’OTAN pour alimenter les échanges. Par exemple, ont expliqué le général Lafontaine et le colonel Chanliau, l’écart technologique entre les pays avancés et les pays émergents va se réduire, car ces derniers investissent plus massivement dans la Défense. Toutefois, les premiers conserveront leur avance dans l’espace extra atmosphérique. Des réflexions sur le cyberespace (attaques des réseaux informatiques) sont en cours. Enfin, une nouvelle arme a fait son apparition : l’influence déstabilisatrice des opinions publiques. « Sur un théâtre d’opérations, la capacité d’influence sur le comportement peut être aussi utile aux militaires que les chars ! », souligne le général Lafontaine.

Loïc Salmon

Au cours de sa carrière,  le général Vincent Lafontaine, officier de l’arme blindée-cavalerie, a exercé des fonctions  qui l’ont préparé à la direction du CICDE. Il a été instructeur  à Saumur (cavalerie), Saint-Cyr et au Collège interarmées de défense (redevenu « Ecole de guerre » le 20 janvier 2011). Il a aussi exercé des responsabilités de direction au Centre de planification  et de conduite des opérations à Paris. Ancien chef de corps du 6-12 Cuirassiers, il a été chef d’état-major de la KFOR (Kosovo), chargé de la planification à l’état-major de la FIAS (Afghanistan) et chef d’état-major de la Finul (Sud Liban).




Libye : bilan du Groupe aéromobile dans l’opération Harmattan

Depuis le déploiement d’un bâtiment de projection et de commandement (BPC) fin mai au large de la Libye dans le cadre de l’opération « Harmattan », les hélicoptères embarqués du Groupe aéromobile (GAM) ont mis 530 objectifs hors de combat. La situation au 22 septembre 2011 a été exposée à la presse par le contre-amiral Jean-Baptiste Dupuis, commandant de la Task Force (TF) 473, et le colonel Pierre Meyer, commandant le GAM, lors d’une visioconférence entre le BPC Tonnerre et le ministère de la Défense à Paris.

En plus de 300 sorties, le GAM a réalisé 37 opérations le long de la côte : 20 autour de Brega pour fixer les forces pro-Kadhafi très combatives, 10 dans la zone de Misratah pour desserrer l’étau qu’elles faisaient peser sur la population civile, 6 dans celle de Syrte où les combats contre les insurgés étaient les plus acharnés et une seule à l’ouest de Tripoli. Le BPC, précise l’amiral Dupuis, est une « plate-forme interarmées » qui embarque 600 personnes avec l’état-major de la TF 473, un hôpital de campagne, le GAM de l’armée de Terre (14 Tigre et Gazelle de combat et des hélicoptères de reconnaissance) et un détachement (Air) « resco » pour la recherche et la récupération de pilotes d’appareils éventuellement abattus. Outre le BPC, la TF 473 compte un pétrolier ravitailleur, trois frégates et un sous-marin nucléaire d’attaque. Un avion de patrouille maritime ATL 2 assure des missions de reconnaissance et d’appui. Les raids aéromobiles créent un effet tactique par leurs participations à l’attrition des pièces d’artillerie et des chars et au harcèlement des forces des premier et deuxième échelons. Les hélicoptères de l’armée de Terre complètent l’action des avions de combat avec leurs propres moyens de renseignement pour se faire une idée tactique de ce qu’il se passe sur le terrain, explique le colonel Meyer, « nous pouvons faire un effort dans la durée. L’hélicoptère est imprévisible. La brutalité des frappes venant de la mer crée un effet psychologique que nous avons vérifié, même s’il n’y a pas eu beaucoup de missions ». Les renseignements viennent de l’ATL2, de satellites et d’avions de combat. Ensuite, sur le terrain, le pilote d’hélicoptère peut garantir qu’il s’agit d’un lance-roquettes ou d’un char. Le temps d’intervention entre la définition d’un objectif et sa destruction est d’une demi-heure, délai considéré comme suffisant. Un raid n’est entrepris que si la zone est favorable à l’emploi d’hélicoptères, qui vont chercher dans le détail les objectifs désignés, souvent cachés sous les arbres ou à proximité d’habitations. Les hélicoptères volent suffisamment bas pour minimiser leur détection. « En raison de l’effet de surprise, souligne l’amiral Dupuis, l’ennemi n’a que quelques secondes pour réagir ». Selon le colonel Meyer, le GAM a essuyé des tirs d’armes de petits calibres, un ou deux tirs de missiles antiaériens, mais aucun impact n’est à déplorer. Par ailleurs, la différence de concepts d’emploi des hélicoptères français (Tigre et Gazelle) et britanniques (Apache) n’a pas empêché la coopération. Celle-ci se termine, car la Grande-Bretagne a annoncé le rapatriement de ses moyens, faute d’objectifs à traiter. Toutefois, il reste des poches de résistance importantes à Syrte et Baniwalid entrant dans le domaine d’action à partir de la mer, indique l’amiral Dupuis. En outre, dit-il, l’OTAN ayant décidé le 21 septembre de prolonger de trois mois l’opération « Unified Protector » en Libye, « la France maintient son dispositif ». Depuis le 31 mars, les avions de l’OTAN ont effectué 23.550 sorties, dont 8.751 dites de « bombardement ».

Loïc Salmon

Arrivée d’un drone français à la base de l’OTAN de Poggio Renatico (Sicile).




Armée de Terre : un nouveau chef d’état-major

Le général d’armée Bertrand Ract-Madoux, nommé chef d’état-major de l’armée de Terre en conseil des ministres le 22 juin 2011, a pris ses fonctions le 1er septembre pour une durée de trois ans.

A sa sortie de l’Ecole spéciale militaire de Saint-Cyr en 1972, il choisit l’arme blindée et cavalerie. Breveté d’études militaires supérieures, il est auditeur du Centre des hautes études militaires et de l’Institut des hautes études de défense nationale. Il a notamment commandé le 1er Régiment de spahis (1995), le Bataillon N°2 de l’IFOR en ex-Yougoslavie (février-juin 1996) et la 2ème Brigade blindée (2002). Au cours de cette dernière affectation, il assure le commandement tactique  des forces françaises en Côte d’Ivoire (octobre 2003-février 2004) dans le cadre de l’opération Licorne. Il était directeur de cabinet du directeur général de la sécurité extérieure (DGSE) depuis le 1er septembre 2007. Titulaire de la croix de la Valeur militaire avec deux citations, le général Ract-Madoux est commandeur de la Légion d’Honneur et de l’Ordre national du Mérite.

Dans son premier message, le général Ract-Madoux a notamment déclaré : « Mes premières pensées vont à nos camarades en opérations qui mènent des combats difficiles et que j’assure de ma plus totale confiance, à nos blessés et leurs familles ainsi qu’à celles et ceux qui sont allés au bout de leur engagement professionnel ».

Loïc Salmon




L’appropriation des mers

La mer devient de plus en plus un enjeu stratégique, en raison des flux de marchandises en transit et du partage des ressources du sous-sol et de la colonne d’eau par l’instauration de zones économiques exclusives (ZEE). Ce phénomène d’appropriation, qui remet en cause la liberté des mers et entraîne de nouveaux types de confrontations, a fait l’objet d’un colloque organisé, le 17 juin 2011 à Paris, par le Centre d’enseignement supérieur de la Marine et l’Institut de recherche stratégique de l’Ecole militaire.

Selon Pierre Cochonat, directeur adjoint à l’Ifremer, les ressources marines sont d’abord vivantes : la pêche intensive, les biotechnologies (aquaculture, biocarburants, produits sanitaires post-antibiotiques) et l’environnement. Ensuite, la mer recèle du pétrole et du gaz à de grandes profondeurs (jusqu’à 3.000 m) ainsi qu’un potentiel d’énergies renouvelables : vents, courants marins, vagues, marées et énergie thermique. Enfin, de grandes quantités de minerais polymétalliques (sulfures de zinc, cuivre et fer) ont été découvertes dans les grands fonds du Pacifique oriental. L’Autorité internationale des fonds marins délivre des permis de prospection minière sur des bandes de 1.000 km de long et 60 km de large. Les équipes scientifiques françaises prospectent les « dorsales » (chaînes de montagnes sous-marines), « plaines abyssales » et « marges continentales » de l’Atlantique, du Sud-Ouest de l’Inde, de la Polynésie et de Wallis et Futuna. En effet, grâce à ses départements et territoires d’outre-mer, la France dispose d’une ZEE de 11 Mkm2, la deuxième du monde après celle des Etats-Unis. De plus, elle est la seule puissance riveraine de tous les océans, sauf l’Arctique. La mer est le théâtre d’une compétition internationale où entrent les Etats émergents (Brésil, Inde, Chine, Afrique du Sud), de la lutte contre la criminalité organisée (piraterie et trafics illicites) et enfin de la sécurisation des flux commerciaux et des approches des côtes. Aujourd’hui, les routes maritimes océaniques, soit la moitié de la planète, sont totalement contrôlées par les pays occidentaux, indique Paul Tourret, directeur de l’Institut supérieur d’économie maritime Nantes/Saint-Nazaire. Joseph Henrotin, professeur à l’Université libre de Bruxelles, souligne le développement de bases navales à Djibouti (France), à Singapour (Etats-Unis) et au Pakistan (Chine) et considère des affrontements navals possibles vers 2020-2030. Par ailleurs, estime  Alexandre Sheldon-Duplaix du Service historique de la défense, les Etats-Unis ont acquis une supériorité de projection de la mer vers la terre depuis la fin de la guerre froide (1947-1991), avec des porte-avions, pétroliers-ravitailleurs, frégates et bâtiments hôpitaux et, aussi, en recherchant des bases navales autour du monde auprès de leurs alliés. Les Etats côtiers, aux moyens plus modestes, ont choisi le déni de leurs accès maritimes par des sous-marins, mines et missiles supersoniques tirés de frégates, à l’exemple de l’ex-URSS. La Russie d’aujourd’hui utilise son unique porte-aéronefs pour assurer la défense aérienne des zones d’opérations de ses sous-marins nucléaires lance-engins. L’Inde déploie le sien pour couvrir sa flotte de surface. La Chine suit l’exemple russe et prépare une Marine de projection dans les 10-15 ans à venir. Enfin, ses sous-marins nucléaires d’attaque constituent ses seuls moyens capables de menacer les lignes de communications adverses, en cas de conflit avec Taïwan, allié des Etats-Unis.

Loïc Salmon




Evolution et continuité de la gestion des crises en Afrique

Après cinquante ans d’indépendance, les pays d’Afrique subsaharienne connaissent toujours des crises, internes ou importées, qui se gèrent encore par des interventions extérieures, mais aussi par la négociation. Aujourd’hui, le renforcement des capacités africaines de maintien de la paix se concrétise, les organisations régionales montent en puissance, l’Union européenne et la Chine entrent en scène.

Le général Bernard Thorette, ancien chef d’état-major de l’armée de Terre, a présenté le théâtre africain au cours d’une conférence organisée, le 11 mai 2011 au Sénat, par l’association Géostratégies 2000. En voici les principales caractéristiques : richesse en matières premières ; diversité linguistique ; insécurité alimentaire doublée d’absence de circuits commerciaux interrégionaux ; insuffisance éducative ; antagonismes religieux ; trafics illicites ; pressions migratoires ; stagnation du produit national brut depuis 1980 en général mais avec certaines zones en forte croissance (+ 6 % par an) ; urbanisation en hausse ; lieu de nouvelles ambitions (Chine) ; victime de ses attirances pour la ville et l’Europe ; capacité de survie économique, enthousiasme et léthargie ; jeunesse trop négligée par la France. « Tous les ferments de la révolution en cours dans les pays arabes sont en œuvre, mais pourtant ça n’explose pas », constate le général Thorette.

Les crises 

Une crise est une période de tension mettant en jeu les intérêts fondamentaux de deux ou plusieurs acteurs, selon le général Thorette. Elle se caractérise par divers facteurs, parfois cumulés : rupture de l’équilibre des forces politiques en présence ; durée plus ou moins longue (un an ou très longtemps) ; pénurie alimentaire ; dégradation de l’environnement (déforestation, accès difficile à l’eau) ; instabilité économique ; insécurité. Des tendances lourdes se manifestent en Afrique subsaharienne : la géographie (héritage des zones d’influence des grandes puissances européennes du XIXe siècle) ; l’Histoire (création d’Etats hétérogènes) ; les idéologies importées (reliquats de la guerre froide) ; les rivalités ancestrales des ethnies ; la démographie (surpopulation ou sous-peuplement selon les zones) ; les grandes migrations vers la France et d’autres pays d’Afrique ; les aspirations des peuples à une meilleure gouvernance ; l’inégalité d’accès aux richesses. Toutes ces tendances constituent des enjeux permanents et stratégiques. S’y ajoutent des éléments circonstanciels : déstabilisations diverses (guerres, atrocités) ; perturbations climatiques (sècheresse, famine) ; nouveaux acteurs (organisations non gouvernementales, media) ; Etats stables (Sénégal, Gabon, Ghana, Afrique du Sud), faibles (la plupart des autres) ou effondrés (Somalie) ; actions des organisations internationales (ONU, UE, Union africaine et organisations régionales) .

La France, qui dispose de bases au Gabon et à Djibouti, est la seule à intervenir dans les crises en Afrique. Malgré ses engagements en cours (Afghanistan et Libye), elle peut encore y projeter jusqu’à 3.000 hommes. Ses troupes constituent des facteurs de stabilisation…et de retombées économiques (!), mais leur perception par la population varie selon les pays. L’Africain n’est pas terroriste par nature. L’Aqmi (Al-Qaïda au Maghreb islamique), organisation importée, s’appuie sur des Etats faillis et des tribus touaregs rebelles à toute autorité. Enfin, les entreprises chinoises dynamisent l’économie des pays de l’Afrique subsaharienne aujourd’hui, mais la déstabiliseront à terme car elles n’emploient pas la main d’œuvre locale, estime le général Thorette.

Loïc Salmon

Le général d’armée (2e S) Bernard Thorette choisit l’infanterie de marine à sa sortie de l’Ecole spéciale militaire de Saint-Cyr en 1967. Il est diplômé de l’Institut national des langues et civilisations orientales de Paris (arabe), breveté de Ecole supérieure de guerre et auditeur du Centre des hautes études militaires et de l’Institut des hautes études de défense nationale. Il a été notamment chef de corps du 3e Régiment d’infanterie de marine pendant la guerre du golfe (1991), contributeur à la création de la Direction du renseignement militaire (1992), chef du Centre opérationnel interarmées (1995), chef du cabinet militaire du ministre de la Défense Alain Richard (1998) et chef d’état-major de l’armée de Terre (2002-2006). Nommé conseiller d’Etat en service extraordinaire en 2008, le général Thorette est grand officier de la Légion d’Honneur, officier de l’Ordre national du Mérite et titulaire de la Croix de guerre TOE avec palme, de la Croix de la valeur militaire avec étoiles de bronze et de plusieurs décorations étrangères.

 




Opérations : Afghanistan, Libye, Côte d’Ivoire et Tchad

Entre le 11 et le 14 août 2011, sept militaires de l’OTAN ont été tués en Afghanistan. Dans le même temps, le porte-avions Charles-De-Gaulle est rentré à Toulon. Par ailleurs, le dispositif français en Côte d’Ivoire et au Tchad sera prochainement réduit.

Afghanistan : le 11 août, un attentat à la bombe a provoqué la mort de cinq soldats américains et un engin explosif improvisé celle du caporal-chef français Facrou Housseini du 19ème Régiment du génie de Besançon. Trois jours plus tard, le lieutenant Camille Levrel du 152ème Régiment d’infanterie de Colmar a été mortellement touché par le tir isolé d’un insurgé. Cela porte à 388 le nombre de soldats de la coalition tués depuis le 1er janvier 2011 (711 pour l’année 2010) et à 74 celui des Français depuis le début de l’engagement en 2001.

Libye : le porte-avions Charles-De-Gaulle, déployé au large de la Libye depuis le 22 mars 2011 est rentré à Toulon le 12 août.  Auparavant, il avait effectué la mission « Agapanthe » en océan Indien d’octobre 2010 à février 2011. Dans le cadre de l’opération « Harmattan », il a totalisé 138 jours de mer, 40.000 milles nautiques parcourus (74.000 km), 120 jours d’activité aéronautique, 2.380 catapultages et appontages et 3.600 heures de vol. Le dispositif Marine français au large de la Libye se compose actuellement d’un bâtiment de projection et de commandement, de deux frégates, d’un pétrolier-ravitailleur et d’un sous-marin nucléaire d’attaque.

Côte d’Ivoire et Tchad : le ministre des Affaires étrangères et européennes Alain Juppé a indiqué, le 5 juillet à la commission des affaires étrangères de l’Assemblée nationale, que la force française « Licorne » en Côte d’ivoire sera réduite à 300 ou 400 hommes  à la fin de l’année (1.700 au plus fort de l’intervention) et que le format du dispositif « Epervier » au Tchad, de plus de 1.000 militaires aujourd’hui, est en cours de réévaluation.

Loïc Salmon