L’École militaire, une histoire illustrée

Ce monument parisien du « Siècle des lumières », où se développent l’action et la réflexion militaires,  a connu une histoire mouvementée, indissociable de celle du Champ-de-Mars qui la jouxte.

Tout commence en 1750, quand le « contrôleur de l’extraordinaire des guerres » Pâris-Duverney soumet à Louis XV un mémoire sur l’utilité d’un collège académique pour la formation des jeunes officiers. Il bénéficie de l’appui de la favorite du Roi, la marquise de Pompadour, qui souhaite un projet architectural supérieur à l’Hôtel des Invalides dont Louis XIV décida la construction en 1671. L’édit royal de 1751 concerne la création de l’École militaire, qui sera achevée en 1785 sous la direction des architectes Gabriel (celui des Hôtels de la Place de la Concorde) et Brongniart (celui du Palais de la Bourse et du Cimetière du Père-Lachaise à Paris). La marquise, qui y contribuera avec ses deniers personnels, y est immortalisée sous la forme d’une jeune femme symbolisant la « Vigilance », en support de la grande horloge de la cour d’honneur. L’édit précise que l’École est destinée  à « cinq cents jeunes gentilshommes nés sans biens, dans le choix desquels nous préférerons ceux qui, en perdant leur père à la guerre, sont devenus les enfants de l’État ». L’enseignement porte sur la géographie, le génie, l’équitation, l’artillerie, le maniement des armes (fusil et baïonnette) et l’escrime. Les élèves travaillent beaucoup et sous une discipline sévère, mais sont « servis magnifiquement », comme le note Bonaparte qui y séjourne d’avril 1779 à septembre 1784. Le Champ-de-Mars, vaste terrain d’exercice entre l’École et la Seine, sera le théâtre d’événements marquants dont notamment : la fête de la Fédération le 14 juillet 1790, dont la commémoration est devenue nationale en 1880 et non pas en référence à la prise de la Bastille en 1789 ; la remise des emblèmes (drapeaux, étendards et guidons) à toutes les unités militaires par Napoléon le 5 décembre 1804 ; la fête du mariage de Napoléon et de Marie-Louise le 24 juin 1810 ; la prise d’armes du 24 août 1855, où les officiers de Saint-Cyr arborent le « casoar » (plumet rouge et  blanc) en l’honneur de Victoria, Reine d’Angleterre. L’École militaire aura été  fermée à plusieurs reprises et transformée en caserne par intermittence jusqu’en 1945. Le capitaine Dreyfus y a été dégradé en janvier 1895, puis fait chevalier de la Légion d’Honneur en juillet 1906 après sa réhabilitation. Le bâtiment retrouve sa vocation première et deviendra « l’école des généraux », avec l’arrivée de l’École supérieure de guerre (ESG) en 1882, puis du Centre des hautes études militaires en 1911. Le lieutenant-colonel Foch, professeur à l’ESG de 1895 à 1901, y théorise ses principes de la guerre : économie des forces, liberté d’action et concentration des efforts. Il précise : « La réalité du champ de bataille est qu’on n’y étudie pas ; simplement on fait ce que l’on peut pour appliquer ce que l’on sait. Dès lors, pour pouvoir un peu, il faut savoir beaucoup et bien ». Sorti de l’ESG en 1924, le capitaine De Gaulle est convié par le maréchal Pétain à prononcer trois conférences devant les stagiaires et une grande partie de l’état-major général en avril 1927. Intitulées « L’action de guerre et le chef », « Du caractère » et « Du prestige », elles seront réécrites et complétées dans l’ouvrage « Le fil de l’épée » publié en 1932. Aujourd’hui,  l’École militaire accueille des officiers chercheurs… de plus de 80 pays !

Loïc Salmon

Enseignement militaire supérieur : former les chefs d’aujourd’hui et de demain

Les généraux français de la Grande Guerre

Les généraux français de 1940

« L’École militaire, une histoire illustrée » par Christian benoît. Éditions Pierre de Taillac, 128 pages, 150 illustrations, 14,90 €




Soldats de Napoléon

Malgré ses dysfonctionnements, la Grande Armée a connu peu de réfractaires et de désertions, grâce à la solidarité de village de ses soldats et la discipline militaire.

Abondamment illustré, ce livre la fait revivre à travers des extraits de lettres de grognards, écrites à leur famille lors de haltes et…guère soumises à la censure ! Dans la Grande Armée, héritière des armées révolutionnaires, le métier des armes repose sur l’honneur et l’excellence de ses membres. La conscription de 1798 concerne tous les Français de 20 à 25 ans, car les volontaires de l’an II ne suffisent plus. Ils seront plus de 2 millions sous les drapeaux d’avril 1792 à juin 1815. L’embrigadement de jeunes hommes du même village garantit en effet la cohérence de la troupe. L’infanterie de la Garde Impériale, créée en 1800 et réorganisée en 1804, constitue la réserve d’élite, composée de sous-officiers et de soldats s’étant distingués sur les plans moral et militaire et ayant participé à au moins deux campagnes. L’aigle, symbole de la victoire au combat, devient l’emblème de l’Empire en 1804 et orne drapeaux, étendards, shakos, gibernes et sabretaches. Malgré une solde irrégulière et le coût élevé de la vie, le statut d’officier est attractif et magnifié par le régime impérial. A partir de 1811, les officiers révolutionnaires, qui avaient appris leur métier sur le tas, sont surtout remplacés par des jeunes gens issus des écoles militaires. Mais le sentiment patriotique et politique du soldat révolutionnaire perdure chez le soldat impérial. En outre, l’Empereur exerce une réelle fascination sur lui. Voir physiquement Napoléon exerce un impact moral immense sur le soldat. L’aura des chefs importe beaucoup, car combattre sous leurs ordres c’est partager leur gloire. La motivation se trouve renforcée par l’espoir de promotion et surtout les récompenses pour intelligence, bonne conduite, bravoure et zèle. Créée en 1802, la Légion d’Honneur est attribuée pour services rendus dans des fonctions législatives, diplomatiques, judiciaires, scientifiques, militaires ou administratives. Toutefois, Napoléon ne l’accordera jamais aux comédiens, qui risquent d’être sifflés par le public, ni aux agents de renseignement, qui peuvent trahir, ni aux financiers qui peuvent être véreux, précise Jérôme Groyet. Malgré sa violence, la guerre est considérée comme une succession d’opérations militaires, où les combattants respectent une forme de code d’honneur. Ce n’est pas le cas avec les guérilleros espagnols. De 1800 à 1815, le nombre de soldats décédés au combat ou des suites de leurs blessures est estimé à 427.000, auxquels s’ajoutent les 550.000 morts de maladie et prisonniers jamais rentrés en France. Malgré le dévouement des médecins et infirmiers, les blessés manquent souvent de soins et les plus gravement atteints sont abandonnés sur le champ de bataille. Mais l’État paie la dot des filles pauvres qui épousent des anciens combattants. Après 1815, les soldats sont licenciés et les officiers mis en demi-solde, soit environ 1,5 million d’hommes. Les soldats, issus du monde rural y retournent. Les sous-officiers et officiers subalternes parviennent à se reconvertir dans la fonction publique, mais au prix d’un déclassement. Il faudra attendre la Monarchie de Juillet (1830-1848) pour que les combattants de l’épopée impériale passent du rejet social à la considération. Enfin, la Grande Armée a réalisé le rêve républicain…où la valeur et l’excellence l’emportent sur la naissance !

Loïc Salmon

Des Aigles et des Hommes : sur les traces de la Grande Armée

Exposition « Napoléon et l’Europe » aux Invalides

« Soldats de Napoléon» par Jérôme Groyet. Éditions Gaussen, 144 pages, 29 €




Cyberespace : enjeux géopolitiques

Cet ouvrage rédigé par des chercheurs universitaires et agrémenté d’un très utile lexique, fait le tour des questions (17 répertoriées !) que suscite le cyberspace. Ce terme englobe internet (plus de 40.000 réseaux autonomes) et son extension, à savoir un espace intangible où des citoyens de tous pays échangent des messages à une vitesse instantanée, qui abolit les notions de distance et de territoire. La géopolitique étudie les rivalités de pouvoir et d’influence sur un territoire à différents niveaux d’analyse, rappelle Frédérick Douzet. Parmi les divers thèmes abordés, figurent notamment le cyberterrorisme et les conceptions américaine, russe et chinoise du cyberespace. Pour Olivier Kempf, le terrorisme, difficilement identifiable en général, l’est encore plus dans le cyberespace. Les réseaux terroristes l’utilisent pour sa capacité subversive qui démultiplie leur influence, la transmission secrète de données (fabrication de bombes), son accès facile à des caractéristiques techniques de cibles éventuelles, son ingénierie sociale pour identifier les habitudes de victimes potentielles et la mise en place de recrutement. Parallèlement, de plus en plus d’actions terroristes sont dues à des « loups solitaires », individus qui se sont auto-endoctrinés par internet : attentats locaux et filières d’étrangers venant participer au « djihad » en Syrie. Après les attentats d’Al Qaïda du 11 septembre 2001 sur leur sol et leurs guerres en Afghanistan et en Irak, les États-Unis ont pris conscience de la « dyssymétrie » de la terreur, qui les touche, et ont modifié leur stratégie en conséquence. Face à une intervention militaire qui se conclut par une guerre au sein de populations et désormais impossible à gagner, ils préfèrent l’action indirecte appuyée par les drones, les forces spéciales et… le cyberespace ! Par ailleurs, la Russie, leur principal adversaire de la guerre froide (1947-1991), compte 50 millions d’internautes et dispose d’un des réseaux les plus rapides du monde : son moteur de recherche Yandex est plus utilisé que l’américain Google ! Internet et les réseaux sociaux sont considérés comme de simples médias sur lesquels l’État a un droit de régulation, au nom de la souveraineté… que la notion de cyberespace tend à effacer, explique Kevin Limonier. « Runet », segment russophone d’internet, repose sur une communauté de langue (la 2ème après l’anglais et à égalité avec le français), de pratiques et de valeurs, dont le marché reste difficilement pénétrable par des entreprises occidentales comme Amazon. En outre, Moscou utilise Runet pour maintenir son influence sur les anciennes républiques soviétiques et les pays de la mouvance de l’ex-URSS. Mais en Russie même, la sourde contestation du pouvoir s’est structurée sur les blogs et les réseaux sociaux. Enfin, face à la supériorité militaire américaine, la Chine exploite toutes les ressources du cyberespace pour moderniser ses forces armées par le recueil de l’information de haut niveau scientifique, technologique, politique et stratégique (veille, renseignement, intrusions et espionnage), souligne Frédérick Douzet. Elle s’affirme au niveau international par son lobbying sur la gouvernance d’internet, sa tentative d’autonomisation du réseau, le renforcement de sa zone d’influence et ses démonstrations de force. Elle a mis sur pied une « armée bleue » d’experts informatiques pour affronter les puissances étrangères. Mais les États-Unis conservent une longueur d’avance… d’après les révélations sur les programmes de la NASA !

Loïc Salmon

Cyberspace : de la tension à la confrontation ou à la coopération

Moyen-Orient : le « cyber », arme des États et d’autres entités

La géographie, ça sert, d’abord, à faire la guerre

« Cyberespace : enjeux géopolitiques », ouvrage collectif. Revue Hérodote N°152-153, 320 pages, 25 €




La géographie, ça sert, d’abord, à faire la guerre

La géographie, représentation du monde, est aussi un savoir et un raisonnement pour penser les complexités de l’espace terrestre. La géopolitique porte sur les rivalités de pouvoir sur un territoire donné.

Ce credo du professeur Yves Lacoste l’a conduit à concevoir la géographie autrement, en intégrant les pouvoirs, acceptés ou combattus, des populations en raison de l’histoire qu’elles se racontent, des représentations d’un passé plus ou moins lointain et d’un passé plus ou moins proche. La guerre géographique, avec des méthodes différentes selon les contrées, peut être mise en œuvre dans tous les pays. Elle a été notamment appliquée pendant la guerre du Viêt Nam, surtout en 1972, selon un plan américain de destruction systématique des digues de protection des plaines, très peuplées, du Nord. Des frappes précises, avant un cyclone, auraient provoqué des fissures, puis des inondations…qui auraient paru naturelles ! Yves Lacoste, sur place à l’époque, l’a démontré, carte à l’appui, dans un article publié dans le quotidien Le Monde. Le retentissement international fut tel que les bombardements des digues furent interrompus. En 1976, le professeur écrit un petit livre intitulé « La géographie, ça sert, d’abord, à faire la guerre », qui sera réédité avec des ajouts en 2012. Il y explique que cette discipline permet de mener des opérations militaires et d’organiser des territoires, en prévision de futurs combats et du contrôle des populations par l’appareil d’État. Par ailleurs, la recherche en géographie appliquée s’est développée aux États-Unis avec des moyens considérables, publics et privés, dans le prolongement des études de marché des économistes. Les grandes entreprises et les banques ont pu ainsi décider la localisation de leurs investissements sur les plans régional, national ou international. En outre, cet outil est devenu indispensable pour des interventions militaires rapides dans les lieux les plus divers, par suite de l’expansion mondiale des intérêts américains. L’URSS d’abord et la Chine ensuite ont suivi l’exemple des États-Unis. Les monographies régionales du tiers monde, réalisées par des géographes, anthropologues et sociologues, présentent un grand intérêt pour les services de renseignement, qui les mettent à jour méthodiquement. Les recherches théoriques ont rendu possible la mise au point de techniques de cartographie automatique : l’ordinateur établit instantanément des cartes de tous les mouvements détectés par des capteurs électroniques. Ainsi, la vallée de Jérusalem se trouve sous la surveillance d’un système américain aux dimensions planétaires, pour la protéger d’éventuels tirs de fusées iraniennes à longue portée. Le développement de l’infographie a permis la publication, dans la presse, de cartes détaillées avec des légendes très documentées. En 1976 également, Yves Lacoste crée la revue Hérodote, du nom de l’historien grec (484-420 avant JC) qui a analysé les guerres médiques. Cette revue, dont 151 exemplaires ont été publiés entre 1976 et 2013, rencontre un grand succès dans les milieux diplomatiques étrangers et a valu à son fondateur le prix international « Vautrin Lud », une sorte de prix Nobel de la géographie, en 2000 au Festival de Saint-Dié. Le professeur Lacoste place Hérodote en tête de tous les géographes et historiens car, selon lui, le véritable raisonnement géographique est indissociable du raisonnement historique.

Loïc Salmon

Guerre de l’information et information de guerre

Le cyberespace : enjeux géopolitiques

Prix Brienne du livre géopolitique 2014

« La géographie, ça sert, d’abord, à faire la guerre » par Yves Lacoste. Éditions La Découverte/Poche, 250 pages, 11 €.

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L’océan Arctique : atouts économiques, guerre froide larvée

L’océan Arctique, aux perspectives énergétiques et commerciales prometteuses, intéresse de nombreux pays. Les États riverains, surtout la Russie et les États-Unis, entendent y préserver leur souveraineté mais sans aller jusqu’à la confrontation.

Ce thème a fait l’objet d’une conférence-débat, organisée le 2 octobre 2014 à Paris, par l’Association nationale des auditeurs jeunes de l’Institut des hautes études de défense nationale. Y ont participé :  Laurent Mayet, conseiller spécial de Michel Rocard, ambassadeur de France chargé de la négociation internationale pour les pôles arctique et antarctique ; Mika Mered, président et directeur de recherches chez Polarisk Group et co-fondateur du Cluster polaire français ; Alexandre Taithe, chargé de recherche à la Fondation pour la recherche stratégique.

Routes commerciales. Le réchauffement climatique fait varier la surface minimale de la banquise : 4,17 Mkm2 en septembre 2007 ; 3,41 Mkm2 en septembre 2012 ; 5,02 Mkm2 en septembre 2014, indique Alexandre Taithe. En outre, l’épaisseur de la glace  en période estivale, divisée par deux entre 2003 et 2011, a entraîné des modifications de la circulation atmosphérique et des courants océaniques dans l’hémisphère Nord et une libération rapide des matières polluantes accumulées depuis des décennies. Toutefois, la navigation par les passages du Nord-Est et du Nord-Ouest de l’océan Arctique, déjà possible de 30 à 60 jours/an, devrait l’être pendant 4 mois en 2035. Ainsi, la liaison entre les ports de Rotterdam et Yokohama (Japon), distants de 23.470 km par le canal de Panama et de 21.170 km par celui de Suez et le détroit de Malacca, est réduite à 13.950 km par le Nord-Ouest et 13.360 km par le Nord-Est. De même, la liaison entre Marseille et Yokohama, distants de 24.030 km par Panama et 17.800 km par Suez et Malacca, passe à 16.720 km par le Nord-Ouest et 17.954 km par le Nord-Est. Cependant, l’environnement naturel de ces routes demeure incertain : orages polaires, hautes vagues, présence de blocs de glace même sur une route maritime ouverte et amoncellement de glaces dérivantes. L’ouverture des routes, qui varie d’une année à l’autre, rend difficile la livraison des marchandises à temps. L’exploitation  des navires de commerce coûtera plus cher, en raison du renforcement de leur coque pour la navigation dans les glaces, l’augmentation des primes d’assurance, la protection des marchandises et la formation spécifique des équipages. Pourtant, l’avenir s’annonce radieux, estime Mika Mered. Le nombre de transits par le Nord-Est, de 4 en 2010 et 71 en 2013, devrait dépasser 2.000 en 2035 avec le développement d’une trentaine de ports, dont certains datent de l’époque soviétique. Par exemple, la liaison arctique entre Rotterdam et le port sud-coréen de Busan sera réduite de 40 % en distance et de 30 % en temps et permettra une économie de 500.000 $ à 1 M$, sous réserve de la sécurité du trajet.

Ressources énergétiques. Dans le domaine énergétique, la dépendance de l’étranger est de 30 % pour le Groenland, de 1 % pour l’Islande et de 0 % pour la Norvège, la Russie, l’Alaska et le Canada. Les réserves en gaz et pétrole de l’Arctique sont estimées à environ 412 milliards de barils équivalents pétrole. La mer de Kara, en bordure de cet océan, contiendrait des réserves de pétrole de bonne qualité aussi importantes que celles de l’Arabie Saoudite. Les risques de marée noire dans l’exploitation en offshore profond (photo) sont pris en compte par la Russie et l’Allemagne, qui étudient un contrôle par le déversement de bactéries capables de phagocyter les hydrocarbures. A la suite des sanctions contre la Russie sur la question ukrainienne, la compagnie américaine Exxon Mobil a dénoncé son contrat avec son homologue russe Rosneft, qui s’est alors adressé à PetroVietnam. Situé dans l’estuaire de l’Ob, le projet Yamal LNG d’exploitation du gaz liquéfié porte sur le forage de plus de 200 puits, 3 trains de méthaniers d’une capacité annuelle de 16,5 Mt et la mise en service de 16 méthaniers brise-glace de 170.000 m3. Le capital de Yamal LNG se répartit entre les entreprises russe Novatek (60 %), chinoise China National Petroleum (20 %) et française Total (20 %). Enfin, des gisements d’uranium sont exploités dans les zones économiques exclusives de Russie et du Canada, où la compagnie française Areva est très présente. En revanche, depuis 25 ans, le Groenland interdit l’exploitation de ses réserves d’uranium estimées à 600.000 t.

Gouvernance. L’Allemagne et la France veulent une gouvernance en matière de navigation commerciale et de ressources minérales et énergétiques, selon Laurent Mayet. Par ailleurs, seules les armées ont les moyens matériels d’affirmer leur présence dans l’océan Arctique, où patrouillent des sous-marins nucléaires lanceurs d’engins (SNLE) russes, américains, français et britanniques. De plus, la dimension OTAN réapparaît avec le durcissement de la crise en Ukraine qui rappelle l’ambiance de la guerre froide. Par ailleurs, la situation est déjà compliquée entre la Russie et la Norvège, membre de l’OTAN dont le nouveau secrétaire général, Jens Stoltenberg, est un ancien Premier ministre norvégien. En 2011, souligne Mika Mered, le président russe Vladimir Poutine a annoncé son intention de rouvrir les anciennes bases soviétiques de la zone arctique en 2015, d’y accroître la présence des forces aériennes, terrestres et navales en 2017 et de doter la Marine russe de trois nouveaux SNLE. Entre 2015 et 2035, les investissements militaires dans la zone arctique devraient atteindre 60 Md$ pour l’OTAN et 350 Md$ pour la Russie. De son côté, la Chine redoute une tension militaire dans la région et y manifeste sa présence. Elle y envoie des navires de recherches scientifiques, qui n’échangent jamais leurs résultats avec ceux des autres délégations présentes sur zone, indique Alexandre Taithe. Soucieuse de maintenir son monopole sur les « terres rares » utilisées notamment dans l’industrie électronique, elle suit de près la réglementation maritime et la gestion des ressources, dont 95 % des réserves se trouvent dans les zones exclusives des États riverains.

Loïc Salmon

L’océan Arctique : nouveaux enjeux stratégiques

OTAN : réaffirmation des défense collective, gestion des crises et sécurité coopérative

Le Conseil de l’Arctique,  forum intergouvernemental sans pouvoir juridique contraignant, promeut le développement durable dans la région en matières sociale, économique et environnementale. Les États riverains en sont membres : Canada ; Danemark qui représente également le Groenland (autonomie renforcée depuis 2009) et les îles Féroé (province autonome depuis 1948) ; États-Unis ; Finlande ; Islande ; Norvège ; Suède ; Russie. De plus, six associations autonomes ont le statut de participants permanents. Divers pays et entités ont le statut d’observateur : Allemagne ; Chine ; Corée du Sud ; Espagne ; France ; Grande-Bretagne ; Inde ; Italie ; Japon ; Pays-Bas ; Pologne ; Singapour ; Commission européenne ; Fédération internationale des sociétés de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge ; Fond mondial pour la nature (WWF) ; organisations interparlementaires et intergouvernementales. Enfin, le Canada assure la présidence tournante du Conseil de l’Arctique de 2013 à 2015.




Le « Bleuet de France » fête ses 80 ans

A l’occasion de son 80ème anniversaire, le « Bleuet de France », symbole de de la mémoire combattante, a été redessiné en 2014 et un timbre lui est consacré (photo). Il correspond au coquelicot britannique porté à la boutonnière. Présenté le 28 octobre à Creuzier-le-Neuf (Allier) par Kader Arif, secrétaire d’État auprès du ministre de la Défense chargé des Anciens Combattants et de la Mémoire, il n’est désormais plus fabriqué en Chine, mais en France dans les établissements réservés aux personnes handicapées. A l’occasion du 11 novembre, 300.000 bleuets ont été fabriqués par 350 personnes réparties dans 4 établissements. Le « Bleuet » est aussi une œuvre caritative destinée aux milliers de ressortissants de l’Office national des anciens combattants et victimes de guerre. Les fonds, collectés entre le 2 et le 11 novembre, contribuent au maintien à domicile des anciens combattants et de leurs veuves, au financement des études des pupilles de la nation, au soutien des militaires gravement blessés en opérations extérieures et à l’accompagnement des familles de ceux morts pour la France. La campagne de 2013 a permis de récolter 1,12 M€ pour 13.205 bénéficiaires. Une partie de cette somme a été ainsi répartie : 161.849 € pour les ressortissants les plus nécessiteux ; 127.339 € en aides aux pupilles de la nation pour leurs études supérieures et leur vie quotidienne ; 101.962 €  pour les blessés en opérations, notamment pour l’acquisition de prothèses bioniques et la participation aux 2èmes « Rencontres militaires blessures et sport » ; 42.677 € pour le maintien à domicile des ressortissants les plus âgés en situation de dépendance ; 12.817 € pour l’amélioration des conditions de séjour dans les maisons de retraite labellisées « Bleuet de France ».

Loïc Salmon

Blessures et sports adaptés : reconstruction physique et psychique

OPEX : prise en charge et suivi des grands blessés

La Légion étrangère : combats pendant, solidarité après




Drones et armes hypersoniques : futurs enjeux de puissance

A l’horizon 2035, les drones et missiles hypersoniques, difficiles à intercepter en raison de leur très grande vitesse, pourront agir dans la profondeur, avec précision et à distance de sécurité. Leur coût élevé nécessitera des choix budgétaires et opérationnels.

Ils ont fait l’objet d’un colloque organisé, le 3 novembre 2014 à Paris, par le Club Participation et Progrès. Y sont notamment intervenus : le général Denis Mercier, chef d’état-major de l’armée de l’Air ; Laurent Serre, responsable des programmes hypersonique à l’Office national d’études et de recherches aérospatiales (ONERA) ; Philippe Migault, directeur de recherche à l’Institut des relations internationales et stratégiques ; André Geoffroy, consultant.

Drones de demain. Un drone de reconnaissance hypersonique se rendra très vite sur zone et en reviendra avec des informations fraîches immédiatement utilisables, explique Laurent Serre (ONERA). Ce drone peut être tiré sous avion, du sol ou depuis la mer (bâtiment de surface ou sous-marin). Un propulseur d’appoint lui donne une accélération jusqu’à Mach 2 (680 m/s), qu’il maintient par son statoréacteur aux conditions de croisière à haute altitude. Sa portée croît alors avec sa vitesse. En conséquence, il peut réaliser une mission loin à l’intérieur d’un territoire hostile sans disposer de la supériorité aérienne. A une altitude donnée, voler plus vite lui donne un avantage de manœuvrabilité face à un intercepteur (avion ou missile sol/air). En outre, à une vitesse donnée, voler plus haut réduit les performances de l’intercepteur. La mission du drone est entièrement automatique. Pendant sa phase de croisière, il atteint un territoire, même très défendu, en 20 mn, puis y parcourt plus de 600 km dans la profondeur et capte des images par son radar SAR à haute résolution (10 à 30 cm) sur une sélection de sites de points chauds d’intérêt du moment. Sa phase de récupération se décompose en : vol de retour vers le lieu choisi ; décélération jusqu’à une vitesse subsonique ; descente freinée par parachute ; récupération par hélicoptère, méthode utilisée pendant la guerre du Viêt Nam (1955-1975) ; retour vers l’infrastructure de base. Les données captées au cours de la reconnaissance ont été extraites et disséminées vers les destinataires pendant le vol du retour. Par exemple, au cours d’une mission d’une heure, le drone hypersonique peut recueillir des informations sur une dizaine de zones (4 km de côté) réparties dans un carré (500 km de côté) et sous 2 angles d’observation aller/retour pour les reconstituer en 3 dimensions. Mais l’expression du besoin de « renseignement stratégique réactif tout temps » reste à affiner, souligne Laurent Serre. Des missions, quotidiennes ou hebdomadaires, permettraient d’affiner la base de données, de détecter les changements et de prendre des vues dans de nouvelles conditions, elles porteraient notamment sur : la surveillance de sites de missiles ou de radars fixes ou déplaçables ; l’indice d’activité de réseaux de communications terrestres et fluviaux ; l’indice d’activité d’installations sensibles ; le recensement de capacités aériennes ou navales.

Projets français. Face aux menaces futures, la technologie des armes hypersoniques fera la différence entre les grandes puissances qui s’en doteront, estime le général Mercier. Leur concept d’emploi sera le même qu’aujourd’hui pour garder la capacité d’entrer en premier sur un théâtre,  mais avec une différence importante : la distance de tir ! L’armée de l’Air a déjà entrepris des études très poussées sur les techniques essentielles et les enjeux opérationnels. La constante restera la liberté d’action sur les espaces terrestre et maritime, qui dépend de celle dans l’espace aérien. Contrer le déni d’accès à ces espaces nécessite d’imaginer des armements à forte réactivité, longue portée et précision des effets. La furtivité des avions de chasse se trouve déjà mise à mal par les radars passifs. En outre, les missiles sol/air et air/air augmentent leur allonge. La vitesse devient donc un facteur d’efficacité contre les systèmes de défense au sol. Le niveau déjà atteint ne permet plus de progresser, mais la vitesse hypersonique constituera un facteur opérationnel important dans une dizaine d’années. Or, la dissuasion nucléaire devra moderniser sa partie aéroportée après 2030. Sa crédibilité dans un monde changeant résidera encore sur la complémentarité de ses composantes océanique (sous-marins nucléaires lanceurs d’engins) et aérienne (avions Rafale). A la même époque, le Rafale et le missile ASMP-A (air-sol moyenne portée amélioré) arriveront à mi-vie. Ce missile, que la France est la seule à posséder, est équipé d’un statoréacteur de haute technologie, dont il convient de garder les compétences pour préserver l’avenir, souligne le chef d’état-major de l’armée de l’Air. Le maintien de ce niveau passe par la simulation numérique de la poussée et de la trainée, les applications de la technologie du plasma, l’amélioration de la chambre de combustion et les matériaux résistants à la chaleur. L’ONERA et MBDA (missiles et systèmes de défense) poursuivent leurs recherches dans ces domaines. Le démonstrateur technologique Neuron permettra d’affiner le concept d’emploi du drone de combat. Il devra répondre à deux questions : imaginer un système complexe de capteur et de frappeur et limiter le coût budgétaire.

A l’étranger. La Russie a élaboré des applications tactiques du statoréacteur et les exporte, indique Laurent Serre. Ainsi le missile Yakhont (Mach 2,5), qui peut être tiré d’une rampe terrestre, d’un avion ou d’un sous-marin, a été livré à la Syrie. Le missile air-sol et antinavire KH31 (Mach 3,5) peut être tiré des avions Mig 29 et Su 27. Le missile antinavire Moskit (Mach 3), utilisé par la Russie, l’Ukraine, la Chine et l’Inde, peut être lancé de diverses plates-formes. Pour les États-Unis, les armes hypersoniques constituent un élément essentiel au maintien de la supériorité aérienne, selon André Geoffroy. La NASA, Boeing et l’armée de l’Air américaine procèdent à des essais de prototype de missile volant à Mach 5, en vue d’une mise en service vers 2020. L’Inde  a développé avec la Russie le missile de croisière BrahMos (Mach 3), tirable de la terre et de la mer, et compte l’exporter. L’expérimentation du BrahMos-II, version hypersonique (Mach 7), devrait commencer en 2017. La Chine développe un missile hypersonique avec des résultats mitigés. Enfin, la Grande-Bretagne, l’Allemagne et l’Australie s’y intéressent.

Loic Salmon

Forces nucléaires : l’enjeu stratégique de la prolifération des missiles balistiques

Drones Air et Marine : surveillance, renseignement et… combat

L’Office national d’études et de recherches aérospatiales (ONERA) a mis au point un concept de drone à statoréacteur capable de voler au-delà de Mach 5 (1.701 m/s) et plus, avec du kérosène comme combustible. Selon le contexte, il pourrait parcourir 1.000 km en 14 minutes à Mach 4 (1.361 m/s) et en 7 minutes à Mach 8 (2.722 m/s). Récupérable à un point de rendez-vous prédéterminé, il ne nécessiterait ni communication, ni contrôle pendant le vol. Il pourrait emporter : un radar à synthèse d’ouverture, qui améliore la résolution en azimut ; un système de traitement de données ; un système de navigation inertielle et GPS.




Marines : coopérations accrues dans les dix prochaines années

Espace de liberté et futur eldorado économique, la mer devient le théâtre de nouvelles menaces : terrorisme,  trafics illicites, piraterie, pillages et pollutions. Pour les contrer avec des matériels performants mais chers et des budgets restreints, les Marines militaires devront coopérer davantage.

Leur avenir d’ici à 2025 a fait l’objet d’un colloque organisé le 28 octobre 2014 au Bourget (banlieue parisienne) lors du Salon Euronaval. Y sont intervenus les chefs d’état-major des Marines française, sénégalaise, espagnole et brésilienne.

Vu de France. Quelque 90 % des échanges de marchandises se font par la mer et 90 % des télécommunications transitent dans des câbles sous-marins, rappelle l’amiral Rogel. Le volume de fret transporté, passé de 4,5 Mdt à 9 Mdt en 20 ans, devrait atteindre 14 Mdt en 2020. Ces flux empruntent des détroits clés : Malacca, Ormuz, Bab-el-Mandeb, Suez, le Bosphore, Gibraltar et Panama. Pour sécuriser les voies commerciales maritimes, des réflexions sur les pires scénarios sont menées au sein de la Marine nationale, qui doit s’adapter en permanence avec des moyens adéquats et à vérifier régulièrement. Les trafiquants de drogues, d’armes et d’êtres humains (immigration clandestine) profitent de la liberté des mers. Aujourd’hui, un navigateur GPS permet aux pirates de Somalie ou d’ailleurs de s’aventurer loin en mer et de revenir à bon port. Par ailleurs, la raréfaction des ressources à terre favorise la prospection de gaz et de pétrole offshore par des fonds 4.000 m et les ressources halieutiques sont de plus en plus demandées. Ce nouveau potentiel économique et industriel de la mer engendre des tensions près des nouvelles frontières maritimes des États riverains : mer de Chine, océan Arctique, Méditerranée orientale, canal de Mozambique et l’Est du Brésil. La Marine doit garantir la souveraineté de la France sur une zone économique exclusive de 11 Mkm2, qui lui donne des droits et lui impose des devoirs. La lutte contre la pêche illégale s’intensifie pour éviter le pillage et la disparition d’espèces dans les zones de « surpêche ». Lors d’une crise en Méditerranée, la mer devient souvent la seule voie d’accès. La Marine doit s’approcher de la zone littorale, à portée de l’adversaire. Divers pays se sont lancés dans une politique maritime importante, dont l’Union européenne (UE) devra tenir compte, avertit l’amiral. Sur le plan mondial, la France, en tant que membre permanent du Conseil de sécurité de l’ONU a l’obligation de pouvoir intervenir n’importe où. Sa Marine doit disposer de bâtiments capables de se déployer loin et longtemps, dans un contexte d’écrasement des temps médiatique, politique et militaire. Le déclenchement d’une crise est connu en 10 minutes par les réseaux sociaux et entraîne une réaction politique immédiate. La Marine doit donc prépositionner ses bâtiments au loin. Mais elle ne peut agir partout seule, souligne son chef d’état-major. Cela implique des coopérations avec les Marines des pays de l’UE, de l’OTAN et d’Afrique de l’Ouest et de l’Est : opérations « Corymbe » dans le golfe de Guinée et « Atalante » au large de la Somalie. Les bâtiments et aéronefs de la Marine surveillent les côtes et captent des renseignements en mer et même loin à l’intérieur des terres. Enfin, l’accès aux zones littorales permet d’intervenir à terre à partir de la mer : les  frégates européennes multimissions FREMM et les futurs sous-marins d’attaque Barracuda seront dotés du missile de croisière naval à longue portée.

Vu du Sénégal. Les enjeux maritimes des pays africains portent d’abord sur une  protection efficace de leurs ressources, explique l’amiral  Cissoko. Rien qu’au Sénégal, le secteur de la pêche, fournisseur de protéines pour la population et créateur d’emplois, perd 290 M$ chaque année, par suite des captures illégales. La plupart des ressources pétrolières et gazières offshore se trouve à proximité des frontières maritimes entre le Sénégal et la Guinée Bissau, le Ghana et la Côte d’Ivoire, le Nigeria et le Cameroun. Des mécanismes nationaux et régionaux permettraient d’assurer une gestion consensuelle des zones d’exploitation aux frontières pour éviter les conflits. Les États africains doivent pouvoir garantir la sécurité des transports maritimes, des ports et des voies de communications dans les eaux relevant de leur juridiction. Cela implique d’harmoniser les différentes initiatives des partenaires occidentaux en Afrique et de renforcer les capacités d’action navale des États africains. De plus, les stations de surveillance existantes manquent de matériels adaptés au climat de l’Afrique. Compte tenu des budgets militaires limités de ces pays, l’amiral propose d’acquérir des matériels majeurs pour leurs Marines en échange de concessions d’exploitation de ressources naturelles pour une période déterminée. Par suite du cadre juridique inadéquat et du manque de moyens techniques, les États africains ont tendance à sous-traiter la sécurité et la sûreté maritimes à des sociétés privées. Il s’ensuit des difficultés liées à l’emploi de la force lors de la police en mer : règles d’ouverture du feu ; traçabilité des armes ; formation des agents de sécurité privés. Pour faire face à tous ces enjeux, les États africains doivent développer leurs propres capacités d’action navale par des partenariats entre eux, pour avoir un impact durable, et harmoniser leurs coopérations avec les États occidentaux, conclut l’amiral.

Vu d’Espagne. Le Livre Blanc 2013 sur la sécurité maritime prend en compte les risques et menaces déjà mentionnés ainsi que les catastrophes naturelles et accidentelles en mer, indique l’amiral Munoz-Delgado y Diaz Del Rio. Il présente cinq directives : participations coordonnées de toutes les agences relevant plus ou moins de la mer ; efficacité et meilleur emploi des moyens existants ; coopération internationale ; coopération avec le secteur privé ; cybersécurité. La Marine espagnole de demain doit améliorer ses capacités, surtout en matière de sécurité maritime et de réaction aux crises.

Vu du Brésil. La zone de juridiction  du Brésil en Atlantique Sud s’étend sur 4,5 Mkm2, soit 53 % du territoire national, souligne l’amiral Soares de Moura Neto. Le Brésil participe aux opérations internationales de maintien de la paix par la prévention, l’action diplomatique et l’effet dissuasif. Sa Marine échange des informations en temps réel avec les États-Unis, l’Argentine, le Paraguay, l’Uruguay, le Pérou l’Angola, la Namibie et le Sénégal.

Loïc Salmon

Marine : obligation permanente d’innover pour rester performante

Golfe de Guinée : zone de crises pour longtemps

Le basculement océanique mondial

Quelque 500 nouveaux programmes de construction, totalisant plus de 3.800 navires de surface et sous-marins, sont en cours, soit un chiffre d’affaires de 900 Md€ sur 20 ans. Les perspectives des Marines en 2025 ont été abordées par quatre chefs d’état-major. De gauche à droite : amiral Jaime Munoz-Delgado y Diaz Del Rio (Espagne) ; amiral Bernard Rogel (France) ; modérateur José-Manuel Lamarque (France) ; contre-amiral Cheikh Bara Cissoko (Sénégal) ; amiral Julio Soares de Moura Neto (Brésil).

 

 




Marine nationale : comment attirer les jeunes aujourd’hui

Pour assurer ses besoins en personnel, la Marine nationale doit combler les attentes des jeunes en leur proposant un avenir, une progression au mérite, un esprit d’équipage et, surtout, un métier qui sort de l’ordinaire.

C’est ce qu’a expliqué le capitaine de frégate Michaël Vaxelaire, chef de bureau au Service de recrutement de la Marine, au cours d’une conférence-débat organisée, le 16 octobre 2014 à Paris, par l’Association nationale des auditeurs jeunes de l’Institut des hautes études de défense nationale.

Les besoins. Chaque année, la Marine recrute 3.000 personnes, soit 8 % de son effectif âgé de 32 ans en moyenne. Du fait de ses contraintes opérationnelles, elle connaît une attrition pyramidale de son personnel et a donc un besoin impératif de jeunes, moins sensibles à l’éloignement à 22 ans qu’à 45. Il s’agit de trouver le profil adéquat au bon moment, compte tenu des formations plus ou moins longues (3 ans pour le domaine nucléaire). La mission de dissuasion nucléaire met en œuvre les Rafale embarqués sur le porte-avions et 4 sous-marins lanceurs d’engins (SNLE). Or pour maintenir au moins un SNLE à la mer, il en faut 4, donc 8 équipages. Pour remplir les missions de connaissance et d’anticipation, les bâtiments se déplacent d’une zone maritime à l’autre et captent des renseignements à diffuser et partager, pour agir au plus vite là où un événement se produit. L’opération « Serval » au Mali (2013) a été préparée notamment par les forces prépositionnées et les navires présents sur la côte ouest-africaine. La mission de prévention consiste à éviter le déclenchement d’un conflit, par la diplomatie navale avec la simple présence du porte-avions ou d’une frégate. Depuis le début de la tension en Syrie, un groupe naval russe croise en Méditerranée. La Marine remplit sa mission de protection par son action de l’État en mer, qui prolonge celle à terre : police des pêches, lutte contre les narcotrafics et l’immigration clandestine et application du code de travail en mer. Enfin, les missions d’intervention portent sur le combat naval et la lutte conte le terrorisme à proximité des côtes. Les équipages des 46 bâtiments déployés en mer doivent pouvoir passer immédiatement du combat à une action de police, où les règles d’engagement (ouverture du feu) et l’état d’esprit diffèrent. Selon le capitaine de frégate Vaxelaire, la Marine française, devenue la première d’Europe, est la seule à laquelle la Marine américaine délègue la protection de ses porte-avions, en raison de sa technologie et de son savoir-faire ! Les opérateurs d’aujourd’hui devant assumer d’importantes responsabilités demain, le recrutement porte aussi sur les chefs de la Marine de 2040. Par ailleurs, l’automatisation croissante limite les besoins en effectifs, mais augmente ceux en compétences. Il faut donc fidéliser davantage les cadres pour conserver le niveau. Le recrutement doit se recentrer sur la préservation des métiers essentiels, où les contrats à durée déterminée seront plus nombreux que ceux à durée indéterminée. La fidélisation passe par la diversification des compétences, à l’origine de la confiance de l’équipage en son chef. Aujourd’hui, le taux de départs volontaires ne dépasse pas 10 %.

Les jeunes. Selon les sondages, la Marine bénéficie d’une excellente image dans l’opinion… qui la connaît à peine ! Pour attirer les jeunes, de ceux en échec scolaire à bac + 5, elle doit les surprendre, les séduire et argumenter, souligne le capitaine de frégate Vaxelaire. Les jeunes consomment beaucoup d’informations sans chercher à les analyser, mais respectent la personne compétente, indépendamment de sa position hiérarchique ou de son âge. Il convient donc de leur expliquer : l’avenir de Marine par suite de la « maritimisation » croissante du monde ; la centaine de métiers accessibles avec la possibilité de stages et même d’emplois pour ceux qui préparent un baccalauréat professionnel ; la préparation militaire Marine avec embarquement sur un navire ; la préparation militaire supérieure pour les titulaires d’un diplôme bac + 3 avec la possibilité de devenir cadre ; le volontariat d’un an ; l’accès à internet sur tous les bâtiments pour communiquer avec leur famille à terre, sauf en opérations pour des motifs de sécurité de la mission et des personnels. Le travail à bord montre la réalité concrète de l’action comme le sauvetage, la destruction d’engins explosifs de la seconde guerre mondiale ou l’intervention à proximité de la côte libyenne. Par suite du nombre limité de personnels à bord, cet état opérationnel permanent exige d’expliquer constamment la finalité de la mission et de déléguer les responsabilités. Le jeune saura s’adapter tout seul et, de son côté, l’institution y gagnera. La féminisation de la Marine reste stable à 13 %, même si les femmes sont mises à l’honneur dans les défilés et les publications. Chaque jeune femme admissible sur concours à l’École navale s’entretient librement avec un officier féminin, qui la rassure sur les possibilités d’alternance des affectations en mer et à terre pour s’occuper des futurs enfants.

Les carrières. La polyvalence nécessite une formation continue, estimée en moyenne à 22 jours par homme et par an. L’escalier social et académique, qui implique un effort personnel, permet aux matelots titulaires d’un brevet d’études professionnelles d’obtenir le brevet d’aptitude technique (niveau bac), puis de rejoindre les officiers mariniers, venus de l’École de maistrance, pour réussir le Brevet supérieur (bac + 2) et, à l’issue d’un parcours qualifiant, acquérir un niveau technique équivalent à une licence (bac+ 3). Ceux qui ne progressent pas doivent quitter la Marine. Les autres se recyclent  aisément dans le monde civil ensuite. Le cursus des officiers se déroule de la même façon, avec des périodes de formation alternées avec des affectations dans les unités opérationnelles et les états-majors. Les futurs commandants de porte-avions, SNLE et frégates, issus de l’École navale par concours externe et interne, se spécialisent pour acquérir une expertise, présentent le concours de l’École de guerre, puis sont désignés pour le Centre des hautes études militaires et l’Institut des hautes études de défense nationale. De nombreux ingénieurs, recrutés à la sortie de leur école comme officiers subalternes, reçoivent une formation militaire à l’École navale et servent jusqu’à 10 ans sous contrat. Les officiers mariniers peuvent également postuler. Enfin, quiconque quitte la Marine satisfait, quel que soit son grade, en fera la meilleure publicité à l’extérieur !

Loïc Salmon

Marine nationale : motiver, fidéliser et accompagner

Marine : des capacités à la hauteur des enjeux stratégiques

La sécurisation des océans : un impératif mondial

Avec 11 Mkm2, la France a la 2ème zone économique exclusive du monde après les États-Unis. En 2014, la Marine compte 39.000 hommes et femmes ainsi répartis : 4.600 officiers ; 24.000 officiers mariniers (sous-officiers) ; 7.400 quartiers-maîtres (caporaux) et matelots ; 3.000 civils. Chaque jour et sur toutes les mers du monde, elle déploie en moyenne 31 bâtiments à la mer, au moins 1 sous-marin nucléaire lanceur d’engins en patrouille et 5 aéronefs en vol. Entre le 10 septembre et le 10 octobre, environ 5.100 marins se trouvaient à bord de 46 bâtiments en mission en Manche, mer du Nord, mer Noire, Méditerranée et océans Atlantique, Indien et Pacifique.




Défense : budget 2015 maintenu à 31,4 Md€

Le 29 octobre 2014, l’Assemblée nationale a approuvé en première lecture le budget 2015 du ministère de la Défense, qui se monte à 31,4 Md€ (hors pensions) comme les deux années précédentes. Conformément à la Loi de programmation militaire (LPM) 2014-2019, 7.500 emplois seront supprimés en 2015. Mais, 16.000 militaires et civils seront recrutés pour respecter le contrat opérationnel des armées et l’impératif de jeunesse et pour disposer des compétences nécessaires aux besoins croissants d’expertise. La dotation des opérations extérieures est maintenue à 450 M€. Le financement des surcoûts liés au dispositif militaire stationné à l’étranger sera garanti par la clause de sauvegarde de la LPM, destinée à préserver les crédits d’équipement. Ainsi, parmi les grands programmes, 2 seront lancés (Ceres et rénovation avions ATL2) et 2 poursuivis (avions multirôles MRTT et Scorpion).

Le programme Ceres porte sur la première capacité opérationnelle de recueil de renseignement d’origine électromagnétique depuis l’espace. Ceres comptera 3 satellites et des moyens au sol permettant leur programmation, leur contrôle et le traitement des signaux électromagnétiques captés. Le lancement du stade de la réalisation de Ceres doit commencer début 2015, en vue des premières livraisons en 2020.

Le programme de rénovation des ATL2 concerne les avions de patrouille maritime armée Atlantique 2 (ATL2, photo) de la Marine nationale, destinés à la lutte contre les sous-marins et les navires de surface et entrés en service au début des années 1990. Facilement déployables hors du territoire métropolitain et très utilisés en opérations, même au-dessus du désert, ils constituent des plates-formes aéronautiques polyvalentes à très grand rayon d’action. La rénovation de leur système de combat permettra de traiter leurs obsolescences et d’apporter les modernisations nécessaires à l’évolution du contexte, de la haute mer au littoral, et de contrer la menace due à la prolifération de sous-marins à propulsion diesel-électrique devenus performants et discrets. La LPM 2014-2019 prévoit la livraison échelonnée de 15 ATL2 rénovés à partir de 2018. Ces avions seront retirés du service après 2030. Le programme MRTT (Multirole Transport Tanker en anglais) concerne des avions gros porteurs polyvalents destinés à remplacer 11 C-135 FR et 3 KC-135 R de ravitaillement en vol datant du début des années 1960, et 3 A310 et 2 A340 de transport de fret. Les MRTT mettront en œuvre la composante aérienne de la dissuasion nucléaire, contribueront à la posture permanente de sûreté et la projection de forces et de puissance et assureront les évacuations sanitaires à longue distance. Le premier appareil a été commandé en 2014 et 8 suivront en 2015. La LPM prévoit la livraison de 12 avions à partir de 2018.

Le programme Scorpion consiste à fédérer combattants et systèmes d’armes au sein de l’armée de Terre par la transmission et le partage instantanés d’informations et à assurer la transformation des groupements tactiques interarmes pour accroître leur efficacité et leur protection. Lancé en 2014, Scorpion permettra le renouvellement des véhicules de l’avant blindé (VAB) en service par des véhicules blindés multirôles (VBMR) et celui des chars AMX10 RC, des ERC 90 (engin à roues avec un canon de 90 mm) et des VAB anti-char équipés de missiles Hot actuels par des engins blindés de reconnaissance et de combat (ERBC), destinés à équiper les brigades multirôles. Les livraisons commenceront en 2018, en vue d’équiper progressivement 2 brigades interarmes à l’horizon 2025. Par ailleurs, pour préparer l’avenir en matière d’équipements, 3,6 Md€ seront alloués à la recherche et à la technologie et 740 M€ aux études amont. Enfin, en 2015, les états-majors et les services centraux du ministère de la Défense, dispersés sur une quinzaine de sites parisiens, seront regroupés à Balard (Sud-Ouest de Paris).

Loïc Salmon

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