Malaisie : développement d’une Base industrielle et technologique de défense

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La Malaisie inclut les transferts de technologie dans ses commandes militaires à l’étranger, en vue de constituer sa propre base industrielle et technologique de défense (BITD).

Coralie Trigano, cadre commercial export chez Thales Véhicules et Systèmes tactiques, l’a expliqué au cours d’une visioconférence organisée, le 17 juin 2020 à Paris, par l’Association de l’armement terrestre et l’association 3AED-IHEDN (armement et économie de défense de l’Institut des hautes études de défense nationale).

Environnement stratégique. De la péninsule Malaise au Nord de l’île de Bornéo, la Malaisie s’étend sur 329.850 km2 avec 4.674 km de côtes et 2.670 km de frontières terrestres. Pays musulman, elle ne connaît pas d’ennemi direct et participe aux opérations de maintien de la paix de l’ONU. Toutefois, elle perçoit des menaces sur le plan régional : tensions avec Singapour au sujet des réserves d’eau douce ; contentieux territorial avec les Philippines ; séparatisme islamique au Sud de la Thaïlande ; immigration clandestine et vols de biens culturels à la frontière avec l’Indonésie ; piraterie, contrebande, trafic de stupéfiants et immigration illégale dans le détroit de Malacca et au Nord-Ouest de Bornéo ; terrorisme du mouvement Abou Sayyaf, proche de l’Etat islamique (Daech) et actif aux Philippines. Néanmoins, Singapour reste son premier partenaire économique, la Chine sa première source d’investissements et l’Union européenne son troisième partenaire commercial (accord de partenariat et de coopération en 2016). Le premier Livre blanc sur la défense, publié en janvier 2020, se concentre sur la protection des frontières avec trois lignes directrices : dissuasion concentrique ; défense complète ; partenariats fiables. Le budget de la défense se monte à 3 Mds$ (2018) et son armée professionnelle à 110.000 hommes (1.000 pour l’ONU). Les officiers supérieurs suivent une formation poussée en Grande-Bretagne.

Montée en puissance de la BITD. La Malaisie fabrique sous licence de l’artillerie, des véhicules et des frégates. Selon Coralie Trigano, elle dispose des compétences pour le maintien local en condition opérationnelle, mais pas de l’autonomie complète pour le développement et la production des composants principaux ou de blocs d’équipements prêts à être intégrés. Les investissements portent sur l’emploi des technologies de défense, pour augmenter la compétitivité du secteur civil, via des « niches » comme l’équipement du soldat, les domaines maritime et aérospatial, l’automobile, l’armement léger, les technologies de l’information et de la communication. La Malaisie veut devenir le premier centre d’Asie du Sud-Est pour la maintenance et la réparation. Elle organise des salons internationaux tous les deux ans : LIMA’21 (équipements navals et aéronautiques), 36 pays, 555 entreprises en 2019 ; DSA 2020 (services de défense en Asie), 33 pays, 1.500 entreprises en 2018. Elle a acheté à la France : 2 sous-marins de la classe Scorpène ; 6 corvettes Gowind (protection du littoral) ; 4 avions A400M ; 18 canons LG1 de 105 mm ; missiles anti-char Eryx ; mortiers embarqués 2R2M de 120 mm ; équipements de communication de véhicules ; solutions de défense aérienne. Des prospections sont en cours pour l’avion Rafale, le canon Caesar et trois navires de soutien. Mais la concurrence augmente : Chine, Etats-Unis, Corée du Sud, Russie, Turquie, Italie, Pays-Bas, Inde, Australie et Grande-Bretagne, Israël étant exclu.

Loïc Salmon

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