Marine nationale : comment attirer les jeunes aujourd’hui

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Pour assurer ses besoins en personnel, la Marine nationale doit combler les attentes des jeunes en leur proposant un avenir, une progression au mérite, un esprit d’équipage et, surtout, un métier qui sort de l’ordinaire.

C’est ce qu’a expliqué le capitaine de frégate Michaël Vaxelaire, chef de bureau au Service de recrutement de la Marine, au cours d’une conférence-débat organisée, le 16 octobre 2014 à Paris, par l’Association nationale des auditeurs jeunes de l’Institut des hautes études de défense nationale.

Les besoins. Chaque année, la Marine recrute 3.000 personnes, soit 8 % de son effectif âgé de 32 ans en moyenne. Du fait de ses contraintes opérationnelles, elle connaît une attrition pyramidale de son personnel et a donc un besoin impératif de jeunes, moins sensibles à l’éloignement à 22 ans qu’à 45. Il s’agit de trouver le profil adéquat au bon moment, compte tenu des formations plus ou moins longues (3 ans pour le domaine nucléaire). La mission de dissuasion nucléaire met en œuvre les Rafale embarqués sur le porte-avions et 4 sous-marins lanceurs d’engins (SNLE). Or pour maintenir au moins un SNLE à la mer, il en faut 4, donc 8 équipages. Pour remplir les missions de connaissance et d’anticipation, les bâtiments se déplacent d’une zone maritime à l’autre et captent des renseignements à diffuser et partager, pour agir au plus vite là où un événement se produit. L’opération « Serval » au Mali (2013) a été préparée notamment par les forces prépositionnées et les navires présents sur la côte ouest-africaine. La mission de prévention consiste à éviter le déclenchement d’un conflit, par la diplomatie navale avec la simple présence du porte-avions ou d’une frégate. Depuis le début de la tension en Syrie, un groupe naval russe croise en Méditerranée. La Marine remplit sa mission de protection par son action de l’État en mer, qui prolonge celle à terre : police des pêches, lutte contre les narcotrafics et l’immigration clandestine et application du code de travail en mer. Enfin, les missions d’intervention portent sur le combat naval et la lutte conte le terrorisme à proximité des côtes. Les équipages des 46 bâtiments déployés en mer doivent pouvoir passer immédiatement du combat à une action de police, où les règles d’engagement (ouverture du feu) et l’état d’esprit diffèrent. Selon le capitaine de frégate Vaxelaire, la Marine française, devenue la première d’Europe, est la seule à laquelle la Marine américaine délègue la protection de ses porte-avions, en raison de sa technologie et de son savoir-faire ! Les opérateurs d’aujourd’hui devant assumer d’importantes responsabilités demain, le recrutement porte aussi sur les chefs de la Marine de 2040. Par ailleurs, l’automatisation croissante limite les besoins en effectifs, mais augmente ceux en compétences. Il faut donc fidéliser davantage les cadres pour conserver le niveau. Le recrutement doit se recentrer sur la préservation des métiers essentiels, où les contrats à durée déterminée seront plus nombreux que ceux à durée indéterminée. La fidélisation passe par la diversification des compétences, à l’origine de la confiance de l’équipage en son chef. Aujourd’hui, le taux de départs volontaires ne dépasse pas 10 %.

Les jeunes. Selon les sondages, la Marine bénéficie d’une excellente image dans l’opinion… qui la connaît à peine ! Pour attirer les jeunes, de ceux en échec scolaire à bac + 5, elle doit les surprendre, les séduire et argumenter, souligne le capitaine de frégate Vaxelaire. Les jeunes consomment beaucoup d’informations sans chercher à les analyser, mais respectent la personne compétente, indépendamment de sa position hiérarchique ou de son âge. Il convient donc de leur expliquer : l’avenir de Marine par suite de la « maritimisation » croissante du monde ; la centaine de métiers accessibles avec la possibilité de stages et même d’emplois pour ceux qui préparent un baccalauréat professionnel ; la préparation militaire Marine avec embarquement sur un navire ; la préparation militaire supérieure pour les titulaires d’un diplôme bac + 3 avec la possibilité de devenir cadre ; le volontariat d’un an ; l’accès à internet sur tous les bâtiments pour communiquer avec leur famille à terre, sauf en opérations pour des motifs de sécurité de la mission et des personnels. Le travail à bord montre la réalité concrète de l’action comme le sauvetage, la destruction d’engins explosifs de la seconde guerre mondiale ou l’intervention à proximité de la côte libyenne. Par suite du nombre limité de personnels à bord, cet état opérationnel permanent exige d’expliquer constamment la finalité de la mission et de déléguer les responsabilités. Le jeune saura s’adapter tout seul et, de son côté, l’institution y gagnera. La féminisation de la Marine reste stable à 13 %, même si les femmes sont mises à l’honneur dans les défilés et les publications. Chaque jeune femme admissible sur concours à l’École navale s’entretient librement avec un officier féminin, qui la rassure sur les possibilités d’alternance des affectations en mer et à terre pour s’occuper des futurs enfants.

Les carrières. La polyvalence nécessite une formation continue, estimée en moyenne à 22 jours par homme et par an. L’escalier social et académique, qui implique un effort personnel, permet aux matelots titulaires d’un brevet d’études professionnelles d’obtenir le brevet d’aptitude technique (niveau bac), puis de rejoindre les officiers mariniers, venus de l’École de maistrance, pour réussir le Brevet supérieur (bac + 2) et, à l’issue d’un parcours qualifiant, acquérir un niveau technique équivalent à une licence (bac+ 3). Ceux qui ne progressent pas doivent quitter la Marine. Les autres se recyclent  aisément dans le monde civil ensuite. Le cursus des officiers se déroule de la même façon, avec des périodes de formation alternées avec des affectations dans les unités opérationnelles et les états-majors. Les futurs commandants de porte-avions, SNLE et frégates, issus de l’École navale par concours externe et interne, se spécialisent pour acquérir une expertise, présentent le concours de l’École de guerre, puis sont désignés pour le Centre des hautes études militaires et l’Institut des hautes études de défense nationale. De nombreux ingénieurs, recrutés à la sortie de leur école comme officiers subalternes, reçoivent une formation militaire à l’École navale et servent jusqu’à 10 ans sous contrat. Les officiers mariniers peuvent également postuler. Enfin, quiconque quitte la Marine satisfait, quel que soit son grade, en fera la meilleure publicité à l’extérieur !

Loïc Salmon

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Avec 11 Mkm2, la France a la 2ème zone économique exclusive du monde après les États-Unis. En 2014, la Marine compte 39.000 hommes et femmes ainsi répartis : 4.600 officiers ; 24.000 officiers mariniers (sous-officiers) ; 7.400 quartiers-maîtres (caporaux) et matelots ; 3.000 civils. Chaque jour et sur toutes les mers du monde, elle déploie en moyenne 31 bâtiments à la mer, au moins 1 sous-marin nucléaire lanceur d’engins en patrouille et 5 aéronefs en vol. Entre le 10 septembre et le 10 octobre, environ 5.100 marins se trouvaient à bord de 46 bâtiments en mission en Manche, mer du Nord, mer Noire, Méditerranée et océans Atlantique, Indien et Pacifique.

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