Sûreté des transports : enjeu majeur pour les entreprises et certains secteurs stratégiques

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Vols, perturbations du trafic par suite de délinquances, sécurité des personnes et dégradation de la réputation de l’entreprise menacent tous les moyens de transports urbain, terrestre, aérien et maritime. La sûreté cumule mesures de protection et coopération avec les forces de police et de gendarmerie.

Jean-Marc Novaro (RATP), Arnaud Conrad (Exapaq), Charles Yvinec (Air France) et Simon Delfau (CMA-CGM) ont présenté la situation, au cours d’une conférence-débat organisée, le 29 janvier 2014 à Paris, par l’Association nationale des auditeurs jeunes de l’Institut des hautes études de défense nationale et l’ASIS International France.

Transport urbain. La Régie autonome des transports parisiens (RATP) exploite un réseau de 16 lignes de métro, 2 lignes de RER, 5 lignes de tramway et 350 lignes d’autobus, totalisant plusieurs centaines de km dans Paris et sa banlieue. Selon Jean-Marc Novaro, tout passager se trouve en état de vulnérabilité, car il est en dehors de son environnement le plus familier et dans une position d’inconfort et un état d’esprit particulier. Plusieurs menaces concernent la RATP : incivilités ou comportements incorrects dénoncés périodiquement par voie d’affiches dans le métro ; vols à la tire (pickpockets) ; terrorisme NRBC (nucléaire, radiologique, biologique et chimique) ; vols de câbles métalliques par des bandes organisées avec des risques d’effets dramatiques pour la circulation et les voyageurs ; graffitis qui occasionnent un coût énorme de remise en état des matériels. S’y ajoutent les risques liés à la sécurité : suicides de voyageurs ; découvertes de colis ou produits suspects, qui immobilisent les trains et gênent les passagers. La RATP dispose d’un corps de 1.200 agents de sécurité d’entreprise, assermentés, en uniforme et… armés (bombe gazeuse et revolver). Formés en interne, ils doivent remplir de bonnes conditions physique et psychologique et effectuent des patrouilles en coordination avec la police. Les données de géolocalisation sont utilisables en direct par le PC de la Brigade des réseaux ferrés d’Ile-de-France, situé à proximité de celui de la RATP. Un système de vidéosurveillance gère la circulation des trains et la protection des personnes et du matériel : 9.400 caméras dans les stations et installations fixes des différents moyens de transport ; 24.100 caméras à l’intérieur des autobus, trams, RER et métro. Enfin, la RATP organise des exercices de gestion de crises. En cas d’attentat NRBC, la remise en état du réseau nécessiterait un long travail de décontamination.

Transport routier. La crise favorise la multiplication des vols de marchandises, notamment dans les aires de stationnement d’autoroute et les entrepôts, explique Arnaud Conrad. Environ 1.500 vols par an, d’une valeur de 30 M€, se produisent en France, surtout dans le Sillon rhodanien, le Nord et le Sud de la France. Ils se répartissent essentiellement entre les alcools (16,3 %), l’alimentation (14,8 %), l’habillement (13,4 %) et les matériaux de construction, industriels et pièces d’automobiles (12,8%). Plus de 6 vols à main armée sur 10 ont lieu en Région parisienne. Tout incident est signalé aux forces de l’ordre, réparties sur le territoire : gendarmes dans les campagnes (80 %) et policiers dans les villes (20 %). Le « milieu » classique et les gangs de banlieue français sont à l’origine de 75 % des faits. Les organisations étrangères s’attribuent le reste : mafias italiennes et organisations criminelles de l’ex-URSS et des Balkans. Ces dernières font surtout du trafic d’armes pour le grand banditisme. Ainsi, un fusil automatique « kalachnikov », acheté 450 € en Serbie, est revendu 2.500 € en France. S’y ajoute la sécurité des personnes : accidents de la route et agressions des chauffeurs pendant les déchargements et chargements. La coopération avec les forces de l’ordre permet de se constituer partie civile, en vue de réclamer des dommages et intérêts, et d’évaluer les risques pour prendre des mesures préventives, comme la surveillance (humaine et électronique) et la traçabilité des produits transportés.

Transport aérien. Depuis 1931, il y a eu près de 1.500 actes terroristes, détournements, attaques contre un avion commercial, des passagers et des installations dans le monde, indique Charles Ivinec. Après une augmentation régulière entre 1945 et 1967, le nombre de détournements d’avions a bondi à 38 en 1968 et 82 l’année suivante. Chaque nouvel attentat conduit à de nouvelles mesures. Ainsi, ceux par avions suicides de septembre 2001 aux États-Unis ont eu pour conséquences le renforcement des portes du cockpit, le contrôle d’accès au cockpit et l’élaboration d’une liste d’articles prohibés. Outre l’application des règlements nationaux et internationaux, Air France dispose d’un programme de sûreté et forme ses personnels au sol et navigants. L’évaluation des niveaux de menace par cotation des escales à risques se fait par une veille événementielle à partir des médias, institutions gouvernementales, entreprises, instituts de recherche, réseaux de transport aérien et liaisons quotidiennes avec les expatriés, agents en déplacement et navigants. Chaque année, Air France dépense 70.000 € pour la sûreté.

Transports maritimes. Le groupe CMA-CGM exploite 430 navires qui transportent par an 11 millions de conteneurs équivalents 20 pieds (unité internationale de fret), scellés, par an dans 400 ports dans le monde, souligne Simon Delfau. Elle coopère totalement avec les autorités internationales et nationales en cas de découverte de trafics illicites : marchandises sous embargo ; espèces animales protégées ; explosifs et armes non déclarées. Les marchandises dangereuses sont ségréguées pour éviter les réactions chimiques intempestives. Clients et entités suspects figurent dans la propre base de données de CMA-CGM. A l’encontre des passagers clandestins, des mesures sont prises à bord dans les ports à risques : contrôle d’accès au navire renforcé ; éclairage ; rondes ; fouille du navire avant le départ. Des gardiens supplémentaires sont employés sur le quai et des scellés posés sur les conteneurs vides avant leur embarquement. Contre la piraterie, CMA-CGM a élaboré des mesures de protection passive : moyens de protection physique, vitesses adaptées, routes prédéfinies, zones d’exclusion, suivi permanent des navires, lignes de communications d’urgence et exercices. Enfin, des hommes armés embarquent à bord des navires les plus vulnérables transitant par l’Afrique de l’Est.

Loïc Salmon

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De gauche à droite : Simon Delfau, responsable sûreté à la compagnie maritime CMA-CGM ; Arnaud Conrad, responsable national sécurité sûreté  dans la société de transport terrestre Exapaq ; François Mattens, président de l’Association nationale des auditeurs jeunes de l’Institut des hautes études de défense nationale ; Jean-Marc Novaro, directeur de la sécurité à la RATP ; Charles Yvinec, directeur de la sûreté à Air France. Pour trois de ces responsables, la sûreté en entreprise constitue une seconde carrière : l’un était contrôleur général de la police, un autre commissaire divisionnaire et un troisième avait servi dans la Légion étrangère.

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