Afghanistan : nouvelle posture de la Brigade La Fayette

Le transfert de la défense et de la sécurité du territoire aux forces afghanes, entamé depuis octobre 2011, doit être progressif pour déterminer une prise de conscience de leur légitimité qui, à son tour, inspirera confiance à la population, estime le général Jean-Pierre Palasset, commandant de la brigade française La Fayette en Afghanistan.

Le général a fait un point de situation le 29 mars 2012, au cours d’une visioconférence entre le camp de Nijrab et la salle de presse du ministère de la Défense à Paris. Selon lui, pour que les forces gouvernementales puissent vaincre les insurgés, la brigade La Fayette doit relever trois défis : continuer de combattre avec elles ; encourager leur autonomie; planifier et conduire la transition.

Les modes d’action des insurgés s’adaptent en permanence à la situation et se cumulent : harcèlement, engins explosifs improvisés, attaques complexes, attentats suicides, véhicules piégés, tirs fratricides et manifestations. Chaque année, après l’hiver, les agressions reprennent en mars et avril, puis diminuent en mai en raison de la récolte du pavot pour la préparation de l’opium. Toutefois, le pavot n’est pas cultivé dans les zones tenues par la brigade La Fayette, précise son commandant. L’ANCOP (Afghan National Civil Order Police), équivalente de la gendarmerie mobile ou des CRS français, se charge de vérifier les zones de culture. La brigade a anticipé la période délicate de reprise des agressions en densifiant les points d’observation dans les vallées qu’elle contrôle. La guérilla tente toujours d’occuper la « zone verte » de la vallée de Tagab, afin de s’imbriquer dans la population et faire pression sur elle.

L’armée nationale afghane (ANA) a massivement recruté et peut désormais passer à une sélection plus sévère, d’après le général Palasset. « En trois à quatre ans, il fallait monter en puissance, créer une armée, la former et l’équiper ». Aujourd’hui, une division d’infanterie d’environ 6.000 hommes est capable de mener seule l’action principale d’une opération, qui repose sur quatre piliers : planification et conduite ; renseignement et appui aérien ; évacuation des blessés par hélicoptères ; réserve prête à intervenir. La brigade La Fayette apporte un appui au commandement et « laisse faire » l’ANA pour qu’elle devienne légitime et crédible. Celle-ci, bien équipée par les Etats-Unis, va aussi récupérer une partie des matériels de la Grande-Bretagne. La France compte rapatrier le maximum de ses matériels majeurs. Les pays qui laisseront des équipements militaires devront prendre en compte  la formation du personnel local sur ceux-ci et la maintenance de ces matériels, indique le général.

Les infiltrations de l’ANA par les talibans ont entraîné, dès la fin 2011, des mesures de contrôle du recrutement et de vérification du personnel par le ministère afghan de la Défense. La Force internationale d’assistance à la sécurité en Afghanistan (FIAS) a renforcé la capacité de l’ANA à identifier les talibans infiltrés, les soldats qui se sont radicalisés et les malades mentaux. La brigade La Fayette s’est concertée avec les unités afghanes dont elle à la charge « pour éviter la défiance qui nous aurait coupés de nos partenaires ». Les officiers et sous-officiers de l’ANA comprennent ces mesures de protection, mais il est plus difficile de savoir ce que pense la troupe. Toutefois, « l’expérience nous a appris à dépasser cette épreuve sans passer à la psychose ».

Le retrait d’Afghanistan de la brigade La Fayette s’effectue « de manière déterminée », souligne le général. Les drones Harfang et leurs opérateurs ont été rapatriés en février (voir « Archives » 14-03-2012). Toutefois, la brigade dispose encore de SDTi (système de drones tactique intérimaire) et de DRAC (drones de renseignement au contact) et peut faire appel aux drones de la FIAS. Les missions des forces spéciales sont conduites de nuit. Les relèves se font par l’aéroport de Kaboul et la base aérienne de Bagram, tous deux à l’abri des tirs indirects jusqu’à 2.000-3.000 m. Les menaces de missiles d’une portée de 5.000 m, dont sont équipés les talibans, ne perturbent pas encore le rythme des relèves. Les avions de chasse concentrent donc leurs efforts sur l’appui des troupes au sol. Parmi les districts que contrôle la brigade La Fayette, deux sont particulièrement sensibles car l’insurrection locale est attisée par le rejet de l’étranger. Le tempo de redéploiement de l’opération « Pamir » en Afghanistan reste du ressort du président de la République. « Nous sommes prêts à toute éventualité, car nos études prennent en compte toutes les hypothèses », conclut le général Palasset.

Loïc Salmon

Depuis la décision présidentielle du 27 novembre 2011 de retirer progressivement les forces françaises d’Afghanistan avant 2014, trois retraits de 200 hommes chacun ont eu lieu en octobre 2011, novembre-décembre 2011 et mars 2012. Les 3.400 militaires restants participent à la sécurisation des provinces de la Surobi et de la Kapisa, au soutien des forces de sécurité afghanes et à la montée en puissance de l’armée nationale afghane (formation et accompagnement sur le terrain). Depuis son engagement en 2001 au sein de la Force internationale d’assistance à la sécurité en Afghanistan, la France  perdu 83 militaires en mission.




Marine nationale : Harmattan, les BPC en action

Pendant l’opération Harmattan en 2011, les Bâtiments de projection et de commandement (BPC) Mistral et Tonnerre se sont succédé sur zone à proximité de la Libye pour remplir une mission importante de la Marine : la projection de puissance et de force.

Le capitaine de vaisseau Philippe Ebanga, commandant du Tonnerre à l’époque, a relaté cette aventure humaine, technique et opérationnelle à l’occasion d’une conférence organisée, le 3 avril 2012 à Paris, par le Club Sup Mer. Le vice-amiral Jean-Louis Vichot, directeur du Centre d’études supérieures de la marine, est également intervenu.

Avant la Libye, le Mistral avait évacué 8.000 Libanais de Beyrouth lors de l’opération « Baliste » (juillet 2006-février 2008). Cinq ans plus tard, il est envoyé en Côte d’Ivoire. Lui puis le Tonnerre, qui l’a relevé, ont été positionnés quatre mois devant le port d’Abidjan en appui des forces françaises de l’opération « Licorne », qui protégeaient les ressortissants étrangers. Comme tous les ports et aéroports du pays étaient fermés, les caisses de ravitaillements ont été parachutées à proximité du BPC, récupérées à bord puis transportées à terre sur des chalands de débarquement. Le Tonnerre est ainsi resté 63 jours d’affilée devant Abidjan jusqu’à l’issue de la bataille finale. A peine de retour à Toulon, il a dû repartir le 17 mai pour relever le Mistral au large de la Libye, où il est resté deux mois en zone de guerre. Pendant tout ce temps, les membres de l’équipage ont eu peu de communications avec leurs familles.

L’opération Harmattan a été précédée d’observations par satellites et de reconnaissances (vidéos et écoutes électromagnétiques) par un sous-marin nucléaire d’attaque (SNA). Du côté français, l’opération a mobilisé six SNA (dont un à deux reprises), un porte-avions, deux BPC et six frégates. Des missions ont été interrompues en Atlantique. En océan Indien, les avions de patrouille maritime ATL2, engagés dans l’opération « Atalante » contre la piraterie, ont été retirés et les frégates ont été remplacées par des patrouilleurs de haute mer. Le porte-avions Charles-De-Gaulle et le BPC Tonnerre ont passé 38 jours en situation de combat. Ce dernier a bénéficié de conditions météorologiques, océanographiques et géographiques favorables. Il a constitué une « bulle » de sécurité de 5 km de diamètre… sous la seule responsabilité de son commandant. Au-delà, c’est du ressort de l’état-major embarqué de l’Aviation légère de l’armée de terre (ALAT). Le transfert de responsabilité se fait lors de la mise en œuvre tactique des hélicoptères. Il s’agit d’abord de mettre les bons hélicoptères au bon moment et au bon endroit sur le pont d’envol, afin de partir en opération à l’heure dite. Malgré l’aide de l’informatique, les « chiens jaunes » (personnels du pont d’envol) sont indispensables au bon déroulement de la mission. Un hélicoptère de l’armée de l’Air assure la recherche et le sauvetage de l’équipage d’un hélicoptère d’assaut abattu lors d’une attaque. La planification d’une mission d’aérocombat se fait entre midi et le coucher du soleil. Ensuite, escorté par un SNA et une frégate, le BPC s’approche au plus près des objectifs, tous feux éteints, en silence radio et avec la lumière infrarouge comme unique éclairage. La côte est visible du bord. De sept à douze hélicoptères Tigre, Puma et Gazelle partent effectuer des frappes. Pendant le transit au dessus de la mer, ils sont précédés d’un hélicoptère Lynx Marine, qui retourne ensuite se poser sur sa frégate d’origine. Les adversaires, qui les entendent arriver sans les voir, sortent de leurs bunkers. De 23 h à 05 h, l’équipage du BPC est maintenu aux postes de combat, prêt à réagir en cas d’attaque, de sinistre (incendie) ou de crash d’hélicoptère. Les aéronefs, qui reviennent plusieurs fois se ravitailler en munitions, restent vulnérables même de nuit. Les pilotes, équipés de lunettes de vision nocturne, reviennent épuisés, car ils ont essuyé des tirs. Tout le monde doit être récupéré au petit matin. C’est la première fois que des hélicoptères sont utilisés de cette façon au sein de l’OTAN.

Les spécificités du BPC ont été ainsi validées par une opération de guerre. Porte-hélicoptères d’assaut, ce bâtiment déstabilise l’adversaire en se déplaçant le long de la côte. Intégrateur interarmées avec les hélicoptères de l’ALAT, centre de communications connecté à tous les réseaux classifiés de l’OTAN, il est au cœur d’un dispositif maritime qui doit durer sur zone : un pétrolier-ravitailleur (munitions, carburant, nourriture) ; des frégates anti-aérienne et anti-sous-marine d’escorte, qui ont eu l’occasion de tirer contre la terre pour protéger le transit des hélicoptères ; un SNA. Pourtant, il reste très vulnérable aux batteries côtières de missiles et aux mines. Pendant le transit de 48 heures de Toulon au golfe de Syrte, l’équipage du Tonnerre (180 personnels) a dû intégrer 500 militaires venus de différentes unités et qui ne se connaissaient pas entre eux. Pour le stockage, il a été épaulé par le soutien aéronautique pour éviter les accidents dus à l’incompatibilité des chargements (munitions, missiles, combustibles). Un pilote de l’aéronavale a formé les équipages de l’ALAT aux procédures aéronautiques d’un navire en mer et au tir des munitions depuis la mer. Le plus difficile a été la validation des qualifications à l’appontage de nuit, tous feux éteints et en silence radio. Le commandant du BPC a autorité sur tous, sauf l’état-major de l’ALAT embarqué. Il valide ces qualifications… qui n’ont pas été décernées à tous les pilotes ! Il a aussi dû gérer la « guerre médiatique », qui a contribué à la guerre psychologique à quelques km des côtes. Au début, il n’y a pas eu de communications, puis un voyage de presse a été organisé pour les équipes des chaînes nationales de télévision : un beau sujet pour le journal de 20 h !

Loïc Salmon

Sept pays dans le monde disposent, ou disposeront à court terme, de porte-hélicoptères : les Etats-Unis, le Japon, la Corée du Sud, la France (trois bâtiments de projection et de commandement, BPC), l’Espagne (bientôt), l’Australie (bientôt) et la Russie (deux BPC en construction en France et livrables en 2014 et 2015). Les BPC Tonnerre et Mistral (photo) ont participé à l’opération Harmattan. Le Dixmude effectue sa traversée d’endurance dans le cadre de la mission Jeanne d’Arc (voir « Archives » 29-02-2012). Un BPC a une longueur de 199 m, une largeur de 32 m, un tirant d’eau de 6,20 m, une hauteur de 60 m et un déplacement de 22.000 t. Son pont d’envol de 5.200 m2 peut recevoir tous les types d’hélicoptères en service dans le monde, y compris le convertible américain V-22 Osprey. Son radier embarque divers types de chalands de débarquement, dont 2 LCAC (véhicules de débarquement sur coussin d’air) américains dont les essais, concluants, ont eu lieu pendant Harmattan. Son hangar accueille des véhicules blindés et des chars sur deux ponts (voir « écorché » dans revue téléchargeable décembre 2010, p.7). Par ailleurs, le BPC peut se transformer en navire-hôpital (70 lits) ou en poste de commandement de théâtre (850 m2 disponibles pour un état-major interarmées embarqué). Enfin, le bilan du Groupe aéromobile engagé dans Harmattan a déjà été présenté : voir « Archives » du 28-09-2011.




Marine nationale : Atalante, dispositif français renforcé

Le dispositif français de lutte contre la piraterie maritime en océan Indien a été renforcé dans le cadre de l’opération européenne « Atalante » (voir revue téléchargeable mars 2011, p.9 à 16).

Selon l’Etat-major des armées (EMA), le dispositif français se compose de la frégate Aconit (sur zone depuis le 11 février 2012) d’un avion de surveillance maritime Falcon 50 (11 mars), d’un avion de détection et de contrôle aérien AWACS, basé à Djibouti (26 mars), et du bâtiment de commandement ravitailleur Marne (7 avril). La France assure le commandement d’Atalante pour quatre mois jusqu’en août. En outre, le Bâtiment de projection et de commandement Dixmude avec son groupement tactique embarqué et ses hélicoptères ainsi que la frégate anti-sous-marine Georges-Leygues, qui l’accompagne, ont rejoint le dispositif dès le 25 mars, dans le cadre de la « Mission jeanne d’Arc » (voir « Archives » 29-02-2012). Le Dixmude n’a pas vocation à porter la guerre en Somalie, mais à compléter le mode d’action de lutte contre la piraterie, a précisé l’EMA. Le plan d’opérations, actuellement en cours de mise à jour, prend en compte les retours d’expérience. En accord avec le gouvernement fédéral transitoire de Somalie, la zone d’opérations inclut désormais le littoral et les eaux territoriales du pays. De son côté, l’Union européenne a décidé de prolonger Atalante jusqu’en décembre 2014. En outre, elle a ouvert un centre d’opérations dans la corne de l’Afrique et a déjà formé 3.000 Somaliens à la lutte contre la piraterie.

Loïc Salmon




La Défense : un devoir et un atout qui a un coût

La Défense de la France est « un patrimoine que nous avons le devoir collectif de valoriser », a déclaré Gérard Longuet, ministre de la Défense et des Anciens Combattants, le 16 mars 2012 à Paris, lors d’une présentation devant les auditeurs « nationaux » de l’Institut des hautes études de défense nationale.

La conscription, liée à la défense du territoire, a été suspendue par une décision présidentielle en 1996 avec effet fin 2001. Depuis, l’effort de défense a été maintenu, alors que l’Allemagne a diminué le sien et que la France rattrape la Grande-Bretagne en capacité opérationnelle, souligne le ministre. Des menaces, qui n’impliquent pas seulement la Défense, sont très présentes : trafics de drogue, d’êtres humains et d’armes, grande criminalité et terrorisme. L’Union européenne et l’OTAN ont pris leur part de responsabilité dans : l’opération « Atalante » contre les pirates au large de la Somalie, où le nombre d’attaques en 2011 a diminué des deux tiers en un an ; une présence diplomatique accrue ; l’espace méditerranéen par l’opération « Harmattan », « indispensable politiquement  et utile militairement », lancée par la France et la Grande-Bretagne, puis par celle dite « Unified Protector » avec le soutien logistique des Etats-Unis. La France, aujourd’hui militairement présente dans les Emirats arabes unis, a effectué une vingtaine d’opérations extérieures depuis une vingtaine d’années. Son engagement sous l’égide de l’ONU est important : 15.000 hommes sur un total de 90.000 déployés. Aucune opération d’envergure ne peut être conduite sans les Etats-Unis, la Grande-Bretagne et la France, qui peuvent exercer leur droit de veto au Conseil de sécurité des Nations unies. « La France a des atouts (initiative, respect, partenariats, équilibre) et doit entraîner ses partenaires européens : la Grande-Bretagne, qui a l’esprit de défense, et l’Allemagne qui a l’esprit européen ».

Consensus national : les données fondamentales de la Défense de la France sont acceptées par les deux principaux partis politiques, estime Gérard Longuet. Il s’agit : de la dissuasion ; du siège permanent au Conseil de sécurité de l’ONU ; du retour dans le commandement militaire intégré de l’OTAN ; de l’ambition européenne ; de l’industrie de Défense, « base française de la plateforme européenne technologique ». Le ministre de la Défense a souligné l’importance d’une chaîne de commandement claire, rapide et cohérente à responsabilité établie, celle du président de la République, chef des armées. Toutefois, « je souhaite que la conduite des opérations soit épargnée par la « judiciarisation », précise le ministre, la singularité du métier des armes interdit d’en judiciariser la responsabilité ». Il estime que la représentation au Conseil supérieur de la fonction militaire par tirage au sort, comme c’est le cas actuellement, est préférable à une élection qui fait débat aujourd’hui.  L’esprit de Défense, « patrimoine immatériel », est enraciné dans l’opinion publique, car l’histoire du pays est assumée sans « nostalgie de puissance » ni « complexe ». Les valeurs militaires sont acceptées par la société civile : désintéressement total des questions matérielles et sens du sacrifice. La culture militaire, indique le ministre, est solide et vivante avec ses traditions et le sens naturel du débat, enseignés dans les écoles militaires, ainsi que la dimension internationale de la carrière des officiers supérieurs. Les armées constituent l’une des administrations les plus ouvertes sur la réalité internationale, en raison des formations dispensées et des équipements en dotation. Elles sont aussi un exemple de la promotion sociale la plus manifeste : 50 % des sous-officiers sortent du rang et 50 % des officiers viennent du corps des sous-officiers.

Patrimoine global : « Une opération de défense est une opération politique par d’autres moyens, au moins provisoirement », déclare Gérard Longuet. Le réseau diplomatique français constitue un patrimoine en matière d’information, d’expertise et de capacité d’influence. Le siège au Conseil de sécurité de l’ONU sert de relais dans toutes les négociations militaires et économiques. « Les relations avec le Brésil et l’Australie ont changé, car la France est un partenaire sérieux à écouter avant de condamner ». La France est « un partenaire engagé avec sérieux et loyauté  en Afghanistan », où elle doit maintenir et consolider sa bonne image auprès de 40 pays. En termes de capacité militaire, explique le ministre, « les armées ont les moyens de leurs ambitions pour l’essentiel ». Pour être totalement opérationnelles, il leur faut suffisamment d’équipements, dont le temps de réalisation est long. Or, « la continuité est un devoir absolu ». Une base industrielle nationale forte implique un partage de responsabilités entre les grandes entreprises, de taille européenne ou mondiale, et le Parlement qui vote les budgets. Pour sa part, le ministère de la Défense a investi 3,5 Md€ dans la recherche et le développement en 2011. Mondialisation : avec ses 11 Mkm2 de zones économiques exclusives, la France assure une présence mondiale et peut apporter, à des partenaires lointains, conseils, appuis, soutiens et équipements. « La mondialisation est une relation où les autres ont besoin de nous et où nous avons besoin d’eux, déclare Gérard Longuet, pour qui elle est « une chance absolue ». Les aspects technologique, scientifique et financier de l’industrie de défense apparaissent comme des atouts pour attaquer le marché mondial et obtenir des alliances et des soutiens. Les grands pays émergeants profitent de la mondialisation pour acquérir leur autonomie. Sur les projets lourds, ils peuvent s’adosser à l’industrie française de défense, dont « la compétence est établie, puissante et référencée ». Sont notamment concernés : l’Inde dans les domaines aéronautique et naval ; le Brésil (naval) ; la Russie (naval) ; l’Asie du Sud-Est, dépourvue d’industrie de défense. Pour la France, il s’agit de consolider ses relations commerciales, développer en commun des équipements et devenir leur autre fournisseur après les Etats-Unis, qui contrôlent plus de 50 % du marché mondial des armements.  « La dimension européenne de la Défense est lente, raison de plus pour continuer l’effort accompli, conclut le ministre, c’est un discriminant positif qu’il est nécessaire de faire partager… à condition que la France tienne son rang ! »

Loïc Salmon

L’Institut des hautes études de défense nationale, qui dépend du Premier ministre, a été créé en 1948 et refondu en 2010 avec, notamment, deux sessions « nationales » annuelles : « Politique de défense » (97 militaires, hauts fonctionnaires et membres de la société civile en 2010-11) et « Armement et économie de défense (50 auditeurs ingénieurs de l’armement, de l’industrie de défense et membres de la société civile en 2010-11). La formation, parfois commune, se déroule sur dix mois : conférences d’experts et de hautes personnalités ; visites dans les armées, installations militaires et autres ; voyages à l’étranger. Les auditeurs, dont quelques étrangers, sont répartis en comités et travaillent collectivement sur des thèmes spécifiques.




Libye : Retex de l’armée de l’Air

Pendant l’opération Harmattan au large de la Lybie, l’armée de l’Air, disponible à 92 %, a dû combiner réactivité,  allonge endurance, polyvalence et précision. Le colonel Jean Rondel, chef de l’état-major opérationnel du Commandement de la défense aérienne et des opérations aériennes, a présenté un retour d’expérience (Retex) à froid, au cours d’une conférence organisée, le 15 mars 2012 à Paris, par l’Association des auditeurs jeunes de l’Institut des hautes études de défense nationale.

Préparation et déroulement : les opérations aériennes en Libye ont duré plus de sept mois, contre deux mois et demi au Kosovo (1999) et un mois pendant la guerre du golfe (1991). Elles ont été initiées par la France et la Grande-Bretagne le 19 mars, avant de passer sous commandement OTAN le 1er avril (revue téléchargeable septembre 2011, p.11-12). Pour la première fois, elles ont été exercées au profit de forces terrestres étrangères (le Conseil national libyen, CNT), morcelées et sans véritable coordination. Avant le début des combats, la France a évacué, le 22 févier en deux missions Airbus A-340, les ressortissants européens (400) résidant dans les grandes villes. La Grande-Bretagne a envoyé, par avions de transport tactique Hercules, des forces spéciales récupérer ceux qui étaient dispersés dans le pays. Pour la première fois, le Commandement du transport européen (Allemagne, France, Belgique et Pays-Bas), opérationnel fin 2010, a été mis en œuvre. L’Allemagne a participé à la logistique, mais pas aux frappes. La logistique a inclus le largage de sacs de riz et d’armes et équipements aux forces du CNT, en coopération avec le Qatar et les Emirats arabes unis. Pour la première fois, les Etats-Unis ont participé aux premières frappes (missiles de croisières navals et quelques raids aériens), puis se sont limités à l’appui : lutte anti-radar, ravitaillement en vol (75 %) et renseignement. Avec les ravitaillements en vol, les avions de reconnaissance ont poursuivi et surveillé les bandes armées pro-Kadhafi s’enfonçant vers le sud de la Libye. Du côté français, le recueil de renseignements électromagnétiques, en vue de régler les contre-mesures électroniques, commencé dès le 5 mars, a duré 14 jours au moyen des capteurs des AWACS, de l’avion d’écoute Transall C160 Gabriel et des Mirage F1 CR  équipés de la nacelle d’analyse de signaux tactiques. Le drone Harfang, dont les missions pouvaient dépasser 19 heures d’affilée, a servi à lever les incertitudes sur des cibles. Cette autonomie d’appréciation a pallié l’insuffisance de renseignements en provenance du groupe des « Five Eyes » (cinq yeux) alliés (Etats-Unis, Grande-Bretagne, Canada, Australie et Nouvelle-Zélande), pas toujours coopératifs.  Frappes : les premières, sous commandement national (19-21 mars), ont interdit de vol les forces aériennes libyennes. Celles du 19 mars avec des bombes guidées laser de 250 kg ont eu une portée stratégique : l’arrêt de la progression des colonnes blindées pro-Kadhafi vers le port de Benghazi tenu par le CNT. La vitesse d’intervention a été essentielle : la frappe s’est produite deux heures après la déclaration du président de la République Nicolas Sarkozy, les avions étant déjà en l’air. Du 22 au 31 mars, les avions américains, britanniques et français ont effectué des reconnaissances, des frappes ciblées sur des blindés et des raids dans la profondeur, en vue de protéger les populations et d’affaiblir le potentiel des forces pro-Kadahi. Le 23 mars, les premières frappes de missiles de croisière français Scalp ont eu lieu : deux Rafale Air ont décollé de Saint-Dizier et deux Mirage 2000 D de Nancy pour se poser au retour à Solenzara (Corse) avec deux ravitaillements en vol entretemps. Simultanément, deux Rafale Marine sont partis du porte-avions Charles-De-Gaulle. Le Rafale Air emporte deux Scalp, le Mirage 2000 un et le Rafale Marine un. Les Scalp ont été tirés à 21 h 33 à une distance de sécurité de 400 km, avec la possibilité d’interrompre l’intervention jusqu’à huit minutes avant grâce à une liaison radio avec un AWACS. Du 1er avril au 31 octobre, l’opération OTAN « Unified Protector » a évolué vers un soutien accru au CNT par des vols de reconnaissance sur toute la Libye, des raids dans la profondeur et des frappes ciblées sur des forces et des infrastructures militaires (dépôts de munitions), à savoir au bon moment et au bon endroit pour inverser le cours des opérations. L’analyse et le ciblage des objectifs ont suscité quelques tiraillements entre Alliés, dont les appréciations ont parfois divergé. Toutes les frappes françaises devant recevoir l’approbation de Paris, le contrôle très serré du Centre de planification et de contrôle des opérations (CPCO) a ralenti la vitesse d’appréciation et donc la réactivité. Les pays alliés délèguent en effet davantage de responsabilités à leur commandement sur zone. Ainsi le 20 octobre, un drone armé américain a repéré un véhicule militaire et l’a détruit peu après. Sa capacité d’écoute des communications téléphoniques permet de décider la frappe en un temps très court. Enfin, pendant Harmattan, 11 Scalp ont été tirés sur les 400 en soute. L’annulation d’une frappe avec des bombes guidées laser (250 kg et 1.000 kg) résultait de l’appréciation de la valeur ajoutée de l’objectif et non pas du prix de la munition.

Enseignements : Harmattan a permis de valider la polyvalence du Rafale : défense aérienne, reconnaissance et assaut. Equipé de plusieurs armements et grâce à la fusion des informations de l’ensemble de ses capteurs, il peut même tirer un missile sur une cible… située derrière lui ! Un drone MALE (moyenne altitude longue endurance) peut effectuer des missions d’une durée de 19 heures, chose impossible  pour un pilote d’avion. Toutefois, il convient de développer : les armes à létalité modulaire ; les capacités de renseignement d’origine électromagnétique (ELINT/COMINT) ; la capacité radar à couverture synthétique/indicateur de cibles en mouvement (SAR/MTI) ; la coordination entre avions et hélicoptères de combat ; le ravitaillement en vol ; la réactivité et la capacité à durer. Enfin, Harmattan constitue une participation majeure de la France au sein de l’OTAN… qui lui permettra de peser sur les décisions futures !

Loïc Salmon

L’opération Harmattan, qui a duré du 19 mars au 31 octobre 2011, a déjà été traitée à plusieurs reprises : voir « Archives » des 22-06-2011, 02-09-2011, 15-09-2011, 28-09-2011 et 01-02-2012. Cette fois-ci, il s’agit du retour d’expérience (Retex) spécifique à l’armée de l’Air, mobilisée sur un théâtre de 1.500 km de large sur une profondeur de 1.000 km. Elle a effectué 78 %  des 5.800 sorties de chasse françaises. Ses avions se trouvaient à 3 h de vol de Saint-Dizier en métropole (2.300 km), 1 h 20 de la base de Solenzara en Corse (1.000 km), 1 h de celle de Souda en Crète (850 km) et 45 minutes de celle de Sigonella en Sicile (540 km). L’autonomie d’un Mirage F1 est de 7 h, celle d’un Mirage 2000 de 9 h et celle d’un Rafale de 10 h. L’OTAN a mis en œuvre 15 avions radar AWACS, la Grande-Bretagne 6 et la France 4 (20 % des sorties). L’unique drone français Harfang, déployé du 23 août au 31 octobre, a effectué 22 sorties à partir de Sigonella (7-8 h de transit aller-retour).




Coopération franco-libyenne en matière de défense

Une commission de défense mixte franco-libyenne a été mise sur pied pour développer l’organisation militaire et évaluer les besoins capacitaires du pays. Le ministre français de la Défense, Gérard Longuet, s’est rendu à cet effet en Libye, fin février 2012, pour lancer les bases d’une coopération bilatérale durable.

Celle-ci porte sur la surveillance des frontières terrestres (lutte contre les trafics d’armes, d’être humains et de drogue), la surveillance côtière (déminage des ports et formation de personnels) et la coopération aérienne militaire (remise en état des avions Mirage F1 libyens et formation). En fait, la coopération a commencé dès novembre 2011. Pendant quatre mois, un appui technique français a été apporté pour la réouverture des accès aux ports menacés par des mines marines et des munitions non explosées. En effet pendant l’opération Harmattan (mars-octobre 2011), plusieurs navires chargés de munitions avaient été coulés dans les ports libyens. Le dispositif d’assistance français mis en place comprenait le bâtiment de plongeurs démineurs Achéron (28 octobre-3 décembre 2011), puis le chasseur de mines tripartites Céphée (23 janvier-1er mars 2012) avec son engin sous-marin télécommandé et autopropulsé, ainsi qu’une équipe de déminage des accès portuaires et une équipe de neutralisation de munitions et de mines non explosées. Par ailleurs, les équipes françaises sont intervenues pour neutraliser des munitions à terre, pour des besoins ponctuels, à la demande des autorités libyennes. Fin février, une dizaine de ports avaient été contrôlés et reconnus accessibles aux navires de commerce et une épave avait été renflouée.

Loïc Salmon




L’histoire des Invalides en 3 D

Pendant huit jours (11-18 avril 2012), un spectacle de son et lumière en projection vidéo 3D fera revivre, de façon grandiose, l’histoire des Invalides à Paris sur les 196 m de façade de la cour d’honneur. Il est donné au profit de l’Institution nationale des Invalides, qui recevra 50 % des bénéfices.

Les organisateurs ont présenté ce spectacle inédit lors d’une conférence de presse, tenue précisément aux Invalides le 6 mars.

Histoire et culture : la construction de ce monument, l’un des plus visités de la capitale, a été décidée par Louis XIV le 24 février 1670 pour subvenir aux besoins de ses soldats malades, infirmes et âgés. Aujourd’hui, l’Institution nationale des Invalides accueille 90 pensionnaires, anciens déportés et grands blessés militaires et civils (voir revue téléchargeable mars 2011, p.7). Les combattants blessés et handicapés au cours d’opérations extérieures y séjournent (article « Opex : prise en charge et suivi des grands blessés », dans « Archives » 18-1-2012). L’hommage de la nation aux militaires morts en Opex se déroule dans la cour d’honneur. Les Invalides abritent aussi le musée de l’Armée, qui a accueilli 1,5 million de visiteurs en 2011. En outre, plus de 100.000 élèves, du primaire au lycée, y effectuent des parcours thématiques chaque année. Enfin, le caveau des gouverneurs contient les cercueils de grands soldats et celui de Rouget de l’Isle, compositeur de « La Marseillaise ». Mais, les Invalides sont aussi un lieu de culture. Des opéras y sont joués : « Carmen » (2010), « Madame Butterfly » (2011) et « Aïda » (septembre 2012). « La Nuit aux Invalides » : le spectacle se concentre sur trois personnages historiques dont le nom est lié au monument : Louis XIV bien sûr, Napoléon (le tombeau) et le général De Gaulle (le mémorial). Trois acteurs célèbres, connus pour le timbre profond de leur voix, y apportent leur concours : André Dussolier, Jean Piat et Céline Duhamel. Pour François Nicolas, président de la société organisatrice AmaClio dont le nom signifie en latin « j’aime l’Histoire », il s’agit de faire converger « le soir, le sensationnel et l’émotion ». AmaClio et le scénariste Bruno Sellier ont associé leurs idées pour créer le concept de la « mœniaménie », néologisme formé de deux mots latins relatifs aux « remparts » et aux « avis ». Cela consiste donc à donner la parole aux murs et aux pierres. Ainsi, l’élément le plus fameux de la cour d’honneur, l’œil de bœuf dit « l’Œil de Louvois » (ministre de la guerre de Louis XIV et architecte du lieu), raconte ce qu’il a vu défiler devant ces murs et les secrets mystérieux qu’ils renferment depuis plus de trois siècles. Enfin, tout spectacle de son et lumière nécessite des matériels et une technologie de pointe, que maîtrise la société « Spectaculaires ». Son fondateur Benoît Quéro entend allier « la sublimation de l’architecture » et « embarquer les gens dans des histoires ». Quelque 40.000 spectateurs sont attendus !

Loïc Salmon

De gauche à droite : Benoît Quéro, fondateur de la société « Spectaculaires» ; Bruno Sellier, créateur du spectacle ; François Nicolas, président de la société AmaClio ; Jean-Noël Glady, secrétaire général du musée de l’Armée ; colonel Olivier Sastre, conseiller communication du Gouverneur militaire de Paris ; François Lagrange, conseiller historique de la Direction du musée. Le spectacle sera donné chaque soir du 11 au 18 avril 2012, sur trois séances (21h15, 22h15 et 23h15), suivies d’une visite du dôme des Invalides, scénarisé pour l’occasion et exceptionnellement ouvert jusqu’à minuit. (www.lanuitauxinvalides.fr)




La Réserve : lien entre mondes civil et militaire

En cas de crise intérieure grave, le Premier ministre peut demander l’actionnement de la « Réserve de la sécurité nationale », c’est-à-dire le rappel de tous les réservistes opérationnels dans les 48 h. A l’occasion de la 12ème « Journée nationale du réserviste », le contre-amiral Antoine de Roquefeuil, secrétaire général du Conseil supérieur de la réserve militaire, a fait le point sur ce sujet devant la presse, le 8 mars 2012 à Paris.

Deux composantes, basées uniquement sur le volontariat, constituent la Réserve militaire : l’une « opérationnelle », sous contrat, et l’autre « citoyenne », bénévole. La réserve opérationnelle, formée de professionnels compétents et mobilisables, permet d’assurer la continuité des services de l’Etat en cas de crise majeure, compte tenu des contraintes des forces armées dont les effectifs ont été réduits du fait de la professionnalisation. De leur côté, les réservistes citoyens agissent dans le cadre du « lien armée-nation », en participant notamment aux cérémonies commémoratives et au devoir de mémoire. Parmi les réservistes opérationnels, environ 80 % servent dans les unités et le soutien en métropole. En outre, quelque 1.000 personnels participent aux opérations extérieures : soutien pour leur connaissance des matériels (personnels d’entreprises d’armement) ; linguistes ; actions civilo-militaires ; Commandement des opérations spéciales, seule affectation où des réservistes se trouvent en première ligne. Les réservistes opérationnels reçoivent une formation militaire initiale. Les volontaires, issus de la société civile sans être obligatoirement réservistes, peuvent suivre une préparation militaire d’initiation et de perfectionnement à la défense. Les forces armées adaptent le dispositif de formation à leurs besoins spécifiques. En 2010, les formations ont été réparties ainsi : 26,48 % pour l’armée de Terre, 16,11 % pour l’armée de l’Air, 14,86 % pour la Marine nationale, 1,78 % pour le Service de santé, 0,01 % pour le Service des essences et… 40,76 % pour la Gendarmerie nationale ! Les réservistes, payés à la journée, coûtent moins cher que les personnels d’active. Ils sont affectés toute l’année aux surveillances maritime et aérienne, à l’encadrement de la préparation militaire, aux conférences dans les écoles et à la « Journée défense et citoyenneté » (ex-JAPD). Pendant les weekends et le Tour de France, 80% des gendarmes présents sur les routes sont des réservistes. Il en a été de même pendant le sommet du G20 à Nice (novembre 2011). En raison de sa montée en puissance, la Gendarmerie a un besoin élevé de réservistes, qui sont rapidement envoyés sur le terrain. En 2011, elle n’a dépensé que 90 % de son budget alloué à la Réserve.

Le partenariat entreprise/défense est régi par les lois de 1999 et 2006. Le Conseil supérieur de la réserve militaire le met en place et assure son suivi par l’intermédiaire du « Comité de liaison réserve entreprise », dont l’échelon régional est constitué d’un réseau de « correspondants régionaux entreprises défense » (41 en février 2012). Ceux-ci sont chargés de la médiation entre les employeurs (publics et privés), les réservistes et les forces armées. Les entreprises, qui mettent en œuvre des dispositions plus favorables aux réservistes que celles de la loi, peuvent signer une convention avec le ministère de la Défense et des Anciens Combattants. Cela signifie que  l’entreprise a compris l’intérêt qu’elle peut tirer des qualités de ses salariés réservistes : esprit d’équipe, sens des responsabilités, goût de l’initiative, réflexe du compte rendu, discipline, loyauté, sang-froid et réactivité en cas de crise. L’entreprise reçoit alors, par arrêté ministériel, le label de « Partenaire de la Défense nationale » avec un logo utilisable sur tous ses documents et supports pendant la durée de la convention. Elle peut assimiler certaines périodes de réserve à la formation professionnelle continue et récupérer les coûts salariaux correspondants. Enfin, ses réservistes peuvent bénéficier d’une initiation à l’intelligence économique dans le cadre de stages de haut niveau basés sur les méthodes et les outils militaires. Début février 2012, le ministère de la Défense avait déjà signé 348 conventions avec des grands groupes, des petites et moyennes entreprises et des collectivités publiques. A terme, le ministère de la Défense souhaite disposer de 80.000 réservistes, dont la moitié sera affectée à la Gendarmerie.

Loïc Salmon

Plus de 195 événements ont été programmés dans toute la France pour la « Journée nationale du réserviste » (15 mars 2012), auxquels ont été associés les entreprises, le ministère de l’Education nationale, celui de l’Enseignement supérieur et de la Recherche et les associations de réservistes. Le budget alloué à la réserve militaire a été de 71 M€ en 2011. Au 30 novembre 2011, le nombre de réservistes « opérationnels » (sous engagement spécial) a totalisé 52.727 personnes, dont 18 % de femmes, avec un taux moyen d’activité de 22 jours dans l’année. Celui des réservistes « citoyens » (agréés) était de 2.663. Pour toute l’année 2010, les réservistes opérationnels ont été au nombre de 57.329, dont 21 % d’officiers (12.226), 37 % des sous-officiers (21.279) et 42 % de militaires du rang (23.824). Les 2.576 réservistes citoyens se sont répartis entre les anciens du Service national suspendu en 2002 (48%), les anciens militaires (27 %) et les personnels issus directement de la société civile (25 %). Ces réservistes, titulaires d’un grade honorifique n’autorisant pas le commandement, ont été composés à 83 % d’officiers, contre 15 % de sous-officiers et… 2 % de militaires du rang !




Drones Harfang : trois ans en Afghanistan

Les images des drones constituent« une plus-value pour les troupes au sol », selon l’Etat-major des armées qui a présenté le bilan des Harfang (déployés trois ans en Afghanistan), au cours d’un point de presse le 23 février 2012 à Paris.

Dans le cadre de la reprogrammation du retrait des troupes et des matériels d’Afghanistan, les deux Harfang ont été rapatriés en février, démontés et placés dans des conteneurs transportés par un Antonov, avion gros porteur russe. En février 2009, l’escadron de drones 01.33 « Belfort » de l’armée de l’Air en avait envoyé trois, réduits ensuite à deux et servis par une quarantaine de militaires français sur la base aérienne internationale de Bagram. Ces drones MALE (moyenne altitude longue endurance) ont effectué environ 5.000 heures de vol en 660 sorties et ont rapporté 3.500 heures de vidéo sur 5.200 objectifs traités. Placés sous le commandement de la Force internationale d’assistance à la sécurité en Afghanistan, (FIAS), ils ont réalisé 40 % de leurs missions au profit des forces françaises engagées dans les provinces de Kapisa et de Surobi. Ces missions consistent en la surveillance de zone, la protection des convois, l’appui aux opérations, la lutte contre les engins explosifs improvisés et la reconnaissance en soutien à la planification des opérations. Une dizaine d’objectifs sont pris en compte par vol, effectué entre 5.000 m et 8.000 m d’altitude. L’exploitation des images en temps réel, dans le shelter du segment sol, permet au chef de mission de comprendre ce qui se passe au sol, en coordination avec les troupes sur le terrain. Les visions du ciel et du sol reconstituent la scène. Le drone envoie ses images simultanément aux personnels engagés sur le terrain, aux bases avancées, au commandement régional, à celui de la FIAS et à la base de Bagram. Les données sont transmises par deux liaisons satellitaires à haut débit (SATCOM, 3 MB/s) et par deux liaisons directes (LOS, 5 MB/s) à partir d’antennes d’une portée de 150 km pour la commande et le contrôle du drone. En trois ans, les Harfang n’ont connu que quelques incidents de transmissions de données, compensés par la redondance des observations des satellites géostationnaires.

Les forces françaises sur zone (3.400 militaires fin mars) disposent encore de drones de reconnaissance au contact (lancés par un homme) et de la couverture de la centaine de drones en tous genres de la FIAS.

Loïc Salmon




Mission Jeanne d’Arc 2012 : un tour du monde opérationnel

La Mission circumnavigatrice Jeanne-d’Arc vise à faire acquérir aux futurs officiers de la Marine Nationale les compétences de chef militaire et d’homme de mer et de leur faire découvrir l’importance de l’engagement maritime de la France dans le monde.

Conduite par le bâtiment de projection et de commandement (BPC) Dixmude et la frégate anti-sous-marine Georges-Leygues, la « Mission Jeanne d’Arc » (5 mars-fin juillet 2012) est déployée dans un contexte interarmées et interalliés en océan Indien et en Atlantique Sud. Les officiers en formation suivent un rythme de navigation soutenu et enchaînent rapidement des exercices interarmées et interalliés au sein du groupe amphibie du Dixmude. Ce dernier dispose d’une flottille de deux chalands de débarquement et du nouvel engin de débarquement rapide (EDA-R). Il embarque aussi un groupe tactique de l’armée de Terre, composé de quatre hélicoptères et d’une unité de manœuvre blindée avec ses appuis, soit en tout 210 militaires. Le BPC est en effet configuré pour assurer cinq fonctions : amphibie avec chalands de débarquement ; porte-hélicoptères ; hôpital ; plateforme de commandement ; instruction. Les exercices de coopération bilatérale, avec les Marines des pays riverains de la zone de déploiement, et les escales, avec une prise de conscience des enjeux géostratégiques locaux, font partie de la diplomatie de défense (voir « Marine et diplomatie » dans la rubrique « Archives » 6-7-2011). A l’issue de la Mission Jeanne d’Arc, les enseignes de vaisseau connaîtront une présélection aux différentes spécialités et/ou effectueront des stages en fonction de leurs futures affectations. Toutefois, avant de rejoindre leur école de spécialité, les pilotes d’aéronautique navale, commandos et responsables de la maintenance aéronautique seront affectés dans des forces navales de surface, pour ne pas perdre de vue qu’ils resteront d’abord des officiers… de Marine !

Longue mission pour deux navires

Traditionnellement, les officiers-élèves de la Marine effectuaient un voyage autour du monde à bord d’un bâtiment dénommé Jeanne-d’Arc, dont le dernier à porter le nom fut un porte-hélicoptères (1964-2010). Une frégate l’a toujours accompagné. Le nom est désormais attribué au groupe de deux bâtiments qui effectuent cette longue mission d’entraînement à la mer. Le BPC Dixmude, qui accueille les élèves cette année pour cinq mois, est entré en service le 3 janvier dernier. Il servira également de vitrine de la technologie navale française, en prévision du salon Euronaval qui se tiendra à Paris-Le Bourget en octobre (voir revue téléchargeable N°302 décembre 2010 p.7-14). Aujourd’hui, la Marine doit affronter tous les types de menaces sur toutes les mers du monde, dans un contexte international incertain. Le BPC a donc été conçu pour agir loin des bases navales, dans des situations politiques et militaires complexes et dans un cadre national et international. Interopérable avec d’autres forces armées alliées, le Dixmude a pris en compte les retours d’expériences des BPC Mistral et Tonnerre, déployés notamment au large de la Libye (opération Harmattan 2011), et les évolutions de la réglementation environnementale, des matériels et des logiciels. De son côté, la frégate de lutte anti-sous-marine Georges-Leygues, en service depuis plus de trente ans, participe à la formation des officiers-élèves depuis 1999 et dispose de locaux dédiés pour en recevoir 36.

Loïc Salmon

L’Ecole d’application des élèves de l’Ecole navale prévoit un tour du monde qui inclut, alternativement et une fois sur deux, l’Extrême-Orient ou l’Amérique du Sud. Cette année, la promotion de la Mission Jeanne-d’Arc compte 144 élèves, dont 21 femmes, issus de plusieurs corps d’officiers : 94 enseignes de vaisseau de l’Ecole navale ou recrutés sur titre ; 8 commissaires-élèves ; 6 administrateurs des Affaires maritimes ; 9 médecins des armées. S’y ajoutent 16 officiers-élèves et 1 commissaire-élève en provenance des pays suivants : Allemagne (2) ; Belgique (1) ; Bénin (1) ; Brésil (1) ; Cameroun (1) ; Espagne (1) ; Gabon (1) ; Indonésie (1) ; Koweït (2) ; Madagascar (1) ; Malaisie (1) ; Maroc (1) ; Royaume-Uni (1) ; Togo (1) ; Tunisie (1). Enfin, esprit interarmées oblige, dix sous-lieutenants des Ecoles de Saint-Cyr Coëtquidan sont du voyage !