Gouverner au nom d’Allah

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L’islamisme, mélange de politique et de révolution apparu au XXème siècle, a donné naissance à diverses appellations hybrides : « islam politique », « islam radical », « république islamique » et « révolution islamique ».

Aujourd’hui, il est l’élément dominant dans une vingtaine de pays regroupant plusieurs centaines de millions d’habitants. Ce courant religieux ultra-orthodoxe vise à transformer les pays musulmans sur les plans religieux, politique, social et culturel. Il veut reconstituer le « califat » du début de l’islam sous une direction arabe et repartir à la conquête du monde. Or, bien que se réclamant de l’identité arabe, les peuples dits « arabes » n’ont jamais pu former un État unique. Selon le « think tank » américain Pex Research Center, les musulmans sont présents dans 170 pays et majoritaires dans 47. Cette communauté de 1,572 milliard de croyants se répartit entre l’Asie (972 millions), les Moyen-Orient et Maghreb (315 millions), l’Afrique subsaharienne (240 millions), l’Europe (38,1 millions) et l’Amérique (4,97 millions). Malgré la haine multiséculaire entre les Iraniens chiites et les Arabes sunnites, tous les musulmans dénoncent Israël, puissance nucléaire avérée et belliciste au sein du Proche-Orient, et les États-Unis, ses indéfectibles alliés. En 2006, les statistiques de l’ONU font apparaître que les musulmans ont atteint 19,2 % de la population mondiale, devançant pour la première fois les catholiques avec 17,4 %. Pour les islamistes, ce fut le signe que la victoire était proche. Hier inconnu et persécuté, l’islamisme est devenu un phénomène planétaire et veut redessiner le monde par la terreur et la prédication. Il utilise les stations de radios et de télévisions spécialisées, internet, les réseaux sociaux et dispose d’importantes maisons d’édition, qui distribuent gratuitement manuels et coran dans l’ensemble du monde musulman. Pour l’islamiste radical, la guerre a pour but de tuer tout contrevenant aux lois de l’islam. En une trentaine d’années, l’opinion générale sur l’islamisme est passée de la sympathie (guerre soviétique en Afghanistan) à l’inquiétude (lapidation de femmes et destruction de patrimoine historique), la panique (terrorisme) et la confrontation (enracinement dissimulé dans la société). A terme, l’islamisme radical pourrait être assimilé à l’islam tout court. L’organisation terroriste Al-Qaïda a noué des liens avec celle, moins extrémiste, des « Frères musulmans ». Ces derniers se trouvent aujourd’hui au cœur de la finance islamique internationale, en coopération avec les princes et émirs du golfe Arabo-Persique et les richissimes hommes d’affaires arabes, par le biais des banques, sociétés boursières et d’investissement, du commerce, de l’hôtellerie et des industries de pointe. En effet, les élites des Frères musulmans étudient l’informatique, la physique nucléaire, les mathématiques, la médecine et la recherche spatiale dans les meilleures universités du monde. Par ailleurs, les islamistes mettent en avant les progrès scientifiques de l’Iran, en dépit des sanctions de l’ONU, et les succès industriels et commerciaux de la Turquie. L’influence de ce pays, gouverné par des islamistes, est considérable sur les Arabes démocrates, nationalistes ou…islamistes radicaux ! Pour l’Algérien Boualem Sansal, auteur du livre « Gouverner au nom d’Allah », l’unique moyen pacifique d’apaiser les tensions au sein du monde musulman réside dans la liberté d’expression de chaque individu et citoyen, mais en toute sécurité !

Loïc Salmon

Moyen-Orient : défi du terrorisme islamiste de l’EIIL

Moyen-Orient : chaos interne et répercussions périphériques

Prix Brienne du livre géopolitique 2014

« Gouverner au nom d’Allah », par Boualem Sansal. Éditions Gallimard, 156 pages, 12,50 €

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