L’Inde face à son destin

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Cliente traditionnelle de l’Union soviétique pour ses avions de combat, l’Inde a finalement choisi de renouveler sa flotte par l’acquisition de 36 Rafale français en 2015. Toutefois, elle a dû renoncer à un transfert de technologie, malgré son essor économique et ses capacités scientifique et industrielle.

L’Inde possède en effet des pôles d’excellence reconnue dans les biotechnologies, l’industrie pharmaceutique, la production de logiciels et l’industrie spatiale. Plus de trois millions de diplômés sortent chaque année des universités et des grandes écoles, dont 300.000 ingénieurs et informaticiens. Beaucoup de jeunes partent se former aux États-Unis et en Grande-Bretagne. La diaspora indienne, estimée à 25 millions de personnes, donne à New Delhi une ouverture sur le monde, surtout au Moyen-Orient, en Europe et aux États-Unis, mais aussi autour de l’océan Indien et dans l’océan Pacifique. Elle est à l’origine de 9 % des investissements directs en Inde et de 3 % du produit national brut par les 26 Md$ envoyés chaque année par les expatriés à leur famille. Un ministère a été spécialement créé pour les Indiens résidant à l’étranger, dont l’importance est désormais reconnue par New Delhi. Une chaîne de télévision, diffusée sur internet, leur est dédiée pour leur permettre de rester connectés avec leur pays d’origine et y attirer leurs investissements. Depuis l’indépendance de la tutelle britannique en 1947, l’Inde a fait passer sa politique étrangère du non alignement entre les deux blocs de la guerre froide (1947-1989) à la puissance nucléaire… et n’a pas encore signé le traité de non-prolifération nucléaire ! En 2014, elle a conclu un accord d’achat d’uranium à l’Australie, qui détient 40 % des réserves mondiales. Les relations avec le Pakistan restent tendues, en raison du partage territorial du Cachemire après l’indépendance et où l’Inde a une frontière commune avec la Chine. Toutefois, depuis 1991, Islamabad et New Delhi se communiquent chaque année la liste de leurs installations nucléaires qu’elles s’engagent à ne pas attaquer et s’informent avant tout essai de missiles balistiques… à l’exception des missiles de croisière ! Un mécanisme de lutte commune contre le terrorisme a été défini. Pour contrer les velléités d’expansion territoriale de la Chine au Cachemire, l’Inde cherche à signer des accords commerciaux, énergétiques et militaires avec d’autres pays d’Asie. Son inquiétude est notamment partagée par le Japon, quoique tous deux entretiennent d’importantes relations commerciales avec elle. Les essais nucléaires de l’Inde avaient eu pour effet l’imposition de sanctions économiques par les États-Unis et le japon, qui furent toutefois allégées par la suite en raison de la puissance militaire croissante de la Chine dans la région. Effritées avec l’effondrement de l’URSS, les relations de l’Inde avec la Russie se sont améliorées depuis 2000. Dans le cadre d’un partenariat stratégique, les deux pays se sont engagés à utiliser l’énergie nucléaire à des fins pacifiques et à lutter contre le terrorisme international (Cachemire pour l’Inde et Tchétchénie pour la Russie). Sur l’Afghanistan, ils partagent les mêmes inquiétudes quant au terrorisme, au trafic de drogue et à l’instabilité qui menace l’Asie centrale. Quant à la crise avec l’Ukraine, l’Inde a déclaré, en 2014, que la Russie y a des « intérêts légitimes », allant ainsi beaucoup plus loin que la Chine et l’Iran, qui ont exprimé leur « préoccupation ». Mais pour l’Inde, la Russie a perdu son statut de superpuissance et apparaît comme un pays pauvre.

Loïc Salmon

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« L’Inde face à son destin » par Olivier d’Auzon. Éditions Lavauzelle156 pages.

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