Marine nationale, Opex et permanence à la mer

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Même pendant les opérations extérieures (Opex), la Marine française déploie en permanence des avions et des bâtiments sur toutes les mers du monde, a déclaré son chef d’état-major, l’amiral Pierre-François Forissier, devant l’Association des journalistes de défense le 10 juin 2011 à Paris.

Son programme annuel d’entraînement est de cent jours de mer, hors Opex. A propos de celles-ci, l’amiral précise « Nos marins sont au combat, ce que nous faisons est extrêmement grave ». Il ajoute : « On se bat en Libye et en Afghanistan pour qu’il n’y ait pas d’attentats en France ».  Actuellement, entre sept et huit bâtiments se trouvent entre Toulon et le golfe de Syrte (Libye), un pétrolier-ravitailleur assurant la navette. Alors que le chef d’Etat-major des armées, l’amiral Edouard Guillaud, gère les opérations en temps réel, l’amiral Forissier vérifie les consommations en combustibles, les munitions, les pièces de rechange et… la fatigue des personnels ! Ses problèmes ne sont ni financiers, ni d’armement, mais de ressources humaines. Pour le matériel, il suffit, selon lui, d’anticiper les besoins par une bonne administration et des commandes adaptées. Quand le budget des Opex est dépassé, il est fait appel au collectif budgétaire en fin d’exercice fiscal. En revanche, les marins ne sont pas tous relevables. Ainsi, le commandant du porte-avions  Charles-de-Gaulle, actuellement déployé au large de la Libye, a entamé son huitième mois de mer au cours des douze derniers mois. « Nous consommons, de façon intense, un potentiel qui aurait dû l’être tout au long de l’année, indique l’amiral Forissier, on ne sait pas combien de temps ça va durer et dans quelle intention ». Il ajoute « « On est toujours dans le politico-militaire, avec du concret sur le terrain et de la posture dans le débat international ». Sur un plan plus technique, l’amiral précise que, le 10 juin, la frégate de défense aérienne Chevalier-Paul a été admise au service actif. Ce bâtiment remplit, à lui tout seul, des missions qui nécessitaient 15 navires 40 ans auparavant. En outre, les bâtiments de projection et de commandement Mistral et Tonnerre, avec leurs hélicoptères, sont les premières unités conçues pour les besoins du client, à savoir l’armée de Terre. Ils ont en effet été dimensionnés selon le concept amphibie français de la mer vers la terre. Par ailleurs, en tant que responsable de la préparation des forces navales, le chef d’état-major de la Marine gère deux programmes prioritaires : celui des frégates multimissions (FREMM) et celui des sous-marins nucléaires d’attaque (SNA) de type Barracuda. Le programme initial de 17 FREMM a été réduit à 11 par le Livre Blanc de la défense et de la sécurité nationale, « minimum de cohérence de l’ensemble », estime l’amiral.  Il ajoute qu’il ne peut y avoir de dissuasion nucléaire sans six Barracuda, à bord desquels sont formés les équipages des quatre sous-marins nucléaires lanceurs d’engins. Enfin, le Charles-de-Gaulle est complètement interopérable avec les porte-avions américains grâce à l’embarquement d’avions de guet E-2C Hawkeye, nœuds d’interconnexions des systèmes d’informations et de communications. L’interopérabilité nécessite une qualification de tout le système, dont le pilote est le sommet, car un porte-avions est prêt à tirer sur tout appareil non identifié. Or, aujourd’hui, les avions français peuvent se poser sur un porte-avions américain. « L’interopérabilité est une marque de confiance de la part du partenaire », souligne l’amiral Forissier.

Loïc Salmon

L’amiral Pierre-François Forissier, entré à l’Ecole Navale en 1971, intègre les forces sous-marines en 1975. Ingénieur en génie atomique et breveté de l’Enseignement militaire supérieur, il est auditeur de l’Institut des hautes études de défense nationale et du Centre des hautes études militaires. Il a notamment commandé le sous-marin nucléaire d’attaque Rubis et le sous-marin nucléaire lanceur d’engins Le-Tonnant. Il a aussi exercé les fonctions d’officier en second du dragueur Glycine et de la 20e Division de dragueurs ainsi que celles d’officier de manœuvre du porte-avions Foch. A l’état-major de la Marine à Paris, il a été adjoint du bureau Etudes et plans généraux puis chef du bureau Finances. Après avoir été commandant en second du Centre d’instruction naval de Brest, il est promu contre-amiral en 2001 et nommé adjoint territorial au commandant de la région maritime Atlantique. Commandant des forces sous-marines et de la Force océanique stratégique, il devient en 2005 major général de la Marine, puis chef d’état-major le 4 février 2008. L’amiral Forissier est grand officier de la Légion d’Honneur et commandeur du Mérite maritime.

 

 

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