Ethnographie du Quai d’Orsay

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La diplomatie s’élabore dans les salles de réunion du ministère des Affaires étrangères à Paris et le bureau de l’ambassadeur en poste à l’étranger. Actuellement, 7 concours, externes et internes, donnent accès à des emplois à ce ministère, surnommé « le Quai d’Orsay ». Pour les postes les plus élevés (catégorie A+ de la fonction publique), les voies les plus sélectives restent l’Ecole nationale  d’administration, par le concours externe, et celui de conseiller du cadre d’Orient, passé souvent après obtention des diplômes de l’Institut d’études politiques de Paris et de l’Institut national des langues et civilisations orientales. Les énarques y recherchent les considérations liées à la haute fonction publique (rang de sortie, rémunération et prestige), alors que les conseillers d’Orient veulent vraiment devenir diplomates. L’enquête qualitative du livre conclut que : les diplomates viennent en majorité des classes moyennes et supérieures ; les « dynasties » de diplomates sont aujourd’hui peu nombreuses, probablement du fait des contraintes professionnelles vécues par leurs enfants. Depuis 2010, tout(e) lauréat(e) d’un concours est envoyé(e) en formation (14 semaines) à l’Institut diplomatique et consulaire, pour acquérir les premiers savoir-faire professionnels, se sensibiliser à la culture du ministère et connaître la cohésion de groupe et l’esprit de promotion. Ensuite, il (elle) comprend vite que la « carrière » revêt un sens très concret au Quai d’Orsay, où il (elle) y restera normalement jusqu’à sa retraite et conservera même un fort sentiment d’appartenance après. Il s’agit pour lui (elle) de choisir, très tôt, entre une voie généraliste et la spécialisation. La première, préférée par la majorité des cadres du ministère, brille par la variété des tâches, qui peuvent changer totalement tous les 3 ou 4 ans au gré des affectations. Pour la seconde, plusieurs filières se distinguent : l’Union européenne, avec des postes à Paris et dans les grandes ambassades européennes ; les affaires politico-stratégiques pour les questions de sécurité et les ambassades à l’OTAN, l’ONU et Washington ; les zones géographiques en Afrique, Moyen-Orient et Asie-Pacifique. Traditionnellement, le métier de diplomate reste une mission pour laquelle les heures ne se comptent pas. Toutefois, depuis 2014, les cadres du ministère disposent de « tablettes » pour consulter les notes internes et les télégrammes  diplomatiques, à l’extérieur du Quai d’Orsay et en toute sécurité.  Selon les ambassades, les diplomates travaillent parfois avec des fonctionnaires d’autres ministères : Agriculture ; Défense ; Economie et Finances ; Education nationale ; Intérieur ; Justice ; Commissariat à l’énergie atomique. Parallèlement, les consulats assument diverses fonctions complémentaires : assistance aux ressortissants ; développement des relations commerciales, économiques, culturelles et scientifiques ; délivrance de documents de voyage et d’état-civil aux ressortissants et de visas aux étrangers. Mais depuis les années 2000, le travail consulaire se rapproche de la pratique générale de la diplomatie en raison de l’augmentation des flux de personnes, du débat sur l’immigration en France et des enjeux électoraux liés à la représentation des Français de la diaspora. Enfin, chaque diplomate en poste à l’étranger s’attend à devoir gérer une situation difficile, à savoir un état de guerre, une crise humanitaire ou une relation bilatérale difficile.

Loïc Salmon

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« Ethnographie du Quai d’Orsay » par Christian Lequesne. CNRS Editions, 258 pages, 24 €.

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