Opération Serval, notes de guerre, Mali 2013

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Véritable immersion dans l’opération « Serval », ce livre lève le voile sur les multiples préoccupations, et les émotions, du général qui doit suivre les événements, être joint à tout moment et prendre les bonnes décisions à temps.

Bernard Barrera l’a rédigé à partir de ses lectures, de son expérience et de ses notes quotidiennes du 12 janvier, quand il reçoit un appel du Centre de planification et de conduite des opérations à Paris, au 7 mai à son retour en France. Il vient de tourner une des pages les plus intenses de sa vie d’officier. Il a dû mener des combats aéroterrestres, en liaison avec les contingents africains, et s’occuper des affaires civilo-militaires. Après les brèves interventions des forces spéciales, il s’agit de reprendre les villes de Tombouctou, Tessalit et Gao aux djihadistes, de les pourchasser et de les neutraliser, en vue d’une normalisation politique du Mali. La manœuvre retenue ressemble aux exercices de l’École de guerre et l’itinéraire à celui de l’expédition française de Bamako à Tombouctou …en 1894 ! Dans une précédente affectation au cabinet militaire du Premier ministre, le colonel Barrera a étudié les données opérationnelles de la région. Devenu général, il fait présenter la situation, par son PC, au ministre de la Défense venu à Gao le 26 avril, avec les moyens de renseignement (écoutes électromagnétiques tactiques, drones et échanges avec la population), le repérage d’un groupe adverse et sa destruction par un tir d’artillerie. Il présente régulièrement aux médias les missions en cours et les possibilités de reportage au sein des unités, en fonction des contraintes opérationnelles et des consignes reçues. La brigade « Serval » doit aussi tenter de libérer les otages français, détenus à l’époque dans la région, et éviter que les journalistes présents sur place ne le soient à leur tour. Depuis le début de l’opération, s’y ajoute la pression des autorités politiques pour accélérer l’opération et aller plus loin et plus vite. Après la reconquête des villes, l’adversaire fuit le combat. Pour garder l’initiative sur lui, l’état-major doit déterminer zones et actions successives. Grâce à la méthode de raisonnement tactique, les options sont identifiées à partir de l’étude des djihadistes, du terrain, du cadre espace-temps et de la mission. Chaque mouvement est pensé selon les moyens logistiques et d’évacuation sanitaire. Dans les situations d’urgence en zone urbaine, il s’agit de bien se coordonner avec les alliés, afin d’éviter les tirs fratricides et les pertes collatérales parmi la population omniprésente. Avec sa conseillère juridique, le général élabore les règles d’ouverture du feu, variables selon les cas de figure, et les conduites à tenir vis-à-vis des prisonniers et des enfants-soldats. La découverte de ces derniers par les militaires français, qui ont des enfants du même âge, provoque chez eux un choc comparable aux pertes, subies et assumées, dans leurs rangs. Outre la chaleur, la gastro-entérite à répétition et l’usure précoce des matériels, ils font face aux attaques « asymétriques » : pistes minées, assassinats et attentats-suicides de djihadistes drogués à la kétamine, qui inhibe la peur et anesthésie la douleur des blessures. Les soldats de la brigade « Serval » ont réussi leurs missions grâce à leur courage et leur professionnalisme, souligne le général Barrera. Jeune lieutenant, il avait d’abord commandé des appelés en Allemagne, face à la menace soviétique.

Loïc Salmon

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« Opération Serval notes de guerre Mali 2013 » par le général Bernard Barrera. Éditions du Seuil, 448 pages, 21,50 €

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