Mali : incident de Kidal et opérations « Hydre » et « Serval II »

Mi-novembre 2013, 2.800 militaires français sont déployés au Mali, dont les deux tiers au Nord de la boucle du Niger pour maintenir la pression sur les groupes djihadistes armés. Le 7 novembre à Paris, l’État-major des armées a fait un point de situation sur les circonstances de la découverte des corps des journalistes français Ghislaine Dupont et Claude Verlan de RFI, dont l’enlèvement et le meurtre, le 2 novembre dans la région de Kidal, ont été revendiqués par l’organisation terroriste « Aqmi ». La Mission intégrée des Nations unies pour la stabilisation au Mali est chargée de la sécurité de la zone de Kidal qu’elle assure avec 1 bataillon sénégalais et 1 compagnie guinéenne, la France n’y déployant que 200 hommes. Dès l’enlèvement des deux journalistes connus et en moins d’une heure, le commandement de la Brigade « Serval », installé à Gao à 600 km de là, met en place des points de surveillance autour de Kidal, envoie sur zone des véhicules avec 30 hommes à bord, fait décoller 2 hélicoptères (1 Tigre et 1 Puma) de Tessalit à 200 km au Nord et réoriente 1 avion de chasse Rafale venu du Tchad. Dès la découverte des corps, le lieu du drame est sécurisé pour protéger les gendarmes enquêteurs. Le 3 novembre, 150 hommes quittent Gao pour renforcer le dispositif français à Kidal. Cet incident est survenu à la fin de l’opération « Hydre » (20 octobre-3 novembre) de contrôle de zone et de présence d’éléments djihadistes dans le Nord-Est du Mali, à Tombouctou et à Gao. Sur une zone équivalant à celle de Paris, 1.500 hommes de la Brigade « Serval », des forces armées maliennes, du Burkina Faso, du Togo et du Niger ont été appuyés par des avions de chasse et ISR (renseignement, surveillance et reconnaissance) et jusqu’à 12 hélicoptères. La reconnaissance a pour but d’obtenir des renseignements tactiques (personnels) ou techniques (matériels). Le contrôle consiste à interdire toute liberté d’action à l’adversaire ou à l’empêcher de tirer parti du terrain évacué. L’opération « Hydre » a permis deux choses : le démantèlement d’un « plot logistique » de type militaire avec du ravitaillement, des véhicules et des moyens radio, au Nord-Est de Tombouctou ; la confirmation du mode d’action des djihadistes, à savoir éviter autant que possible tout conflit face à une force cohérente. La Brigade « Serval » a ensuite installé sa propre base logistique sur zone. Les opérations de type « Hydre », lancées de façon aléatoire sur la boucle du Niger dans diverses directions, se poursuivront. Enfin, l’opération de contrôle de zone « Serval II », purement française, a duré de juillet à octobre, dont 90 jours d’engagement. Elle a nécessité 11.000 heures de vol d’hélicoptères, 50 missions d’avions de chasse (240 heures de vol) et 51 convois terrestres. Les fouilles des caches ont mis à jour 30 t de matériels, 1,5 t d’explosifs et des ateliers de fabrication d’engins explosifs improvisés. Au cours de 2 accrochages, 10 djihadistes ont été « neutralisés » (hors d’état de reprendre le combat), 1 a été tué et 2 ont été faits prisonniers.

Loïc Salmon

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