Le CSAT de l’OTAN : un poste clé

L’OTAN est la seule organisation politico-militaire apte à mener des opérations d’envergure et « la France y a une position influente et respectée ». Tel est l’avis du général Stéphane Abrial, chef du « Commandement suprême allié de la transformation » (CSAT) de l’OTAN.

Au cours d’une conférence organisée, le 13 septembre 2012 à Paris, par l’Association des journalistes de défense, il a souligné l’importance d’en faire vivre les réseaux et d’utiliser cette influence au mieux.

La perception américaine. Le fait que la France soit le deuxième pays contributeur de l’état-major du CSAT, après les Etats-Unis, est considéré à Washington comme une meilleure prise en compte du fardeau de leur défense par les Européens. « Les Etats-Unis souhaitent une Europe forte ». Le renforcement de leur intérêt pour l’Asie-Pacifique ne signifie pas un abandon de l’Europe : le Corps de déploiement rapide de l’OTAN y reste implanté (bases en Italie, Allemagne et Espagne). Par ailleurs, la France a toujours maintenu son intérêt pour la zone Pacifique. En ce qui le concerne, le général Abrial peut s’adresser directement au Pentagone (secrétaire à la Défense, chef d’Etat-major interarmes et leurs adjoints), au département d’Etat (ministère des Affaires étrangères), au Congrès (Parlement), au monde universitaire et aux « Think Tanks » (institutions privées à but non lucratif regroupant des experts en matière de politiques publiques).

Les partenariats. La relation de l’OTAN avec la Russie, son principal partenaire, fonctionne bien malgré quelques passages à vide (Géorgie) et divergences (Libye), précise le général Abrial. Toutefois, la coopération dans la lutte anti-missiles est difficile, car la Russie estime que cette défense donne à l’OTAN une trop grande visibilité sur sa dissuasion nucléaire. Pourtant, le CSAT est parvenu à développer des échanges au niveau Ecole de guerre (officiers supérieurs élèves), au cours des trois dernières années. En mars 2012, son chef s’est rendu à Moscou et y a noué de « bons contacts » avec le ministre de la Défense et le chef d’Etat-major des armées… qu’il a invité à venir à Norfolk. L’OTAN coopère avec l’Agence européenne de défense dans les domaines de la capacité médicale en opération et du ravitaillement en vol, pour éviter les duplications et renforcer les capacités européennes (voir rubrique archives : AED, 15-8-2012). La Grande-Bretagne compte sur l’OTAN (28 pays) pour compenser la réduction importante de ses moyens militaires. Depuis le 1er juillet, le CSAT est responsable de l’entraînement collectif, en vue d’une plus grande cohérence et, à terme, d’une plus grande efficacité. Il apporte son soutien aux exercices demandés par le « Commandement allié Opérations » (planification, exécution et évaluation). Chaque pays membre organise la formation et l’entraînement de ses forces armées. Mais, seule l’OTAN peut monter des exercices de grande ampleur dans un cadre multinational.  En ce sens, l’opération « Unified Protector » au large de la Libye en 2011 a constitué un test en vraie grandeur (revue téléchargeable septembre 2011 p.11-12). Selon le général Abrial, elle a démontré que l’OTAN peut décider en quelques jours, alors qu’il lui a fallu des mois pour les opérations au Kosovo (1999) et en Bosnie (1995). Ensuite, les Etats-Unis ont constaté, avec satisfaction, que des Etats européens sont prêts à s’engager et même à prendre la direction des opérations. Enfin, les pays européens devront combler leurs lacunes capacitaires constatées en matière de drones, ravitailleurs en vol, renseignement, surveillance, ciblage  (désignation d’objectifs, attaque et évaluation des effets) et stocks de munitions de précision. Celles-ci concernent tout ce qui permet une frappe d’une précision d’un mètre avec la garantie de réduire au minimum les dégâts collatéraux. En Afghanistan, en dix ans et à un prix élevé, les forces de l’OTAN ont atteint un niveau inégalé d’interopérabilité au combat. Il s’agit désormais de le maintenir et de l’adapter aux nouvelles menaces par la formation, l’entraînement et les exercices majeurs, malgré la crise économique.

Les conséquences. Depuis trois ans, les autorités militaires françaises ont pris en compte le retour au commandement militaire intégré de l’OTAN, notamment dans la formation à l’Ecole de guerre de Paris (archives : Coalition 2012, 25-4-2012). A ces stagiaires qui occuperont des fonctions élevées d’état-major, le général Abrial fait plusieurs recommandations : être à l’aise en anglais, à l’écrit et à l’oral, afin d’être lu et écouté ; pouvoir débattre en public en anglais, pour faire passer ses idées au bon moment ; examiner les documents OTAN pour saisir comment les questions sont traitées ; nouer des contacts avec les officiers stagiaires étrangers ; demander une affectation à l’OTAN pour comprendre d’autres modes d’action, car « ce qui est évident pour nous ne l’est pas pour d’autres ».

Budget en baisse. Alors que, presque tous les pays augmentent leurs dépenses militaires, les pays occidentaux les diminuent. L’OTAN en subit les conséquences. La révision globale de la structure de commandement, entreprise depuis dix-huit mois, conduit à la suppression de onze agences de l’Alliance atlantique. Au 1er décembre 2012, il n’en restera que trois : acquisition et suivi des matériels ; systèmes d’information et de combat ; soutien des forces. A la même date, les effectifs auront été réduits de 30 % pour descendre… en dessous de 9.000 personnes !

Loïc Salmon

Le général d’armée aérienne Stéphane Abrial dirige le « Commandement suprême allié de la transformation » (CSAT) de l’OTAN depuis le 9 septembre 2009, année où la France a décidé de participer pleinement aux structures de l’OTAN après son retrait de la structure militaire intégré en 1966. Sa fonction a été attribuée, à partir du 28 septembre, au général d’armée aérienne Jean-Paul Paloméros, son successeur à la tête de l’état-major de l’armée de l’Air. Le CSAT dirige la transformation continue des structures, des forces, des capacités et des doctrines militaires de l’OTAN, menée pour en améliorer l’efficacité. En coopération avec le Commandement allié Opérations, il analyse les besoins opérationnels de l’OTAN, afin de déterminer la nature et l’importance des besoins futurs en matière de capacités d’interopérabilité et de les classer par ordre de priorité, dans le but de contribuer au processus global d’établissement des plans de défense de l’OTAN. Chargé de l’étude de nouveaux concepts et doctrines d’emploi, le chef du CSAT supervise les expériences effectuées et le soutien apporté à la recherche, au développement et à l’acquisition de nouvelles technologies et capacités. Enfin, au 1er décembre 2012, le CSAT, qui a son siège à Norfolk (Etats-Unis), comptera 1.050 personnels, dont 100 Français.




La simulation au cœur de tout engagement aérien

Véritable laboratoire des opérations aériennes, la simulation a pour but de préparer les forces présentes et futures à agir vite, en toute sécurité et à être capable de durer, grâce aux ravitaillements en vol, dans un environnement interallié et interarmées.

La préparation, la conduite et l’engagement en mode virtuel des opérations aériennes ont été traités lors d’un séminaire organisé, le 13 juin 2012 en région parisienne, par le Commissariat général au salon d’armements terrestres Eurosatory 2012.

La préparation aux opérations commence au centre de Lyon-Mont-Verdun (voir encadré). Selon le lieutenant-colonel Cyrille Testu du CASPOA, une trentaine de stagiaires, dont un tiers de ressortissants de pays membres de l’OTAN, suivent une formation théorique et pratique, puis une mise en situation et une préparation individuelle. Enfin, ils sont maintenus en condition opérationnelle par des scénarios complexes. De la guerre du golfe (1991) à l’engagement en Libye (2011), les principes du commandement et de la conduite des opérations aériennes sur l’ensemble d’un théâtre restent identiques : organiser, protéger et agir. La formation et l’entraînement reposent sur une doctrine d’emploi et le retour d’expérience, en vue d’une expérimentation pour valider des choix. En raison du continuum (passage continu entre éléments homogènes d’un ensemble) entre les milieux aérien et spatial et l’interaction avec la surface de la terre due à la précision du GPS, il est indispensable de cacher ses moyens pour ne pas être repéré par les satellites d’observation. Pour s’adapter aux demandes des autorités politiques, seule une organisation centralisée peut utiliser la puissance aérienne de façon souple face à l’environnement adverse (structure, organisation et opérations). Le système C2 Air (commandement et conduite des opérations aériennes) de l’OTAN vise à mutualiser ses moyens, afin de disposer d’outils modulables contre les missiles balistiques et la défense aérienne classique.

L’entraînement au combat aérien par simulation consiste à échanger des informations tactiques en trois dimensions par le réseau dit « liaison 16 » (L 16) de l’OTAN. Il concerne les équipages en l’air et les contrôleurs de défense aérienne au sol. Tous voient les mêmes choses : paysage, frontières et systèmes de défense air/sol. Selon le commandant Denis Daligault, chef de l’équipe de marque de liaisons de données tactiques de l’armée de l’Air, les menaces injectées par L 16 apparaissent sur les écrans des équipages et tout intervenant abattu est prévenu. Cela permet d’analyser les réactions des équipages, par exemple lors de missions de bombardement d’un port ou de destruction d’un convoi. Le retour d’expérience d’Afghanistan sert à entraîner les contrôleurs avancés qui assignent des objectifs aux équipages en l’air dans des situations et selon des procédures identiques. Une situation réelle peut être virtuellement enrichie pour concevoir une défense aérienne plus complexe au niveau du chef de patrouille. Le système d’entraînement L 16 « Solstice » comporte plusieurs consoles. L’une (simulation) reproduit des déroulements d’exercices prédéfinis et une situation dense et réaliste avec des tirs sol/air. Une autre (contrôle) diffuse la surveillance (plots radar), identifie les pistes et assigne les missions. La troisième (coordination des opérations) valide les tirs air/air simulés et anime les combats aériens (identification des aéronefs abattus, régénération de ces derniers et émergence de nouvelles détections). Lors d’un entraînement avec des munitions réelles, l’avion est mis en position de tir, mais hors situation tactique. Des exercices majeurs OTAN sont régulièrement organisés. En mai 2011 sur la base de Cambrai, celui dénommé «Tiger Meet » a inclu la participation, temporaire, d’un avion d’alerte avancée AWACS, parti ensuite intervenir au dessus de la Libye. Le deuxième, « Serpentex » (mars-avril 2012, Solenzara – Corse),  a utilisé les procédures en vigueur en Afghanistan. Le troisième, « Tactical Leadership Programme » (mai 2012, Albacete – Espagne), a mis en œuvre une situation tactique au sol complexe : animation en temps réel de sites missiles sol/air, convois et objectifs au sol. Dans la salle de  « débriefing », les équipages à terre ont pu voir ce qui s’est passé en l’air, y compris les erreurs des uns et des autres. Tout est enregistré.

La simulation de l’engagement complète l’entraînement du pilote, mais ne peut constituer un substitut au vol. La simulation est un exercice purement mental, alors que l’entraînement physique permet au pilote de supporter 9 G (neuf fois son propre poids) en vol tournoyant et de maintenir son sens de l’équilibre. Pour remplir une mission en tout temps, un pilote doit gérer le stress, la fatigue et les conditions des environnements naturel et aéronautique. Toutefois, l’entraînement en vol est limité par les pannes particulières, la portée autorisée des armements, la réduction par deux des espaces aériens au profit des vols commerciaux, la gêne sonore, la discrétion sur l’utilisation du spectre électromagnétique et surtout le coût exponentiel de l’heure de vol et du maintien en condition opérationnelle. Selon le colonel Pierre-Jean Dupont de l’état-major de l’armée de l’Air, l’outil de simulation sur Rafale au standard F3 est un véritable laboratoire de vol, en raison de sa polyvalence … qui exige davantage de formation, une acquisition étendue des savoir-faire et l’entretien de compétences très diverses. Les contraintes de pilotage du Rafale nécessitent trois mois d’adaptation, dont 50 % en simulation. Le « Centre de simulation Rafale » permet une grande souplesse de configuration, des gains d’heures de vol et un accès aisé à des espaces de manœuvres réalistes infinis. Les nouvelles technologies sont intégrées au fur et à mesure. La préparation spécifique à la posture permanente de sûreté concerne la dissuasion nucléaire (densité des scénarios et travail en équipage de guerre) et la défense aérienne du territoire (beaucoup d’alertes, sens de l’initiative mais sans improvisation). En Afghanistan, l’appui aérien des forces terrestres en combat asymétrique nécessite une large palette d’effets, en coordination avec le sol. Lors de l’intervention en Libye, baptême du feu pour beaucoup de personnels, l’armée de l’Air a utilisé toute sa panoplie (voir « Archives », Retex armée de l’Air 28-3-2012).

Loïc Salmon

Le Centre d’analyse et de simulation pour la préparation aux opérations aériennes (CASPOA), installé à la base de Lyon-Mont-Verdun, est accrédité « Centre d’excellence » de l’OTAN depuis 2008. Parmi les 16 centres de ce type, il est le seul français et unique expert en matière de C2 Air (commandement et conduite des opérations). Rattaché au Commandement de la défense aérienne et des opérations aériennes, le CASPOA forme environ 1.000 militaires par an, dont 150 étrangers venus de 35 pays différents Enfin, il participe aux travaux de doctrine ou de concepts d’emplois français et de l’OTAN à partir d’analyse d’opérations réelles et d’exercices.




Un nouveau chef d’état-major pour l’armée de l’Air

Le 17 septembre 2012, le général d’armée aérienne Denis Mercier a pris ses fonctions de chef d’état-major de l’armée de l’air (CEMAA), au cours d’une prise d’armes sur la base aérienne 107 de Villacoublay. Entré à l’Ecole de l’air en 1979, il est breveté pilote de chasse en 1983. Breveté du Collège interarmées de défense, il totalise 3.000 heures de vol, dont 182 en missions de guerre. Au cours de sa carrière, il a notamment commandé une escadrille à l’escadron de chasse 2/5 « Ile de France » sur Mirage 2000 RDI (Orange, 1988), l’escadron de chasse 1/12 « Cambrésis » sur Mirage 2000 RDI (Cambrai, 1991), la base aérienne 112 « Marin la Meslée » (Reims, 2002) et les écoles d’officiers de l’armée de l’Air (Salon-de-Provence, 2008). Avant sa nomination comme CEMAA, il était chef du cabinet militaire du ministre de la Défense (2010). Le général Mercier est officier de la Légion d’Honneur et de l’Ordre national du Mérite et titulaire de la Médaille de l’aéronautique.

L.S.




Armée de Terre : professionnalisme et inquiétude

L’armée de Terre, malgré la réduction de son format, peut remplir ses missions, y compris en coopération. Toutefois, les difficultés budgétaires pourraient l’empêcher de tenir son rang dans la durée.

Telle est l’opinion exprimée, le 11 juillet 2012, par son chef d’état-major, le général d’armée Bertrand Ract-Madoux, devant l’Association des journalistes de défense.

Seules, les opérations de guerre, comme en Afghanistan et en Libye, nécessitent l’engagement d’hélicoptères de combat. En Afghanistan, ils servent à l’appui des unités terrestres et au ramassage des blessés. Il en restera probablement quelques uns sur place après le retrait des troupes fin 2012. « Nos hommes sont courageux et se sont montrés intelligents quand il a fallu s’adapter à une évolution de la stratégie depuis un an ». Les talibans ont abandonné le combat frontal au profit des attaques suicides et des tirs fratricides, qui affectent le lien de confiance entre les troupes afghanes et internationales. Le Service de santé français soigne beaucoup de civils… qui constituent 90 % des pertes ! Les talibans, qui ne tiennent pas à la vie, tirent de façon aveugle. Par ailleurs, pour éviter leur infiltration dans les troupes régulières, les autorités afghanes font converger les activités de leurs services pour filtrer le recrutement. En outre, des soldats français participent directement à la sécurité des instructeurs français. En Libye, même s’il n’y a pas eu officiellement de troupes engagées au sol, 15 hélicoptères et 200 hommes ont participé à l’opération « Harmattan ». Ils ont détruit 600 objectifs de nuit, au cours de raids effectués au ras du sol. « On a eu beaucoup de chance de ne déplorer aucune perte », bien que les équipages soient entraînés à agir en toute discrétion et avec des appareils de vision nocturne. Toutefois, une opération purement aérienne ne donne qu’un résultat partiel, estime le général Ract-Madoux qui ajoute : « Tous les conflits commencent à terre et finissent à terre ». Au Sahel, l’armée de Terre n’a pas été sollicitée pour une planification d’ampleur, qui relève du chef d’Etat-major des armées. Il n’y a guère de communication officielle sur cette région, où sont impliqués les forces spéciales, les services de renseignement et un dispositif diplomatique permanent. La planification d’une opération terrestre serait très complexe en raison des grandes distances à parcourir dans le désert malien, milieu extrêmement difficile. Enfin, une mission en Syrie, entreprise sous mandat de l’ONU, serait plutôt humanitaire au sens large (1), donc très différente d’une intervention offensive consistant à combattre l’un des protagonistes.

Le modèle de l’armée de Terre ne devrait pas connaître de rupture, vu l’absence de bouleversements stratégique depuis 2008. Elle prépare tous les types de missions pour répondre aux besoins exprimés par une organisation internationale ou un pays ami, qui demanderait du secours ou un coup de main. Toutefois, elle va perdre de la visibilité en France, car ses effectifs vont descendre à 100.000 personnels sur une population de plus de 60 millions d’habitants. Elle aura perdu 25.000 postes entre 2008 et 2015 et en aura transféré autant dans les services interarmées. Les économies budgétaires, déjà entreprises depuis quelques années, vont toucher les flux : fonctionnement, soutien et effectifs. « Ce sera très difficile et douloureux, car nous sommes arrivés à un plancher en termes de fonctionnement et d’activités et on devra saupoudrer (les économies) partout ». Faute de capacité logistique (stocks et disponibilité) suffisante, il n’est guère possible de tenir dans la durée les exigences du Livre blanc 2008 sur la défense et la sécurité nationale. Les troupes régulières doivent pouvoir participer à la reconstruction d’un pays… après une phase très dure de combats ! Les forces spéciales doivent alors être ramenées et utilisées en va-et-vient. Quoiqu’intégrant des éléments de la Marine et de l’armée de l’Air, celles-ci complètent les forces terrestres. Par ailleurs, les armes capables de détruire à distance ne suffisent pas pour gagner sur le terrain, souligne le général Ract-Madoux.

La coopération fonctionne bien avec les armées de Terre italienne, allemande et britannique. Des projets sont en cours avec la Grande-Bretagne, en vue de pouvoir engager une force terrestre de deux brigades sous un commandement commun. Les procédures opérationnelles et la langue de travail (l’anglais) sont les mêmes, quoique l’interconnexion des systèmes d’information présente encore des difficultés. Des équipements communs sont à l’étude : drones et canons de 40 mm pour les futurs véhicules blindés. Les drones tactiques correspondent en effet aux besoins des deux armées. Les SDTi (système de drone tactique intérimaire) français ont quitté l’Afghanistan début juillet, après un travail qualifié d’exceptionnel. Les images de certains engagements serviront à préparer les engagements futurs dans de bonnes conditions.

Les réserves devraient être appelées à jouer un rôle accru dans les deux armées. Elles totalisent 10.000 personnels pour une armée de 82.000 militaires d’active en Grande-Bretagne, contre 16.000 pour 100.000 hommes en France. Or, constate le général Racht-Madoux, les réservistes sont surtout des fonctionnaires, car les contreparties accordées aux entreprises ne suffisent pas à compenser leurs pertes occasionnées par les absences temporaires de leurs personnels partis en périodes. Beaucoup de réservistes du secteur privé ne peuvent donc en effectuer que pendant leurs vacances. Il faudrait une adaptation législative et un budget suffisant, alors qu’aujourd’hui il est inférieur à 50 M€ par an. De plus, les crédits des réserves sont rognés après chaque crise. Enfin, souligne le chef d’état-major de l’armée de Terre, « sans garantie de crédits, on ne peut faire de grands projets ».

Loïc Salmon

(1) Un groupement médico-chirurgical est opérationnel à la frontière jordano-syrienne depuis le 14 août.

Le général d’armée Bertrand Ract-Madoux est chef d’état-major de l’armée de Terre depuis le  1er septembre 2011. A sa sortie de l’Ecole spéciale militaire de Saint-Cyr en 1972, il choisit l’arme blindée et cavalerie. Breveté d’études militaires supérieures, il est auditeur du Centre des hautes études militaires et de l’Institut des hautes études de défense nationale. Il a notamment commandé le 1er Régiment de spahis (1995), le Bataillon N°2 de l’IFOR en ex-Yougoslavie (février-juin 1996) et la 2ème Brigade blindée (2002). Au cours de cette dernière affectation, il a assuré le commandement tactique  des forces françaises en Côte d’Ivoire (octobre 2003-février 2004) dans le cadre de l’opération Licorne. Enfin, il a été le « numéro deux » de la Direction générale de la sécurité extérieure (DGSE) pendant quatre ans (2007-2011). Titulaire de la croix de la Valeur militaire avec deux citations, le général Ract-Madoux est commandeur de la Légion d’Honneur et de l’Ordre national du Mérite. Bernard Fanucchi (à droite) est président de l’Association des journalistes de défense.




Blessés psychiques : agir vite, au plus près et de façon continue

Le soutien médical des blessés psychiques est assuré par le Service de santé des armées (SSA) et leur soutien psychologique par le commandement, qui adapte le dispositif au fur et à mesure de l’évolution du conflit. Tout combattant de l’armée de Terre effectue une préparation opérationnelle avant son départ en opération extérieure (Opex) et fait l’objet d’un suivi systématique à son retour.

La prise en compte des troubles psychiques a été présentée à la presse, le 7 juin 2012 à Paris, par des responsables de l’armée de Terre et du SSA.

Les troubles psychiques sont étudiés depuis la première guerre mondiale. Selon le SSA, chaque conflit engendre des perturbations psychiques propres. Le nombre de troubles constatés diminue dans les conflits de basse intensité, mais augmente au cours d’engagements lourds comme celui en Afghanistan. Les origines sont diverses : traumatismes crâniens (95 % des cas), dépression ou sentiment de la mort après un événement directement lié, comme celle d’un camarade. Ne sont évacués sur la métropole que les blessés psychiques « étiquetés » comme tels sur le terrain. Ils sont suivis dans le temps pour vérifier le diagnostic initial. Par ailleurs, certains événements graves peuvent susciter des crises d’angoisse ou des cauchemars trois mois après le retour en métropole. Le sentiment de honte n’existe pas chez un  soldat en temps de guerre, en raison du rapport direct avec la mort. Le commandement l’a intégré dans la préparation opérationnelle du combattant et le SSA ne le considère pas comme une pathologie.

L’envoi en Opex est précédé d’un contrôle d’aptitude médicale puis d’une préparation opérationnelle en garnison. Cette préparation porte sur : les actes réflexes ; le « savoir-être » ; les savoir-faire spécifiques à la mission ; la résistance physique et psychique ; l’aguerrissement physique et mental ; la connaissance des réactions au stress ; l’utilisation des techniques d’optimisation du potentiel. Ensuite, a lieu la mise en conditions spécifiques à la mission. Sur le théâtre d’opérations, chaque régiment dispose de son service de santé composé d’un médecin et d’un infirmier, renforcé par un dispositif de soutien psychologique, qui compte des « référents de section », un « officier  environnement humain » (OEH) et une « cellule d’intervention et de soutien psychologique de l’armée de terre » (CISPAT). Depuis le bombardement du camp de Bouaké par l’aviation ivoirienne le 6 novembre 2004 où neuf soldats français avaient été tués, un psychiatre est présent sur chaque théâtre d’opérations. Le référent de section est un militaire du rang ou un sous-officier expérimenté ayant la confiance de la section. Chargé d’identifier les réactions psychologiques et comportementales inadaptées, il alerte son chef le cas échéant. L’OEH a suivi un stage de cinq semaines, dont deux au sein du service psychiatrie d’un hôpital militaire. Il coordonne l’action des référents de section et des autres intervenants, pour détecter les situations à risques et le personnel vulnérable, et participe à la préparation au retour en métropole. Enfin, la CISPAT, composée d’officiers psychologues, assure le soutien d’urgence après un événement traumatisant au cours d’un engagement. Les médecins et infirmiers des forces, formés aux dépistages et prises en charge de troubles psychiques post-traumatiques, prodiguent des soins immédiatement et à proximité du lieu de l’événement. De son côté, le psychiatre de l’hôpital médicochirurgical de campagne intervient, en synergie avec le médecin d’unité et le « psychologue du théâtre » (conseiller du commandement sur les éventuelles mesures à prendre), pour déterminer si un patient a besoin de soins ambulatoires et/ou d’une hospitalisation et/ou d’une évacuation en métropole. Même s’ils n’ont apparemment pas ressenti de troubles psychologiques, tous les combattants envoyés en Afghanistan passent par un « sas de fin de mission », à savoir un court séjour à Chypre pour éviter un décalage trop brutal à leur arrivée en France. Outre une nécessaire période de détente, c’est l’occasion de procéder à des entretiens collectifs et individuels, de préparer le retour et de détecter les personnels susceptibles de recevoir un soutien psychologique adapté. Une fois réinstallés dans leur garnison d’origine, les militaires se remettent en conditions pendant plusieurs mois. Par ailleurs, chacun d’eux a un entretien avec le médecin de son unité, en vue de l’établissement d’une « fiche de suivi opérationnel » qui recense les événements graves auquel il a été confronté. Cette fiche sera complétée  tout au long de sa carrière. Le médecin dresse aussi un bilan médico-psychologique post mission et prescrit une visite systématique annuelle et, si nécessaire, un suivi psychologique ou psychiatrique.

Les familles des militaires jouent un rôle important, de même que les assistantes sociales et les aumôniers. Depuis mars 2011, la Direction des ressources humaines du ministère de la Défense assure un soutien psychologique aux familles des blessés psychiques. Pour l’ensemble des familles, elle propose deux séances de prévention et de sensibilisation : une avant l’envoi du militaire en Opex, pour apprendre à gérer son absence, et une un mois avant son retour pour se réadapter à la vie familiale et être capable de détecter des signes annonciateurs de troubles. En cas d’événement grave, un psychologue assure une intervention d’une journée auprès de la famille. A titre individuel, tout blessé psychique dispose d’un numéro de téléphone vert pour s’entretenir 7 jours sur 7 et 24 heures sur 24 avec un psychologue. Parfois, cette prise en charge à distance suffit. Mais, s’il l’estime nécessaire, le psychologue peut proposer des consultations individuelles ou familiales en cabinet. Selon le SSA, 340 personnes ont appelé, dont 134 ont été ensuite orientées vers un psychologue. Enfin, la prise en charge s’arrête à l’initiative du psychologue… ou à la demande de l’intéressé !

Loïc Salmon

Parmi les milliers de militaires envoyés en Afghanistan depuis dix ans, environ 400, dont une dizaine du Service de santé, sont considérés comme atteints de blessures psychiques et suivent un traitement. Certains ont été rapatriés sanitaires, notamment à l’hôpital d’instruction des armées Percy (photo). En fait, le suivi psychologique du soldat commence dès son recrutement. La réflexion sur son engagement porte sur : le service de la France ; l’accomplissement de la mission ; la maîtrise de sa force ; l’obéissance aux ordres ; la prise d’initiatives ; le professionnalisme ; les sentiments d’honneur, de franchise et de loyauté ; l’œuvre pour la cohésion et le dynamisme de son unité ; l’ouverture sur le monde et la société ; la fierté de son engagement. Ce métier, où chaque militaire expose sa vie, nécessite de solides aptitudes physiques, mentale et psychologique. La formation initiale de quatre mois est suivie d’une spécialisation pendant un an.




Afghanistan : retrait des troupes combattantes en bon ordre

La planification du retrait des forces françaises d’Afghanistan prévoit de laisser 1.500 personnels sur place fin 2012, ramenés à 700 en juillet 2013 puis à 400 au mois d’octobre suivant. Selon l’Etat-major des armées, les effectifs sont passés de 3.400 militaires en mai 2012 à 2.950 fin août, plus 150 gendarmes. Le dispositif de rapatriement prévoit plusieurs options. Le transport aérien direct dépend de la saison, car les avions gros porteurs Antonov peuvent embarquer 80-100 t en hiver, mais seulement 20-30t en été. La voie mixte prévoit des rotations aériennes vers un port du golfe Arabo-Persique, puis un acheminement par mer. Enfin, la voie routière vers le nord et vers le sud est envisagée. Une bonne organisation est indispensable pour anticiper les attaques éventuelles de talibans désireux de perturber l’opération. Le format du bataillon d’hélicoptères, chargés de l’appui aux forces françaises et afghanes et de la protection des unités, évolue. Entre janvier et fin août 2012, le bilan du rapatriement s’établit à 110 vols, plus de 350 matériels roulants, plus de 300 conteneurs et 3 navires civils affrétés. Au 1er janvier 2013, outre 50 gendarmes instructeurs des forces de sécurité afghanes, 1.500 militaires seront répartis entre  Douchanbé (détachement Air) et Kaboul. A partir de 2014, environ 400 militaires seront stationnés à Kaboul pour assurer, au sein de la Force internationale d’assistance à la sécurité, des fonctions de protection, d’état-major auprès des forces afghanes, de soutien santé et de formation dans le cadre de l’opération « Epidote ». Celle-ci, qui a concerné plus de 6.000 officiers afghans depuis 2004, consiste à leur donner des formations initiale, d’état-major et spécialisées (renseignement et administration).

L.S




L’AED : vision stratégique, recherche et technologie

L’Agence européenne de défense (AED) s’appuie sur la mutualisation et le partage des moyens et des responsabilités d’Etats membres pour promouvoir l’industrie de défense, source d’innovation, de croissance et d’emplois en Europe.

Son directeur exécutif, Claude-France Arnould, l’a expliqué le 12 juin 2012, à l’occasion du salon de l’armement terrestre « Eurosatory 2012 » tenu en région parisienne, et le 26 juin à Paris, devant la commission économie et défense de l’Association des auditeurs de l’Institut des hautes études de défense nationale.

Le déficit de défense de l’Union européenne est manifeste, comme l’a montré la tragédie des Balkans dans les années 1990 à laquelle elle n’a pu mettre un terme sans l’aide des Etats-Unis, qui assurent 80 % des capacités militaires de l’OTAN. Or, « si on n’est pas puissants, on ne peut défendre nos intérêts, même commerciaux ». Le déficit en matière de recherche et de technologie s’accroît entre les Etats-Unis et l’Union européenne. « La situation se dégrade de manière dramatique ». Les Etats membres de l’UE ne sont plus les principaux clients des Etats-Unis, qui s’engagent en Asie et estiment que celle-ci doit se protéger elle-même et devenir un pourvoyeur de sécurité.

L’Agence européenne de défense emploie 120 personnes et dispose d’un budget annuel de 31 M€, dont 9 M€ à titre « opérationnel » pour le financement des études et des démonstrateurs. Les projets font l’objet d’un tour de table en vue de rassembler les candidats ad hoc. L’AED est la seule agence du Conseil de l’Union européenne dont le comité directeur se réunit au niveau ministériel, donnant ainsi un élan politique fort à ses initiatives. Elle rassemble tout le développement capacitaire, de la recherche à l’industrie et au déploiement opérationnel. Sa souplesse de fonctionnement offre aux Etats membres la possibilité de participer ou non à un projet, dont elle sélectionne l’équipe parmi son réseau d’experts. Il y a 28 pays partenaires : les 27 de l’Union européenne moins le Danemark plus la Norvège et la Suisse. S’il y a convergence de plusieurs Etats membres sur un projet, l’AED peut le soutenir auprès de la Commission européenne, qui l’intègre au « paquet défense ». Elle entretient de bonnes relations avec le comité militaire de l’Union européenne sur la mutualisation et le partage des moyens militaires, mais pas les programmes d’entraînement spécifique. Enfin, selon son directeur exécutif, l’AED jouit d’une « certaine crédibilité au Pentagone » (quartier général du ministère américain de la Défense).

La recherche sur des projets à long terme (horizon 20-30 ans) nécessite des investissements qui garantissent aussi l’avenir du socle industriel et technologique de l’Europe, rappelle Claude-France Arnould. Plusieurs projets de ce genre ont déjà vu le jour : la fusée Ariane ; l’avion de transport tactique A 400M ; la frégate européenne multimissions (FREMM) ; l’hélicoptère NH90 ; le laboratoire contre les engins explosifs improvisés (voir rubrique archives 4-1-2012). Sont en cours : les programmes d’entraînement pour les hélicoptères et le transport aérien tactique ; les systèmes de commandement (lutte contre la piraterie maritime dans le golfe d’Aden) ; l’hôpital modulaire ; la surveillance maritime ; les services de communications par satellites commerciaux ; les futurs systèmes de combat terrestre ; l’avion multirôles de ravitaillement en vol et de transport (MRTT), « enjeu industriel européen ». La France, l’Allemagne et les Pays-Bas se sont engagés sur ce dernier projet en avril 2012. Dans les prochains mois, l’AED va lancer un programme d’investissements communs pour les drones, dans le cadre de la coopération européenne. Cela permettra aux Etats membres de mutualiser leurs ressources dans ce domaine, en vue du meilleur rapport qualité/prix et d’offrir des opportunités aux petites et moyennes entreprises.  Enfin, l’AED travaille à la standardisation des équipements, des certifications et des qualifications, en vue de réduire les délais, coûteux, et de créer une culture de l’interopérabilité européenne.

La Commission européenne sait que la croissance des budgets de défense des Etats membres est limitée et va dégager 3Md€ pour la recherche. « Il faut faire en sorte que les acteurs Défense en bénéficient », déclare Anne-Claude Arnould, qui ajoute que « l’on trouve toujours de l’argent pour faire quelque chose au niveau national ou bilatéral ». Par ailleurs, l’AED travaille de manière complémentaire avec l’OTAN : « quand il y a un intérêt majeur, on le fait avec l’OTAN, s’il s’agit d’un intérêt européen, on le fait entre industriels européens ». Contrairement à l’opinion répandue selon laquelle il est compliqué de travailler à 28 partenaires, Claude-France Arnould souligne qu’il est possible de travailler à deux sur des programmes, comme ce fut le cas pour la lutte contre les mines. « L’Agence européenne de défense est là pour soutenir des travaux à partir de deux Etats membres ».

Loïc Salmon

Claude-France Arnould est directeur exécutif de l’Agence Européenne de Défense (AED) depuis janvier 2011. Ancienne élève de l’Ecole normale supérieure et de l’Ecole nationale d’administration dont elle a été secrétaire générale de 1987 à 1989, elle est diplômée de l’Institut d’études politiques de Paris et titulaire de l’agrégation de lettres classiques et d’une licence d’art et d’archéologie. Entrée au ministère des Affaires étrangères en 1989, elle sert comme sous-directeur à la Direction économique puis à la Direction de la coopération européenne et enfin comme premier conseiller à l’ambassade de France en Allemagne (1994-1998). Par la suite, elle a été notamment directrice des affaires internationales et stratégiques au Secrétariat général de la défense nationale (1998-2001) et a été nommée à la tête de la Direction gestion des crises et planification au Conseil de l’Union européenne (2009-2010). Claude-France Arnould est officier de la Légion d’Honneur et de l’Ordre national du Mérite. La Commission économie et défense, présidée par l’amiral (2S) François Dupont (à droite), ancien directeur de l’Institut des hautes études de défense nationale (IHEDN), est une émanation de l’Association des auditeurs de l’IHEDN, qui regroupe les personnes ayant effectué une session nationale




La simulation pour recueillir les besoins des opérationnels

La simulation opérationnelle permet de préparer les missions des armées, de protéger les forces en intégrant les facteurs humains et même de les entraîner aux actions en zone urbaine. Cela coûte beaucoup moins cher que d’aller sur le terrain. La simulation a fait l’objet d’un séminaire organisé, les 12 et 13 juin 2012 en région parisienne, par le Commissariat général du salon d’armements terrestres Eurosatory 2012.

La préparation des missions est régulièrement mise à jour par le laboratoire technico-opérationnel (LTO), créé fin 2006 par l’Etat-major des armées et la Direction générale de l’armement. Selon l’ingénieur en chef de l’armement Eric Pédo, le LTO aide à la prise de décisions stratégiques, contribue au développement des capacités et intervient dans la préparation de l’avenir. Il immerge des personnels opérationnels dans des scénarios crédibles (environnement naturel, personnes et matériels), en vue d’expérimenter des organisations de commandement, processus opérationnels et systèmes d’armes. La simulation permet de tout modéliser. Les expérimentateurs jouent leur propre rôle dans l’organisation testée au niveau de réalisme juste nécessaire et en adéquation avec les scénarios et les éléments à observer. Par exemple, il est possible, dans un poste de commandement type, de restituer l’emploi des drones MALE (moyenne altitude longue endurance), le guidage avancé d’une unité au sol depuis l’hélicoptère de combat Tigre, le commandement de la défense antimissiles balistiques de théâtre et le combat interarmées. Les « joueurs » traitent, par ordinateur, les fonctions de pilotage de la plate-forme de combat (groupe de véhicules blindés), d’observation de l’environnement (simulateurs pilotés de Mirage 2000D et de Tigre), de mise en œuvre des armes (poste de tir) et enfin de commandement (liaison tactique 16) en disposant aussi d’informations par messagerie et phonie. Ainsi, l’environnement de la vallée de la Kapisa, où étaient déployées les troupes françaises en Afghanistan, a été reconstitué à partir des observations d’un drone, d’un hélicoptère Tigre en patrouille, de la boule optronique équipée de caméras et de capteurs laser d’un ballon captif et enfin du véhicule blindé de combat d’infanterie du chef de section. Enfin, le Centre de simulation pour la formation, l’entraînement et l’expérimentation de l’Ecole militaire à Paris pratique la simulation au niveau état-major interarmées de l’OTAN (voir rubrique « Archives » Coalition 2012 25-4-2012).

La protection des forces relève des programmes fédérés par l’Agence européenne de défense (AED). Celle-ci, dont le portefeuille de projets se monte à 170 M€, identifie les intérêts communs de pays membres en matière d’armements. Selon Jean Marchal, directeur de programme de recherche et de développement à l’AED, le programme d’investissements communs (2009-2013) dédié à la protection des forces porte sur les environnements asymétriques, les opérations militaires en milieu urbain, la préparation des  missions et l’entraînement. Les cinq projets « SIMS », « Cardinal », « Eusas », « Athena » et « Capricorn » seront, à terme, intégrés aux senseurs C3I (commandement, contrôle, communications et renseignement) des pays contributeurs. Par exemple, le projet « SIMS » (Smart Information for Mission Success) a pour but de démontrer la faisabilité, sur le plan du facteur humain, d’un support à l’utilisation d’informations du champ de bataille. Ce dernier doit être capable d’améliorer l’efficacité de la préparation de la mission, son exécution, son retour d’expérience et enfin l’entraînement associé. L’architecture de SIMS comprend des bases de données avec : des cellules de renseignement et de planification ; une visualisation de l’itinéraire (carte en trois dimensions) avec les points particuliers et les statistiques de niveau de risque ; l’exécution de la mission en temps réel par la collecte, l’envoi et la réception d’informations par les soldats présents sur le terrain ; son suivi par les systèmes d’information tactiques et de commandement. Il a été établi que les participants préfèrent recevoir des photos et des informations audio pour en extraire ce qui est nécessaire à une décision urgente, plutôt que des vidéos, plus contraignantes dans un contexte de stress opérationnel. Le retour d’expérience enrichit une base de données pour les missions suivantes. Autre exemple, le projet « Athena » prend en compte l’environnement humain local, très important dans un conflit asymétrique. Ainsi, le contexte de l’Afghanistan a été modélisé en priorité dans le cadre de l’opération psychologique « conquête des esprits et des cœurs ». Il fallait : rechercher les solutions les moins pénalisantes au niveau de l’impact sur les populations locale ; modéliser des comportements, car chaque ethnie a ses caractéristiques ; évaluer l’impact des dommages collatéraux sur les missions futures.

La simulation de combat en zone urbaine, désormais au cœur de la préparation opérationnelle des forces terrestres françaises, a aussi une finalité pédagogique d’entraînement. Le lieutenant-colonel Christian Le Meliner (Section technique de l’armée de Terre) a présenté le « SYstème pilote pour la siMUlation instrumentée du centre d’entraînement aux actions en Zone UrBaine » (Symulzub). Ce dernier, situé dans le camp de Sissonne (Aisne) dispose de zones urbaines aménagées ou spécifiques, d’une équipe d’experts du combat interarmes, d’une force adverse et d’outils de simulation, afin d’entraîner les capitaines commandant un sous-groupement tactique interarmes (SGTIA). Les hommes, matériels, armements et environnement sont réels, sauf les munitions et leurs effets. Les simulateurs de tir de combat (STC), liés au système d’armes, reproduisent les tirs directs dans des conditions identiques au tir de munitions réelles. Les impacts sont établis par des effets visuels et/ou sonores en cas de destruction de bâtiments, sans oublier les effets des mines, explosifs et pièges. Grâce à l’interopérabilité des STC et du Symulzub, tous les événements de terrain sont récupérés pour analyse, exploitation, pilotage d’exercice et suivi d’actions tactiques à des fins pédagogiques. L’instruction initiale est suivie d’un entraînement au tir numérisé dans les unités. En raison de la complexité du combat en zone urbaine, un centre d’entraînement, capable de mettre en œuvre toutes les situations tactiques dans une ville de 5.000 habitants, est en construction à Joffrecourt avec cinq sites : un centre administratif de zone moderne (prêt janvier 2012) ; une barre d’immeubles (septembre 2012) ; une rue commerçante dans un centre historique (mai 2013) ; un centre commercial de centre ville (janvier 2014) ; un pont sur un canal (octobre 2014). Ce centre permettra d’entraîner un SGTIA complet, à savoir une compagnie d’infanterie mécanisée renforcée par un peloton de chars, une section du génie, des maîtres-chiens et des patrouilles d’hélicoptères et d’avions de chasse. Cela nécessitera … 200 acteurs !

Loïc Salmon




Médias sociaux : tout n’est pas bon à dire en opérations

En juin 2012, le ministère de la Défense a diffusé à 300.000 exemplaires un « Guide du bon usage des média sociaux », destiné à sensibiliser les militaires en opérations susceptibles de divulguer par inadvertance des informations mettant en péril leur sécurité et l’activité opérationnelle elle-même.

Sont notamment concernés : les noms et lieux, la géolocalisation (souvent automatique) par tablette ou téléphone portable, les photos, vidéos et paramètres de sécurité à vérifier avant publication. Devant l’impossibilité d’interdire les diffusions de messages en raison du progrès fulgurant des technologies, le ministère a choisi de responsabiliser, d’encourager et d’accompagner ses personnels dans le respect du secret professionnel et le devoir de réserve, en s’inspirant des exemples américain (trois guides) et britannique (un guide et des vidéos). Actuellement, 77 % des Français sont membres d’un réseau social, dont « Facebook », « copaind’avant.com », « Twitter » et « YouTube ». A lui seul, Facebook (800 millions d’utilisateurs dans le monde) regroupe 76 % des jeunes Français de 18-24 ans… tranche d’âge des soldats ! Le guide insiste sur la vigilance en opérations : « Dans les conflits modernes, nos « ennemis » scannent régulièrement le web (réseaux sociaux, blogs, forums, sites personnels), à la recherche d’informations sensibles et pour détecter nos vulnérabilités ». Il énumère une liste de recommandations à suivre avant de diffuser une information d’ordre opérationnelle, y compris à sa propre famille. Les chefs militaires et civils sont aussi concernés. En effet, en s’exprimant dans les médias sociaux au nom du ministère de la Défense, ils en sont les « ambassadeurs » et les « garants de son image ».

L.S.




Sûreté : élément stratégique des entreprises internationales

Les entreprises internationales se trouvent aujourd’hui confrontées aux mêmes risques qu’un pays : leurs personnels et leurs biens peuvent être des victimes collatérales ou des cibles pour des actions hostiles ou même violentes. La sûreté (protection contre la malveillance) est devenue un facteur essentiel à la poursuite de leurs activités.

L’Association des auditeurs jeunes de l’Institut des hautes études de défense nationale a organisé, le 20 juin 2012 pà Paris, une table ronde sur ce sujet qui a réuni des intervenants de l’EDHEC Business School, du groupe Lafarge, de DHL et de Subsea7 (voir encadré). Avant d’exercer leur fonction actuelle, ces trois responsables « sûreté » ont effectué une carrière militaire courte dans les forces spéciales, la gendarmerie ou la Direction générale de la sécurité extérieure.

L’entreprise est ciblée pour ce qu’elle est, ce qu’elle a et ce qu’elle fait. Selon Bertrand Monnet (EDHEC), les acteurs permanents incluent les organisations terroristes et les guérillas, qui agissent pour des motifs idéologiques, et les mafias et les gangs pour des raisons simplement économiques. S’y ajoutent des acteurs ponctuels comme d’autres entreprises, des agents publics d’un Etat, des groupes de la société civile et même des employés de l’entreprise en question. Les actions hostiles vont de la destruction (attentat, enlèvement et assassinat) au parasitisme (blanchiment d’argent et trafics), en passant par la prédation (vol, fraude, extorsion, enlèvement contre rançon et piraterie maritime) et la concurrence (contrebande, contrefaçon, prises de contrôle de l’entreprise et du marché). Ces actions  utilisent internet, qui irrigue toute activité économique, et contraignent l’entreprise à pratiquer la défense de ses réseaux informatiques, contre les « pirates » qui vont tenter de les détruire… par jeu !

Les risques font l’objet d’une évaluation périodique selon les pays ou même par ville et par zone. Ainsi, chez Lafarge, le personnel est à peu près réparti entre les pays développés et ceux des marchés émergents. Cela correspond, chaque année, à 15.000 déplacements professionnels dans le monde, 260 familles expatriées, 250 personnes en missions de courte durée, 15 pays à risques élevés et 12 à risques moyens. Les risques sont classés par niveaux croissants : insignifiant (catastrophes naturelles), faible (terrorisme et instabilité sociale), moyen (crime organisé, criminalité courante, instabilité politique et menace sanitaire). Les niveaux « élevé » et « très élevé », qui cumulent plusieurs de ces critères, concernent notamment l’Algérie, le Nigéria, l’Irak, la Russie, l’Egypte, l’Indonésie et le Honduras. Chez DHL, 3.500 personnes sont en voyage d’affaires chaque jour, surtout dans des pays à risques. Parmi ces derniers figurent : le terrorisme (Afrique du Nord, Irak, Afghanistan, Pakistan, Inde, Russie et Philippines) ; les enlèvements et meurtres (Mexique, autres pays d’Amérique centrale et Venezuela) ; enlèvements contre rançon (Argentine, Brésil, Nigeria et Philippines) ; les attaques à main armée (Papouasie-Nouvelle Guinée) ; l’instabilité sociale (Afrique du Nord, Côte d’Ivoire, Bahreïn et Thaïlande). Par ailleurs, DHL, partenaire de l’ONU pour la remise en état des pays affectés par des catastrophes naturelles, les prend aussi en compte (Pakistan et Japon). Selon une enquête interne auprès de ses cadres supérieurs, la réputation de l’entreprise, et donc la confiance qu’elle inspire, est la plus exposée parmi treize types de risques répertoriés, surtout depuis cinq ans. En outre, la plupart des gens interrogés ignorent ces risques et même s’ils les connaissent, pensent que rien ne peut leur arriver ! Or, ces risques sont multiples, imprévisibles quant au lieu et mode d’action et susceptibles de dégénérer en actions violentes. Ils ont, parfois, des conséquences psychologiques qui se manifestent plusieurs mois après l’événement et affectent indirectement la famille et l’entreprise de la victime. Des accidents peuvent entraîner des poursuites juridiques contre l’entreprise pour préjudices physiques et moraux, avec des impacts directs sur ses finances, son organisation et le renforcement de ses mesures de sûreté. De son côté, Subsea7 peut faire l’objet d’attaques informatiques par des organisations écologistes, en raison de ses prestations de services à de grandes compagnies pétrolières. Or, une seule journée de retard d’un navire-citerne, immobilisé par défaut de chargement à une plate-forme en mer, coûte environ 300.000 $ !

Les mesures de protection de l’entreprise passent par la prévention pour éviter qu’une malveillance se produise. Le service « sûreté » de Lafarge, créé en 2008, est chargé de protéger son personnel, ses biens, ses informations sensibles et son image, mais aussi de soutenir son développement international. Dès l’année suivante, il a élaboré un plan de gestion de crise et de continuité des activités, une procédure d’adjudication des contrats aux sociétés de gardiennage, des règles d’utilisation des armes, des outils de notifications des incidents, une procédure sûreté pour les déplacements professionnels, une procédure de préparation à l’expatriation et un enseignement en ligne (e-learning) pour les déplacements professionnels. De son côté, DHL insiste sur la rapidité de la communication en cas de crise, qui repose sur trois piliers : la prise de conscience de la gravité d’une situation ; l’engagement à y remédier en expliquant comment ; faire comprendre que la situation est maîtrisée et que l’entreprise travaille avec toutes les autorités compétentes. Quelque 350 responsables de la sûreté reçoivent des renseignements d’environ 1.000 personnes sur le terrain. Pour Subsea7, le service « sûreté » doit garder son indépendance (canaux d’information par les voies hiérarchique et fonctionnelle), disposer d’une relation directe avec la haute direction de l’entreprise (implication dans tous les projets et installations) et maintenir des liens sûrs sur le terrain. Par ailleurs, Subsea7 a créé un partenariat avec le Direction centrale de sécurité intérieure. Aujourd’hui, toutes les entreprises sont tenues de protéger leurs employés. Mais, les gens qui travaillent pour de grands groupes internationaux dans des pays à risques perdent toute notion de risque. La sensibilisation constante du personnel s’avère donc nécessaire. Enfin, les expatriations dans le pays à risques ne doivent pas durer trop longtemps, pour éviter l’accoutumance et la perte de vigilance qui en résulte.

Loïc Salmon

La table ronde a réuni : Bertrand Monnet, professeur à l’EDHEC Business School et titulaire de la chaire « Management des risques criminels » ; Jean-Claude Veillard, directeur « sûreté » du groupe Lafarge (matériaux de construction, présent dans 64 pays) ; Léon Jankowski, vice-président de DHL (transport et logistique, présent dans 225 pays et territoires) et directeur chargé de la sûreté et de la gestion de crise ; Nicolas Krmic, directeur « sûreté » de Subsea7 (ingénierie, construction des systèmes fond-surface et services associés pour l’industrie pétrolière en mer).