L’Or des manuscrits

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Cet ouvrage recense, avec érudition, les 100 manuscrits originaux ou des copies anciennes retraçant 40 siècles de l’Histoire de l’humanité, conservés dans des musées et bibliothèques publiques. Certains ont même été considérés comme prises de guerre.

En regard d’une reproduction de chaque manuscrit, un texte relate les circonstances de sa découverte, ses tribulations, ce qu’il révèle sur les plans religieux, littéraire et historique ainsi que les interprétations qui en sont données. Cette longue histoire commence par un papyrus égyptien sur la sagesse écrit 1.800 ans avant Jésus-Christ. Des manuscrits sur soie et bambous, datant du IIIème siècle avant J.-C., constituent une référence de la médecine chinoise. Ceux de Qumran (mer Morte), restés cachés 2.000 ans, donnent un éclairage nouveau au judaïsme et au christianisme. Le « Codex Vaticanus » (IIIème siècle), bible secrète des papes, est emporté à Paris par Napoléon en 1809… et restitué par Louis XVIII en 1815. En revanche, une copie des « Serments de Strasbourg » (842), rédigés en roman (ancêtre du français) et en tudesque (futur allemand) par les petits-fils de Charlemagne pour se faire comprendre de leurs troupes, récupérée en 1797 par le général Bonaparte, restera trésor national à la chute de l’Empire en 1815. La saga, écrite en anglais au Xème siècle, du guerrier goth Beowulf, vivant 400 ans plus tôt, inspire le philologue Tolkien qui, en 1937, publie le conte de fées « Le Seigneur des anneaux », qui sera vendu à plus de 50 millions d’exemplaires dans le monde !  « Le serment d’Hippocrate », connu par un manuscrit byzantin du XIIème siècle, sert encore d’éthique médicale dans certains pays, dont la France. « La chanson de Roland », première épopée de la littérature française, composée de 4.002 vers rédigés en français anglo-normand entre 1140 et 1170, se trouve… en Grande-Bretagne. Lors du procès des Templiers (1307-1312), 231 témoignages de ces moines soldats ont été consignés dans un rouleau de parchemin de 60 m, conservé aux Archives vaticanes. « Le Livre des merveilles du monde », qu’a dicté Marco Polo en prison (1297) à Rusticien de Pise et célèbre pour ses riches illustrations, a été rédigé en français, dont une copie appartient à la Bibliothèque nationale de France. Jeanne d’Arc, chef de guerre soi-disant analphabète, était capable de signer de son nom, comme l’attestent des lettres adressées en1429 aux habitants de Riom. L’unique document sur la découverte de l’Amérique, rédigé de la main de Christophe Colomb en 1493, reste la référence de ce périple. Le premier tour du monde de Magellan (1520-1523) a été décrit au jour le jour et probablement en français par l’Italien Pigafetta, l’un des 18 rescapés sur les 240 hommes partis sur 5 navires. Le 4 juillet 1776, le Congrès de Philadelphie a adopté sa « Déclaration unanime des treize États-Unis d’Amérique », scellant leur indépendance sur un document de 63,5 cm x 190,5 cm ! Le « Chant de guerre pour l’armée du Rhin », écrit par Rouget de Lisle en 1792 à Strasbourg (!), deviendra « La Marseillaise », mondialement connue. Une lettre codée de Napoléon datée du 20 octobre 1812, lendemain du début de la retraite de Russie, indique sa décision de faire sauter le Kremlin. Par une lettre du 8 novembre 1943, adressée à son rival, le général Giraud, le général De Gaulle assoit son autorité sur la France Libre.

Loïc Salmon

« L’Or des manuscrits » par Christel Pigeon, Gérard Lhéritier, Pascal Matéo et Jean-Noël Mouret. Éditions Gallimard et Musée des lettres et manuscrits, 240 pages, 100 illustrations, 29 €.

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