Renseignement et cinéma : des logiques difficilement compatibles

L’image, toujours fantasmée, de l’agent de renseignement incite les réalisateurs de films de fiction ou de documentaires à tenter de démystifier cette profession. Toutefois, le spectaculaire se vend toujours mieux que la froide et banale réalité.

En France, alors que la Direction générale de la sécurité extérieure (DGSE) conserve son autonomie et peut être amenée à travailler en dehors de la légalité française et internationale, la Direction centrale du renseignement intérieur (DCRI) recrute des officiers de police judiciaire avec le pouvoir d’arrêter des suspects.

Les mondes du renseignement et du cinéma peuvent-ils se rencontrer ? L’Association nationale des auditeurs jeunes de l’Institut des hautes études de défense nationale a cherché à le savoir en organisant une table ronde le 25 octobre 2011 à Paris. Y ont participé Jérôme Chauvelot (journaliste indépendant, producteur et réalisateur de documentaires), Philippe Haïm (réalisateur, compositeur et scénariste), Nicolas Saada (réalisateur), Jean Guisnel (journaliste et auteur de documentaires), Alain Chouet (carrière à la DGSE de 1972 à 2002) et Jean-François Clair (de 1972 à 2007 à la Direction de la surveillance du territoire, qui a fusionné en 2008 avec les Renseignements généraux pour former la DCRI). En outre, le « chargé de communication » de la DGSE est intervenu.

Pourquoi et comment : l’acquisition de la vérité au moyen du mensonge et de la manipulation fascine, car les Etats n’apparaissent pas. La recherche de base commence par la documentation écrite, audiovisuelle et internet, puis se complète par des conférences sur le sujet et des rencontres avec des journalistes spécialisés. La lecture de livres autobiographiques de responsables de services de l’époque de la guerre froide, avec les conséquences de leur activité professionnelle sur leur vie privée, se révèle instructive. Ainsi, un acteur de cinéma a passé sept mois à lire (en français et en anglais) tout ce qui lui tombait sous la main pour s’imprégner de l’ambiance. Pour pouvoir raconter en images la vie de ceux dont c’est le métier, il faut d’abord capter leur confiance avant de pouvoir les rencontrer effectivement : cela prend du temps ! Dans les années 1980 en France, seul le directeur d’un service de renseignement pouvait s’exprimer publiquement. Aujourd’hui, il ya des gens formés à la communication extérieure. Quant aux services britanniques de renseignement, ils refusent tout contact et renvoient à leur site internet… où se trouvent des offres d’emploi !

La fiction : même si le monde du renseignement ne sert que de toile de fond à une aventure humaine plus ou moins dramatique, il faut d’abord le comprendre. Les gens du renseignement ne comprennent pas comment se réalise un film, dont le tournage discontinu se fait par séquences non chronologiques. Quant aux acteurs, il faut leur rappeler à chaque fois à quel moment de l’histoire ils jouent, afin qu’ils mettent de l’émotion au bon moment. Des spécialistes des mondes du renseignement et du cinéma  interviennent également : attachées de presse, vedettes et journalistes. Certaines fictions sont à la limite du documentaire, faute d’action, quand il s’agit d’enquêter sur la vie d’un officier traitant. Le succès n’est guère garanti ! En fait, il convient de se trouver à mi-chemin entre une fiction totale et un certain réalisme.

Le documentaire : des contacts sont pris avec la DGSE, la Direction du renseignement militaire et même le ministre de la Défense. Tous attendent de la compétence et de la connivence. Sinon, ils découragent : « c’est une mauvaise idée », « vous n’y arriverez pas ». Mais, malgré les difficultés et à force de patience et de détermination, cela devient possible. Des « contrats » sont établis pour certaines prises de vues. L’actuel président de la République a donné son accord pour que les gens des services de renseignement parlent. Le travail sur le renseignement se rapproche du journalisme : pas d’achat d’informations, vérification, recoupement, ne pas trahir les gens qui acceptent de parler, ne pas divulguer trop tôt. « Les pros du renseignement trouvent ça bien et, quand on les appelle, ils disent oui ». Mais, un documentaire n’est pas un reportage. Il s’agit d’interviewer les gens qu’on a choisis soi-même et non pas ceux qui se sont proposés pour répondre. Pour conserver leur anonymat, ils sont filmés à contrejour ou de dos ou bien les images sont noircies. Pour la hiérarchie, y compris au plus haut niveau, il ya tout intérêt à ce que ça se passe bien pour présenter le fonctionnement du service et sa finalité. Pourtant, la marge d’erreur est aussi large dans le documentaire que dans la fiction.

La réalité : le monde du renseignement n’est pas télégénique, ni drôle. Il est composé de fonctionnaires inconnus, recrutés par concours et qui n’ont guère besoin de films d’espionnage. Le quotidien du renseignement intérieur consiste à effectuer des filatures et à taper des rapports. « On n’a pas besoin de héros, mais de gens qui font leur boulot ! » Certains sujets sont exclus : les opérations, les méthodes et les sources. A ce propos, le recrutement d’une source ne se fait pas sur un « pur chantage », mais sur le long terme et implique une formation. Une vérification préalable s’impose à l’égard d’un « faux volontaire », peut-être envoyé pour « intoxiquer » le service. Par ailleurs, la « déclassification » d’archives est refusée si elle risque de « griller » une source ou de mettre en péril un agent des services de renseignement. Le délai légal est de 50 ans. Dans le domaine économique, les officines privées d’intelligence économique, souvent composées d’anciens agents des services, sont mal considérées, car elles ne s’intéressent qu’à ce qui, selon elles, peut rapporter de l’argent, alors que les services officiels travaillent sur tout. Aujourd’hui, selon un sondage réalisé par la DGSE, 76% des Français savent ce qu’elle est, 75 % en ont une image positive et 18 % sont sans opinion. Par ailleurs, la loi interdit de divulguer l’identité réelle d’un de ses agents et même son appartenance au service. Ainsi, le ministère de la Défense a entamé une action en justice contre Maurice Dufresse, alias Paul Siramy et ancien membre de la DGSE, qui dévoile des sources dans un livre intitulé « 25 ans dans les services secrets ».

Loïc Salmon

Toutes les aventures de l’agent britannique James Bond ont été portées à l’écran à partir de 1962. En deux ans, le succès rencontré fait de lui une vedette internationale, de même que son interprète Sean Connery. Par la suite, il sera incarné par sept autres acteurs, dont Roger Moore (affiche du film « Rien que pour vos yeux »). D’après les divers livres que Ian Fleming lui a consacrés, James Bond parle aussi le français, l’allemand, le russe et le japonais. Il sert dans la Marine pendant la seconde guerre mondiale et en sort capitaine de frégate. Il entre alors au MI 6 (service de renseignement extérieur) et reçoit le matricule 007, avec l’autorisation de tuer. Ses films d’action sont toujours émaillés de gadgets, de science-fiction et de jolies filles !




Renseignement et littérature : un filon pour les écrivains

Le « monde du renseignement » (militaire, diplomatique et économique) intéresse d’abord l’Etat pour des raisons de sécurité nationale. Mais pas seulement. En effet, son mystère et la possibilité d’en lever une partie alimentent une littérature abondante et qui dure.

Les services de renseignements en profitent indirectement, car les lecteurs contribuent à les faire vivre par leurs impôts ! Les auteurs, qui ne doivent surtout pas être ennuyeux, écrivent des « contes de fée pour adultes » ou des « romans noirs » (qui finissent mal), en rendant la fiction la plus « « vraie » possible pour l’intégrer dans l’Histoire en train de se faire.

En vue de faire la part du mythe et de la réalité, l’Association nationale des auditeurs jeunes de l’Institut des hautes études de défense nationale a organisé une table ronde sur ce sujet, le 13 octobre 2011 à Paris. Elle a invité quatre auteurs à succès : le contrôleur général de police honoraire Bernard Besson, expert en intelligence économique ; le romancier et scénariste D.O.A. (pseudonyme), qui a déjà obtenu deux grands prix en 2004 et 2007 ; l’historienne Claudine Monteil (nom de plume, car diplomate de carrière), qui a commencé une série de romans à suspense et connaît bien le milieu scientifique ; l’éditeur et ancien journaliste à France-Soir Gérard de Villiers, auteur bien connu de la longue série des « S.A.S. » qui remonte à 1965 !

Où trouvent-ils l’inspiration ? D’abord, ils lisent les journaux, regardent la télévision, rencontrent du monde. Ensuite, les « bonnes » personnes leur présentent des gens du renseignement de tous bords… qui aiment parler de leur métier. A force de les fréquenter, les auteurs comprennent leurs réactions et imaginent les récits les plus réalistes. Sinon, leurs livres ne seraient pas lus.

Comment procèdent-ils ? D’abord ils rédigent un plan détaillé : l’un des auteurs en a préparé un de 201 pages pour un livre qui devait en compter 700. L’essentiel consiste à recouper l’information collectée, l’analyser et en extraire ce qui semble intéressant. Cela prend du temps : un seul livre peut nécessiter la lecture de 10.000 pages imprimées, le visionnage de 300 heures de vidéos et 400 heures d’entretiens afin de cerner le sujet. La biographie complète de chaque personnage induit son comportement, mais pas toujours, avec des conséquences sur la narration ultérieure. Des parties romancées et de l’érotisme de temps en temps servent à rendre l’histoire plus vivante. Les déplacements, éventuellement professionnels, à l’étranger permettent de rencontrer des journalistes locaux et, éventuellement, de profiter des informations et de la logistique (interprète et voiture) du bureau de l’Agence France-Presse sur place. Un important travail en amont de préparation des contacts facilite la rencontre du maximum de gens dans le temps le plus court possible, même si, en fin de compte, deux ou trois personnes « idoines » suffisent.

Quelles sont leurs opinions sur les professionnels du renseignement ? Les relations entre le politique, le judiciaire et le renseignement constituent un problème récurrent. Où est la place des professionnels du renseignement ? Ils ont besoin de connaître les enjeux pour lesquels ils se battent. Ils font, dans l’ombre, un travail de fourmi pour la France où, contrairement aux pays anglo-saxons et d’Extrême-Orient, la culture du renseignement n’est pas répandue. Les auteurs de romans d’espionnage, qui  ont des amis dans les « services », ne veulent pas dévoiler des choses qui pourraient gêner leur pays. En outre, leur métier n’est pas de se mettre à la place des professionnels. En revanche, les scientifiques se croisent souvent dans le monde du renseignement. Créatifs tout au long de leur vie, ils échangent beaucoup d’informations entre eux, au-delà des frontières et sont très solidaires. Ainsi, pendant la guerre froide, ceux de l’Ouest ont aidé certains de leurs confrères de l’Est en difficulté. Là où il y a du talent comme à Princeton (Etats-Unis), pépinière de prix Nobel et de médailles Fields (équivalent du Nobel pour les mathématiques), il y a du renseignement, car les recherches mathématiques sont aussi utilisables à des fins militaires. De leur côté, les diplomates peuvent faire passer, avec finesse et efficacité, une menace pour éviter la guerre. L’un des buts du renseignement est d’anticiper ce qui risque de se passer demain ou après-demain sur les plans diplomatique, économique et même culturel. Ainsi dans le cas du terrorisme islamiste, Al Qaïda pense en termes de guerre de religion face à des Etats laïcs et technocratiques, pour qui les vies humaines doivent être préservées. Le « métier » du renseignement consiste à transformer l’information en connaissance par l’analyse, au moyen de logiciels et de méthodes de travail. Pour distinguer le vrai du faux, il convient de se poser les bonnes questions et d’échanger des renseignements en temps réel, tout en conservant un certain cloisonnement par sécurité. Bref, un service de renseignement doit être une intelligence collective avec un chef charismatique.

L’objectif d’un auteur de romans d’espionnage consiste à faire comprendre tout cela à ses lecteurs… sans faire un cours didactique !

Loïc Salmon

L’écrivain britannique Ian Fleming (1908-1964) a créé le personnage de James Bond, l’agent secret le plus célèbre du monde. Son père, député du parti Conservateur, a été tué sur le front français pendant la première guerre mondiale. Après le collège d’Eton et l’académie militaire de Sandhurst, Ian Fleming étudie à l’université de Munich et à celle de Genève. Il travaille d’abord comme journaliste à l’agence de presse Reuters, puis comme agent de change. En 1938, il est recruté comme officier par le directeur du Renseignement naval britannique. Pendant la deuxième guerre mondiale, il conçoit un plan pour capturer le code « Enigma » de la Marine allemande…qui ne fut jamais exécuté. L’expérience ainsi acquise, un stage dans une école pour agents secrets au Canada et son amitié avec un membre du M.I.6 (service britannique de renseignements extérieurs) l’ont inspiré pour écrire et publier, à partir de 1953, les aventures en 14 volumes de l’agent 007, héros de la guerre froide.

 




Renseignement militaire : cinq satellites français de plus

Une fusée russe Soyouz a lancé quatre nouveaux satellites de renseignement d’origine électro-magnétique (ROEM) du programme « Elisa » et un satellite de renseignement optique « Pléiades », à partir de la base de Kourou (Guyane) le 17 décembre 2011 à 03h03 (heure de Paris). Ils complètent, pour l’engagement opérationnel des forces, les deux satellites d’observation optique Helios (4,2 t) 2 A et 2 B lancés respectivement en 2004 et 2009.

Le ROEM, complémentaire de l’imagerie satellitaire (optique et radar) et des capteurs terrestres, maritimes et aéroportés, consiste à intercepter, localiser et caractériser les capacités d’un adversaire en radar, systèmes d’armes et moyens de communication. Il établit notamment une cartographie des émetteurs au sol dont les paramètres seront intégrés à la bibliothèque d’un Rafale, dont le pilote pourra déceler les menaces sol/air qu’il risque de rencontrer au cours de sa mission, les éviter ou s’en protéger par le brouillage. La détection, discrète car sans interférence dans l’espace aérien national ou de l’adversaire potentiel, puis la reconstitution d’un réseau radio déterminent l’organisation d’un état-major ou d’une force de théâtre, dont l’évolution du niveau d’activité permet d’anticiper son action. Elisa comporte : quatre microsatellites (130 kg) en orbite à 700 km d’altitude et capables de couvrir simultanément une zone d’une manière très fine ; un segment sol (expérimentation technique) pour la Direction générale de l’armement (DGA) ; un segment sol pour la Direction du renseignement militaire. Pendant au moins trois ans, Elisa va devoir : démontrer la capacité de cartographier depuis l’espace les émissions radar ; compléter  la démonstration du système Essaim (4 microsatellites de 120 kg lancés en 2004)  dédié à l’interception des signaux de télécommunications ; préparer le futur système opérationnel Ceres (Capacité ROEM Spatiale), qui doit entrer en service en 2019-2020. La DGA a confié à Astrium et Thales Systèmes Aéroportés la réalisation des quatre satellites et du segment sol.

Par ailleurs, le satellite Pléiades 1 (1 t), en orbite à 694 km d’altitude, réalise des images en couleurs, fréquentes et précises de zones urbaines ou de terrain (60 km x 60 km) pour la planification, le ciblage et la caractérisation des objectifs: résolution de 70 cm et images en trois dimensions pour les missiles de croisière. Péiades 1 étant dual (militaire et civil), le commandement interarmées de l’espace de l’Etat-major des armées reçoit en priorité 50 images par jour. Il dispose également des images radar des systèmes allemand SAR Lupe et italien Cosmo Skymed.  Enfin, le Centre national d’études spatiales assure le lancement des satellites, leur mise en orbite définitive et leur maintien en position (correction des dérives et évitement des débris dans l’espace).

Loïc Salmon




Sécurité : gestion des expatriés français en cas de crise

En 2010-2011, environ 5.000 ressortissants étrangers, dont 3.300 Français, ont quitté un pays en crise (guerre civile, catastrophes naturelles ou industrielles). Son deuxième réseau diplomatique au monde (160 ambassades) fait de la France l’ultime recours de la plupart des 27 Etats membres de l’Union européenne quand ils sont confrontés à ce problème car ils ne disposent de représentations respectives qu’aux Etats-Unis, en Chine et en Russie.

L’Association nationale des auditeurs jeunes de l’Institut des hautes études de défense nationale a organisé une table ronde sur ce sujet, le 16 novembre2011  à Paris, avec la participation de Pascale Trimbach (ministère des Affaires étrangères et européennes, MAEE), de Joëlle Vachter (colonelle de Gendarmerie) et d’Olivier Didio (société privée de protection GEOS).

L’action diplomatique : sur les 2 millions d’expatriés français, 1,5 million sont immatriculés dans les consulats. Pour la période 2010-novembre 2011, le MAEE a notamment traité 13 dossiers d’otages et 661 décès à l’étranger. Il dispose d’un Centre de crise (CDC, voir revue téléchargeable mars 2011, p.13-14). Rattaché directement au ministre, ce centre prend en compte les aspects humanitaire (assistance), médiatique et politique (crédibilité de l’Etat). En temps normal, il reçoit tous les télégrammes diplomatiques, met régulièrement à jour les fiches « conseils aux voyageurs » sur 189 pays (2ème site le plus visité de l’administration française) et établit les plans de sécurité des ressortissants. Chaque communauté française est en effet quadrillée en « îlots », dont le chef maintient un contact direct avec le consulat. En cas de crise individuelle (disparition) ou collective (otages ou catastrophes en tous genres), les familles appellent une ou plusieurs ambassades concernée. Ainsi, celle de la Corée du Sud a aidé les familles en transit pendant la période de risques radioactifs au Japon (accident de la centrale nucléaire de Fukushima). En Libye, des contacts ont été pris avec des médecins à Tripoli et Benghazi pour s’occuper des blessés en vue de leur exfiltration, indique Pascale Trimbach En temps de crise, le CDC assure une permanence téléphonique continue avec le renfort de personnels du ministère, tous volontaires et en dehors de leurs heures de travail. Les informations sont données en temps réel, mais après vérification et dans la limite de la sécurité des gens sur place. En cas de blessure ou de décès de ressortissants, le CDC prévient la gendarmerie du domicile des familles. Si la situation s’aggrave, le gouvernement peut décider une évacuation de ressortissants. Les rapatriés français sont pris en charge par leur famille et reçoivent une aide sociale personnalisée. Les étrangers sont dirigés vers leurs consulats en France. Il est à noter que la Grande-Bretagne fait de même puis leur présente la facture ! La France envisage à son tour de faire payer ceux qui prennent des risques inconsidérés sans rapport avec leurs activités professionnelles. Par ailleurs, des mesures sont aussi prises pour la protection des agents locaux, afin de leur éviter des représailles éventuelles. Quelque 5.000 personnes hors statut diplomatique constituent en effet l’essentiel du personnel des ambassades et consulats à l’étranger : Français recrutés localement, ressortissants du pays de résidence et d’autres nationalités.

La sécurité des expatriés est assurée par la Direction de la coopération internationale en matière de police et gendarmerie (voir article « Milipol 2011 » ci-contre). Celle-ci dispose dans chaque ambassade d’un attaché de sécurité intérieure (ASI), qui assure des missions de renseignement et d’expertise. Les ASI organisent des réunions mensuelles avec les îlotiers et des exercices pour vérifier la pertinence du dispositif. Leurs relations avec les ambassadeurs, dont ils relèvent, varient selon les personnes. « Cela va du minimum vital au résultat remarquable », indique la colonelle Vachter, qui relate la crise en Côte d’Ivoire terminée en avril 2011 (14.000 expatriés français dont 51 % de bi-nationaux). La capitale Abidjan (5 millions d’habitants) compte 16 communes dont certains quartiers sensibles sont particulièrement hostiles à la présence française : « Des véhicules blindés se sont fait caillasser ». L’aéroport et les forces françaises de l’opération Licorne se trouvaient au sud de la ville et les ressortissants étrangers et tout ce qui est important au nord (photo). Le passage du nord au sud se fait par deux ponts. « En 2004, l’évacuation a été possible grâce au mitraillage des ponts par l’armée française ». Cette année-là, 4.876 Français et des centaines de ressortissants étrangers ont été évacués. En 2011, 5.047 personnes ont été accueillies par la force Licorne au camp de Port-Bouet et 3.450 d’entre elles ont quitté la Côte d’Ivoire. Les forces armées françaises ont repris l’aéroport et assuré un pont aérien (légende de photo) incluant l’avion affrété par le MAEE. Les exfiltrations ne sont pas obligatoires. Les ressortissants temporaires (fonctionnaires et hommes d’affaires) les acceptent. Par contre, les expatriés de longue durée ou qui sont nés dans le pays de résidence préfèrent rester, car ils n’ont pas de famille en France. Les bi-nationaux ne sont pas abandonnés : seule leur nationalité française compte.

Les responsabilités des entreprises : la jurisprudence précise que les employeurs ont, envers leurs expatriés, des devoirs d’information, d’anticipation de crise et de réaction pendant celle-ci. Les services de l’Etat examinent tous les paramètres politiques et restent prudents pour éviter la panique. De leur côté, les entreprises privilégient la sauvegarde de l’outil économique, car l’activité doit continuer, et la sécurité de leur personnels en informant l’Etat. Ainsi en 2011, pendant les crises en Tunisie et en Egypte, des groupes privés ont affrété des avions pour évacuer leurs salariés et aussi ceux d’autres entreprises qui le souhaitaient. Les sociétés de sécurité, où travaillent d’anciens militaires, apportent leur expertise dans la gestion de crise (voir revue téléchargeable mars 2011, p.15-16).  Il existe une certaine méfiance des autorités françaises à leur égard, regrette Olivier Didio, alors qu’il faut rechercher des synergies entre opérationnels qui se connaissent. Les pays anglo-saxons n’ont pas ces scrupules. Ainsi, en Libye, les services diplomatiques britanniques font de la publicité pour le groupe privé de sécurité Blue Mountain. En Afrique, la secrétaire d’Etat Hillary Clinton « vend » des sociétés de sécurité américaines !

Loïc Salmon

Selon l’Etat-major des armées françaises, le pont aérien déployé en avril 2011 à partir d’Abidjan a totalisé 78 rotations militaires : 18 pour les renforts, 56 pour le fret (400 t) et l’évacuation de ressortissants (3.000) et 4 à partir de la métropole. L’antenne santé du camp de Port-Bouet a procédé à 1.030 consultations, 14 hospitalisations, 16 interventions chirurgicales et… deux naissances !




Milipol 2011 : une technologie de la sécurité de plus en plus innovante

« Nous devons faire face, en France comme chez tous nos partenaires, à des menaces et des phénomènes nouveaux. Je pense notamment aux menaces terroristes, à la criminalité organisée, à la cybercriminalité ou aux violences urbaines », a déclaré Claude Guéant, ministre de l’Intérieur, de l’Outre-mer, des Collectivités territoriales et de l’Immigration, lors de l’inauguration de Milipol 2011. Ce salon biennal des professionnels de la sécurité a accueilli 27.243 visiteurs (151 pays), 110 délégations officielles (53 pays) et 888 exposants (47 pays) à l’occasion de sa 17ème édition, qui s’est tenue du 18 au 21 octobre 2011 à Paris.

Les matériels présentés constituent un kaléidoscope de tout ce qui se fait en la matière : véhicules blindés tout terrain armés d’une mitrailleuse, véhicules blindés amphibies avec une hélice à l’arrière pour le franchissement de cours d’eau, fusils d’assaut et de précision pour les unités spéciales, armes de poing en tous genres, munitions létales ou non, tenues de combat et de maintien de l’ordre, boucliers en plexiglas munis de lampes éblouissantes avec caméra incorporée, poubelles anti-bombes (en service au musée du Louvre et au Trocadéro à Paris), crypto-systèmes, appareils biométriques (morphologie de la main, empreinte digitale et réseau veineux) pour remplacer les badges, équipements de vidéosurveillance, appareils d’interception électronique, portiques de détection d’armes avec vision intégrale du corps (en service à l’aéroport d’Amsterdam), robots avec pinces de manipulation, kit électro-hydraulique avec cutter et pied de biche pour forcer verrous, portes, portails et barreaux de fenêtre et enfin minidrones divers (photo).

Coopération internationale

Depuis le 1er septembre 2010, la Direction de la coopération internationale (DCI) regroupe les services similaires de la police et de la gendarmerie. Elle couvre 156 pays à partir de 90 implantations à l’étranger. Cette coopération technique effectue 2.000 actions par an (stages, missions d’experts, visites de délégations étrangères et séminaires) sur les thèmes suivants : criminalité organisée (22 %) ; terrorisme (17 %) ; ordre public (17%) ; immigration (11 %) ; sécurité civile (8%) ; stupéfiants (7 %) ; formation (6%) ; divers (12 %).

A Paris, l’échelon central de la DCI regroupe 230 policiers, gendarmes et personnels administratifs, qui assurent une veille opérationnelle permanente et la coordination du réseau. Le ministère des Affaires étrangères et européennes fait appel à 430 personnels pour la sécurité des ambassades. A l’étranger également, les services de sécurité intérieure (SSI) de la DCI emploient 260 policiers ou gendarmes, sous l’autorité des attachés de sécurité intérieure (ASI). Les SSI maintiennent en permanence une plate-forme d’échanges d’informations entre les services de police et de gendarmerie étrangers et français. De leur côté, les ASI coopèrent avec les services de sécurité locaux pour détecter en amont les risques et menaces, échanger les renseignements à caractères judiciaire, accompagner les enquêteurs dans l’exécution de commissions rogatoires internationales. En outre, ils assurent la sécurité des Français expatriés ou de passage, en liaison avec les consulats. Au niveau international, la DCI assure le suivi avec Interpol, Europol, l’ONU et l’Organisation pour la coopération et la sécurité en Europe (OSCE). Elle anime des réseaux : le Collège européen de police, le groupe Fontanot (Afrique de l’Ouest), Francopol (réseau francophone de coopération en formation policière) et Resopolis (réseau des attachés policiers étrangers en poste en France). Elle assure aussi les financements européens et multilatéraux d’actions de coopération.

Enfin, avec 80 entreprises partenaires, la DCI concourt à la promotion des technologies françaises dans le domaine des équipements de sécurité.

Loïc Salmon

Le drone Scancopter X4, à décollage et atterrissage vertical, est utilisable pour le renseignement, la surveillance et la reconnaissance (photos et vidéos aériennes). Voici ses principales caractéristiques : dimensions hors rotors, 51 cm x 51cm x 35cm ; masse maximale au décollage, 1,6 kg ; autonomie, 20 minutes ; vitesse opérationnelle, jusqu’à 15 m/s ; vitesse limite de vent, 30 km/h avec des rafales jusqu’à 50 km/h ; altitude maximale, 1.500 m ; caméra, haute définition avec des cartes SD de 32 GB.




Exercice OTAN Citadel Guibert 2011 : la France en première ligne

Pour la première fois, le Quartier général du Corps de réaction rapide-France a conçu, planifié et conduit un exercice OTAN d’entrée en premier sur un théâtre d’opérations difficile. Il constitue une avancée technologique pour roder les procédures de travail en interalliés. Dénommé Citadel Guibert 2011, cet exercice de forces terrestres blindées et aéroportées s’est déroulé du 27 novembre au 9 décembre 2011 dans les camps militaires de Leopoldsburg (Belgique) et Sennelager (Allemagne). Il a mis en œuvre un effectif de 1.700 militaires de 36 unités de 15 pays, correspondant au déploiement initial d’une force théorique multinationale de plus de 50.000 hommes pour une mission de stabilisation dans la Corne de l’Afrique sous mandat ONU, similaire aux engagements dans les Balkans et en Afghanistan. Cette opération complexe a pris globalement en compte les grandes distances à parcourir, le soutien vie de l’effectif déployé, les ethnies et les factions religieuses et culturelles du pays d’accueil et de ses voisins, les zones hostiles, les répercussions médiatiques et les actions des organisations non gouvernementales. Citadel Guibert 2011 a nécessité un poste de commandement de 400 hommes, 190 shelters, 25 km de fibres optiques, 1.100 ordinateurs, 11 niveaux informatiques et téléphoniques différents et cinq niveaux de confidentialité. Il fait suite à l’exercice d’interopérabilité franco-britannique Flandres 2011 de juin (voir rubrique « archives » des brèves 30-6-2011). Sur le plan strictement militaire, ce type de mission interalliée de grande ampleur implique des éléments organiques de corps d’armée, des commandements interarmées des opérations aériennes et maritimes, un commandement des opérations spéciales, une composante des actions d’influence et les forces de sécurité (armée et police) du pays d’accueil.

Loïc Salmon




Les drones, dualité militaire et civile

Les applications des drones dans les domaines militaires et civils nécessitent des technologies différentes. La plateforme (« l’avion ») du système représente 20 % de sa valeur et la technologie (capteurs et transmissions) 80 %. Cette dualité militaire-civile a été exposée par le directeur des programmes drones de la société Sagem, Pierre Jorant, lors de la 5e Rencontre aviation civile aviation militaire tenue le 19 mai 2011 à Paris.

Sagem construit le drone tactique SDTi, catapultable d’un camion, récupérable par parachute et actuellement utilisé par l’armée de Terre en Afghanistan. Elle propose aussi un modèle civil plus grand de type MALE (moyenne altitude longue endurance), le « Patroller », capable de décoller et d’atterrir par ses propres moyens.

Les drones civils et militaires ont les mêmes besoins d’intégration à des systèmes plus vastes et de changement rapide de leurs charges utiles composées de divers appareils de mesures. Ils présentent la même architecture, à savoir l’acquisition de données (informations et images), leur traitement à bord, leur transfert vers le sol, leur traitement au sol et le contrôle commande de la charge utile.  La capacité d’identification et de localisation des capteurs varie selon les besoins du client. Actuellement, il est possible de détecter un départ de feu de forêt à plusieurs km, des personnes à 3 km et un navire à plus de 4 km.

Mais, les charges utiles et les fréquences de transmission utilisées sont différentes pour les drones civils et militaires. Pour ces derniers, les données captées seront cryptées pendant le vol, puis décryptées une fois transférées au sol. En outre, il leur faut respecter les normes OTAN sur les vidéos numériques et s’intégrer dans les systèmes de commandement (commandement, contrôle, communications, informatique et renseignement militaire). En conséquence, les fréquences utilisées pour les transmissions et les équipements de transmission eux-mêmes peuvent ne pas être communs aux drones militaires et civils. En outre, la réglementation des vols n’est pas unifiée, notamment pour l’utilisation en espace non « ségrégué » (voir : « De l’OPEX au territoire national », rubrique Actualités ou Archives 28-9-2011).

Toutefois, selon Pierre Jorant, la dualité militaire-civile des drones dispose d’un fort potentiel de développement, notamment pour la sécurité territoriale et les applications interministérielles. Il préconise le rapprochement des technologies et des processus de production des drones et de l’aéronautique pilotée. Cela devrait permettre de baisser les coûts des applications associées aux drones.

A titre d’exemple, le Patroller peut embarquer un pilote et se reconfigurer en mode drone, lorsque l’espace aérien n’a pu être sécurisé. Utile pour la surveillance des frontières, il intéresse déjà le Brésil, le Canada et des pays d’Afrique du Nord. Enfin, son heure de vol revient à 3.000 €.

Loïc Salmon

Drone français Harfang (armée de l’Air) stationné à la base aérienne de la Force internationale d’assistance et de sécurité (FIAS) à Bagram (Afghanistan).




Défense : panorama des zones à risques

Le ministre de la Défense Gérard Longuet a présenté, sous l’aspect militaire, les situations en Libye, Syrie, Afghanistan, Iran et Afrique, lors d’un déjeuner organisé le 16 novembre 2011 à Paris par l’Association des journalistes de défense.

Libye : « Les guerres se gagnent au sol et pas dans l’air », a déclaré le ministre, estimant que l’intervention aérienne n’aurait pas permis de trouver une solution à la crise, sans l’organisation de combattants par le Conseil national de transition libyen. Il en a tiré trois enseignements. D’abord, « sans les Libyens, Kadhafi serait toujours là et, sans l’opération Harmattan, il n’y aurait pas d’opposants libyens ». Ensuite, il a fallu construire une coalition : au départ, il y avait trois états-majors (France, Grande-Bretagne et Etats-Unis), puis le secrétaire général de l’OTAN a pris en compte la dimension politique. Enfin, le conflit a prouvé « qu’on peut faire quelque chose avec les Etats-Unis, sans qu’ils soient les premiers ni les demandeurs. Ils ont donné les moyens de soutien ». La surveillance aérienne des dépôts de munitions se poursuit sur le théâtre opérationnel près de la mer, mais pas en profondeur. Quant au risque de dissémination des armes, le ministre a souligné que leur emploi demande un certain niveau de logistique et d’entretien, sans compter la date de préemption des munitions.

Syrie : une intervention militaire nécessite une décision du conseil de sécurité de l’ONU. Le terrain n’est pas le même qu’en Libye : chaque camp est imbriqué totalement dans chaque ville, qui constitue un lieu de combat.

Afghanistan : un retrait des troupes dès 2012 est incompatible avec le statut de membre permanent du conseil de sécurité des Nations unies. « Nous ne pouvons décider seuls de notre participation ou de notre retrait, nous sommes solidaires ». La situation en Afghanistan concerne aussi ses voisins : l’Inde, qui souhaite un Afghanistan pacifique et non dépendant du Pakistan ; l’Iran, qui souffre du trafic de la drogue d’origine afghane ; la Chine, qui recherche des relations normales entre l’Afghanistan et le Pakistan. ; les Etats-Unis pour toutes ces raisons. L’armée et la police afghanes totalisent environ 280.000 hommes qui assurent la présence de l’Etat, lequel doit se construire dans la durée et avec suffisamment d’argent pour fonctionner.  « Le retrait immédiat, sans coopération ni perspectives, c’est la certitude d’une guerre civile déclenchée à partir de l’extérieur ».

Iran : « La France considère que l’Iran se donne les moyens d’accès à la bombe (atomique), en contradiction avec le  TNP (traité de non-prolifération des armes nucléaires) dont il est signataire ». Paris accentue les sanctions, redoutables sur le long terme pour le financement des importations. Une frappe des installations nucléaires iraniennes n’est pas à l’ordre du jour, mais la France défendrait Israël en cas d’agression, a indiqué le ministre. Un blocage des flux financiers aboutit au même résultat que celui des ports pétroliers. « Il est efficace s’il est appliqué avec obstination et dans la durée ».

Afrique : les bases militaires françaises de Djibouti (Est) et Libreville (Ouest) suffisent. En cas de nécessités ponctuelles ou de coopération, il est possible d’intervenir à partir de la métropole. « On n’a pas besoin d’un deuxième porte-avions, a déclaré Gérard Longuet, ce sera au cœur de la discussion sur l’actualisation du Livre Blanc (sur la défense et la sécurité) ».

Par ailleurs, le ministre va tenter de préserver le recrutement des coupes budgétaires en cours, lequel représente 20.000 contrats nouveaux par an.

Loïc Salmon

Gérard Longuet (65 ans), ministre de la Défense et des Anciens Combattants, est diplômé de l’Institut d’études politiques de Paris, titulaire d’un diplôme d’études supérieures de sciences politiques et ancien élève de l’Ecole nationale d’administration. Il a exercé plusieurs mandats électifs, notamment ceux de député de la Meuse (1978-1981, 1986-1993), député européen (1984-1986), président du Conseil régional de Lorraine (1992-2004) et sénateur de la Meuse (2001-2011). Il a aussi été secrétaire d’Etat (mars-août 1986), puis ministre délégué (1986-1988) auprès du ministre de l’Industrie, des Postes et Télécommunications et du Tourisme et enfin ministre de l’Industrie, des Postes et Télécommunications et du Commerce extérieur (1993-1994). A ce titre, il a été le principal négociateur du traité de Marrakech, à l’origine de l’Organisation mondiale du commerce. Enfin, il préside le Centre de la paix à Verdun depuis sa création en 1988.




La croix de la Valeur militaire décernée à titre collectif

La croix de la Valeur militaire a été décernée à titre collectif à 36 unités ayant participé aux opérations extérieures d’Afghanistan, de Côte d’Ivoire et de Libye, suite au décret du 9 novembre 2011.

Le président de la République Nicolas Sarkozy, chef des armées, a décoré les emblèmes (drapeau, étendard ou fanion

) de douze d’entre elles, lors de la cérémonie du 11 novembre à l’Arc de Triomphe à Paris. Il s’agit du Groupement blindé de la gendarmerie mobile, du 7ème Bataillon de chasseurs alpins, du 1er Régiment de chasseurs parachutistes (photo), du 12ème Régiment de cuirassiers, du 1er Régiment d’hélicoptères de combat, du porte-avions Charles-De-Gaulle, de la Flottille (embarquée) 12F, du bâtiment de projection et de commandement Tonnerre, de l’escadron de chasse 3/33 « Ardennes », de l’escadron d’hélicoptères 1/67 « Pyrénées », de l’escadron de chasse 1/91 « Gascogne » et de l’hôpital d’instruction des armées Percy. Les vingt-quatre autres unités désignées recevront ultérieurement la croix de la Valeur militaire sur leur emblème.

Lors de la même cérémonie, un hommage particulier a été rendu aux 24 militaires mors pour la France depuis novembre 2010. Enfin, l’anniversaire de l’armistice de 1918, va prendre une signification plus vaste. « Désormais, chaque 11 novembre, tous ceux qui ont donné leur vie pour la France, que ce soit pour la défense de la patrie ou lors des opérations extérieures auxquelles notre pays participe, seront également associés à cet hommage solennel de la nation », a déclaré le président de la République, après avoir déposé une gerbe devant la tombe du soldat inconnu.

Loïc Salmon




Les devoirs et les intérêts diplomatiques de la France

Le respect du droit et le maintien de la paix priment dans les difficiles résolutions des crises, comme les engagements en Afghanistan et en Libye, le terrorisme, les prises d’otages et la lutte contre la prolifération des armes de destruction massive (Iran). Ces priorités diplomatiques ont été exposées le 7 octobre 2011 à Paris, par Pierre Sellal, secrétaire général du ministère des Affaires étrangères et européennes (MAEE), lors du séminaire d’ouverture des sessions nationales de l’Institut des hautes études de défense nationale et de l’Institut des hautes études de la sécurité et de la justice.

En vue d’une solidarité internationale plus juste et plus efficace, les objectifs du MAEE consistent à : accompagner les « printemps arabes » en Tunisie, Maroc et Libye« sans arrogance ni ingérence mais avec disponibilité et soutien » et y favoriser la démocratie ; encourager la démocratie en Afrique ; renforcer la capacité d’action de la solidarité européenne ; promouvoir l’Europe de la défense.

Pays arabes : en Libye, la protection de la population civile contre un régime dictatorial a motivé l’intervention militaire de l’OTAN. En Syrie, des sanctions ont été demandées contre le régime qui cherche à étouffer la démocratie. Afin de construire un espace de paix et de prospérité dans cette région, le sommet de Deauville (mai 2011), auquel ont participé le Koweït, le Qatar et la Turquie, a débouché sur une aide de 40 Md$ à la Tunisie et l’Egypte pour l’emploi et la formation avec l’intervention de la Banque européenne pour la reconstruction et le développement. En vue d’agir sur le long terme, l’Union européenne va renforcer le volet méridional de sa politique de voisinage par une nouvelle répartition des crédits : deux tiers pour les pays du Sud et un tiers pour ceux de l’Est. L’initiative française (2008) de l’Union pour la Méditerranée, destinée à renforcer les solidarités entre les pays riverains, progresse, notamment par la mobilisation de crédits pour les transports, l’énergie et l’enseignement supérieur. Le faible intérêt américain pour le Maghreb et la Libye accroît les responsabilités de l’Union européenne, indique Pierre Sellal. Quant au conflit israélo-palestinien et parallèlement à la reprise des négociations entre les deux parties, la France a proposé d’offrir à la Palestine le statut d’Etat observateur à l’ONU (comme le Vatican), question dont l’Assemblée générale doit être saisie et qui lui permettrait de devenir membre des organisations internationales annexes des Nations unies comme l’Unesco (1). Devant l’échec des initiatives des Etats-Unis, précise Pierre Sellal, le Conseil de sécurité devrait s’engager, dans un délai de six mois à un an, sur les efforts à entreprendre en vue de la paix.

Afrique : riche en ressources naturelles, elle connaît une croissance économique de 5,6 % en 2011, qui pourrait atteindre 6 % en 2012. L’Agence française de développement soutient les projets d’accompagnement de cette croissance et organise des échanges de chercheurs. La population africaine représentera le quart de l’humanité en 2050. En conséquence, la paix est la condition de la prospérité et de la démocratie. En concertation avec l’ONU et l’Union africaine, la France participe au rétablissement de la démocratie au Congo Kinshasa, à Madagascar, au Soudan du Sud et en Somalie. Elle appelle aussi de nouveaux acteurs à participer à des financements innovants pour lutter contre la pauvreté en respectant des règles de conduite pour éviter la spirale de l’endettement. Le G20 (19 pays et l’Union européenne) doit consacrer 10 Md$ à l’Afrique, soit la moitié de son aide à la coopération et au développement dans le monde (infrastructures et sécurité alimentaire).

Union européenne (UE) : la France ne pourra peser sur les évolutions en Afrique et de l’autre côté de la Méditerranée que si elle peut compter sur une UE dynamique, souligne Pierre Sellal, en mobilisant, avec l’aide de l’Allemagne, sa capacité d’impulsion. Ces deux pays sont déterminés à préserver les intérêts communs de l’UE (zone euro et soutien à la Grèce) depuis la crise financière de 2008 qui a touché tous les pays industrialisés, y compris les Etats-Unis. L’euro, monnaie unique, suppose la convergence des économies des Etats membres. En 2011, l’UE a décidé la mise en place d’un Fonds européen de stabilisation financière en vue d’un gouvernement économique européen. « Le gouvernement économique n’a de chances de succès que s’il implique les chefs d’Etat et de gouvernement par un sommet », avertit Pierre Sellal. Par ailleurs, l’espace Schengen renforce la discipline et la solidarité communes en matière de liberté, de sécurité et de justice. Enfin, deux ans après le traité de Lisbonne, une politique étrangère commune est sur les rails avec une présidence stable du Conseil européen et une représentation diplomatique.

Défense européenne : la crise économique contraignant les budgets militaires, il convient de mutualiser les moyens comme l’ont fait la France et la Grande-Bretagne lors de l’intervention en Libye. Il s’agit de faire de même avec l’Italie, l’Allemagne et l’Espagne. « Il faut une Europe sûre d’elle-même, capable de parler avec les puissances émergentes pour définir les règles d’un monde nouveau dans le respect de valeurs partagées », déclare Pierre Sellal. Des partenariats stratégiques sont ouverts depuis un an avec la Chine et l’Inde, selon le principe de réciprocité. Enfin, le MAEE apportera toute sa crédibilité à la révision du Livre Blanc sur la défense et la sécurité avec « l’engagement, dans l’éthique, d’actions pour analyser, comprendre, convaincre, peser et agir », conclut son secrétaire général.

Loïc Salmon

(1) Vote favorable acquis le 31 octobre 2011 avec 107 voix pour, dont celle de la France, 14 voix contre et 52 abstentions.

Pierre Sellal choisit les Affaires étrangères à sa sortie de l’Ecole nationale d’administration (1977). Il est notamment secrétaire à la direction des Nations unies au ministère à Paris (1977-80), conseiller à la Représentation permanente de la France auprès des Communautés européennes à  Bruxelles (1981-84), ministre-conseiller à l’ambassade de France à Rome (1990-92), ambassadeur auprès de la Communauté européenne à Bruxelles (2002-2009) et secrétaire général du ministère des Affaires étrangères et européennes depuis le 14 avril 2009. Au cours de sa carrière diplomatique, il a également été conseiller technique au cabinet du ministre du Commerce extérieur (1980-81), secrétaire général adjoint du Comité interministériel pour les questions de coopération économique européenne auprès du Premier ministre (1985-1990) et directeur du cabinet du ministre des Affaires étrangères Hubert Védrine (1997-2002). Nommé par l’Etat au conseil de surveillance du groupe Areva (énergie nucléaire), le ministre plénipotentiaire hors classe Pierre Sellal est chevalier de la Légion d’Honneur.