Renseignement et espionnage pendant l’Antiquité et le Moyen-Âge

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Instrument indispensable à la conquête militaire extérieure et à la sécurité intérieure de l’Etat, le renseignement, tactique, stratégique et intérieur, a été organisé par tous les grands empires de l’Antiquité, puis perfectionné en Europe après la chute de Rome puis de Byzance.

Résultat d’une démarche délibérée, il doit fournir la bonne réponse au bon destinataire, dans les délais impartis et sous une forme intelligible pour lui. Malgré l’évolution technique, les méthodes restent les mêmes : rapports réguliers ; information de première main ; plusieurs niveaux de traitement de l’information ; protection des informations ; actions clandestines ; guerre psychologique. En Mésopotamie, les marchands peuvent circuler librement à l’abri des conflits, moyennant l’échange d’informations. Par ailleurs les devins jouent un rôle fondamental dans les affaires politiques et militaires, grâce à leur savoir préscientifique qui offre une grille de lecture interprétative à tous les échelons du pouvoir, local ou central. Quoique protégée par un désert aride, l’Egypte envoie des missions, mêlant diplomatie, commerce et renseignement, vers les pays voisins. Les pharaons doivent aussi se prémunir contre les conspirations et…les intrigues de harem ! L’Empire perse crée un système complexe de renseignement, décrit comme « les yeux et les oreilles du Grand Roi ». L’Empire indien des Gupta dispose d’un vaste réseau « d’itinérants » de tous acabits, déployés à l’étranger pour commettre éventuellement des vols et des assassinats ciblés. Fins connaisseurs des axes commerciaux transfrontaliers, les contrebandiers fournissent des renseignements tactiques. Des espionnes, de la citoyenne ordinaire à la belle concubine de harem, recueillent les paroles d’étrangers et… de l’entourage du roi. L’Empire chinois récupère l’héritage des guerres civiles antérieures : divination, transfuges, assassinats, corruption et contre-espionnage. S’il permet d’éviter l’affrontement militaire de grande ampleur comme l’a théorisé Sun Tzu (« L’art de la guerre »), le renseignement alimente aussi la compétition politique intérieure. Les « opérations spéciales », spécialités grecques depuis le cheval de Troie, quoique peu privilégiées par les Romains, se perpétuent quand même dans l’Empire romain d’Orient puis byzantin. Pour ce dernier, la diplomatie, moins chère que la guerre, aussi efficace et fondée sur le renseignement, utilise persuasion, corruption et subversion pour briser les alliances hostiles, affaiblir des Etats ennemis et détourner les invasions étrangères. Après sa chute, ses experts apporteront leur savoir-faire…à la Russie ! En Europe du Nord, les Vikings, quand ils ne commercent pas, effectuent des raids audacieux, sans pertes et basés sur l’effet de surprise, grâce à l’envoi d’éclaireurs et à l’espionnage organisé pour dresser cartes, itinéraires et inventaire des richesses de la région ciblée. Les Normands procèdent à des opérations clandestines en Angleterre, avant la conquête effective, ainsi qu’en Italie, en Sicile ou pendant les Croisades. Les princes et les grandes villes d’Europe s’appuient sur un plan de recherche de renseignements et entretiennent un réseau varié d’agents compétents. En France, Louis XI, « l’Universelle Aragne » (Grande Araignée), a ainsi élaboré une politique d’évaluation des situations, alliée à son sens aigu de l’anticipation.

Loïc Salmon

« Renseignement et espionnage pendant l’Antiquité et le Moyen-Âge », ouvrage collectif. Editions Cf2R Ellipses, 520 pages, 28€. Format numérique, 21,99 € 

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